NIJNI NOVGOROD

Jean-Claude SEGUIN

Nijni Novgorod est une ville de Russie.

1896

Le cinématographe Lumière (Face au Grand Hôtel, <4 juillet-10 septembre 1896)

La foire de Nijni Novgorod - l'une des plus importantes à la fin du XIXe siècle - se double, en 1896, d'une Exposition Nationale Russe. Parmi les nombreuses attractions que propose l'événement, le cinématographe Lumière qui, en réalité, est déjà installé depuis les premiers jours de juillet. Le nom de l'opérateur n'est pas connu, mais il est probable qu'il fasse partie de l'équipe de Camille Cerf qui est alors le représentant du Figaro, concessionnaire du cinématographe Lumière pour la Russie.

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 Plan de Nijni-Novgorod, 1896, p. 244/245 Divertissements populaires, p. 99 
Exposition Russe de Nijni Novgorod en 1896, Guide La ville-La foire-L'exposition,
St. Pétersbourg, Imprimerie de Edouard Hoppe, 1896, 254 p.

En réalité, le pavillon du cinématographe Lumière se trouve à l'extérieur des enceintes de l'Exposition et de la Foire, en face du Grand Hôtel, situé entre l'Exposition et la gare - comme on peut le voir sur le plan ci-dessus -, information dont nous disposons grâce à un récit de voyage anonyme Simple récit d'un rapide voyage dont le personnage principal "Ben Ory" est en réalité Benoît Oriol, une figure en vue de la politique de l'époque : 

Une bonne nuit, un bon sommeil jusqu'au matin, et à neuf heures ils arrivent frais el dispos a Nijny-Novgorod.
Un omnibus les conduit au Grand Hotel international où ils prennent quatre chambres voisines.
Cet hôtel tout en bois, à un seul étage sur rez-de-chaussée, a été construit uniquement en vue de l'Exposition. Après l’automne, il sera démonté pour être emporté et réédifié ailleurs. Il se compose ele cinq pavillons principaux, isolés les uns des autres, portant le nom des cinq parties du monde, qui contiennent plus de sept cents chambres, d'une exquise propreté, et toutes éclairées à la lumière électrique, afin de diminuer les chances d'incendie.
Le restaurant est dans un grand chalet entouré d'une large galerie circulaire. Devant s'élève un joli kiosque où un orchestre et une musique militaire se succèdent au moment des repas.
Si toutes ces constructions étaient sur une seule, ligne, la longueur totale ne serait pas loin de compter 1 kilomètre.
L'hôtel est près de la gare et de l'Exposition, à une distance à peu près égale de l'une et de l'autre, un peu en contre-bas d'une large route assez mal pavée, de chaque côté de laquelle ont été aménagés des trottoirs en planches bordés de nouveaux restaurants, cafés-concerts, panoramas. En face de I'hôtel est le Cinématographe Lumière. L'animation est grande sur cette route constamment sillonnée par des voitures à l'attelage russe, el sur laquelle passe un tramway électrique qui s'arrête à I'entrée de l'Exposition.


ANONYME, [1897]: 177-178.

Un autre témoin de ces premières séances, c'est le célèbre écrivain Maxime Gorki qui va consacrer deux articles sur le cinématographe qu'il signe sous le pseudonyme " I. M. Pacatus " et dont voici un extrait du premier publié dans le journal local Nizhegorodsky listok, du 4 juillet 1896.

Вчера я был в царстве теней.
Как страшно там быть, если бы вы знали!Там звуков нет и нет цветов.Там всё — земля, деревья, люди, вода и воздух — окрашено в серый, однотонный цвет, на сером небе — серые лучи солнца;на серых лицах — серые глаза;и листья деревьев и то серы, как пепел.Это не жизнь, а тень жизни, и это не движение, а беззвучная тень движения.
Объясняюсь, дабы меня не заподозрили в символизме или в безумии.Я был у Омона и видел синематограф Люмьера — движущиеся фотографии.Впечатление, производимое ими, настолько необычайно, так оригинально и сложно, что едва ли мне удастся передать его со всеми нюансами, но суть его я попытаюсь передать.
Когда в комнате, где показывают произведение Люмьера, гаснет свет и на экране вдруг появляется большая, серая, тона плохой гравюры картина «Улица в Париже», — смотришь на неё, видишь людей, застывших в разнообразных позах, экипажи, дома, всё это серо, и небо надо всем этим тоже серо, — не ждёшь ничего оригинального от такой знакомой картины.И вдруг — экран как-то странно вздрагивает, и картина оживает.Экипажи едут из перспективы на вас, прямо на вас, во тьму, в которой вы сидите, идут люди, появляясь откуда-то издали и увеличиваясь по мере приближения к вам, на первом плане дети играют с собакой, мчатся велосипедисты, перебегают через дорогу пешеходы, проскальзывая между экипажами, — всё движется, живёт, кипит, идёт на первый план картины и куда-то исчезает с него.
И всё это беззвучно, молча, так странно, не слышно ни стука колёс о мостовую, ни шороха шагов, ни говора, ничего, ни одной ноты из той сложной симфонии, которая всегда сопровождает движение людей.
Их улыбки так мертвы — хотя их движения полны живой энергии, почти неуловимо быстры, их смех беззвучен — хотя вы видите, как содрогаются мускулы серых лиц.Перед вами кипит жизнь, у которой отнято слово, с которой сорван живой узор красок;серая, безмолвная, подавленна, несчастная, ограбленная кем-то жизнь.
Жутко смотреть на неё — на это движение теней, и только теней.Вспоминаешь о привидениях, о проклятых, о злых волшебниках, околдовавших сном целые города, и кажется, что перед вами именно злая шутка Мерлина.
И вдруг что-то щёлкает, всё исчезает, и на экране появляется поезд железной дороги.Он мчится стрелой прямо на вас — берегитесь!Кажется, что вот-вот он ринется во тьму, в которой вы сидите, и превратит вас в рваный мешок кожи, полный измятого мяса и раздробленных костей, и разрушит, превратит в обломки и в пыль этот зал и это здание, где так много вина, женщин, музыки и порока.
Но это тоже поезд теней».


Нижегородский листок, 4 июля 1896 г.

Les projections vont sans doute se prolonger tout au long de l'Exposition et de la Foire dont la date de clôture est fixée au 10 septembre 1896.. 

1897

1898

Le poste Lumière de Félix Mesguich (Foire, 15 juillet-août 1898)

Après quelques séances données à Saint-PétersbourgFélix Mesguich, sous contrat avec Arthur Grünwaldt, se rend à Nijni Novgorod, à l'occasion de la foire annuelle qui ouvre ses portes le 15 juillet 1898 : 

En juillet 1898, nos quartiers sont pris à la foire annuelle de Nijnii-Novgorod. Le jour de l'ouverture, je « tourne » au milieu du brouhaha, une foule composite, où se mêlent de nombreuses races asiatiques : Tartares, Persans, Mandchous, Sibériens, Cosaques et Kirghiz, dans leurs costumes régionaux.
Pour les représentations, nous avons surtout choisi des sujets de Russie et naturellement « Les Fêtes du Couronnement du Tsar ». Dans notre immense salle, un public populaire, stupéfait, cherche à voir derrière l'écran quel mystère diabolique l'anime. Certains jours, notre établissement est pris d'assaut. Des clameurs suspectes s'élèvent parfois de cette assemblée de paysans. On me traduit des réflexions surprenantes. L'impossibilité où se trouvent ces primitifs de comprendre le mécanisme du cinéma agit sur leur âme simple et les exaspère. On leur a dit que c'étaient des apparitions d'êtres vivants que nous réalisions. Ils s’extasient, mais cette reproduction de la vie ne peut s'expliquer à leurs yeux que par l'action d'une puissance surnaturelle, et ils ne sont pas loin de nous accuser de sorcellerie. Ils voient le Tsar, « le petit père », descendre les escaliers rouges du Kremlin. Les popes, la vierge noire de Kazan, toutes les icones de Moscou-la-Sainte s'agrandissent miraculeusement en avançant vers eux. À la sortie, par des signes de croix, ils essayent de conjurer le sortilège ; ils discutent entre eux, convaincus peu à peu l'un par l'autre, - obscure psychologie des foules ! - que, ce qu'ils viennent de voir, est l'œuvre du diable !
Il n'en faut pas davantage pour qu'une dangereuse exaltation naisse au sein de cette population, ignorante et superstitieuse. À la fin d'une soirée, la police doit disperser brutalement des groupes menaçants, et ce n'est que protégé et accompagné par elle, que je peux regagner mon hotel. Un mauvais vent souffle : au feu la sorcellerie !
Effectivement, une nuit, des lueurs d'incendie montent de l'emplacement de la foire. L'établissement Lumiere est la proie des flammes. C'est la fatalité... ou plutôt une explosion de fanatisme, car nous avons appris plus tard que nos baraquements, avant qu'on y mît le feu, avaient été abondamment arrosés de pétrole.
Nous perdons ainsi un poste complet, sur les deux que nous possédions.
Le tragique destin de notre installation nous touche profondément. Il donne lieu à de nombreux commentaires de presse ; de toutes parts, des télégrammes nous proposent des engagements. Une dépêche de notre impresario nous annonce même avoir passé contrat avec M. Alexandroff pour le théâtre d'été de l'Aquarium, à Saint-Pétersbourg. Il ajoute que « l'incendie de Nijnii-Novgorod est une excellente réclame ».


MESGUICH, 1933: 21-22.

Un incendie d'origine criminelle va détruire le pavillon du cinématographe. Curieusement, un très grave incendie touche le quartier de Katysy de Nijni Novgorod, le 15 août 1898... Mais il semble qu'il n'y ait là qu'une simple coïncidence.

Le poste Lumière de *Francis Doublier (Foire, 15 juillet-août 1898)

Un deuxième poste Lumière fonctionne pendant la Foire et l'Exposition. On peut penser que c'est Francis Doublier qui le fait fonctionner :

Nous perdons ainsi un poste complet, sur les deux que nous possédions.
Le tragique destin de notre installation nous touche profondément. Il donne lieu à de nombreux commentaires de presse ; de toutes parts, des télégrammes nous proposent des engagements. Une dépêche de notre impresario nous annonce même avoir passé contrat avec M. Alexandroff pour le théâtre d'été de l'Aquarium, à Saint-Pétersbourg. Il ajoute que « l'incendie de Nijnii-Novgorod est une excellente réclame ».


MESGUICH, 1933: 21-22.

Peu après l'incendie du premier cinématographe, Francis Doublier et Félix Mesguich se rendent à nouveau à Saint-Pétersbourg.

1899

1900

1901

1902

1903

1904

1905

1906

sources

Anonyme, Simple récit d'un rapide voyage en Autriche, Hongrie, Pologne, Russie et Allemagne, 19 juin-27 juillet 1896, Paris, Impr. Générale Lahure, [1897], 300 p.

CHAPUIS Marius, Souvenir de voyages en Russie commencés le 24 mai 1896 terminés le octobre 1897 (manuscrit).

Commission Instituée d'ordre de sa majesté l'Empereur pour l'Organisation de l'Exposition de Nijny Novgorod, Exposition Russe de Nijni Novgorod en 1896, Guide La ville-La foire-L'exposition, St. Pétersbourg, Imprimerie de Edouard Hoppe, 1896, 254 p.

MESGUICH Félix, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, 304 p.

POZNER Valérie, "Gorki au cinématographe: 'J'étais hier au royaume des ombres...'1895, nº 50, 2006.

 

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