DIJON

Jean-Claude SEGUIN

Dijon, chef-lieu du département de la Côte-d'Or, compte 65.842 habitants (1894)

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Le Phono-Cinéma-Théâtre (Grand-Théâtre, 6-10 avril 1901)

Après avoir connu un succès relatif à l'Exposition Universelle de Paris, le phono-cinéma-théâtre va être présenté en France comme à l'étranger. Si les films ont été tournés, pour l'essentiel, par Clément-Maurice, l'inspiratrice de ce spectacle novateur est Marguerite Vrignault, directrice artistique. Elle est accompagnée pour sa tournée par l'opérateur Féllix Mesguich. À Dijon, l'inauguration a lieu au Grand-Théâtre, le 6 avril 1901 :

C'est ce soir la première du Phono-Cinéma-Théâtre, au Grand-Théâtre.
Théophile Gauthier, dans un de ses feuilletons dramatiques, exprimait le regret que l’on ne pût conserver la voix et les gestes, le talent des grands artistes. Le rêve de Gautier est réalisé par le Phono-Cinéma-Théâtre, qui unit, comme le nom l’indique, les merveilles du cinématographe à celles du phonographe.
Grâce à celte découverte, on voit défiler, on entend, dans d’excellentes conditions, les étoiles des théâtres et des cafés-concerts. C'est d’abord Félicia Mallet qui mime L'Enfant prodigue ; le fameux Cossira, qui chante le " Lève-toi, soleil ", de Roméo et Juliette ; vous l'applaudirez, et, à votre surprise, vous verrez le ténor connu de l’Opéra revenir, sourire et saluer.
Ce sera le duel d'Hamlet, étonnamment réglé avec les classiques attitudes de Sarah Bemhardt, et vous entendrez les cliquetis des épées, qui ne se croisent cependant que sur l’écran.
Et je ne puis vous citer toutes les scènes mieux choisies les unes que les autres, auxquelles il vous sera permis d’assister de tous vos sens, si parfaitement satisfaits que vous ne saurez au juste si vous êtes en présence d’une copie ou de l'original.
Voyez le programme ; en quelques heures il vous transportera aux Français, à l’Opéra, au Nouveau Cirque, à Londres, etc.


Le Progrès de la Côte-d'Or, Dijon, 6 avril 1901, p. 2.

En réalité, le spectacle comporte à la fois des films cinématographiques simples, d'autres sonores et enfin, les plus appréciées, les vues parlantes ou chantées. La presse locale va rendre compte de cette séance en termes élogieux :

Au Grand-Théâtre
Il y avait très belle salle au Grand-Théâtre, samedi, pour le premier des spectacles donnés en notre ville par le Phono-Cinéma-Théâtre. Les vues panoramiques et animées de l’Exposition sont évidemment très intéressantes ; ce voyage aux Invalides, au Petit et au Grand Palais, aux Serres, sur la Seine, etc., etc., qui rappelle aux visiteurs de la grande Exposition et leur renouvelle de si beaux-moments non encore oubliés, mais déjà loin, dans la hotte aux souvenirs ; ce voyage est certainement une source de plaisir.
Aussi d’un grand intérêt les obsèques de la reine Victoria, dont les journaux ont raconté la triste magnificence.
Très agréables également ces visions artistiques des Dames Slaves, du Ballet du Cid, de Cléo de Mérode, des Danses Directoire, de Terpsichore, visions à qui, pour donner l’illusion de la réalité, il ne manque vraiment que la variété des couleurs.
La Zanibelli, Cléo de Mérode, Mlles Mante, et tous ces êtres gracieux qui défilent sur l’écran, en des mouvements réels, harmonieux, donnent des sensations artistiques d’un grand charme. Tout particulièrement impressionnants, vous trouverez encore la pantomime de l'Enfant prodigue, par Félicia Mallet ; et surtout encore le duel d'Hamlet par la grande Sarah (Hamlet) et Pierre Magnier (Laerte).
La partie comique est très joyeusement remplie par les intermèdes de Footit et Chocolat, de Little Tich et des Mason et Forbes, que vous croiriez en chair et en os devant vous.
Mais où le Phono-Cinéma est tout à fait merveilleux et dépasse tout ce qu’on peut supposer, c’est lorsque le cinématographe est combiné avec le phonographe. Vous verrez et entendrez Coquelin dans les Précieuses, avec Mlle Esquilar et Mlle Lerwick ; Mlle Mily Meyer, dans sa chanson en crinoline ; Coquelin en Cyrano ; Mlle Hatto dans Iphigénie, et surtout Cossira dans la cavatine de Roméo.
La combinaison de la voix, du geste, de l’expression du visage est presque parfaite. La trépidation est presque nulle, le nasillement de la voix également. Vous croyez être à l’Opéra ou sur les scènes où jouent et chantent les grands artistes pour ainsi dire immortalisés. L’illusion est complète.
Aussi est-ce un succès considérable que le Phono-Cinéma obtiendra en notre ville pendant le court séjour qu’il nous promet.

Le Progrès de la Côte-d'Or, Dijon, 7 avril 1901, p. 1.

Si certaines vues sont d'origine incertaine - celle de l'Exposition Universelle par exemple -, la plupart des films présentés sont des vues qui appartiennent à la collection du Phono-Cinéma-Théâtre et donc aisément identifiables. Le succès aidant, le Phono-Cinéma-Théâtre va prolonger de deux jours son passage à Dijon jusqu'au 10 avril (Le Progrès de la Côte-d'Or, Dijon, 9 avril 1901, p. 2), avant de se rendre à Troyes.

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