BOURGES

Jean-Claude SEGUIN

Bourges, chef-lieu du département du Cher, compte 45.000 habitants (1894)

1896

Le Cinétographe (Place Séraucourt, 1896)

Compte tenu de la précocité d'un cinématographe portant le nom de " Cinétographe " on peut penser qu'il s'agit de l'appareil construit par les frères Werner. La première annonce, du 27 juin, n'apporte guère d'informations concrètes :

Le Cinétographe
Nos lecteurs n’ignorent certainement pas le succès énorme remporté par les expériences de photographie animée à Paris où elles passionnent positivement le public. Rien n’est plus merveilleux, plus saisissant que de voir traduits sur la toile et de grandeur naturelle la vie, le mouvement et la nature d’une façon aussi parfaite. Nous sommes donc heureux de pouvoir annoncer que le Cinétographe viendra s’installer sur la place Séraucourt très prochainement et y trouvera des séances appelées à faire courir la foule. A bientôt des détails.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 27 juin 1896, p. 2.

bourges seraucourt

B.F., Paris, Bourges-Place Séraucourt, (1904) [D.R.]

Un nouvel article, un peu plus long, n'offre guère d'informations plus précises et se contente, comme cela est souvent le cas, de banalités... dont on peut penser, d'ailleurs, qu'elles ont été envoyées au journal par le propre tourneur :

Le Cinétographe
Nous avons le plaisir d'annoncer que le Cinétographe, la plus grande attraction de notre époque, débutera demain samedi, à 8 heures du soir.
Tout le monde voudra voir la photographie vivante, de grandeur naturelle, dont tout Paris s’occupe présentement à la suite d‘expériences qui provoquent une véritable sensation.
Les photographies animées sont projetées sur la toile à l'aide de la lumière oxy-éthérique par l'appareil américain le Cinétographe.
Rien n’est plus merveilleux, plus saisissant et plus extraordinaire ! C’est la vie, le mouvement, la nature qui sont traduits et reproduits sur l'écran avec une vérité absolue.
Tous les jours, de 2 à 6 h. et de 8 à 11 h., expériences par le Cinétographe toutes les 1/2 heure.
Ne pas aller voir ce spectacle, c'est se priver d’une récréation unique. C’est un véritable Théâtrographe, de véritables scènes animées, qui stupéfient et laissent le public sous le charme d’une merveilleuse innovation.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 4 juillet 1896, p. 3.

L'appareil s'est installé à Bourges à l'occasion de la foire de Jacques Cœur qui commence le 24 juin et dure trente jours.. En l'absence de nouveaux articles, difficile de savoir si l'appareil et son opérateur sont restés jusqu'à fin de la foire. 

Le Cinématographe Lumière (Jardin du café Margueritat, rue Moyenne, 8 juillet-30 juillet 1896)

La maison Lumière a mis en place, des le début de l'année 1896, un système de concessions qui est organisé de façon à ne pas laisser n'importe qui observer le fonctionnement de l'appareil, puisque l'opérateur est toujours directement envoyé par l'entreprise lyonnaise. Les noms du concessionnaire et de l'opérateur ne nous sont pas connus. L'inauguration est annoncée pour le mercredi 8 juillet pour une soirée réservée, comme cela est l'usage, aux autorités et à la presse :

LE CINÉMATOGRAPHE LUMIÈRE
AU GRAND CAFÉ, RUE MOYENNE
Nous croyons inutile d’insister sur le succès que va sûrement remporter à Bourges le Cinématographe Lumière. Depuis 6 mois, il est tellement dans nos mœurs d’aller voir ce spectacle, de l’applaudir ou d'en parler, que forcément nous suivront l’impulsion donnée par Paris et les capitales de toute la terre. II ne faut pas nous plaindre, du reste, le Cinématographe est le dernier et le plus surprenant progrès de la science moderne. Donner la vie à quelque chose d’inanimé; c’est un pas de géant accompli tout d’un coup, et qui justifie facilement l’enthousiasme soulevé par cette invention. Désireux d’être agréables à nos lecteurs et à nos lectrices, nous nous empressons de les informer que parmi les vues qui seront projetées, se trouvent : le train. Ce clou prodigieux du cinématographe qui a eu son retentissement jusqu’au Japon et en Australie. La Baignade en mer, dont le succès est aussi grand ; la scène de l'Arroseur qui déride les physionomies les plus graves, l’arrivée en voiture, les bébés si gracieux, si pleins de vie, qu’ils font toujours la joie des spectatrices. Les mauvaises herbes, ce véritable chef-d’œuvre où les effets de vent sont prodigieux, et tant d’autres scènes qui feront vos délices et vous arracheront bon gré mal gré, des applaudissements.
Certains du succès qui sera remporté par ce spectacle, nous conseillons nos lecteurs et nos aimables lectrices de profiter des premiers jours, afin de ne pas manquer les scènes du début qui seront vite changées.
L’Ouverture aura lieu Mercredi prochain à 8 heures pour les autorités et la presse, et à 9 heures pour le public. Les séances qui durent vingt minutes environ se succéderont peut-être jusqu'à 11 heures ou minuit. Les jours suivants, elles auront lieu de 2 h, à 6h. et de 8 h. à 10 h du soir.
Nous pouvons d’ores et déjà annoncer que les prix d’entrée sont fixés à 1 f. pour les premières et 0 f. 50 pour les deuxièmes.
L’Entrée du Cinématographe, et des séances sont indépendantes au Café. L’ouverture coïncidera avec la musique militaire.


La Démocratie, Bourges, 7 juilllet 1896, p. 3.

bourges margueritat

Collection E.L., Bourges (Cher).-Rue Moyenne, Cercle Militaire, Café Chanut (c. 1906)
(Le Café Margueritat, 16, rue Moyenne, a été repris par Georges Chanut)

L'article passe en revue les vues animées, déjà devenues des classiques de la maison Lumière, pour attirer le public. Le responsable comprend également l'importance de sensibiliser les spectateurs dès les premières séances pour ne pas perdre de temps et profiter du bouche-à-oreille :

Le Cinématographe
Le Cinématographe Lumière établi au Grand Café, rue Moyenne, a remporté dès le début, le succès auquel on s'attendait.
Les résultats obtenus sont merveilleux, et mieux que toutes les autres découvertes, celle-là est à même de satisfaire pleinement la curiosité des spectateurs.
Nous apprenons du reste, que de nouvelles vues très intéressantes vont être projetées à partir d’aujourd’hui. Nous nous empressons d’en informer nos lecteurs, et nous leur conseillons vivement de profiter de cette occasion pour se rendre compte de ce que le Cinématographe réserve de surprise agréable aux spectateurs.
Entre autres vues projetées, se trouve le défilé des Cosaques de l’escorte du Czar au moment où ces derniers se rendaient au sacre.
Nous rappelons aux amateurs que les séances durent un quart d’heure environ et qu’elles se succèdent de 2 h. à 6 h. et de 8 h. à 10 h. du soir.


La Démocratie, Bourges, 12 juillet 1896, p. 2.

Plusieurs articles permettent de connaître le répertoire de films, qui ne semblent guère se renouveler. Les conditions estivales conduisent le responsable à indiquer que " la salle est aérée ". Sans doute pour relancer son spectacle, il précise également que le départ est proche afin d'attirer les spectateurs :

Le Cinématographe Lumière
Grand-Café Margueritat, rue Moyenne.
(Salle dans le jardin.)
Nous apprenons que le directeur du Cinématographe Lumière, cédant aux demandes qui lui sont faites de différents côtés va abréger son séjour dans notre ville.
La fermeture aura lieu incessamment.
Nous engageons fortement les personnes qui n’ont pas encore vu le Cinématographe à se hâter, afin de ne pas manquer cette occasion unique à Bourges de voir le plus intéressant et le plus extraordinaire des spectacles.
Nous rappelons que chaque jour des séances ont lieu toutes les 20 minutes de 2 h. à 6 h. et de 8 h. à 10 h du soir, et que les prix d’entrée sont de 1 fr. aux premières et 0.50 aux secondes.
Nos lecteurs feront bien de profiter des derniers jours de représentation, le Cinématographe ne devant plus revenir dans nos régions.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 18 juillet 1896, p. 2.

En réalité les demandes ne sont sans doute pas trop pressentes puisque le départ est finalement repoussé au dimanche 26 juillet (La Démocratie, Bourges, 30 juillet 1896, p. 3) : 

Cinématographe Lumière.
La Clôture aura lieu Dimanche 26 juillet à 11 heures du soir. Nous engageons encore les personnes qui n’ont pas vu ce spectacle, à s’y rendre sans tarder. La Salle est située rue Moyenne, dans la cour du Grand Café Margueritat. Les séances ont lieu toutes les 20 minutes de 2 h. à 6 h. et de 8 h. à 10 h. du soir.


La Démocratie, Bourges, 25 juillet 1896, p. 3.

Répertoire (autres vues) : La sortie de l'usineLa querelle, L’écroulement du murLe gros temps, Les cosaques de l’escorte du Czar se rendant au sacre (L’Indépendant du Cher, Bourges, 12 juillet 1896, p. 3), Baignade de nègres (La Démocratie, Bourges, 13 juillet 1896, p. 2), Charge de cuirassiers (L'Indépendant du Cher, Bourges, 14 juillet 1896, p. 3), Les petites fillesLes Chevaux de boisLes poissonsMilitaires à chevalLe SalutL’Assaut (La Démocratie, Bourges, 15 juillet 1896, p. 2), Chargement d'un bateauLa Sortie du CzarEmbarquement de filetsCortège royalLa Députation asiatiqueLe Jury de peinture (L'Indépendant du Cher, Bourges, 21 juillet 1896, p. 3), Bataille de femmesLe Repas de bébéDanse sur la scèneEntrée du Ciné à LondresLe Cortège de la couronneLes Champs-ÉlyséesLes Bains de Diane à Milan (L'Indépendant du Cher, Bourges, 30 juillet 1896, p. 3).

1897

Le Cinématographe parisien (Place Berry, janvier 1897)

Le cinématographe parisien est un appareil dont le constructeur est Georges Mendel. Quelques temps auparavant, un autre " Cinématographe Parisien " donne des séances dans la région, à Troyes. L'inauguration du spectacle à Bourges a lieu le 3 janvier 1897 :

LE CINÉMATOGRAPHE PARISIEN
Nous avons le plaisir d’annoncer que le Cinématographe parisien, la plus grande attraction de notre époque, a débuté aujourd’hui, place Berry.
Tout le monde voudra voir la photographie vivante, de grandeur naturelle, dont tout Paris s’occupe présentement à la suite d’expériences qui provoquent une véritable sensation. Les photographies animées sont projetées sur la toile à l'aide de la lumière électrique.
Rien n’est plus merveilleux, plus saisissant et plus extraordinaire. C’est la vie, le mouvement, la nature qui sont traduits et reproduits sur l’écran avec une vérité absolue.
Voici les principaux tableaux qui sont donnés :
Ballet chinois.
Les Forgerons.
Menuet Louis XV.
L’Ivrogne.
Quadrille d’avenir.
Le coucher de la mariée
(scène de longe durée).
Premières, 1 franc. — Secondes, 0 fr. 50 cent. Matinées, les samedis et dimanches, de 2 à 6 heures ; soirées, de 7 à 11 heures.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 3 janvier 1897, p. 2.

Le répertoire présenté appartient en totalité au catalogue Pirou qui a comme revendeur, parmi d'autres, la maison Mendel. Un second article, qui n'apporte guère d'informations sort deux jours plus tard :

LE CINÉMATOGRAPHE
Mardi, 5 janvier, le Cinématographe, installé place Berry, donnera une série de séances, appelées à avoir un grand succès.
Nous engageons vivement le public à aller voir cette attraction qui a le mérite d'intéresser tout le monde au plus haut degré. La suite des tableaux est souvent changée ; ceux qui y sont allés, peuvent donc y retourner ; Ils en sortiront toujours émerveillés.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 5 janvier 1897, p. 3.

Il s'agit de la dernière information publiée par la presse. Le tourneur a sans doute continué sa tournée...

La Société Parisienne du Cinématographe Populaire (Grand Café Margueritat, 1er mai 1897-[29 mai 1897))

Pendant une quinzaine de jours, dans la presse, la Société Parisienne du Cinématographe Populaire fait passer des encarts publicitaires qui annonce la prochaine inauguration, le 1er mai 1897, et le prix de 50 cts par personne.

1897 societe parisienne du cinematographe 1897 societe parisienne du cinematographe 02
L'Indépendant du Cher, Bourges, 15 avril 1897, p. 4 Societé Parisienne du Cinématographe
Grand Café Margueritat, 1897 [D.R.]

Cette société, dont l'origine est obscure, va proposer un programme varié et qui va régulièrement être renouvelé. Voici celui de l'inauguration :

CINÉMATOGRAPHE POPULAIRE
Grand Café Margueritat.
Ouverture : Samedi 1er mai, à 8 h. du s.
Séances toutes les demi-heures, de 2 à 6 heures l'après-midi et de 8 à 11 heures du soir.
Programme de la semaine :
1. La Place de la République à Paris.
2. Le Casino de la Jetée - Promenade à Nice.
3. Les Lutteurs à la foire de Neuilly.
4. L'Âne récalcitrant.
5. La Leçon d'équitation militaire.
6. Arrivée du Czar à Paris.
7. Départ du Czar à Versailles.
8. Loïe Fuller. — Danse serpentine.
Changement de spectacle chaque semaine.
Prix d’entrée : 50 centimes.
Vente d'appareils. — Grand choix de Vues.
Séances à Domicile.
Prix spéciaux pour institutions.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 1 mai 1897, p. 3.

En outre, la société se consacre à la vente d'appareils, sans doute, cinématographiques. Le drame du Bazar de la Charité, qui se produit le 4 mai 1897, ne semble pas avoir eu d'incidence directe sur la programmation du " Cinématographe Populaire " qui continue à organiser des séances au café Margueritat. La presse va publier par la suite quelques entrefilets qui reprennent les mêmes informations et qui proposent d'autres titres de films :

CINÉMATOGRAPHE POPULAIRE
Grand Calé Margueritat.
Séances toutes les demi-heures, de 2 à 6 heures l’après-midi et de 8 à 11 heures du soir.
Programme de la semaine :
1. Boulevard de la Madeleine à Paris.
2. Sortie d’un vapeur du port de Cherbourg.
3. Les batteurs au fléau (scène de campagne).
4. Quai de Marseille.
5. Micheline à l’Olympia dansant la bourrée.
6. Arrivée du Czar à Paris (Redemandé).
7. Départ du Czar à Versailles. id.
8. Le Czar se rendant à l'Eglise russe, id.
A l’occasion du concours régional, l’administration du Cinématographe donnera à la dernière séance de chaque soirée, à 10 h. 1/2, un programme spécialement réservé aux hommes.
L’entrée de la salle des séances est entièrement indépendante de celle du café.
Changement de spectacle chaque semaine.
Prix d’entrée : 50 centimes.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 13 mai 1897, p. 3.

Il est difficile d'identifier la plupart des vues soit parce qu'elles figurent dans plusieurs catalogues, soit parce qu'elles n'apparaissent pas ailleurs. Outre les vues proposées, le responsable du poste organise une soirée spécialement réservées aux hommes, dont on imagine que le programme comporte quelques vues grivoises ou quelques déshabillés. Cette pratique n'est pas exceptionnelle et, ce, dès les premiers temps du cinématographe. Finalement, la dernière annonce est publiée le 29 mai 1897 :

LE CINÉMATOGRAPHE
L’administration nous prie d’informer le public que, devant donner sa première séance à Orléans jeudi prochain, elle clôturera ici dimanche soir. Pour les quelques représentations qu’il reste à donner, les ouvriers et employés militaires no payeront que moitié prix le jour et le soir, soit 25 centimes par personne.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 29 mai 1897, p. 4.

Les séances prévues à Orléans ont-elles eu lieu ? La presse orléanaise n'en parle pas.

Répertoire (autres vues) : Boulevard de la Madeleine à ParisSortie d’un vapeur du port de CherbourgLes Batteurs au fléau (scène de campagne)Quai de MarseilleMicheline à l’Olympia dansant la bourréeArrivée du Czar à ParisDépart du Czar à VersaillesLe Czar se rendant à l'Eglise russe (L'Indépendant du Cher, Bourges, 4 mai 1897, p. 2).

1898

Le Théâtre Électrique Grenier (Place Séraucourt, [24] juin-[30] juillet 1898)

Le Théâtre Électrique d'Ernest Grenier s'installe sur la place Séraucourt pour la foire de Jacques-Cœur. Il présente des vues animées avec son chronophotographe :

FOIRE JACQUES-CŒUR
Théâtre électrique Grenier.
On annonce la prochaine arrivée sur la place Séraucourt du splendide Théâtre électrique Grenier, qui sera l’une des principales curiosités de la Foire Jacques-Cœur.
Spectacle choisi et de bon goût. Nombreuses attractions, les plus belles de notre époque.
Le CHRONOPHOTOGRAPHE représente des photographies de grandeur naturelle et en couleurs animées par l'électricité.
Expériences palpables des Rayons X du docteur Rœntgen. Photographie à travers les corps opaques. La vue de l’invisible. Le squelette des vivants.
Projections, transformations, métamorphoses, etc., etc.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 21 juin 1898, p. 3.

Quelques jours plus, un nouvel article qui décrit la totalité du spectacle :

FOIRE JACQUES-CŒUR
[...]
THÉÂTRE ÉLECTRIQUE GRENIER.-
Tous les soirs, de 8 heures à 10 heures, une seule séance,-Dimanches et jeudis, à 3 heures, grande matinée de famille.
Quatre nouvelles attractions scientifiques et amusantes, les plus belles de notre époque : Les Rayons X du professeur Roentgen, photographie à travers les corps opaques, la vue de l'invisible, le squelette des vivants ; - Le Chronophotographe, nouvelles vues de grandeur naturelle et en couleurs animées par l'électricité ; - Magnifique collection de Tubes de Geissler mesurant 1 m. 20 de longueur : - Projections électriques de la Radiographie par le Paliorama.
Débuts ce soir, samedi.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 3 juillet 1898, p. 2

Le Théâtre électrique Grenier, outre le chronophotographe, propose plusieurs attractions à caractère scientifique où l'on retrouve la radiographie, les tubes de Geissler... C'est finalement presque à la fin de la foire que l'on découvre quelques titres des vues animées projetées :

Le Théâtre électrique.
Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que M. Grenier, directeur du grand Théâtre électrique, donnera avant son départ 2 dernières représentations de gala à prix réduits. Les ouvriers et leurs familles pourront profiter de cette bonne fortune. L’amusant comique Lendormi prêtera son concours à ces soirées.
Voici le programme de chronophotographie :
Un quadrille parisien (en couleurs) ; 2° la place de l’Opéra à Vienne ; 3° l’arrivée et le débarquement d’un navire au port de Marseille ; 4º l’arrivée et le départ d’un train en gare de Ménilmontant ; 5° la Tarentelle à Sorente (en couleurs) ; 6º suite de la Tarentelle ;  le ballet japonais du théâtre de l’Olympia (en couleurs).
Grandes scènes amusantes du biographe :
1° Un avocat dans l’embarras ; 2° les blessés de 1870 ; 3° comme papa ; 4º l’ours et la sentinelle ; le maître d’école et ses élèves ;  suite de l’école : le réfectoire ; 7º l’aveugle malgré lui ; 8º le déshabillé d’une mondaine.
Les rayons X, les tubes de Geisler, le caméléon fin de siècle, la danse serpentine, etc., compléteront ces agréables et instructives soirées.
La clôture irrévocable est fixée au dimanche 31 juillet. Avis aux amateurs.
Prix des places : premières, 0 fr. 75 ; deuxièmes, 0 fr. 50.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 30 juillet 1898, p. 3.

Si les vues présentées par le chronophotographe proviennent du catalogue Gaumont, celles que propose le biographe appartiennent de façon assez homogène au répertoire Léar qui a été racheté par Gaumont à la fin de l'année 1897.

1899

1900

1901

1902

1903

1904

Le cinématographe américain Aron-Giuili (Place Séraucourt, [24] juin-[8] juillet 1904

Le cinématographe américain Aron-Giuili, du nom de son fondateur disparu en 1898, est exploité par sa famille et arrive à Bourges à l'occasion des foires Jacques-Cœur qui commencent le 24 juin. L'inauguration a déjà dû avoir lieu au moment où est publié l'entrefilet suivant :

Foires Jacques-Cœur
Le cinématographe américain Aron-Giuili, si confortable et si perfectionné, fait passer à ses spectateurs des minutes inoubliables. Les tableaux les plus intéressants et les plus variés défilent sous les yeux émerveillés d'une salle toujours pleine.


La Dépêche du Berry, Bourges, 26 juin 1904, p. 2.

Il semble que le succès soit au rendez-vous grâce, en particulier, à des vues locales dont nous ne connaissons pas les titres :

Le Cinématographe américain a dû, hier faire attendre ses visiteurs qui stationnaient à la porte avec leurs billets pris 1/4 d’heure à l'avance. C'est qu’il présente des tableaux locaux fort estimés, et des sujets d’actualité russo-japonaise fort bien rendus : on voit couler les superbes navires et s’abîmer les cuirassés dans une trombe d’eau et de flammes. La guerre en chambre !


La Dépêche du Berry, Bourges, 29 juin 1904, p. 3.

Un dernier article est publiée le 8 juillet sans plus d'informations sur les titres des films :

Le cinématographe américain a complètement changé son programme. Les tableaux les plus variés, comiques, tragiques, défilent pendant une heure au moins devant les spectateurs amusés et intéressés tour à tour.


La Dépêche du Berry, Bourges, 8 juillet 1904, p. 3.

Probablement le cinématographe américain est-il resté jusqu'à la fin des foires Jacques-Cœur.

Le Biorama de Charles Schram (Place Séraucourt, [24] juin-20 juillet 1904)

C'est à l'occasion des Foires Jacques-Coeur, qui commencent le 24 juin et durent trente jours, que le Biorama de Charles Schram s'installe place Séraucourt avec les autres forains. Le premier article publié dans la presse offre une bonne description de l'organisation du spectacle :

Foires Jacques-Cœur.
Le Biorama et la Piste mortelle.
Parmi les loges Installées sur la place Séraucourt, il en est une qui nous arrive avec une réputation sans égale : c’est le Grand Blorama.
Le Biorama nous donne des vues cinématographiques de toute beauté, des scènes comiques, amusantes, des scènes historiques et des paysages animés avec relief stéréoscopique d’une netteté parfaite. L’appareil est de l’invention du directeur M. Ch. Sckramson. Le scintillement qui fatigue et abîme la vue a complètement disparu.
Le clou est certainement la " Piste mortelle " de 5 mètres de diamètre, dont l’inclinaison est telle que les cyclistes en pleine vitesse sont parallèles au sol et sur laquelle évoluent les Sckramson, les créateurs du looping the loop.
Après différents exercices, tels que la promenade-poursuite, le saut à la corde, course à une jambe, montagnes russes (tout cela dans un tournoiement vertigineux), les coureurs se disputent un match de 500 mètres. Ce qui complique déjà la grande difficulté de cette course, c’est que la piste n’ayant que 1 mètre de large, les cyclistes se frôlent pour passer. Si le frôlement était un peu fort, dame la " pelle " serait de même. D’ailleurs, la " Piste mortelle " a gagné son nom, car, aujourd’hui, nous ne trouvons plus comme fidèles de cet exercice que les Sckramson.
Un des frères, Fredi, nous fait passer des petits frissons sous la peau lorsqu’il accomplit en motocyclette la fantastique " ronde infernale " à une vitesse de 105 à l’heure : une panne au moteur, une trop brusque déviation de guidon, la chuté serait... mortelle.
Les amateurs d'émotions, les gens qui admirent l'audace, iront en foule au " Grand Biorama ". Allez voir les Sckramson " Circling the circle ".

L'Indépendant du Cher, Bourges, 25 juin 1904, p. 3.

En réalité, nous avons affaire à deux numéros juxtaposés fort différents. D'une part, le biorama qui est un appareil cinématographique qui aurait réussi à résoudre la question du scintillement de l'image animée. D'autre part, les évolutions des " Sckramson " sur des motocyclettes. Le numéro est très populaire et est connu également comme le " Cercle de la mort "

schram sckramson cercle mort 02

The Sckramson's Troupe, Créateurs de la Ronde Infernale à Motocyclette
Dans le Cercle de la mort (Sur Pneus Michelin)
(carte postale postée à Bourges, le 25 août 1904)

Les Sckramson sont donnés pour les créateurs du célèbre looping the loop et le numéro est ainsi décrit dans La Dépêche du Berry : " le Cercle de la Mort, sorte d’entonnoir de bois à claire-voie sur les parois duquel volent des cyclistes et même des motocyclistes, à des allures de trains express, sans tenir leur guidon, se croisant sur une piste qui n’a qu’un mètre 40 de largeur, et même se bandant les yeux. Cette seconde partie du spectacle est terrifiante, et ne convient pas aux femmelettes. " (La Dépêche du Berry, Bourges, 29 juin 1904, p. 3). Il faut attendre toutefois les premiers jours de juillet pour qu'un article de l'Indépendant du Cher nous détaille quelque peu le répertoire cinématographique du biorama où l'on retrouve des classiques du moment :

Foires Jacques-Cœur.
Au grand Biorama.
Le grand Biorama continue ses brillantes représentations et l’on a peine à trouver place. Chaque soir la salle est comble. Il est vrai que tous les jours c’est du nouveau. Je crois que si le nouveau n'existait pas, M. Ch. Sckramson l'inventerait.
Depuis le commencement de la foire nous avons vu défiler sur l’écran monumental du grand Biorama un nombre incalculable de vues, des féeries nombreuses, telles que Cendrillonle Petit Poucetle Petit Chaperon-Rouge, Course de taureaux, l'auberge ensorcelée, le voyage en Suisse au Fayet, à Chamonix ; des pièces historiques telles que Napoléonl'assassinat du duc de Guise, etc.
Le grand Biorama possédant près de 2,000 clichés cinématographiques, il n’est pas étonnant qu’il puisse donner chaque jour un programme nouveau.
Même succès pour la Piste mortelle dont les Sckramson sont les virtuoses. Débuts des coureurs Jackson et Mauris dans le passage de la mort.
Tout Bourges aura défilé au grand Biorama, les écoles ainsi que les pensionnats ont assisté à des séances données à leur intention et nous savons qu’élèves et professeurs en sont sortis enchantés.
Les retardataires, hâtez-vous ! il est possible que le grand Biorama ne donne plus que quelques séances.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 3 juillet 1904, p. 2.

Outre des vues Méliès et Pathé, on trouve également des films de l'éditeur Gaumont, comme Le voyage en Suisse au Fayet, à Chamonix de la série La géographie par le cinématographe. Quant aux 2000 clichés, on peut penser que cela relève un peu de la publicité. Le public scolaire, quant à lui, n'est pas oublié par Charles Schram. Comme cela est fréquent, le départ est annoncé, ne serait-ce que pour mieux attirer le public qui n'est pas encore passé voir le Biorama et les motocyclistes :

Foires Jacques-Cœur.
Devant le succès toujours croissant du Grand Biorama, la Direction, qui avait primitivement fixé son départ à aujourd’hui, a décidé de rester une semaine de plus.
Hier, à toutes les séances, elle a été contrainte de refuser du monde. Il est vrai que la composition du programme était pour beaucoup dans l’empressement des spectateurs à se rendre en ce coquet établissement.
Aujourd’hui du nouveau : on verra ce soir Ali-Baba, grande féerie en couleurs, avec trucs, accessoires, décors, costumes, absolument comme en pleine réalité ; de nombreuses scènes comiques, militaires, enfantines, etc. 
Nouveaux exercices à la Piste mortelle.
Tous les soirs, à 8 h. 3/4, une seule et grande séance. Que les retardataires se hâtent pour la semaine de clôture.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 5 juillet 1904, p. 3.

Il faut attendre la projection des Victimes de l'alcoolisme pour que La Dépêche du Berry s'attarde sur ce film qui connaît, par ailleurs, un grand succès :

Le Grand Biorama a refusé du monde, cette semaine à toutes ses séances. Celles-ci, en effet, durent une heure et demie, et se composent : d’une série de vues cinématographiques des plus amusantes, des vertigineux exercices du Cercle de la Mort, d’une seconde représentation cinématographique. Cette dernière est si remarquable qu’elle vaut à elle seule le prix de la place. Pendant près d'une demi-heure, la pellicule se déroule, avec changements à vue, apparitions fantasmagoriques, disparitions, etc. C’est le dernier mot de l'art à notre époque.
Ce soir au Grand Biorama les victimes de l'alcoolisme tiré de l'Assommoir du maître E. Zola. Scène très curieuse, très émouvante. Vous voyez l'ouvrier heureux, prospère, rentrant de son travail dans son intérieur où il trouve sa femme et son enfant ; là, c’est le bonheur. Le premier pas au café, le second, puis l'habitude, le travail délaissé, le ménage dans la misère, l’enfer, les coups pour cette misérable compagne, le crime, la prison, puis la fin dans un cabanon où il meurt d’une attaque de folie furieuse.
Puisse celte pièce moraliste, être vue de tout le monde principalement de la jeunesse pour leur faire éviter les pièges et les méfaits de l'alcool. En plus de cela de nombreuses scènes comiques, etc 
Relâche lundi, mardi et mercredi, réouverture jeudi 14 et clôture définitive lundi 18, plus que quelques séances en perspective, hâtons nous, hâtons-nous.
Tous les jours l’émouvant cercle de la mort.


La Dépêche du Berry, Bourges, 10 juillet 1904, p. 3.

Le Grand Biorama va faire relâche du lundi 11 au mercredi 13 juillet (L'Indépendant du Cher, Bourges, 10 juillet 1904, p. 2). Quelques jours plus tard, le Biorama inspire un journaliste anonyme - à moins que cela ne soit qu'une nouvelle publicité - :

Foires Jacques-Cœur.
" Pas possible ! Comment ? il n’a pas attendu la fin de la foire pour s’en aller. Cela n’est pas bien, d’autant que j’attends de la famille pour le 14 et j’aurais voulu lui faire voir ce spectacle rare en même temps que merveilleux. " Comme le diapason de la conversation montait de plus en plus, je demandai à mon voisin la cause de cette explosion : " C’est, me dit-il, une notabilité de la ville qui voulait rendre visite au grand Biorama et qui vient d’apprendre son départ. "
" Détrompez-vous, Monsieur ", et m’approchant de la table tapageuse : " Vous faites erreur, le Biorama n’est pas parti ; il y a seulement relâche pour augmentation des forces électriques afin de donner des vues nouvelles avec une netteté inconnue jusqu’à ce jour. " M. X..., subitement calmé, m’invite à sa table et tout en dégustant un bock bien frais, nous devisâmes sur la surprise que nous réserve le grand Biorama pour le 14 juillet.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 14 juillet 1904, p. 3.

Quel qu'en soit l'auteur, ce petit texte est assez enlevé et a vocation à attirer encore le public. Finalement, un dernier article annonce le départ prochain du Biorama et de son propriétaire :

Foires Jacques-Cœur. 
Le grand Biorama.
La foire agonise, la foire demain sera morte... En témoignage de sympathie pour les habitants de la ville de Bourges, le grand Biorama, qui va nous quitter demain, donnera ce soir sa dernière représentation.
Une surprise est réservée. Nul doute que le public nombreux ne se rende en foule pour applaudir les merveilleux cyclistes les Sckramson, les virtuoses de la Piste mortelle.
A 9 heures précises, dernière séance et adieux de toute la troupe.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 19 juillet 1904, p. 2.

Répertoire (autres titres) : Une charge de Spahis à Sidi Bel-Abbès (L'Indépendant du Cher, Bourges, 10 juillet 1904, p. 2).

Le Théâtre des Attractions modernes (Place de la Nation, [24] décembre 1904-[15] janvier 1905)

C'est à l'occasion de la de la Foire du Palais qui commence le 24 décembre et dure 22 jours que le Théâtre des Attractions modernes, dont le propriétaire est Jérôme Dulaar, s'installe sur la place de la Nation :

Foire du Palais
Le Théâtre des Attractions modernes, installé sur la place de la Nation, fera certainement courir tout Bourges aux extraordinaires expériences de transmission de la pensée et de double vue de Miloska, la voyante hongroise, et de Balsamo.
un nouvel appareil cinématographique américain sans scintillement et sans trépidation donne des projections inédites fort curieuses.
La salle est chauffée.


L'Indépendant du Cher, Bourges, dimanche 25 décembre 1904, p. 2.

bourges place nation

Collection E. L., Bourges-Le Marché de la Place de la Nation (c. 1902)

1905

1906

The Stinson Bio (Salle des Fêtes, Place de la Nation, 31 janvier-8 février 1906)

The Stinson Bio, également connu comme " Grand Cinématographe Américain " est un appareil qui circule en France dans les années 1906-1907. Son propriétaire, en 1906, est M. Hermand. C'est à la Salle des Fêtes de la place de la Nation que l'inauguration va avoir lieu, le mercredi 31 janvier 1906 :

Grand Cinématographe américain 
Mercredi 31 janvier, à 8 h. 1/i2, débutera dans la grande salle des fêtes, place de la Nation, le Grand Cinématographe américain The Stinson Bio
Le programme est des plus variés. Parmi les vues très intéressantes que nous aurons le plaisir de voir, nous citerons : Contre-torpilleur luttant contre la tempête — Le fantassin Guignard — Erreur d’un poivrot — Sauvé par son chien — La vie du marin - La coupe Gordon-Bennett 1905 — La Esmeralda, drame en 8 tableaux tiré du célèbre roman de Victor Hugo (Notre-Dame de Paris) — La Suisse en hiver — Les apaches de Paris, etc , etc. 
Des représentations auront lieu jeudi 1er, vendredi, samedi et dimanche, à 8 h. 1/2, jeudi et samedi matinée à 3 h.
La durée de la séance sera de 2h. 1/2 environ.
Prix des places : premières 2 fr., secondes 1 fr., troisièmes 0fr.50.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 30 janvier 1906, p. 3.

L'essentiel des films présentés proviennent de la maison Gaumont et quelques uns sont des Pathé. Quelques jours plus tard, un long compte rendu signé "Julio" détaille la séance et décrit quelques films :

Grand Cinématographe
THE STINSON BIO
Le grand Cinématographe "The Stinson Bio " a donné sa première soirée mercredi 31 janvier, Salle des Fêtes, place de la Nation. Bien que l’installation, pour ce début, ait été faite un peu à la hâte, comme nous l’a laissé entendre le Directeur, l’ensemble des vues qui ont été présentées au public a permis cependant d’apprécier la réelle supériorité du "The Stinson Bio " sur la plupart de ses confrères. Le scintillement, si pénible à la vue, et inévitable assurait-on jusqu’ici, a presque complètement disparu dans bon nombre de projections qu’il nous a données. Nous n’avons pas non plus remarqué, ou tout ou moins bien atténuée, cette espèce de nébulosité qui nuit tant aux objets et surtout aux personnages qui trop souvent n’apparaissent que comme enveloppés de nuages.
Nul doute qu’avec une installation plus complète et l’agrandissement sensible de l’écran, annoncé d’ailleurs pour les jours suivants, le "The Stinson Bio " n’arrive à donner des vues irréprochables.
Quoi qu’il en soit, nous avons pu admirer, dès cette première séance, un ensemble de vues tout à fait réussies. Nous citerons, entre autres, comme ayant plus particulièrement retenu l’attention, celle du Contre-torpilleur luttant contre la tempête. Pendant un quart d’heure, nous avons assisté aux émouvantes péripéties de cette lutte du pygmée contre l’Océan déchaîné, dont les flots tantôt soulevés en d’énormes montagnes viennent s’abattre sur le pont du torpilleur et rejaillissent de tous côtés en immenses gerbes d’écume blanche, tantôt creusés en abîmes sans fond où le bâtiment tout entier semble s’engloutir à jamais.
C’est presque avec un soupir de soulagement qu’on revoit la lumière, et cependant telle est l’attraction de cette scène qu’on voudrait la revoir encore.
Dans un autre genre — celui-là plutôt gai — nous citerons Maçons et Agentsles Cartes lumineusesUn jour de guigne. Je recommande à ceux qui nient le guignon d’aller voir Un jour de guigne. Cette vue seule vaut qu’on se dérange pour aller salle Lesage. 
Pour faire une agréable surprise à son mari qu’elle adore, une jeune femme fait l’acquisition d’un superbe parapluie qu'elle lui offre à l’occasion d’un voyage qui le force à partir immédiatement. Il doit prendre le premier train et obligé de couper court à toute folle expansion, il emportera au moins avec lui le précieux gage de leur amour. Il se sauve donc à toutes jambes, non sans avoir reçu force recommandations au sujet du susdit parapluie.
Arrivé à la gare tout en nage, il aperçoit le train qui lui part sous les yeux. Désespéré, il veut le rattraper, mais il s’empêtre dans une brouette de bagages et va s’abattre sur la voie, au milieu des malles et des valises. Il se relève tant bien que mal et, tout en époussetant son pantalon, il donne tête baissée dans une vieille dame qui s’amène en courant à la gare. Nouvelle bousculade et nouvelle chute dans laquelle il arrive difficilement à se dépêtrer des jupes de sa victime. Pendant que, furieux et tout confus, il cherche à s’excuser de sa maladresse, il n’entend pas venir trois cyclistes qui tombent en plein sur lui, l’accrochent par sa redingote à laquelle ils enlèvent la moitié du dos et les deux manches, et le malheureux parapluie auquel il ne reste plus que les baleines.
J’en omets, et des plus abracadabrantes. Mais pour comble de guigne, pendant son absence, les cambrioleurs ont dévalisé sa maison et quand à moitié nu, la figure en sang, sans chapeau, le manche seul de son parapluie à la main, et bien entendu sans être parti, il rentre chez lui, il constate qu’un incendie brûle sa demeure et que les pompiers achèvent d’inonder ce que les flammes voulaient épargner.
On ne peut s’empêcher de plaindre le malheureux tout en se tordant devant tant de déveine.
Bien d’autres scènes mériteraient d’être racontées mais cela nous entraînerait trop loin. Contentons-nous de citer encore Sauvé par son chienLa Coupe Gordon- BennettLa Course de taureaux en Espagne au moment du voyage du Président de la République, et La Vendetta, pour ne mentionner que les plus marquantes. Avec un tel programme, le "The Stinson Bio ", en variant un peu tous les soirs le spectacle, est assuré d’une fructueuse recette.
Julio.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 3 février 1906, p. 3.

Le journaliste "Julio" commence son article en signalant que l'installation n'est pas aussi parfaite qu'attendu. Intéressant en particulier, le rappel des problèmes qui se posent encore lors des projections : le scintillement et la " nébulosité " qui rend floue la projection. Pour le reste, il s'attache à décrire, essentiellement, trois films avec force détails. Peu après, les problèmes semblent avoir été résolus en partie comme le signale un autre article publié le lendemain dans un journal de Vierzon :

GRAND CINÉMATOGRAPHE AMÉRICAIN
Le " The Stinson Bio " grand cinématographe américain actuellement Grande Salle des Fêtes, nous a fait passer hier une soirée agréable pendant laquelle un merveilleux programme s’est déroulé devant nous sans la moindre fatigue pour les yeux car ses projections sur l'écran sont d’une netteté absolue.
Le choix des fils tous du plus grand intérêt n’a pas été pour peu dans le charme de la soirée.
Notons que la grandeur des tableaux en rendait la vision facile de toutes les parties de la salle. 
Monsieur Stinson le propriétaire de cet appareil merveilleux possède en effet une installation électrique très perfectionnée voyageant uniquement par camion automobile dont la force motrice lorsque le camion est au repos produit une lumière éblouissante.
La clôture aura lieu irrévocablement Dimanche soir.


La Dépêche du Berry, Vierzon, 4 février 1906, p. 3.

Comme cela est souvent le cas, la date initialement annoncée pour le départ est décalée de quelques jours... un argument souvent publicitaire pour attirer les derniers spectateurs :

Grand Cinématographe Américain.
A la demande générale et vu le succès sans précédent obtenu par le Grand Cinématographe Américain " The Stinson Bio ", actuellement installé grande salle des Fêtes, place de la Nation, la Direction nous prie d’informer le public qu’elle donnera jeudi 8 février deux dernières représentations d’adieux en matinée à 3 heures, et le soir à 8 heures 1/2. 
Nous ne pouvons qu’engager le public berruyer à aller en foule assister aux représentations du " The Stinson Bio ", qui est vraiment un spectacle de tout premier ordre et qui mérite bien tout l'éloge que nous en avons fait dans nos précédents numéros.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 6 février 1906, p. 3.

Répertoire (autres vues) : Voyage du Président de la République en Espagne (La Dépêche du Berry, Bourges, 1er février 1906, p. 3).

le Théâtre-Salon de Carmelli (Place Séraucourt, 24 juin-[17] juillet 1906)

Les foires Jacques-Cœur commencent le 24 juin comme l'annonce la presse :

Théâtre, Concerts et Fêtes
FOIRES JACQUES-CŒUR
Loin de disparaître comme le laissaient prévoir les quelques établissements forains qui étaient venus s’installer sur la place Séraucourt au mois de Juin dernier, les Foires Jacques-Cœur semblent avoir, cette année, attiré un nombre considérable d’établissements sur la place Séraucourt. En effet, toutes les places ont été retenues et il serait difficile, je crois, d’y installer quelques baraques supplémentaires. Les attractions y sont nombreuses et variées, et nul doute que les foires ne soient le rendez-vous de tous les promeneurs.
Au milieu des nombreuses baraques de lutte, tirs, voyage dans la lune, buvettes, bijouteries, confiseries, etc., etc., nous notons : le Théâtre Cirque des animaux savants, le musée Lozeroff, l’Alhambra-Théâtre Ancilotti-Plège, Théâtre Pérés-Chabot, Musée maritime Cambrésy, manège d’automobiles, Théâtre des chiens savants, Théâtre-salon Carmelli, Cynématographe Garnier, le village noir et enfin comme l’année dernière le manège-salon Tève.


La Dépêche du Berry, Bourges, 17 juin 1906, p. 3.

L'établissement du prestidigitateur Carmelli est annoncé dès le 24 juin par une brève annonce :

CARMELLI sera bientôt ici.


La Dépêche du Berry, Bourges, 24 juin 1906, p. 2. 

Quelques jours plus tard, un article particulièrement intéressant rend compte d'une séance du Théâtre-Salon Carmelli :

THÉÂTRE-SALON CARMELLI
On nous nous trompons fort ou le théâtre Carrnelli attirera le tout Bourges et fera le sujet de mainte discussion dans les salons de notre ville. Sans parler du prestidigitateur Carrnelli qui fait avec une merveilleuse aisance les tours qui flattent le plus les dames et les enfants, sans vanter la gitane aux traits fins, au costume étrange, qui rend si attrayant le truc de la malle des Indes, on peut signaler le cinématographe dont les vues sont expliquées avec plus ou moins de bonheur par les dialogues du personnel de la troupe caché derrière la toile, les expériences de transmission de la pensée faites par la voyante Niranka et son magnétiseur. Cette partie de la soirée pourrait être abrégée sans aucun préjudice pour l’effet total, ce genre de spectacle ayant été présenté plusieurs fois au public et nécessitant plusieurs pauses entre le moment où un désir est exprimé par un spectateur et celui où ce désir est rempli par le sujet. Cette opération se fait en silence et quand elle est répétée un certain nombre de fois, elle paraît vraiment longue. Mais la direction Carrnelli a un autre clou, le vrai, dans les manifestations spirites provoquées par M. Pietro Doué d’une élocution facile, sympathique, attachante, cet habile homme pourrait certainement se passer pour intéresser le public de la cravate de commandeur qui orne son cou, d'autant que ce qu'il fait voir n'est pas ordinaire. C’est un chapeau qui posé sur un plateau de verre isolé se soulève isolé pour répondre oui, se trémousse pour répondre non aux questions qui lui sont posées ; c’est, placé sur ce même plateau, une main — celle du poète grec Ibicos (?) — donnant au moyen de coups très distincts les indications de nombres d'âges qui lui sont demandées. C’est vraiment inexplicable. Les personnes qui croient aux Esprits auront beau jeu pour les défendre. Quant à nous, nous croyons guère qu'à celui des hommes qui imaginent de telles choses et qui les font réussir. Mais incrédule ou non, on ne peut que s’intéresser aux expériences de M. Pietro et nous croyons rendre service à nos lecteurs en les engageant à aller les voir.
L.G.


La Dépêche du Berry, Bourges, 3 juillet 1906, p. 3. 

Contrairement à ce qui se produit très souvent, le journaliste n'hésite à critiquer et à donner son avis sur le déroulement du spectacle. Il nous révèle également que les vues animées sont sonorisées par la troupe elle-même caché derrière l'écran, même si la réussite n'est pas vraiment au rendez-vous. On peut comparer avec le suivant article, parfaitement élogieux, et dont on peut penser qu'il a été rédigé par Carmelli lui-même ou l'un des membres de sa troupe :

Théâtre Carmelli
UNE VÉRITÉ
On se plaint toujours que la foire de Jacques-Cœur est triste. Cette année on ne pourra lui faire ce même reproche. Pourquoi ? La raison est bien simple. Carmelli, Carmelli qui pendant quinze années consécutives a fait courir le tout Paris au théâtre Robert-Houdin et au musée Grévin, Carmelli, surnommé par la presse parisienne, l’Ambidextre aux doigts enchantés, en un mot, le véritable Carmelli est venu cette année planter sa tente sur la place Séraucourt ; aussi dès samedi soir le monde se portait en foule au théâtre salon de l’aimable sorcier, et dimanche le théâtre Carmelli refusait du monde à chaque représentation. On s'aborde sur notre belle promenade de Séraucourt par ces mots : Êtes-vous allé voir Carmelli !... Non ?... — Allez le voir, c’est tout simplement renversant. Carmelli ne s’explique pas. il faut le voir, il faut voir cette finesse d’exécution, cette correction parfaite de Carmelli que l’on pourrait nommer le roi des Escamoteurs, et l’Escamoteur des Rois. 
Niranka, c’est un monde ; la pensée de Niranka se transporte dans n’importe quelle partie du globe terrestre, et là, voit les personnes qui peuvent vous intéresser, vous donne des renseignements sur les êtres chers qui sont éloignés de vous.
Puis, c’est le commandeur Pietro, du Royal aquarium de Londres, engagé spécialement pour un mois, Pietro, qui fait parler un chapeau, qui fait parler une main. Pietro qui, sans toucher une table la fait soulever de terre et tournoyer dans l’espace comme un atome de poussière voltige dans un rayon de soleil, Pietro en fin, qui nous présente la toute gracieuse et ravissante Gitane Milka dans le pavillon Indien. Stupéfiantes sont ces manifestations spirites. Chacun cherche, mais hélas, personne ne trouve la clé de cet insondable mystère, et pour terminer tout cela, dix minutes d’un éclat de rire général par le cinématographe. Croyez-moi, Carmelli, ne nous donnez plus un rire aussi prolongé, car si la tristesse se gagne, le rire est contagieux, et ma foi, prenez garde au matériel.


La Dépêche du Berry, Bourges, 5 juillet 1906, p. 3.

Ça n'est d'ailleurs que le premier qui vante ainsi le Théâtre-Salon Carmelli et d'autres vont suivre. C'est finalement le 17 juillet que l'établissement donne sa dernière représentation :

THÉÂTRE SALON CARMELLI
La Direction de ce ravissant théâtre nous prie de remercier en son nom, les habitants de Bourges de l’accueil sympathique qu'ils n’ont cessé de lui accorder pendant les 15 jours que ce théâtre est resté aux foires de Jacques-Cœur.
Ce soir à 8 1/2, pour les adieux de la troupe, représentation de gala avec les expériences de spiritisme.


La Dépêche du Berry, Bourges, 17 juillet 1906, p. 3.

Le Cinématographe Garnier (Place Séraucourt, 24 juin-[17] juillet 1906)

Le cinématographe Garnier, qui tourne depuis plusieurs années, arrive à Bourges à l'occasion des fêtes Jacques-Cœur :

FOIRES JACQUES-CŒUR
Les Curiosités foraines.
La place Séraucourt se garnit en ce moment de loges foraines dont l’attrait semble devoir dépasser la moyenne. Parmi les principales nous citerons le grand théâtre Chabot, le magicien Carmelli et l’excellent cinématographe Garnier qui eut tant de succès, il y a 3 ans, sur la place St-Bonnet ; cet établissement nous revient agrandi, embelli, et, ce qui est mieux, avec un répertoire de vues du plus haut intérêt.


L'Indépendant du Cher, Bourges, 30 juin 1906, p. 3.

En réalité, le cinématographe fonctionne avec un biphône américain. Il s'agit de proposer une " sonorisation " aux vues animées ainsi que l'explique l'article suivant :

CINÉMATOGRAPHE ET BIOPHONE
Nous avons déjà signalé à nos lecteurs la bonne exécution et l’intérêt du spectacle offert par l’établissement Garnier, nous ajouterons que ce qui en fait l’originalité, c'est le côté documentaire et scientifique ; histoire naturelle, géographie, ethnologie, forment la trame de ces curieux programmes. C’est un Kaléidoscope vivant qui donnent aux spectateurs tous les plaisirs des voyages, sans en avoir les inconvénients et les dépenses.
Que dire du biophône, celte merveilleuse invention due au cerveau fécond de l’ingénieux Edison. C’est là une invention grosse d’avenir puisqu’elle nous permet d’entendre parler les photographies animées. Grâce au biophône nos petits neveux pourront voir agir et parler les hommes des générations disparues. Le biophône portera à travers l’espace et à travers le temps la pensée sonore et la vie animée de toute l’humanité. Ajoutons que M. Garnier met à son programme une vue locale d’actualité, le défilé du cortège festival qui a eu lieu au jardin de i’Archevêché.


La Dépêche du Berry, Bourges, 15 juillet 1906, p. 3.

Le cinématographe Garnier propose en outre des vues locales dont Le Défilé du cortège festival. L'établissement quitte Bourges vers la mi-juillet.

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