LORIENT

Jean-Claude SEGUIN

Lorient, ville du département du Morbihan, compte 42.116 habitants (1894)

1896

Le kinétoscope de la Foire de Pâques (avril 1896)

Les Lorientais ont la chance de pouvoir découvrir, en avril 1896, à l'occasion de la foire de Pâques, le célèbre kinétoscope Edison qui est le précurseur direct du cinématographe. Certes il n'y a pas projection et la vision est individuelle, mais il s'agit malgré tout de vues animées :

La Foire de Pâques
Le Kinétoscope, la nouvelle perfection de M. Edison. Là on assiste tout d'abord à un combat de coqs puis à un ballet dansé par trois sujets.
Cette invention est une des plus grandes attractions de la foire. L'on croirait assister réellement à l'exécution du ballet tant les mulitples mouvements sont reproduits avec la plus grande exactitude.
Il me manque plus que d'adapter le phonographe au kinétoscope pour pouvoir voir et entendre une pièce qui aurait été jouée à cent lieues d'ici.


Le Nouvelliste du Morbihan, Lorient, 9 avril 1896, p. 1.

Edison a déjà réalisé ce que le journaliste évoque pour un futur prochain. Nous ignorons en revanche le nom du propriétaire de cet appareil révolutionnaire.

Le Cinéphotographe du Théâtre Romain de Jules Jancel (4-[20] octobre 1896)

Le Théâtre Romain, propriété de Jules Jancel, circule dans la région depuis quelques mois, mais la nouveauté de l'automne est sans nul doute le cinématographe dont tout le monde parle, mais que peu ont pu voir.Le Phare de Bretagne annonce l'arrivée d'un cinéphotographe :

Le Cinéphotographe.-Nous venons d'apprendre que le Cinéphotographe, qui vient de remporter de si nombreux succès dans toute la France, va s'installer dans notre localité pour la durée de cette foire.
C'est une bonne nouvelle pour tout le monde qui pourra juger du dernier mot de la science.
Les scènes de photographies vivantes de cet établissement modèle assurent un grand succès à cette loge et toute la population lorientaise voudra y faire de fréquentes visites, car la collection des tableaux étant très grande, le Directeur changera souvent son programme afin de tenir la curiosité publique toujours en éveil.
Nous sommes heureux d'annoncer cette bonne nouvelle, et nos amis nous en saurons gré.


Le Phare de Bretagne, Lorient, dimanche 4 octobre 1896.

À la foire de la Victoire, qui commence le premier dimanche d'octobre et dure une quinzaine de jours, sous la tente du Théâtre Romain, on propose ainsi des projections de vues animées, mais aussi des tours de magie. L'inauguration a sans doute eu lieu le dimanche 4 octobre, début de la foire, mais la presse n'en parle que quelques jours plus tard :

Théâtre Romain
Nous engageons vivement nos lecteurs à visiter le Théâtre Romain.
Le programme vient de s'augmenter d'une attraction toute nouvelle.
Le Directeur afin de plaire au public toujours nombreux qui se presse sous sa tente vient d'y installer un cénématographe [sic].
Nos lecteurs connaissent au moins par ouï dire cette merveilleuse application de la photographie instantanée qui, par des séries de poses multipliées à l'infini, reproduit tous les mouvements d'une scène. À citer particulièrement un régiment en marche, une arrivée de train, , etc., etc.
On voit aussi au Théâtre Romain, une très jolie application de substitution d'objets, appelée par l'impressario la métempsychose ou les métamorphoses.


Le Morbihannais, Lorient, 14 octobre 1896, p. 2.

Le journaliste s'évertue à expliquer comment fonctionne le cinématographe... pas sûr que les Lorientais comprennent ses explications. Quand au répertoire connu, deux vues seulement, un régiment  en marche et une arrivée de train... des classiques qui figurent déjà chez les éditeurs de films du moment. L'appareil pourrait être celui du constructeur Lépée. C'est sans doute vers la fin du mois, fin aussi de la foire, que le Théâtre Romain quitte Lorient pour se rendre à Pontivy.

1897

Le Cinématographe Joly d'Ernest Normandin (Théâtre de Lorient, mars-avril 1897)

Ernest Normandin parcourt la Bretagne afin de présenter le cinématographe Joly qu'il commercialise. Quelques jours avant, il a organisé des séances à Quimper et à Pont-L'Abbé. À Lorient, il va installer son appareil au théâtre de la ville. L'inauguration a lieu le mercredi 31 mars :

Le Cinématographe Joly à Lorient.-M. Normandin ingénieur des arts et manufactures, propriétaire du brevet du cinématographe Joly, système perfectionné a donné, hier soir, au théâtre de Lorient une soirée dans laquelle il a fait voir ce que peut produire cet appareil merveilleux que jusqu'ici, ont seuls pu admirer quelques privilégiés, surtout présenté dans ces conditions.
Tout le monde a lu la description du cynématographe, chacun sait que cet instrument photographie les personnes et les choses en mouvement, et que - comme le phonographe en ce qui concerne les sons - après le laps de temps, au moment et autant de fois que l'on voudra, les scènes ainsi fixées par le cinématographe pourront être reproduites avec une rigoureuse exactitude.
Certainement, dans ses conséquences si l'on veut bien réfléchir à tout le parti que l'on peut tirer de cet instrument, le cinématographe est une des plus utiles conquêtes de l'esprit moderne.
Une deuxième et dernière représentation ce soir, jeudi, à 8 heures 1/2 au théâtre.


Le Phare de Bretagne, Lorient, 2 avril 1897, p. 2.

Aucune information sur le répertoire que présente Normandin, mais en revanche, une remarque intéressante relative à la longueur des films :

Cinématographe Jolys
Le Cinématographe Jolys qui a donné mercredi et jeudi au théâtre deux intéressantes séances d'ailleurs fort suivies, donnera sa dernière séance samedi soir.
Il sera à Vannes dimanche, lundi et mardi.
L'originalité du système consiste surtout dans la longueur des tableaux qui durent cinq minutes et dans les personnages qui défilent en grandeur naturelle.


Le Nouvelliste du Morbihan, Lorient, 4 avril 1897, p. 1.

Il y a encore peu d'éditeurs susceptibles de présenter des films qui dépassent une ou deux minutes. Après une troisième présentation, Ernest Normandin se rend à Vannes.

Le Théâtre des Merveilles de Louis Vernassier (Place Alsace-Lorraine, [18] avril-3 mai 1897)

La foire de Pâques dure une quinzaine de jours. Parmi les forains, Louis Vernassier installe sa baraque, le Théâtre des Merveilles. Il s'agit d'un habitué qui parcourt la Bretagne de foire en foire. La presse qui ne s'y trompe pas annonce son arrivée dès le 10 avril (L'Avenir de la Bretagne, Lorient, 10 avril 1897, p. 2) et en dresse un rapide portrait :

La Foire de Pâques
Grand succès de curiosité aujourd'hui place Alsace-Lorraine, pour une luxueuse loge qui vient de s'y installer. C'est le Théâtre des Merveilles, dont on nous avait annoncé l'arrivée, et qui pendant deux mois à Nantes n'a pas désempli. À Dinan, le succès n'a fait que s'affermir et nous sommes certains que le directeur, M. Vernassier, emportera de son passage à Lorient un agréable souvenir.
Le Cinématographe, auquel il a apporté de précieuses modifications en mécanicien consommé, fonctionne à la lumière électrique et un programme très varié permettra à nos lecteurs de revenir souvent goûter une distraction scientifique, morale et en dehors de toute banalité.


Le Morbihannais, Lorient, 18 avril 1897, p. 2.

lorient alsace lorraine

Collection du Grand Bazar Parisien, Lorient, Lorient-Place Alsace-Lorraine (c. 1902)

Alors qu'habituellement la presse ne s'intéresse guère aux programmes des cinématographes de foire, à Lorient, les journaux nous fournissent à plusieurs reprises les titres des films ce qui permet d'avoir une idée du corpus de Louis Vernassier :

À la foire.-Il nous a été permis de constater, dimanche et lundi, que le goût du public se porte vers les distractions présentant de préférence un caractère scientifique, tout en laissant une large part à la gaieté et à l'amusement que l'on recherche dans toute fête populaire.
M. Vernassier, le directeur du Théâtre des Merveilles, a droit à toutes nos félicitations et le public qui, pendant ces deux jours de fête, se pressait à ces séances, lui a prouvé que ses efforts pour le mieux portent leurs fruits.
Mais aussi quel joli spectacle, quel confortable aménagement. Tous les tableaux étaient applaudis avec frénésie. Citons au hasard : " La sortie des pompiers, la baignade des nègres, l'arrivée du train ; le crâne défilé d'un régiment de ligne et d'un escadron de cavalerie ; la bourrée des Auvergnats, et mettons en toute première ligne une vue des grands boulevards, et enfin la danse serpentine."
On nous promet toutes les semaines de nouveaux tableaux. Tant mieux, car le Cinématographe sera le rendez-vous des familles et l'attraction recherchée de tous.


Le Phare de Bretagne, Lorient, 23 avril 1897, p. 2

En revanche, il est délicat de savoir de quel(s) éditeur(s) proviennent ces vues animées, surtout parce que la plupart des titres se retrouvent dans plusieurs catalogues. On peut malgré tout identifier plusieurs vues qui figurent dans celui de De Bedts ou de Mendel. Cela tendrait à prouver que Louis Vernassier passe par un revendeur comme Mendel pour se fournir en films. Par ailleurs, le succès est au rendez-vous d'autant plus que le pionnier n'hésite pas à proposer quelques vues plus audacieuses : " La direction a complètement changé le programme et l'a agrémenté de quelques petites exhibitions très suggestives sans pour cela être "shoking". Les enfants peuvent y être amenés sans crainte (Le Phare de Bretagne, Lorient, 28 avril 1897, p. 2). Il n'empêche... quelques vues pourraient bien choquer les bienpensants :

À la foire.- Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs les dernières représentations du Cinématographe, qui clôture dimanche irrévocablement.
Que nos lecteurs aillent applaudir, parmi les nouvelles bandes : La Fête vélocipédique, la grosse farce ayant pour titre Le Barbier amoureux, une admirable vue des Halles centrales, et La Mondaine au bain, dont le titre surtout ne doit effrayer personne, le tableau étant réglé de si gentille façon que l'on acclame la jolie parisienne qui l'a posé.
Comme toujours, l'on doit avoir le soin de retenir ses places quelques minutes d'avance, car le succès du début s'est maintenu, grâce aux nombreux changements de programme.
M. Vernassier a eu l'heureuse idée d'offrir aux élèves de toutes nos écoles de belles représentations.
Nous avons assisté hier à la sortie des fillettes de l'école de la rue Traversière, et cela faisait vraiment plaisir de voir la joie et l'étonnement qui étaient  peints sur tous ces jeunes visages.


Le Phare de Bretagne, Lorient, 30 avril 1897, p. 3.

Le film La Mondaine au bain est un " déshabillé " qui provoque souvent des vagues... Aussi le journaliste préfère-t-il désamorcer les éventuelles protestations. Par ailleurs, il est habituel que les pionniers, forains ou pas, offrent des séances de bienfaisance ou pour les enfants des écoles. On imagine que, pour ces projections, le répertoire est adapté au jeune public. C'est finalement le 2 mai 1897 que se terminent les séances de cinématographie :

À la foire.-Le Théâtre des Merveilles clôture demain, dimanche, ses représentations.
La direction nous prie de faire savoir à nos lecteurs qu'à titre d'adieux et de remerciements les dernières séances se composeront des tableaux les plus applaudis et de quelques nouveautés parmi lesquelles nous citerons : Un duel, les lutteurs turcs aux Folies-Bergères, la danse dans les sillons, et la Mondaine au bain.
Le Cinématographe part ensuite pour Saint-Servan où, sans nul doute, il retrouvera le même succès.


Le Phare de Bretagne, Lorient, 2 mai 1897, p. 2.

On remarquera que le journaliste ou le pionnier n'hésitent à modifier les titres par négligence ou par astuce commerciale. Comme l'indique ce dernier article, Louis Vernassier va continuer son parcours en Bretagne et se rend à Saint-Servan.

Répertoire (autres films) : Une Sortie des pompiers de ParisLe Défilé du 117, L'Arrivée d'un train égayée d’incidents comiques ; Les Grands Boulevards Parisiens, et la Danse Serpentine (Le Morbihannais, Lorient, 24 avril 1897, p. 3), Les cireurs, La partie au cabaret, Un coin des Halles (Le Phare de Bretagne, Lorient, 28 avril 1897, p. 2).

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