TOURS

Jean-Claude SEGUIN

1896

Cinématographe Lumière de Félix Rangé (Salle des Dépêches du Messager d'Indre-et-Loire, 24, rue Nationale, 1er étage, ≤ 23 mai-juin 1896)

Félix Rangé, un ami personnel des Lumière, installe un cinématographe dans la salle des Dépêches du Messager d'Indre-et-Loire. Il est accompagné par l'opérateur Vallin comme le rapporte une lettre de Lucie Chapuis :

Il n'est resté qu'un mois à Tours sans succès et de là à Angers un peu plus enthousiaste.


Lucie Chapuis, Cher Marius, Lyon, 11 juilllet 1896.

Les premières séances ont lieu à la fin du mois de mai 1896 :

Un appareil desdits cynématographes [sic] qui ont fait courir tout Paris est en ce moment installé en notre salle des Dépêches. Dans la journée d'avant-hier. M. le commandant Ranger [sic], de Lyon, qui dirige les représentations, a fait de très abondantes recettes. Nos confrères de la presse parisienne ont bien voulu assister à une de ces séances et ont témoigné leur vive satisfaction. À partir de 6 h ½, le cynématographe [sic] Lumière fonctionne, salle des Dépêches.


Le Messager d’Indre-et-Loire, Tours, 26-27 mai 1896.

Peu après, la presse offre un premier programme :

Cinématographe de MM. Lumière, 24, rue Nationale, au premier. Séances de photographie animée de 7 h du soir à minuit Programme : ''Une dispute" ; ''Les cygnes" ; "Le départ" ; "Une place publique" ; "La pêche" ; "Bains de mer". Prix d’entrée : 50 c.


Le Journal d'Indre-et-Loire, Tours, 29 mai 1896.

La presse souligne le succès des séances, mais cela est monnaie courante et il n'est pas exclu que les responsables du poste fassent eux-mêmes passer ce type d'annonce :

Salle comble hier soir au premier étage de notre salle des dépêches ou est installé le cinématographe Lumière, dont Le Journal d'Indre-et-Loire, La Touraine, La Dépêche ont constaté l'énorme succès. Le public ne tarit point d'éloges sur ce merveilleux appareil. M. Félix Ranger [sic], représentant et ami de MM. Lumière doit être content. Il est d'ailleurs fort habilement secondé par ses collaborateurs, et la compagnie d'éclairage électrique mérite aussi des compliments pour l‘installation remarquable qui a été faite.


Le Messager d’Indre-et-Loire, Tours, 5 juin 1896.

Quelques jours plus tard, le cinématographe annonce son prochain départ pour Angers, dans un article à caractère clairement publicitaire :

Une mauvaise nouvelle ? Le cinématographe Lumière qui a fait courir tout Tours est à la veille de quitter notre ville. Par suite d'un engagement, le sympathique commandant Ranger [sic], ami personnel de MM. Lumière, qui a apporté à Tours le précieux appareil, doit commencer, dès vendredi soir, une série de représentations à Angers. Est-il besoin de vanter le cinématographe ? Prêtez l'oreille dans les salons, dans les cercles, dans les cafés, dans les collèges, et vous entendrez les éloges dont il est partout l'objet : le cinématographe est une de ces merveilles qu'il faut avoir vues. À Paris, notamment au Grand Café, les recettes étaient, dans chaque établissement, de 8.000 - huit mille ! - francs par jour... Tous les soirs, représentations à partir de 8 h. Le programme est des plus variés. Hier, nous avons eu l'occasion de voir des numéros suivants. - «et le "Chemin de fer" ?» nous demandait quelqu'un. Le chemin de fer existe, et la scène est saisissante de vérité. Beaucoup de nouvelles attractions nous sont ménagées pour aujourd'hui et jours suivants. Les spectateurs de la dernière heure seront vraiment favorisés. Il n'y a qu'une voix dans la presse d'Indre-et-Loire pour vanter le cinématographe. Il n'y a qu'un mot à Tours pour l'apprécier. C'est le dernier cri du jour. Allons voir le cinématographe si nous ne l'avons déjà vu. Et si nous l'avons admiré, retournons salle des dépêches du Messager : un spectacle nouveau nous attend.


Le Messager d'Indre-et-Loire, Tours, 22-23 juin 1896.

L'annonce de la fin prochaine des séances est une technique habituelle pour attirer encore quelques spectateurs avant la date réelle de départ qui finalement est repoussée de quelques jours :

Nous apprenons que, cédant au désir exprimé par un nombre considérable d'amateurs, le sympathique administrateur du cinématographe Lumière va rester 3 jours encore. La recette d'hier a été colossale. Celle d'aujourd'hui et de demain le sera davantage encore. Avis aux retardataires.


Le Messager d’Indre-et- Loire, Tours, 27 juin 1896.

Quelques jours plus tard, Félix Rangé et l'opérateur Vallin se rendent à Angers.

Répertoire (autres titres) : Une place de Lyon, Le Bébé pêchant (Le Journal d'Indre-et-Loire, Tours, 31 mai 1896), ForgeronChamps-Élysées, Danseuses anglaisesLe mur (La Dépêche, Tours, 7 juin 1896), Concours hippique (première partie)Concours hippique (Deuxième partie)DiscussionSerpentQuerelle de bébés (Le Journal d'Indre-et-Loire, Tours, 21 juin 1896), , La mer, Le chemin de fer (Le Dépêche, Tours, mercredi 24 juin 1896, p. 2).

Le cinéphotographe de Raymond Déage (Nouvel Alcazar, 26 juin-7 juillet 1896)

Le tourneur Raymond Déage - ou Diage - dispose d'un cinéphotographe - appareil commercialisé par Lépée - grâce auquel il va offrir des séances de projections de vues animées :

Le Cinéphotographe
On nous annonce à l'Alcazar une exhibition qui nous paraît appelée à un grand succès, celle du Cinéphotographe.
Cet appareil dans lequel l'électricité joue un très grand rôle, reproduit en grandeur naturelle des scènes animées où les personnages paraissent vraiment vivants.
Nous attirons l'attention des visiteurs sur la précision et la netteté des mouvements des figures.
Les sujets sont renouvelés et comprennent toutes les nouveautés du jour.
Ne manquez pas d’aller voir cette merveilleuse et dernière invention parisienne.


La Dépêche, Tours, jeudi 25 juin 1896, p. 2.

La première annonce - qui correspond peut-être à l'inauguration - est publiée le 26 juin et précise que l'appareil fonctionne au Nouvel Alcazar :

Nouvel Alcazar de Tours
Le Cinéphotographe, dernière nouveauté.-La plus merveilleuse invention du jour.


La Dépêche, Tours, vendredi 26 juin 1896, p. 2.

Grâce au Journal d'Indre-et-Loire, nous connaissons une partie du répertoire du cinéphonographe :

Le cinéphotographe.- Le cinématographe va quitter très prochainement notre ville et déjà le voici remplacé par une nouvelle invention des plus curieuses, le cinéphotographe. L'appareil très bien installé dans la salle du Nouvel Alcazar a débuté hier. La grande nouveauté de toutes ces vues, ce sont des vues en couleurs qui sont du plus charmant effet. Tous les soirs, 5 représentations à 8 h ½, 9 h, 9 h ½, 10 h, 10 h ½. Dix tableaux : " Le tramway " ; " Les forgerons " ; "Une bagarre dans un bal" ; "Les bateaux parisiens" ; "Les chèvres aux Tuileries" ; "La foire aux pains d'épices" ; " Les Halles centrales " ; " Le chemin de fer " (gare Saint-Lazare) ; "La place de la Concorde" ; "Une sortie de bal" (en couleur).


Le Journal d’Indre-et-Loire, Tours, 28 juin 1896.

Certaines de ces vues se retrouvent dans le catalogue De Bedts et sont présentées en " couleur ", mais sans connaître le moyen utilisé. C'est dans la presse spécialisée que l'on trouve, sans doute, l'article le plus détaillé sur l'appareil cinématographique de Raymond Déage 

Nouvel Alcazar.-Nous avons assisté aux premières séances de M. Déage, qui vient d'installer dans la salle du Nouvel Alcazar de Tours son cinéphotographe. Nous avons été littéralement émerveillés des résultats obtenus avec ce nouvel appareil qui donne l'illusion de la réalité à un point que l'on n'avait pas atteint jusqu'ici.
M. Déage s'est déjà assuré à Tours un véritable succès par ses premières soirées pendant lesquelles il a eu salle comble. Tous mes vœux sont pour la continuation de ce succès pendant toute la durée du séjour du cinéphotographe en notre ville.
Avant de terminer, nous ne saurions oublier de remercier M. Déage de l'amabilité avec laquelle il nous a offert la libre entrée de la salle.
On nous annonce pour le 27 août la réouverture du Nouvel Alcazar sous la direction de M. Duquesne.
G. PAUL


L'Art lyrique et le music-hall, Paris, 5 juillet 1896, p. 5

Le journal La Dépêche publie sa dernière annonce, toujours identique, en page 2 de son édition du mardi 7 juillet 1896.

Le cinéphotographe de H. Chabot (10-≥25 août 1896)

C'est à l'occasion de la foire d'août qui commence le 10 et se termine une dizaine de jours plus tard, avec prolongations éventuelles, qu'Henri Chabot présente son cinéphotographe :

La Foire d'août
[...]
Encore un théâtre connu, le Théâtre Chabot, qui retrouvera, lui aussi, tous ses succès de jadis.
M. Chabot nous revient avec une nouvelle attraction : le Cinéphotographe qu'il présente lui-même.


La Dépêche, Tours, vendredi 7 août 1896, p. 2.

Les cinématographes forains ne donnent guère lieu à des articles conséquents, et seul un entrefilet publicitaire se répète de jour en jour :

Théâtre Chabot
SPECTACLE VARIÉ ET DES PLUS INTÉRESSANTS
Le Cinéphotographe, présenté par M. Chabot.
Grandes représentations, tous les soirs ; matinées dimanches et fêtes.


La Dépêche, Tours, lundi 10 août 1896, p. 2.

Finalement, c'est le 25 août qu'est publiée, pour la dernière fois, l'annonce précédente (La Dépêche, mardi 25 août 1896, p. 3).

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VACCARO Pierre, Les Débuts du cinéma à Tours (1896-1922), mémoire de maîtrise dirigé par Madame Cointet, Tours, Université François Rabelais, Section Sciences Humaines, mai 1992, 120 p.

VACCARO Pierre, " Les débuts du spectacle cinématographique à Tours " in 1895, revue d'histoire du cinéma, n°14, 1993. pp. 3-34.

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