Auguste, Joseph COËNE, dit CARMELLI

(Armentières, 1850-Livry-Gargan, 1919)

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Jean-Claude SEGUIN

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Pierre, Désiré Coëne (Armentières, 08/04/1825-Lille, 20/05/1866) épouse (Armentières, 01/12/1846) Anaïse, Angélique Leroy (Armentières, 05/10/1825-Lille, 21/06/1908). Descendance :

  • Louis, Joseph Charles Coëne (Armentières, 09/02/1847-)
  • Flore, Anaïse, Louise Coëne (Armentières, 14/12/1849-Armentières, 13/01/1849)
  • Auguste, Joseph Coëne dit " Carmelli " (Armentières, 26/07/1850-Livry-Gargan, 12/08/1919)
    • épouse (Lille, 26/08/1874, divorce, Châlons-sur-Marne, 03/03/191[3]) Joséphine, Henriette Caramel (Vendresse, 07/07/1842-)
    • fréquente Eugénie Legrand (La Fère, 19/06/1851-Paris 4e, 20/06/1878). Descendance :
      • Eugène, Désiré Coëne (Coenne) (Lille, 14/10/1873-Les Pavillons-sous-Bois, 14/07/1921)
        • épouse (Lille, 09/04/1898) Victorine, Julienne Loiseau (1873-). Descendance :
          • Eugène, Victor Coëne (Lille, 13/11/1894-Le Kremlin-Bicêtre, 20/02/1969)
          • Daniel, Julien Coëne (Lille, 19/11/1895-)
        • épouse (Dunkerque, 29/04/1909) Lucienne, Elmire, Eugènie Domise
        • épouse (Paris 11e, 07/06/1917) Lydie, Marie Lefèvre (Lille, 21/12/1896-Meaux, 13/09/1980)
    • épouse Hermance, Joseph Willem (Roubaix, 02/05/1848-Paris 10e, 06/02/1917)
    • épouse Suzanne, Lazare, Alexandrine " Milka " Martel (Paris 10e, 12/06/1885-Paris 9e, 10/02/1919)

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Fils d'un tisserand, Auguste exerce d'abord le métier de son père avant de se lancer dans le monde de l’illusionniste. Dès les premiers mois de 1882, il se fait remarquer sous le pseudonyme de " Carmelli " ou " Professeur Carmelli ". Il donne ainsi des séances de spiritisme dans la salle des Conférences du boulevard des Capucines, à Paris (Le Temps, Paris, 5 février 1882, p. 4). On le trouve également en province : Meaux (février 1882), Chalon-sur-Saône (avril 1882), Dijon (mai 1882), Saint-Étienne (juin 1882)... Il est déjà suffisamment connu pour qu'un usurpateur, l'un de ses collaborateurs, tente de le doubler à Mâcon (juin 1882). On doit à Édouard Raynaly une anecdote tout à fait révélatrice du tempérament de Carmelli :

En 1882, le " célèbre " Donato donnait ses fameuses séances, suffisamment connues. À l'une d'elle assistait un soir, M. Carmelli, un prestidigitateur de talent, qui, depuis, fut longtemps attaché comme opérateur au cabinet fantastique du musée Grévin. À la vue des singulières opérations de Donato, M. Carmelli fut animé d'un sentiment que nous ne cherchons pas à analyser. Il est néanmoins constant qu'il éprouva, sans doute, une sorte d'indignation à voir tant de gens qui, à première vue, paraissaient intelligents, s'engouer de semblables jongleries et les accepter comme réelles. Il forma le généreux et hardi projet de reproduire les mêmes expériences, en les donnant pour ce qu'elles étaient réellement, c'est-à-dire en dehors de toute prétention magnétique, pensant ainsi porter au magnétisme un de ces coups habituellement considérés comme funestes, Sans retard, son projet fut mis à exécution.
Ce fut madame Carmelli, parfaitement organisée, pour la circonstance, qui remplit le rôle de sujet. Quelques jours suffirent aux deux artistes pour monter le " numéro ". Le spectacle fut annoncé, et les séances eurent lieu d'abord dans la salle de la rue de Lancry, ensuite dans la salle Beethoven, passage de l'Opéra.
Après chaque expérience, M. Carmelli prouvait que le sujet ne dormait absolument pas, et que chaque truc était exécuté par des moyens qui, pour être cachés et incompréhensibles à première vue, n'en étaient pas moins fort naturels.
On a pu remarquer, dans ces sortes d'exhibitions, une expérience qui frappe particulièrement le spectateur naïf, et, le plus souvent, détermine son opinion chancelante en faveur du magnétisme. Nous voulons parler de l'épingle, enfoncée dans le bras du sujet, non pas une petite épingle, s'il vous plaît, mais une de ces grandes épingles que les dames mettent à leur chapeau.
Lorsque M. Carmelli traversait ainsi le bras de son sujet, on entendait, et j'ai entendu, des personnes s'écrier : " Ah ! cette fois, vous ne direz pas qu'elle ne dort pas ".
Non, messieurs, je ne dors pas, disait alors tranquillement Mme Carmelli. Puis, ouvrant les yeux, elle allait avec son bras transpercé au milieu des spectateurs, conversant avec eux et ne laissant aux plus récalcitrants aucun doute sur son état de veille. Pendant ce temps, M. Carmelli expliquait que cette expérience n'était pas plus miraculeuse que les autres et que la douleur ressentie était presque nulle. Il allait jusqu'à solliciter un spectateur et le priait de vouloir bien se prêter à la même opération. Généralement, l'empressement n'était pas excessif ; néanmoins, il s'est plusieurs présenté des personnes qui ont subi sans sourciller ce fameux transpercement.
Souvent même, lorsque les " amateurs " se faisaient un peu tirer l'oreille, M. Carmelli, qui a le sang vif, retroussait hardiment sa manche et transperçait lui-même son propre bras. N'ayant alors qu'une main de libre, il n'avait pas la ressource d'agir sur lui avec les mêmes précautions que sur un de ses sujets. Il lui était bien difficile de se pincer les chairs comme il convient de le faire pour opérer dans de bonnes conditions. Et cependant, il n'hésitait pas à donner la preuve sur lui-même.
Cette opération, convenablement exécutée, n'amène pas l'effusion du sang ; c'est précisément cette circonstance qu'exploitent les magnétiseurs. Ils mettent cette absence d'hémorragie sur le compte de l'état d'insensibilité où se trouve le sujet. Et c'est pour démontrer l'absurdité de cette assertion que M. Carmelli opérait sur des personnes éveillées, et au besoin sur lui-même, sans que, pour cela le sang coulât davantage.
Eh bien, les croyances sont si bien enracinées que, malgré ces révélations  publiques, le magnétisme a toujours de nombreux et fervents adeptes. Quel que soit le résultat acquis, j'estime qu'il y a lieu de rendre hommage à la courageuse et loyale tentative de M. Carmelli.
Il est certain que, depuis cette aventure, M. Carmelli ne doit pas être dans les petits papiers de M. Donato. je cours grand risque de ne pas y figurer non plus. C'est fatal et conforme à l'avis de Beaumarchais : " Ceux qui vivent de la sottise des autres, détestent ceux qui s'en moquent. "


E. Raynaly, " Les Mémoires d'un Escamoteur ", Le Siècle, Paris, 10 octobre 1902, p. 2.

Il poursuit ses tournées : LilleRoubaix, ArrasValenciennesReims (février 1885), Berck-sur-Mer (août 1886)... 

Le Cabinet Fantastique du Musée Grévin (1886-1895)

Chargé de diriger le Cabinet Fantastique du musée Grévin, le " Professeur Carmelli " propose, dès les premiers jours de janvier 1887, des séances de magie noire :

Le prestidigitateur Carmelli vient d'inaugurer au musée Grévin des séances de magie noire qui sont, en ce moment, un des plus grands attraits de la galerie du boulevard Montmartre.
Rien n'est plus surprenant, en effet, que les apparitions instantanées auxquelles l'habile opérateur fait assiste le public.


Le Temps, Paris, 28 janvier 1887, p. 3.

Le spectacle Magie Noire a été conçu par Eugène Voisin, secondé, semble-t-il, par Georges Méliès. C'est d'ailleurs la collaboratrice de ce dernier, Jehanne d'Arcy, qui va assister Carmelli dans ses numéros comme elle le rappelle :

Mme Méliès. Meiliès [sic] n'a jamais fait de prestidigitation, il en a fait dans les salons, mais jamais sur scène, il a peut-être fait un remplacement quand il manquait un artiste, et là ils le mettent comme prestidigitateur, or c'est moi qui ai ouvert le Musée Grévin, je faisais la cible humaine, Méliès venait chez Voisin, un fabricant d'articles pour les prestidigitateurs, c'est comme cela que je l'ai connu, il y avait un déjeuner, on s'amusait et Méliès venait aux répétitions, et chaque fois que Voisin ne pouvait pas trouver un truc, c'était Méliès qui le dessinait et qui l'expliquait aux mécaniciens et on le faisait, mais il n'a jamais joué à la Galerie Vivienne ni au Musée Grévin. Moi je faisais les spectacles au Musée Grévin dans le Cabinet Fantastique, c'était tout-à-fait au début. C'était en 86 ou 87 parce qu'en 1888 j'étais à Robert Houdin et j'y étais quand Méliès l'a acheté.


Cinémathèque Française, 17 février 1945, p. 11.

Alors que Jehanne d'Arcy a rejoint, en avril 1889, le théâtre Robert-Houdin, le Musée Grévin inaugure, en avril 1889, une nouvelle salle, située au première étage, le " Cabinet Fantastique " C'est en avril 1889 que le Cabinet Fantastique, la nouvelle salle, située au premier étage, est inaugurée :

Le musée Grévin, qui s'agrandit sans cesse et accroît chaque jour le nombre de ses attractions, réservait encore une nouvelle surprise au public : il vient d'inaugurer une charmante salle de spectacle, un théâtre bijou, sur lequel le professeur Carmelli a transporté ses curieuses expériences de « magie noire », si intéressantes et si goûtées. Cette salle, fort artistement décorée, et l'escalier monumental qui y donne accès, sont deux oeuvres très personnelles et de haut goût, qui font le plus grand honneur à l'architecte, M. Gustave Rives.
Cet élégant théâtre et la reproduction de la tour Eiffel, avec son personnel, ses ouvriers au travail, et à travers les gigantesques mailles de laquelle on peut admirer le plus magnifique des panoramas, sont deux puissants attraits ajoutés à tous ceux que le musée Grévin est en train d'accumuler dans ses galeries déjà si riches, en l'honneur de l'Exposition.


Le Figaro, Paris, 20 avril 1889, p. 3.

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"La Magie Noire ".
Apparitions instantanées par le professeur Carmelli 
Le Cabinet Fantastique (1889-1899) 
Catalogue du musée Grévin (septembre 1889)

Le Professeur Carmelli va poursuivre ses représentations jusqu'en 1895

Le Théâtre Robert-Houdin (1898-1901)

Par la suite, il donne de nombreuses représentations d'illusionnisme dans différentes villes : Sermaize (août 1896), Châlons-sur-Marne (mai 1898), Nancy (mai-juin 1898)... , puis, à partir du mois d'octobre 1898, il participe au spectacle d'ouverture du Robert-Houdin :

La nouvelle direction du théâtre Robert-Houdin vient de donner son spectacle d'ouverture avec un programme entièrement nouveau. L'illusionniste Carmelli, dans ses nouvelles créations, Mme d'Alpe, la cantatrice cosmopolyte à transformations et le professeur Toiron dans ses évocations aériennes. La coquette salle du boulevards des Italiens voit tous les soirs défiler le Tout-Paris.


Paris, Paris, 30 octobre 1898, p. 3.

Pendant trois ans, jusqu'en 1901, il va participe aux représentations du théâtre Robert-Houdin, alors dirigé par Georges Méliès.

Le Théâtre-Salon Carmelli (1901-[1913])

Le Professeur Carmelli va prendre la direction d'une loge foraine et on le retrouve, en particulier, à Château-Thierry (novembre 1901), Meaux (novembre 1901). Si l'on en croit la presse de Fontainebleau, Carmelli aurait fait équipe avec l'illusionniste et industriel forain, Gaston Collinet :

Les cambriolages se continuent dans notre région et les voleurs font preuve d'une connaissance des lieux et des êtres vraiment remarquable.
Dans la nuit de lundi à mardi, des malfaiteurs se sont introduits dans la voiture-appartement de MM. Carmelli et Colinet, directeurs du théâtre des Merveilles. Après un séjour d'une quinzaine de jours à Fontainebleau, à l'occasion de la foire, les directeurs de ce théâtre se disposaient à se rendre à Reims. Ils avaient exceptionnellement passé la nuit hors de leur voiture qu'ils avaient laissée sur le quai de la gare des marchandises.
Les voleurs ont pénétré par une fenêtre en brisant les persiennes et emporté un coffre-fort contenant environ 800 francs et différents papiers d'une certaine importance.
Comme tour de prestidigitation, M. Carmelli n'a jamais fait celui-là ; aura-t-il le don de retrouver les beaux billets disparus ?


L'Abeille de Fontainebleau, Fontainebleau, 13 décembre 1901, p. 1 

Si cette collaboration est effective, elle ne semble pas avoir duré très longtemps. Quant au nom " Théâtre des Merveilles " - déjà utilisé par Louis Vernassier pour désigner son établissement - on ne le retrouve pas ailleurs. En revanche, c'est celui de " Théâtre Carmelli " qui est pratiquement toujours utilisé. Peu après, Carmelli se retrouve à Reims où il est question des "frères Carmelli" (L'Indépendant rémois, Reims, 18 décembre 1901, p. 2). Nous ignorons si, effectivement, Carmelli a travaillé avec l'un de ses frères, en dehors de cette collaboration. À cette époque, Carmelli semble disposer d'un " Royal biograph " qui pourrait bien être l'appareil commercialisé par Ernest Normandin après la catastrophe du Bazar de la Charité. Le Théâtre-Salon Carmelli va dès lors parcourir le pays : Troyes (février-mars 1902), Troyes (mars-avril 1903), Tourcoing (juillet-août 1903), Troyes (avril 1904), Pont-à-Mousson (mai 1904), Baccarat (juin 1904), Senones (juillet 1904), Remiremont (septembre 1904), Troyes (mars-avril 1905), Alençon (février 1906), Bourges (juin-juillet 1906)...

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Théâtre-Salon Carmelli
(reproduit dans Deslandes, 1968: 520)
Théâtre Carmelli
(reproduit dans  Garnier, 1968: 368-369)

Après 1907, Carmelli poursuit ses tournées : Troyes (Théâtre-Salon, février-mars 1907), Troyes (Théâtre-Salon, juin-juillet 1908), Livry (février 1909), Reims (Théâtre-Salon, avril 1910), Meaux (Théâtre-Salon, novembre 1910), Meaux (Théâtre-Salon, avril 1911), Reims (avril 1911), Troyes (mars 1912), Reims (avril 1912), Saint-Quentin (octobre 1912), Dinan (février 1913), Livry-Gargan (juin 1913), Rennes (juin 1913)... On le retrouve également, à partir d'octobre 1915, au Musée Grévin. 

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[08]/11/1901 France Château-Thierry Champ-de-Mars cinématographe
[12]/11/1901-[22]/11/1901 France Meaux Champ-de-Foire n.c.
[26]/11/1901-[10]/12/1901 France Fontainebleau Champ-de-Foire cinématographe
[05]/12/1901-[01]/1902 France Reims Place d'Erlon cinématographe
23/02/1902-[23]/03/1902 France Troyes Champ-de-Foire n.c.
20/05/1902-[14]/06/1902 France Nancy Champ-de-Foire  Royal Biograph
08/03/1903-04/1903 France  Troyes Champ-de-Foire cinématographe Lumière
26/07/1903-08/1903 France Tourcoing Place Thiers cinématographe
04/1904 France Troyes Champ-de-Foire n.c. 
<11/05/1904> France Pont-à-Mousson Champ-de-Foire   
19/06/1904-26/06/1904 France Baccarat    
[07]/1904 France Senones    
11/09/1904 France Remiremont    
[18]/03/1905-04/1905 France Troyes Place du Lycée Royal Vito
[03]/02/1906-[18]/02/1906  France Alençon   cinématographe
24/06/1906-[17]/07!906 France Bourges Place Séraucourt  cinématographe

Bibliographie

Cinémathèque Française, Commission de Recherche Historique, Georges Méliès, réunion du 17 février 1945. CRH114-B5.

GARNIER Jacques, Forains d'hier et d'aujourd'hui, Orléans, ed. Jacques Garnier, 408 p.

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