SAINT-JEAN-D'ANGÉLY

Jean-Claude SEGUIN

Saint-jean-d'Angély, ville du département deCharente Inférieure (auj. Charente Maritime), compte 7.297 habitants (1894). 

1896

1897

1898

1899

1900

1901

1902

1903

Le Cinématographe du Palais de Lucifer (15-27 juin 1903)

La foire de Saint-Jean-d'Angély, qui commence le 15 juin et dure 12 jours, n'attire, cette année, que peu de monde :

PLACE DE L'HOTEL DE VILLE
La Saint-Jean bat son plein et, cette année, nous devons constater à regret que notre fête patronale est plutôt maigre.
[...]
Le palais de Lucifer, dans des scènes cinématographiques, donne de belles représentations, qui sont très appréciées du public. Après quelques loges de femme  panthère ou autres, puis les marchands de sucrerie, il nous reste à contempler les chevaux de bois et les vagues de l’océan, l’amusement des enfants et la tranquillité des parents.L'Union nationale, Saint-Jean-d'Angély, 25 juin 1903, p. 3. 

C'est le Palais de Lucifer - une baraque foraine dont nous ignorons l'origine - qui propose des vues cinématographiques... mais rien sur le propriétaire, ni sur les films proposés.

1904

Le Cinématographe Géant du Palais de l'Art Nouveau (Place de l'Hôtel-de-Ville, 15 juin-26 juin 1904)

C'est à l'occasion de la foire de la Saint-Jean, qui commence le 15 juin et dure 12 jours, qu'une baraque foraine, le Palais de l'Art Nouveau, dont le propriétaire est Van Langendouck, présente un Cinématographe Géant : 

Théâtre de l’Art Nouveau Le Palais de l’Art Nouveau qui s’installe sur la place de l'Hôtel-de-Ville, à l’occasion de notre fête foraine, ne peut qu'attirer le public. Les attractions sont entièrement inédites.
Ethéréa, la reine de l’air, la femme volante, y est un problème des plus charmants ; ses évolutions aériennes sont intrigantes comme la course d’un météore.
Ramilda, la voyante, sous l’empirisme du maître Agosta, se livre à des divinations tellement étranges qu’elle devient un gros sujet d'étonnement pour les personnes sceptiques et incrédules.
Le Cinématographe Géant nous présentera les premiers événements de la guerre russo-japonaise et de nombreux tableaux comiques.
Une machine de 50 chevaux permet de jeter sur toutes ces choses des ruissellements de lumière électrique.
Pour quelques jours seulement.
Le spectacle est changé tous les 2 jours.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 19 juin 1904, p. 2.

Difficile de savoir quel appareil se cache sous l'intitulé " Cinématographe Géant ". Les vues sur la guerre russo-japonaise pourrait faire partie du catalogue Pathé. Un second article, beaucoup plus long, donne une description bien plus complète du Palais de l'Art Nouveau, même s'il ne fait qu'évoquer le cinématographe :

Palais de l’Art Nouveau
Rarement il nous fut donné d’assister à un spectacle aussi intéressant que celui que nous offre le Palais de l'Art Nouveau depuis le début de la foire.
Spectacle intéressant, non pas seulement par les attractions qui y sont réunies, mais encore par le goût et le luxe, déployés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ce coquet et grandiose établissement.
La toute gracieuse Ethérea qui en même temps qu’artiste de réel talent est la directrice du Palais, a dès le premier jour conquis tous les suffrages du public de Saint-Jean-d'Angély, si difficile pourtant, et à chaque séance recueille de légitimes et chaleureux applaudissements.
Son numéro présenté avec une grâce qui captive, émeut, obtient ici un énorme succès et nous lui prédisons sans être sorcier ou sorcière une ample moisson de lauriers.
Puisque je parle de sorcière il faut, il est nécessaire que nos lecteurs sachent bien que jamais ils n’eurent l’occasion de voir une attraction pareille que celle qui à Bordeaux fit courir toute la société élégante et avide " d'art nouveau ".
RamiIda puisqu’il faut que je la nomme, justifierait à elle seule le succès grandement remporté, obtenu par le Palais de l’Art Nouveau.
Étrange, diabolique, incompréhensible. Que nous sommes loin des Pickman, Donato, etc. On ne saurait trop louer la virtuosité que déploie Ramilda et le professeur Agosta. Avec quelle rapidité cette étrange et gracieuse créature lit dans nos pensées, dans les plis les plus secrets de nos âmes ! non c’est impossible à décrire : il faut le voir pour le croire : mais quand on a vu on est septique encore, mais on revient toujours admirer ce sujet extraordinaire.
On est ensorcelé sous le charme !
Amis lecteurs, vous comme tous, serez ravis de voir Ramilda et vous ne pourrez vous lasser de la voir et l’admirer.
Ajouterai-je que le cinématographe grandiose a, lui aussi, le don de plaire et que c’est là un numéro qui complète heureusement ce spectacle pourtant déjà si complet.
Pour dimanche 26 juin, on nous annonce la clôture. Nul doute que le public n'assiste à un spectacle de si haut goût et qui sort de la banalité.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 26 juin 1904, p. 3.

Un autre journal, L'Union nationale, propose un récit beaucoup plus personnel sur le Palais de l'Art nouveau. Le journaliste, qui ne dit pas son nom, est à ce point enthousiaste qu'il en oublie parfois de se relire. Par chance, il développe un court paragraphe sur le cinématographe et sur les films qui sont projetés à l'occasion de la foire : 

Palais de l’Art nouveau
Jamais, même aux plus beaux jours de notre théâtre, nous n’avons vu un public aussi select, aussi distingué que celui qui, hier au soir, s’était donné rendez vous au coquet établissement qui, depuis le commencement de la foire, tient le record comme succès... et de recettes...
J’avoue, pour ma part, et très sincèrement que rarement pareil spectacle eut le don de me plaire, de m’intéresser comme celui que chaque soir, l'aimable Direction offre au public.
Faire à nouveau l’éloge d’Ethéréa pourrait sembler fastidieux ; mais dois-je passer sous silence le succès sans cesse toujours croissent obtenu pour cette gracieuse artiste, dent les évolutions aériennes intriguent, charment et intéressent au plus haut point. Attraction merveilleuse qui charme et qui laisse l’esprit rêveur !!
Je ne peux pourtant m’empêcher de parler encore à nouveau, toujours de Ramilda la voyante !!
Créature étrange, énigmatique, qui subjugue et séduit.
J’ai eu maintes fois l’occasion, le plaisir, d’assister aux expériences des Donato, de Pickman, mais je ne crains pas d’avouer, que leurs expériences si suggestives, si captivantes fussent-elles, n’eurent le don de m’intéresser aussi vivement que celles que le maître Agatta avec une bonhomie, une gaieté, un brio sans pareils, fait exécuter chaque jour à son étrange et incomparable sujet.
Mystère !! mystère !!
Est-ce justement le côté mystérieux de cette attraction qui vaut à Ramilda son ample moisson de lauriers ?
Chi lo sa ! That is the question ! Mais il est indiscutable et indiscuté et qui est celui-là !... Le public qu’el qu’il soit est avide d’émotions, l’inconnu l’attire, le beau le captive et le retient !!!
Est-ce là le but que c’est promis d’atteindre Ramilda ?... Oui, sans aucun doute...et sans exagération, j’affirme, à cette charmante femme qu’elle laissera, en quittant Saint-Jean-d’Angély, le meilleur des souvenirs et que son nom, synonyme de succès, d étrangeté et de grâce, sera prononcé souvent parmi nous.
Le cinématographe nous réservait des nouveautés, et cela a été pour nous une très agréable surprise que de voir de nouvelles projections d’un intérêt croissant, d’actualité ; au hasard je citerai des scènes de la guerre Russo-Japonaise, les Omers, les cambrioleurs modernes et le Voyage dans la Lune qui fait la joie de tous, tant par l’étrangeté, le caractère et le fantastique que présentent ses diverses scènes.
Charmant spectacle auquel nous convions tous nos amis, tous nos aimables lecteurs.
Je m’étais promis, il y a quelque temps déjà, de dire un mot de la charmante créature qui, à l’extérieur, arrête les passants tant par sa grâce personnelle que par sa constitution extraordinaire !!!...
Aurore est son nom !! elle nous apparaît sans bras ni jambes dans une auréole féerique de lumière, pareille à un astre que la venue de " l’aurore " semble saluer... dans son œuf !!!
Quand je me dis que tout est mystère dans ce grandiose établissement.
Le Palais de l’Art nouveau restera parmi nous jusqu’à dimanche prochain, jour de clôture. Avis aux retardataires.


L'Union nationale, Saint-Jean-d'Angély, 26 juin 1904, p. 3.

Les films projetés dont parle l'article appartiennent soit à la maison Pathé, soit à la maison Méliès.

Van Langendouck et son Palais de l'Art Nouveau quittent Saint-Jean-d'Angély pour la foire du 1er juillet de La Rochelle.

1905

Le Théâtre Vernassier, Place de l'Hôtel-de-Ville, 15-[27] juin 1905)

Louis Vernassier est l'une des grandes figures du monde des forains, mais aussi l'une des plus originales, qui présente depuis de très nombreuses années sa baraque qui a changé plusieurs fois de nom. Il est déjà passé à Saint-Jean-d'Angély en 1901. Son spectacle est désormais très complet comme on peut l'apprécier dans l'article suivant : 

Notre Fête Patronale
Notre coquette petite ville se pare en ce moment de ses gracieux atours ; les façades se blanchissent, les magasins reçoivent une nouvelle couche de peinture qui leur donne un air de propreté comme aux grands jours de fêtes ; la Saint-Jean est bien réellement la fête du pays.
Déjà la place de l’Hôtel-de-Ville se garnit de spectacles divers, et d’ici quelques jours il ne restera probablement pas un petit coin à prendre.
Cette année, non seulement les attractions sont nombreuses, mais encore les établissements sont très importants. Nous avons d’abord le Théâtre Vernassier dont la réputation est connue de tous les Angériens qui ont pu le voir ici il y a quelques années. Aujourd’hui transformé en un splendide Music-Hall, il nous revient sous l’aspect d’un établissement grandiose et monté avec les derniers perfectionnements de luxe et de confort.
Nos lecteurs n’ont certainement pas oublié le Théâtre VERNASSIER qui, il y a 4 ans, a obtenu un succès colossal avec son prestidigitateur, son cinématographe, rayons X, etc. Il nous est revenu complètement transformé et agrandi, comme loge et comme spectacle ; c’est maintenant un établissement de tout premier ordre, non au luxe extérieur, mais avec un intérieur des plus confortables et une troupe d’artistes d’élite, qui viennent de remporter des succès dans toute la région — Nous y reviendrons, du reste.
Nous relevons au programme : Miss Isoline, la célèbre voyante qui a fait courir tout Paris aux Folies-Bergère, Caïroli, jongleur mondain, antipodiste et équilibriste hors-ligne, les Vernaly, trio d’excentriques musicaux, danses, projections, illusions, etc., etc.
Nous apprenons que, attendu à La Rochelle, le grand music-hall Vernassier ne restera que quelques jours parmi nous. Les débuts auront lieu dimanche. [...]


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 18 juin 1905, p. 2.

L'article ne parle pas de cinématographe, mais l'établissement du forain en comporte habituellement. Les séances commencent le 18 juin 1905, mais nous ignorons la date du départ de Louis Vernassier, sans doute à la fin de la foire.

Le cynématographe Glasner-Guilli (Place de l'Hôtel-de-Ville, 15-27 juin 1905)

La famille Guili tourne depuis plusieurs années et présente un cynématographe, d'origine inconnue, à l'occasion de la foire de la Saint-Jean :

[...]
Le cynématographe Glasner-Guilli sera certainement un genre de distraction qui plaira beaucoup étant donné qu’il est monté avec un soin particulier et que là encore tout est présenté d’une façon délicieuse.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 18 juin 1905, p. 2.

 Aucune autre information particulière sur cette baraque foraine qui reste probablement à Saint-Jean-d'Angély jusqu'à la fin de la foire.

1906

Le Grand Cinématographe américain (Salle municipale, 26-27 février 1906)

Le Grand Cinématographe Américain arrive à Saint-Jean-d'Angély, en février 1906. Sans doute s'agit-il de l'appareil de M. Hermand qui a organisé des soirées à La Rochelle, les 24 et 25 février. Ici, deux séances également sont prévues, les lundi 26 et mardi 27 février :

SALLE MUNICIPALE
[...]
Lundi et mardi prochains le Grand Cinématographe américain, avec sa nouvelle machine parlante, nous donnera deux représentations.
Le programme aussi intéressant que nouveau de ces deux soirées, nous fait un devoir, qui est en même temps un plaisir, d’engager tous nos concitoyens à s’y donner rendez-vous. C’est une bonne occasion que tout le monde doit saisir au passage.


L'Union nationale, Saint-Jean-d'Angély, 25 février 1906, p. 3.

Aucune autre information n'est publiée sur ce spectacle. Toutefois, quelques jours plus tard, en mars, un Grand Cinématographe Américain est présenté à La Rochelle, par M. Hermand (L'Écho rochelais, La Rochelle, 14 mars 1906, p. 3). Il est possible qu'il s'agisse du même appareil.

Le Grand Cinématographe américain (Salle Municipale, 12 mai 1906)

M. Hermand est de retour en mai avec son Grand Cinématographe Américain, également appelé The Stinson Bio. Il semble qu'il s'agisse d'une représentation unique qui a lieu le samedi 12 mai 1906. Nous avons la chance, dans le cas présent, de connaître la totalité du programme offert aux spectateurs :

Ce soir samedi, à 8 h 1/2, le grand Cinématographe Américain donnera salle municipale, une représentation composée de nouvelles vues :
Le Tremblement de terre de San-Francisco (vues authentiques) ; l’incendie des maisons ; la destruction des immeubles par la dynamite ; la grève (drame social en 15 tableaux) ; l’attaque d'une diligence par les Indiens ; grande excursion en Italie (20 tableaux) ; de Naples au vésuve ; à 20 mètres du cratère du volcan en activité ; un drame dans les airs ; les bagages de Barnum (immense succès) A la demande générale : Au pays noir ; les survivants de Courrières; le voyage dans la lune. Durée du spectacle, 2 h. 1/2. Bonsoir.

L'Union nationale, Saint-Jean-d'Angély, 13 mai 1906, p. 3. 

À l'exception du Voyage dans la lune, la totalité des vues identifiées appartient au catalogue Pathé, maison qui alors domine le marché du cinématographe. Il ne semble pas que M. Hermand ait offert une autre séance à Saint-Jean-d'Angély. Il a dû continuer sa route.

Le Cinématographe Automobile (Théâtre municipal, 8-[10] juin 1906)

Une voiture de la société " le Cinématographe automobile ", une entreprise originale d'Alfred Bréard, va organiser quatre séances de projections, à Saint-Jean-d'Angély, du 7 au 10 juin, dans la Salle des Tilleuls : 

Cinématographe automobile
C’est sans doute avec une vive satisfaction que la population de Saint-Jean accueillera l’annonce du prochain séjour dans nos murs du Cinématographe automobile qui donnera 4 soirées à la Salle des Tilleuls, les 7, 8, 9 et 10 juin courant, à 8 heures 1/2 du soir.
Les petits, aussi bien que les grands, auront le plaisir d’assister à des séances aussi instructives qu’amusantes de vues animées en couleurs des plus sensationnelles. — Le programme est on ne peut plus attrayant et nous sommes certain que le succès qui accueille partout ses représentations intéressantes ne se démentira pas.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean d'Angély, 3 juin 1906, p. 2.

Pour des raisons non indiquées, l'inauguration n'a lieu que le vendredi 8 juin. Le journaliste fait un compte rendu positif de cette première séance :

Le cinématographe automobile
Une assistance aussi choisie que nombreuse a assisté hier, vendredi, à la séance de vues animées donnée par le cinématographe automobile du Petit Journal, dans la belle salle des " Tilleuls ".
Pendant toute la soirée, le public s’est vivement intéressé aux différents numéros du spectacle qui fut des plus attrayants. Citons le tub de l’éléphant, veux-tu rentrer ! les bûcherons de la Californie, un drame en wagon, la ruche merveilleuse, le bain mixte, etc., etc.
Il est certain que l’on vit rarement un cinématographe aussi curieux et muni de filons aussi beaux et aussi variés. La satisfaction a été générale et nous ne pouvons qu’engager nos concitoyens à aller en foule assister aux soirées qui vont suivre.
Cette audition avait lieu dans la salle des " Tilleuls " excellemment aménagée à cet effet ; pendant les entr’actes le jardin illuminé reposait agréablement la vue.


L'Union nationale, Saint-Jean-d'Angély, 10 juin 1906, p. 3.

Le répertoire est essentiellement constitué de vues Pathé et de quelques films Gaumont. Il n'y a plus d'informations relatives au Cinématographe Automobile qui est sans doute parti le 10 juin comme annoncé.

Répertoire (autres vues) : La Coupe Gordon Bennett (L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 10 juin 1906, p. 3).

L'Idéal Cinématographe (Salle Municipale, 16 décembre 1906)

On ne connaît pas l'origine de cel Idéal Cinématographe, expression déjà utilisée à plusieurs reprises. La presse annonce son arrivée prochaine en ces termes :

On nous annonce pour dimanche 16 décembre, à 2 h. 1/2 et à 8 h. 3/4, à la Salle Municipale, deux séances de l'Idéal Cinématographe, et pour ce jour seulement. Nous donnerons le programme dans notre prochain numéro.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 13 décembre 1906, p. 2.

Mais le cinématographe ne viendra pas pour une raison qui reste inconnue :

" L’Idéal " Cinématographe
Par suite de graves avaries survenues à la machine, les séances qui devaient avoir lieu demain dimanche, à la Salle Municipale, ne pourront avoir lieu et sont renvoyées à une date qui sera ultérieurement fixée.


L'Écho saintongeais, Saint-Jean-d'Angély, 16 décembre 1906,p. 2. 

 

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