Constantin de DAUE

(Dorpart, 1857-Paris, 1921)

daue constantin

Jean-Claude SEGUIN

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Rudolf De Daué épouse Augusta Eltz. Descendance :

  • Constantin de Daue (Dorpart, 07/07/1857-Paris 10e, 25/01/1921)

2

D'origine russe, on ne sait rien de lui jusqu'en 1898. Il semble devoir sa particule à son titre de "baron".

Le Royal Viograph : collaboration avec Edmond Oger (1898- mai 1899)

De façon pour le moins inattendue, Constantin Daue va faire la rencontre du jeune Edmond Oger comme le rapporte La Vigie de Cherbourg :

Il s'engagea comme apprenti dans une maison de parfumerie, où il fit la connaissance d'un client le jeune baron de Dao [sic], un russe authentique.
D'une nature également aventureuse, le baron écoutait les projets du jeune Ogé [sic], qui est un parleur des plus agréables. Et quelque temps après, ayant fait l'acquisition d'un cinématographe, ils promenèrent cet instrument pendant deux années devant les populations ravies...


La Vigie de Cherbourg, Cherbourg,  7 juillet 1901, p. 2.

Les deux collaborateurs - qui semblent également avoir fait équipe avec un certain Pedro Garmendia - vont ainsi parcourir, avec leur Royal Viograph (ou Royal Viograph Américain), principalement l'Ouest du pays : Bordeaux (octobre 1898),  Angers (décembre 1898), Tours (janvier 1899), Nantes (février 1899)... En avril 1899, ils arrivent à Cognac où les représentations se déroulent sans incident majeur jusqu'au jeudi 5 mai où un incendie réduit en cendres le pavillon installé pour la foire :

INCENDIE DU ROYAL VIOGRAPH
Jeudi dernier, pendant qu'à Paris dans les églises parées de tentures noires, l'on célébrait l'anniversaire d'un des plus grands sinistres de l'année 1897, la catastrophe du Bazar de la Charité, Cognac voyait éclater entre ses murs un terrible incendie qui en quelques minutes a réduit en cendres l'une des plus belles attractions de nos foires nationales, le Royal Viograph Américain.
Il était deux heures et demie environ, lorsque la première flamme fut aperçue par M. Pedro Garmendia, le caissier de cet établissement.
Un quart d'heure plus tard, 300 enfants allaient assister à la matinée et la catastrophe du Royal Viograph allait rivaliser avec celle du Bazar de la Charité !
En une seconde le feu fut communiqué aux tentures et à la grande toile goudronnée au-dessus de la chambre noire, et ce superbe établissement devint la proie des flammes.
Avant qu'on ait pu sauver quoi que ce soit de la cabane où se trouvaient les nombreuses pellicules et l'appareil de projections le Royal Viograph ne forma plus qu'un immense brasier.
Pendant ce temps de courageux citoyens au milieu des flammes procédaient au sauvetage de la machine à vapeur et du dynamo qui se trouvaient placés à l'extrémité de l'établissement.
Les pompiers arrivés aussitôt sur le lieu du sinistre ne purent être utiles, le fléau avait accompli son oeuvre dévastatrice avant que tout secours put être organisé...


L'Ère nouvelle, Cognac, dimanche 7 mai 1899, p. 2.

Le désastre met fin à la collaboration entre Constantin Daue et Edmond Ogé :

... jusqu'au moment où un incendie vint dévorer l'appareil et provoqua la dissolution de l'entreprise.


La Vigie de Cherbourg, Cherbourg,  7 juillet 1901, p. 2.

La colloboration entre Edmond Oger et Constantin Daue s'achève ainsi. Alors que le premier va s'engager sur des entreprises plutôt hasardeuses, le second va tenter de se relancer.

Le/The Royal Viograph : collaboration avec Cyprien Lacabane (juillet 1899-novembre 1901)

Constantin Daue, qui ne se décourage pas, va continuer l'aventure du cinématographe. Il ne lui faut que quelques semaines pour racheter un nouvel appareil, sans doute avec la participation de Cyprien LacabaneLimoges est l'une des toutes premières villes - sinon la première - où les deux partenaires présentent le nouveau "Royal Viograph", connu aussi sous le nom de "The Royal Viograph". Le spectacle a désormais partie liée avec la Warwick Trading Company dont le directeur est Charles Urban. L'appareil de projection est d'ailleurs d'origine britannique :

Royal-Viograph
La première représentation qui a eu lieu jeudi a été un triomphe pour les aimables managers du Royal-Viograph.
L'appareil dont ils se servent et qui a été inventé par M. C. Urban est on ne peut plus perfectionné, les images qu'il reproduit sont nettes et précises.
Le public a vivement applaudi les tableaux divers qu'on lui a présentés.
Il a pris plaisir aux paysages américains oui se déroulent sous ses yeux aux épisodes véridiques de la guerre de Cuba, aux scènes poignantes de l'ambulance, aux amusants états d'âme du monsieur qui hérite.
Il s'est intéressé aux passages des rapides, à l'incendie de l'hôtel Windsor, aux remorqueurs luttant contre la tempête, au lancement d'un yacht à Brighton, aux féeries du Châtelet. C'est un succès que tiennent là les managers du Royal-Viograph.


Le Courrier du Centre, Limoges, samedi 15 juillet 1899, p. 3.

Alors que le premier "Royal Viograph" semble avoir limité son territoire à l'Ouest de la France, celui-ci va sillonner tout le pays : Saint-Étienne (septembre-novembre 1899), Dijon (novembre-décembre 1899)... Alors qu'il est à Troyes (décembre 1899-janvier 1900), Constantin Daue se rend à Londres auprès de Charles Urban, alors responsable de la Warwick Trading Company, ainqsi que l'explique Le Petit Troyen:

The Roya Viograph
Cirque troyen. — A la demande générale du public, la direction du Royal Viograph a renvoyé son départ pour Paris à lundi prochain. Malgré son désir de plaire au public troyen, toujours avide de spectacles artistiques, le Royal Viograph ne pourra plus donner que six représentations, à partir du jeudi 18 courant, en matinée, jusqu'au dimanche 21 inclus.
Un cas de force majeure oblige le Royal Viograph à faire relâche lundi, mardi et mercredi. Voici la cause qui nous prive de ces représentations : M. Daue, l’opérateur diplômé attaché au Royal Viograph Cº Limited, vient d’être appelé à Londres pour examiner les tableaux arrivant du Transwaal, pris sur le théâtre de la guerre, par les opérateurs de la Maison Warwich and C° qui, malgré les balles anglaises et transwaliennes, parviennent à prendre des tableaux et qui, à chaque instant, risquent d’être victimes de leur courage. Plusieurs opérateurs ont déjà été blessés en prenant des vues pendant certains combats.
M. de Daue fera son possible pour être de retour mercredi soir, afin de pouvoir présenter jeudi, à trois heures et demie, une grande série de tableaux nouveaux qui certainement obtiendront autant de succès que les séries précédentes.
Distribution des représentations: jeudi, matinée et soirée ; vendredi, soirée ; samedi, soirée ; dimanche, matinée ; le soir, à huit heures et demie, dernière représentation.


La Croix de l'Aube, Troyes, 17 janvier 1900, p. 1.

On ignore de quel type de vérification il doit opérer, mais toujours est-il que Constantin Daue est de retour quelques jours plus tard:

SPECTACLES, FÊTES ET CONCERTS
Le " Royal Viograph " au Cirque troyen
M. R.-G. de Daue est de retour de son voyage de Londres. Il rapporte, ainsi que nous l’avons dit, une magnifique collection de tableaux.
Aujourd'hui, à 3 heures 1/2, reprise des représentations au cours desquelles seront exposées 65 vues nouvelles.
C'est, malheureusement, la semaine de clôture et les retardataires feront bien de se hâter. Le Royal Viograph ne peut plus nous donner que cinq représentations.


Le Petit Troyen, Troyes, 18 janvier 1900, p. 3.

Constantin Daue et Cyprien Lacabane vont poursuivre leur tournée en FranceRouen (février-mars 1900), Bordeaux (mai-juin 1900)... Alors qu'il sont dans cette dernière ville, il reçoivent la visite de Charles Urban en personne qui vient tourner quelques vues animées :

Ajoutons enfin que le premier opérateur de la Société du Royal Viograph, M. Urban, assistait mardi soir à cette représentation, et qu'il se propose de prendre demain jeudi la course de la Petite Gironde et la course de taureaux des arènes de la rue de la Benate [sic], dont les reproductions feront partie, la semaine prochaine, du spectacle du Royal Viograph au Théâtre des Arts.
Jeudi 24 mai, matinée à trois heures. Tous les soirs, représentation â huit heures et demie.


La Petite Gironde, Bordeaux, jeudi 24 mai 1900, p. 3.

De nouveau, les deux homrmes reprennent la route : Saint-Étienne (juin-juillet 1900), Lyon (juillet-août 1900)... En août 1900, la présence simultanée de deux "Royal Viograph", à  Dijon et à Limoges laisse à penser que l'entreprise a prospéré et que deux appareils sont désormais en fonctionnement. Lors du séjour du Royal-Viograph dans cette dernière ville, la presse signale qu'un opérateur de la maison Lumière est venu prendre des vues locales :

PLACE DE LA RÉPUBLIQUE 
The Royal-Viograph 
[...]
Un tuyau : 
Hier, arrivait de Lyon un aimable ingénieur de la maison Lumière, où sont nés et se fabriquent encore actuellement les appareils cinématographiques.
Cet ingénieur, qui est en même temps un excellent opérateur, est venu à Limoges sur la prière de M. Daüe, le manager du Royal Viograph.
Ce matin, entre midi moins dix et midi, il prendra la photographie animée de la sortie des ateliers de la maison Haviland, avenue Garibaldi. 
Prenant ensuite le tramway, vers une heure et demie, et se plaçant à l'avant de la voiture, il cinématographiera également l'avenue de la Gare, la place Jourdan, le boulevard Montmailler, etc., avec leur mouvement habituel à cette heure de la journée.
Et la semaine prochaine ces scènes diverses seront projetées sur l'écran.


Le Courrier du Centre, Limoges, jeudi 6 septembre 1900, p. 3.

Nous ignorons le nom du cinématographiste, mais plusieurs vues vont être tournéesAu pont Saint Etienne : bataille de blanchisseuses, Panorama de la ville de Limoges et, donc, Sortie des ateliers de l'usine Haviland.  Constantin Daue et Cyprien Lacabane continuent,   avec le régisseur Lainé, à exploiter leur établissement cinématographique et on les retrouve à Troyes à l'automne (octobre-novembre 1900), précisément au moment où, en octubre, un Royal Viograph s'installe à Montpellier dirigé par un certain M. Titeux, ce qui semble confirmer que plusieurs appareils circulent alors. Daue et Lacabane poursuivent leur tournée dans le Nord de la France : Reims (novembre 1900-janvier 1901) où l'un des employés, occasionnel ou régulier, s'appelle  Alphonse MoreauDijon (avril-mai 1901) où de nouveaux tournages sont effectués par Ambroise-François Parnaland en personne :

Dijon cinématographié
[...]
Ajoutons enfin que l’administration du Royal-Viograph s’est procuré les clichés photographiques de la dernière fête des écoles, fertile comme on sait, en visions inoubliables. En ce qui concerne ce merveilleux souvenir d'une belle journée, il n’y a qu'un regret à formuler, c'est que le savant opérateur du Viograph, M. Parnaland, n'ait pas pu prendre ces vues au moment de l'action. Mais quand il vit les photographies, son premier mot fut de dire : " Je viendrai quand on recommencera. "


Le Progrès de la Côte-d'Or, Dijon, mardi 23 avril 1901, p. 2.

Constantin Daue fait ainsi appel à un troisième éditeur de films afin de nourrir ses spectacles de vues locales. On peut déceler ainsi une pratique singulière qui indique également que Constantin Daue n'est pas en mesure de prendre lui-même des vues animées. Autre élément non négligeable, c'est qu'au même moment, Cyprien Lacabane présente un "Royal Bioscope" à Saint-Quentin (18 avril-12 mai). La continuelle ambigüité sur le nom des installations cinématographiques laisse à penser que tout n'est pas très clair entre les deux collaborateurs. Le Royal Viograph de Daue poursuit sa route: Rouen (mai-juin 1901), Elbeuf, *Caen (juin-juillet 1901), Brest (juillet-août 1901)...  Que sait-il alors passé ? Toujours est-il que le nom "Royal Viograph" disparaît de la presse...

The Royal Vio (décembre 1901-[avril] 1904)

C'est le 18 décembre 1901 que Constantin Daue va déposer le titre du "Royal Vio" auprès du greffe du Conseil des Prudhommes de Bordeaux sans doute pour mettre fin à son utilisation par d'autres exploitants et, peut-être, en premier lieu, par Cyprien Lacabane. Il en est alors l'unique ou le principal propriétaire. La modification correspond-elle à un changement d'appareil, changement annoncé à Brest, en août 1901 ? Difficile de le savoir. Toujours est-il que l'on ne croise plus ensemble Daue et Lacabane. Sous cette nouvelle désignation, parfois orthographié par la presse "Royal Bio", il va continuer ses déplacements en France. À Reims (décembre 1901-janvier 1902), la presse remarque le changement de nom, mais soulgine la continuité entre l'ancien et le nouveau nom :

Royal Vio ?...
Sous ce nouveau titre nous revient le " Royal Viograph ", que tous nos concitoyens ont connu l’an dernier.
Nous n’avons pas besoin de rappeler quels succès ii a obtenus au Cirque municipal, ils sont encore présents à la mémoire de tous.
Cette fois nous verrons défiler plus de 1,500 vues cinématographiques nouvelles, et vendredi une représentation réservée commencera la série des soirées à la fois amusantes et instructives.


L'Indépendant rémois, Reims, mercredi 27 novembre 1901, p. 2.

En fait, dans les mois qui suivent, la presse semble hésiter entre "The Royal Vio", "Royal Vio", "Royal Vio ?", "Royal Bio", mais aussi "The Royal Viograph". La confusion est-elle entretenue par Constantin Daue et/ou Cyprien Lacabane ? La tournée continue : Toulon (mars-avril 1902), Clermont-Ferrand (avril-juin 1902)... Dans cette dernière ville, à l'occasion de la venue du Royal Vio, la presse va offrir quelques explications sur l'installation cinématographique :

Le "Royal Vio ?"
Après avoir parlé des beaux spectacles que donne le Royal Vio — avec tant de succès, d’ailleurs — il serait peut-être intéressant pour nos lecteurs de visiter les coulisses de ce curieux établissement.
Pour beaucoup, il y a du merveilleux dans ces projections animées qui se déroulent sur l’écran avec une intensité de vie qui donne absolument l’illusion la réalité. Que de spectateurs ont dû se creuser longuement le cerveau sans arriver à découvrir la clef du mystère !
Pourtant il n’y a point de mystère, ni de merveilleux, mais seulement un outillage puissant qui permet de réaliser ce tour de force de reproduire sur un écran absolument exactes, absolument vivantes, des scènes, qui se sont passées, il y a plusieurs années, à des milliers de lieues.
Ce tour de force,c’est le cinématographe qui l’accomplit. Le cinématographe, tout le monde le connaît de nom, bien peu pourraient dire exactement ce que c’est. Nous ne voulons pas en faire ici la démonstration ; qu'il nous suffise de dire que c'est un appareil photographique qui prend, sur un long rouleau de pellicule impressionnable, une série de vues d’objets en mouvement. Les clichés se succèdent à des intervalles de temps si rapprochés qu’en les faisant défiler ensuite, projetés sur un écran, ils reproduisent exactement les mouvements des objets photographiés.
Pour se faire une idée à peu près exacte de leur nombre et de la rapidité avec laquelle ils défilent derrière la lentille du projecteur, il faut savoir que chacun d’eux à 25 millimètres de large sur 18 millimètres de haut ; il en entre donc un peu plus de 50 par mètre de pellicule. Or, à chaque séance du Royal Vio, on déroule de 1,800 à 2,000 mètres de pellicule. 
Pour reproduire les images sur un écran éloigné, avec autant de netteté que possible il faut une source lumineuse puissante. On emploie de préférence l'électricité. Le Royal Vio produit lui-même son électricité avec une élégante machine à vapeur, de la maison Aubert, de Paris, d’une force de 12 chevaux. Une dynamo reçoit l’énergie mécanique et la transforme en énergie électrique. Un courant de 75 ampères, sous tension de 110 volts, traverse les fils et donne la lumière nécessaire pour le projecteur et pour l'éclairage de la salle.
Il faut donc, on le voit, un outillage important pour donner l’intéressant spectacle que les Clermontois vont applaudir chaque soir.


Le Moniteur du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand, jeudi 15 mai 1902, p. 2.

Outre ces explications techniques, le quotidien offre quelques éclaircissements sur les nouveaux responsables du Royal Vio :

Théâtre
Afin de donner des tableaux d’une exé­cution absolument parfaite, la direction du Royal Vio a décidé que la première séance de début, au théâtre, de cet inté­ressant spectacle aurait lieu samedi pro­chain seulement.
Durant toute la journée d’hier, on a procédé à l’installation des appareils qui sont d’une si remarquable précision. L'or­ganisation sera complétée aujourd’hui. M. le directeur de Daoe, si bien secondé par son régisseur général, M. Delmare, veut offrir, dès samedi, au public clermontois, un programme contenant de nombreux tableaux inédits et des scènes nouvelles qui obtiendront assurément le plus grand succès.
Les projections auront dix mètres de largeur sur huit mètres de hauteur, c’est-à-dire qu’elles occuperont tout le cadre de la scène ; le spectacle ne sera point ba­nal et attirera, nous en sommes persuadé, une affluence considérable au théâtre.
Les prix des places reste fixé, à 2 fr., 1 fr. et 50 centimes.
Les personnes qui désireraient assister à la représentation d’ouverture, feront bien de retenir leurs places à l’avance ; un grand nombre de demandes ont été adressées déjà à la direction.


Le Moniteur du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand, jeudi 22 mai 1902, p. 2.

On retrouve le Royal Vio à Orléans (juillet-août 1902)... Le flottement qui perdure va trouver une sorte de dénouement, à la fin de l'année 1902 lorsque Constantin Daue vend son affaire à Cyprien Lacabane. Ce dernier, de collaborateur devient le propriétaire du "Royal Vio". L'acte est passé, en date du 31 décembre 1902, devant Maître Direcks-Dilly, notaire à Bordeaux.

1902 12 31 daue lacabane reduit
Vente d’un établissement forain de Constantin de Daue à Cyprien Lacabane, déposé aux rangs des minutes de Maître Jean-Edouard Dircks-Dilly, notaire à Bordeaux le 31 décembre 1902.
Source: Archives départementales de la Gironde. cote : 3 E 62550. [D.R.]

La vente a-t-elle entraîné des changements dans les relations entre Constantin Daue et Cyprien Lacabane ? Il reste difficile de vraiment le savoir, mais les deux noms ne sont plus associés dans les villes où The Royal Vio organise des proyections et celui de Delmare disparaît également. Tout comme cela s'est produit avec The Royal Viograph, un cinématographiste dont on ignore le nom va prendre des vues animées locales. C'est le cas à Clermont-Ferrand (mai-juin 1903) où l'on ignore le nom du responsable, mais où sont projetées des vues de la ville : Sortie du théâtre, après la conférence de M. Delpech, sénateurAspect de la place de Jaude, après la conférenceArrivée des évêques à l'église du PortBénédiction donnée par le cardinal archevêque de Lyon, sur la terrasse du presbytère de Notre-Dame-du-PortSortie des ouvriers de l’usine MichelinSortie des élèves du lycée Blaise-Pascal, à 4 heures du soir, Panorama de Jaude. En revanche, c'est bien Constantin Daue qui est à l'origine des projections à Troyes (août-septembre 1903), Limoges (février-mars 1904), Orléans (avril 1904)... Dans d'autres villes, aucun nom de propriétaire n'est cité et la coïncidence de certaines dates laisse penser que deux ou plusieurs appareils circulent sous le même nom. Alors qu'Edmond Oger se trouve en Belgique - pour échapper sans doute à la justice française - et fait touner un Royal Bio dans plusieurs villes, Cyprien Lacabane et Constantin Daue le retrouvent à Viviers. Ce dernier, au moins, poursuit sa route vers Gand:

Après une tournée de plus de sept années à travers l'Europe, il nous arrive directement de Verviers, où son succès a été des plus vifs, venant de faie une longue saison dans les grandes villes du Nord de la France.


Le courrier du soir, Gand, 12 janvier 1905.

En Espagne, à Gérone, un Royal Vio est présenté en février 1905, et les responsables -mauvaise transcription phonétique- sont nommés Caula et Sacabana (ou Sacaliana) [sic]. Entre "Sacabana" et "Lacabane", il n'y a qu'un "L" mal transcrit de différence, quant à Caula, il reste plus difficile à identifier, "Daue" semble un peu éloigné malgré tout, d'autant plus qu'un autre "Royal Vio" organise précisément aux mêmes dates des projections à Tours. Constantin Daue va régulièrement se rendre à l'étranger au cours des années qui suivent. En 1908, il va être impliqué dans un jugement du tribunal de commerce de Lyon, comme le résume la presse locale : 

Cinématographes et Propriété Industrielle
C'est l'ère du cinématographe. La France entière en est envahie. A Lyon, on en voit dans toutes les rues, dans tous les établissements de spectacles. Partout, ils donnent lieu à des procès. Le tribunal des commerce de notre Ville en a jugé de nombreux.
Le plus récent portait sur la propriété d'une marque célèbre en pareille matière : la marque " The Royal Vio " que connaissent bien nos compatriotes car bien souvent les affiches en sont apparues sur nos murs.
Cette marque a été créée par un gentilhomme russe, M. Constantin de Daue. Celui-ci avait ensuite cédé son établissement à un sieur Lacabane, et il s'agissait de savoir si le négociant était devenu en même temps propriétaire du titre " The Royal vio ", ou si cette propriété était restée au vendeur. D'ailleurs le procès ne s'engageait pas directement entre M. Lacabane et M. de Daue : il existait entre Lacabane et un nommé Rebière, qui avait obtenu de de Daue l'autorisation d'user de la marque " The Royal Vio ". Le baron russe y figurait comme appelé en garantie. Le tribunal a jugé que M. Lacabane, en achetant l'établissement de M. de Daue était devenu propriétaire du titre litigieux. Il a condamné M. Rebière à payer au demandeur à titre de dommages-intérêts, une somme de deux mille francs, dont l'industriel russe devra le garantir.
Mes Damiron, Breuillac et Condomine plaidaient en cette affaire.


Le Salut Public, Lyon, mercredi 16 avril 1908, p. 2.

 Affaire assez bien résumée par Le Salut public et dont on peut consulter le détail dans le jugement complet ci-après.

daue lacabanne 1908
Tribunal de Commerce de Lyon. Affaire Lacabane. 10 avril 1908.
Archives Départementales du Rhône. 6 up 1/849 à 859

À ce moment-là (avril 1908), Constantin Daue est à Saint-Petersbourg où l'on retrouve un Royal-Vio-Theatre, puis à Riga. Au cours des années suivantes, on perd sa trace, même si le nom de "Royal Vio" est encore utilisé à l'étranger. C'est d'ailleurs probablement Constantin Daue qui est évoqué dans un article qui évoque la présence du Royal Vio à Lausanne :

On annonce l'arrivée du célèbre établissement The Royal vio, qui revient des confins de la Sibérie rendre visite à Lausanne.
Le Royal Vio n'est pas inconnu en Suisse. Avec sa nouvelle découverte, la voix joint à l'image, donnant l'illusion de la vie, le Royal Viophone interprète les meilleurs artistes du monde entier.


Gazette de Lausanne, Lausanne, lundi 17 octobre 1910, p. 3.

En 1912, grâce à un encart publié dans la presse lilloise, nous savons qu'il s'occupe encore de cinématographe. 

daue 1912

Le Grand écho du Nord de la France, Lille, 19 avril 1912, p. 6.

L'année 1913 va voir se constituer un nouvelle société en Suisse à laquelle participe Constantin de Daue:

GENÈVE
Il vient de se constituer dans cette ville une puissante société « The Royal Vio S. A. », qui a accaparé une douzaine d’établissements cinématographiques de la contrée.
Le Conseil d’administration est composé de MM. le comte de Villette, président; le comte de Loys, secrétaire, et MM. Schupbach, de l’ancien Royal Vio, Egen et Reuge.
Le correspondant parisien de la Société est M. C. de Daué, le sympathique créateur du Royal Vio.
Si les notabilités qui sont à la tête de cette affaire inspirent un respect et une confiance absolus, disons aussi que cette affaire a derrière elle la grosse finance genevoise.
Ajoutons encore que c’est avec un réel plaisir que nous voyons revenir à Paris le beau nom du « Royal Vio », cet établissement, le premier du genre, qui a su porter toujours et partout, haut et fier le drapeau du cinématographe.


Ciné-Journal, 6e année, nº 239, Paris, 22 mars 1913, p. 61.

L'année suivante, Constantin Daue va retrouver son ancien collaborateur, Edmond Oger :

Royal Vio Office
M. R.-C. de Daué, venant d'enrichir son patrimoine de plusieurs représentations de marques étrangères, nous annonce qu'il s'est assuré le concours et la collaboration de M. Edmond Oger. Ce dernier n'est pas un inconnu dans le monde de la cinématographie. En effet, M. Ed. Oger débuta dans l'industrie cinématographique en 1898, à Bordeaux.
Il n'est pas à douter du succès du " Royal Vio Office ", 31, rue Bergère, et des merveilles d'exclusivités, que MM. de Daué et Oger ont l'intention de présenter sur le marché du film.


Cine-Journal, 7e année, nº 290, 14 mars 1914, p. 10.

Il semble avoir produit, en 1914, le film Excelsior (1914) en collaboration avec Paul Ladewig, représentant de la Messter Film. Pendant les années de guerre, il continue ses activités cinématographiques :

Officiel.
Nous apprenons que M. R. C. de Daue, le sympathique agent de Suisse vient de signer deux contrats d'exclusivités, de grande importance.
Le premier avec : " La Ceasar Films ", soit tous les films de Mme Francesca Bertini, la Reine du Cinéma.
Le deuxième avec : "La Société Eclipse ", notre marque nationale, qui nous donne de si jolies choses avec Mmes Sarah Bernhardt, Régina Badet, Suzanne Grandais.


Hebdo-film, 2e année, nº 5, 3 février 1917, p. 20.

Il apparaît comme directeur des Films Mundus alors qu'il est entendu lors de l'affaire Goldsoll :

L'AFFAIRE GOLDSOLL.-Le capitaine Mangin-Bocquet a entendu dans l'affaire Goldsoll, M. de Daué, directeur des films Mundus, qui est venu, expliquer comment Goldsoll vendait les films français à l'Allemagne.


Le Figaro, Paris, 1 mars 1918, p. 2.

Il est encore dans le monde du cinéma en 1919 :

M. Louis Ador, le fils de l'éminent président de la République helvétique, est un des fervents du Cinématographe.
La " Compagnie Générale ", dont il est à Genève l'administrateur-délégué, et dont M. de Daué est le représentant parisien, vient d'acquérir un grand ouvrage : Christophe Colomb, mis en scène en Espagne par un metteur en scène français, M. Bourgeois, avec le concours d'un des meilleurs comédiens français de l'écran, le mime Georges Wague.
Le groupe français qui s'est constitué pour réaliser ce film compte à sa tête M. Alphonse Franck, le distingué président de l'Association des directeurs de théâtres de Paris.


Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 26 mai 1919, p. 3.

Peu avant sa mort, survenue en janvier 1921, Constantin Daue fait partie de la société Royal Film : 

MORT DE M. C. DE DAUË
L'industrie cinématographique vient de perdre un de ses plus anciens et fidèles champions en la personne du baron Constantin de Dauë.
Originaire de Russie, verse depuis de longues années dans l'exploitation théâtrale et les tournées artistiques, M. de Dauë fut un des premiers à comprendre le cinéma et à entrevoir son merveilleux avenir.
A peine les freres Lumiere avaient-ils livré leur merveilleuse invention à l'exploitation que de Dauë organisait en France et à l'étranger des tournées cinématographiques. Grâce à lui, le moulin à images fit ses premières conquêtes non seulement en Europe mais jusqu'en Extrême-Orient. Le Czar de Russie et d'autres souverains enthousiasmés avaient récompensé M. de Dauë par des distinctions honorifiques dont il était justement fier.
Depuis la fondation de la Société  " Royal film ", M. de Dauë apportait à cette maison le concours précieux de son expérience et de son activité.
La Cinématographie française s'associe au deuil de la famille et des amis de cet excellent cinématographiste.C.F.


La Cinématographie Française, nº 117, Paris, 29 janvier 1921, p. 51.

Sources

CONVENTS Guido, Van kinetoscoop toto café-ciné. De eerste jaren van de film in België 1894-1908, Louvain, Universitaire Pers Leuven, 2000, 484 p.

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13->23/10/1898 France Bordeaux Place des Quinconces Royal Viograph ¿Oger?
29/11-16/12/1898 France Angers Fantaisies Angevine  Royal Viograph Daue/Oger
01-05/01/1899 France Tours Théâtre Français Royal Viograph Américain Daue/Oger
20/01-18/02/1899 France Nantes Salle du Chapeau Rouge Royal Viograph Oger/¿Daue? 
27/04-04/05/1899 France Cognac Place d'Alger Royal Viograph américain Daue
13/07-22/08/1899 France Limoges Place de la République Royal Viograph Lacabane/¿Daue?
<19/09->03/11/1899 France Saint-Étienne Cours Victor-Hugo  Royal Viograph inconnu
17/11->05/12/1899 France Dijon Cirque du Tivoli Royal Viograph *Daue
<06>/12/1899 France Troyes Café de l'Harmonie Royal Viographe Daue 
<11-25/12/1899 France Dijon Cirque du Tivoli Royal Viograph *Daue
30/12/1899-21/01/1900 France Troyes Cirque Troyen Royal Viographe Daue
02/02-07/03/1900 France Rouen Cirque  Royal Viograph Daue/Lacabane 
21/05-03/06/1900 France Bordeaux Théâtre des Arts Royal Viograph Lacabane
22/06->14/07/1900 France Saint-Étienne Grand Théâtre Royal Viograph inconnu
<29/07->13/08/1900 France  Lyon Casino  Royal Viograph inconnu
11->20/08/1900 France Dijon Cirque du Tivoli  Royal Viograph  inconnu 
19/08-23/09/1900 France  Limoges Cirque Royal Viograph Daue/Lacabane
10-[23]/10/1900 France Montpellier Cirque Plège  Royal Viograph  Titeux
 13/10-04/11/1900 France  Troyes Cirque Royal Viograph Lacabane
17/11/1900-01/01/1901 France Reims Cirque  Royal Viograph *Lacabane/Alphonse Moreau
<07>/12/1900 France Béziers Salle Ste-Ursule  Royal Viograph inconnu
<14->21/12/1900 France Béziers  Place de la Citadelle Royal Viograph inconnu 
01/02-17/03/1901 France Perpignan Cirque Ancillotti-Plège Royal Viograph inconnu 
06/04-05/05/1901 France  Dijon Cirque  Royal Viograph Daue (Parnaland vient prendre des vues)
18/04-12/05/1901 France Saint-Quentin Théâtre Municipal Royal Bioscope Lacabane
12/05-06/1901 France Rouen Cirque Royal Viograph  Daue
[06]/1901 France Elbeuf     *Daue
22/06-07/07/1901 France Caen Théâtre  Royal Viograph inconnu
06/1901 France Bordeaux   Imperator Viograph  
20/07->15/08/1901 France Brest   Royal Viograph Daue
04/12/1901-12/01/1902 France  Reims Cirque Royal Vio inconnu 
15-16/03/1902 France Toulon Grand Théâtre  Royal Vio ? inconnu 
 23/03-[06]/04/1902 France Toulon Salle Marchetti Royal Vio ?  inconnu
30/04/18/05/1902 France Clermont-Ferrand Place des Salins Royal Vio ? Daue/Delmare
24/05-08/06/ 1902 France Clermont-Ferrand  Théâtre Royal Vio ?  Daue/Delmare
24/07-15/08/1902 France Orléans Nouveau Cirque  Royal Vio ? inconnu
28/02->09/03/ 1903 France Bordeaux Place des Quinconces Royal Vio inconnu
04/05-07/06/1903 France Clermont-Ferrand Place Gambetta Royal Vio inconnu
*06/1903 France Orléans Foire Royal Vio Lacabane (juste annonce, car ne figure pas pendant la foire)
29/08-11/10/1903 France  Saint-Étienne Cours Victor-Hugo The Royal Vio inconnu 
19/08-20/09/1903 France Troyes Cirque Plège The Royal Vio Daue 
<30>/12/1903 France Valence Champ-de-Mars Royal Vio Lacabane
04/02-13/03/1904 France Limoges Cirque Municipal Royal Vio Daue 
02/1904 France Dijon      
04/1904 France Chalon      
04/1904 France Orléans   Royal Vio Baue [sic] 
05-07/1904 France Lille   Royal Vio  
07/1904 France Tourcoing   Royal Vio  
09/1904 France Saint-Étienne      
fin 1904 Belgique Verviers Le Manège   Daue/Oger/Lacabane
18-19/02/1905 Espagne Gérone Teatro Principal The Royal Vio Lacabane/Daue
04/1905 France Limoges   Royal Vio   
05-06/1905 France Lille   Royal Vio  
07/1905 France Saint--Quentin   Royal Vio  
07/1905 France Saint-Étienne   Royal Vio  
30->30/09/1905 France Roanne    Royal Vio Lacabane
13-31/10/1905 Suisse Berne Städtische Reitschule  Royal Vio  Schüpbach/Oger
>10/11->01/12/1905 Suisse Zurich Tonhalle  Royal Vio  Schüpbach/Oger
 22/12/1905-29/01/1906 Suisse Genève Cirque Rancy Royal Vio  Schüpbach/Oger
14-22/02/1906 Suisse Vevey Théâtre Royal Vio  Schüpbach/Oger
02/1906 France Carcassonne      
28/04-27/05/1906 France Dijon Cirque du Tivoli Royal Vio Lacabane
05-07/1906 France Lille Hippodrome  Royal Vio  
06/1906 France Nîmes   Royal Vio  
07-08/1906 France Saint-Etienne   Royal Vio  
08/1906 France Limoges   Royal Vio Lacabane
<04-18/11/1906 France Roanne    Royal Vio Lacabane
12/1906 France Nantes      
12/1906 France Bordeaux      
1909 France Roanne   The Royal-Vio-Théâtre Lacabane
10->10/01/1920 États-Unis New York      

L'opérateur de cinéma de variétés anglais De Daüe
Fin 1904, l'exploitant du Royal Vio, De Daüe, loue le Manège pour quelques semaines
à Verviers. Il vise un public familial. Le spectacle du soir est pour chaque enfant
gratuit si accompagné d'un adulte. Le réalisateur-réalisateur est le technicien britannique
Walter Daw, dont le nom est corrompu en «Daüe». Il travaille avec le
Américain Lacabane. 304 Avec le Manège, ils ont une chambre pour env.
1800 spectateurs. Il ne fut transformé en grand théâtre de variétés qu'en 1903. Bien amené
Wallenda était déjà là en septembre 1901, émission de variétés avec des projections du cosmographe de Messter.
Le 12 janvier 1905, le De Daüe part pour Gand. Son arrivée était déjà une semaine
annoncé plus tôt: «Après une tournée de plus de sept années à travers l'Europe il

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