ROANNE

Roanne, ville du département de la Loire, compte 31500 habitants (1894).

Cinématographe (mai 1896)

Jean-Claude SEGUIN

La première annonce de l'arrivée d'un cinématographe à Roanne est très précoce, mais comme on peut l'apprécier dans l'artible du Journal de Roanne, l'installation de l'appareil se heurte à un certain nombre de difficultés :

LE CINÉMATOGRAPHE A ROANNE
Tous nos lecteurs ont certainement entendu parler de la merveilleuse invention d’Edison, perfectionnée par Lumière, la photographie animée.
Cette ingénieuse découverte, qui fait depuis quelque temps florès à Paris, à Lyon et dans plusieurs autres grandes villes d’Europe, veut venir se faire admirer des Roannais.
On cherche depuis deux ou trois jours un local où pouvoir l’installer et en même temps une force motrice capable de produire l’électricité nécessaire pour son fonctionnement.
Faute de cette dernière, d’ailleurs, on se servira de l’acétylène, dont le pouvoir éclairant est bien plus puissant encore. A bientôt donc dans nos murs cette curieuse application de la photographie. Elle est assurée d’un succès complet.


Journal de Roanne, Roanne, 24 mai 1896, p. 2.

Difficultés qui ne semblent pas avoir été résolues, puisque aucune installation ne va avoir lieu dans les jours suivants.

Émile Dessendier et le Cinématographe (août -novembre 1896)

Le célèbre photographe roannais, Émile Dessendier, va tenter de se lancer dans la présentation de vues animées et dans les derniers jours du mois d'août, la presse annonce l’installation prochaine du cinématographe, rue Nationale, là où il a son atelier photographique :

LA PHOTOGRAPHIE ANIMÉE
On sait le succès qu’obtient dans toutes les villes où il est installé le cinématographe ou autrement dit la photographie animée.
Cette attraction, extrêmement intéressante, nous sera donnée dans quelques jours, rue Nationale, par un de nos compatriotes.
Entre autres sujets, citons : l’arrivée d’un train, le défilé d’un régiment, etc.


Journal de Roanne, Roanne, 27 août 1897, p. 3.

Que s'est-il passé ? Nous n'en savons rien. La presse ne dit rien... Sans doute, une nouvelle frustration pour le public roannais qui doit attendre encore pour voir des vues animées. Toutefois, à la fin du mois de septembre 1896, un cinématographe s'installe Place de l'Hôtel-de-Ville, à côté de la rue Nationale, à quelques encablures de l'atelier d'Émile Dessendier. Nous somme le 27 septembre 1896 :

Tout le monde connaît le succès prodigieux qu'obtiennent en ce moment les exhibitions du Cinématographe, en France et à l'étranger. Aussi sommes-nous heureux d'informer nos lecteurs qu'à partir d'aujourd'hui samedi, nous posséderons à Roanne ce merveilleux appareil, installé pour quelques temps place de l'Hôtel-de-Ville, en face la rue Nationale. Le prix d'entrée est fixé à 50c. Les militaires et enfants, 30 c.


L'Union républicaine de Roanne, Roanne, 27 septembre 1896.

Nous n'en saurons guère davantage, alors que le succès semble être au rendez-vous, et les séances vont se prolonger pendant plusieurs semaines, sans que les articles apportent d'informations nouvelles. Même si rien ne vient le confirmer, il est probable que, derrière ces séances, qui vont durer plusieurs semaines, se cache tout simplement Émile Dessendier. Le dernier article date du 18 octobre et évoque un renouvellement de tableaux animés :

CINÉMATOGRAPHE
Les personnes qui n’ont pas encore vu le cinématographe, installé place de l’Hôtel-de-Ville, sont priées de se hâter. Les tableaux projetés demain dimanche sont tous de la plus grande actualité, notamment plusieurs vues prises pendant le séjour du czar à Paris. Le prix d’entrée reste fixé à 50 centimes.


Journal de Roanne, Roanne, 18 octobre 1896, p. 2. 

Quelques mois plus tard, Émile Dessendier lance une idée totalement novatrice : ouvrir une salle exclusivement destinée aux projections cinématographiques. C'est la presse qui s'empare de l'information qui fait la fierté des Roannais :

En attendant ce phénomène, qui a bien son prix, notre ville, du reste, quoi qu’en puisse dire le Lyon, est toute au progrès. Que pensez-vous, par exemple, de l’innovation que prépare encore M. Dessendier, notre sympathique compatriote ? 
Il est en train de faire élever dans la cour de son immeuble une salle de Cinématographe, qui fonctionnera surtout le dimanche. Il y montrera notamment et de préférence des scènes roannaises ; mais cela ne l’empêchera pas d’alterner avec d’autres d’un intérêt plus général, au fur et à mesure que l’actualité les fera naître. 
C’est là, il faut en convenir, une excellente idée, dont je ne saurais trop lui faire compliment, et à laquelle je souhaite tout le succès qu’elle mérite. 
C’est une mine inépuisable et qu’il pourra, avec son habileté d’opérateur bien connue et son installation économique, faire durer indéfiniment pour le plus grand plaisir des Roannais.
Heureux homme ! N’aura-t-il pas déjà, entre autres choses dignes de mémoire, à cinématographier tous les faits et gestes des Quatorze, travaillant comme un seul socio au bonheur du pays ?


Journal de Roanne, Roanne, 22 novembre 1896, p. 3.

Hélas pour le journaliste et pour les Roannais, il ne sera plus question de salle de cinématographe, et les vues qui sont annoncées ne verront sans doute pas le jour. Il n'en reste pas moins vrai qu'Émile Dessendier apparaît ici comme un visionnaire.

Le Cinématographe Joly de la salle Fayard (juillet 1897)

La terrible catastrophe du Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon, à Paris, ne freine pas vraiment l'exploitation du cinématographe. À Roanne, comme ailleurs, de nouvelles projections sont prévues vers la fin du mois de juillet :

CINÉMATOGRAPHE
Vendredi 23 samedi 24, dimanche et lundi, dans la salle Fayard, rue du Lycée, 21, auront lieu des séances de cinématographe.
Ces séances se composent de 22 tableaux.
Prix : 1 franc les premières et 0 fr. 50 les secondes.


Journal de Roanne, Roanne, 22 juillet 1897, p. 3.

Toutefois, la presse n'évoque que très discrètement le non du " cinématographe Joly " (Le Démocrate de Roanne, Roanne, 25 juillet 1897), sans doute pour ne pas trop éveiller l'attention et, surtout, l'inquiétude. Ce que l'on remarque, en revanche, c'est la qualité bien supérieure à celle de l'appareil présenté précédemment :

LE CINÉMATOGRAPHE DE LA SALLE FAYARD
On nous dit merveille du cinematographe nouvellement installé, salle Fayard, rue du Lycée.
Au lieu des six vues tremblottantes que donnait au public celui qu’on a pu voir dernièrement dans nos murs, le cinématographe de la salle Fayard oflre à chaque séance, au public, vingt-deux photographies animées, toutes bien choisies et de l’effet le plus amusant.


Journal de Roanne, Roanne, 25 juillet 1897, p. 3.

Le nom du tourneur ne nous est pas connu, mais par sa façon de procéder - une période limitée et le nombre de vues -  il pourrait s'agir de M. Gringoire qui est passé en juin par Montceau-les-Mines avec un appareil Joly.

Le Cinématographe de la salle de Venise (août 1897)

Les informations sur le cinématographe de la salle de Venise sont pour le moins lapidaires, et si nous savons qu'un appareil cinématographique " perfectionné d'Edison " propose des séances, c'est à peu près tout :

CINÉMATOGRAPHE
Ce soir et demain dimanche, à huit heures, salle de Venise, séances de projections animées par le nouveau cinématographe perfectionné d'Edison.
Prix d'entrée : premières, un franc ; secondes, 50 centimes.


Journal de Roanne, Roanne, 22 août 1897, p. 2.

Ce cinématographe disparaît un peu comme il est arrivé, en toute discrétion.

à suivre...

 

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