Émile et Vincent ISOLA

(Blida, 1860-Paris, 1945/Blida, 1862, Paris, 1947)

isola emile isola vincent
Émile Isola Vincent Isola

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Antoine Isola (Torre del Greco, 30/03/1826-Kolea, 05/10/1903) épouse (Blida, 30/06/1849) Joséphine Belvisi (Pantellaria, 13/01/1830-Blida, 16/01/1873). Enfants :

  • Maria, Magdalena, Rose Isola (Blida, 31/10/1851-Blida, 10/07/1865)
  • Marie, Vincente Isola (Blida, 24/04/1854-Blida, 1920) épouse Pierre, Jacques Loubet (Notre-Dame-d'Ourtiguet, 29/12/1871-Kolea, 14/11/1922).
  • Louise, Marie Isola (Blida, 29/10/1856-Blida, 06/11/1876) épouse Pierre, Marie, Ernest Maguin (25/12/1849-04/11/1928).
  • Jean, Baptiste, Louis Isola (Blida 31/05/1858-1881)
  • Émile Isola (Blida, 04/09/1860-Paris 17e, 17/05/1945) [naturalisé le 16/03/1891]
    • épouse (Paris 15e, 01/06/1889) Sidonie, Victorine, Martine Courbarien (Banize, 12/12/1849-Paris, 07/05/1937).
    • épouse (1937) Yvonne Cadet.
  • Vincent Isola (Blida, 24/07/1862-Paris 10e, 31/08/1947) [naturalisé le 05/09/1894]
    • épouse (Paris 15e, 01/06/1889) Louise, Clara Thiesset (Paris, 16/07/1853). Divorce (Paris, 15e, 12/08/1897)
    • épouse (Paris, 22/12/1913) Anne, Anasthasie Bourgogne (Painblanc, 29/10/1875-Paris, 11/01/1933)
    • épouse (Paris, 12/07/1935) Christiane, Yvette Mangeard (Blois, 05/07/1913)
  • Giroux, Salvador Isola (Blida, 08/07/1866-Blida, 17/04/1896)

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Jean-Claude SEGUIN

Fils d'un tailleur italien, installé à Blida, Émile et Vincent Isola partent à Marseille, puis rejoignent finalement Paris, en  mai 1880. En 1882, ils se lancent dans des spectacles d'illusion et de prestidigitation. En 1886, ils sont embauchés aux Folies-Bergère. C'est finalement en 1892 qu'ils vont ouvrir leur premier théâtre, Les Capucines, connu comme " Théâtre Isola " au 39, boulevard des Capucines.

Ce que c'est que le succès !
Les frères Isola, dont nos five o'clock ont inauguré la vogue, donnaient chaque jour à la salle des Capucines des séances très suivies.
Mais ils n'en étaient que les locataires. Les voilà désormais chez eux : la faveur toujours grandissante du public leur a permis d'acheter cette jolie salle, qu'ils vont métamorphoser en un ravissant théâtre, où ils pourront corser leur répertoire, déjà si riche, de nouvelles attractions.


Le Figaro, Paris, 14 avril 1892, p. 1.

Ils y proposent de nombreuses attractions qui ont pour noms " Les Lyres isoléennes ", " L'Océan de lumière ", " La Fée aux fleurs "... La salle se trouve non loin de l'Olympia et du Grand Café où se déroulent, à partir du 28 décembre 1895, les séances du cinématographe Lumière :

Le 29 décembre, la nouvelle de la projection extraordinaire s'étant répandue, le public faisait queue jusqu'à la place de l'Opéra.
Bien entendu, les frères Isola avaient assisté à la représentation, et ils auraient souhaité qu'une partie de ce public vînt aussi pour le spectacle de leur théâtre.


Andrieu, 1943, 53

On comprend bien tout l'intérêt qu'il y a à pouvoir organiser des séances cinématographiques. Certaines annonces trahissent d'ailleurs cette inquiétude :

En-ce moment où les inventions prodigieuses se succèdent coup sur coup, il devient de plus en plus difficile d'étonner un peu le monde. Aussi faut-il que les frères Isola soient des enchanteurs bien habiles pour arriver encore à émerveiller leurs nombreux spectateurs. Rien n'explique mieux leur vogue toujours croissante.


Le Gaulois, Paris, 2 mars 1896, p. 3.

isola 01 capucines boulevard
Théâtre de la salle des Capucines, 1892
© Musée Carnavalet
Boulevard des Capucines, c. 1890 [D.R.]
La salle des Capucines se trouve à droite, troisième édifice environ

Au début de l'année 1896, le cinématographe Lumière n'est pas à vendre... et il n'y a que peu d'appareils disponibles. Dans leurs souvenirs, les frères Isola racontent qu'ils vont eux-mêmes inventer un appareil, même si cela peut paraître assez singulier pour des gens de spectacle qui ne sont pas des inventeurs :

D'autre part, les débuts de Lumière leur avaient ouvert des horizons insoupçonnés. Bientôt, ils inventaient eux aussi un appareil de projection baptisé " Isolatographe ", breveté quatre ou cinq mois après la découverte de Lumière.


Andrieu, 1943, 53-54.

En réalité, ils n'inventent que le nom, comme le fera plus tard Leopoldo Fregoli avec son fregoligraph. L'appareil qu'ils utilisent vient de chez Georges De Bedts qui est l'un des tous premiers à déposer un brevet pour son kinétographe. Nous disposons, en effet, du témoignage d'époque de journaliste scientifique Henri de Parville :

C'est une vogue ; depuis tantôt trois mois, c'est à qui ira voir les tableaux animés du cinématographe. L'appareil a pénétré aussi dans les salons. Et quand sur l'invitation, la banale mention : " On dansera " était remplacée par les mots : "A onze heures, cinématographe", on était bien certain d'avoir foule. Encore aujourd'hui, il faudra agrandir le rez-de-chaussée du boulevard de la Madeleine pour satisfaire les curieux. Aussi bien la concurrence va venir et déjà on voit un autre système, le système de Bedtz, fonctionner en face chez les frères Isola.[...]


Henri de Parville, Les Annales politiques et littéraires, Paris, 26 avril 1896, p. 269.

Au mieux peut-on penser qu'il a existé un accord entre les frères Isola et Georges De Bedts pour l'exploitation et/ou la commercialisation du kinétographe. Ils sont d'ailleurs également en contact avec les frères Pathé qui leur fournissent des vues animées :

À cette époque, ils firent la connaissance des frères Pathé qui leur vendirent des films, dont un colorié avec Loïe Fuller comme vedette ; ils songèrent même un moment à s'associer avec eux, et quand Pathé les rencontre, il n'oublie pas de le leur rappeler en leur disant :
" Vous avez manqué votre fortune ce jour-là. "
Les Isola firent ce que l'on pourrait appeler " une publicité monstre ", toutes proportions gardées. De petites voitures circulaient dans les rues de Paris, annonçant sur de grands panneaux, la présentation de " films en couleurs " au Théâtre Isola.
La fabrication de leur premier appareil ayant réussi, malgré quelques imperfections techniques, tel un petit sautillement des images, ils décidèrent d'en fabriquer un certain nombre pour les vendre à des amateurs. Le prix était de dix mille francs et ils eurent des clients, non seulement en France, mais à Berlin, Vienne, Bruxelles, etc.
Un an après cependant, ils abandonnaient cette branche de leur activité car, fait assez curieux, le cinéma qui avait engendré à sa parution le plus grand enthousiasme, périclitait et subit pendant quelque temps une éclipse.


Andrieu, 1943, 54.

Sans doute le temps a-t-il fait son oeuvre et la mémoire devient approximative, car si les frères Isola avaient dû commercialiser un cinématographe à dix mille francs l'unité... il aurait eu du mal à en écouler ne serait-ce qu'un seul à ce prix-là.

Toujours est-il que dans les premiers jours du mois d'avril, les frères Isola vont pouvoir organiser des séances de " photographie vivante " en évitant de parler de " cinématographe " :

La merveilleuse découverte de la photographie vivante, grandeur naturelle et en couleurs, sera visible au théâtre Isola à partir de demain, tous les jours de deux heures à six heures. Vu la vogue des attractions des frères Isola, cette exhibition n’aura lieu qu’en matinée.


La Libre Parole, Paris, 31 mars 1896, p. 4.

La presse confirme bien que parmi les vues présentées, il y a une " Loïe Fuller ", ou plutôt l'une de ses nombreuses imitatrices au programme du théâtre :

Très curieuses les photographies vivantes en couleurs que montrent les frères Isola. Cette ingénieuse application donne l'illusion complète et réelle de la vie. Il y a notamment une Loïe Fuller dont on bisse à chaque séance la danse serpentine.


L'Intransigeant, Paris, 7 avril 1896, p. 3.

Les " photographies vivantes " des frères Isola ont-elles rencontré le succès escompté. On pourrait le croire en lisant le suivant entrefilet :

On peut se rendre compte du succès sans précédent obtenu par la " Photographie vivante ", l'innovation des frères Isola, par la foule qui se presse, à la porte de leur théâtre. On refuse du monde chaque soir.


Le Gaulois, Paris, 18 avril 1896, p. 4.

Mais voilà, d'autres journaux parisiens publient le même texte... autant dire que ce sont les frères Isola qui font passer l'annonce. Un dernier article est publié le 25 avril et, même s'il est signé, il est également présent, sans signature, dans d'autres périodiques :

Grâce à l'ingénieuse idée qu'ils ont eue d'appliquer les couleurs à leurs projections animées, les frères Isola ont réalisé l'illusion complète de la vie, la véritable et merveilleuse Photographie vivante que tout Paris veut voir et admirer.
Adolphe Mayer.


Le Journal, Paris, 25 avril 1896, p. 6.

Il n'est plus question dans les semaines à venir des projections organisées dans le théâtre Isola... Le succès, contrairement aux annonces passés dans la presse, n'a pas été réellement au rendez-vous ou bien peut-être y a-t-il eu des problèmes qui expliquent cette disparation après un peu plus de trois semaines.

Les frères Isola, au cours de l'état, vont rénover leur théâtre au cours de l'été... mais il ne sera plus question d'images animées. C'est en avril 1897 que les deux frères vont s'installer au Parisiana.

à suivre...

Biblio-sitographie

ANDRIEU Pierre (recueillis par), Souvenirs des Frères Isola, cinquante ans de vie parisienne, Paris, Flammarion, 1943, 238 p.

http://claude.loubet.free.fr

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