GUÉRET

Guéret, chef-lieu du département de la Creuse, compte 7 070 habitants (1894). La vie culturelle est essentiellement orchestrée par les représentations qu'offre le théâtre municipal et les spectacles que les cafés de la ville proposent (Café Maurin, Café du Nord, Grand Café Continental, Café de la Poste).

Le Cinématographe (novembre 1896)

Jean-Claude SEGUIN

Situé en dehors des grands axes de diffusion du cinématographe, Guéret découvre pourtant la nouvelle invention dès 1896. Elle y est présentée aux Guérétois sous le nom générique de " cinématographe ". C'est assez naturellement que l'inauguration a lieu au Théâtre Municipal :

Le Cinématographe
Des séances de photographie-animée par le Cinématographe seront données à partir de demain soir au théâtre de notre ville.
On connaît les merveilleux résultats donnés par cet appareil. C'est une très curieuse attraction.
Au programme : l'arrivée du train, la surprise du jardinier, la place de l'Opéra, etc., etc. et le plus grand succès du jour : le Czar à Paris.
Prix des places : parterre 1fr. ; baignoires 1 fr. 50 ; loges 2 fr. ; secondes 0fr. 75 ; troisième 0 fr. 50.-Réduction pour les militaires.


La République, Guéret, 5 novembre 1896, p. 2.

S'il est vrai que ce premier article indique les titres de quelques films, ces derniers ne sont pas aisément identifiables dans la mesure où ils peuvent appartenir à différents éditeurs (maisons de production). Toutefois, compte tenu du fait qu'un appareil Joly-Normandin circule alors dans le centre de la France et que les quatre vues citées figurent dans le répertoire Joly-Normandin, on peut penser à une certaine continuité.

gueret theatre

Guéret-Le Théâtre municipal (début XXe siècle)

Malgré la nouveauté, les Guérétois ne se déplacent guère pour voir les vues animées ce que constate, désolé, la presse locale :

Le Cinématographe
Il est regrettable que l'affluence de spectateurs ne soit pas plus gande aux séances de photographie animée par le Cinématographe données chaque soir au théâtre.
C'est un spectacle très curieux, très intéressant et auquel on n'avait pas eu encore l'occasion d'assister dans notre ville.


La République, Guéret, 8 novembre 1896, p. 2.

Autant dire que le tourneur ne s'attarde guère et disparaît moins d'une semaine après les débuts de ses séances. Quelques jours plus tard, un cinématographe Joly-Normandin organise des séances à Clermont-Ferrand... il pourrait bien s'agir du même appareil.

Le Cinématographe (mai 1897)

Au mois de février 1897, un étrange appareil fait son apparition dans un établissement forain, le Palais des Nouveautés, installé sur la place Varillas - ou place du Théâtre. Il s'agit du  " Polyomatographe Vivant " dont on nous dit qu'il a connu le succès au Royal-Aquarium de Londres et au Casino de Paris. Il est présenté par l'illusionniste, le professeur Ulmann. Pourtant la presse s'empresse de signaler que ça n'est pas un cinématographe : 

Palais des Nouveautés
Place du Théâtre
Notre ville a le bonheur de posséder depuis quelques jours un superbe établissement forain appelé Palais des Nouveautés et qui est appelé à avoir un véritable succès ; le spectacle est nouveau pour notre ville. Dimanche, il y a eu, pour le début, foule considérable ; les bravos n'ont pas été ménagés. Cette nouvelle attraction, le Polyomatographe n'a rien de commun avec le Cinématographe - il fait la joie des enfants et le plaisir de la société d'élite.


La République, Guéret, 10 février 1897, p. 2.

Nous resterons sur notre faim, car aucune information ne vient compléter cet article. Quelques mois plus tard, à Orléans le Polyomatographe fait à nouveau parler de lui.

En revanche, c'est bien un cinématographe que présente M. Groz, à nouveau au Théâtre Municipal, en mai 1897. La période est pour le moins mal choisie. En effet, la terrible catastrophe du Bazar de la Charité (4 mai 1897) vient d'avoir lieu et les projections cinématographiques pâtissent naturellement du rôle néfaste du cinématographe Joly-Normandin dans le drame de la rue Jean-Goujon. D'ailleurs, le journaliste ne peut qu'y faire allusion : 

Le Cinématographe
M. Groz donnera dimanche, au théâtre de Guéret, une représentation qui est appelée à avoir un grand succès. M. Groz a appliqué le phonographe au cinématographe, ce qui est d'un mereveilleux effet.
C'est ainsi que l'on voit défiler un régiment au son d'une marche entraînante et que l'on assiste au défilé des fêtes russes à Paris au son de l'hymne russe.
Bien que l'on ai dit que le cinématographe soit la cause de l'incendi du Bazar de la Charité, nous  ne pensons pas que cette catastrophe puisse empêcher le public d'assister à ce spectacle nouveau.


La République, Guéret, 23 mai 1897, p. 2.

On suppose que M. Groz est une personnalité locale qui tente de " sonoriser " son cinématographe. Mais la presse ne dira rien de plus. Une fois encore, le cinématographe ne semble guère rencontrer les faveurs du public guérétois et plus aucun appareil ne revient jusqu'à la fin de l'année 1897.

à suivre (1898-1906)

 

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