Félix MESGUICH

(Alger, 1871-Paris,1949)

mesguich

© Collection particulière

Jean-Claude SEGUIN

1

Fortuné Mesguich ([1843]-) épouse (Saint-Eugène, 01/10/1878) Rachel Cohen Solal ([1846]-). Enfants :

  • Moïse, Félix Mesguich (Alger, 16/09/1871, rec. 20/02/1877-Paris 16e, 25/04/1949), épouse (Londres, 1892) Alice, Emma de Chastelain (Netherton House, Old Town, 05/1873-Boulogne-Billancourt, 10/06/1929). Enfant :
    • Rita, Aurette Rachel Kathleen Mesguich (Willesden, 31/12/1893-12/08/1987)] épouse Georges Gratioulet, dit Maurice, fils de Clément Maurice.
  • Mardochée Mesguich (Alger, 15/12/1873, rec. 20/02/1877-) épouse (Troyes, 04/01/1898) Joséphine Brinis (Alger, 30/09/1869-) dont il divorce (28/05/1914). Enfants :
    • Rachel, Hermance (Paris 6e, 28/03/1894-Évreux, 12/08/1987) épouse, en premières noces (Paris 7e, 12/04/1913), Louis, Jean Monico, dont elle divorce ; en secondes noces (Courbevoie, 05/01/1929), Vincenzo Casadonte (Palmi, 10/01/1901-), dont elle divorce (29/06/1960), puis se remarie (Courbevoie, 20/06/1961) et divorce ; en troisièmes noces, épouse René Bartoly.
  • Esther Mesguich (Saint-Eugène, 19/02/1877-)
  • Fortunée, Messaouda Mesguich (Saint-Eugène, 06/05/1879-)
  • Aaron, Albert Mesguich (Saint Eugène, 25/02/1881-)
  • Elie, Eliaou Mesguich (Saint-Eugène, 02/06/1884-)

2

Fils d'un négociant d'Alger, Félix Mesguich n'a pas laissé de souvenirs de son enfance ou de son adolescence. Déclaré insoumis (02/03/1894), il est condamné (19/02/1895) à un mois d'emprisonnement, il intègre le 3e zouave le 30 mars 1895 et passe dans la disponibilité de l'armée active le 21 mars 1896.

mesguich01

Félix Mesguich (c. 1896)
© collection particulière

La France (mars-novembre 1896)

Selon son témoignage, il se présente, avant sa libération, dès le 5 janvier 1896, à Lyon-Monplaisir, sur la recommandation de l'une de ses parentes, et s'entretient avec Louis Lumière qui lui dit :

Vous savez, Mesguich, ce n'est pas une situation d'avenir que nous vous offrons, c'est plutôt un métier de forain ; cela peut duret six mois, une année, peut-être plus, peut-être moins.


Mesguich, 1933, 3

Il commence sa formation sous la direction d'Alexandre Promio, fin mars 1896 et prend son premier poste, comme assistant opérateur, à Lyon, dans la salle de la rue de la République, qui a ouvert ses portes, sous la direction de Marius Perrigot. Il reçoit une formation de cinématographiste, à la fin du mois de mai, et tourne son premier film Bataille de femmes (deux femmes seulement)ll semble avoir rencontré, à ce moment-là, M. Hurd, le ou l'un des concessionnaires  pour les États-Unis. À partir du mois de juin 1896, il participe à l'installation de postes dont le concessionnaire est la maison Fournier, représentée par M. Michel : Mâcon (à partir du 6 juin 1896), à Bourg-en-Bresse (juillet 1896), au Creusot (août-septembre 1896), à Montceau-les-Mines (septembre-octobre 1896), à Autun (octobre 1896) et à Chalon-sur-Saône (à partir du 20 octobre 1896) :

J'installe successivement dans des salles adaptées spécialement les postes de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, dont je suis l'unique opérateur. Toutes les séances se poursuivent sous les acclamations du public. L'engouement est tel, que le programme terminé, une bonne moitié de la salle refuse régulièrement d'abandonner la place et paye une seconde fois.


Mesguich, 1933, 6.

Vingt cinq ans plus tard, Félix Mesguich se souvient, toujours avec la même faconde de son installation au Creusot :

Le lendemain, en voyant le public se presser aux portes des cinémas, je revivais, à quelques vingt-cinq ans de distance, mes premières projections, mon installation de fortune au Creusot, en 97 : la cabane volante où l'on projetait Le Régiment qui passe et L'Arroseur arrosé. Les mineurs avaient découvert le " permanent ". Leur engouement était tel que, le programme terminé, ils refusaient d'abandonner leurs places et payaient une seconde fois.


André Robert, Les Aventures de Félix Mesguich, premier 'chasseur d'images' ", Le Figaro, Paris, 5 novembre 1937, p. 5.

Alors que sa tournée n'est pas encore terminée, il est rappelé, en urgence, à Lyon, vers la fin du mois de novembre, comme ili le rappelle dans ses souvenirs :

Mais, voici mieux : ce télégramme que je reçois : " Rentrez immédiatement Lyon pour votre prochain départ New-York. Signé : LUMIÈRE. " Je suis fou de joie.


Mesguich, 1933, 6.

Le besoin de fournir des opérateurs aux États-Unis explique ce retour précipité à Lyon.

L'Amérique du Nord (décembre 1896-octobre1897)

Nous ne disposons que des souvenirs de Félix Mesguich pour retracer son parcours aux États-Unis, or ils sont à la fois inexacts et imprécis. On peut imaginer qu'il y a eu trois étapes : un premier séjour à New York, un circuit dans différentes villes de l'Est du pays, puis un second séjour à New York, avant un départ-fuite un peu rocambolesque.

New York (décembre 1896-janvier 1897)

Quelques jours plus tard, il embarque, au Havre, sur La Champagne et arrive à New York le 7 décembre 1896 où il se déclare " électricien " au service de l'immigration. Il est accueilli par le représentant de M. Hurd, ainsi qu'il le raconte :

Au quai de débarquement, je trouve M. W. Allen, représentant-impresario de M. Hurd. Dans la voiture qui nous emporte, il me fait part de ses projets pour la diffusion de notre exploitation à travers les États-Unis.

Mesguich, 1933, p. 9.

À son arrivée, les séances au Keith's Union Square Theater ont pris fin, en revanche d'autres ont lieu à Brooklyn, au 515, Fulton Street. De façon plus ponctuelles, certains essais, pas toujours, probants, sont tentés à l'Empire et à l'American Theater - peut-être s'agit du "Black America Theater" dont parle Mesguich dans Tours de manivelle (Mesguich, 1933, 11). Dans le cadre de conférences organisées par le Brooklyn Institute, un cinématographe Lumière est également utilisé, sans oublier l'Eden Musee qui, lui aussi, fait appel au service d'un appareil Lumière. Il est probable que Félix Mesguich soit intervenu dans une ou plusieurs de ces salles, au cours du mois de décembre et dans les premiers jours de janvier 1897. En revanche, ses déclarations mêlent des informations réelles et d'autres plus fantaisistes : 

C'est dans un music-hall de New-York, "Kosters-and-Beals Theater", à Madison Square, qu'aussitôt la représentation terminée, je fais mes essais de projection. Ma cabine métallique occupe le centre du premier balcon, le câble électrique est amené aux bornes du théostat ; un immense écran, le plus imposant que j'aie jamais vu, monte et descend dans un décor. Pour en couvrir la surface, je dois changer d'objectif.
Devant quelques autorités locales, le manager ete le chef d'orchestre, je déroule d'abord le programme d'ouverture. Dans ce milieu, habitué cependant par profession à ne pas s'émouvoir facilement, c'dst la surprise, l'émerveillement.
Le lendemain, - 18 juin, - je prends un contact direct avec le public américain. Il faut avoir vécu ces moments d'exaltation collective, avoir assisté à ces séances frémissantes pour comprendre jusqu'où peut aller l'emballement d'une foule. D'un coup d'interrupteur, je plong plusieurs milliers de spectateurs dans l'obscurité. Chaque tableau passe accompagné d'une tempête d'applaudissements ; après la sixième vue, je rends l'éclairage à la salle. L'assistance est trèpidante. Des cris retentissent : "Lumière Frères !" "Lumière Brothers!" et des hourrahs se mêlent aux coups de sifflets stridents, ce qui est pour les Américains - comme on sait - une manière de manifester leur satisfaction. Ovation grandiose ! Inoubliable ! Devant cet enthousiasme, je regrette l'absence des inventeurs, auxquels va ma première pensée. Je songe aussi à cette humble salle lyonnais où j'ai fait mes débuts.
Dans ma cabine, étourdi par les rappels d'acclamation qui ont accueilli cette première représentation, je procédais avant de me retirer à l'enroulement des bandes ayant servi à la projection, lorsque le directeur du théâtre vient frapper à ma porte. J'ouvre... Vivement saisi et enlevé de force par de solides gaillards, avant que j'aie pu prononcer un mot, je suis porté en triomphe sur la scène et présenté au public. L'orchestre exécute la Marseillaise. Pour que je ne prenne point la fuite, le directeur me tient par la main. À ce moment, il me semble que l'établissement s'écroule, le sol me manque sous les pieds et, lorsque les projecteurs électriques lancent leurs faisceaux lumineux dans ma direction, j'ai tout juste la force de m'enfuir à toutes jambes, au milieu de l'hilarité générale.
À la fin de la soirée, on m'entraîne à un souper au champagne - ce n'était pas alors l'Amérique sèche ! - Tout à la joie, le général manager du Kosters-and-Beals Theater m'offre sa propre montre "en souvenir, me dit-il, de cette mémorable soirée."
En quelques jours, la renommée du cinématographe Lumière a gagné tous les États-Unis. Mon refuge de la 23e Rue au "Boeuf à la mode", est envahli à toute heure par des reporters, dont les articles aident encore à la propagande de l'entreprise ; la presse américaine célèbre avec ensemble la merveilleuse invention française.
C'est qu'il n'existe en ce pays que le Kinétoscope Edison, destiné à la vision directe et individuelle. Avec ce procédé un peu primitif, il ne peut être question de spectacle public. Ce n'est pas un spectacle en effet, mais un amusement. Une seule personne peut voir les images se dérouler dans un appareil en forme de boîte. Un oculaire grossissant y reproduit le mouvement, mais ne le projette pas. Pour préciser un point d'histoire trop ignoré des nouvelles générations, j'affirme qu'à ce moment il n'y avait pas aux États-Unis un seul écran qui utilisât la photographie animée. Aussi le cinématographe Lumière supplante-t-il rapidement le Kinétoscope.


Mesguich, 1933, 9-10.

Nous sommes évidemment très loin de la réalité. Ces souvenirs pour magnifiques qu'ils paraissent ne sont que pure galéjade : le 18 juin, Félix Mesguich est toujours en France, aucun cinématographe Lumière ne fonctionne dans le Kosters-and-Beals Theater, le vitascope Edison est en place dans plusieurs villes américaines dont New York, et parfois avant l'appareil des inventeurs lyonnais... Reste sans doute l'émotion ressentie lors de ces projections de la fin de l'année 1896 ou du début 1897.

Circuit dans l'Est des États-Unis (janvier-avril 1897)

Même si nous connaissons le nom des différentes villes où est allé Félix Mesguich, nous ignorons si ces séjours constituent un seul voyage ou bien plusieurs. Peut-être fait-il des aller-retour depuis New York ? Difficile à dire, même s'il est vrai qu'il va se déclarer résident à Washington et à Boston

En nous appuyant sur les informations les plus fiables, il est fort probable que Félix Mesguich se soit rendu d'abord à Washington où il se déclare résident au Willard's Hall, à partir du 12 janvier 1897, ce qui n'exclut pas qu'il soit arrivé quelques jours auparavant. Dans la capitale fédérale, les séances ont commencé précisément dans cette salle de théâtre, le 1er janvier 1897. Est-il là pour l'inauguration ? Difficile de l'affirmer. Ses souvenirs ne sont pas davantage éclairants :

Je procède encore  à des installations à Washington au Willards Hall, à Philadelphie, à Baltimore dans une église, et à Chicago. Je vais même jusqu'à Saint-Louis.


Mesguich, 1933, 12.

En revanche, Félix Mesguich passe sous silence, le conflit qui l'oppose lui et son collègue au responsable Whiting Allen. La presse se fait d'ailleurs largement l'écho de ces problèmes :

Willard Hall.-The cinematographe which has been running for some time at Willard Hall, will be supplanted tomorrow by the mutascope, an American production, and the exhibition of this new machine -whose characteristics are about the same as those of the cinematographe-will continue for a limited reason. The reason for the charge is stated as a disagreement which arose between the French operators of the cinematographe and Mr. Whiting Allen, the gentleman who has had the machine in charge during its stay in this city, upon the latter’s return from New York Tuesday afternoon, when he found that the Frenchmen had instituted some business arrangements which did not come to his idea of what was right. As a result, he was informed by the operators that if the arrangements were changed they would not give another exhibition, and he immediately told them he would close the hall. Later, Mr. Allen had an encounter with the Frenchmen in the lobby of Willard’s, where he found them venting their indignation in no small terms, and in which he did not come off second best. Mr. Allen then telegraphed to the Mutascope Company in New York, and yesterday morning made arrangements for the exhibition of the machine. The mutascope is said to be superior to the cinematographe in that there are no flickering of light on the screen and possesses unusual power. The views to be shown during the exhibition beginning tomorrow are all American ones and will include pictures of Maj. Mc.Kinley, the Empire State express running sixty miles, and a number of other interesting and amusing sights.


Evening Star, Washington, 29 janvier 1897, p. 12.

Résultat : Whiting Allen se débarrasse du cinématographe et des deux opérateurs et reprend les projections avec un biograph de la Mutoscope Company. Ces faits sont évidemment moins glorieux... et montrent également le comportement quelque peu léger de Félix Mesguich en pareille circonstance. Ultérieurement, il va se rendre à Saint-Louis, où le poste Lumière fonctionne du 25 janvier au 20 février. Il est plus difficile de dater son séjour à Baltimore et à Philadelphie. En revanche, nous savons qu'il réside à Boston (Decatur, nº 17) à partir du 22 avril 1897. Ici ses souvenirs rejoignent les informations dont nous disposons. Félix Mesguich se souvient : 

À Boston, au Grand Opera House, devant une salle archicomble, je donne une vue nouvelle : Les Bains de Diane à Milan, que je viens de recevoir et, pour la première fois, je risque la fantaisie de faire remonter les plongeurs de l'eau, en tournant la manivelleen marche arrière.
Des applaudissements irrésistibles se déchaînent dans la salle, et la réaussite est tellement complète, que mes appointements en bénéficient. C'est une surprise à laquelle je ne m'attendais guère ; elle prouve qu'on gagne quelquefois à commencer les choses par la fin.


Mesguich, 1933, 12.

Or nous savons que les vues à rebours sont effectivement une "spécialité" qui est présentée dans plusieurs villes américaines dont Boston :

Grand Opera House
At the Grand opera house this week the Cinematograph is displayed with a lot of new pictures.
[...]
A novelty was introduced in the picture effects by reversing the film and so reversing the movements of the figures, as, for instance, the bathers were seen coming feet foremost from a pool and ascending through the air to the spring board above.


The Boston Daily Globe, 6 avril 1897, p. 4.

Malgré l'inexactitudes de ses souvenirs, son livre Tours de manivelle, offre malgré tout un témoignage de la vie des opérateurs Lumière dans les premiers mois de son exploitation. 

Retour à New York (mai-juin 1897)

Sur le retour de Félix Mesguich à New York, nous ne disposons que des informations qu'il a bien voulu laisser dans son ouvrage. Il explique que la situation s'est progressivement dégradée et que Maurice Lafont doit faire face à des menaces de type judiciaire :

Harcelé par des menaces de poursuites judiciaires, mal préparé à cette lutte qui aurait exigé un cran exceptionnel, M. Lafont se montre très irritable. Il jure toute la journée contre l'Amérique et ses habitants, et ne me laisse plus quitter New York où, m'assure-t-il, les services que je puis rendre sont plus précieux que l'installation des postes de province.


Mesguich, 1933, 14. 

Une fois encore, Félix Mesguich critique le comportement du responsable de la concession. Il rapporte un premier incident qu'il situe en janvier 1897 alors qu'il tente de tourner une bataille de boules de neige à Central Park (Mesguich, 1933, 14). Mais il s'attache à expliquer que "vers les mois de juin-juillet 1897" - alors que le système des concessions a disparu - "la douane américaine" considère que la présence des appareils Lumière et du matériel n'est plus légale (ibid., 15). Les choses s'enveniment, en particulier pour Maurice Lafont qui, en tant que concessionnaire Lumière, est tenu pour responsable de l'introduction considérée comme frauduleuse :

Une indiscrétion le prévient qu'un mandat d'arrêt va être lancé contre lui. Craignant, à tort ou à raison, pour sa sécurité personnelle, il se résigne à s'éloigner furtivement.
Le 28 juillet, je l'accompagne dans un canot au large de l'estuaire de l'Hudson. L'attente est longue ; enfin un transatlantique battant pavillon français stoppe " par ordre spécial " et l'échelle du paquebot descend pour embarquer clandestinement M. Lafont, réprésentant des frères Lumière, en route pour la France.


Mesguich, 1933, 15-16.

Faut-il croire cette histoire rocambolesque ?... Nous n'avons guère le choix. Félix Mesguich semble être encore resté quelque temps à New York et ajoute même qu'il ouvre une nouveau poste au Royal Museum :

Je reste à New-York, mais le départ de son directeur domme une nouvelle acuité aux poursuites dont notre entreprise est l'objet. Je monte encore un poste au Royal Museum, dans la 25e rue, mais ce sera le dernier. Après inventaire, notre matériel est placé sous séquestre, à l'exception de mon appareil que j'ai pu garer à temps. je me consacre dès lors à favoriser le rapatriement de mes collègues.


Mesguich, 1933, 16.

Sans doute une nouvelle confusion, car il n'y a pas de Royal Museum à l'époque, mais un Eden Musee, situé sur la 23e rue, qui continue à présenter des vues animées, mais semble-t-il avec un autre appareil... Après un Joly, annoncé de la fin février au mois d'avril 1897, c'est un "american cinematograph" qui prend le relais de la mi-avril au début mai, puis un simple "cinematograph" anonyme jusqu'à la fin de l'année 1897... En tout état de cause, nous savons qu'il a déjà quitté les États-Unis dans la seconde quinzaine du mois de juin 1897, ce qui remet en cause sérieusement sa chronologie fantaisiste.

Une dernière question : Au cours de son séjour aux États-Unis, Félix Mesguich a-t-il tourné des films ? Il l'affirme bien :

Dans la journée, je vais à l'affût des scènes locales dont je choisis moi-même les sujets dans la rue, m'amusant à saisir les gestes quotidiens des travailleurs ou des promeneurs, acteurs bénévoles, ignorants du concours plein de naturel qu'ils apportent à ma besogne.


Mesguich, 133, 12. 

Tout cela reste très vague, pas un seul titre précis... En outre, les films qui figurent au catalogue ont été tournés, pour l'essentiel,  par Alexandre Promio et ils ont été diffusés avant l'arrivée de Félix Mesguich aux États-Unis. Quant à la bataille de neige à Central Park... elle n'a sans doute jamais été développée compte tenu des circonstances (Ibid., 14). En revanche, il ne parle ni des vues de Buffalo Bill, ni de celles de l'entrée en fonction du président McKinley.

Il est l'heure de quitter les États-Unis.

Le Canada et le retour (juin-octobre 1897) 

Félix Mesguich n'est pas le premier opérateur Lumière à se rendre en territoire canadien, Louis Minier et Louis Pupier l'ont précédé de presque un an. Il a déclaré aux autorités militaires qu'il réside à Montréal (St Laurent, 18) à partir du 26 juin 1897. L'opérateur est très discret sur son séjour et ne lui consacre qu'une simple ligne dans Tours de manivelle :

Successivement, j'opère à Montréal, Québec, Ottawa et Toronto, avec le succès habituel.


Mesguich, 1933, 16

Il organise, en effet, des séances de la mi-juin à la mi-juillet au théâtre Palace. En revanche, nous ignorons tout de ses activités dans les autres villes. Il y organise, très probablement, des séances. Au cours de la période où Félix Mesguich est très probablement au Canada, nous avons pu localiser quelques projections de cinématographe. À Ottawa, au Central Fair, un appareil organise des projections à partir du 21 septembre et propose des films du défilé du Jubilé de la Reine. (The Ottawa Journal, Ottawa, 21 septembre 1897, p. 6) :

The wonderful exhibition of the Queen's Jubilee Procession in London and other moving pictures in the Cinematographe building, near the entrance to the grand stand at the Ottawa Fair, is the best thing on the grounds, and one that no one should miss seeing.


The Ottawa Journal, Ottawa, 22 septembre 1897, p. 6.

Mais s'agit-il pour autant d'un cinématographe Lumière ? Est-ce Mesguich qui est à la manœuvre ? Au terme de ce séjour, somme toute, assez court, l'opérateur rentre à New York en passant par les chutes du Niagara. Il y tourne plusieurs vues : "Sur chaque versant, je choisis des emplacements qui me permettront de reproduire les divers aspects des chutes du Niagara" (Mesguich, 1933, 16). Pourtant, encore une fois, nous ne savons rien de ces films, car si dans le catalogue Lumière, nous trouvons bien deux vues, ce sont celles tournées par Alexandre Promio, plusieurs mois auparavant.

Au retour d'Amérique, il retrouve à ParisMaurice Lafont qui est en charge du cinématographe du 6, du boulevard Saint-Denis.

"Ma première campagne de Russie" (octobre 1897-septembre 1898)

L'automne 1897 est marqué par de profonds changements en ce qui concerne l'exploitation du cinématographe en Russie. Les opérateurs Marius Chapuis et Paul Decorps rentre en France. Une réorganisation est nécessaire et c'est Arthur Grünwaldt, le responsable, qui va faire appel à Félix Mesguich. Le système des concessions a été abandonné depuis le printemps et c'est donc un contrat de deux ans qu'obtient l'auteur de Tours de manivelle. Même s'il n'en parle jamais, on peut penser qu'il fait équipe - en partie du moins - avec Francis Doublier qui repart, précisément, à l'automne 1897 pour la troisième fois en Russie et qui est celui qui fait la transition entre l'ancienne et la nouvelle organisation. Félix Mesguich arrive à Odessa le 13 novembre 1897, date qu'il annonce dans ses mémoires et qui est parfaitement confirmée par son matricule militaire :

À peine débarqué à Odessa, le 13 novembre 1897, je m'installe au Grand Théâtre. Pendant la journée, je prends des scènes locales qui, annoncées à l'avance par la presse, attirent nombre de curieux. je développe aussitôt les négatifs et j’impressionne les positifs dans un laboratoire sommaire, ordinairement une salle de bains formant chambre noire. Les films de l'après-midi peuvent ainsi être présentés au public le soir même.


Mesguich, 1933, 19.

Le témoignage révèle bien que, désormais, les cinématographistes possèdent leur propre matériel et qu'ils sont en outre autonomes par rapport à la maison Lumière. Cette autonomie vaut également pour la prise de vue et la projection des films qui est de la seule responsabilité de Félix Mesguich. Le parcours de l'opérateur en Russie n'est pas sans rappeler celui de ses prédécesseurs. Après son séjour à Odessa, il se rend à Yalta, en Crimée, pour organiser une séance pour le tsar, dans le Palais d'été de Livadia où il " monte [s]a cabine, entouré par un personnel doré sur toutes les coutures." (Mesguich, 1933, 19) :

Je donne comme il convient des vues de Russie : Moscou, le Kremlin, le couronnement et aussi quelques paysages de France. Le Tsar, que cette exhibition paraît fort intéresser, me demande des renseignements sur le mécanisme de la " présentation ". Je lui en fait la démonstration et lui offre un fragment de bande qu'il examine en transparence et fait passer de main en main. En me remerciant, il me fait part des souhaits qu'il forme pour le succès en Russie de l'invention des frères Lumière.


Mesguich, 1933, 19

Félix Mesguich va ainsi parcourir toute la Russie comme l'on fait antérieurement les équipes de la maison Lumière. à Kichinev, il se souvient d'un tournage exceptionnel :

A Kichineff, je cinématographie un matin les exercices de plusieurs escadrons placés sous le commandement d'un général d'origine française : le prince Louis-Napoléon. Charge finale : les cavaliers, lance en main, arrivent au galop sur l'opérateur. À quelques pas, un commandement du prince, le sabre haut, les arrête net.
La soir même, gala au club de la Noblesse. Je " passe " cette scène impressionnante ; le prince Louis-Napoléon m'en félicite : " Notre manoeuvre de la matinée reproduite dans la même journée, me dit-il, vous faites des miracles avec votre boîte à malice.


Mesguich, 1933, 20.

Il se rend également à Kiev - où Francis Doublier se fait photographier, le 26 février 1898 - , Moscou.... Il se retrouve à Nijni Novgorod à l'occasion de la foire annuelle dont l'ouverture est fixée au 15 juillet 1898. Une nuit, un incendie ravage l'établissement Lumière : " Nous perdons ainsi un poste complet, sur les deux que nous possédions. (ibid., 22). Cette information indique bien que nous avons affaire à une équipe. Même s'il reste difficile d'affirmer que le circuit des deux hommes est tout à fait identique, il arrive parfois que les souvenirs de l'un recoupent les souvenirs de l'autre. Ainsi le court récit que donne Francis Doublier au sujet du tournage d'un film, en août 1898, à Saint-Pétersbourg, avec la "belle" Otéro et un officier de l'armée du tsar (New York World Telegram, New York, 23 octobre 1935, p. 3.) recoupe-t-il celui, plus long, de Félix Mesguich :

Une soirée de gala est annoncée en l'honneur et au profit de la Belle Otéro. le directeur de l'Aquarium voudrait à cette occasion offrir au public une surprise. Je connais l'attrait qu'exerce l'écran sur la grande danseuse espagnole et aussi son vif désir d'être filmée. Avec le consentement de M. Grunwaldt, mon directeur, nous combinons un ensemble qui donne satisfaction à ce désir.
Mlle Otéro va devenir la première en date des stars du cinéma. Ella a choisi pour décor les jardins de l'Aquarium. Au jour convenu, elle arrive dans son équipage avec un officier très connu, aide de camp du Tsar. Un essai suffit pour la mise au point.
Dès son entrée, la vedette lance son sombrero et commence une lascive yota dont la cadence qu'elle scande à grand renfort de coups de talons, s'accélère de plus en plus pour finir à une allure folle.
L'officier russe règle ensuite tous les détails du deuxième tableau. Il dispose des verres et deux bouteilles de champagne sur une table. Et pendant qu'à l'arrière-plan, il remplit une coupe qu'il vide d'un trait, Otéro bondit à nouveau. Elle pousse un cri ; alors, sans hésitation, enlevant son képi et son ceinturon, l'officier la saisit et l'entraîne dans le tourbillon de cette " valse brisante " que l'actrice a rendue populaire.
Ils tounoient un moment, accompagnés par les guitaristes. Brusquement, le danseur prend sa danseuse à bras-le-corps, la soulève, d'un coup et la laisse tomber sur ses genoux, cependant que ployée, éperdue de joie - et peut-être d'amour - elle regarde tour à tour son partenaire et l'objectif de ses grands yeux noirs pleins de flammes. J'abandonne alors la manivelle pour applaudir cette finale.
Sans perdre un instant, il me faut développer et tires les positifs dans l'un des caves de la maison Grunwaldt. Je consacre la nuit entière à cette besogne. Tout va bien.
Jamais l'Aquarium n'a connu semblable soirée. La salle est comble ; ce gala réunit tout ce que Saint-Pétersbourg compte de personnages importants ou titrés. Les grands-ducs Michel et Boris sont dans la loge d'honneur. Des princes, des ambassadeurs et parmi eux Georges Louis, ambassadeur de France, assistent à la représentation.
Un coup d'interrupteur. La première danse de Mlle Otéro est chaleureusement accueillie. Derrière l'écran, elle-même rythme du talon la cadence de ses pas. Je continue dès lors la projection sans m'émouvoir des rumeurs indistinctes de la salle. Des cris formidables retentissent. En entendant le tumulte grandir de plus en plus, je songe : Quel succès ! De vigoureux coups de poing ébranlent ma cabine métallique, sans que j'y attache d'autre importance.
La séance terminée, je rends tranquillement la lumière. La salle hurle ; il y règne une agitation extraordinaire, les coups de poing redoublent de violence contre ma cabine. On me crie d'ouvrir. Je distingue, en russe, le mot « scandale ». Mais à peine la porte est-elle entrebâillée que des officiers de police se précipitent, me saisissent brutalement et m'entraînent avec une telle fureur, que j'en suis abasourdi.
Nous avions voulu faire une surprise au public et je constate que toute la surprise est pour moi. Le régime russe me paraît à cette heure sérieusement inquiétant…
Le lendemain matin, je suis conduit devant le grand maître de police. Il marche furieusement d'un bout à l'autre de la pièce, me questionne en français, puis me déclare très durement : « Vous avez gravement offensé l'armée russe. Nos officiers, sachez-le bien, ne sont pas des danseurs de music-hall ; ce scandale sans pareil est déjà connu de Sa Majesté, c'est pour vous l'emprisonnement ou la déportation. »
L'ambassadeur de France, qui était présent à la séance de la veille, obtient néanmoins par l'avocat de la chancellerie, mon transfert immédiat à l'ambassade.
J'y apprends que je serai expulsé le soir même ; j'essaie vainement de me défendre, de résister : la décision est définitive ; il y a intérêt à m'éloigner au plus tôt de la capitale.
Mlle Caroline Otéro, venue me faire ses adieux, a la franchise de m'avouer qu'elle a été obligée pour sa sécurité et celle de l'officier russe, son ami, de faire une déposition de commande.
Voilà comment le Gala-Otéro finit par mon expulsion rapide de Russie !
Par le train de 8 heures du soir, le 27 septembre 1898, je quitte Saint-Pétersbourg, sans bagages, sans argent, pour gagner la frontière, en compagnie de deux policiers russes.


Mesguich, 1933, 23-25.

Décidément, Félix Mesguich se retrouve dans des situations pour le moins délicates en Amérique comme dans la vieille Europe. Le film en question, Caroline Otero, a été partiellement conservé.

Retour en France (octobre 1898-1902)

Le cinéma publicitaire ([octobre 1898]-1899)

Félix Mesguich, d'une activité toujours débordante, se lance dans plusieurs projets dès son retour en France. C'est ainsi qu'il va se mettre en contact avec M. Vergnes, le directeur de l'Agence Nouvelle de Publicité, afin de lui proposer des films publicitaires :

Dès le lendemain, j'explique cette conception à M. Vergnes, directeur de l'agence, et l'ayant convaincu, je pars précipitamment pour Lyon chercher un matériel Lumière mixte, prise de vues et projection. C'est le 18 octobre 1898 qu'apparaît pour la première fois, au numéro 5 du boulevard Montparnasse, la publicité lumineuse par le cinéma. Désormais, de multiples affiches animées se succèdent sur l'écran en commençant par celle de " Ripolin ".
J'avais touché juste ; dès le premier jour, tous les passants lèvent la tête, les omnibus à impériale " Madeleine-Bastille " s'immobilisent, et les voitures de place s'arrêtent. Il a suffi d'une création nouvelle pour conquérir un centre de Paris. Un service d'ordre doit être organisé sur les grands boulevards pour parer à l'embouteillage de la chaussée.


Mesguich, 1933, 27.

1898ripolin

Peinture Ripolin
Lectures pour tous, année II, Paris, Hachette et Cie, p. 355

Félix Mesguich laisse entendre que Les Trois Ripolin n'est pas le seul film tourné pour l'Agence Nouvelle de Publicité, mais nous ne connaissons pas les autres titres. Il suggère également qu'il s'agirait là du premier fim publicitaire, mais en réalité il existe des pratiques qui allient l'image animée et la publicité depuis les débuts du cinématographe, comme dans le cas du film Laveuses d'Alexandre Promio où l'on vante les mérites du savon Sunlight.

Toujours dans une logique publicitaire, Félix Mesguich rentre en contact avec la Compagnie des Wagons-Lits et propose ses services :

Un rapport sur mes propositions est adressé par elle aux compagnies de chemins de fer ; il s'agit tout simplement de prendre le panorama des paysages tels qu'ils apparaissent lorsqu'on est à la portière d'un train en marche.


Mesguich, 1933, 27-28.

Il va obtenir l'autorisation de circuler sur le réseau de la compagnie et d'adapter un dispositif pour que la caméra  "déborde à l'extérieur du wagon, par la fenêtre ouverte ". Il commence donc à filmer des panoramas sur la Côte d'Azur. Une part importante de ces vues cinématographiques semblent bien correspondre à celles qui se trouvent dans le catalogue Lumière, regroupées sous le titre " À travers la France ". Son circuit le conduit sur la Côte d'Azur (Saint-Raphaël, l'Estérel, Cannes, Nice, Monte-Carlo...), le Sud-Ouest (Biarritz, Bayonne, Paru, Lourdes, Pierrefite, Cauterets...), la zone alpine (lac du Bourget, Aix-les-Bains... Cette tournée prend fin au début de l'année 1899 :

Ainsi au début de l'année 1899, l'écran en plein air  de la Compagnie des Wagons-Lits, place de l'Opéra, put refléter le visage animé de quelques coins de la terre de France.


Mesguich 1933, 30.

La collaboration avec Auguste Baron ([1899])

Au cours de cette période féconde, Félix Mesguich va également travailler auprès d'Auguste Baron, un pionnier du cinéma sonore. Ce dernier est l'auteur de nombreuses recherches sur le cinématographe depuis 1896 et il fait construire un studio à Asnières, qui est terminé vers 1898. C'est là que nous retrouvons Mesguich qui va y tourner plusieurs films :

Dans le modeste studio de la rue de l'Alma, à Asnières, je deviens son collaborateur pour la prise de vues. Nous reproduisons ensemble des scènes d'opérettes, chant et musique, ainsi que de " vieilles chansons de France ", interprétées par des artistes de concert et de music-hall.


Mesguich, 1933, 31.

Sur une photo de la Cinémathèque française, on aperçoit Félix Mesguich à la table, derrière l'un des décors du théâtre de prise de vue.

mesguich 02

" Le rideau de scène du studio d'Asnières "
© Cinémathèque française

Il semble que la collaboration n'ait guère durée que quelques mois de l'année 1899. À l'origine, probablement les difficultés financières d'Auguste Baron évoquées au journaliste de L'Africain :

Il fut aussi l'opérateur du " père du cinéma parlé " M. Auguste Baron. Il vit ce dernier vendre ses meubles pour payer ses artistes et ses employés, dans son petit studio d'Asnières. Il reconnaît avoir vu aux environs de 1900, pour la première fois au monde, M. Auguste baron faire la démonstration parfaite du synchronisme entre la vue et le son au cinéma.


F. Pierrefont, " Une heure avec Félix Mesguich, le plus vieil opérateur de cinéma ", L'Africain, Alger, 1er juillet 1932, p. 3.

  Il reste difficile de savoir si les films " Baron " tournés en 1899 lui sont attribuables, mais il est probable qu'il soit à l'origine d'une partie d'entre eux.

Les tournages pour le Phonorama ([1899-1900])

La Compagnie Générale Transatlantique s'intéresse au " cinémicrophonographe ", un nouveau système qui cherche à combiner l'image et le son, et dont l'exploitation est assurée par la Société Anonyme du Photonorama dont le principal animateur est François Dussaud. Afin de fournir le le phonorama en vues animées, dans la perspective de l'Exposition Universelle de 1900, la CGT contacte Félix Mesguich :

Peu après, la Compagnie Générale Transatlantique s'intéresse à un autre système, le " Cinémicrophonographe ". Un dispositif de commande électrique unique assure le déroulement synchrone de la parole et de l'image. La Compagnie compte exploiter cette nouveauté, sous le nom du  " Phonorama ", à son pavillon de l'Exposition.
En attendant l'ouverture de cette dernière, je filme pour le Phonorama quelques scènes de la vie parisienne, et toute une suite de tableautins sur " les cris de Paris ".
Les bandes sont coloriées à la main dans les ateliers de Mme Chaumont. Les travaux de développement et le tirage des copies sont assurés par les Établissements Gaumont dont j'utilise les appareils.
Du 15 avril au 31 octobre 1900, pendant toute la durée de la Grande Parade, le " Phonorama " ainsi approvisionné, vit, parle et chante ; il obtient un accueil empressé.


Mesguich, 1933, 31.

Nous ignorons précisément les titres filmés par Mesguich, mais il est probable que certains d'entre eux figurent au catalogue Gaumont. Quant aux " cris de Paris ", il s'agit de filmer les petits métiers :

Au pavillon de la Compagnie Générale Transatlantique, le "Phonorama" apportait une nouveauté sensationnelle : l'union, pour la première fois réalisée, du phono et du cinéma.
Féllix Mesguich avait enregistré à cet effet, pour Gaumont, une série de petits tableaux de la vie de Paris, avec les chansons des rues et les curieux cris des marchands ambulants.
Le cinéma parlant faisait son entrée dans le monde...


Marcel Lapierre, "À l'Exposition de 1937", Paris-Soir, Paris, 16 mai 1937, p. 10.

Mais les vues n'ont pas été conservées semble-t-il, mais elle semble également avoir été au catalogue Gaumont. Le photographe Louis Vert (1865-1924) - dont la collection est conservée à la Société Française de Photographie - a consacré une partie importante de son oeuvre au " petit peuple parisien ".

Le Phono-Cinéma-Théâtre à l'Exposition universelle (avril-novembre 1900) 

C'est également Félix Mesguich, très présent lors de l'Exposition Universelle, qui est responsable d'un des deux postes du Phono-Cinéma-Théâtre, une autre curiosité cinématographique qui allie les vues cinématographiques et le phonographe. C'est Marguerite Vrignault qui a eu l'intuition de ce type de spectacle, et elle est parvenue à convaincre Paul Decauville de financer l'affaire et Clément-Maurice d'assurer le tournage des films sonores. Le pavillon dispose de deux salles de projection (Le Figaro, Paris, 7 juillet 1900, p. 3.) et il revient à Féllix Mesguich de s'occuper du bon fonctionnement des appareils : 

Pour les projections parlantes, l'installation était également très simple. Devant l'écran, à la place de l'orchestre, se trouvaient deux petits boxes pour le phonographe et les appareils à bruit. Dans le cornet du phonographe, il y avait un microphone qui prenait le son, qu'un tube acoustique amenait à la cabine de l'opérateur, Félix Mesguich. Une lampe rouge s'allumait au déclenchement du cylindre phonographique pour permettre le départ simultané du film. L'opérateur, au moyen d'un casque ou simplement du cornet acoustique, avait le son dans l'oreille : il réglait alors sa manivelle au son et tournait plus ou moins vite pour que les paroles ou les bruits tombassent " juste ". 


Henry Cossira, " La Résurrection du Phono-Cinéma-Théâtre ", L'image, nº 55, 31 mars 1933, p. 24-25.

Dans la seconde salle, ce sont les fils de Clément-Maurice, Georges et Léopold qui font tourner les appareils :

C'était mon frère Georges qui tournait la manivelle du projecteur, écoutant par une ouverture de la cabine le son qu'émettait dans la salle le phonographe à rouleau de marque Edison [sic] : Le synchronisme était approximatif, surtout lorsqu'il m'arrivait de le remplacer, car je n'avais pas son expérience pour suivre le son en accélérant ou ralentissant le projecteur. Qu'importe, le succès était considérable et la salle toujours pleine.".


 Bulletin de l'Association Française des Ingénieurs et Techniciens du Cinéma, nº 29, 1969, p. 6.

Il reste deux jours avant la fin de l'Exposition Universelle de 1900, lorsque s'ouvre une salle, au 42 bis boulevard Bonne-Nouvelle, le 10 novembre 1900, pour l'exploitation du Phono-Cinéma-Théâtre. On peut penser que Félix Mesguich et, bien sûr, Marguerite Vrignault participent à la mise en place du local et à son inauguration. Pendant de longs mois, le spectacle est annoncé dans la presse jusqu'à sa probable clôture au début du mois de mai 1901. Mais très rapidement, une autre équipe d'opérateurs - peut-être les enfants de Clément-Maurice, Georges et Léopold - va faire tourner le dispositif audio-visuel.

Les funérailles de la reine Victoria (février 1901)

C'est à la fin du mois de janvier que Félix Mesguich se rend à Londres alors que la reine Victoria vient de disparaître (22 janvier 1901). Les funérailles de la souveraine vont attirer de très nombreux cinématographistes, chaque éditeur de films souhaitant, bien entendu, avoir une série de vues consacrées à l'événement. Il a conservé le souvenir de ce tournage :

Fin janvier 1901, d'accord avec MM. Isola, je pars pour Londres où sont célébrées les funérailles  de la reine Victoria.
Bien à l'avance, mes deux appareils - un Lumière ete un Mirograph - sont en batterie à l'emplacement que je me suis réservé à Hyde-Park, dans le décor de Marble-Arch, que doit traverser le cortège funèbre.
À peine suis-je installé qu'à ma grande surprise je vois arriver M. Charles Urban dont j'ai fait la connaissance à New York, en 1897. C'est près de moi qu'il fait monter sa caméra par l'opérateur qui l'accompagne. Comme par hasard, M. Urban avait, me dit-il, " repéré le même point que moi. "
[...]
M. Urban m'offre tout de suite une entente pour la diffusion en Europe et en Amérique du négatif que nous allons prendre ; il me propose mieux encore.
[...]
Tout à coup l'artillerie tonne, les musiques militaires  attaquent des marches funèbres. Le rois Édouard VII, son bâton de feld-maréchal à la main, suit à cheval le cercueil de la reine Victoria, recouvert du pavillon royal. Le duc de Connaught, l'empereur Guillaume, et une assemblée de rois où figurent Don Carlos de Portugal et Georges de Grèce, suivent à quelques pas en arrière. Viennent ensuite, dans l'ordre établi par un rigoureux protocole, les Princes héritiers, les généraux et les diplomates en uniformes étincelants, à travers la capitale en deuil.


Mesguich, 1933 : 36-37

Ce bref séjour est pourtant l'occasion pour Félix Mesguich de prendre contact avec Charles Urban avec lequel il collaborera un peu plus tard.

La première tournée du Phono-Cinéma-Théâtre (janvier-[octobre] 1901)

Le succès tout à fait modeste du Phono-Cinéma-Théâtre à l'Exposition universelle de 1900 conduit Marguerite Vrignault à mettre en place plusieurs tournées afin de rentabiliser le spectacle déficitaire comme elle l'explique ci-après :

À la fermeture de l'Exposition, de tous les établissements de la rue de Paris, le Phono-Cinéma-Théâtre fut le seul à ne pas faire faillite ! J'avoue que cela me coûta fort cher. Avec Mesguich, nous promenâmes le Photo-Cinéma-Théâtre dans toute la France et dans l'Europe entière.


Henry Cossira, " La Résurrection du Phono-Cinéma-Théâtre ", L'image, nº 55, 31 mars 1933, p. 26.  

Félix Mesguich le confirme bien et apporte quelques informations complémentaires sur ce périple :

Les portes de l'Exposition à peine fermées, je pars pour une tournée de trois mois avec le programme du Phono-Cinéma-Théâtre.
Commencé à Reims, notre itinéraire traverse l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse. Dans les villes du Duché de Bade et de Bavière, puis au Victoria-Hall à Genève, nos représentations sont accueillies comme un triomphe.


Mesguich,1993, 33.

En réalité, et cela s'explique, la mise en place des tournées prend un peu de temps. Des projections ont lieu à Madrid et Lyon sans que nous sachions qui les organise, ce qui n'est pas le cas à Genève. Ainsi, la présentation du Phono-Cinéma-Théâtre au Victoria-Hall a lieu précisément le 2 février 1901, le jour où lui-même est en train de filmer les funérailles de la reine Victoria à Londres... A-t-il eu le temps de rentrer précipitamment et arriver le jour même en Suisse ? À moins qu'un autre collaborateur - peut-être l'un des enfants de Clément-Maurice - ait lancé le spectacle avant son arrivée. Ce que l'on sait c'est que Les Obsèques de la reine Victoria sont projetés à partir du 11 février, ce qui indique que Mesguich est sur place avec son film. 

Les déclarations respectives de Marguerite Vrignault et de Félix Mesguich accréditent l'idée qu'il n'y aurait eu qu'un seul appareil. Toutefois certaines incohérences chronologiques et la présence de deux Phono-Cinéma-Théâtre - dans un cas - laisse planer le doute. N'oublions que les enfants de Clément-Maurice ont aussi les qualités tehcniques pour faire fontionner l'appareil. Le dispositif est en tout cas très présent entre 1900 et 1902 : Dijon, Troyes, Chalon-sur-Saône, Saint-Étienne, Reims, KarlsruheStuttgartStockholm...

Le Phono-Cinéma-Théâtre à l'Olympia (octobre-[décembre 1901])

Au terme de ces tournées, Félix Mesguich, pendant quelques semaines, s'installe à l'Olympia avec le Phono-Cinéma-Théâtre. Il l'évoque dans Tours de manivelle, même s'il situe cela, par erreur, au début de l'année 1901, alors qu'il s'y trouve en octobre-décembre 1901 :

À notre retour à Paris, au début de 1901 [sic], c'est à l'Olympia, sous la direction des frères Isola, que nous présentons désormais le programme du Phono-Cinéma-Théâtre.
Cela ne va pas toujours sans difficulté. je me souviens notamment, qu'un soir. j'étais enfermé dans ma cabine, au premier étage, tandis que M. Berst était placé avec son phono à l'orchestre. La salle se trouvait plongée dans l'obscurité, lorsqu'une main malveillante coupa le fil de transmission acoustique qui me permettait de suivre à distance, au moyen d'un récepteur, la marche du cylindre. Sans interrompre la séance, je réussis néanmoins à terminer ma projection dans un synchronisme parfait, et personne ne s'aperçut que l'opérateur avait été subitement frappé de surdité.


Mesguich,1993, 33-34. 

Installation de postes à Paris (1901-1902)

Une autre de ses activités, au cours de ces deux années va consister à installer plusieurs postes dans la capitale. L'un d'eux est celui des Nouvelles Galeries - ancien Bazar, racheté en 1899 -, baptisées " À la ménagère " et dont l'inauguration a eu lieu le 17 mai 1900. C'est au cours de l'automne 1901 qu'au deuxième étage, des séances de cinématographe et de biophonographe sont organisées.

paris nouvelles galeries a la menagere Que faire pour occuper l'après-midi du dimanche ? Aller aux Nouvelles Galeries "A la Ménagère", boulevard Bonne-Nouvelle, admirer la variété et le bon marché de leur assortiment d'appareils de chauffage et d'éclairage : Calorifères, poêles de tous systèmes, foyers, cheminées fixes ou mobiles, fourneaux de cuisine, garnitures de foyer de tous styles, lampes, suspensions, etc., rien ne manque. Au deuxième étage, séances de Cinématographe et de Biophonographe.
Publicité Nouvelles Galerie, À la ménagère (c. 1900) Le Figaro, Paris, 27 octobre 1901, p. 1. 

Nous savons par ses mémoires que l'opérateur qui a installé le cinématographe n'est autre que Félix Mesguich qui l'évoque dans Tours de manivelle :

Enfin pour utiliser les quelques loisirs qui peuvent me rester, je fais deux installations, l'une chez Dufayel, l'autre à " La Ménagère ".


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, p. 35.

L'installation terminée, Félix Mesguich a dû passer la main à un opérateur attitré. Nous ignorons la durée dans le temps de ces projections. Mais des séances cinématographiques sont à nouveau signalées en 1902 et en 1903.

La seconde tournée du Phono-Cinéma-Théâtre ([janvier 1902]-juillet 1902]

Après ces quelques semaines à l'Olympia, une nouvelle tournée européenne du Phono-Cinéma-Théâtre est organisée sur une partie de l'année 1902. Même si rien ne vient confirmer la présence de Félix Mesguich, on imagine qu'il continue de seconder Marguerite Vrignault. Des projections sont organisées à AmsterdamMunichVienneSalzbourg... Une tournée où bien d'autres étapes restent encore à découvrir.

à suivre...

Bibliographie

MESGUICH Félix, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, 304 p.

MEUSY Jean-Jacques, Paris-Palace ou le temps des cinémas (1894-1918), Paris, CNRS Éditions, 1995, 564 p.

3

1896

1897

1898

1900

1901

1905

  • Voyage d'Alphonse XIII à Paris (Warwick)

1906

4

06/06-12/07/1896  France Mâcon  Promenade du quai Sud cinématographe Lumière 
12-30/07/1896  France Bourg-en-Bresse  Avenue Alsace-Lorraine  cinématographe Lumière 
07/08-14/09/1896 France Le Creusot  Place Schneider  cinématographe Lumière 
19/09-11/10/1896  France Montceau-les-Mines  Quai de l'Hôtel-de-Ville cinématographe Lumière 
11-[14/10/1896] France Autun Place du Champ-de-Mars  cinématographe Lumière 
20/10-27/11/1896 France Chalon-sur-Saône  Place de Beaune cinématographe Lumière 
12/1896-01/1897 États-Unis New York    cinématographe Lumière 
01/1897-10/1897 France      
13->13/11/1897 Russie Odessa Grand Théâtre  cinématographe  
 [11]/1897 Russie Yalta Palais d'Été (Livadia)  cinématographe 
[11-12]/1897 Russie Kitchinev   cinématographe 
[12]/1897 Russie Kiev   cinématographe 
[12]/1897 Russie Iaroslav   cinématographe 
[12]/1897 Russie Kharkov   cinématographe 
<25/12/1897-01/1898 Russie Moscou   cinématographe 
01->01/1898 Russie

Saint-Pétersbourg

  cinématographe
09/1898-1900 France      
15/04-12/11/1900 France Paris Exposition Universelle Phono-Cinéma-Théâtre
22/12-[05/01/1900] Espagne Madrid Music-Hall/Teatro Moderno Phono-Cinéma-Théâtre
[19/01]-[02/1901] France Lyon Cirque Rancy Phono-Cinéma-Théâtre
<02/02/1901> Grande-Bretagne Londres   Cinématographe
Mirograph
02-17/02/1901 Suisse Genève Victoria-Hall Phono-Cinéma-Théâtre
06-10/04/1901 France Dijon Grand-Théâtre  Phono-Cinéma-Théâtre
12-14/04/1901 France Troyes Cirque Plège Phono-Cinéma-Théâtre
16-20/04/1901 France Chalon-sur-Saône  Théâtre Phono-Cinéma-Théâtre
22-26/04/1901 France Saint-Étienne Grand-Théâtre Phono-Cinéma-Théâtre
*01-08/05/1901 France Saint-Étienne Eden Théâtre  Phono-Cinéma-Théâtre 
*03-19/05/1901 France Reims Cirque Phono-Cinéma-Théâtre 
14-19/06/1901 Allemagne Karlsruhe Stadtgarten-theater Phono-kinematographische Theater
24/06/1901  Allemagne Stuttgart Liederhalle, Festsaal Phono-Kinematographisches Theater
01/09-14/10/1901 Suède Stockholm Olympia-Teatern  Phono-Cinéma-Théâtre 
* > 14/10/1901 Russie     Phono-Cinéma-Théâtre 
[25/10]-[22/11/1901 France Paris Olympia Phono-Cinéma-Théâtre
04-[06]/01/1902] Pays-Bas Amsterdam Salle Odéon Phono-Cinéma-Théâtre
08-15/01/1902 Allemagne Munich Kaim-Saal Phono-Cinéma-Théâtre
03-[21/02/1902] Autriche Vienne Danzer's Orpheum  Phono-Cinéma-Théâtre 
10-18/07/1902  Autriche Salzbourg   Phono-Cinéma-Théâtre

 

Afin d'optimiser votre expérience sur ce site, nous utilisons des cookies. Ils visent essentiellement à réaliser des statistiques de visites. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies.