Léon BONNET

(Le Puy-en-Velay, 1860-Polignac, 1917)

Jean-Claude SEGUIN

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Jean, Jacques Hector Bonnet (Le Puy-en-Velay, 25/10/1819-Polignac, 30/10/1894) épouse (Le Puy-en-Velay, 24/01/1856) Marie, Fanny, Eugénie Souchon (Le Puy-en-Velay, 21/12/1835-). Descendance :

  • Marie, Honoré, Léon Bonnet (Le Puy-en-Velay, 26/04/1860-Polignac, 28/08/1917) épouse (Le Puy-en-Velay, 02/04/1917) Cécile, Elisa, Pauline Le Gay (Paris 7e, 26/04/1874-). 
  • Adrien Bonnet ([1861])

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Fils d'un négociant, Léon Bonnet est étudiant au moment il s'engage pour un an dans l'armée. Il rejoint le 121e régiment d'infanterie, le 8 novembre 1878. Il passe dans la disponibilité le 8 novembre 1879. Interne des hôpitaux (1895) et chef du service électrothérapique de l'Hôpital International (1895), il est chargé des cours de radiographie et de radioscopie à la Faculté de médecine de Paris à la rentrée 1897 (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, Saint-Étienne, 10 novembre 1897, p. 3).

Léon Bonnet s'est fait connaître par sa connaissance des rayons Röntgen - dont il sera lui-même victime - et il offre au cours de l'année universitaire 1897-1898, un conférence sur le sujet :

Le docteur Léon Bonnet fera, le samedi 12 février, à huit heures et demie du soir, à l'école pratique de la Faculté, 15, rue de l'Ecole-de-Médecine, une conférence sur : Les rayons X de Roetgen.


Gil Blas, Paris, 11 février 1898, p. 3.

Dans une autre conférence, donnée sur le même sujet, en juin 1898, nous pouvons aussi constater que le médecin sait parfaitement attirer à lui un public distingué :

Vendredi soir, au Cercle militaire, le docteur Léon Bonnet a. fait, sur les Rayons Roengten, une conférence très applaudie.
Le distingué conférencier vient de terminer, à l'école pratique de la Faculté de médecine, son cours libre, suivi depuis un an par le tout-Paris scientifique et mondain.
Nous y avions remarqué Princes de Béthune, d'Obidine, duc de Polignac, marquises de Bizemont, d'Auvrecher d'AngerviIle, comtesse de Pontgibaud, comte de Bellaigue, vicomtes et vicomtesses de Noailles, de Pommery, d'Antioche, vicomte de Fleurieu, barons de Bizi, de Berwick, les généraux Billot, ministre de la guerre ; d'Aumale, Berruyer, M. Périvier, premier président ; MM. Frédéric Passy, Gaston Paris, membre de l'Institut, etc.


Le Gaulois, Paris, 21 juin 1898, p. 2.

L'idée d'utiliser le cinématographe dans le cadre de ses cours surgit donc probablement au cours de l'année universitaire 1897-1898. Il faut donc situer ce projet de façon concomitante à celui du célèbre et controversé docteur Eugène Doyen, comme semble le confirmer un bref article du Gaulois :

Le cinématographe dans les hôpitaux.
Il paraît c'est une indiscrétion–que des expériences de cinématographie viennent d'être faites, à l'hôpital de la Pitié, dans le service du distingué chirurgien en chef, M. Tuffier.
Les expériences, qui ont donné d'excellents résultats, se continuent, chaque après-midi, à l'Ecole pratique de la Faculté de médecine, avec une grande activité. L'on n'a pas de temps à perdre si l'on veut être prêt pour l'ouverture des cours, et nos chirurgiens agrégés désirent innover, dès leur rentrée en chaire, la nouvelle méthode d'enseignement a. laquelle nos étudiants applaudiront de grand cœur.
Rien n'était, en effet, plus aride que les conférences de médecine opératoire, où l'imagination devait suppléer à la parole du professeur.
Désormais, l'opération " vivante " passera sous les yeux des spectateurs, qui pourront en suivre toutes les phases !
C'est tout de même un peu terrifiant à penser !


Le Gaulois, Paris, 23 septembre 1898, p. 1.

Le nom de Bonnet n'apparaît pourtant pas et c'est l'un des internes du service, Paul Rebreyend, qui prie le journal de compléter l'information :

Le cinématographe dans les hôpitaux.
Dans notre numéro d'hier, nous annoncions que le cinématographe allait trouver dans la science chirurgicale une application nouvelle. En l'absence de M.le docteur Tuffier, en ce moment absent de Paris, un de ses internes, M. Rebreyend, est venu nous prier d'ajouter à notre information ces quelques détails Si en ce moment des études ont lieu dans le service de M. le docteur Tuffier, elles sont faites sous la direction de M. le docteur Léon Bonnet, qui depuis plusieurs mois poursuit des expériences, auxquelles M. Rebreyend a été tout récemment prié de s'associer.
D'ailleurs la question, à l'étranger comme en France, est à l'ordre du jour; et puisque une indiscrétion a fait connaître plus tôt qu'ils ne l'auraient souhaité les expériences en cours, disons tout de suite qu'il s'agit bien moins pour MM. Bonnet et Rebreyend de reproduire quelques scènes opératoires sensationnelles, que de mettre entre les mains de tous une précieuse méthode d'enseignement médico-chirurgical.


Le Gaulois, Paris, 24 septembre 1898, p. 1.

On ne peut qu'être attiré par la dernière phrase de l'article. Difficile de ne pas penser que derrière les " scènes opératoires sensationnelles " se dissimule tout bonnement le Dr. Doyen qui est d'ailleurs parfaitement au courant des travaux de Bonnet. Il suffit de lire deux articles publiés par un autre quotidien, L'Écho de Paris pour compléter l'information sur cette rivalité manifeste :

Le cinématographe dans les hôpitaux.
Nos étudiants en médecine sont à la veille de voir une application inattendue du cinématographe. Un jeune interne, dont nous tairons encore le nom, a eu l'idée ingénieuse de prendre des clichés successifs, très rapides, des diverses phases d'une opération chirurgicale. Ces clichés, enroulés autour d'une bobine, pourront défiler devant un objectif, et être projetés en grandeur naturelle sur une surface blanche, ainsi que cela se passe pour le Biograph. De la sorte, les professeurs, à leur cours, pourront appuyer leurs théories par une démonstration pratique, séance tenante. On conçoit l'utilité que pourront retirer d'une pareille invention les Facultés de province et de l'étranger. Les grands chirurgiens du monde pourront ainsi se communiquer les résultats de leurs expériences bien mieux que par des mémoires. Et maintenant, si vous désirez vous faire amputer un bras...


L'Écho de Paris, Paris, 24 septembre 1898, p. 1.

Le même journal se voit contraint de rectifier quelque peu l'information dans son édition du lendemain, sans doute sous la pression du Dr. Doyen

Nous avons parlé hier de l'emploi du cinématographe pour la démonstration des procédés opératoires et l'enseignement de la chirurgie. Pour compléter notre information, nous devons dire que les premières expériences ont été faites, il y a quelques mois, par le docteur Doyen, dans sa clinique particulière. Cette nouvelle méthode d'enseignement a été démontrée avec le plus grand succès, en juillet dernier, par M. Doyen, au congrès de l'Association médicale britannique à Edimbourg, en présence de chirurgiens de tous les pays. C'est certainement à la suite de ce congrès que des tentatives ont été faites dans les hôpitaux de Paris.


L'Écho de Paris,  25 septembre 1898, p. 1.

On voit bien la rivalité qui s'installe au cours de l'été et l'automne 1898 entre Bonnet et Doyen. Ce dernier organise une première conférence le 21 octobre, à l'Hôtel des Sociétés Savantes et brûle ainsi la politesse à Léon Bonnet qui pour sa part va organiser, à son tour, une conférence, à la Faculté de Médecine, le samedi 17 décembre 1898 :

Le Triomphe de la Cinématographie
On a beaucoup parlé du grand event de samedi dernier à la Faculté de médecine. Le Tout-Paris y avait été gracieusement invité par M. le docteur Léon Bonnet à venir voir couper une jambe et un bras. L'opération n'a pas été faite en nature, ce qui n'eût pas manqué d'attirer sur le vaillant médecin les foudres de la censure médicale, mais par l'intermédiaire du cinématographe ou, plutôt, du chronophotographe, car si le premier nom s'applique à l'instrument de plaisir bien connu des boulevardiers, le second se rapporte exclusivement à l'appareil scientifique inventé depuis plus longtemps par M. Marey pour l'étude et la décomposition du mouvement.
La conférence du docteur Léon Bonnet a prouvé définitivement que la chronophotographie est destinée à constituer une méthode d'enseignement et d'observation incomparable chacun a pu y voir, avec une netteté et une fixité donnant sur l'écran l'illusion absolue de la vie réelle, le jeune opérateur, M. Rebreyend, entailler les chairs, retrousser le lambeau nécessaire à couvrir le moignon, trancher les ligaments, rabattre le lambeau et emporter la jambe avant que, grâce à l'hémostase, une seule goutte de sang se soit écoulée. De même pour le bras, mais ici la séparation ou plutôt, pour employer le mot scientifique, la désarticulation du membre, est toujours plus difficile et la seconde opération, au lieu des quarante-cinq secondes nécessaires à la première, a duré une minute entière, un siècle pour les belles mondaines attirées par la curiosité à l'amphithéâtre, mais rendues haletantes par l'émotion d'un premier début !
Ce qui, devant un public de médecins ou d'étudiants, peut rendre un pareil spectacle instructif au plus haut point, c'est la possibilité d'arrêter à loisir l'appareil pour bien montrer la position du couteau, de l'opérateur et de l'opéré à chaque phase de l'opération, et la faculté de réitérer la démonstration à loisir, sans avoir à se procurer un nouveau malade, ou s'il s'agit simplement de médecine opératoire un nouveau cadavre.
A.R.


Le Gaulois, Paris, 24 décembre 1898, p. 6.

L'article se positionne clairement dès les premières lignes. On n'est pas du côté du spectaculaire et du cinématographe - sous-entendu, du côté du Dr. Doyen - mais de celui du chronophotographe et de Marey, et donc de la science. Si le nom de l'opérateur ne nous est pas parvenu, l'appareil pour sa part peut faire songer à Demenÿ ou Gaumont. En outre, deux films sont présentés au public, le premier une amputation d'une jambe, le second celle de l'amputation d'un bras. Il s'agit là d'une conférence à caractère unique, car nous ne connaissons pas, par la suite, d'autres présentations de vues chirurgicales de ce type. Dans un journal espagnol d'avril 1899, nous disposons de quelques précisions complémentaires sur le type de films tournés par Bonnet:

Bonnet lo utiliza para sus enfermos, cuyos movimientos exteriores pueden servirle de guía, á fin de establecer un diagnóstico racional.
Atávicos, alcohólicos y epilépticos desfilan por delante del objetivo, y el sensible instrumento anota y registra los menores movimientos nerviosos del paciente, sus estremecimientos, imperceptibles a simple vista.
Sabido es que un alcohólico no tiembla como un epiléptico, ni un histérico del mismo modo que un atávico.
Ahora, puesto que el cinematógrafo reproduce todos los movimientos con su fidelidad característica, los alumnos pueden darse cuenta exacta, en la clínica, de las diferencias que distinguen entre sí á esas y otras enfermedades.


El siglo futuro, Madrid, 17 de abril de 1899, p. 3.

Ainsi, Léon Bonnet, outre les films d'opération, similaires à ceux du Dr. Doyen, utiliserait le cinématographe afin de poser des diagnostics en analysant les mouvements des corps des épileptiques, alcooliques, etc. Il semble pourtant que Léon Bonnet renonce vite à utiliser, par la suite, le chronophotographe, ou bien a-t-il jugé bon de ne plus en parler publiquement. Est-ce lui qui présente à la Salpétrière des films médicaux ?

Une visite à la Salpêtrière
[...]
Nous traversons des laboratoires. Dans l'un, un cinématographe nous fait assister aux phases d'une crise d'hystérie. Admirable instrument de cours !


La Meuse, Liège, 25 août 1900, p. 6.

Mais la grande oeuvre de sa vie reste sans aucun doute sa lutte contre la tuberculose. Probablement dès 1890, Léon Bonnet poursuit sa tâche philanthropique de soigner les malades atteints de cette terrible maladie. Il parvient, dès janvier 1900, à créer, rue Saint-Lazare, un premier établissement nommé " Dispensaire antituberculeux ". Cela n'est qu'un début, car servi par deux périodiques, L'Écho public et Les Découvertes modernes ([1898]-[1904]) dont il est le directeur, il crée l'Oeuvre des dispensaires anti-tuberculeux. Les dispensaires vont ainsi se multiplier en France dans les années qui suivent. Nous perdons sa trace après 1904 et la presse annonce son décès, en 1917, suite à ses travaux sur les rayons Röntgen :

Nous apprenons la mort du docteur Léon Bonnet, au Puy-en-Velay. Ce fut un des premiers médecins qui étudièrent les rayons X. Il vient de payer de sa vie son dévouement à la science et à ses malades puisqu’il contracta la terrible maladie qui l’a consumé, en essayant d’asservir ces mystérieuses radiations. Le docteur Léon Bonnet n’était âgé que de 58 ans.


Le Temps, Paris, 4 septembre 1917, p. 2.

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