RODEZ

Rodez, chef-lieu du département de l'Aveyron (France), compte 16.113 habitants (1894).

Jean-Claude SEGUIN
avec la collaboration de Thierry LECOINTE

1896

1897

Le Kinétographe (Maison des Œuvres, 27-31 janvier 1897)

C'est dès le début de l'année 1897 que la presse ruthérois annonce l'arrivée prochaine d'un appareil cinématographique : 

Photographie animée.-On nous prie d'annoncer la très prochaine arrivée à Rodez d'un cinématographe, appareil faisant des projections de photographies animées qui ont eu le plus grand succès, non seulement à Paris mais dans le monde entier.
Après un court séjour dans notre ville, ce cinématographe sera successivement installé à Millau, Saint-Affrique, Villefranche, Espalion, Decazeville, Saint-Geniez, en un mot dans les principaux centres du département.


Journal de l'Aveyron, Rodez, 1 janvier 1897, p. 2.

L'intérêt de cette annonce réside aussi dans le projet de circuit que le tourneur semble avoir mis en place... même si plus rien ne vient confirmer cette tournée envisagée. L'article montre ainsi que la pénétration du cinématographe, dès les premiers jours de 1897, peut être très importante. Que s'est-il passé ? Le cinématographe annoncé n'arrive pas...

Plusieurs semaines plus tard, on annonce enfin des projections lumineuses. On imagine qu'il s'agit du même appareil dont l'arrivée a dû être différée. L'article du Journal de l'Aveyron offre un certain nombre d'informations et quelques éléments du répertoire :

Kinétographe et projections lumineuses.
A partir de mercredi jusqu'à dimanche prochain 31 janvier, de belles et intéressantes séances de kinétographie ou de photographies animées, avec projections lumineuses et chromatropes variés, seront données dans une vaste salle de la Maison des Œuvres, boulevard Sainte-Catherine, avec le concours de M. D., ingénieur-électricien de Toulouse.
Séances de 2 à 3 h., de 4 à 5 h., de 6 à 7 h., de 8 à 9 h.
Salle chauffée.
Cartes l'entrée : Premières, 1 fr. ; secondes, 0 fr. 50.
Prix spéciaux pour les établissements.
Le Kinétographe ou Cinématographe est une des inventions récentes les plus curieuses et les plus attrayantes de l'art photographique.
Il offre un intérêt bien supérieur à celui de la lanterne magique et des appareils à projections simples ou mouvementées. Il obtient partout un grand succès, en mettant sous les yeux des scènes réelles avec le jeu spontané des acteurs.
Citons parmi les vues de notre kinétographe : La dispute d'un cocher avec son client ; -l'arrivée d'un train à la gare Saint-Lazare ; - des manœuvres d'artillerie ; -l'entrée d'un vaisseau dans le port, etc....
Les projections lumineuses, qui seront ajoutées à ces vues, auront un développement de 3 à 6 mètres carrés.
Les sujets varieront chaque jour. Nous pouvons, d'ores et déjà annoncer : une série de grands contemporains, la vie de Jeanne d'Arc en 40 tableaux peints ; la vie de Jésus-Christ, etc...
Le public ruthérois, si sevré d'ordinaire de spectacles à la fois intéressants, moraux et instructifs, sera tout heureux de saisir cette occasion unique pour voir du nouveau et du beau.


Journal de l'Aveyron, Rodez, mardi 26 janvier 1897, p. 3.

Le modèle ici mis en place est assez habituel et combine à la fois les projections proprement cinématographiques et les " projections lumineuses ". On peut également y relever le souci " moral " du tourneur, là encore, un classique des séances de vues animées. La référence à M. D., ingénieur-électricien de Toulouse, peut-être simplement électricien, montre que l'invention récente nécessite, pour le moins, une certaine connaissance technique. Mais une fois encore, les Ruthérois vont devoir attendre quelques jours de plus :

Kinétographe.-Par suite d'un retard forcé de l'ingénieur électricien, la première séance de Kinétographe à la Maison des Oeuvres n'aura lieu que demain, mercredi, à 8 heures du soir.


Journal de l'Aveyron, Rodez, mercredi 27 janvier 1897, p. 3.

La Maison des Œuvres, qui ne sera inaugurée que quelque temps plus tard, est une alternative confessionnelle au théâtre qui peut lui aussi accueillir des spectacles de ce type. D'ailleurs, la presse indique qu'il y est " provisoirement installé " (Journal de l'Aveyron, Rodez, 31 janvier 1897, p. 2), mais nous ne savons plus rien de ce premier appareil.

Le Cinématographe Joly d'A. Milhès (Théâtre, 8-15 février 1897)

Curieusement, à peine quelques jours plus tard, la presse annonce de nouvelles présentations cinématographiques au théâtre de Rodez. Malgré quelques coïncidences avec l'appareil précédent, il s'agit d'un autre tourneur, A. Milhès, dont le répertoire est constitué exclusivement de films Joly-Normandin. Venu du Nord de la France, ce tourneur entame une tournée dans le Sud du pays, à partir de 1897. 

Le tourneur prépare ses présentations à Rodez et pour cela il transmet un courrier à la mairie sans doute vers la fin de l'année 1896. Il s'agit d'un courrier-type qu'A. Milhès expédie dans la plupart des villes qu'il compte visiter. Sans doute la réponse arrive trop tard puisque, comme l'explique, son collaborateur Wilmet, il est déjà à Tulle pour présenter son cinématographe Joly.

milhes 01 milhes 03
A. Milhès, Courrier-type, [1896]
© archives Ville de Rodez, cote 1R1, [1896]
A. Milhès, Courrier à M. Le Maire, 27 janvier 1897
© archives Ville de Rodez, cote 1R1, 1897
milhes 04 milhes 02
A. Milhès, Courrier à M. Le Maire, 27 janvier 1897
© archives Ville de Rodez, cote 1R1, 1897
Programme du Cinématographe Joly
© archives Ville de Rodez, cote 1R1, 1897

Très peu de séances sont prévues, mais nous avons la chance de connaître le programme, grâce à la presse ainsi qu'au programme conservé aux Archives de la ville de Rodez : 

Au théâtre.-Lundi 8, mardi 9, et mercredi 10 février, le plus grand succès du jour, la PHOTOGRAPHIE ANIMÉE, le mouvement donné à la photographie ; grandes projections de scènes variées de la rue, de la place publique, de la vie militaire ; vues maritimes ; scènes intimes et humoristiques, etc.
Citons, au hasard, parmi les tableaux qui nous sont présentés :
L’Arrivée d’un Train, qu’on voit venir de loin, entrer en gare avec sa vitesse normale, puis s’arrêter lentement ; les voyageurs descendent et prennent rapidement le chemins de la sortie ;
Le Passage d’un Régiment, avec la marche cadencée régulière des pioupious, les officiers sur leurs chevaux élégamment tenus en main ;
La Baignade des Soudanais, plongeons merveilleux, rejaillissement de l’eau, ébrouement des baigneurs ;
La Dispute du cocher et de son client, vue d’une netteté parfaite, très humoristique ;
Le Pochard entêté, d’un réalisme étonnamment joyeux ;
Le Jardinier arroseur qui, tout à coup se trouve arrosé lui-même ;
La Sortie de Notre Dame des Victoires, tableau très élégant, très mouvementé ;
Une vue de la place de l’Opéra, avec ce monument en perspective figuré dans tous les détails de son architecture ;
La Mer à Dieppe, surprenant effet de marée, débarquement d’un bachot ; la Famille au bois ;
La Bicycliste maladroite, mais fort jolie, prenant sa première leçon de bicyclette, etc., etc.
Toutes ces scènes, prises d’après nature, donnent absolument l’illusion du mouvement et de la vie.
Tous les soirs deux séances à 8 heures et 9 heures.
Prix des places : Premières, 1 franc ; Deuxièmes, 50 centimes ; Troisièmes, 30 centimes.

Journal de l’Aveyron, Rodez, 7 février 1897, p. 3.

L'article, tout comme le programme, revêt un grand intérêt, car il détaille le programme des films proposés en ajoutant un bref résumé de chaque vue. Cela est assez exceptionnel dans les premiers temps pour être souligné. 

rodez theatre 

Rodez, Théâtre (c. 1910)

C'est à mi-février que les Ruthérois vont pouvoir assister aux dernières séances de cinématographie, non plus au théâtre, mais dans la grande salle du Pensionnat St-Joseph :

Cinématographe.-Nous informons nos lecteurs que ce soir, à 8 heures et 9 heures, aura lieu, au théâtre, la clôture des séances de cinématographe.
Demain, dimanche, il y aura deux dernières séances dans la grande salle du Pensionnat St-Joseph, à 5 heures pour le public et à 6 heures pour les élèves du Pensionnat.


Journal de l'Aveyron, Rodez, 14 février 1897, p. 3.

rodez pensionnat

Malzac, édit. (Rue Neuve, Rodez), Rodez-Pensionnat St-Joseph (c. 1900)

Après ces quelques séances rhutéroises, A. Milhès va reprendre sa route vers d'autres villes du département dont Millau et Saint-Affrique... 

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Remerciements

Archives de la ville de Rodez.

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