Louis TANNIGER

(Saanen, < 1888-, ≥ 1921)  

1

Charles Tanniger. Descendance :

  • Charles, Henri, Louis Tanniger (Saanen-)
  • un enfant (-Genève, 10/1894)

2

Louis Tanniger, natif de Saanen, dans le canton de Berne, commence à faire parler de lui à la fin des années 1880, comme membre de la "Société Suisse de Tempérance", fondée à Genève (21 septembre 1877), et qui prend le nom de Croix-Bleue, à partir de 1885. Tanniger est, en fait, un " alcoolique endurci " qui a " subi quatorze condamnations ", avant d'être " ramené au bien " (Gazette de Lausanne, Lausanne, 8 décembre 1893, p. 1). Il donne de nombreuses conférences (Le Sentier, juin 1887, Yverdonmai 1888...), seul ou accompagné d'autres orateurs comme son frère, Pacifique Grandjean ([1863]-1896)... Dès 1889, " sous les auspices de la Mission intérieure, un chantier de travail a été ouvert au Valentin nº 13, sous la direction de M. Tanniger. Les hommes momentanément sans occupation peuvent y aller scier et fendre du bois, moyennant un rétribution convenable. " Cette oeuvre est totalement auto-financée (Gazette de Lausanne, Lausanne, 5 novembre 1889, p. 3 et 5 août 1893, p. 1). À l'occasion d'une assemblée religieuse, Louis Tanniger va raconter un voyage qu'il a effectué en France :

Après cette excellente et cordiale allocution, un ancien buveur, M. L. Tanniger, devenu un des apôtres de la cause, a parlé d'une manière des plus captivantes d'un récent voyage de propagande qu'il a fait à Lyon, Alais, Nîmes, Aiguemorte, Marseille, en compagnie de M. le pasteur Gross, de Neuveville. Partout où arrivaient les deux prédicateurs de la tempérance, on ne manquait presque jamais de leur dire que le mal n'existait pas dans l'endroit, mais bien en Suisse et chez les voisins. Mais MM. Gross et Tanniger se sont vite rendu compte de ce qui entretenait cette illusion. En Suisse, l'ivrognerie a pour cause ordinaire le vin et sa victime se donne en spectacle, titube, gesticule ; en France, on ne boit presque pas de vin, mais de l'absinthe, qui produit une ivresse différente, celle de la stupeur et de l'engourdissement, non moins redoutable cependant que l'autre. A Nîmes, ces deux messieurs ont compté dans quelques établissements environ 200 buveurs d'absinthe et pas un seul buveur de vin. Les débitants leur ont dit maintes fois que l'absinthe était leur gros revenu. L'orateur parle des réunions tenues en diverses villes, notamment à Lyon, dans la salle où les anarchistes tiennent leurs meetings, et des encouragements divers qu'ils ont reçus.


Journal de Genève, Genève, 24 juin 1891, p. 3.

Cet alcoolique repenti va même rédiger un petit opuscule, Autrefois et Maintenant pour expliquer au lecteur quel a été son difficile parcours :

Autrefois et maintenant.
On nous écrit :
L'opuscule que nous signalons ici n'est pas une œuvre littéraire : c'est le récit d'une vie vécue, récit tracé sans aucune prétention au style, mais plus saisissant, peut-être, par son accent d'incontestable vérité, que s'il sortait d'une plume plus expérimentée ou plus habile. Sous te titre Autrefois et maintenant, M. L. Tanniger raconte, en s'adressant surtout à ses anciens compagnons de misère et de vice, la transformation radicale produite dans son cœur et dans sa vie lorsque, selon l'expression d'un de nos plus beaux cantiques, la figure idéale du Christ « vint resplendir sur sa route ». A dater de ce moment, son énergie indomptable et jusque-là toujours déployée d'une façon malfaisante et dans des buts pervers, changea de direction et fut mise, sans réserve, au service du bien.
Non seulement il renonça à la vie infâme qu'il avait menée jusqu'alors, mais il résolut de consacrer désormais ses forces et son temps à faire œuvre de propagande et à ramener à Dieu les âmes déchues ou perverties. Son activité se tourna surtout du côté des victimes de la boisson. Sous ce rapport, notre beau canton de Vaud lui présentait un champ fertile et, pendant des années, il travailla, avec le plus grand succès, à l'œuvre de la Croix bleue.
Les vicissitudes de son existence si accidentée l'ont amené à se fixer à Genève (place Madeleine, 12), où il dirige aujourd'hui un établissement de tempérance, poursuivant ainsi son apostolat dans une sphère plus restreinte que par le passé, mais peut-être non moins intéressante.»
Pendant le repos forcé que lui imposa, l'année dernière, une maladie longue et douloureuse, il a trouvé le loisir et la force d'écrire les quelques pages qu'il offre aujourd'hui au public et qui, nous osons l'affirmer, sont destinées a faire un grand bien. Les chrétiens, désireux de faire avancer la cause de l'Évangile, se feront un plaisir, non seulement d'acheter cette brochure et de la lire, mais encore de la répandre abondamment. Les expériences si vivantes, nous dirions presque si réalistes de M. Tanniger seront certainement, pour beaucoup de lecteurs, plus persuasives que le plus éloquent des sermons.
L'agent de M. Tanniger se présentera prochainement dans les maisons de Lausanne. Le changement radical qui s'est produit récemment dans la vie de cet homme le rend digne de la bienveillance et du respect de tous. X.


Gazette de Lausanne, Lausanne, 3 décembre 1894, p. 3.

À partir de 1896, Louis Tanniger " buveur relevé " va utiliser, dans le cadre de ses conférences au service de la cause anti-alcoolique, les projections lumineuses :

Une nombreuse assemblée s'était donné rendez-vous l'autre jour dans la grande salle de la fabrique L.-E. Junod pour entendre une conférence offerte par la société de la Croix-Bleue.
Diverses projections lumineuses accompagnées d'intéressantes explications par M. Tanniger nous ont montré l'homme alcoolique et l'homme régénéré.
M. Grandjean, ancien repris de justice ; ancien anarchiste, ancien buveur actuellement abstinent, a retracé brièvement sa triste vie passé. Hélas ! malgré ses 33 ans il en a déjà bien fait et vu. À l'ouïe de ses récits vraiment touchants, on a vu verser des larmes par beaucoup de personnes qui ont connu ou qui connaissent trop l'alcool.


La Tribune de Lausanne, Lausanne, 24 janvier 1896, p. 2.

Selon les circonstances, il fait équipe avec son propre frère ou M. Grandjean, et continue de prêcher la bonne parole toujours grâce à ses projections lumineuses. Au mois d'avril 1896, il est à Yverdon, puis il parcourt le canton de Vaud au cours des mois suivants.

Projections lumineuses. — On nous écrit :
"Hier soir, à 8 h. 1/2, dans la grande salle de l’Athénée, ont eu lieu des projections lumineuses sur des sujets de tempérance, par les frères Tanniger. C’est la première fois qu’il nous a été donné de voir des scènes passées dans notre pays sur une question aussi actuelle, où l’on reconnaît les personnages, où tout est fait pour persuader et encourager dans cette grande lutte contre l’alcoolisme. Avec ces vues très nettes et intéressantes, notre ami L. Tanniger, avec l’éloquence qu’on lui connaît, fait revivre ces tableaux et parle des résultats acquis dans diverses parties du canton et qui sont réjouissants. Nous ne pouvons que recommander à ceux qui, hier, ont été empêchés de se rendre à l’Athénée, de profiter de l’occasion qui leur est offerte encore ce soir ; car nous sommes sûrs qu’ils en rapporteront un très bon souvenir."

tanniger 1896 chaux fonds

Feuille d'avis de Vevey, Vevey, 29 avril 1896, p. 3. L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 30 août 1896, p. 14

Le Cinématographe Lumière (juillet 1897-1901)

Louis Tanniger, dans le cadre de ses conférences, va faire l'acquisition d'un  cinématographe Lumière, même si l'origine de l'appareil ne figure pratiquement jamais. Dès juillet 1897, le conférencier organise des séances sur un modèle qui est assez contant, souvent sous la forme de conférences : La Chaux-de-Fonds (juillet 1897), Lausanne (septembre 1897), Lausanne (octobre 1897), Chardonne (novembre 1897), La Sarraz (décembre 1897), Corsier (février 1898)... Alors que François-Henri Lavanchy-Clarke arrive avec son " véritable " cinématographe Lumière, Louis Tanniger va faire passer un encart dans la presse pour rappeler que lui aussi utilise un Lumière depuis longtemps pour ses conférences : 

tanniger 1898 tour de peilz

 

Feuille d'avis de Vevey Vevey, 18 février 1898, p. 3. 

Il continue d'organiser des séances cinématographiques dans différentes communes suisses et, exceptionnellement, en France Genève (mars 1898), Vevey (mars 1898), Lausanne (mai 1898), La Chaux-de-Fonds (juin 1898), La Chaux-de-Fonds (août 1898), Évian (janvier 1899)Vevey (avril 1899), Lausanne (avril 1899)... À partir du mois d'avril 1899, il lui arrive de faire équipe avec M. Schmidt pour ses présentations. Il continue sa route : La Chaux-de-Fonds (avril 1899), Lausanne (avril 1899), Saint-Légier (avril 1899), Étoy (novembre 1899), Lausanne (avril 1900),  Orient (août 1900), Les Bioux (août 1900), Lausanne (avril 1901)...

La singularité de Louis Tanniger est double. D'une part, il organise des conférences non seulement dans les grandes villes, mais également dans les petites communes. D'autre part, il utilise son appareil Lumière pour des tournages qui privilégient les sujets locaux, voire intimes, n'hésitant pas à cinématographier des proches ou des amis comme dans le cas d'Atelier de M. Cornaz, à Vevey ou Un repas en famille chez M. Dovat.

Parallèlement à ses activités de conférencier-cinématographiste, Louis Tanniger multiplie les acvitivités commerciales. Avec Auguste Schimdt, il possède à Vevey un magasin " Au Chinois " qui commercialise des thés, tout en étant aussi une épicerie traditionnelle. 

tanniger 1899 chinois

L'Avenir de Vevey, Vevey, 29 avril 1899, p. 3

Pourtant l'association tourne vite court et elle est dissoute en juin 1899 :

REGISTRE DU COMMERCE
EXTRAIT
de la feuille officielle du commerce
BUREAU DE VEVEY
9 juin.-La société en nom collectif Tanniger & Schmidt, à la Tour-de-Peilz, est radié ensuite de cessation de commerce.
-Le chef de la maison Tanniger, Ls, à Vevey, est Charles-Henri-Louis ffeu Charles Tanniger, de Saanen (Berne), domicilié à la Tour-de-Peilz. Genre de commerce : Denrées coloniales, machines diverses, etc., sous l'lenseigne "Au Chinois". Magazin :Rue du Simplon 18, à Vevey.
- Le chef de la maison Auguste Schmidt, à Vevey, est Auguste-Ferdinand ffeu Adolphe Schmidt, de la Chaux-de-Fonds, domicilié à la Tour-de-Peilz, Genre de commerce : Spécialité de thés et denrées coloniales, machines diverses, etc. Magasin : Rue du Simplon 12, à Vevey.


Feuille d'avis de Vevey, Vevey, 15 juin 1899, p. 4. 

Il va donc conserver le magasin de la rue du Simplon et continue cette activité jusqu'en 1903, date à partir de laquelle sa situation économique, malgré ses protestations, semble se compliquer : 

 RECTIFICATION
Il y a des gens mal intentionnés ou mal renseignés, qui prétendent que j'ai été déclaré en faillite. Des premiers, je ne m'en soucie guère, mais je tiens à dire à ceux qui sont mal renseignés, que cela est absolument faux. Je suis inscrit au registre du commerce, j'ai actuellement 9 employés dans ma maison. J'offre 500 fr. à la personne qui m'apportera une pièce de l'office des faillites, prouvant que j'ai été, n'importe quand, déclaré en faillite.
Renens-gare, le 12 janvier 1903
Louis TANNIGER, père.


Feuille d'Avis de Lausanne, 12 janvier 1903, p. 7.

De fait, l'année suivante, la cessation d'activités est prononcée en septembre :

REGISTRE DU COMMERCE
EXTRAIT
de la Feuille officielle suisse du commerce
BUREAU DE VEVEY
[...]
- La maison Ls Tanniger, à Vevey, a cessé d'exister ensuite de renonciation du titulaire. Cette raison est radiée.
- La maison Tanniger Ls, à la Tour-de-Peilz, a cessé d'exister ensuite de renonciation du titulaire. Cette raison est radiée.


Feuille d'avis de Vevey, Vevey, 21 septembre 1904, p. 6.

Dès lors, les choses se précipitent et ses biens sont mis en vente : " le solde de marchandises provenant de la liquidation de L. Tanniger consistant en un lot sautoirs pour dames, un lot montre or, argent et métal, un gros lot de thés en paquets, un lot cacao, un phonographe, etc. " (Feuille d'avis de Vevey, Vevey,  2 octobre 1905, p. 3.) et " aux enchères publiques les immeubles sis à la Tour-de Peilz, apparenant à Cha.-H. Louis Tanniger comprenant villa avec jardin et dépendances." (Feuille d'avis de Vevey, Vevey, 26 décembre 1905, p. 7). Que s'est-il passé ? La presse ne parle plus de lui pendant des années. Il faut attendre 1921 pour que La Tribune de Genève évoque ce personnage pour le moins interlope :

Sur mandat du juge d’instruction de Lausanne, la police a arrêté dans la villa où il habitait, au Petit-Lancy, un sieur Louis Tanninger, Bernois, homme d’affaires. 
Cet individu avait fondé à Lausanne, au square Georgette, une louche entreprise pour le placement de valeurs à lots : « le Comptoir Proguet ». L’établissement fit faillite, mais cela n’empêcha pas Tanninger de recommencer ses opérations et de faire de nombreuses dupes sous le couvert d’un homme de paille nommé François M., de Genève. Mercredi, M. Merten, substitut du juge d’instruction de Lausanne, accompagné de son greffier, s’est rendu à Genève et a procédé à une perquisition dans la villa de T.
L ’instruction va se poursuivre, à Lau­sanne.


Journal de Genève, Genève, 1er décembre 1921, p. 5

Ce même journal précise qu' " un nommé Louis Tanninger, alias François Mercier qui, sous le nom de  'L'Economie, Comptoir financier', etc., faisait, à Lausanne, le trafic des valeurs à lots, de marcs et de lires, en même temps qu'il s'occupait de scientisme (Feuille d'avis de Lausanne, Lausanne, 2 décembre 1921, p. 4). Et La Revue de s'interroger : "  S’agit-il du même personnage qui, près de Lausanne, il y a quelque vingt ans, avait déjà fait plusieurs dupes sous le couvert d’une propagande pour l’abstinence ? " (La Revue, Lausanne, jeudi 1er décembre 1921, p. 3). 

3

Filmographie

1898

Atelier de M. Cornaz, à Vevey

Un repas en famille chez M. Dovat

Coup de canon à la Chaux-de-Fonds

Au feu !

Arrivée du Sauvetage

Défilé des enfants de l'Espoir à Vevey

Au fou !

2me sauvetage

Afin d'optimiser votre expérience sur ce site, nous utilisons des cookies. Ils visent essentiellement à réaliser des statistiques de visites. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies.