Félix MESGUICH

(Alger, 1871-Paris,1949)

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© Collection Grimh

Jean-Claude SEGUIN

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Fortuné Mesguich (Alger, 20/02/1842-Bois-Colombe, 23/11/1910) épouse (Saint-Eugène, 01/10/1878) Rachel Cohen Solal (Alger, 15/09/1845-Boulogne-Billancourt, 19/02/1938). Descendance :

  • Moïse, Félix [Cohen Solal] Mesguich (Alger, 16/09/1871. rec. 20/02/1877-Paris 16e, 25/04/1949) épouse (Londres, 1892) Alice, Emma de Chastelain (Netherton House, Old Town, 05/1873-Boulogne-Billancourt, 10/06/1929). Descendance :
    • Rita, Aurette Rachel Kathleen Mesguich (Willesden, 31/12/1893-12/08/1987) épouse (Boulogne-Billancourt, 26/04/1917)  Louis, Georges Gratioulet, dit Maurice (Paris, 02/02/1883-Nice, 02/02/1964).
  • Mardochée Mesguich (Alger, 15/12/1873, rec. 20/02/1877-) épouse (Troyes, 04/01/1898. Divorce: 28/05/1914) Joséphine Brinis (Alger, 30/09/1869-). Descendance :
    • Rachel, Hermance (Paris 6e, 28/03/1894-Évreux, 12/08/1987)
      • épouse (Paris 7e, 12/04/1913. Divorce), Louis, Jean Monico.
      • épouse (Courbevoie, 05/01/1929. Divorce: 29/06/1960), Vincenzo Casadonte (Palmi, 10/01/1901-).
      • épouse (Courbevoie, 20/06/1961. Divorce) René Bartoly.
  • Esther Mesguich (Saint-Eugène, 19/02/1877-)
  • Fortunée, Messaouda Mesguich (Saint-Eugène, 06/05/1879-)
  • Aaron, Albert Mesguich (Saint Eugène, 25/02/1881-)
  • Elie, Eliaou Mesguich (Saint-Eugène, 02/06/1884-)

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Fils d'un négociant d'Alger, Félix Mesguich n'a pas laissé de souvenirs de son enfance ou de son adolescence. Déclaré insoumis (02/03/1894), il est condamné (19/02/1895) à un mois d'emprisonnement, il intègre le 3e zouave le 30 mars 1895. 

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Félix Mesguich (c. 1896)
© collection Grimh

Le cinématographe Lumière (1896-1898)

Formation et premiers postes en France (mars 1896-novembre 1896)

Selon son témoignage, il se serait présenté, avant sa libération, dès le 5 janvier 1896, à Lyon-Monplaisir, sur la recommandation de l'une de ses parentes :

Je me vois permissionnaire à Lyon, prenant pour la première fois, le 5 janvier 1896 [sic], ce petit tramway qui conduit aux laboratoires des établissements Lumière, à Lyon-Monplaisir. C’est en culotte de zouave que je me présente, ma libération du 3e régiment de cette arme dont le dépôt était à Arles, devant avoir lieu quelques jours plus tard.


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Grasset, Paris, 1933, p. 2-4.

Il s'entretient alors avec Louis Lumière qui lui aurait dit :

Vous savez, Mesguich, ce n'est pas une situation d'avenir que nous vous offrons, c'est plutôt un métier de forain ; cela peut duret six mois, une année, peut-être plus, peut-être moins.


Mesguich, 1933, 3

Libéré de ses obligations militaires et passé dans la disponibilité de l'armée active le 21 mars 1896, il se présente peu après et rencontre Alexandre Promio qui va être son instructeur: 

Une semaine [sic] après ma première visite à Monplaisir, me voici attaché aux établissements Lumière ; mon instruction commence, sous la direction de M. Promio.


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Grasset, Paris, 1933, p. 2-4.

Il prend son premier poste, comme assistant opérateur, à Lyon, dans la salle de la rue de la République, qui a ouvert ses portes, sous la direction de Marius Perrigot. Il reçoit une formation de cinématographiste, à la fin du mois de mai, et tourne son premier film Bataille de femmes (deux femmes seulement)ll semble avoir rencontré, à ce moment-là, M. Hurd, le ou l'un des concessionnaires  pour les États-Unis. À partir du mois de juin 1896, il participe à l'installation de postes dont le concessionnaire est la maison Fournier, représentée par M. Michel : Mâcon (à partir du 6 juin 1896), à Bourg-en-Bresse (juillet 1896), au Creusot (août-septembre 1896), à Montceau-les-Mines (septembre-octobre 1896), à Autun (octobre 1896) et à Chalon-sur-Saône (à partir du 20 octobre 1896) :

J'installe successivement dans des salles adaptées spécialement les postes de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, dont je suis l'unique opérateur. Toutes les séances se poursuivent sous les acclamations du public. L'engouement est tel, que le programme terminé, une bonne moitié de la salle refuse régulièrement d'abandonner la place et paye une seconde fois.


Mesguich, 1933, 6.

Vingt cinq ans plus tard, Félix Mesguich se souvient, toujours avec la même faconde de son installation au Creusot :

Le lendemain, en voyant le public se presser aux portes des cinémas, je revivais, à quelques vingt-cinq ans de distance, mes premières projections, mon installation de fortune au Creusot, en 97 : la cabane volante où l'on projetait Le Régiment qui passe et L'Arroseur arrosé. Les mineurs avaient découvert le " permanent ". Leur engouement était tel que, le programme terminé, ils refusaient d'abandonner leurs places et payaient une seconde fois.


André Robert, Les Aventures de Félix Mesguich, premier 'chasseur d'images' ", Le Figaro, Paris, 5 novembre 1937, p. 5.

Alors que sa tournée n'est pas encore terminée, il est rappelé, en urgence, à Lyon, vers la fin du mois de novembre, comme il le rappelle dans ses souvenirs :

Mais, voici mieux : ce télégramme que je reçois : " Rentrez immédiatement Lyon pour votre prochain départ New-York. Signé : LUMIÈRE. " Je suis fou de joie.


Mesguich, 1933, 6.

Le besoin de fournir des opérateurs aux États-Unis explique ce retour précipité à Lyon. Il est probable que Félix Mesguich ait également assuré des projections au Grand Café, dans le Salon Indien, même si dans ses mémoires, il n'en dit mot, réduisant cette période à un simple passage :

Je profite de mon passage à Paris pour rendre visite à M. Clément Maurice, concessionnaire des brevets Lumière pur le département de la Seine.


Mesguich, 1933: 7.

La mémoire de Léopold Maurice, fils de Clément-Maurice, a conservé une autre réalité :

Les projections étaient assurées tantôt par MESGHISH, tantôt par DUCOM à raison de deux séances par heure.


"Léopold Maurice témoin des débuts du cinéma", Bulletin de l'AFITEC, 23e année, nº 29, 1969, p. 3.

L'Amérique du Nord (décembre 1896-juillet 1897)

Nous ne disposons que des souvenirs de Félix Mesguich pour retracer son parcours aux États-Unis, or ils sont à la fois inexacts et imprécis. On peut imaginer qu'il y a eu trois étapes : un premier séjour à New York, un circuit dans différentes villes de l'Est du pays, puis un second séjour à New York, avant un départ-fuite un peu rocambolesque.

New York (décembre 1896-janvier 1897)

Quelques jours plus tard, il embarque, au Havre, sur La Champagne et arrive à New York le 7 décembre 1896 où il se déclare " électricien " au service de l'immigration. Il est accueilli par le représentant de M. Hurd, ainsi qu'il le raconte :

Au quai de débarquement, je trouve M. W. Allen, représentant-impresario de M. Hurd. Dans la voiture qui nous emporte, il me fait part de ses projets pour la diffusion de notre exploitation à travers les États-Unis.

MESGUICH, 1933: 9.

À son arrivée, les séances au Keith's Union Square Theater ont pris fin, en revanche d'autres ont lieu à Brooklyn, au 515, Fulton Street. De façon plus ponctuelles, certains essais, pas toujours, probants, sont tentés à l'Empire et à l'American Theater - peut-être s'agit du "Black America Theater" dont parle Mesguich dans  Tours de manivelle . Dans le cadre de conférences organisées par le Brooklyn Institute, un cinématographe Lumière est également utilisé, sans oublier l'Eden Musee de Richard Hollaman, qui, lui aussi, fait appel au service d'un appareil Lumière. Il est probable que Félix Mesguich soit intervenu dans une ou plusieurs de ces salles, au cours du mois de décembre et dans les premiers jours de janvier 1897. En revanche, ses déclarations mêlent des informations réelles et d'autres plus fantaisistes : 

C'est dans un music-hall de New-York, "Kosters-and-Beals Theater", à Madison Square, qu'aussitôt la représentation terminée, je fais mes essais de projection. Ma cabine métallique occupe le centre du premier balcon, le câble électrique est amené aux bornes du théostat ; un immense écran, le plus imposant que j'aie jamais vu, monte et descend dans un décor. Pour en couvrir la surface, je dois changer d'objectif.
Devant quelques autorités locales, le manager et le chef d'orchestre, je déroule d'abord le programme d'ouverture. Dans ce milieu, habitué cependant par profession à ne pas s'émouvoir facilement, c'est la surprise, l'émerveillement.
Le lendemain, - 18 juin, - je prends un contact direct avec le public américain. Il faut avoir vécu ces moments d'exaltation collective, avoir assisté à ces séances frémissantes pour comprendre jusqu'où peut aller l'emballement d'une foule. D'un coup d'interrupteur, je plong plusieurs milliers de spectateurs dans l'obscurité. Chaque tableau passe accompagné d'une tempête d'applaudissements ; après la sixième vue, je rends l'éclairage à la salle. L'assistance est trépidante. Des cris retentissent : "Lumière Frères !" "Lumière Brothers!" et des hourrahs se mêlent aux coups de sifflets stridents, ce qui est pour les Américains - comme on sait - une manière de manifester leur satisfaction. Ovation grandiose ! Inoubliable ! Devant cet enthousiasme, je regrette l'absence des inventeurs, auxquels va ma première pensée. Je songe aussi à cette humble salle lyonnais où j'ai fait mes débuts.
Dans ma cabine, étourdi par les rappels d'acclamation qui ont accueilli cette première représentation, je procédais avant de me retirer à l'enroulement des bandes ayant servi à la projection, lorsque le directeur du théâtre vient frapper à ma porte. J'ouvre... Vivement saisi et enlevé de force par de solides gaillards, avant que j'aie pu prononcer un mot, je suis porté en triomphe sur la scène et présenté au public. L'orchestre exécute la Marseillaise. Pour que je ne prenne point la fuite, le directeur me tient par la main. À ce moment, il me semble que l'établissement s'écroule, le sol me manque sous les pieds et, lorsque les projecteurs électriques lancent leurs faisceaux lumineux dans ma direction, j'ai tout juste la force de m'enfuir à toutes jambes, au milieu de l'hilarité générale.
À la fin de la soirée, on m'entraîne à un souper au champagne - ce n'était pas alors l'Amérique sèche ! - Tout à la joie, le général manager du Kosters-and-Beals Theater m'offre sa propre montre "en souvenir, me dit-il, de cette mémorable soirée."
En quelques jours, la renommée du cinématographe Lumière a gagné tous les États-Unis. Mon refuge de la 23e Rue au "Boeuf à la mode", est envahi à toute heure par des reporters, dont les articles aident encore à la propagande de l'entreprise ; la presse américaine célèbre avec ensemble la merveilleuse invention française.
C'est qu'il n'existe en ce pays que le Kinétoscope Edison, destiné à la vision directe et individuelle. Avec ce procédé un peu primitif, il ne peut être question de spectacle public. Ce n'est pas un spectacle en effet, mais un amusement. Une seule personne peut voir les images se dérouler dans un appareil en forme de boîte. Un oculaire grossissant y reproduit le mouvement, mais ne le projette pas. Pour préciser un point d'histoire trop ignoré des nouvelles générations, j'affirme qu'à ce moment il n'y avait pas aux États-Unis un seul écran qui utilisât la photographie animée. Aussi le cinématographe Lumière supplante-t-il rapidement le Kinétoscope.


MESGUICH, 1933, 9-10.

Nous sommes évidemment très loin de la réalité. Ces souvenirs pour magnifiques qu'ils paraissent ne sont que pure galéjade : le 18 juin, Félix Mesguich est toujours en France, aucun cinématographe Lumière ne fon