CHARLEVILLE

Jean-Claude SEGUIN

1896

Le Cinématographe Joly d'A. Milhès (Théâtre, 17 septembre-6 octobre 1896)

Après avoir présenté son cinématographe Joly à RethelA. Milhès organise une tournée dans les Ardennes et dans la région. Il se retrouve ainsi à Charleville, à la fin du mois de septembre, où il organise une première séance au théâtre le jeudi 17 septembre dont Le Petit Ardennais donne le compte rendu suivant :

Le cinématographe Joly, que nous a présenté jeudi et vendredi au théâtre M. Milhès avait attiré assez de monde.
Cinématographe ! encore un mot nouveau, inconnu du public en général. Cela vaut-il la peine d'être vu ? dit-on.
Mais oui, car c'est très drôle de voir des photographies en projections lumineuses animées et donnant l'illusion de la vie.
Exemple : une bicycliste novice apprend à monter. Le photographe l'a prise dans diverses poses. Tous ses gestes sont reproduits... même la chute, et cela avec beaucoup de naturel.
Et les tableaux se succèdent nombreux et variés. La dispute du client et du cocher, le pochard récalcitrant, une baignade, l'arrivée et le départ d'un train, etc., etc..
Il est seulement regrettable que parfois la lumière soit insuffisante.
Nous croyons savoir que M. Milhès donnera dans le courant de la semaine quelques représentations.


Le Petit Ardennais, Charleville, 21 septembre 1896, p. 1.

Outre les quelques films évoqués, ce qui retient l'attention ce sont les remarques sur les conditions de projection et sur la question de la source d'énergie. Un autre article d'un autre journal donne un compte rendu plus long et dénué de critiques. Il donne aussi une idée plus complète du répertoire d'A. Milhès :

La photographie animée par le cinématographe Joly, présenté par M. Milhès, ex-opérateur retoucheur des premières maisons de photographie de Paris. On obtient des projections de scènes variées de la rue, de la place publique, de la vie militaire ; vues maritimes ; scènes intimes et humoristiques, etc. A l'aide de cet appareil, on arrive à donner la vie et le mouvement à des scènes variées de photographies instantanées, qui sont retracées dans leurs moindres détails, avec une réalité, une netteté véritablement extraordinaire. Il n'est pas jusqu'aux gestes les plus infimes qui ne soient reproduits d'une façon merveilleuse et irréprochable. Citons, au hasard, parmi les tableaux qui nous sont présentés :"L'arrivée d'un train" qu'on voit venir de loin, entrer en gare avec sa vitesse normale, puis s'arrêter lentement ; les voyageurs descendent et prennent rapidement le chemin de la sortie ; le Passage d'un régiment avec la marche cadencée, régulière des pioupious, les officiers sur leurs chevaux élégamment tenus en main ; la Baignade des Soudanais, plongeons merveilleux, rejaillissement de l'eau, ébrouement des baigneurs ; la Dispute du cocher et de son client, vue d'une netteté parfaite, très humoristique ; Le pochard entêté, d'un réalisme étonnamment joyeux ; le Jardinier arroseur qui, tout à coup se trouve arrosé lui-même ; la Sortie de Notre-Dame-des-Victoires, tableau très élégant, très mouvementé ; une vue de La place de l'Opéra, avec ce monument en perspective figuré dans tous les détails de son architecture ; La mer à Dieppe, surprenant effet de marée, débarquement d'un bachot ; les Enfants au bois, déjeunant sur l'herbe en compagnie de leurs parents ; La bicycliste maladroite, mais fort jolie, prenant sa première leçon de bicyclette,etc. La représentation donnée hier soir par M. Milhès a eu beaucoup de succès.


Les Ardennes, Charleville, 20 septembre 1896.

Les séances vont se prolonger jusqu'au dimanche 27 septembre avec une séance quotidienne :

M. Milhès donnera à partir du jeudi 24 septembre une séance tous les soirs à 8h 1/2. Pour la clôture, dimanche 27 septembre 1896, deux séances à 8h et à 9h. Prix des places : premières et fauteuils d'orchestre 1f. ; parterre 50c. ; secondes et troisièmes 30c.


Les Ardennes, Charleville, 17 septembre 1896.

charleville theatre

Charpentier Richard-éditeur, Mézières, Charleville-le Théâtre (1839) (c. 1908)

Si le départ est annoncé, c'est parce qu'A. Milhès organise quelques représentations de vues animées, non loin de là, à Mézières, avant de revenir à Charleville pour de nouvelles séances :

CHARLEVILLE-MEZIERES.- Le cinématographe. — M. Milhès, photographe à Rethel, directeur du cinématographe qu'on a pu voir à Charleville, et dont nous avons parlé en termes élogieux il y a quelques jours, donne en ce moment, à Mézières, quelques séances aussi intéressantes que les premières.
Nous apprenons que M. Milhès donnera également à Charleville quelques représentations: trois dimanche, une de jour à 4 heures de l'après-midi, une à 8 et une à 9 heures du soir. 
Lundi et mardi, une séance à 8 h. 1/2 du soir. La séance de mardi sera celle de clôture.


Le Petit Ardennais, Charleville, jeudi 1er octobre 1896, p. 2.

C'est la période de la fête patronale qui commence le premier dimanche d'octobre et dure dix jours et les établissements forains se sont installés sur la place de Nevers et la place Ducale :

CHARLEVILLE
[...]
La fête promet d'être brillante et joyeuse si j le temps le permet. La place de Nevers et la place Ducale sont déjà occupées par les établissements forains dont nous avons déjà publié, il y a quelques jours, la nomenclature.
Entre autres curiosités, citons surtout le cinématographe de M. Milhès.
Les représentations auront lieu au théâtre de Charleville.
Nous apprenons que de nouveaux tableaux seront présentés au public, notamment une promenade au jardin d'acclimatation. Il y aura trois séances dimanche, la première à quatre heures du soir, la deuxième à huit heures, et la troisième à neuf heures.


Le Petit Ardennais, Charleville, 4 octobre 1896, p. 2.

C'est l'occasion pour la presse de consacrer un nouvel article à l'appareil cinématographique d'A. Milhès. Il s'agit, ici, d’observer les réactions des spectateurs face aux images animées projetées sur l'écran :

CHARLEVILLE. — Le cinématographe. — De toutes les inventions photographiques de cette fin de siècle, le cinématographe est certainement la plus extraordinaire.
Le cinématographe est un appareil permettant de voir une succession d'images dessinées ou photographiées de façon telle que chacune d'elles représente les phases successives d'une action, d'un mouvement.
Avec le cinématographe, l'opérateur projette des scènes animées sur un écran et presque en grandeur naturelle; selon qu'elles sont gaies, étonnantes, imprévues, le public éclate de rire, exalte son admiration, manifeste sa surprise profonde, et après un pareil spectacle aussi inattendu et encore incompris du plus grand nombre des spectateurs, on n'a rien de plus pressé que de faire part de ses impressions à ses amis : « Avez-vous vu le cinématographe ? » Cette question, combien de fois l'avons-nous entendue ? Et tout le monde peut en dire autant que nous.
Le dispositif de l'appareil entre pour beaucoup dans le succès toujours croissant que récolte le cinématographe.
Il est curieux, en effet, de remarquer le saisissement qui s'empare des spectateurs quand ils voient transportée sur des écrans la mer avec ses vagues ; quand ils assistent, toujours en face du même écran, à l'arrivée en gare d'un train de voyageurs; à l'écroulement d'un mur que démolissent des maçons au milieu d'un nuage de poussière, si vrai qu'on se prend à épousseter ses vêtements ; à l'extinction d'un incendie où l'eau ruisselle ; aux mouvements si complexes de la rue ; passants allant et venant, tramways, voitures diverses, régiment défilant, le tout tel que nous le voyons chaque jour.
Il est inutile d'insister ici sur le vif intérêt excité dans les masses par cette exhibition qui fait, à toute heure salle comble et dont on ne se lasse pas depuis l'ouverture de ce spectacle si attrayant.
Dans notre ville, M. Milhès donnera, mardi 6 courant, une dernière représentation au théâtre de Charleville, se proposant d'offrir, dans toutes les communes importantes de notre département, des exhibitions de cette merveille qui fait courir tout Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et les villes importantes de France. Charleville et les Ardennes, grâce à l'ingénieux opérateur, ne sont pas trop en retard, nous nous en félicitons.


Le Petit Ardennais, Charleville, mardi 6 octobre 1896, p. 2.

Après Charleville, A. Milhès poursuit sa tournée.

1897

Le Cinématographe de Louis Jokin (Place Ducale/Place de Nevers, [1]-[14] octobre 1897)

Le forain Louis Jokin installe son établissement sur la place Ducale de Charleville, à l'occasion de la fête patronale. La presse annonce :

La fête locale.-Bientôt vont arriver sur nos places publiques, les établissements forains attendus pour la fête locale.
Voici jusqu'à ce jour les théâtres, tirs, balançoires et autres attractions qui ont demandé à s'installer.
Place Ducale.- [...]
Le Cinématographe : M. Jockin, Louis.


Le Petit Ardennais, Charleville, 24 septembre 1897, p. 2.

charleville place-ducale

Les Tramways sur la place Ducale (Charleville) (c. 1900)

Au bout de quelques jours et après la fin de la fête patronale, Louis Jokin décide de déplacer son établissement forain sur la place de Nevers :

CHARLEVILLE.-Le cinématographe installé place Ducale va, à la demande générale, se transférer place de Nevers.
M. Jockin, propriétaire du cinématographe dont l'installation ne laisse rien à désirer, fait connaître qu'il donnera tous les soirs une seule et grande séance dont le programme sera vairé chaque jour.-Ouverture à 8 h 1/2.


Le Petit Ardennais, Charleville, 14 octobre 1897, p. 3.

charleville place-nevers

Charpentier-Richard Ed. Mézières, Charleville-Place de Nevers (c. 1902)

1898

Le Cinématographe de Mme Jokin (Foire, [1er]-[8] octobre 1898)

Parmi les attractions qui se donnent rendez-vous, à l'occasion de la fête locale, se trouve le cinématographe de Mme Jokin

CHARLEVILLE-La fête local.-
Enfin le soleil n'a pas boudé. La température n'a pas été rigoureuse et un temps splendide a régné pendant la fête de Charleville.
[...]
A signaler aussi comme fort intéressant le cinématographe dirigé par Mme Jokin. Parmi les tableaux la Loïe-Fulier, dans ses danses serpentines, un jardinier, les rayons X. etc.


Le Petit Ardennais, Charleville, 5 octobre 1899, p. 2.

La responsable semble être l'épouse de Louis Jokin, déjà présent l'année précédente.

1899

1900

1901

1902

1903

1904

Le Cinématographe de M. Squénante (Place Ducale/Place de Nevers, [2]-[12] octobre 1904)

Pour la fête patronale de Charleville, de nombreux forains s'installent sur les places Ducale et de Nevers. Parmi eux, on trouve le cinématographe de M. Squénante :

CHARLEVILLE.- La fête. - La fête approche. Bientôt la place Ducale et la place de Nevers seront couvertes par les établissements forains qui vont pour quelque temps s'installer dans notre ville. Signalons parmi les principales attractions que nous pourrons visiter dimanche prochain : le théâtre Hector, dont le renom parmi nous n'est plus à faire; le théâtre Petit-demange duquel un grand nombre de personnes ont gardé un excellent souvenir. Nous verrons d'un côté de luxueux manèges : chevaux de bois de M. Peltriaux ou vélos de M. Vaucher ; de l'autre nous pourrons admirer les gondoles russes de M. Steppe ou chez M. Métayer un établissement zoologique de premier ordre. Que dire encore du cinématographe de M. Squénante, du stéréoscope Baile ou du Panorama Lemaire ?
Mais nous n'en finirions pas. si nous devions tout citer qui soit digne d'attention. Les nombreux spectateurs qui visiteront le carrousel, la rigolade parisienne ou le prestidigitateur Collinet souligneront mieux que nous l'intérêt que suscite toujours l'attrait du nouveau.
Nous passons rapidement sur les tirs et les confiseries qui sont le cortège habituel d'attractions plus importantes.
Espérons, en terminant, que le beau temps, lui aussi, se mettra de la partie et que messire Phébus daignera nous honorer de ses trop inconstants rayons.


Le Petit Ardennais, Charleville, 30 septembre 1904, p. 2.

1905

Le Cinématographe Camby ([14]-[17] juillet 1905)

C'est à l'occasion de la fête nationale que les forains s'installent à Charleville pendant quelques jours. Le Cinématographe d'Alexandre Camby est une loge les plus connues à l'époque :

CHARLEVILLE. — Au Cinématographe Camby. — A ce cinématographe dont le succès s'est grandement affirmé et où viennent en foule les spectateurs, c'était samedi soir un changement de vues cinématographiques, parmi lesquelles, alors en nouveauté, l'amusante histoire de dix femmes pour un mari. Un monsieur qui veut se marier s'arrange pour que dix " prétendantes " viennent en même temps. Sera sa femme celle qui le prendra à la course. Et aussitôt de commencer une course rapide à travers tous les obstacles. Rien de plus drôle, de plus vif, de plus amusant. Puis, c'est l'histoire du Petit Poucet — un des succès du Châtelet — qui nous est montrée. Ces vues cinématographiques sont pleines d'art, de sentiment, de vérité. Et comme d'habitude le spectacle se corse de toutes les transformations rapides, variées, saisissantes de Laurentio Frégoli ; du cake-walke, plutôt mouvementé, dansé par Frégoli et sa sœur miss Stella, toujours gracieuse au possible ; enfin de la devination des pensées, par Mme Blanche de Paunac, la vraiment belle femme que nous connaissons et dont la réponse aux questions posées — si mystérieuses, si compliquées soient-elles — est toujours infaillible. C'est fort curieux.


Le Petit Ardennais, Charleville, 17 juillet 1905, p. 1.

Les films dont il est question appartiennent au catalogue de la maison Pathé.

1906

Le Cinématographe Ideal Pathé (Théâtre, 9-13 septembre 1906)

Nous ne connaissons pas le nom de propriétaire du cinématographe Ideal Pathé qui donne, au théâtre de Charleville, une soirée, le dimanche 9 septembre 1906 :

CHARLEVILLE. — Cinématographe. — Dimanche soir, au théâtre le cinématographe " l'Idéal Pathé " nous offrait une série variée de vues amusantes, comiques ou dramatiques. On paraît beaucoup aimer le cinématographe à Charleville; et, en effet, la salle était absolument remplie. A signaler parmi les scènes les plus goûtées : le Déserteur, le Voleur de bicyclette, l'Ouverture de la chasse, les Cartes transparentes, un Incendie à New York-, Cambriolage, l'Enlèvement de Mlle Lavallière, etc., etc. Et pendant que se déroulait le cinématographe, un petit orchestre dirigé par Mlle Pfend, pianiste, nous jouait, et aussi pendant les entr'actes, d'agréables morceaux. L'Idéal Pathé doit nous rester jusqu'à jeudi, et ce jour il donnera une matinée. Plusieurs scènes nouvelles sont ajoutées et seront ajoutées chaque soir au programme.


Le Petit Ardennais, Charleville, 11 septembre 1906, p. 1.

Parmi les vues que l'on peut identifier, on trouve des films Pathé.

 

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