REIMS

Jean-Claude SEGUIN

Reims, ville du département de la Marne, compte 104.186 habitants (1894)

1896

Le Cinématographe Lumière de la Ligue de l'enseignement (Cirque, mars 1896)

La ligue de l'enseignement rémoise organise une série de conférences dont celle de clôture est consacrée aux inventions technologiques nouvelles comme le cinématographe, les rayons X et la photographe des couleurs. Cette séance exceptionnelle est donnée par M. Gouttolenc, conférencier et professeur de l'Ecole professionnelle : 

Le Cinématographe
La Ligue de l’Enseignement a voulu terminer la série de ses conférences de cette saison par une soirée à la fois instructive et curieuse, digne au plus haut point d’intéresser nos concitoyens. Nous avons annoncé déjà que cette réunion serait consacrée à ces trois merveilles :
La photographie à travers les corps opaques, du professeur Rœntgen ;
La photographie coloriée ;
Et surtout, cette découverte véritablement admirable, le Cinématographe, ou autrement dit la Photographie animée.
Ceux qui n’ont pas assisté à une séance de projections du Cinématographe no peuvent pas se faire une idée de l’ingéniosité de cet appareil extraordinaire. Le Cinématographe, de création toute récente, fait actuellement courir tout Paris. Ce sont tous les jours des stationnements énormes de curieux qui attendent, devant l’établissement où fonctionne cet ingénieux appareil, le moment d’assister à une séance.
C’est donc une véritable bonne fortune pour Reims de pouvoir assister, au Cirque, à la soirée à laquelle nous convie la Ligue de l’Enseignement.
Pour donner à nos lecteurs une faible idée de ces séances, la description d’un tableau, entre autres, suffira.
Que l’on se figure, par exemple, une gare quelconque. Aux allées et venues des employés, des hommes d’équipe, aux mouvements précipités des voyageurs qui sortent des salles d’attente, nous devinons qu’un train est signalé. En effet, voici que le lourd convoi fait soudain son apparition et stoppe. Les employés ouvrent les portières, les voyageurs descendent, d’autres montent ; sur le quai, ce sont des embrassades, des poignées de main ; des groupes se forment. Puis, au signal du chef de gare, le train repart et les voyageurs qui viennent de descendre se dirigent qui vers la sortie, qui vers le buffet.
Et toute cette scène, photographiée à la gare de Lyon, mouvementée à souhait, se déroule sous nos yeux, sur un immense écran ; nous en distinguons admirablement les détails. Vraiment, on croit rêver en assistant à de pareilles choses. C’est bien là le dernier mot de la photographie
Le succès qu’obtiendra à Reims le Cinématographe sera certainement très grand, et il y a tout lieu d’en féliciter la Ligue de l’Enseignement à qui nous devons de passer d’aussi instructives et agréables soirées.
Nous rappelons qu’on peut retenir ses places chez M. Bournier, rue du Cloître.


L'Indépendant rémois, Reims, 23 mars 1896, p. 2.

Si les frère Lumière prête leur cinématographe pour cette séance de conférences, ils le font aussi par esprit commercial, en sachant que l'appareil de leur invention peut à la fois contenter le public d'un cirque - c'est d'ailleurs là que les projections ont lieu - comme celui, sans doute plus instruit, qui a pour habitude de suivre les conférences de la Ligue de l'enseignement. La première séance va donc avoir lieu le 28 mars. Lors des premières présentations du cinématographe, il est fréquent que la presse se fende de quelques explications plus ou moins scientifiques, mais qui visent à faire comprendre au lecteur de qui il en retourne. C'est un peu le propos du journaliste E. Arlot qui rend compte de cette soirée exceptionnelle : 

Ligue de l'Enseignement.
Pour clôturer la série des intéressantes conférences qu’il a organisées cet hiver, le Comité rémois de la Ligue de l’Enseignement avait prié M. Couttolenc, le distingué professeur de l’École professionnelle, de parler de la photographie et, pour compléter les démonstrations scientifiques du professeur il avait fait venir le cinématographe de la maison Lumière qui en ce moment fait courir « Tout Paris ».
La valeur scientifique du conférencier, l’attrait de l’entendre démontrer les récentes découvertes de la photographie en couleur et des rayons X ; enfin le désir de connaître ce cinématographe dont on parle tant depuis quelques semaines, avaient attiré au Cirque, malgré un temps épouvantable, une foule très empressée.
M. Couttolenc a fait un rapide historique de la photographie Après avoir rappelé que la première chambre noire avait été découverte en 1550 par Porta, il a rapidement décrit les procédés de Niepce et de Daguerre, deux Français, qui ont été les vrais Inventeurs de la photographie, puis il est arrivé à la découverte de la photographie en couleur trouvée par un autre Français, Lipmann et aux fameux rayons X découverts par Rœntgœn.
M. Couttolenc a accompagné ses données scientifiques d’expériences fort intéressantes et de projections extrêmement curieuses.
Malheureusement, le conférencier est un homme de laboratoire ; sa voix, quoi que très nette, est faible et le moindre murmure de la foule la couvre complètement, au grand détriment des auditeurs, qui perdent ainsi une partie du plaisir qu’ils étaient venus chercher.
Après la conférence de M. Couttolenc ont commencé les expériences du cinématographe. C’était encore de la science, mais de la science amusante cette fois.
Qu’on nous passe la vulgarité de la comparaison, le cinématographe est une lanterne magique où les personnages vont et viennent, où la mer moutonne, la fumée monte, la poussière se répand, les trains de chemins de for arrivent sur vous, les voitures, les vélocipèdes courent, les hommes marchent comme dans la vie ordinaire.
Deux éléments manquent encore pour parfaire la réalité de ces tableaux vivants : la couleur et le son. Dans peu de temps, sans doute, grâce à la photographie colorée et au phonographe, ces lacunes seront comblées et plus heureux que nous, nos descendants n’auront qu’une manivelle à tourner pour voir et entendre causer leurs aïeux, ainsi devenus véritablement immortels.
E. ARLOT.
***
En présence du succès obtenu par la soirée d’hier, la Ligue va donner ce soir dimanche une deuxième séance populaire à prix réduits du grand succès du jour, le merveilleux appareil des frères Lumière : le Cinématographe.
Prix des places : Stalles et Parquet, 1 fr. ; Premières, 0 fr. 50 ; Secondes, 0 fr. 25.


L'Indépendant rémois, Reims, 29 mars 1896, p. 2.

Les explications, parfois approximatives, permettent au moins d'avoir une idée de l'appareil cinématographique. En revanche L'Indépendant rémois est avare d'informations relatives aux opérateurs et à la programmation prévue. Le Patriote est plus disert et complète le compte rendu de la soirée :

[...] M. Couttolenc cède la place aux opérateurs de MM. Lumière, venus de Paris tout exprès pour produire devant le public rémois leurs curieuses projections. Le succès qu'elles obtiennent en ce moment à Paris est, disons-le tout de suite, parfaitement justifié. Malgré les petits inconvénients d'une installation provisoire et un peu défectueuse, le succès n'a pas été moins grand ici qu'à Paris. Chaque scène était accueillie par des bravos frénétiques, des applaudissements enthousiastes et mêmes par des bans battus avec autant de frénésie que peu d'ensemble. Avec une complaisance dont on les a remerciés par de nouveaux applaudissements, les opérateurs ont recommencé plusieurs scènes à la demande générale. 12 scènes des plus variées et des plus pittoresques se sont succédées sur l'écran, nous disons scènes, à dessein, et non tableaux, car ce sont de véritables scènes, avec toutes l'illusion de la réalité, que reproduit le cinématographe. Citons parmi les plus remarquables : " La sortie de l'usine ", avec son fourmillement d'ouvrières qui sortent, les unes en courant, les autres en causant, ses employés qui enfourchent leurs bicyclettes et s'éloignent en pédalant, son omnibus, attelé de deux chevaux, qui sort au pas d'abord pour ne pas écraser les retardataires et prend ensuite une allure plus rapide. " Le jardinier " victime d'une mauvaise farce d'un gamin à qui il administre une correction méritée. " L'arrivée d'un train en gare " avec son mouvement de voyageurs qui montent et descendent. " L'arrivée à quai d'un paquebot " dont les passagers touchent terre avec bonheur : l'un de ces aimables personnages pousse même l'amabilité jusqu'à saluer gaiement les spectateurs. " Le bain de mer ", etc., etc., il nous faudrait du reste, citer les 12 projections qui se sont succédées, admirablement réussies.
V.M.


Le Patriote, Reims, 30 mars 1896

Malgré quelques problèmes - qui viennent confirmer ce que dit en partie l'article de L'Indépendant rémois - le succès est au rendez-vous. Le journaliste insiste bien sur le terme " scène " - provenant du monde du théâtre - et écarte celui de  "tableau " trop pictural et statique à son goût. S'il ne fait pas de doute que les vues présentées sont effectivement des photographies animées qui appartiennent au catalogue Lumière, leur identification reste parfois délicate puisque la propre maison de Monplaisir tourne plusieurs versions de ses " classiques ". Le succès aidant, une seconde séance est organisée le dimanche 30 mars 1896. Ces deux séances de démonstration ont pour vocation avant tout de faire connaître la nouveauté des frères Lumière, même si l'objectif commercial n'est jamais très loin.

Répertoire (autres films) : Enfant aux poissonsRepas, Joueurs, Le ChapeauForgerons, Place de LyonLe Mur (Le Patriote, Reims, 30 mars 1896).

Le Cinématographe Lumière d'Abel Bordéria (Casino, avril-mai 1896)

Abel Bordéria, qui a obtenu la concession d'exploitation du cinématographe Lumière pour quelques villes de l'Est de la France, va commencer par la ville où il exerce son métier de photographe. Même si l'appareil est déjà connu des Rémois grâce aux deux soirées organisées, en mars, par la Ligue de l'Enseignement, il s'agit maintenant d'une installation commerciale, au théâtre du Casino, dont l'inauguration a lieu le 23 avril 1896 :

Le Cinématographe.
Hier ont commencé, dans la jolie salle du Casino de la rue de l’Etape, très étonnée de voir les pères de famille et les mamans accompagnés de leurs enfants sur ses fauteuils, les séances du Cinématographe des frères Lumière, de Lyon, qui obtient depuis quelques mois tant de succès à Paris et à Londres.
La Ligue de l’Enseignement avait déjà réussi à donner aux Rémois la primeur de ce spectacle vraiment curieux, duquel, plus que de tout autre, on peut dire qu’il instruit en amusant; mais, malgré deux séances données au Cirque, bien des spectateurs n’avaient pu satisfaire leur curiosité, aussi sommes-nous heureux de leur annoncer que, pendant quelques jours, deux séances auront lieu au Casino : l’après-midi et deux le soir.
Notons encore que fréquemment les vues offertes au public seront variées, afin de permettre aux spectateurs de revenir plusieurs fois, sans être fatigués par la même exhibition.


L'Indépendant rémois, Reims, 24 avril 1896, p. 2.

reims casino

Phototypie A. Rep et Filliette à Château-Thierry-Collection R. F.
Reims, le Casino et la Brasserie (c. 1910)

Grâce au journaliste du Courrier de la Champagne nous disposons d'informations plus précises, en particulier, sur la programmation de la soirée inaugurale :

[...] Et voici qu'un photographe rémois, M. Bordéria, s'en est rendu acquéreur [cinématographe], pour en donner des séances publiques, au joli petit théâtre du Casino. Nous avons assisté hier à la première séance et bien que déjà nous ayons vu fonctionner l'appareil et que nous en connaissions le mécanisme, nous n'avons pu nous défendre d'une vive admiration à la vue de toutes ces scènes qui semblent des pages détachées de la vie humaine, non pas racontée ou photographiée, mais toute vivante et agissante. Ainsi, voici d'abord apparaître " Une lourde diligence " qui traverse la place, puis s'arrête. Les portières s'ouvrent, les voyageurs se précipitent ; surviennent les amis, les parents : on se serre la main, on s'embrasse ; les facteurs descendent et transportent les bagages ; l'un des arrivants s'étire bras et jambes, cet autre allume et fume un cigare. Et pour compléter l'illusion, nous ajouterons que les personnages sont de grandeur naturelle. Le second tableau projeté sur l'écran nous montre " Des ouvriers démolissant un mur " qui, à la fin, s'effondre sous leurs coups de maillets, en produisant un épais nuage de poussière. C'est ensuite " La sortie du personnel de l'usine Lumière " : plus de 200 ouvriers et ouvrières, chacun d'une physionomie différente, quelques uns enfourchent la bicyclette ; les derniers se rangent pour laisser sortir la voiture du patron. Succède une délicieuse scène enfantine, " Un bébé caressant un gros chien " qui se prête complaisamment à tous ses caprices. Voici la grande " Avenue des Champs-Élysées ", avec tous ses équipages qui vont, reviennent, s'entrecroisent, pendant que sous l'oeil plus ou moins vigilant des bonnes, les enfants se gaudissent dans les allées láterales. Ici des paysans brûlent dans les champs les " Mauvaises herbes " ; là, dans un salon, une " Partie de tric-trac ". Plus loin, une " Discussion politique " se termine par un violent pugilat. Enfin le public assiste aux péripéties d'une " Partie de boules ". Nous en passons et des meilleures, notamment un " Gros temps en mer " et " Barque sortant du port ", où l'on voit la vague qui se brise en flots d'écume sur les récifs. Voilà certes un spectacle que tout le monde voudra voir. À la sortie, on peut entendre, à la brasserie, le charmant orchestre de Mlle Marguerite Lussay.


Le Courrier de la Champagne, Reims, 24 avril 1896.

Comme d'habitude, les annonces se font plus rares et moins complètes jusqu'au dernier jour de spectacle, le 7 mai 1896. Le journaliste de L'Indépendant rémois y va de son couplet sur la morosité de la ville, après le départ du cinématographe, à peine brisée par les rythmes de l'orchestre de Mlle de Luçay :

Le Cinématographe.
Les dernières séances du cinématographe Lumière, qui a eu tant de succès et a fait courir tout Reims depuis quinze jours, ont eu lieu hier soir au Casino. La foule était considérable et les spectateurs n’ont cessé d’applaudir et de bisser les tableaux animés si envieusement reproduits devant leurs yeux.
Demain, le matériel sera emballé et expédié à Nancy où un succès pareil si ce n’est plus grand que celui obtenu à Reims, attend sans doute la merveilleuse invention de MM. Lumière, les habiles photographes lyonnais.
Cet accueil favorable sera évidemment le même dans toutes les villes de l’Est de la France et de la Belgique où le matériel et les vues qui ont fonctionné à Reims, vont être successivement livrés à la curiosité publique.
Cette attraction disparue de Reims, notre ville redevient morte ; plus la moindre distraction agréable, pas encore de sérénades le soir, plus de théâtre, plus de casino, si ce n’est une fois par hasard, plus do concerts, plus rien. Si, une branche de salut nous reste heureusement. C’est l’excellent petit orchestre de Mlle Marguerite de Luçay, que tout le monde connaît à Reims. Il est revenu depuis quelques temps à la Brasserie de Strasbourg où, chaque après-midi et chaque soir, il fait les délices des connaisseurs qu’il attire en grand nombre et qui lui restent toujours fidèles Sans cet aimable sextuor il faudrait nous coucher à la même heure que les poules de Cormontreuil. Nous croyons pouvoir annoncer que l’hiver prochain, le cinématographe Lumière, perfectionné et avec des vues d’un puissant intérêt, fera sa réapparition à Reims. Nous pouvons lui prédire qu’il retrouvera ici, un succès éclatant. E. A.


L'Indépendant rémois, Reims, 8 mai 1896, p. 2.

Abel Bordéria, qui reviendra quelque temps plus tard pour de nouvelles séances de projections animées, quitte Reims pour Nancy.

Répertoire (autres vues) : AcrobatesLe régiment qui passeAquariumCignes, Baignade en merCharcuterie mécaniqueLe Train, Querelle politiqueLe MurLes Brûleurs d'herbes, Le Jardinier (L'Indépendant rémois, Reims, 30 avril 1896, p. 3). 

Le Cinématographe Lumière d'Abel Bordéria (Casino, juillet-septembre 1896)

De retour d'ÉpinalAbel Bordéria va organiser de nouvelles séances de cinématographie au Casino, comme il l'avait fait quelques semaines plus tôt. La presse rémoise annonce bien entendu le retour du photographe :

Le Cinématographe Lumière au Casino.
Nous apprenons l’arrivée à Reims du Cinématographe Lumière. Les premières séances seront données le samedi 11 juillet, à 3 heures et à 5 heures après midi. Le soir et les jours suivants, elles auront lieu à 8 h. 1/2 et 9 h. 1/2 du soir.
Nos lecteurs trouveront en troisième page le programme des divers numéros du Cinématographe.


 L'Indépendant rémois, Reims, 10 juillet 1896, p. 2.

L'inauguration a lieu le samedi 11 juillet dans l'après-midi et le clou du spectacle ce sont les fêtes du couronne du tsar à Moscou qui ont eu lieu quelques semaines plutôt et que Charles Moisson a filmé pour la maison Lumière. L'Indépendant rémois nous offre le programme complet de cette première journée :

CASINO
LES FÊTES DU COURONNEMENT DU CZAR À MOSCOU PAR LE CINÉMATOGRAPHE LUMIÈRE
Premières sèances le Samedi 11 juillet, à 3 heures et à 5 heures après-midi, le soir à 8 h 1/2, les jours suivants aux mêmes heures.
___
1. Le Carrosse de la Czarine et de la Grande-Duchesse Eugénie.
2. Chefs asiatiques.
3. Le  Czar et la Czarine se rendant à l'Eglise de l'Assomption.
4. Dames d'honneur se rendant au Sacre.
5. Czar et Czarine après le Sacre.
6. Ambassade coréenne.
7. Députations asiatiques.
8. Cuirassiers fourrageurs.
9. Charges de Cuirassiers.
10. La Mêlée.
11. Cyclistes et Cavaliers.
12. Ecriture à l'envers.
___
PRIX DES PLACES
Fauteuils, 1 fr. ; Parterre, 0 fr. 75 ; Premières galeries, 0 fr. 50.


L'Indépendant rémois, Reims, 10 juillet 1896, p. 3.

De façon régulière, le programme va être publié dans la presse régionale au cours des semaines sans modification sensible jusqu'au début du mois d'août où le nombre de films passent de 12 à 16 vues (L'Indépendant rémois, Reims, 3 août 1896, p. 3). Le cinématographe va annoncer son prochain départ, Abel Bordéria devant se rendre dans d'autres villes pour organiser des séances : 

Le Cinématographe. Le succès du Cinématographe-Lumière s’affirme tous les jours, et il n’est aucune des séances données l’après midi et le soir au Casino de la rue de l’Etape qui n'obtienne un vif succès. Pourtant, le Cinématographe va bien tôt disparaître, son concessionnaire, M. Bordéria, est impatiemment attendu dans d’autres villes où il a pris l’engage ment d’aller, et dans quelques jours il donnera ses dernières séances. Aujourd’hui, le programme a été complètement remanié. Il est composé des superbes vues du couronnement du tsar depuis longtemps redemandées par les spectateurs, et d’une série de scènes tout à fait nouvelles et d’un intérêt vraiment remarquable. Nous citerons parmi ces dernières: l’alerte des pompiers à Londres, qui est saisissante ; le bain à Milan ; la danse des troupiers espagnols ; une cavalcade d’anciens Germains à Budapesth ; les danseuses des rues de Londres, etc., qui sont autant de tableaux de genre inédits et originaux. Les curieux qui n’ont pas encore vu le Cinématographe n’auront rien perdu pour attendre, et ceux qui l’ont déjà applaudi voudront le revoir encore, mais il faut qu’ils se pressent. Dans huit jours, il serait trop tard.


L'Indépendant rémois, Reims, 23 août 1896, p 2.

Quelques jours plus tard, au début du mois de septembre, ce sont 20 vues qui sont offertes au public (L'Indépendant rémois, Reims, 9 septembre 1896, p. 3). Face au succès rencontré par le cinématographe, Abel Bordéria décide de prolonger ses projections pendant encore quelques jours :

Le Cinématographe. Le Cinématographe, qui devait cesser ses représentations à Reims dans les premiers jours de ce mois, a été tellement couru, que M. Bordéria, qui en est le concessionnaire pour la région, cédant aux demandes réitérées qui lui ont été faites, a pu, en reculant d’autres engagements, prolonger son séjour à Reims jusqu’au 24 septembre, dernier délai. Pour cette nouvelle période, il a en grande partie renouvelé sa collection de vues, ne gardant des, anciennes que celles qui ont obtenu et ont encore en ce moment un grand succès. Les nouveaux tableaux sont d’une grande originalité et très nets. Ajoutons que grâce à de sérieux perfectionnements qu’il a apportés dans l’installation, le mode d’éclairage et dans le fonctionnement de l’appareil, la trépidation qui se produit pendant les projections et qui était si fatigante pour les spectateurs, a presque complètement disparu. C’est presque la continuité absolue des images, c’est presque la perfection.


L'Indépendant rémois, Reims, 10 septembre, p. 2.

Finalement, c'est le 24 septembre 1896 que le photographe donne sa dernière séance de cinématographie, avec le projet de continuer ses projections ailleurs... 

Répertoire (autres vues) : Cyclistes militaires-MadridRochers de la Vierge-BiarritzLe Comte de Montebello et le général de Boisdeffre se rendant au KremlinCosaques de l'escorte du CzarExercices de tir par l'artillerie espagnoleEscrime au 98e de ligne français (L'Indépendant rémois, Reims, 25 juillet 1896, p. 3), Cuirassiers fourrageurs françaisLa Mêlée, cuirassiers françaisLe MurBassin des TuileriesArrivée en voitureMauvaises herbesRetour des manœuvres, La Baignade en mer (L'Indépendant rémois, Reims, 3 août, p. 3), AbreuvoirGros temps en merConcours de bébésRégimentPhotographeJeux d'enfantChargement de bateauxAutruchesTrainDémolitionQuerelle enfantineBaignade de Nègres (L'Indépendant rémois, Reims, 8 août 1896, p. 3), Nègres dansant dans la rueCortège anciens Germains à BudapestArmée espagnole danse au bivouacJury de peintureÉléphants (L'Indépendant rémois, Reims, 24 août 1896, p. 3), Une charge de lanciers espagnolsDes cavaliers traversent la Saône, Les Pigeons de Saint-Marc (Le Courrier de la Champagne, Reims, 29 août 1896), Pont de Vestminster, LondresJeu de boulesJongleurs indous, LondresDragons traversant la Saône à chevalLutteurs javanais, LondresJardin d'AcclimatationPigeons de Saint-Marc, Venise (L'Indépendant rémois, Reims, 9 septembre 1896, p. 3)

Le Cinématographe Joly (Rue Carnot, décembre 1896)

La présence furtive d'un cinématographe Joly à Reims n'est signalée que de manière très lapidaire. C'est sans doute dans les derniers jours du mois de novembre que l'appareil s'installe 19, rue Carnot. Il est question de " photographies vivantes ", l'une des multiples façons de désigner les films.

reims joly 1896

L'Indépendant rémois, Reims, 30 novembre 1896, p. 3

Le périodique Le Courrier de la Champagne complète quelque peu l'information deux jours plus tard :

Un nouveau cinématographe vient de s'installer 19, rue Carnot avec des vues très différentes de celles qu'on nous a montrées jusqu'ici. Séances tous les soirs de demi-heure en demi-heure, de 2 h à 6 h et de 7 h à 10 h.


Le Courrier de la Champagne, Reims, 2 décembre 1896.

C'est finalement deux jours plus tard, de nouveau, que le même journal offre un article de quelques lignes qui n'apporte guère d'informations nouvelles et aucune sur la programmation :

Nous avons visité hier le cinématographe de la rue Carnot, dont nous annoncions avant-hier l'installation. Nous y avons trouvé un nombreux public, dont une division du lycée et quelques ecclésiastiques. Les pellicules dont le déroulement régulier, projeté sur un écran, donne l'illusion de vues animées est du système Joly, un concurrent de M. Lumière. Il en résulte que les vues sont toutes différentes de celles du casino il y a quelques mois. La fixité nous a également paru meilleure.


Le Courrier de la Champagne, 4 décembre 1896.

Ce que confirme le journaliste, c'est que le cinématographe Joly est sans doute l'un des meilleurs que l'on trouve alors en France. Puis les annonces disparaissent. Il est probable que le tourneur ait continué sa route pour rentabiliser son cinématographe. 

1897

1898

1899

Le Royal Biograph (Foire de Pâques, avril 1899)

C'est à l'occasion de la foire de Pâques que les Reimois vont pouvoir découvrir le Royal Biograph. Il s'agit en réalité d'une version à peine modifiée du cinématographe Joly-Normandin dont le nom est tragiquement lié à l'incendie du Bazar de la Charité (4 mai 1897). L'appareil semble provenir de Bordeaux où il a dû être installé à l'occasion de la foire de la capitale girondine. La presse locale va offrir un long article, ce qui n'est pas toujours le cas pour les appareils des forains, qui fourmille d'informations :

A LA FOIRE
THE ROYAL BIOGRAPH
Une des principales attractions de la foire de Pâques et sur laquelle nous appelons volontiers l’attention de nos lecteurs, c’est le Royal Biograph, le dernier perfectionnement de la cinématographie. L’appareil photographique, l’appareil à projections et les films (pellicules photographiques) sont — à quelques améliorations près— les mêmes qui firent courir, il y a deux ans, tant de curieux au Casino de Paris.
Les projections biographiques sont faites sur un écran de 54 mètres carrés. Elles sont très nettes et fixes, c'est-à-dire qu’elles ne présentent pas l’inconvénient du flottement.
Et ce sont ainsi de véritables tableaux animés, des scènes prises sur le vif, des tranches de vie qui défilent devant le public Certains numéros ne durent pas moins de 10 minutes : durée qui n’avait pu être obtenue jusqu’à présent.
Le Royal Biograph est installé au coin de la rue Buirette et de la rue de l’Arquebuse, derrière le manège situé à l’extrémité des Versailles. C’est un grand rectangle de 30 mètres de long sur 8 mètres de large : on s’y trouvera confortablement assis.
Hier, le chef du service électrique de la Compagnie du gaz a assuré l’alimentation électrique de ce luxueux établissement.
Parmi les numéros les plus intéressants de la première série que produira le Royal Biograph, citons : un Duel politique, la Profanation du temple de Cléopâtre, les  Obsèques de M. Félix Faure, la Lune à un mètre, enfin et surtout une superbe vue panoramique qui a été prise de l’avant de la machine du train Éclair, lequel marchait entre New York et San-Francisco à raison de 120 kilomètres à l’heure. Ajoutons que le Royal Biograph arrive de Bordeaux, où il a obtenu un succès inconnu jusqu’à ce jour dans la cinématographie.


L'Indépendant rémois, Reims, 31 mars 1899, p. 2.

Il va de soi que le rappel historique passe sous silence le drame du Bazar de la Charité pour évoquer le succès de l'appareil au Casino de Paris, en 1898. On y parle aussi de la qualité de l'appareil, ce que confirment les articles publiés ailleurs. Sans doute le plus intéressant est constitué par la description du local et des conditions de l'alimentation électrique. Enfin quelques titres sont évoqués qui proviennent de différents catalogues (Méliès en particulier). Il est en outre symptomatique de constater que la presse consacre un article à la question de la sécurité :

RUE BUIRETTE
À l'extrémité de la rue Buirette, au bout du Versailles, se trouvent un manège de Gondoles russes, celui des Steppes et enfin la loge The Royal Biograph. Nous avons dit quelques mots hier du Royal Biograph qu'on installe au coin de la rue Buirette et de la rue de l'Arquebuse.
Il nous faut parler aujourd'hui des conditions de sécurité qu'offre l'établissement. On sait que les entrepreneurs de spectacles de cinématographie ont été soumis à des règlements rigoureux, afin de prévenir tout accident. Les directeurs du Royl Biograph ont pris les précautions les plus minutieuses, et l'on peut dire que, dans leur établissement, le public est hors de tout danger.
D'abord l'appareil à projections est installé dans une chambre noire dont les parois sont en tôle et dont la partie supérieure est recouverte d'une toile métallique semblable à celle qui frome la garniture des lampes Dawis dans les mines. Après chaque tableau, le film réenroulé tombe automatiquement dans une boîte à tiroirs, Si le celuloïd qui forme le film prend feu, il suffit de fermer d'une simple poussée le compartiement : et la combustion cesse, faute d'air.
L'amphithéâtre réservé au public comporte 400 places. La salle est fermée sur ses faces latérales par des cloisons munies de seize portes, huit de chaque côté. En cas d'alerte, les spectateurs n'auraient qu'à exercer sur ces cloisons une faible pression pour que les portes s'ouvrent immédiatement livrant passage au public. En 120 secondes, la salle peut être évacuée.
À Bordeaux, la commission de surveillance des théâtres, après une visite au Royal Biograph, a félicité les directeurs pour les mesures prises.


L'Indépendant rémois, Reims, 1er avril 1899, p. 2.

Même si Ernest Normandin a pris soin de changer le nom de l'appareil dont il assure la vente, il est probable que le public ne soit pas totalement dupe et le rappel des mesures de sécurité est là pour dissiper les craintes des spectateurs. Toutes ces informations sont déjà disponibles dans les journaux reimois, avant même que l'inauguration ait lieu. C'est en effet le 3 avril que les curieux qui visitent la foire peuvent enfin découvrir le Royal Biograph :

Et voici enfin le Royel Biograph, qui a donné hier à cinq heures sa première séance. Toute la soirée, les visiteurs ont afflué dans cet établissement.
Nous avons vu défiler sur l'immense écran de 54 mètres carrés la première série de tableaux : d'abord une vue panoramique prise dans les Vosges, de l'avant d'un train, par un temps de neige ; puis un carrousel à l'Ecole de Saumur ; un épisode comique, l'auberge ensorcelée ; une vue prise de l'avant de la locomotive du train "Eclair" (120 kilomètres à l'heure) : c'est un des plus curieux tableaux ; on voit défiler les arbres, les maisons, les poteaux télégraphiques avec une vitesse vertigineuse ; bientôt le train pénètre sous un tunnel et en ressort quelques secondes après, et enfin entre en gare.
Les funérailles de M. Félix Faure nous font assister au défilé des fragments les plus intéressants du cortège. Enfin deux scènes de prestidigitation, la farce de l'Homme à têtes et la féerie de la Lune à un mètre constituent le clou de la séance.
Le Promeneur.


L'Indépendant rémois, Reims, 4 avril 1899, p. 2.

Les projections remportent les faveurs du public, " mais jusqu'ici, le numéro qui a obtenu le plus de succès, est La Lune à un mètre, qui est redemandée à grands cris par le public à chaque séance. Il est probable que les propriétaires du Royal-Biograph devront maintenir ce tableau à l'affiche jusqu'à la fin de la foire (L'Indépendant rémois, Reims, 6 avril 1899, p. 2). Dans un entrefilet, nous découvrons la présence d'un bateleur qui attire le chaland :

Une foule nombreuse stationne devant le Royal Biograph où un prestidigitateur revêtu d'un riche costume mexicain escamote, escamote, escamote, cependant que la salle s'emplit. La seconde série de tableaux du Royal Biographe obtient un succès inouï. À chaque séance on refuse du monde. Chacun veut voir les Funérailles du M. Félix Faure, les Vues panoramiques... et surtout La Lune à un mètre. L'établissement n'a pas désempli toute la journée.
Prochainement, changement de tableaux..


L'Indépendant rémois, Reims, 10 avril 1899, p. 2.

Comme cela est souvent le cas, le propriétaire du Royal Biograph - dont on ignore le nom - offre des séances gratuites, en l'occurrence aux enfants des écoles qui, on l'imagine aisément, découvrent enthousiastes les images animées :

Les Enfants à la Foire
Les enfants des écoles communales ont assisté hier, dans l'après-midi, à la séance offerte gracieusement par la direction du Royal Biograph. L'établissement de la rue Buirette était archi comble.
Nous renonçons à dépeindre la joir bruyante de tous ces petits pendant que les divers numéros du spectacle défilaient sur l'écran. Et c'étaient des rires, des cris : un poulailler en révolution. L'auberge ensorcelée a eu un succès particulier. Et lors de la Corvée de quartier, nous avons cru que la salle croulait. C'était une véritable tempête d'exclamations joyeuses.
Le Royal Biograph continue aujourd'hui et clôture la série de ses séances.


L'Indépendant rémois, Reims, 23 avril 1899, p. 2.

Au bout de vingt-trois jours environ - c'est la durée de la foire de Pâques - le Royal Biograph quitte Reims.

Répertoire (autres vues) : La Charcuterie américaine (L'Indépendant rémois, Reims, 6 avril 1899, p. 2), La corvée du quartier (L'Indépendant rémois, Reims, 8 avril 1899, p. 3).

1900

L'American Electric Palace d'Étienne Sabatier (Place Drouet-d'Erlon, 26 août-[20] septembre  1900)

Le tourneur Étienne Sabatier va jouer de malchance au moment de l'installation de son établissement sur la place Drouet-d'Erlon d'Orléans. Un accident - qui aurait pu avoir de très graves conséquences - se produit et deux ouvriers sont blessés :

L’Accident de la place Drouet-d’Erlon.
Un accident qui pouvait avoir de graves conséquences s'est produit hier place d’Erlon à un établissement forain l’Américan Electric Palace.
La direction, pour activer le montage des toiles de cet établissement, avait fait appel à M. Prudhon Revardeaux, constructeur, faubourg Cerès, et une équipe de charpentiers, depuis hier matin, secondait le personnel de l'American Electric Palace.
Vers cinq heures de l’après-midi, trois ouvriers charpentiers : MM. Emile Deloge, âgé de 53 ans, demeurant rue St-Saint-Thomas, 67; Robert, demeurant rue Maillefer, 71, et Baret, demeurant rue Coquebert, se trouvaient sur une planche jetée sur deux traverses reliées aux montants.
Les ouvriers étaient occupés à monter le toit, lorsque soudain l'une des extrémités de la planche se brisant, tous trois furent précipites dans le vide d’une hauteur de 4 a 5 mètres environ.
L'un d’eux, M. Robert, en sentant le point d’appui, sur lequel il se tenait, fléchir, put se suspendre à une traverse. Il n'en fut pas de même de ses deux camarades qui tombèrent sur le sol.
M. Baret vint s’abattre sur son compagnon Deloge, qui resta étendu sur le sol.
Les autres ouvriers, et M. Prudhon, qui se trouvait sur les lieux, s'empressèrent autour des victimes de cet accident. Pendant que quelques uns aidaient M. Robert à abandonner sa dangereuse position, d’autres s’occupèrent de MM. Deloge et Baret.
Ce dernier s’était relevé seul. Etant tombé sur M. Deloge, celui ci avait amorti le choc et il en était quitte pour de légères contusions.
Il n’en était point de même pour son infortuné camarade. Quoique sans blessure apparente, il se plaignait de vives douleurs internes, et des lésions sont à redouter.
M. le capitaine Besnard, des sapeurs-pompiers, qui passait à cet instant, fit aussitôt mander le sapeur Desroches, qui accourut avec un brancard du poste.
M. Deloge, placé sur ce brancard et accompagné des agents Bourgeois et Goubeau, fut porte à son domicile où un docteur a été appelé à lui donner ses soins.
Informé de cet accident, M. Baïsse, commissaire de police du 1er canton, s’est aussitôt rendu sur les lieux et a procédé à une enquête pour en établir les causes. Constatons aussi le concours efficace d’un passant, membre de la Croix Rouge, M. Adolphe Lienard, voyageur de commerce, demeurant à St Quentin.


L'Indépendant rémois, Reims, 21 août 1900, p. 2.

La direction de l'établissement va rassurer les lecteurs, car les blessures sont finalement légères (L'Indépendant rémois, Reims, 23 août 1900, p. 2) et l'ouverture de l'American Electric Palace est annoncée pour le 26 août :

American Electric Palace.
C'est aujourd'hui, à 9 heures du soir, qu'aura lieu la première représentation de l'American Electric Palace, installé place d'Erlon.
On nous dit beaucoup de bien de cet établissement. Dès la première séance, nous dirons ce que nous pensons de ce spectacle.


L'Indépendant rémois, Reims, 26 août 1900, p. 2.

Le même journal, en effet, fait un compte rendu d'une séance cinématographique de l'American Electric Palace :

American Electric Palace.
Le succès va croissant pour cet établissement. A chaque représentation, un public select et nombreux se presse en la salle, confortablement installée, pour applaudir les projections cinématographiques, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Assis sur une chaise, le spectateur, en dix minutes, visite l’Exposition, et ce sans craindre le " coup de la passerelle " ! Puis défilent de splendides tableaux en couleurs : Cendrillon ; Miss Sidney (de Parisianna). dans ses danses à transformations ; Mme Bob Walter, danse serpentine ; métamorphoses de Satan, etc., sans oublier les épisodes de la guerre du Transvaal.
On nous promet d’ici peu des vues prises à Reims : Sortie de la messe de la cathédrale, La Cérémonie de Saint-Rémi, etc., etc.
C’est, en somme, un spectacle très attrayant que l’on peut sans crainte recommander, car on s’y amuse, et le public passe en cet établissement deux heures agréables, en bonne compagnie.
L B.

L'Indépendant rémois, Reims, 31 août 1900, p. 2.

Le succès semble bien au rendez-vous, et la direction de l'American Electric Palace, non seulement renouvelle sa programmation, mais annonce des soirées épicées, avec quelques vues plus " lestes ". Par ailleurs, comme cela se produit souvent, une séance de bienfaisance est prévue pour les pauvres :

American electric palace.
L’American electric palace, qui fait tous ses efforts pour plaire au public rémois, nous annonce pour lundi un changement complet de programme. Avis donc aux retardataires qui n’ont pas encore assisté aux représentations de ce théâtre. La Guerre au Transvaal, les Visites à l'Exposition, la Danse serpentine, Cendrillon, etc., etc., sont des tableaux qu’il faut voir et même revoir.
Le programme de lundi se composera de : Dix Minutes à trois cents mètres sous terre (aux Mines de la Grand’Combe) ; Voyage en sud-express de Monte-Carlo à Menton, Frigoli [sic] (le célèbre transformateur de l’Olympia), le Bain de Bébé, etc., etc.
La direction a en outre décidé la création de soirées mondaines qui auront lieu tous les vendredis. Ces soirées se composeront d’un programme spécial, c’est-à-dire avec des tableaux qui, tout en restant d’une moralité absolue, seront cependant plus lestes que ceux réservés aux familles. Le Coucher d'Yvette et le Bain de la Parisienne, dont on nous dit le plus grand bien, feront partie du programme de ces soirées. La direction nous annonce pour jeudi 6 septembre une grande matinée au bénéfice des pauvres. Voilà certes une généreuse idée. Aujourd’hui dimanche, deux matinées, l’une à trois heures et l’autre à cinq heures. Le soir, à huit heures et demie, grande représentation.


L'Indépendant rémois, Reims, dimanche 2 septembre 1900, p. 2.

Les vues présentées par Étienne Sabatier proviennent principalement de trois catalogues : Méliès, Pathé et Gaumont. Finalement quelques jours plus tard un nouveau compte rendu, plus précis, offre des détails sur le spectacle et confirme bien que des vues locales ont été tournées :

The American-électric Palace
L’Américan-électric-Palace offrait hier un programme nouveau et comme d’habitude, la salle de spectacle était archibondée dès neuf heures. On a dû refuser du monde.
Malgré cette affluence de visiteurs, l’ordre le plus parfait n’a pas cessé de régner. Pas la moindre bousculade. A l’entrée et à la sortie le public s’est écoulé sans encombre.
Que dire des tableaux animés projetés sur l'écran, sinon que leur netteté a été unanimement bien appréciée, que, grâce à un ingénieux perfectionnement apporté au mécanisme de l’appareil, la trépidation des images est très atténuée par rapport à ce qu’on avait vu a Reims jusqu’à ce jour,et qu’enfin les sujets choisis étaient d’une brûlante actualité et d’une intéressante Variété ?
Sans parler des scènes du " répertoire " courant, où les bébés, les cyclistes, les pochards, les cochers, les gamins, les agents jouent des rôles prépondérants, sans parler des vues de St-Remi et de la cathédrale au sortir de la grand’messe, nous mentionnerons spécialement la galerie de portraits d’Anglais et de Boërs, une jolie collection de transformations instantanées de Frigoli, un superbe film pris en chemin de fer aux environs de Menton, et enfin les scènes de la guerre anglo-boër, que le public accueille toujours par les mêmes manifestations.
L’American Electric Palace fait, en somme, de belles recettes. Il le mérite, tant par la qualité du spectacle que par l’amabilité de son personnel et le soin qu’il apporte à la préparation de ses représentations.


L'Indépendant rémois, Reims, 5 septembre 1900, p. 2.

reims place drouet

L.B.R., Reims-Place Drouet d'Erlon (c. 1900)

Nous ignorons, par ailleurs, l'origine de l'appareil et une seule indication précise que " l'on passera au biographe tout une série de films inédits " (L'Indépendant rémois, Reims, 7 septembre 1900, p. 2). Comme cela a été annoncé, l'American Electric Palace va offrir une " soirée de gala et mondaine " le 8 septembre au soir. C'est évidemment l'occasion de présenter quelques vues plus audacieuses et qui attirent toujours un public nombreux : 

American Electric Palace.
Réellement le succès de cet établissement va crescendo. Chaque soir, un public nombreux envahit la salle pour assister au défilé d’un choix merveilleux de vues.
Hier, a été donnée la première soirée de gala et mondaine. Dès 8 heures 1/2 et malgré une sensible augmentation du prix des places, la foule envahissait l’estrade, assiégeait le contrôle qui, dix minutes plus tard, refusait l'entrée à plus de cinquante personnes.
En effet, du premier rang des troisièmes au dernier rang des premières, las spectateurs étaient littéralement entassés et il en arrivait toujours de nouveaux !
A neuf heures, la séance débute par d’intéressantes vues cinématographiques sur les Mines de la Grand'Combe, Baignade de chevaux, Danses antiques, très joli ce films ; Danse serpentine ; c’est ensuite la Cérémonie de Saint-Remi, Sortie de la Cathédrale, etc.
Et, enfin, la partie réservée aux scènes ultra-mondaines : le Bain de La Parisienne, le Tub de la Parisienne, L'Indiscret, Peintre et Modèle, le Coucher d’Yvette, etc., toutes scènes qu'on ne peut raisonnablement recommander aux pensionnaires du Couvent des Oiseaux, mais que tous peuvent quand même voir saris rougir. On nous promet pour la semaine prochaine une nouvelle série de tableaux plus intéressants encore. Ce n’est point peu dire... si c'est qu'il y a encore de belles soirées en perspective !
L. B.


L'Indépendant rémois, Reims, dimanche 9 septembre 1900, p. 2.

Étienne Sabatier organise également de nouvelles séances de bienfaisance pour les orphelins de Bethléem, le jeudi 13 septembre et ceux de la Charité, le 20 septembre  (L'Indépendant rémois, Reims, 19 septembre 1900, p. 2) avant son départ, après plus de trois semaines de succès :

American Electric Palace.
Nous regrettons sincèrement que l’American Electric Palace, par suite des engagements pris, quitta aussitôt notre cite rémoise, mais nous pouvons affirmer qu’il nous reviendra l’année prochaine avec tout ce qu’il y aura de plus nouveau.
Cet établissement unique dans son genre donne cette semaine, tous les soirs à 9 heures, une grande représentation avec un programme des plus variés, la guerre de Chine fait partie de ses soirées.
Aujourd'hui mercredi, une distribution de fleurs sera faite aux dames qui assisteront à cette grande soirée.
Jeudi, matinée à 3 heures, même programme que le soir, avec distribution de cinématographes de poche faite aux enfants.
L'American Electric Palace, dans sa bienveillante attention, fera assister à sa dernière matinée de jeudi, et gratuitement, les orphelins de la Chanté ; déjà jeudi dernier y assistaient ceux de Bethléem ; nous en félicitons vivement là direction qui pense à tout et à tous.
Dans les dernières représentations que donnera cette semaine le grand cinématographe de la place d'Erlon, nous souhaitons qu’un nombreux public y assiste, comme du reste chaque jour depuis plus de trois semaines.
Vendredi, dernière grande représentation mondaine aux prix ordinaires.


L'Indépendant rémois, Reims, 19 septembre 1900, p. 2.

Répertoire (autres titres) : La Passion, La Visite au harem, [lundi prochain 17 septembre] La Guerre de Chine (L'Indépendant rémois, Reims, 14 septembre 1900, p. 2).

1901

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Cirque, 3-19 mai 1901)

Après avoir connu un succès relatif à l'Exposition Universelle de Paris, le phono-cinéma-théâtre va être présenté en France comme à l'étranger. Si les films ont été tournés, pour l'essentiel, par Clément-Maurice, l'inspiratrice de ce spectacle novateur est Marguerite Vrignault, directrice artistique. Lors de ces tournées, elle est accompagnée de l'opérateur Félix Mesguich. C'est au Cirque de Reims qu'a lieu l'inauguration le 3 mai 1901, annoncée quelques jour plus tôt :

Le Phono Cinéma Théâtre, l'un des plus grands succès de la rue de Paris à l’Exposition universelle, fait en ce moment son tour de France. Il annonce une série de représentations au Cirque de Reims, où la première aura lieu vendredi prochain 3 mai.
Ainsi que son nom l'indique, le Phono Cinéma Théâtre est une ingénieuse combinaison des deux merveilleuses inventions de la fin du XIX* siècle, le cinématographe et le phonographe, et la directrice et créatrice de cette attraction sans precedent, Mme Vrignault est parvenue à donner à ces visions animées l’apparence de la vie même. On entend et l’on voit les artistes absolument comme s’ils paraissaient sur la scène, et lorsque les spectateurs émerveillés applaudissent chanteurs, danseuses ou mimes, les artistes reviennent saluer le public. L’illusion est aussi complète que possible. Ce qui achève de caractériser le Phono Cinéma Théâtre, c’est que son program me ne comprend que des artistes de premier ordre : Sarah Bernhardt, Coquelin aîné, Cossira et Mlle Hatto. de l’Opéra, Mély Meyer, Félicia Mallet. Polin. Little Tich, etc. Toutes les étoiles des grands théâtres et des grands music halls de Paris défileront devant nous en une seule représentation qui dure de deux heures à deux heures et demie. Et par surcroît on nous offre une reconstitution complète des merveilles de l'Exposition de 1900. Avec de pareils éléments, le succès des représentations du Phono Cinéma Théâtre ne saurait être douteux.


L'Indépendant rémois, Reims, 30 avril 1901, p. 3.

Même si aucun titre n'est expressément indiqué, le répertoire est semblable à celui qui a déjà été offert dans d'autres villes au cours des semaines qui précèdent. Mais il faut attendre le 4 mai pour avoir le premier compte rendu  :

Le Phono Cinéma Théâtre.
Hier soir, au Cirque, devant une salle très élégamment garnie de spectateurs, a eu lieu la première du Phono Cinéma Théâtre. C’est, le nom l'indique, le théâtre transporté sur l'écran de cette merveilleuse lanterne magique qu on appelle le cinématographe ; avec le concours du phonographe, cette autre merveille, l’illusion est complète. Grâce au synchronisme des deux instruments, esclaves d’un même appareil de mise en marche, on entend les voix des acteurs ou les bruits de la scène en même temps que se font les mouvements qui les produisent.
C’est parfait.
Aussi tout le monde a applaudi en voyant et en entendant les artistes les plus en vue de nos différentes scènes. Quand on aura la photographie en couleurs, ce sera l’illusion absolue.
Les tableaux sont variés, bien choisis et gracieux, tout le monde peut les voir, le spectacle est de bon goût et attrayant. On ne peut désirer mieux.
E. A.


L'Indépendant rémois, Reims, 4 mai 1901, p. 2.

Même si l'article comporte une signature, son contenu ne brille pas par l'originalité, le journaliste se contentant de reproduire les lieux communs de l'époque sur le cinématographe. En tout cas, on se demande même s'il a vu les films... Ce qui est sûr, c'est que le public est tout à fait passionné par ces images parlantes et chantantes et les demandes pour assister au spectacle affluent :

Le Phono Cinéma Théâtre.
En présence de l’immense succès obtenu par le Phono cinéma théâtre, la Direction a décidé de donner aujourd’hui au Cirque une matinée avec le programme complet. De cette maniéré les familles courront aller voir ce spectacle dans l’après-midi de 3 heures à 5 heures.
Ajoutons que de nombreuses demandes sont faites auprès de la directrice pour obtenir des places au Cirque et que, dans ces conditions, on a tout à gagner à prendre ses billets à l’avance au bureau de location qui est ouvert de dix heures du matin à six heures du soir. C’est un spectacle que nous recommandons aux familles pour les enfants, qui s’y divertissent énormément et y apprennent à connaître les plus célèbres artistes français de cette époque.


L'Indépendant rémois, Reims, 5 mai 1901, p. 2.

L'article précise bien que c'est " la directrice " qui fournit les places. Une remarque qui confirme au passage que la responsable du Phono-Cinéma-Théâtre est bien Marguerite Vrignault. Comme cela s'est produit ailleurs, le spectacle va prolonger son séjour à Reims de quelques jours :

Phono-Cinéma-Théâtre.
Le Phono-Cinéma-Théâtre,après avoir heureusement prolongé son séjour à Reims, va nous quitter. Dimanche il bouclera ses malles.
Jeudi, il y aura, comme d’habitude, matinée réservée aux familles et aux écoles.
Vendredi, soirée de gala, à 9 heures.
Samedi, soirée extraordinaire à 8 heures et demie.
Et enfin dimanche, une matinée de famille. Le Duel de Cyrano par Coquelin et le Président de la République passant la Revue des troupes à bord du Lepanto obtiennent toujours le même succès.
Ceux qui veulent voir les derniers numéros doivent se hâter.


L'Indépendant rémois, Reims, 15 mai 1901, p. 2.

Un séjour d'une quinzaine de jours est bien la preuve du succès public que rencontre, ici à Reims, comme dans les autres villes traversées, le Phono-Cinéma-Théâtre. Ce dernier et sa directrice poursuivent leur route vers Chalons-sur-Marne.

Théâtre-Salon Carmelli (Place d'Erlon, [25] décembre 1901-janvier 1902)

La foire des Rois commence le 25 décembre et le Professeur Carmelli, qui vient de Fontainebleau, installe son Théâtre-Salon sur la Place d'Erlon : 

LA FOIRE
Noël et le Nouvel-An sont proches. Dans quelques jours, les échos de la vieille Cité, qui vit Charles VII sacré par Jeanne-d'Arc (extrait d'Un Tour de Reims), retentiront des cris traditionnels : " Pâtés tou chauds ! " qui sont le complément indispensable du réveillon.
[...]
Nos concitoyens et nos visiteurs auront le choix, place d'Erlon, entre :
La Ménagerie Pianet, spectacle très couru des amateurs d'exhibitions émouvantes ; cinématographe et tableaux vivants ; l'artiste tronc Kobelkoff, un très curieux et très intéressant phénomène qui ne peut manquer d'être visité ; Théâtre des animaux savants de M. Delahaye ; Théâtre Salon des frères Carmelli dont l'habileté de prestidigitateurs fera la joie des petits et même des grands ; le Théâtre d'illusions Bérard ; les établissements de " fritures " François, Douine, Togny, Veuve Baudry-Bouvard, dont les pommes de terre frites feront les délices des promeneurs.


L'Indépendant rémois, Reims, 18 décembre 1901, p. 2.

Dans ce bref article rien n'est dit sur la présence d'un cinématographe dans l'établissement de Carmelli, mais on peut supposer qu'il fait toujours partie des attractions de la loge. Il est également question des " frères Carmelli ".

1902

1903

1904

Le Théâtre Collinet (Champ de Foire, [25] décembre 1904-janvier 1905)

Gaston Collinet, propriétaire d'un théâtre forain, s'intalle à Reims à l'occasion de la foire des Rois qui commence le 25 décembre :

A noter également le Théâtre Collinet où on assiste à de merveilleuses séances de prestidigitation.
[...]
Théâtre Collinet.-Tous les soirs à 8 heures 1/2, représentation. Prestidigitation, hypnotismes, séances de cinématographe. Deux heures et demie de spectacle par représentation.


L'Indépendant rémois, Reims, 26 décembre 1904, p. 4.

Nous disposons de quelques détails supplémentaires grâce à un nouvel article :

THÉÂTRE COLLINET
Hier, il y a eu foule au théâtre Collinet.
Durant deux heures et demie de spectacle, le public s’est largement délecté.
En première partie : Prestidigitation par le professeur Collinet, ex-prestidigitateur du théâtre Robert Houdin, de Paris, le plus fort manipulateur français.
En deuxième partie : Nouveauté sensationnelle, la plus stupéfiante application de l’hypnotisme : Haï iji. Il vit et plana. Ce n’est pas un mannequin, c’est une personne vivante. Vous voudrez tous le voir et vous creuser la tête sur ce mystère.
En troisième partie : Cinématographe, magnifiques vues de la guerre russo-japonaise, scènes comiques et à transformations, etc., etc.
Et pour terminer : Le Voyage dans la Lune, grande féerie en 30 tableaux, tirée du roman de Jules Verne.
Avec un tel programme, le succès est assuré.


L'Indépendant rémois, Reims, 2 janvier 1905, p. 4.

Outre le film Méliès, il est probable qu'il y ait, parmi d'autres, des vues Pathé.

1905

Le Théâtre International Urania de Ferdinand Somogyi (Salle Degarmann, 31 mai-1er juin 1905)

Le Théâtre International Urania, dirigé par Ferdinand Somogyi, propose de longs spectacles avec de multiples vues animées. Il est installé à Reims pour deux jours :

Théâtre international " Urania ".
Nous ne saurions trop engager les amateurs du beau et de l’émouvant à assister aux représentations extraordinaires qui seront donnée ?, Salle Degermann, mercredi et jeudi, en matinée, à quatre heures et demie, et en soirée, à huit heures et demie, par le théâtre international scientifique " Urania ".
Sous la direction de M. Ferd. Somogyi, de Budapest, en tournée autour du monde, plus de 200 tableaux de projections seront offerts à notre curiosité. En prenant au hasard nous trouvons : La Corrida de taureaux avec mise à mort, La Guerre russo-japonaise ; Défense de Port-Arthur ; combat naval ; Bataille du Yalou ; Les Costumes des belligérants ; Les vues d’un grand nombre de villes, etc. ; Chefs-d'œuvre de la peinture ; Danses tunisienne, japonaise et russe, etc., etc. ; Courses d'automobiles ; Navires dans la tempête ; A travers le firmament (photographies de l’Observatoire de Lick, en Californie), etc.
Prix des places : Premières, 1 fr. 50 ; Secondes 1 fr.


L'Indépendant rémois, Reims, mardi 30 mai 1905, p. 2.

Le Cinématographe automobile (31 août-6 septembre 1905)

En provenance de Laon, une voiture de la société " le Cinématographe automobile ", une entreprise originale d'Alfred Bréard, va organiser une séance de projections, à Reims, entre  le 31 août et le 6 septembre 1905, dans la salle Degermann :

Grand Cinématographe du "Petit Journal "
Nous portons à la connaissance du public que du 31 Août au 6 Septembre prochain, de grandes séances de cinématographe vont être données dans la coquette Salle Degermann, rue Buirette ; jamais dans notre ville de Reims, nos concitoyens n’auront eu le plaisir d’assister à un spectacle aussi dramatique, attrayant et varié.
Nous pouvons garantir à nos lecteurs un spectacle des plus intéressants et sans trépidations, le cinématographe après une longue tournée dans l’Est a su charmer par ses séances irréprochables toutes les personnes et dut, à différentes reprises, quitter certaines villes avant d'avoir pu satisfaire tout le monde à cause des engagements à remplir dans d’autres localités. Que l’on se hâte donc.
Le prix des places est à la portée de tous, ainsi qu’on peut le voir ci-dessous :
Premières 1 fr. 50 : Deuxièmes 1 fr. ; Troisièmes 0 fr. 50, avec le Petit Journal du jour.
Sans le Petit Journal : les premières 3 fr. ; les deuxièmes 2 fr. ; les troisièmes 1 fr. Durée du Spectacle de 9 h. à 11 h. Bureaux à 8 h 1/2.


L'Indépendant rémois, Reims, 30 août 1905, p. 2.

Comme cela est souvent le cas, l'annonce est aussi une sorte de publicité pour le spectacle, rédigée, sans doute par le responsable du Cinématographe automobile.

reims degermann

V. Thuillier, editeur, Reims, Reims-rue du Cadran St-Pierre (début XXe siècle)

Grâce à un second article, nous avons la chance d'avoir quelques informations sur le programme de films proposés aux Rémois :

I.e Cinématographe de la Salle Degermann.
Le Cinématographe automobile du Petit Journal, actuellement installé dans les superbes salons Dagermann, a donné hier soir, devant une salle absolument remplie, un fort joli spectacle qui a vivement plu aux assistants peu habitués à voir défiler devant leurs yeux des scènes aussi intéressantes et aussi bien agencées.
Pour donner un compte rendu un peu complet il nous faudrait citer la plupart, pour ne pas dire toutes, les scènes inscrites cet attrayant programme. Bornons-nous à mentionner celles qui ont obtenu le plus de succès auprès du public :
Les " Pêcheurs inimitables ", scène tout à fait d’actualité.
Le " Départ pour les Vacances ", scène dans laquelle défilent au milieu de péripéties extravagantes une dizaine de personnages. Le Petit Poucet ", " l’Histoire d’un Évadé ", " Rêve à la Lune ", au cours duquel se déroulent des situations vraiment originales et d’une grande finesse, etc. 
Tous les numéros sont parfaits et nous ne saurions trop engager nos lecteurs à aller passer salle Degermann une soirée qu'ils ne regretteront point, bien au contraire.


L'Indépendant rémois, Reims, 2 septembre 1905, p. 3. 

Nous savons que la Société du Cinématographe Automobile a partie lié avec la maison Pathé dont elle projette les films. Plus aucun article dans la presse consulté ne permet de confirmer ou d'infirmer que la dernière séance a bien eu lieu, comme annoncé, le 8 septembre 1905.

Le responsable et le Cinématographe Automobile quittent Reims pour se rendre à Clermont.

The Royal Spectacle (Cirque municipal, 3-17 décembre 1905)

The Royal Spectacle - encore un cinématographe dont le nom a été américanisé pour des besoins commerciaux - arrive à Reims dans les premiers jours de décembre. La première annonce, plutôt d'ailleurs une publicité, n'apporte guère d'informations :

The Royal Spectacle.
Nous rappelons que c’est demain dimanche, à 8 heures 1/2, que commenceront, au Cirque municipal, les représentations du " The Royal Spectacle ", dont nous avons parlé dans un précédent numéro.
La programme annoncé est des plus plantureux et destiné à satisfaire tous les goûts ; il a été habilement composé et est de plus entièrement nouveau.
Il n’y aura pas de matinée demain dimanche en raison des élections.
" Tout le monde en parle ! » est la devise de " The Royal Spectacle "... domain soir, " Tout Reims en parlera ! " 


L'Indépendant rémois, Reims, 2 décembre 1905, p. 3.

Le goût pour le gigantisme - un écran de 100 mètres carrés - est assez habituel alors, mais on ne sait pas quel est le moyen utilisé pour fournir l'énergie au faisceau lumineux :

Cirque de Reims.
" The Royal Spectacle " a donné ses débuts dimanche soir et l’on a pu s'assurer que, ainsi que nous l’avions prédit, les merveilles annoncées n'etaient pas de trompeuses promesses. Aussitôt l’électricité éteinte, ce fut, en effet, un enchantement ininterrompu qui commença.Sur l’immense écran de 100 mètres carrés de superficie, tour à tour défilèrent les scènes les plus interessantes et les plus d’actuaiité. parsemées de scènes désopilantes et qui reposent l’esprit.
Nous rappelons à nos lecteurs qu’ils n’ont que jusqu'à jeudi soir pour voir ce spectacle intéressant entre tous.


L'Indépendant rémois, Reims, 4 décembre 1905, p. 2.

Les articles publiés dans ce journal restent d'ailleurs très généraux et n'apportent pratiquement aucune information. Nous ignorons le nom du propriétaire - mais cela n'est pas exceptionnel -, mais également le programme proposé. Voici le type d'article que l'on peut lire :

Cirque de Reims.
C’est devant un public aussi select qu’enhousiaste et au milieu d'unanimes applaudissements, qu'a eu lieu, hier soir, la première représentation de la seconde série de vues du "The Royal spectacle "; le programme est des plus variés et des plus intéressants. La direction y a inscrit à profusion de sensationnels numéros, instructifs, pittoresques. amusants, et la vogue dont bénéficie en ce moment le Cirque va subir une nouvelle recrudescence.
Mais, comme l’itinéraire de "The Royal spectacle " ne lui permet de nous consacrer que quelques jours, nous engageons nos lecteurs à profiter de l’occasion qui leur est offerte d’admirer le plus grandiose et le plus merveilleux cinématographe qui leur ait été présenté jusqu’à ce jour. 
Dimanche, matinée à 2 heures 1/2.


L'Indépendant rémois, Reims, 9 décembre 1905, p. 2.

L'hyperbole est de mise... mais les informations font cruellement défaut. Il faut attendre le dernier article pour entendre parler des films... enfin d'un seul :

Cirque de Reims.
Demain samedi 16, et après-demain dimanche 17, pour ses adieux, la direction de  "The Royal Spectacle " désireuse de donner encore plus d’attrait à son programme, cependant déjà si complet, y ajoute la dernière nouveauté au jour : La Poule aux Œufs d'Or, grande féerie en 4 parties et 12 tableaux, inspirée par la fable de notre bon Fontaine.
1re partie : La loterie du sorcier; 2e partie: Le poulailler fantastique ; 3e partie : Richesse éphémère ; 4e partie : Le châtiment de l’avare.
Apothéose : Le fée de l’or déployant son manteau d’où l’or ruisselle de partout. C’est dans une fantastique pluie d’or que se termine cette merveilleuse féerie, appelée au plus retentissant succès. Dimanche 17 décembre, matinée à deux heures et demie.


L'Indépendant rémois, Reims, 16 décembre 1905, p. 2.

La Poule aux œufs d'or est alors l'un des grands succès de la maison Pathé...  mais nous aurions aimé en savoir davantage sur le reste du répertoire. The Royal Spectacle termine son séjour le dimanche 17 décembre. Peu après, il sera à Saint-Quentin.

1906

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