NANCY

Jean-Claude SEGUIN

Nancy, chef-lieu du département de Meurthe-et-Moselle, compte 87.110 habitants (1894)

1896

Photographies animées (Salle Poirel, avril 1896)

Les " photographies animées " organisées en avril 1896, à la salle Poirel restent assez mystérieuses. Nous ignorons le nom de l'opérateur, celui de l'appareil et le répertoire de vues proposées. Un entrefilet annonce ainsi l'arrivée prochaine de ces images en mouvement :

Photographie animée 
Nous apprenons que lundi ou mardi prochain seront données à la salle Poirel des représentations de photographies animées.
Ce spectacle obtient à Paris un grand succès et nous ne doutons pas qu'il obtienne la faveur du public nancéien.
Ces représentations ne dureront que quelques jours, la direction ayant des engagements à remplir en Russie.


L'Est républicain, Nancy,  12 avril 1896, p. 2.

Mystère aussi sur ces " engagements " en Russie. Toujours est-il qu'annoncée pour le 13 ou 14 avril, l'inauguration n'a lieu que le jeudi 16 avril. Le court compte rendu de L'Est républicain donne une idée, au moins, des conditions pour le moins approximatives de ces premières projections nancéiennes. 

Photographies animées 
Depuis quelques jours, des affiches avaient été placardées en ville, annonçant des séances de photographies animées à la salle Poirel. La première représentation, retardée par des difficultés d'organisation, a eu lieu, jeudi soir, dans la galerie nord.
Pour n'être pas parfait, le résultat a été fort curieux. Les opérateurs n'ont pu, paraît-il, réunir la puissance d'électricité suffisante pour obtenir des épreuves tout à fait satisfaisantes, néanmoins le succès a été vif. Mais, dès aujourd'hui, les petites imperfections signalées auront certainement disparu.
Les séances de photographies animées auront lieu tous les soirs, à partir de huit heures et demie et d'heure en heure. Elles seront peu nombreuses, l'opérateur devant quitter Nancy dimanche prochain pour se rendre en Russie.


L'Est républicain, Nancy, 18 avril 1896, p. 2.

Le public reste encore très tolérant face à ces imperfections - la question du flux électrique est un réel problème - et l'illusion du mouvement l'emporte sur le reste. Nous n'aurons plus d'information sur ces premières séances nancéiennes. La dernière séance a sans doute lieu le 19 avril et l'opérateur est toujours aussi empressé de quitter Nancy pour la Russie.

nancy salle poirel

Maison des Magasins-Réunis, Nancy, Salle Poirel (c. 1899)

Le Cinématographe Lumière d'Abel Bordéria (Salle Poirel, mai-juin 1896)

Concessionnaire pour une partie au moins de l'Est de la France - et peut-être aussi de l'Est de la Belgique -, le photographe Abel Bordéria vient de Reims, où il a organisé avec succès de nombreuses séances de projections animées avec le cinématographe Lumière. Sa tournée continue donc à Nancy. La première est prévue et annoncée pour le 14 mai.

borderia 07

L'Est républicain, Nancy, 14 mai 1896, p. 4.

La presse en général est avare d'informations. Le Progrès de l'Est est l'un des rares à offrir quelques éléments sur la séance inaugurale et plusieurs titres du répertoire :

[...] C'est à peine si la première fois, on a remarqué quelques accrocs qui étaient d'ailleurs inévitables et que les organisateurs ont immédiatement rectifiés. [...]
On a surtout applaudi l'arrivée d'un train en gare, la scène fort amusante entre le jardinier et son aide, la destruction d'un mur, les Champs-Élysées, la baignade... L'impression a été excellente et on ne saurait trop recommander une visite à la galerie Est de la salle Poirel.


Le Progrès de l'Est, Nancy, 15 mai 1896 (partiellement cité dans Blaise Aurora, Histoire du Cinéma en Lorraine, Metz, Éditions Serpenoise, 1996, p. 52)

La revue La Lorraine artiste vient à son tour compléter dans un bref article l'inauguration de ce nouveau spectacle :

Le Cinématographe-Lumière.
Le Cinématographe-Lumière, de Lyon, qui vient de s'installer dans une des galeries de la Salle Poirel, a dès ses débuts, conquis la faveur des Nancéiens. Plus de trois cents personnes assistaient vendredi soir à ses curieuses expériences, et applaudissaient chacun des tableaux animés. L'illusion est complète et les sujets sont bien choisis. Nous citerons parmi les scènes les plus intéressantes : La sortie des ateliers de M. Lumière, à Lyon; l'arrivée du train ; la démolition d'un mur; la barque en mer ; la querelle politique ; l'arroseur, etc C'est un spectacle très intéressant, et qui se recommande aux familles par l'égal plaisir qu'il procure aux enfants et aux grandes personnes.
Les séances ont lieu à 3 h. et à 5 h. dans l'après-midi et à 8 h. 1/2 et 9 h. 1/2 dans la soirée.


La Lorraine artiste, 14e année, nº 1, 17 mai 1896, p. 192.

Pour le reste, le lecteur est soumis à la portion congrue. Certes L'Est républicain publié quotidiennement un entrefilet pour le moins lapidaire - information sur les heures des séances et le prix - à peine rompu par de rares compléments. On peut ainsi savoir qu'Abel Bordéria cherche à attirer le public scolaire : " Séances privées pour les lycées, collèges et pensionnats. On traite à forfait. S'adresser salle Poirel, aux heures des séances. " (L'Est républicain, Nancy, 29 mai 1896, p. 2). Vers le début du mois de juin, un article, à peu plus long, offre quelques remarques sur le cinématographe, mais d'un intérêt très limité :

Le Cinématographe Lumière
Le Cinématographe des frères Lumière, de Lyon, obtient le plus vif succès — il ne peut en être autrement — c'est bien le spectacle le plus curieux qu'il soit donné de voir. 
Il y a quelques nouveaux tableaux du plus gracieux effet, on peut dire qu'il instruit en amusant.
Nous avons déjà donné sur cette merveille de l'application de la photographie, des détails circonstanciés. L'Illustration de cette semaine en publie de très complets. Le Cinématographe est pour le mouvement, ce qu'est le phonographe pour la parole.. Nous engageons vivement les personnes qui n'ont pas encore vu le Cinématographe à aller à la salle Poirel.
Il y a séances à trois heures et cinq heures de l'après-midi et le soir à huit heures et demie et neuf heures et demie.


L'Est républicain, Nancy, 4 juin 1896, p. 2.

Si l'on ne peut douter du succès du cinématogrpahe Lumière - la présence de l'appareil durant plusieurs semaines semble l'attester -, la presse ne s'en fait guère l'écho. Quelques jours plus tard, Abel Bordéria commence à annoncer " Très prochainement clôture" (L'Est républicain, Nancy, 12 juin 1896, p. 2), puis " Clôture irrévocable dimanche 21 juin " (L'Est républicain, Nancy, 18 juin 1896, p. 2).

Répertoire (autres vues) : Jeux de boules, Acrobates, Enfant et Chien, Charcuterie mécanique (L'Est républicain, Nancy, 20 mai 1896, p. 2), Querelle enfantineJolliette à MarseilleLancement d'un navireLes CygnesBassin des TuileriesArrivée en voitureLe TrainLe MurDéfilé du régiment, Le JardinierSortie de l'usine LumièreLa Baignade en mer. (L'Est républicain, Nancy, 28 mai 1896, p. 3).

Cinématographe Lumière (Brasserie La Lorraine, novembre 1896)

Nous ne disposons que de très peu d'informations sur cet appareil Lumière, mais on peut penser qu'il est sous la responsabilité de son concessionnaire pour Nancy, Abel Bordéria. Seule La Lorraine artiste semble s'être intéressée, futivement, à ce projecteur. Dans le cas présent, les séances sont organisées à la Brasserie La Lorraine.

Cinématographe
Un cinématographe Lumière de Lyon donne entre 4 et 9 heures du soir, Brasserie Lorraine au 1er (rue St-Dizier) d'intéressantes séances qui se renouvellent toutes les 20 minutes.
Notons comme nouveauté et attraction, la visite des souverains russes à Cherbourg et à Paris.

nancy brasserie la lorraine
 La Lorraine artiste, 14e année, nº 46, 8 novembre 1896, p. 446. Grande Brasserie La Lorraine,
Restaurant du 1er étage, rue Saint-Jean

Nous ignorons presque tout du répertoire et du nombre de séances organisées par le responsable.

1897

1898

1899

1900

1901

1902

Le Théâtre-Salon Carmelli (Foire, 20 mai-[14] juin 1902)

La foire de Nancy, qui ouvre ses portes le 20 mai, accueille de nombreux forains dont le Théâtre-Salon Carmelli, tenu par le célèbre prestidigitateur. Il dispose d'un appareil cinématographique commercialisé par Normandin, le " Royal Biograph " :

THÉÂTRE-SALON CARMELLI.- Grandes représentations extraordinaires par le professeur Carmelli, prestidigitateur. À chaque séance, le « Royal biograph », ou cinématographe perfectionné, sans trépidations, sans scintillements.
___
Le professeur Carmelli, du musée Grévin et du théâtre Robert Houdin, a commencé ses grandes représentations, qui durent jusqu’à onze heures un quart.
Les représentations du professeur Carmelli sont spécialement recommandées aux familles ; la réputation du célèbre professeur, méritée par douze années de succès à Paris, est un sûr garant de la composition du spectacle.
Pour ces soirées exceptionnelles, M. Carmelli a su grouper une série d'expériences inexplicables et inédites, dont l'imprévu augmente le charme. L'esprit et la fantaisie de ces expériences justifient plus leur succès qu'elles sont toutes du domaine de l'inconnu.
En venant assister à une représentation du professeur Carmelli, on peut être assuré d'avance de passer quelques heures agréables et de se retirer l'esprit plein de bons et charmants souvenirs. Prix des places : premières, 1 fr. 50 ; deuxièmes, 1 fr. ; troisièmes, 50 centimes. Enfants demi-place. Jeudis et dimanches, matinées à' prix réduits avec distribution jouets aux enfants. Le théâtre Carmelli est installé au bout de la grande allée, non loin des montagnes russes.


L'Est républicain, Nancy, 22 mai 1902, p. 3.

Par la suite, ce même journal ne va faire passer que des entrefilets tous sembables qui n'apportent plus aucune information nouvelle. La dernière annonce date du 14 juin (L'Est républicain, Nancy, samedi 14 juin 1902, p. 2).

1903

1904

1905

1906

 

Afin d'optimiser votre expérience sur ce site, nous utilisons des cookies. Ils visent essentiellement à réaliser des statistiques de visites. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies.