CHALON-SUR-SAONE

Jean-Claude SEGUIN

Chalon-sur-Saône, commune du département de Saône-et-Loire, compte 24 845 habitants (1894).

1896

Le phono-aérophone de M. Bargeon (janvier 1896)

Avant même qu'un premier cinématographe ne vienne visiter Chalon-sur-Saône, des inventeurs locaux imaginent déjà d'associer image et son. Tel est le cas de M. Bargeon, un précurseur, qui semble avoir travaillé pour Edison et qui présente son " phono-aérophone " aux Chalonais au début de l'année 1896 :

LE PHONO-AÉROPHONE À CHALON
M. Bargeon, ex-électricien d'Edison, se propose de nous donner, sous peu de jours, une très intéressante audition de son appareil appelé aérophone.
Le nouveau phonographe, qui constitue sans contredit la plus étonnante découverte du XIXe siècle et que les ChaIonnais ont pu admirer sur nos places publiques, interprète la voix humaine de nos artistes d'Opéra et de cafés-concerts ; ces auditions ne pouvaient avoir lieu que devant un nombre restreint de spectateurs et à l’aide d’un caoutchouc que l’on se plaçait sur le tympan de l’oreille. Ce nombre de spectateurs se limitait à 12 ou 14 personnes.
M. Bargeon, de Sciure, vient d’inventer un appareil qui combiné avec le phonographe, augmente le volume de la voix de 1,200 fois et, par conséquent, permet d’entendre les sons d’un orchestre et de la voix humaine devant un auditoire de 2.000 personnes.
Ajoutons que M. Bargeon va se mettre en relation avec MM. Lumière, de Lyon, pour combiner son phono-aérophone avec le cinématographe.
Le cinématographe Lumière est basé sur le principe du kinétoscope Edison, qui reproduit des scènes animées. On obtient dans cet appareil une reproduction du mouvement anime à l’aide d'une série d’images très rapprochées dessinées sur une étroite bande de papier qui tourne rapidement dans une boite circulaire munie de fentes devant lesquelles un seul spectateur pouvait en admirer les effets.
Le kinétoscope présentait un grave inconvénient : les images ou scènes animées ne pouvaient être vues que par un seul spectateur à la fois ; il fallait enfin pour compléter l’illusion reproduire les images en grandeur naturelle et les faire mouvoir devant toute une assemblée de spectateurs.
Tels sont les résultats obtenus par MM. Lumière, de Lyon.
Ajoutons que le phonographe-aérophone de M. Bargeon qui enregistre la voix humaine et qui la reproduit devant toute une assemblée de spectateurs, combiné avec le cinématographe Lumière qui donne la photographie animée, nous aurons sous peu l’illusion frappante de la réalité. Tous ceux que nous aimons, tous ceux que nous perdrons peut-être, nous pourrons, avec ces appareils popularisés sans doute un jour, les faire revivre devant nous, ramenés à une circonstance de leur vie et de la nôtre. Nous reverrons leur regard et leur sourire, leurs lèvres remuer sur des paroles qui sonnent encore à notre oreille, nous retrouverons leurs gestes familiers comme ils nous appelleront vers eux. C’est tout simplement la reconstitution d’un nouveau monde et aussi extraordinaire que la lune à 1 mètre.


Le Courrier de Sâone-et-Loire, Chalon-sur-Sâone, 31 janvier 1896, p. 3.

Certes, le cinématographe n'est pas encore arrivé à Chalon, mais l'idée de combiner le son et l'image est déjà bien présente... Nous ignorons qui est ce M. Bargeon, ni même si son invention a fini par intéresser les frères Lumière. Toujours est-il que le projet a bien existé. 

Cinématographe (5, rue du Pont, septembre 1896)

C'est un cinématographe anonyme - tout autant que son propriétaire - qui arrive à Chalon-sur-Saône à la fin du mois de septembre. Il ne s'agit pas d'un cas isolé, et les cinématographes opportunistes sont fréquents dans ces tout premiers temps. Il s'agit de profiter vite d'une mode et d'une nouveauté qui ne va le rester longtemps. L'inauguration a lieu le 26 septembre au 5, de la rue du Pont comme l'annonce l'article suivant :

À partir de demain soir vendredi, nos concitoyens pourront assister, 5, rue du Pont, à des expériences du cinématographe. Il sera donné 2 séances par soirée : la première à 8 h, la seconde à 9 h bien précises. L'entrée est fixée à 50 c. À chaque séance il sera déroulé 6 tableaux. Voici les sujets que l'on pourra voir demain : " Un déjeuner de famille " ; " Arrivée d'un chemin de fer " ; " Défilé d'artillerie " ; " Scène de jalousie " ; " Un salon de coiffure " ; " Descente d'un tranway ". Ces séances qui donnent l'illusion de la réalité ont fait et font encore courir tout Paris. Elles sont une des parties les plus attrayantes de l'Exposition de Genève. Lorsqu'on sort de ces séances on ne demande si l'on a vu une représentation ou si l'on n'a pas plutôt assisté à la scène elle-même. "


Le Courrier de Sâone-et-Loire, Chalon-sur-Sâone, 25 septembre 1896, p. 2  

En l'absence de noms d'appareil et d'opérateur, on pourrait compter sur le répertoire pour connaître la provenance des films. Malheureusement, les titres des vues présentées sont très communs et chaque éditeur de films a, par exemple, une Arrivée d'un chemin de fer. Il est donc prudent, sans autre information, de ne pas s'avancer dans l'identification des photographies animées. Peu après, une nouvelle annonce - toujours aussi vague - insiste sur les tableaux en couleur.

Pendant la semaine, il sera donne des tableaux de couleur aux séances du cinématographe, qui ont lieu tous les soirs, de 8 à 10 heures, 5, rue du Pont, Entr’autres tableaux il y aura en couleur Loïe Füller exécutant une danse. Une autre danse très réussie sera celle de trois clowns également en couleur. Nous espérons que les habitants de Chalon continueront à faire bon accueil au cinématographe. Nous l’espérons d’autant plus que la ville n’ayant pas l’installation de l’électricité, nous ne pensions pas pou voir jouir ici d’un spectacle qui jusqu’à présent n’avait pu être donné que dans les villes possédant cette installation.

chalon rue pont
Le Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône,
28 septembre 1896, p. 2.
Éditions des Galeries Modernes
Chalon-sur-Sâone, La rue du Pont et entrée de la Gde Rue (c. 1905)

Mais, ici encore, la présence d'une vue, Loïe Fuller, même présentée en couleur, ne nous éclaire pas sur son origine. L'appareil reste sans doute moins d'une semaine. En tout état de cause, la presse n'y fait plus référence, sauf à l'occasion de l'arrivée du cinématographe Lumière, en octobre, où Le Courrier de Saône-et-Loire rappelle que " le cinématographe installé rue du Pont avait un fonctionnement par trop défectueux pour attirer le public... " (Le Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Sâone, 10 octobre 1896). 

Le Cinématographe Lumière (Place de Beaune, octobre 1896)

Après avoir organisé des séances à Montceau-les-Mines, Félix Mesguich, l'opérateur de la maison Lumière, poursuit sa tournée en se rendant à Chalon-sur-Saône au-delà du 12 octobre. La presse annonce bien entendu l'arrivée prochaine du cinématographe Lumière :

Samedi prochain, le cinématographe Lumière, un établissement de premier ordre qui vient de faire ses preuves à Mâcon, Bourg, Le Creusot et Montceau-les-Mines, vient s’installer sur la place de Beaune. L’agence Fournier, qui a traité directement avec MM. Lumière, n’a rien négligé pour rendre les représentations tout a fait irréprochables.

Le Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 14 octobre 1896, p. 2

L’inauguration est annoncée pour le samedi 17 octobre 1896 et le public se prépare déjà à à contempler les vues animées que lui propose le cinématographe Lumière :

Nous rappelons que le cinématographe Lumière, installé sur la place de Beaune, commencera à fonctionner ce soir. Voici les vues qui seront projetées : l’arrivée d'un train, déjeuner de bébé, l’arroseur, charge de cuirassiers, avenue des Champs-Elysées, course en sac, défilé du régiment.
Ouverture de 7 à 10 heures du soir.
Demain dimanche, l'établissement sera ouvert de 2 à 10 heures du soir. Voici la liste des vues qui seront projetées : course de voitures automobiles, abattage d’un mur, querelle enfantine, baignade en mer, l’arrivée d’un train, dragons autrichiens : pied à terre, l’arrosé et l'arroseur.
L’entrée à l’établissement est de 50 centimes.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 18 octobre 1896, p. 2. 

Mais nul n'est à l'abri de difficultés techniques, et Félix Mesguich est contraint de retarder l'inauguration à cause de problèmes liés à l’alimentation en flux électrique. Le cinématographe Lumière, en mode projection, a besoin, en effet, d'électricité :

L’administration du cinématographe installé sur la place de Beaune, jugeant que la force du dynamo destiné à fournir la lumière était insuffisante, a préféré reculer ses représentations de quelques jours. Nous préviendrons nos lecteurs du jour et de l'heure où elles auront lieu.
Personne ne regrettera ce contre-temps, qui nous vaudra d’avoir des projections absolument irréprochables.


Le Courrier de Sâone-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 19 octobre 1896, p. 2.

chalon place-beaune

B. & F. Chalon S.S, Chalon-sur-Saône, Place de Beaune (c. 1900)

C'est finalement le 21 octobre que la presse annonce l'inauguration du cinématographe Lumière. Dans l'après-midi, une séance spéciale est réservée aux autorités locales et à la presse :

Une représentation exceptionnelle a été offerte, hier, à 5 h, à de nombreux invités parmi lesquels nous avons remarqué M. le maire, M. le colonel Balan, M. le procureur de la République, M. Roberjot, M. Pichat, de nombreux conseillés municipaux, les représentants de la presse, etc. Le succès de cette répétition générale a été des plus vifs et il a du reste été confirmé par la foule qui, aux représentations publiques du soir, n'a cessé d'envahir le confortable établissement de la place de Beaune. On ne peut rêver plus merveilleuse invention que celle-ci. Les regards sont captivés par ces choses ou ces personnes agissantes qui vous donnent l'illusion si absolue de la vie que l'oreille se tend malgré soi pour entendre les phrases que l'on met d'office sur les lèvres des acteurs " pelliculés ". Que diraient nos aïeux s'ils assistaient à un tel spectacle ! et comme, aux siècles derniers, on eût vite brûlés vifs MM. Lumière, ces merveilleux inventeurs, et ceux qui promènent de ville en ville leur incomparable découverte. Aujourd'hui on se contente d'admirer et d'applaudir, et l'on se demande où s'arrêtera le progrès dans cette voie ?... Un jour viendra où l'on aura combiné le phonographe avec le cinématographe, nous n'en doutons pas - et peut-être puisque l'on est parvenu à photographier des objets enfermés dans des boîtes métalliques, nous sera-t-il donné d'assister bientôt à la photographie des pensées humaines elles-mêmes ? Le champ des hypothèses est largement ouvert, en tout cas, et c'est plus que jamais le moment de dire que le mot " impossible " n'est pas français. Félicitons donc MM. Lumière, qui honorent la science française, ainsi que les propagateurs de leur découverte qui ont en M. Michel, ici, un représentant des plus dévoués et des plus bienveillants ; et vogue le cinématographe dans la voie des triomphes inaugurés hier à Chalon.


Le Progrès de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 22 octobre 1896.

Le lyrisme de l'auteur de ces quelques lignes - qui rappelle celui de Félix Mesguich dans ses mémoires Tours de manivelle - trahit une foi immense dans les formes de progrès et dans les capacités du cinématographe. La combinaison de l'image et du son est déjà presque une réalité. Quant à la photographie des pensées... c'est le docteur Baraduc qui va avoir une révélation quelque temps plus tard. Pour le reste, il s'agit bien sûr d'un compte rendu impeccable de la journée d'inauguration. L'information au cours des semaines qui suivent est tout à fait conséquente. Dès le 24 octobre, Le Courrier de Saône-et-Saône va consacrer un très long article au cinématographe des inventeurs lyonnais que nous donnons ci-après in extenso :

LE CINÉMATOGRAPHE Voici quelques renseignements sur le cinématographe qui fonctionne place de Beaune ; ils seront lus avec intérêt par tous ceux qui ne l’ont pas encore vu fonctionner :
Le cinématographe de MM. Lumière est un ingénieux appareil qui permet non seulement d’enregistrer par la photographie toutes les scènes animées les plus variées sans omettre aucun des mouvements qu'elles comportent, mais aussi de les reproduire fidèlement, de grandeur naturelle, en les projetant sur un écran et les rendant ainsi visibles pour toute une assemblée de spectateurs.
Pour se faire une idée du principe sur lequel repose cet appareil, il faut se reporter aux jouets bien connus désignés sous le nom de zootropes, praxinoscopes, dans lesquels des dessins, représentant assez grossièrement les diverses phases d’un mouvement, sont tracés à intervalles très rapprochés sur une étroite bande de papier.
Cette bande, placée dans une boîte circulaire tournant rapidement devant une fente, éclairée par une bougie en regard de laquelle on place l’œil, donne une illusion approchée du mouvement simple que représente le dessin, par exemple, un saut, une danse, etc. C’est la persistance des impressions lumineuses sur la rétine qui donne, dans tous ces appareils, l’illusion du mouvement.
Grâce aux progrès réalisés par la photographie, on a pu arriver à substituer à ces dessins grossiers des photographies d’une fidélité scrupuleuse qui, disposées dans des appareils d’une grande perfection, donnent l’illusion parfaite de la vie. C’est ce que réalise le cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière, qui est un appareil complet permettant non seulement de prendre les vues mais de les projeter ; les résultats qu’il donne sont vraiment merveilleux.
Les scènes animées sont photographiées sur une bande pelliculaire se déroulant verticalement dans une boîte hermétiquement close, munie d’un objectif qui est successivement démasqué et obturé pendant que la bande pose ou continue à se dérouler. Grâce à un mécanisme d’une rigoureuse précision, la bande pelliculaire sur laquelle se photographient les images se déroule par mouvements successifs séparés par des arrêts.
Cette bande passe donc d’une vitesse maximum à une immobilité absolue et se trouve éclairée pendant tout le temps que l’épreuve est au repos, c’est-à-dire les deux tiers du temps total.
Les diverses épreuves obtenues ainsi à des intervalles de 1/15 de seconde sont rigoureusement semblables, c’est-à-dire que si l’on superpose deux images quelconques, les parties représentant des sujets immobiles coïncident exactement, tandis que les autres parties ont des positions dont la différence représente le mouvement accompli au moment où ont été tirées les deux épreuves.
Le nombre des épreuves étant de 15 par seconde, une scène d’une minute comprend donc 900 photographies et tient une bande de 18 mètres de long sur 3 centimètres de largeur.
L’appareil permet de reproduire des scènes d’une grande profondeur, telles que des rues entières ou des places publiques avec tout leur mouvement de piétons, voitures, tramways, etc., et l’illusion du mouvement dans les épreuves agrandies est telle, que les scènes projetées sont d’une réalité frappante.
Nous donnons ci-après la liste des vues projetées :
Vendredi et samedi. — Charge de cuirassiers, concours de bébés, gros temps en mer, la voltige, l’arrivée d’un train à Perrache (redemandée), tableaux : jury de peinturele serpent.
Dimanche et lundi.— L’arroseur et l’arrosé (redemandée), mauvaises herbes, course en sac, Venise : arrivée d’une gondole, discussion, les bains à Milanle défilé 96e de ligne.


Courrier de Saône-et-Loire, 24 octobre 1896, p. 2.

Même si le public est souvent au courant des nouveaux scientifiques, les articles décrivant le cinématographe constituent des textes obligés de la presse de l'époque. Celui qui précède à au moins le mérite d'être exact, ce qui n'est pas toujours le cas. On remarque aussi que le responsable varie la programmation régulièrement ce qui constitue un attrait pour les spectateurs qui se lassent vite de revoir les mêmes scènes. Et d'ailleurs, le succès est bien au rendez-vous, puisque Félix Mesguich est conduit à augmenter le nombre de séances :

Le cinématographe est décidément le plus grand succès du jour. Tous les soirs une foule nombreuse assiège cet établissement. Aussi la direction se voit-elle dans l'agréable nécessité de donner quelques séances supplémentaires. C'est ainsi qu'aujourd'hui jeudi et demain vendredi le cinématographe sera ouvert de 2 h à 10 h du soir. Dimanche et lundi, 1 et 2 novembre, il y aura séances de 2 h à 10 h du soir. Le prix d'entrée est de 50 c. par séance.


Le Progrès de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 30 octobre 1896.

Même si l'illusion cinématographique marque les esprits des spectateurs, certains événements créent aussi le sentiment de vivre l'actualité comme si l'on y était. Le voyage du tsar à Paris en est un de taille et souligne les liens d'amitiés, mais aussi stratégiques, que la France entretient avec la Russie. La sortie des films qui ont été tournés à cette occasion est en soi un argumentaire publicitaire dont ne se prive pas Félix Mesguich :

Les habitants de Chalon et des environs qui n’ont pu se rendre à Paris pour les fêtes franco-russes apprendront avec plaisir que, grâce à la photographie animée, ils pourront assister, au cinématographe Lumière, au spectacle grandiose de l'arrivée du tsar à Paris (cortège, escorte, etc., etc.) aussi bien, si ce n’est mieux, et en tous cas mieux à leur aise que ceux qui y ont assisté de visu.
Ces projections animées,sensationnelles, auront lieu tous les jours, à partir d’aujourd’hui, jeudi, jusqu’à lundi soir, 9 novembre. Le cinématographe est ouvert tour les jours, de 7 à 10 heures du soir; les dimanches, jeudis et vendredis, de 2 à 10 heures du soir.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 6 novembre 1896, p. 2.

Usant d'une stratégie commerciale qui a fait ses preuves, le responsable du poste annonce déjà le prochain départ du cinématographe dès le 11 novembre : " Nous apprenons d'autre part que le cinématographe Lumière n'est plus pour longtemps à Chalon ; les personnes qui n'ont pu encore lui rendre visite feront donc bien de se hâter. (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 11 novembre 1896, p. 2). Ça n'est finalement que le dimanche 22 novembre que le cinématographe Lumière ferme ses porte. De ces séances, Félix Mesguich a gardé le souvenir bien des années après :

J'installe successivement dans des salles adaptées spécialement les postes de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, dont je suis l'unique opérateur. Toutes les séances se poursuivent sous les acclamations du public. L'engouement est tel, que le programme terminé, une bonne moitié de la salle refuse régulièrement d'abandonner la place et paye une seconde fois.


Félix Mesguich, Tours de manivelle,  1933, Paris, Grasset, p. 6.

Répertoire (autres vues) : Nègres : corvée de balayageGéant et NainPromenade des éléphantsCharcuterie mécaniqueLe CantonnierCuirassiers à cheval (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 1er novembre 1896, p. 2), Belfort, l'Arc de triompheJongleurs et LutteursRelevé de la garde à LondresStuggard. Place RoyaleEscrime : le salutDépart de cyclistes (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 11 novembre 1896, p. 2), Pêche à l'épervierLa Sortie d'usine, Escrime : l'assautLes RideauxLe LabourageNeuville, inondation en bateauPompiers, sauvetageArrivée d'un train à la Ciotat (Courrier de la Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 13 novembre 1896, p. 2), Les DanseusesEspagne (distribution de vivres)TigresStuttgard (cortège place Royale)Inondations (quai de l'Archevêché)Dragons traversant la Saône à la nage (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 15 novembre 1896, p. 2), Berlin (Avenue les Tilleuls),Trouville (Enfants sur la plage), Londres (Nègres dansant dans la rue), Coiffures, Moutons entrant à l’abattoir, Photographe, Panorama (Vue en bateau), Pompiers (Batterie), Inondation (Sauvetage de lapins) (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 19 novembre 1896, p. 2.), Danse sur scène, Water Tobogant, Chasseurs à cheval et spahis (Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 20 novembre 1896, p. 2), Changement de tête, Tir au canonFillettes pêchant sur la plageEnfants, chiens et chats (L'Union républicaine, Mâcon, 20 novembre 1896). 

1897

Vues animées de M. Courtois (Palladium Théâtre, juin 1897)

C'est à l'occasion de la foire de la Saint-Jean que le Palladium Théâtre, inauguré le dimanche 20 juin, propose des vues animées :

M. le directeur du Palladium-théâtre nous informe que cet établissement dans lequel on verra " les secrets de miss Aurore, le songe de Faust, Mlle Robersonn et son voyage en zig-zag, les fontaines lumineuses et des projections animées " sera ouvert dimanche prochain.


Courrier-et-Saône, Chalon-sur-Saône, 18 juin 1897, p. 2.

Information très lapidaire que vient compléter un entrefilet publié dans un autre journal, quelques jours plus tard :

Attractions de la foire de Chalon
[...]
Palladium théâtre Courtois.- Les spectateurs auront là une bonne et agréable soirée à passer, aussi intéressante qu'amusante. Les vues projetées, et quelquefois animées dans certaines scènes, provoquent tantôt le rire, tantôt l'admiration. Il faudra allez voir cela. Les personnes qui n'ont pas  encore vu de fontaines lumineuses en auront un gentil petit échantillon.


La Journal de Saône-et-Loire, Mâcon, 24 juin 1897.

Il est même difficile de décider si les vues en question ont quelque chose à voir avec un cinématographe ou un appareil similaire... ou s'il s'agit de vues, animées par un procédé plus archaïque qui ne doit pas grand-chose à la photographie.

Le Cinématographe Joly (Hôtel de l'Europe, novembre 1897)

Alors que la tragédie du bazar de la Charité est encore dans toutes les mémoires, on ne peut qu'être surpris par l'annonce publiée par Le Courrier de Saône-et-Loire où il est question de la venue d'Ernest Normandin à Chalon :

Demain dimanche, lundi et mardi, à 8 h. 1/2 du soir, dans la grande salle de l'hôtel de l’Europe, M. Normandin, ingénieur des arts et manufactures, donnera, avec le cinématographe Joly, comprenant les derniers perfectionnements, trois amusantes soirées.


Le Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 14 novembre 1897, p. 2.

En tout état de cause, l'appareil garde toujours son nom " cinématographe Joly " alors qu'il est directement associé au terrible incendie. Ernest Normandin cherche-t-il à montrer que l'appareil est parfaitement sûr et qu'il ne présente aucun danger ? Les spectateurs ont-ils oublié le nom de l'appareil impliqué dans le drame parisien ? Difficile de le savoir. En tout état de cause, son séjour à Chalon-sur-Saône est bref puisque trois soirées uniquement sont organisées :

Ce soir, aura lieu, dans la grande salle de l’hôtel de l’Europe, la dernière représentation donnée par le cinématographe, système Joly. Le public en a pour son argent. Il ne voit pas défiler, en effet, moins de 28 vues dont une, le cortège de l’arrivée du czar à Paris, dure, à elle seule, près de 20 minutes.


Le Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 17 novembre 1897, p. 2.

En revanche, nous ignorons presque tout du programme et des 28 films projetés, à l'exception du film consacré au voyage du tsar en France. 

1898

1899

Le Royal Biograph (Place Mathias, juin-juillet 1899)

Comme tous les ans, la foire de la Saint-Jean attire à Chalon-sur-Saône de multitudes de forains et leurs attractions plus ou moins nouvelles. C'est sous un nouveau nom, le Royal Biograph, que revient le cinématographe Joly à peine modifié. Dire que la malchance poursuit cet appareil n'est pas exagéré. Lors de la mise en place de la baraque de la foire, le Royal Biograh, un ouvrier se blesse :

Vendredi, vers 6 h. 1/" du soir, plusieurs ouvriers étaient en train de procéder à la construction d'une baraque de la foire, le Royal-Biograph. L'un d'eux, par suite d'un faux mouvement, est tombé d'une hauteur de 5 mètres. Il a été relevé immédiatement sans mal apparent mais crachant le sang. Le blessé a été conduit à l’auberge Bonnardeau, place Mathias, où des soins lui ont été donnés.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 25 juin 1899, p. 2.

En ce qui concerne la baraque foraine, la presse va tout de même livrer quelques informations alors que la foire est sur le point de commencer : 

LA FOIRE DE LA SAINT-JEAN
[...]
The Royal Biograph, le grand succès du Casino de Paris, qu'il ne faut pas confondre avec les cinématographes plus ou moins perfectionnés qu'on a pu voir dans diverses villes, et qui attirera à Chalon, comme partout, le public d'élite, les gens intelligents que passionnent les découvertes scientifiques et qui aiment à s'instruire en s'amusant.
Les projections données sur un écran de 56 mètres carrés avec une perfection absolue par le seul appareil admis dans les plus grands théâtres du monde représentent des actualités, des scènes comiques militaires, historiques ou épisodiques du plus grand intérêt.
Mais le clou du spectacle sera certainement la reproduction des scènes à transformation, des féeries les plus étourdissantes, telles que la Lune à un mètre, en 12 tableaux, et Méphistophélès.
Ah ! Méphisto ! Faudra voir ça.


Courrier de la Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 26 juin 1899, p. 3.

Très peu d'informations sur le corpus qui provient, pour une part, de la Star Film (Méliès). Il faut attendre l'édition du 29 juin du même périodique pour connaître un peu mieux cet établissement forain :

La Foire de Chalon
The "Royal Biograph"
Nos prévisions au sujet de cet établissement se confirment de jour en jour et la vogue des nouveautés qu'il nous offre fait affluer le public à la place Mathias.
Il ne nous avait pas encore été donné de voir à Chalon un établissement de ce genre réunissant les derniers perfectionnements de la photographie animée.
Les vues féeriques et à transformations ont les trucs ingénieux sont un véritable tour de force cinématographique suffiraient au succès de cet établissement ; mais la Direction, désireuse de donner entière satisfaction au public chalonnais et mériter la confiance de tous, a fait installer la lumière électrique dans son établissement afin de donner ses projections identiques à celles qu'il a faites pendant 8 mois au Casino de Paris.
Aujourd'hui, cette installation, complètement terminée, est pour l'organisateur, M. Auguste Pariat, un véritable tour de force, qui contribuera certainement au succès de cet établissement.
Depuis hier au soir, le programme du Royal Biograph, complètement changé, comporte une série de vues féeriques et à transformation qui font passer d'agréables instants dans cet établissement.
Souhaitons un franc succès à cette attractions essentiellement parisienne et qui réunit dans un choix judicieux de ses vues des nouveautés de genre réunies aux actualités sensationnelles.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 29 juin 1899, p. 3.

En revanche, le journaliste est toujours aussi avare de titres, ce qui nous empêche de connaître, ne serait-ce que partiellement, le répertoire du forain. C'est presque au bout d'un mois que le Royal Biograph ferme finalement ses portes : 

Royal-Biograph
Pour la semaine de clôture, la direction du Royal-Biograph offre à ses visiteurs un spectacle complètement changé. Les vues du cinématographe seront renouvelées tous les soirs. L’accueil qu'a reçu à Chalon le Royal Biograph prouve combien plaît ce genre de travail et ne peut qu'engager les retardataires à s'y rendre pour applaudir ce spectacle des plus attrayants.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, 23 juillet 1899, p. 3.

1900

1901

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Théâtre, 16-20 avril 1901)

Après avoir connu un succès relatif à l'Exposition Universelle de Paris, le phono-cinéma-théâtre va être présenté en France comme à l'étranger. Si les films ont été tournés, pour l'essentiel, par Clément-Maurice, l'inspiratrice de ce spectacle novateur est Marguerite Vrignault, directrice artistique. Lors de ces tournées, elle est accompagnée de l'opérateur Félix MesguichEn provenance de Troyesl'inauguration a lieu au Théâtre de Chalon, le 17 avril 1901 :

Le Phono-Cinéma-Théâtre, qui a remporté un si légitime succès à l'Exposition de 1900, doit donner au théâtre de Chalon une série de représentations.
Les débuts auront lieu le 16 avril et jours suivants.
Le Phono - Cinéma - Théâtre n’est, au fond, qu'un cinématographe agrandi. Il en a tous les agréments, mais pas tous les inconvénients. Ainsi, la trépidation, ou scintillement, est réduite à un minimum supportable. Une des particularités de cette installation, c’est que les projections durent fort longtemps ; les personnages sont en grandeur naturelle et paraissent se mouvoir comme sur une scène ordinaire.
Les ballets, où l’on nous montre les premiers sujets de l’Opéra de Paris, par exemple, sont bien la plus jolie partie d’un programme très complet.
A toutes les représentations on entendra également et on verra jouer Mme Sarah Bernhardt et M. Coquelin aîné.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon, 13 avril 1901, p. 3.

Comme on peut le constater, les informations restent assez imprécises et la principale caractéristique du phono-cinéma-théâtre n'est pas réellement mise en avant. Un second article vient à peine compléter l'information en évoquant quelques titres :

CHALON
C’est ce soir, à 8h. 1/2, qu’a lieu au théâtre la première représentation du Phono-Cinéma-Théâtre. Les représentations se continueront les 17, 18, 19 et 20 avril. Le programme est des plus attrayants et les journaux consacrent des articles élogieux à ce genre de spectacle.
On y verra des vues animées de l’Exposition et les grands artistes dans leurs principaux rôles, Sarah Bernhardt, Coquelin aîné, etc., enfin le programme comprend, outre les vues de l’Exposition, 18 numéros, parmi lesquels des scènes d'Hamlet, du Cid, de Cyrano de Bergerac, etc.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon, 17 avril 1901, 2. 

Après quatre journées de représentation, le phono-cinéma-théâtre quitte Chalon et file vers sa nouvelle destination, Saint-Étienne.

1902

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Le Théâtre international scientifique " Urania " (6 juin 1905)

Le Théâtre International Scientifique " Urania ", dirigé par Ferdinand Somogyi, propose, à Chalon, deux journées de spectacle de vues animées :

On nous annonce, pour après-demain mardi, 6 juin, au théâtre municipal, une matinée et une soirée cinématographiques qui seront données par le théâtre international scientifique " Urania ". Plus de 200 tableaux de projections polychromes de la grandeur de la scène, — rendues par l’american-hélioscop, nouveau perfectionnement du cinématographe — figurent au programme de ces représentations, et la grande variété des nombreux numéros ne le cède qu’à la palpitante réalité des uns, à l’attrayante originalité ou an cachet artistique des autres.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, lundi 5 juin 1905, p. 2.

Le lendemain, plus de détails sur le programme qui est proposé aux spectateurs :

Les directeurs des établissements d’enseignement et la presse des villes françaises dans lesquels le théâtre international scientifique Urania a déjà donné des représentations ne tarissent point d'éloges sur l’attrait et le caractère familial du programme de ces représentations. Partout, c’est le succès. Nul doute qu’il n’en soit de même à Chalon demain mardi, si bien à la matinée qu’à la soirée que nous annoncions hier. Citons, au hasard des très nombreux numéros : Corrida de taureaux avec mise à mort ; la Guerre russo japonaise ; Défense de Port-Arthur ; Combat naval ; Bataille du Yalou ; les Costumes des belligérants ; Chefs-d’œuvre de la peinture ; Danses tunisienne, japonaise et russe, etc. ; Courses d’automobiles ; Navires dans la tempête ; A travers le firmament ; Le Tour du Monde en 30 minutes ; Paris, Versailles ; scènes de Quo Vadis, etc., etc.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, mardi 6 juin 1905, p. 2.

Le succès aidant, le Théâtre " Urania " va proposer une deuxième journée de projections animées :

Vu le succès obtenu par le cinématographe du théâtre scientifique Urania, dans sa matinée et sa soirée d’hier mardi, le directeur s’est décidé à donner, demain jeudi, deux nouvelles séances : une matinée à 4 heures et une séance du soir à 8 h. 1/2.
Hier, il a fallu renvoyer la moitié des enfants amenés par leurs maîtres et maîtresses à la matinée ; notre théâtre s’est trouvé insuffisant. Aussi les élèves qui n’ont pas pu jouir de la représentation d’hier attendent-ils avec impatience la matinée de demain.
Quant à la séance du soir, le public y était fort nombreux et a vu se dérouler, deux heures durant, les intéressants numéros du programme.
Disons que chacun fera bien, demain, de venir de bonne heure pour s’assurer des places.
Voici le prix des places : matinée: élèves des écoles, 25 cent. ; parents, 50 cent. Soirée : loges de premières, 1 fr. 50 ; fauteuils, 1 fr. ; secondes et parterre, 75 cent.; troisièmes, 40 cent.


Courrier de Saône-et-Loire, Chalon-sur-Saône, jeudi 8 juin 1905, p. 2.

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