Marius SESTIER

(Sauzet, 1861- Sauzet,1928)

sestier

Jean-Claude SEGUIN

→ JACKSON Sally, "Marius Sestier"

1

Joseph, Antoine Sestier (Sauzet, 1808-Sauzet, 16/01/1873) épouse Euphrasine Arnaud (Sauzet, 1809-Sauzet, 1882). Descendance :

  • Euphrasine, Elisa Sestier (Sauzet, [1832]-Sauzet, 22/02/1853)
  • Joseph Euphrosine Sestier (Sauzet, 05/12/1836-Sauzet, 17/12/1894) épouse (Grane, 09/02/1858) Marie, Eugénie Ducros (Grane, 02/09/1837-). Descendance:
    • Marie, Josephine, Elisa Sestier (Sauzet, 19/04/1859-) épouse (Sauzet, 31/07/1888) Elie, Joseph Julien (Gap, 31/12/1858-)
    • Arthur, Eugène, Joseph Sestier (Sauzet, 19/05/1860-Sauzet, 27/08/1861)
    • Marius. Ely, Joseph Sestier (Sauzet, 08/09/1861-Sauzet, 1928) épouse (Beaucaire, 27/09/1893) Marie, Louise Puech (Beaucaire, 27/09/1873-Grenoble, 1950). Descendance:
      • Madeleine, Joséphine, Marie, Rose Sestier (Lyon 3e, 08/11/1894-La Tronche, 12/11/1977) épouse Paul Jeune.
      • Eugène, Aimé, Marius, Joseph, Jackson Sestier (Lyon 3e, 11/03/1898-Marseille, 10/11/1979) épouse (Lyon 4e, 12/01/1920) Marguerite, Perrine Hildgen (Lyon 3e, 22/05/1897-)
    • Eugène, Louis, Jérémie Sestier (Sauzet, 19/06/1863-Sauzet, 21/08/1864).
    • Louis, Eugène, Leclair Sestier (Sauzet, 20/12/1864-Sauzet, 20/03/1897)
    • Victor Sestier (Sauzet, 23/04/1866-) épouse (Loriol, 09/07/1914) Joséphine, Lydie Sestier.
    • Daniel, Louis, Eloi, Germain Sestier (Sauzet, 14/09/1867-Sauzet, 01/09/1868)
    • Marie, Eugénie, Germaine Sestier (Sauzet, 18/04/1869-Montélimar, 03/01/1952)
    • Borny, Marie, Louise, Aminthe Sestier (Sauzet, 14/08/1870-Sauzet, 06/04/1871)
    • Honoré, Léon, Eugène, Antoine Sestier (Sauzet, 03/09/1872-Sauzet, 06/09/1872)
    • Marie, Eugénie Sestier (Sauzet, 11/07/1873-)
    • Benjamin, Léon, Émile Sestier (Sauzet, 17/02/1875-)
    • Eloi Sestier (Sauzet, 02/12/1879-)

2

Les origines (1861-1895)

Fils du propriétaire du Café de la Poste à Sauzet, Marius Sestier est le troisième enfant de Joseph Sestier et Marie Ducros. Il est recensé avec sa famille, à Sauzet, en 1866, en 1872 et en 1876.

sauzet cafe poste
Sauzet (Drôme)- Place du Bourg (c. 1915).

Après avoir poursuivi sa scolarité, il engage à Lyon des études de pharmacie avant d'être appelé sous les drapeaux. Incorporé à compter du 14 novembre 1882 à la 21e section d'infanterie, il arrive au corps le 22 du même mois. Il fait la campagne d'Afrique entre le 20 novembre 1882 au 25 juillet 1886. Il passe caporal le 4 février 1885. Parti en congé de convalescence de deux mois le 25 juillet 1886, il est maintenu dans ses foyers (40 cours Richard-Vitton) avant de passer dans la réserve de l'armée active le 1er juillet 1887. Il réside par la suite à Paris (Pantin, 109 rue de Paris. 29/11/1888-11/09/1889). En 1890, il obtient son diplôme de pharmacien de 2e classe. À partir du 5 septembre 1890, il réside à Lyon, au 177, avenue de Saxe où il ouvre une pharmacie. Deux ans plus tard, il épouse la Beaucairoise Marie, Louise Puech, et dans l'année qui suit, 1894, cette dernière donne naissance à Madeleine Sestier. Le père poursuit ses activités dans sa pharmacie jusqu'en 1895 alors que l'on commence à parler de cinématographe à Lyon.

Le cinématographe Lumière (1896-1898)

L'intérêt que suscite le cinématographe Lumière chez Marius Sestier - a-t-il assisté à une présentation au cours de l'année 1895 ? - trouve une première manifestation dans un cahier personnel intitulé "Publicité" où l'on trouve, d'une part, des exercices de langue anglaise - s'agit-il pour lui de se perfectionner en vue d'un prochain voyage ? - et, d'autre part, de multiples coupures de journaux consacrées au cinématographe Lumière et tirées de la presse française principalement, entre janvier et juin et de la presse indienne entre juin et juillet 1896. Quand aux liens directs entre les frères Lumière et Marius Sestier, ils sont peut-être à trouver dans le milieu professionnel de la pharmacie, sachant qu'Auguste Lumière, s'il n'est pas pharmacien, consacre une part importante de ses recherches aux produits pharmaceutiques. À cela, il faudrait évoquer également leur appartenance à la franc-maçonnerie. Quoi qu'il en soit, Marius Sestier se charge de la concession "Lumière" pour l'Inde et l'Australie. Pour cela, il met en vente sa pharmacie, récupère un cinématographe, une sélection de films et de la pellicule vierge.

L'Inde (30 juin-26 août 1896)

Le couple va donc quitter Lyon et embarque à bord du "Yarra" le 13 juin 1896:

Le Port
Le "Yarra," des Messageries Maritimes, courrier de Chine, via Bombay, est parti hier soir, à 4 h, avec 25 passagers, dont M. Pilinski, consul de France, et un plein chargement de vins et liqueurs, provisions diverses et objets manufacturés.


Le Sémaphore de Marseille, Marseille, dimanche 14 et lundi 15 juin 1896, p 1.

sestier marius yarra
"Le Yarra vue de babord avant entre 1895 et 1905"
Photo Collection P. Ramona. Messageries-maritimes

Après une quinzaine de jours de traversée, Marius Sestier et son épouse débarquent, le 30 juin 1896, dans le port de Bombay où ils résident à partir du 30 juin 1896.Cette arrivée est également confirmée par la presse :

SHIPPING INTELLIGENCE.
THE Messageries Maritimes Co's s s Yarra, 2084 tons, Captain LeCoispellier, arrived in harbour yesterday from Marseilles (11th [sic] June), with a general cargo and the following passangers:– [sic] Mr J Pilinski, [...], Mr and Mrs Cestier, [sic] [...].


The Bombay Gazette, Bombay, mercredi 1er juillet 1896, p. 3.

Dès qu'il met le pied en Inde, Marius Sestier récupère les articles sur le cinématographe et les vues animées en général. À la fin de son cahier "Publicité", figurent ainsi de nombreuses coupures de presse dont l'origine n'est pas toujours indiquée, même si la plupart d'entre elles proviennent des quotidiens The Advocate of India ou Bombay Gazette, Le premier dans son édition du 2 juillet annonce la présence de l'opérateur :

THE LIVING PHOTOGRAPHY.
Monsieur Sestier, who arrived by the s.s. Yarra has brought to our city tle Cinematograph, the wonderful invention of Messrs August and Louis Limière [sic] of Lyons. This instrument is a wonderful improvement on the Edison Kinetoscope. We can see before it a moving panorama with living life size people.
The instrument is so perfect that it can both photograph as well as project scenes. A railway train arrives, the station master is moving about, the passengers hurry on the carriage doors open, the passengers get in or alight, etc., etc. The sea waves, the smoke that comes from a cigar or from some herbs that are burning, all this is faithfully reproduced to life and unlike the kinetoscope, is visible to as large an audience as required.
A public exhibition will shortly be given and we ins India will be able to see in work the instrument which gave a vivid life size realization of the Prince of Wales' Derby in one of the London Music Halls the same night as the historic event was run. Monsieur Sestier is open to private engagements.


The Advocate of India, Bombay, jeudi 2 juillet 1896.

Dès le 4 juillet, il engage des dépenses chez un imprimeur, puis il contacte la presse locale: Times of IndiaAdvocate of India et Bombay Gazette qui vont donc relayer l'information que va leur transmettre Marius Sestier. Dans un courrier conservé, on peut lire une présentation, en anglais, du cinématographe sous le titre "Living Pictures". Difficile de connaître l'origine de cette lettre manuscrite qui ne semble pas, par comparaison, être de la main de Marius Sestier. En en-tête, on trouve le nom de la société "C. J. Nicoud & Co", 54, Apollo Street, qui se consacre à l'import-export, et qui dispose d'une autre adresse à Calcutta (10, Jackson's Lane).

sestier bombay nicoud bombay nicoud
"Living Pictures". C. J. Nicoud. 1896.
collection Sestier
C. J. Nicoud & Co-Bombay

Cette société est l'agent exclusif de la manufacture de soierie lyonnaise, L. Permezel & Co dont le fondateur est Ambroise, Léon Permezel (La Côte-Saint-André, 03/04/1845-Rillieux-la-Pape, 15/11/1910). Il y a tout lieu de penser que la C. J. Nicoud & Co et cette "route de la soie" ont pu faciliter les contacts entre Marius Sestier et les autorités locales. Il engage en outre un interprète, M. Pochon, afin de mieux communiquer avec la population locale.

Le temps de trouver un lieu pour organiser des séances - ce sera l'hôtel Watson - et la première est prévue pour le mardi 7 juillet, mais on sait également qu'il a loué le Novelty Hotel pour des séances ultérieures.

bombay Watson's Hotel, Bombay in the 19th century
Watsons' Hotel (c. 1900). Bombay. Inde.

De cette séance inaugurale, The Advocate of India offre un compte rendu particulièrement détaillé :

"Wonders never cease," was the trite remark that was expressed last night by one of the audience that had assembled at Watson's Hotel to see the "Cinematograph" exhibition which Mons. Sestier was giving. Human ingenuity has controlled wind and wave, mind has made matter subservient to it and science has made most things possible. We must surely be coming within measurable distance of ruling the elements. The search for the Philosopher's Stone has long been abandoned as a serious pursuit, but practical scientific researches have gone on apace, and in this century of ours we have come within an ace of aerial journeys on artificial wings. Two researches in science, however, have long baffled scientists, on was -I say was advisedly, for the fact has been accomplished-the reproduction of sound, an the other that of action. That marvel of modern invention, Edison, overcame the matter of reproducing sound, and from the Phonograph we may now hear the voices of the dead and the living, stored up on little rollers that will give back at will the sound that was breathed into them, with unerring precision. Edison next turned his genius to the reproduction of action, the task proving more difficult for the reason that the retina of the human eye takes in scenes at the rate of thirty distinct actions to the second. Taking. the Zooetrope for the basis of his work, the great inventor was able to attain his object by revolving pictures photographed on pin heads and a drum at the rate of 1,000 to the minute, to reproduce human action to life. The "Kinetoscope" soon after made its appearance and proved only to be the forerunner to a more. perfected machine. In the "Kinetoscope" the pictures were very minute and detracted from the reality of the scene, but the" Cinematographe" projects the scenes. on to a screen life-size, the pictures having living, moving action.
___
A scene in Hyde Park is wonderfully realistic, so much so that one feels impelled to rush across and join the merry party that are assembling on the walk. A group of ladies are first observed; presently a gentleman, with every indication of pleasure, hurries across the ride and joins them, the meeting being most cordial, anon equestrians canter up, dismount and join the merry group "Sweet seventeen," on a bicycle next, comes along, and tripping gracefully off her bike, joins the party. The scene is so realistic that one is transported to London and the Park, forgetting for a while that Bombay harbour lies beyond the place of entertainment. The arrival of a train is another most interesting scene. The living panorama is true to every detail. The engine appears small as it rounds the corner and increases in size till it scenes to be rushing upon the audience. The passengers enter and leave the carriage in various degrees of speed, and the bustle and confusion is there just as we have realized it times without number. The old traveller taking things cooly, the prentice hand pushing aside everyone else in his eagerness not to be left behind-all are depicted for our delight. One of the best scenes is "Leaving the Factory." The gates open, and at once the human stream flows out; no one seems to have time to talk, all seem in a desperate hurry to get home. The variety of costume, the disparity of ages, are all vividly brought out, and to vary the monotony of the human exodus, at intervals a bicyclist wheels his machine to the gate, mounts and wobbles off in the midst of the crowd. The rushing-out of a brougham and pair, bearing the master of the factory home, causes a momentary stoppage of the human flow, and then it rushes on again faster, faster, as the moments fly, all eager to earn the sweets of rest after honest toil. We shall look forward to the development of Messrs. Lumiere's Cinematograph, when sound will be added to motion and we can sit out here in Bombay and hear an Opera which has erstwhile been performed in Covent Garden. Edison is perfecting such a machine and we shall hail its advent with delight.


The Advocate of India, Bombay, mercredi 8 juillet 1896.

Au bout de quelques jours, les conditions de projection et l'exigüité de la salle conduisent Marius Sestier à solliciter le Novelty Theatre afin de continuer à organiser des séances. Il organise alors une soirée d'inauguration, le mardi 14 juillet, qui se révèle désastreuse car l'énergie électrique mise à la disposition de l'opérateur est insuffisante. Il va donc revenir pour quelques jours au Watson's Theatre, avant de s'installer définitivement au Novelty Theatre, à partir du 24 juillet et jusqu'au 15 août. Grâce à son Carnet de compte, l'on sait que Marius Sestier engage des hommes-sandwichs afin de faire la publicité du cinématographe en langues gujarati et marathi. Les séances se déroulent normalement avec un renouvellement limité de vues animées. La fin des projections a lieu le samedi 15 août, mais la presse, contrairement à l'habitude, l'annonce sans en préciser les raisons qui nous sont connues, malgré tout, grâce, ici aussi au Carnet de compte :

Exploit.[ation]
Bombay
arrêtée par suite du retrait de la Locomobile par le Port Trust.

La locomobile permet en l'occurrence de produire l'énergie nécessaire pour faire fonctionner le cinématographe. Pour des raisons inconnues, le Port Trust récupère la machine et met ainsi un terme aux projections de vues animées.

bombay port trust
Port Trust Offices. Bombay (c. 1905).

Si les projets de Marius Sestier sont contrariés sur Bombay, il semble avoir eu l'intention de continuer à exploiter son cinématographe en Inde. En date du 17 août, la mention "Voyage Poona", ville située à environ 150 km, pourrait indiquer que l'opérateur a l'intention de continuer à organiser des projections animées dans ce vaste pays. Il semble même avoir eu l'intention d'aller au Viet-Nam, à Saigon et à Hanoi

De fait, ses intentions ont été contrariées par les conditions climatiques - la mousson - comme le signale Jean Sestier, son petit-fils:

Ma grand-mère n'a regretté qu'une chose, c'est qu'aux Indes, ils soient tombés au moment de la mousson parce que sinon ils seraient revenus couverts de bijoux, parce que maharadjas distribuaient ça ...


SESTIER Jean, 1993.

Grâce aux documents Carnet de compte et Crédit Lyonnais, nous pouvons avoir une idée des recettes que ce mois et demi d'exploitation du cinématographe en Inde a générées.

Reste la question d'éventuels tournages lors de ce séjour indien. Les projections réalisées dans le pays ne font apparaître aucune vue locale. Peut-on penser pour autant que Marius Sestier ne disposait pas de pellicule vierge pour d'éventuels tournages ? Si Sestier a tourné la manivelle, il est également possible que les conditions climatiques d'une part (la mousson) et la perte ou destruction possible d'une partie des négatifs lors de l'expédition vers la France d'autre part expliquent cet absence de vues animées indiennes. Sur ce dernier point, le Carnet de compte confirme les problèmes qui se sont posés lors d'envois, en septembre 1897, de négatifs :

Reponse recu ce 24 Sept.
12 mots.
Sestier telegraphe restant Sydney
Impossible empecher négatif ouvert Douane Soignez Emballage.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Pourtant, un 2e câblogramme confirme bien que des négatifs sont arrivées à Lyon même si le résultat n'est guère du goût des Lumière :

Reponse reçue le 27 au matin.
17 mots
Telegr. restant Sestier Sydney
Donnons exclusivité jusque mois de mai expedions pellicules.
Choisissez mieux sujets.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Si l'on considère le temps nécessaire au transport jusqu'à Lyon, ce câblegramme reçu à Sydney le 27 septembre ne peut que faire référence à un envoi antérieur, effectué, sans nul doute, depuis l'Inde, à la fin du mois d'août ou dans les premiers jours de septembre. Si le répertoire des vues présentées par Marius Sestier en Australie ne comporte aucun titre faisant référence directe à l'Inde, il pourrait exister une trace d'un tournage dans le corpus des vues cinématographiques que présente Georges Boivin à Gympie, et qui comporte le titre Negro street cleaners in Bombay.

gympie 1897 cinematographe lumiere 01
Gympie Times and Mary River Mining Gazette, Gympie, jeudi 5 août 1897, p. 2.

Mais, comme Georges Boivin, profitant de la candeur des spectateurs, n'hésite pas à "localiser" certaines vues cinématographiques (cf. Breaking down a shed in Sydney, manipulation du titre Démolition d'un mur ou Boxing contest in Melbourne pour Boxeurs), il est fort probable que le titre "indien" ne soit en réalité que le film tourné au jardin d'acclimatation de Paris, en 1896, et qui porte le titre Nègres en corvée. Il faut dire que Boivin est loin d'être le seul à user de ce type de stratagème pour attirer le public...

À la fin d'un séjour plus court que prévu, le couple Sestier va donc attendre l'arrivée du Calédonien, en provenance de Marseille,  afin de rejoindre l'Australie :

SHIPPING INTELLIGENCE.
THE Messageries Maritimes Co's s s Caledonien, 2,093 tons, Captain L Blanc, sailed yesterday for China and Japan, with a general cargo and the following passengers:- [...]. For Sydney - Mr and Mrs Sistier. [sic] [...]


The Bombay Gazette, Bombay, jeudi 27 août 1896, p. 3.

Le steamer fait une halte à Colombo avant de reprendre sa route, ce qui permet au couple de monter à bord du Polynésien qui va les conduire en Australie. C'est probablement à cette époque que Marius Sestier écrit à la maison Lumière afin de recevoir un second appareil si l'on en croit le câblogramme suivant:

Réponse le 16 oct =Sestier Poste Restante Sydney appareil envoyé 15 septembre adressons vues Lumière=


SESTIER, Carnet de compte

L'Australie (septembre 1896-1897)

En provenance de Colombo, le Polynésien va faire halte à Albany (9 septembre) et les époux Sestier figurent sur la liste des passagers. Le steamer fait également escale à Adelaïde (12 septembre) et à Melbourne (14 septembre) où le couple effectue quelques achats.

sestier marius polynesien
Guende phot. (Marseille). Messageries Maritimes "Le Polynésien".
https://www.messageries-maritimes.org/polynes.htm

Peu après, Marius Sestier et son épouse embarquent pour Sydney, terme de leur traversée, et, par une pure coïncidence, l'impresario Harry Rickards et sa famille, sont également du voyage :

sestier marius 1896 polynesien
The Daily Telegraph, Sydney, jeudi 17 septembre 1896, p. 7.

La presse néo-calédonienne annonce même la venue de Sestier à Nouméa, ce qui finalement ne se produit pas :

LE CINÉMATOGRAPHE
Parmi les passagers du "Polynésien" nous signalerons d'une manière toute spéciale l'arrivée à Nouméa de M. Sestier, représentant de MM. Auguste et Louis Lumière de Lyon, les inventeurs de cet ingénieux appareil que l'on nomme le Cinématographe.
Ce curieux instument permet non seulement d'enregistrer par la photographie toutes les scènes animées les plus variées, sans omettre aucun des mouvements qu'elles comportent, mais encore de les reproduire fidèlement, de grandeur naturelle, en les projetant sur un écran, les rendant ainsi visibles pour toute une assemblée de spectateurs.
Grâce aux progrès réalisés on a donc pu arriver à produire des photographies d'une fidélité scrupuleuse qui, dosposées dans des appareils d'une rare perfection, donnent l'illusion parfaite de la vie. Le Cinématographe de MM. Lumière et fils est une véritable merveille qui a fait l'admiration des passagers du "Polynésien".
Le Cinématographe permet de reproduire des scènes où l'on voit des rues entières ou des places publiques avec tout leur mouvement de piétons, voitures, tramways, etc., et l'illusion du mouvement dans les épreuves agrandies est telle que les scènes projetées sont d'une réalité saisissante.
M. Sestier compte séjourner quelque temps à Nouméa où, très certainement, le Cinématographe fera sensation.


La France australe, Nouméa, 30 septembre 1896, p. 1.

En revanche, Marius Sestier a organisé des projections à bord du steamer qui le conduit à Sydney où il accoste le 16 septembre 1896 et la presse va immédiatement lui consacrer quelques lignes :

THE M.M. LINER POLYNESIEN.
The French mail steamer Polynesien has fully maintained her reputation for speed, arriving yesterday from Marseilles several days in advance of time. Fine weather marked the trip, and those on board spent an enjoyable time, there being no lack of deck games by day and concerts, etc., in the evenings. The wonders of the "cinematographe" were also displayed during the evenings by Mons. Sestier, who proposes to hold exhibitions of this wonderful invention in the colonies.


The Daily Telegraph, Sydney, jeudi 17 septembre 1896, p. 7.

À peine est-il arrivé qu'il organise une séance privée, le 18 septembre, au Lyceum Theatre :

LUMIERE'S CINEMATOGRAPHE.
M. Marius Sestier arrived in Sydney last week direct from Paris to exhibit in Australia the French Cinematographe, invented by the Messrs. Lumière. A successful private exhibition of the machine was given at the Lyceum Theatre last Friday, and shortly a public demonstration of ist power will be made. The Lumière invention is the one which has been drawing crowds at the Empire Theatre, London, and elsewhere.


The Sydney Morning Herald, Sydney, mardi 22 septembre 1896, p. 6.

Pourtant, il a du mal à trouver une salle de libre afin d'organiser des projections et il se voit contraint d'attendre quelques jours. Il faut dire que la situation ne lui guère favorable, car plusieurs cinématographes - ceux de Joseph Mac Mahon et Carl Hertz - se sont donné rendez-vous à Sydney en ce mois de septembre et l'on mesure son inquiétude en lisant son Carnet de compte où il transcript le texte d'un cablegramme qu'il a fait parvenir aux Lumière :

Envoyé le 21 sept au matin ce cablegramme
--
Lumiere Lyon
Concurrent usurpant nom Cinematographe Cablez ordres expediez nouveautés Sestier
12 mots  2£


SESTIER, Carnet de compte

Peu après, il reçoit la réponse suivante :

Reponse recu ce 24 Sept.
12 mots.
Sestier telegraphe restant Sydney
Impossible empecher négatif ouvert Douane Soignez Emballage.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Dès le lendemain, il envoie un nouveau câblegramme à Lyon où il annonce, en particulier, que les séances vont bientôt commencer :

2e Cablegramme
envoyé le 25 Sept. 6 h soir
24 mots 5£ 18
Lumière Lyon-Urgence Cablez Concession exclusivité pour toute Australasie grosse affaire envoyez vingt pellicules sensibles première poste quarante par Australien Debut Lundi.
Sestier.


SESTIER, Carnet de compte

Conscient du danger de la concurrence, Marius Sestier s'empresse donc de demander une exclusivité pour l'Australasie. Quelques jours plus tard, le samedi 26 septembre, une nouvelle séance privée est organisée au Lyceum Theatre. Le lendemain, il reçoit un nouveau câblegramme de la maison Lumière :

Reponse reçue le 27 au matin.
17 mots
Telegr. restant Sestier Sydney
Donnons exclusivité jusque mois de mai expedions pellicules.
Choisissez mieux sujets.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Compte tenu du temps qu'il faut pour que les négatifs parviennent à Lyon, la remarque "Choisissez mieux sujets" fait référence, comme nous l'avons dit, à des vues indiennes.

Finalement l'inauguration pour le public a lieu le lundi 28 septembre, au nº 237 Pitt-Street. Afin de consolider l'exploitation de son cinématographe, il va s'adjoindre les services de M. C.B. Westmacott et d'Henry Walter Barnett.

Mons M. Sesher [sic], who has brought the machine to Australia, has been accredited directly from the patentees, Messrs Lnmiere, of Lyons, France and gives an identical series of views with those now drawing all London to the Empire Theatre. Mons M Sesher is to be congratulated not only on the business he is doing, but also on having been able to arrange to do his business through such gentlemen as Mr Wettmacott and Mr Barnett. It is hardly possible to describe the wonderful beauties of the Cinematographe.
Truth, Sydney, dimanche 4 octobre 1896, p. 2.

La presse publie, à plusieurs reprises, des portraits de Marius Sestier et lui consacre des articles élogieux comme le suivant : 

The gentleman whose photograph we publish herewith first introduced the original Lumière Cinematographe to Sydney. He came out unostentatiously in one of the French mailboats, and was immediately seized upon by Mr. Walger Barnett, of the Falk Studios, who, in conunction with Mr. C. B. Westmacott, arranged for him to exhibit his wonderful machine in Pitt-street. The result has more than exceeded expectatious, for the place has been thronged daily ever since it was opened, and the pictures have become the talk of the town. The photograph is reproduced by permission of the Falk Studios.


Referee, Sydney, mercredi 14 octobre 1896, p. 7.

sestier marius portrait 02
Referee, Sydney, mercredi 14 octobre 1896, p. 7.

De nouveaux films sont annoncés, alors que le cinématographe organise ses dernières séances :

THE FRENCH CINEMATOGRAPHE
The last nine days of the French Cinematographe are notified at the Salon Lumiere, where a change of programme will introduce tableaux of "London in a Fog" the "Champs Elysées," "Unter den Linden at Berlin," and other fresh subjects. Yesterday morning M. Sestier had the honour of giving a special private exhibition of the marvellous instrument before his Excellency the Governor, Lady Hampden, and suite. The Governor before leaving expressed to M. Sestier his admiration of the pictures shown.


The Sydney Morning Herald, Sydney, samedi 17 octobre 1896, p. 10.

Un câblegramme, dont le contenu est consigné dans le Carnet de compte, indique que Marius Sestier (re)demande à la maison Lumière de lui faire parvenir un deuxième Cinématographe :

Câblegramme envoyé le 14 octobre 1896
15 mots 3 £ 13 = Lumière Lyon = Recette 7 400
Envoyez urgence menagarie appareil complet Nouvelles
vues Czar Réponse Sestier.


SESTIER, Carnet de compte

Dans la réponse, reçue le surlendemain, la maison Lumière indique que le second appareil a été envoyé le 15 septembre, soit un mois auparavant :

Répons le 16 oct =Sestier Poste Restante Sydney appareil envoyé 15 septembre adressons vues Lumière=


SESTIER, Carnet de compte

La dernière séance, à Sydney, a lieu le mardi 27 octobre et dans une note brève publiée par The Daily Telegraph Marius Sestier fait savoir qu'il compte revenir :

LUMIERE CINEMATOGRAPHE.
M. Sestier, representative of the Lumiere Cinematographe, returns thanks for the patronage accorded him during his season in Sydney, which ended on Tuesday, and announces that he will return to re-exhibit the Lumiere machine in this city shortly.


The Daily Telegraph, Sydney, samedi 31 octobre 1896, p. 10.

 

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À son arrivée, Marius Sestier va rencontrer la concurrence de Joseph Mac Mahon, frère de James Mac Mahon, qui dispose d'un appareil de vues animées, le kinetomatograph selon la presse : 

The kinetomatograph which is the kinetoscope writ large, was on private exhibition at Sydney Cri. one night last week under Joseph M'Mahon's management. The difference between the new thing with the long name and the old thing with the name that isn't much shorter is that the latter shows the dog-fight in miniature through a glass, so that you see the whole disturbance just as it really was. If it is a really cordial and enthusiastic dog-fight the effect is very gratifying; in fact, it is almost as good as the real thing, barring the yapping, and as you can have the same fight as often as you like without wearing out the dogs, it makes the pleasure go fttrther. The new invention is to be on public exhibition shortly.


The Bulletin, 12 septembre 1896.

 

 

Il ne semble pourtant pas avoir laissé la chose en l'état puisqu'un article du 9 octobre 1896 se fait l'écho des problèmes liés au nom « cinématographe » :

The name « Cinematographe » seems to have been devised and registered by the Messrs. Lumière before they were any rival machines in the field. Sestier, their agent in charge of the newly-arrived « Cine », is said to carry power of attorney to fight the question re infringement of title, which is undoubtely an important consideration as things are going10•

À peine le cinématographe quitte-t-il Sydney que Joseph Mac Mahon revient à la charge, après son premier échec, avec un nouvel appareil qu'il présente dès le 26 octobre:

 

Traduction: Le nom de « Cinématographe .. semble avoir été inventé et déposé par les frères Lumière avantqu'il existe aucun appareil rival du même type. Sestier, représentant le nouveau « Ciné ",est, semble-t-il, mandaté pour s'attaquer à la question de contrefaçon de marque déposée, cequi est sans conteste une considération de poids dans la situation actuelle.11. The Dailg Telegraph, 26 octobre 1896.

 

 Cet appareil est présenté à partir du 7 novembre, au Salon Lumière, 337 Pitt-Street, rebaptisé pour l'occasion Salon cinématographe13•

Lorsque Marius Sestier, après un bref séjour à Melbourne sur lequel nous allons revenir, reprend ses projections à Sydney, la situation s'est légèrement modifiée: Joseph Mac Mahon présente encore son « cinématographe perfectionné» et, au début de l'année 1897, un vitascope « withpartakes of the character of a cinématographe » fonctionne à l' Edison ElectricParlos, Pitt-Street.

Melbourne (octobre 1896)

La capitale de l'état de Victoria attire à la fin du mois d'octobre plusieurs appareils cinématographiques. L'animatographe de l'Opera House dont les responsables sont Harry Rickards et Fred Aydon fonctionne depuis le mois de septembre et a été présenté par Carl Hetz. Le deuxième, un cinographoscope Pipon - appelé "cinematographe perfectionne" s'installe à la fin du mois d'octobre sur Collins street dans la galerie The Block sous la direction d'un certain G. Neymark et d'Albert James Périer. Un troisième appareil, un vitascope, est inauguré le 31 octobre à l'Atheæum-Hall. Enfin, au Theatre Royal, de manière beaucoup plus ponctuelle, un cinématographe fonctionne lors de la Cup, concours hippique local. La concurrence ne manque donc pas lorsque Marius Sestier arrive à la fin du mois d'octobre. Il va installer son cinématographe Lumière au Princess's Theatre et l'inauguration a lieu le samedi 31 octobre. Le cinématographiste dispose cependant d'un sérieux avantage, car il est en mesure de tourner des vues animées et il va profiter de la Cup pour faire tourner sa manivelle :

CUP DAY
[...]
But the Cup of 1896 boated, at least, one novel feature. The photographer, of course, we have always with us, but this year the cinematographe, for the first time, played its part on an Australian course, and by the Lumiere principle a series of views were taken, which will carry to London and Paris and St. Petersburg an actual presentment, not only of the Cup meeting, but of the most wonderful Cup race ever run over the classic course.


The Argus, Melbourne, mercredi 4 novembre 1896, p. 5.

Quelques jours plus tard, la presse évoque la préparation d'un nouveau tournage :

ARRANGEMENTS are being made to have the finish for the Austral Wheel Race taken for the Lumiere Cinematographe.


Table Talk, Melbourne, vendredi 13 novembre 1896, p. 6.

 

ce cinématographeM. MacMahon s'est rendu dans toutes les principales villes d'Europe, et en définitive s'estprocuré à Paris l'instrument d'un inventeur français, M. Deminy [sic J.12. 

Les vues présentées sont les suivantes : The milk-white jlag. Coronation of the Czar, Persimmon winning the English derbg, German emperor opening the Kiel canal, The boxing kangaroo,The Boatrace (31.10.96), The arrival of Li Hung Chang in Paris lastjulg, The arriva[of President Faure on the Longchamp racecourse just prior to the Grand Prix, Le saut du dragon( 21.11.96), The dance hg four girls, The street scene, The serpentine dancer Loie Fuller( 07.12.96).14. Sans que cela soit systématique, les présentations des différents cinématographes Lumièreétaient des spectacles à eux tout seuls, ce qui ne fut pas le cas des autres qui s'intégraientdans un spectacle plus vaste.15. On y présente les vues suivantes: Grand National Steeplechase, The Great Coventry bicgclerace, Parisian Life, Paris express ( 01.11.96).39perfectionné pourrait bien être celui de Demeny.

 

 

Au cours de cette période la situation a évolué de façon singulière. Faceà un certain « éclatement» des lieux de projections, Marius Sestier va tenterune autre stratégie : la collaboration. Son ancien rival, le prestidigitateurCarl Hertz, va devenir aussi son complice. À nouveau les échanges de « câblegrammes » sont révélateurs des rapports qu'entretient Sestier avec la maison Lumière :« Envoyez urgence Menagerie appareil complet. Nouvelles vues Czar » ( envoyé le 14 octobre). Appareil envoyé 15 septembre. Adressons vues Lumière ( reçu le 16 octobre).Nous ignorons la date d'arrivée de ce second appareil qui doit permettre à Sestier de proposer un autre lieu de projection, mais nous savons qu'à partir de la fin du mois de décembre deux cinématographes Lumière circulent en Australie; en effet, alors que Marius Sestier organise toujours ses projections à Sydney, un second appareil Lumière présente des vues animées au Theatre Royal d' Adelaïde sous les auspices de Wybert Reeveet en collaboration avec Carl Hertz. La stratégie par rapport à la concurrence marque une évolution sensible et permet aux cinématographes Lumière de mieux occuper le terrain australien. Le phénomène de la concurrence16 n'a été que rarement étudié, et il faut le regretter dans la mesure où il nous informe sur la place qu'occupe l'appareil Lumière dans les premiers temps. Il est clair que si les premières projections en France ou à l'étranger commencent au début de l'année 1896,la concurrence est déjà en place et connaît l'existence du cinématographe Lumière. Or, dans l'exemple australien17, il est clair que le cinématographe est au centre de la problématique des images animées. Son nom d'abord qui est sans cesse imité et modifié - dans le cas d'Edison qui présente son Vitascope -, situation face à laquelle les frères Lumière, nous l'avons vu, baissent les bras. Ses programmes sont plagiés, même s'il faut préciser que certains cinématographes se spécialisent dans des registres sensiblement plus légers. Dernier point, il ne nous a pas été possible16. Nous avons pu l'observer avec une certaine précision à Nice où toute une stratégie verbale est mise en place par les opérateurs des différents .. cinématographes ...17. Il est loin d'être unique: à Paris, par exemple, un cinématographe lumière (avec un l minuscule) est présenté, trompant ainsi volontairement les spectateurs de l'époque et, involontairement, les chercheurs qui se sont penchés depuis sur la question.40de mesurer l'incidence que pouvait avoir la présence d'autres cinématographes, l'absence de données chiffrées faisant cruellement défaut, mais la seule indication dont nous disposons (les coupures de presse recueillies par Sestier) permet de dire que, d'une façon générale, elle semble s'effriter face à l'appareil des Lumière ce qui pourrait indiquer un choix du public pour le cinématographe18. Cette très probable supériorité technique nous conduit à nous interroger sur la stratégie commerciale que Marius Sestier va mettre en place dès son arrivée en Inde.3. La stratégie commercial,eLes différentes recherches que nous avons effectuées tant en Francequ'à l'étranger nous autorisent à suggérer qu'il n'existait pas de stratégie définie depuis Lyon. Le type de« contrat», qui liait les opérateurs indépendants19comme Marius Sestier était probablement très vague et n'impliquaitapparemment que le versement de royalties20. Quant aux programmes, ils étaient laissés à l'appréciation de l'opérateur21. Aussi l'expériencede Marius Sestier doit-elle être envisagée comme unique, même s'il est vraique, sur le terrain, les stratégies commerciales furent parfois similaires. L'arrivée à Bombay, le 1er juillet 1896, après 16 jours de voyage, est révélatricede la stratégie mise en place par Sestier pour présenter l'appareil.Apparemment rien ne semble avoir été programmé depuis la France.Sur place, Marius Sestier occupe le terrain de la presse et fait passer desannonces dans les principaux journaux de la colonie britannique : le Times18. Nous avons pu vérifier qu'à Madrid les projections concurrentes de l'animatographe étaient d'une qualité moindre. Voir notre article« Cuand lleg6 el cine a Madrid», Historia 16, 1994(à paraître). Ailleurs, la presse en général s'est plu à désigner le cinématographe Lumière comme le meilleur, même après l'arrivée du vitascope d'Edison.19. Il nous semble très important de mettre en avant une distinction, rarement prise en compte,celle qui existait entre les opérateurs "' intérieurs ,. attachés à la maison Lumière ( Moisson,Doublier, Promio ... ) et les" indépendants" (Sestier, Veyre, Mesguich) dont les rapports avecles Lumière étaient plus complexes.20. Bien qu'il faille prendre ce chiffre avec prudence, nous avons retrouvé un seul versementeffectué par Marius Sestier pour le compte des frères Lumière: 400 Fen mai 1897au moment où la tournée australienne touche à sa fin. S'agit-il du seul versement ? Nousl'ignorons. Il est à comparer avec les informations sur la provenance des ressources liéesaux cinématographes qui figurent plus loin dans notre article. En outre, la famil1e nous aconfirmé le système des royalties.21. Comme en témoignent les nombreux films hors catalogue qui furent présentés un peupartout dans le monde. À Lyon, ville où, pourtant, les frères Lumière pouvaient contrôlerla situation, nous avons pu vérifier qu'une centaine de vues hors catalogue avaient été présentéesentre 1896 et 1902.41of India, le Advocate of India et le Bombag Gazette. Le second, parexemple, annonce de façon fort élogieuse la prochaine présentation du cinématographedes frères Lumière :The living photographyMonsieur Sestier, who arrived by the s.s. Yarra has brought to our city the Cinematograph,the wonderful invention of Messrs August and Louis Limiere (sic)of Lyons. This instrument is a wonderful improvement on the Edison Kinetoscope.We can see before it a moving panorama with living life size people.The instrument is so perfect that it can both photograph as well as project scenes.A railway train arrives, the station master is moving about, the passengersget in or alight, etc., etc. The sea waves, the smoke that cornes from a cigar orfrom some herbs that are burning, a11 this is faithfully reproduced to life and unlikethe kinetoscope, is visible to as large an audience as required.A public exhibition will shortly be given and we in India will be able to seein work the instrument which gave a vivid life size realization of the Prince ofWales' Derby in one of the London Music Halls the same night as the historieevent was run. Monsieur Sestier is open to priva te engagements22•Nous ignorons si cet article est de Marius Sestier, mais nous savons enrevanche que dès son arrivée à Bombay il va payer les services de deuxinterprètes et va apprendre lui-même l'anglais ainsi qu'en témoigne unebatterie d'exercices écrits de sa propre main. La dernière ligne de l'articleest, en outre, révélatrice du besoin de faire tourner le cinématographe, afinde rentabiliser l'affaire, en organisant à l'occasion des projections privées.L'affaire va très vite puisque dès le 7 juillet on peut lire dans le Times ofIndia l'annonce suivante:22. The Advocate of lndia, 2 juillet 1896. Traduction : Photographie vivante. Arrivé sur levapeur Yarra, M. Sestier a introduit dans notre ville le Cinématographe, invention merveilleusede MM. August et Louis Limiere (sic], de Lyon. Il s'agit d'un merveilleux progrès parrapport au kinetoscope d'Edison. Il permet de contempler un panorama animé, avec des personnagesvivants et grandeur nature.L'appareil est si perfectionné qu'il peut aussi bien servir à la prise de vues qu'à la projection.Un train arrive, le chef de gare s'active, les passagers montent ou descendent, etc. Lesvagues de la mer, la fumée d'un cigare ou d'un feu d'herbes, tout cela est représenté avecfidélité et paraît vivant, et, à la différence du kinetoscope, peut être montré à un public aussinombreux qu'on le souhaite.Une séance publique aura lieu prochainement et les spectateurs indiens pourront alorsvoir en action l'instrument qui a permis une représentation vivante, grandeur nature, duDerby du Prince de Galles, dans un music-hall de Londres, le soir même du jour où avaitlieu cette course historique. M. Sestier est disponible pour des représentations privées.42THE MARVEL OF THE CENTURY !THE WONDER OF THE WORLD ! !LIVING PHOTOGRAPHIC PICTURESINLIFE-SIZED REPRODUCTIONSBYMESSRS LUMIERE BROTHERSCINEMATOGRAPHEA few Exhibitions will be givenATW A TSON'S HOTEL ZZbisMarius Sestier s'occupera des projections et son épouse de la caisse. Grâceà son carnet de dépenses, qu'il tient de façon scrupuleuse, nous savonsquelle sera la stratégie commerciale employée. Le Watson 's Hotel est louépour quatre jours et le programme initial est instructif à plus d'un titre :1. Entry of Cinematographe ( n ° 250 : Entrée du cinématographe)2. Arrival of a Train n° 653: Arrivée d'un train)3. The Sea Bath ( n ° 11 : La baignade en mer)4. A demolition (n° 40: La démolition d'un mur)S. Leaving the factory (n° 91: Sortie des usines)6. Ladies and Soldiers on 'Wheels ( n ° 24 7 (?) : Cyclistes et cavaliers arrivant aucottage)Tout d'abord, il reprend de façon assez conventionnelle certaines bandesdont le succès en fait des morceaux obligés d'une première cinématographique: L 'Arrivée du train, La baignade en mer, La démolition d'un muret La sortie des usines23• Mais cette présentation est également l'occasiond'offrir au spectateur indien deux bandes fraîchement tournées en GrandeBretagne: Entrée du cinématographe et Ladies and Soldiers on wheels2422 bis. Traduction : LE PRODIGE DU SIÈCLE !LA MERVEILLE DU MONDE!DES IMAGES PHOTOGRAPHIQUES VIVANTESREPRODUITES GRANDEUR NATUREPARLE CINÉMATOGRAPHEDE MM. LES FRÈRES LUMIÈREQuelques séances de démonstration auront lieuÀL'HÔTEL WATSON23. La version proposée de la Sortie des usines est la première version connue, celle qui futprésentée tout au long de l'année 1895 et même au-delà, celle des « deux chevaux ... La versionretrouvée au château Lumière avec« un seul cheval» en 1987 est, vraisemblablement,la troisième version qui ne date que de septembre ou octobre 1896.24. La date de la présentation à Lyon est une indication intéressante pour connaître au moinsapproximativement le moment du tournage. Ainsi Entrée au cinématographe est présentéeà Lyon le 10 mai 1896 et Cgclistes et cavaliers arrivant au cottage le 24 du même mois.43qui ouvrent et ferment le programme proposé. L'absence de film indiensemble indiquer que Marius Sestier n'a pas eu encore la possibilité de tournerdes vues, en revanche les bandes anglaises fonctionnent comme uneaccroche pour le public de Bombay sans renoncer pour autant à l'imageautoréférente du cinématographe. Le programme est rapidement renouvelé,et le 9 juillet les spectateurs découvrent six nouvelles vues où nousretrouvons le même souci de flatter le public de la colonie britannique touten lui offrant d'autres« classiques » 25• Le séjour en Inde est, apparemment,semé d'embûches puisque Marius Sestier est conduit à changer de localà plusieurs reprises: il tente de s'installer au Noveltg Theatre à partir du14 juillet, mais des problèmes d'électricité le ramènent au Watson's. Lesennuis s'amoncellent (pluie, cyclone ... ) et mettent fin à la présentation ·du cinématographe à Bombay.En Australie, Marius Sestier va de nouveau mettre en place sa stratégieoù la presse a une fonction essentielle comme en témoigne l'article suivant:M. Sestier will shortly exhibit this wonderful invention to the Sydney Public,when an opportunity will be afforded of witnessing a series of extraordinaryLIVING PHOTOGRAPHS, Perfect in Every Detail and Full Life Size26.Cet entrefilet met clairement en évidence la caractère opportuniste desprojections réalisées par Marius Sestier. Comme cela avait déjà été le casen Inde, il est conduit à faire d'autant plus preuve d'initiative qu'il est interesséà l'affaire. Sa stratégie est à rapprocher de celle d'un Gabriel Veyrequi, au Mexique d'abord puis sur une grande partie du continent latinoaméricain,fut conduit lui aussi à« improviser» sur place. La stratégie d'unAlexandre Promio est tout autre et il ne se déplace qu'à bon escient, maisil est vrai qu'il s'agit d'un permanent des usines Lumière.Le 26 septembre enfin, après un bref séjour à Nouméa, Marius Sestierprésente, à Sydney, en privé, le cinématographe au Lyceum Theatre. Lecompte rendu du Herald (28.09.96) souligne à quel point le cinématographeLumière fit alors sensation :25. Les spectateurs peuvent voir: Babg's Dinner ( n° 82: Querelle enfantine), Rtjoicing inthe Market Place ( n° 65?: Marché), The Street'Dancers of London ( n° 249: Danseuses desrues), The Dfrer ( n° 92 : Scaphandrier), Turning the Soup-plate bg Treweg ( n° 1 : Assiettestournames) et A Match at Cards (n° 73: Partie d'écarté).26. Dailg Telegraph, 22 juillet 1896. Traduction: M. Sestier montrera prochainement cettemerveilleuse invention au public de Sydney, qui aura ainsi l'occasion de contempler unesérie d'extraordinaires PHOTOGRAPHIES VIVANTES, parfaites dans leur moindre détailet toutes Grandeur Nature.44The large audience applauded every scene with delight, but in summing up theattractions of this fascinating show the place of honour must be accorded to thosepictures that had the magic power, of the famous table cloth in the «ArabianNights », which translated those who stood upon it to foreign lands26bis_Il est instructif de mettre en parallèle la présentation effectuée àBombay et celle offerte à Sydney. Voici le programme présenté dans cettedernière ville :1. Leaving Lumiere's Factory ( n ° 91 : Sortie d'usine)2. The serpent ( n ° 90 : Serpent)3. A game of cards ( n ° 73 : Une partie d 'écarté)4. Empire theatre, London ( n ° 250 : Entrée du cinématographe)S. The Cuirassiers (peut-être une des vues entre les numéros 182 et 185)6. A baby 's quarrel ( n ° 82 : Querelle enfantine)7. Parade of the guards ( n° 257 (?): Garde montante au palais de Bucldnglzam)8. The hat trick (n° 105: Chapeau à transformation)9. Demolition of a wall ( n° 40: La démolition d'un mur)10. Watering the garden (n° 99: Arroseur et arrosé)11. Sea bathing ( n ° 11 : Baignade en mer)12. Arrivai of the Paris express (n° 653 (?): Arrivée d'un train à La Ciotat)Première constatation: le programme est beaucoup plus fourni27, maisil présente peu de variations par rapport à celui de Bombay. L'innovationest ailleurs: cette présentation est accompagnée par un orchestre dirigépar W.J. Rice, chef du Lyceum. Nous avons là un témoignage très précocede l'association de l'image et du son qui montre que, dès ses balbutiements,le cinématographe chercha un soutien musical à ses projections. Nous avonspu constater, par ailleurs, que la presse s'était particulièrement intéresséeaux vues militaires.Les séances vont désormais avoir lieu au Salon Lumière, 237 Pitt-Street,jusqu'au 27 octobre. Tout comme ailleurs dans le monde, le cinématographeva bénéficier du soutien des autorités et des hauts dignitaires dela nation28 • C'est ainsi que le gouverneur Lord Hampden assiste à une26 bis. Traduction : Le public, nombreux, a applaudi toutes les scènes avec enthousiasme,mais pour résumer les attraits de ce fascinant spectacle, la place d'honneur doit revenir àces images qui avaient le pouvoir magique de la célèbre nappe des Mille et Une Nuits : celuide transporter ceux qui s'y installaient jusque dans des contrées étrangères.27. Il s'agit d'une stratégie assez fréquente, par ailleurs, dès que l'opérateur organise unesoirée spéciale. D'habitude, les programmes ne dépassaient guère huit vues.28. Ce soutien unanime n'en cache pas moins des motivations différentes. Ainsi, au Mexique,Gabriel Veyre beneficie-t-il de la politique pro-française et anti-américaine du dictateurPorfirio Diaz.45séance le 16 octobre ce qui permet à Marius Sestier de faire passer le textesuivant dans le journal du lendemain :The last nine days of the French Cinématographe are notified at the SalonLumière, where a change of programme will introduce tableaux of « London ina Fog » the « Champs Élysées », « U nter den Linden at Berlin » and other fresh subjects.Yesterday morning M. Sestier had the honour of giving a special private exhibitionof the marvellous instrument before bis Excellency the Governor, LadyHampden, and suite. The Governor before leaving expressed to M. Sestier bis admirationof the pictures shown29 •The Australian Star ( 17.10.98) ajoute même que trente vues furent présentéesau gouverneur. Le cinématographe attire d'autres personnalitéscomme en témoigne The Sydney morning Herald (21.10.96) qui évoquela présence d'une série d'autorités ecclésiastiques: « the Primate, the Bishopof Newcastle, the Bishop of Goulburn, the Rev. Father Ryan». Cettereconnaissance officielle n'en conduit pas moins Marius Sestier à tenterde rentabiliser son appareil, comme il l'avait fait à Bombay, en proposantses services pour des projections privées:Ladies and Gentlemen, Heads of Colleges, etc., desirous to arrange seances forprivate parties should communicate with the directors at least 48 hours previously30•Enfin son portrait, photographié ou dessiné, est publié à plusieurs reprisesdans les journaux de Sydney avec des commentaires qui de nouveaumettent en avant notre homme :People prominentM. Marius SestierThe gentleman whose photograph we publish herewith first introduced the originalLumière Cinematographe to Sydney. He came out unostentatiously in one29. The Sgdneg Monzing Herald, 17 octobre 1896. Traduction : Au Salon Lumière, on annonceles neuf derniers jours du Cinématographe français, avec un nouveau programme incluantdes tableaux de« Londres dans le brouillard», des« Champs-Élysées», d'« Unter den Lindenà Berlin » et d'autres sujets inédits. Hier matin, M. Sestier a eu l'honneur de faire une démonstrationprivée du merveilleux appareil devant Son Excellence le Gouverneur, Lady du merveilleuxappareil devant Son Excellence le Gouverneur, Lady Hampden, et leur suite. Avantson départ, le Gouverneur a exprimé à M. Sestier l'admiration que lui inspiraient les imagesprojetées.30. Cet avis est publié dans la presse locale en septembre 1896. Traduction: Mesdames etMessieurs les Principaux de Collèges, etc., désireux d'organiser des séances pour des groupesprivés, sont priés de prendre contact avec les responsables au moins 48 h à l'avance.46of the French mailboats, and was immediatly seized upon by Mr. Walter Barnettof the Falk Studios, who, in conjunction with Mr. C. B. Westmacorr, arrangedfor him to exhibit his wonderful machine in Pitt-Street. The result has more thanexceeded expectations, for the place has been thronged daily ever since it was opened,and the pictures have become the talk of the town. The fotograph is reproducedby permission of the Falk Studios31 •Une dernière information intéressante nous est fournie par la publicitéque Marius Sestier fait paraître le 28 septembre où il signale qu'il présentedes vues« selected from 150 interesting subjects » 32• Le chiffre qu'il nousfournit permet de penser qu'ici comme ailleurs les opérateurs disposaientd'un corpus de vues« types» qui appartenaient pour l'essentiel aux 98 premièresvues classées du catalogue auxquelles venaient s'ajouter les« classiques» tels que Arroseur et arrosé et Arrivée d'un train à la Ciotat ainsique quelques vues<< stratégiques», en l'occurrence les films anglais. Outreces vues étrangères, des vues nationales, sur lesquelles nous reviendrons,furent également offertes avec le succès que l'on imagine.La stratégie que Marius Sestier met en place tant à Bombay qu'à Sydneynous permet de mieux appréhender le « système Lumière » sous un angleparticulier. Les informations que nous possédons font apparaître un certainflottement lorsque l'opérateur arrive sur les lieux. Cela confirme bienle caractère aléatoire des projections et des lieux choisis. Certes, nous pouvonsremarquer que Marius Sestier s'intéresse aux salles susceptiblesd'accueillir son cinématographe ( théâtres, salles de spectacles, salons photographiques... ), mais l'essentiel est pour lui de pouvoir commencer sesprojections au plus tôt car, ne l'oublions pas, il est son propre patron eta tout intérêt à faire tourner la machine. En outre, sa politique commerciales'apparente à celle d'un Veyre, c'est-à-dire qu'il est continuellementamené à se déplacer afin de trouver de nouveaux lieux de projections, peutêtreplus rentables que les antérieurs. Cela explique en particulier sesséjours dans différentes villes australiennes.31. The Referee, 14 octobre 1896. Traduction:À la une de l'actualitéM. Marius SestierM. Sestier, dont nous publions la photographie ci-contre, a été le premier à introduireà Sydney l'authentique Cinématographe Lumière. Discrètement descendu d'un paquebot français,il a été immédiatement pris en charge par M. Walter Barnett des Studios Falk, qui, encollaboration avec M. C.B. Westmacorr, lui a permis de montrer son merveilleux appareilà Pitt-Street. Le résultat a plus que dépassé les espérances, car on affiche complet depuisl'ouverture, et les images animées sont le sujet de toutes les conversations. La photographieest reproduite avec la permission des Studios Falk.32. Herald, septembre 1896.474. Une affaire qui marcheSi nous savons que le cinématographe fut une affaire en or pour la maisonLumière au moins sur deux saisons, l'absence de chiffres ne permetpas toujours de saisir le phénomène dans sa dimension financière. MariusSestier a méticuleusement noté sur un carnet les recettes et les dépensesoccasionnées par la nouvelle invention. Nous pouvons ainsi apprécier lasituation tant à Bombay qu'en Australie. Ci-dessous nous proposons untableau synthétique des recettes liées au cinématographe. Nous y avonsfait figurer le nombre de jours d'exploitation, la recette totale et la recettemoyenne journalière.VILLE JOUR RECETTE TOT ALE RECETTE / JOURBOMBAY 27 4 706,80 F 174,3 FSYDNEY (1) 26 12 934,85 F 497,5 FMELBOURNE 12 2 496 F 208 FSYDNEY (2) 43 7 518,57 F 174,85 FADELAIDE 36 6014,7F 167,07 FBR. HILL 13 1611,1 F 123,9 FPERTH 19 3 790,18 F 199,48 FCOOLGARIE 6 754,4 F 125,73 FMalgré l'apparente précision des chiffres, il serait hasardeux d'en tirerdes conclusions hâtives. En effet, s'il est clair que la « première saison »à Sydney fut incontestablement une réussite économique, trop d'inconnuessubsistent qui nous interdisent d'aller plus loin dans les déductions.Prenons ainsi les cas respectifs de l'Inde et de Bombay. Dans le premier48cas, le prix d'entrée est alors fixé à une roupie33 quel que soit le spectateur,alors qu'à Sydney le prix varie selon son âge. En 27 jours d'exploitationà Bombay, la recette s'élève à 3 362 roupies, soit une fréquentationmoyenne de 124 spectateurs par jour. Il est évidemment très délicat d'interpréterce résultat, trop de paramètres nous manquent, il est pourtant assezclair que le choix des lieux de projection ont eu leur rôle à jouer, ainsi,à Bombay, si les séances au Watson's sont bien suivies, celles du NoveltyTheatre constituent un véritable succès. Il faut d'ailleurs considérer queles deux séjours à Sydney marquent une différence due surtout auchangement de lieu. En ce qui concerne Bombay, nous savons aussi queles conditions climatiques vinrent perturber les projections et y mirentfin.Nous avons souhaité ne retenir ici que le premier séjour à Sydney qui,limité dans le temps, permet de mieux approcher le phénomène. Du lundi28 septembre 1896 au mardi 27 octobre 1896, soit en 26 jours d'exploitationeffective puisque il n'y a pas de séance le dimanche, les recettes s'élèventà plus de 517 livres sterling ce qui représente 12 934,85 francs selonles comptes et les calculs effectués par notre opérateur. C'est ainsi que serépartissent les chiffres par semaine.SEMAINE RECETTELundi 28 septembre-Samedi 3 octobre 2 848,50 FLundi 5 octobre-Samedi 10 octobre 3 422,50 FLundi 12 octobre-Samedi 17 octobre 2 581,85 FLundi 19 octobre-Samedi 24 octobre 2 970,60 FLundi 26 octobre-Mardi 27 octobre 1 121,85 FCe que nous pouvons remarquer c'est qu'au cours de ce mois de projections,l'intérêt pour le cinématographe ne s'émousse pas bien au contraire.Dans la tableau qui suit nous avons regroupé ces mêmes chiffres par jourde la semaine.33. Le cours de la roupie est alors de 1,40 F ainsi que le signale le propre Marius Sestier.49JOUR RECETTE MOYE NELUNDI (5) 2 550 F 510 FMARDI (5) 2 216,8 F 443,4 FMERCREDI ( 4) 1803 F 450,8 FJEUDI ( 4) 1 865,6 F 466,4 FVENDREDI (4) 1 989,4 F 497,4 FSAMEDI (4) 2 510 F 627,5 FCe qui peut nous surprendre, c'est la très grande régularité des recettesmis à part les samedis où le chiffre augmente singulièrement. Cette cohérencetant du point de vue hebdomadaire que journalier met en évidencele fonctionnement du cinématographe qui connaît un engouement continuelavec de rares fluctuations. Cette constance montre bien que le systèmede fonctionnement de la stratégie cinématographe ne dépend pas, dans lecas présent, du succès plus ou moins important du spectacle. Incontestablement,les projections sont des réussites et le départ de Sestier n'est dûqu'à l'échéance d'un contrat qui le lie pour une période déterminée à unesalle34• Le chiffre d'affaire total pour la tournée de Marius Sestier est toutà fait impressionnant puisqu'il s'élève à près de 40 000 F. Si nous rapportonsce chiffre aux salaires versés aux 360 ouvriers qui travaillent auxUsines Lumière en 1896/9735, il représente près de 11 700 journées detravail. Preuve si besoin en était encore que le cinématographe constituaune source très appréciable de revenus pendant les années 1895/96 et1896/97, même après que le système des concessionnaires fut abandonné.En revanche, il est plus délicat d'apprécier l'impact en termes de spectateursdans la mesure où le prix d'entrée était variable: 1 shilling pour lesadultes et moitié prix pour les enfants. En admettant une proportion de50/50, nous aurions une fréquentation moyenne de 132 spectateurs parjour. Mais il ne s'agit là que d'une estimation et en aucun cas d'une donnéefiable.34. Les renseignements que nous avons pu recueillir confirment que le système était semblableailleurs.35. Les salaires versés pour l'année 1896/97 représentent 451 842 F soit un salaire moyenjournalier par ouvrier de 3,44 F.50Marius Sestier, qui a quitté Lyon avec un capital de 14 243 francs ( dont10 000 francs en lettres de crédit), tire un incontestable profit du cinématographemême si les royalties versées aux Lumière limitent ses entrées.Un article publié dans The Bulletin nous donne des informations (peutêtretransmises par Marius Sestier lui-même) sur le système Lumière dansle monde:In London, il was speedily opposed by some 20 imitations, but this seem to havegradually lost public support. London, Paris, Manchester, Birmingham, like Australia,are understood to have each but one Lumière Cinematographe. The Londonone, at the Empire Theatre, is credited with paying the inventors f.40 royaltyevery rime it shows, and Lumière's world's total of 23 machines are estimated toreturn f.5 000 royalty monthly36•Nous ignorons le crédit qu'il faut accorder aux déclarations de ce journaliste,mais si le chiffre est exact, cela signifierait environ 125 000 F parmois ce qui est à rapprocher du chiffre de 1 060 805,09 F annoncé au conseild'administration pour l'excercice 1895/96 et de celui de 735 119, 86 Fpour l'exercice suivant. Quant au chiffre de 23 appareils, il constitue, s'ilest exact, une information tout à fait intéressante qui montre que le nombred'appareils focntionnant dans le monde était relativement restreint enoctobre 1896.Ici comme ailleurs le cinématographe fut reçu de façon très positive. Ilfaut évidemment faire la part des choses et bien comprendre que le propreMarius Sestier, dans sa statégie commerciale, fait passer régulièrement desannonces dans la presse ce qui risque de fausser notre sentiment. Pourtantcertains comptes rendus nous semblent être l'oeuvre de journalistesque notre homme ne se prive pas de solliciter. Ainsi la presse de Bombayconsacre de longs articles au cinématographe. The Times parle de l'inventiondes frères Lumière en ces termes :lt is impossible to deny that the recent invention of Messrs. Lumière Bros. isalmost the greatest scientific discovery of the age. By its means life-sized photographsare reproduced, every movement of the figure is accurate, and despite thenumbcr of changes the accuracy is maintained37•36. The Bulletin, 10 octobre 1896. Traduction: À Londres, il dut bientôt subir la concurrenced'une vingtaine d'imitations, mais celles-ci semblent avoir peu à peu perdu la faveurdu public. À Londres, à Paris, à Manchester, à Birmingham, comme en Australie, il n'y a,semble-t-il, qu'un seul Cinématographe Lumière. On croit savoir que celui de Londres, àl'Empire Theatre, verse aux inventeurs une redevance de 40 livres par séance, tandis quel'ensemble des 23 appareils Lumière, dans le monde entier, rapporterait une redevance estiméeà 5 000 livres par mois.37. Times,« Living photography ,., 7 juillet 1896. Traduction: Il est impossible de nier quela récente invention de MM. les frères Lumière soit la plus grande découverte scientifique51Les autres journaux comme The advocate of India et Bombay annoncentégalement ces séances de façon élogieuse. La presse australienne, elle aussi,ne tarit pas d'éloges. Pourtant ce que nous avons pu lire n'offre que peude différence avec les articles publiés ailleurs dans le monde ou en France.Cela tient très probablement au fait que Marius Sestier comme les autresopérateurs transmettaient aux journalistes des informations qui étaientpour l'essentiel les mêmes et concernaient le focntionnement de l'appareildes frères Lumière.L'exemple de Marius Sestier ne fait que confirmer que le cinématographea constitué indiscutablement une excellente affaire au moins pourcette période extraordinaire de 1896/1897. Au-delà la situation est moinsmaîtrisable dans la mesure où les appareils furent vendus et que les projectionsse multiplièrent. Les chiffres que les frères Lumière proposent deleur bilan pour les deux exercices qui nous intéressent montrent à l'évidenceque, pendant une courte période certes, le cinématographe fut unélément de dynamisme indiscutable pour l'usine de Montplaisir. Si le filons'épuisa, l'appareil n'en continua pas moins à favoriser les affaires de lamaison Lumière et lui permit de vendre d'autres produits photographiquesainsi qu'en témoigne cet extrait du rapport du commissaire àl'Assemblée générale du 2 octobre 1897:Ces magnifiques résultats me font vous demander de vouloir bien voter de sincèresfélicitations à votre Conseil et à vos Directeurs qui, par leurs travaux incessants,ont quintuplé vos affaires et ont donné à votre marque une réputation sanspareille et qui, par leur découverte du Cinématographe, l'on fait connaître danstoutes les parties du monde.Voilà bien une des dimensions essentielles du cinématographe qui expliquepeut-être pourquoi la production de films dura si longtemps alors quela rentabilité s'estompa rapidement : le cinématographe fut une merveilleuseimage de marque pour la maison Lumière de Lyon.Les vues australien,zesParmi les nombreuses interrogations que soulève le problème Lumière,il en est une à laquelle il n'a guère été apporté de réponses. Quel« regard»portaient les inventeurs sur les envois de leurs opérateurs ? Les documentsde Marius Sestier n'apportent que peu d'informations dans le domaine,si ce n'est celle qui figure dans le câblegramme, déjà cité, envoyé à Sestierpar les frères Lumière :ou presque de notre époque. Grâce à elle, des photographies sont reproduites grandeur nature,chaque mouvement des figures est fidèle, et cette fidélité est maintenue en dépit du nombredes changements.52Donnons exclusivité jusque mois de mai. Expédions pellicules. Choisissez mieuxsujets. Lumière ( reçu le 2 7 septembre).Si l'information est brève, elle n'en est pas moins révélatrice de la positionque les inventeurs adoptent par rapport aux vues qu'ils reçoivent. Laremarque porte en effet, non sur les qualités esthétiques des documents,mais bien sur leur« sujet». Le catalogue, sur lequel les Lumière ont la hautemain, apparaît dès lors comme le lieu d'un choix plus idéologique qu'esthétique.Leur souci, finalement, ne porte pas tant sur la qualité des films- ce qui explique d'ailleurs la disparité des vues animées - mais sur uncontenu propre à intéresser un vaste public. La remarque du câblegrammeévoque apparemment des vues tournées par Sestier, mais ne figurant pasau catalogue. Cela met bien en évidence le rôle de « producteur » avant lalettre qui était celui des inventeurs du cinématographe.Selon les informations dont nous disposons, il ne semble pas que MariusSestier ait tourné de vues en Inde; en tout cas, elles ne furent pas présentéesau public indien.

 

La presse de la plus grande ville australiennede l'époque38 va évoquer le tournage de vues lors du Derby de Melbourne,vues dont certaines figurent au catalogue ( n ° 418-423). The Age ( 16.11.96)souligne les circonstances de ces tournages :During the recent racing festival at Flemington the Lumiere Cinématographewas used for the first time in this part of the world to secure moving pictures ofthe Derby, the Cup race, and numerous scenes on the lawn. It was chiefly in thenature of an experiment, but many will feel gratified to know that most of theprincipal views taken have been successfu11y developed. When these are shown,as they will probably be next week, it is safe to say that they will attract considerableattention, for by this means those who witnessed Newhaven's double triumphwi11 be able to enjoy the sight over again, and those who did not see it wi11 nowhave an opportunity of so doing, through the medium of this wonderful instrument.Besides this there will be varions pictures of promenaders on the lawn, includingthe arriva] of the vice-regal party. The Lumiere Cinématographe finishes itsexhibitions at the Princess's Theatre on Friday night, and will thereafter be onview in the city38bis.Dès le 17 novembre d'ailleurs plusieurs de ces vues sont présentées aupublic de Melbourne dont Hemington on cup day et The arrival of his Excellencythe Governor. De retour à Sydney, Marius Sestier va présenter l'ensembledes vues prises lors du Derby ainsi qu'en témoigne le Star (21.11.96)qui signale que 15 vues de la Cup vont être présentées ainsi que cinquantetableaux provenant de Londres, Paris, Moscou et Madrid. Le programme38. En 1900 la population de Sydney est de 410 000 habitants alors que Melbourne encompte 451 000.38 bis : Traduction : Lors des récentes courses de Flemington, le Cinématographe Lumièrea été utilisé - pour la première fois dans notre partie du monde - pour enregistrer desimages animées du Derby, de la course de la Coupe, et de nombreuses scènes montrant lepublic. Il s'agissait principalement d'une expérimentation, mais on sera heureux d'apprendreque la plupart des principales prises de vues ont été développées avec succès. On peutprédire q·1e lorsque ces vues seront montrées - probablement la semaine prochaine - ellesattireront une attention considérable, car grâce à elles ceux qui ont assisté au doubletriomphe de Newhaven pourront contempler ce spectacle une nouvelle fois, et ceux qui nel'ont pas vu auront désormais l'occasion de le voir, par le truchement de ce merveilleux instrument.Il y aura en outre diverses images des turfistes se promenant, notamment cellesde l'arrivée du Vice-Roi et de sa suite. Le Cinématographe Lumière termine ses séances auPrincess's Theatre vendredi soir, mais sera ensuite montré dans notre ville.54de cette nouvelle saison à Sydney nous permet de découvrir dès le24 novembre au Criterion Theatre l'ensemble des vues prises lors de la Cupà Melbourne:1. Arriva! of Train, Hill Platform2. The Lawn near the Band Stand3. Arrivai of H. E. Lord Brassey and Suite ( n ° 419 du catalogue)4. The Sadding Paddock ( n ° 420)S. Finish of Hurdle Race, Cup Day ( n ° 422 ? )6. Lady Brassey placing the Blue Ribbon on« Newhaven»7. N ear the Grandstand8. Afternoon Tea under the Awning9. «Newhaven» his Trainer, W. Hickenbotham, andjockey, Gardiner (n° 423)D'une façon générale les vues tournées en Australie l'ont été par MariusSestier, mais certaines coupures de presse laissent entendre que le travailde prise de vues fut effectué conjointement par Sestier et son collaborateurH. Walter Barnett. Cette seconde saison à Sydney, qui va se prolongerjusqu'au 23 janvier 1897, propose un choix de vues bien plus« nationalistes » que la précédente. On pourra ainsi voir les nouvelles vuesaustraliennes suivantes : N.S. W. Horse Artillery at Drill, Victoria Barracks,Sgdneg (24.01.96) et Passengers leaving s.s. «Brighton», at Manlg, Sundagafternoon (24.01.96)39•Des films que nous avons pu visionner, La foule est une saisie ponctuelledes allées et venues des spectateurs où le cinématographe fait officed'étrave et de chaque côté, la multitude s'écoule tandis qu'un certain nombrede curieux s'arrêtent pour observer avec un intérêt non dissimulél'étrange machine. Construite à partir d'une perspective très classiquel'Arrivée du gouverneur ne brille guère par son originalité et seul l'équilibretemporel entre le temps d'avant et celui d'après l'arrivée du gouverneurindique un savoir-faire. Nous sommes loin de la plastique et de lacomposition des vues tournées par Alexandre Promio40• Ces trop brèvesremarques devraient être complétées par l'étude de l'ensemble des vuesSestier. Elle nous permettrait de mieux comprendre non seulement leregard de Marius Sestier, mais également celui des frères Lumière dontles choix idéologiques restent encore à définir.39. Sestier et Barnett sont probablement les auteurs de la vue 652 qui figure au cataloguesous le titre Arrivée d'un train à Melbourne.40. Nous remercions ici les Archives du Film et sa directrice Mme Michelle Aubert qui nousa aimablement autorisé à visionner ces films. Nous remercions aussi M. Jean-Loup Bourgetpour la traduction en note des citations.556. V ers une approche du sgstème LumièreIl serait évidemment hasardeux de vouloir appliquer à tout le systèmeLumière, l'exemple de Marius Sestier. Pour pouvoir opérer ce type de glissement,nous devrions pouvoir disposer de plusieurs autres expérienceset documents. Pourtant les informations que nous avons pu collecter surd'autres opérateurs et sur les frères Lumière eux-mêmes nous autorisentà avancer quelques hypothèses que de nouvelles découvertes, nous l'espérons,viendront confirmer.La notion d '« opérateur » aux usines Lumière est à analyser avec unegrande prudence. Il faudrait dans un premier temps distinguer l'opérateurpreneurde vue que nous appellerons, comme cela se faisait à l'époque,« cinématographiste » et l'opérateur-projectionniste dont le rôle consistaitessentiellement à « tourner la manivelle » lors des séances de projection.À la première catégorie appartiennent des gens comme Alexandre Promio,Charles Moisson ou Marius Sestier, à la seconde Francis Doublierou Marius Chapuis. Il n'est évidemment pas exclu que certains aient pu,temporairement, glisser d'un terrain sur un autre comme dans le cas célèbrede Félix Mesguich ou celui de Marius Sestier qui était à la fois projectionnisteet cinématographiste. Le statut des opérateurs permet de faireapparaître deux grandes catégories de collaborateurs : ceux attachés auxusines Lumière comme Charles Moisson ou Alexandre Promio41 et les opérateursindépendants qui, contractuels,« empruntaient» un cinématographeet versaient des royalties. De nouvelles découvertes devraient nouspermettre d'avancer sur ce terrain.Nous savons que dès le début la concurrence exercée sur le« cinématographe» Lumière fut très forte et qu'elle n'hésita pas à jouer sur la confusionpour tenter d'occuper la place. Ainsi les cinématographes en tout genrevinrent marcher sur les plates-bandes de l'appareil des inventeurs lyonnais.Il est pourtant clair que cette concurrence n'inquiéta pas outre mesurela maison de Montplaisir. Il faut, croyons-nous, y voir deux raisons :l'impossibilité de se lancer dans de multiples procès de par le monde, maissurtout le fait que cette concurrence, loin d'enrayer le phénomène ne fitque le développer. En effet, en se servant du même nom les concurrentstentaient de profiter du succès du cinématographe, mais a contrario ils nefaisaient que divulguer encore le nom choisi par les Lumière. Cet effet-41. Le rôle d'Alexandre Promio est, disons-le encore, absolument fondamental aux UsinesLumière. Pourtant, s'il est indéniablement attaché à ces usines, nous avons pu constater qu'ilcombinait ces activités avec d'autres ce qui en fait un personnage atypique.56boomerang semble avoir laissé une trace dans le compte rendu del' Assembléegénérale de 1897 où il est signalé que:Malgré la concurrence qui a pris naissance de toute part, le cinématographe afourni cette année des résultats supérieurs à ceux de l'exercice précédent.Encore faut-il ajouter que le problème est devenu complexe puisque entretemps le système a changé et que les frères Lumière ont abandonné celuides concessionnaires pour la vente directe d'appareils et de bandespelliculaires.La stratégie commerciale d'un Sestier met en évidence le caractère aléatoiredes projections qui ne sont souvent organisées qu'une fois sur placeet en tenant compte évidemment des impératifs de programmes. Habituellementles projections ne cessent que parce que l'opérateur se trouve dansl'impossibilité de prolonger les séances ( conditions matérielles, conditionsatmosphériques ou planning des salles). On ne peut pourtant pas ne pasêtre étonné par l'intelligence commerciale de Marius Sestier qui, dès sonarrivée, prend des contacts, apprend la langue du pays ou fait passer denombreux articles dans la presse bien avant qu'il ne sache où les projectionsauront lieu. Intelligence aussi lorsqu'il s'agit d'« aborder» la concurrence.Ici encore, la confrontation avec d'autres sources seraient trèsinstructives, mais l'exemple d'un Gabriel Veyre au Mexique relève d'unedémarche sinon identique tout au moins similaire.Les dernières interrogations portent sur l'efficacité commerciale et laréussite esthétique des vues. Dans le premier cas, il est clair, vu le modede gestion de Marius Sestier, que raffaire est tout à fait viable et mêmeparticulièrement rentable. Qu'en a-t-il été dans les autres cas? Là égalementdes chiffres permettraient d'en savoir davantage. Quant à la<< production» Lumière, nous croyons avoir montré qu'il y avait là l'ébauched'un système qui laissait à l'opérateur le libre choix pour le tournage desvues et même pour leur présentation in situ. Par ailleurs, la vitrine queconstituaient les Catalogues se construisait à partir d'une volonté d'ordreplus idéologique qu'esthétique. Mais l'exemple de Marius Sestier n'est unepierre dans un édifice autrement complexe.

57CHRONOLOGIEDATE ET LIEU ÉVÉNEMENT01-07-96 (Bombay) Arrivée de Marius Sestier08-07-96 (Bombay) Première publique et payante du cinématographe15-08-96 (Bombay) Dernière projection publique du cinématographe09-09-96 (Albany) Présence de Marius Sestier12-09-96 (Adélaïde) Présence de Marius Sestier14-09-96 (Melbourne) Présence de Marius Sestier16-09-96 (Sydney) Arrivée à Sydney21-09-96/25-09-96 (Nouméa) Marius Sestier à Nouméa ( dates probables)26-09-96 (Sydney) Première privée au Lyceum Theatre28-09-96 (Sydney) Première publique et payante du cinématographe27-10-96 (Sydney) Dernière projection publique du cinématographe04-11-96 (Melbourne) Première du cinématographe20-11-96 (Melbourne) Dernière projection publique du cinématographe24-11-96 (Sydney) Début de la seconde saison du cinématographe28-12-96 (Adélaïde) Première publique et payante du cinématographe23-01-97 (Sydney) Fin de la seconde saison du cinématographe06-02-9 7 (Adélaïde) Dernière publique et payante du cinématographe06-02-97 (Perth) Première publique et payante du cinématographe20-02-97 ( Broken Hill) Première publique et payante du cinématographe27-02-97 (Perth) Dernière publique et payante du cinématographe06-03-97 ( Broken Hill) Dernière publique et payante du cinématographe06-03-97 ( Coolgarie) Première publique et payante du cinématographe12-03-97 ( Coolgarie) Dernière publique et payante du cinématographe17-07-97 (Lyon) Marius Sestier est de retour à Lyon58

Albany, 18 janvier 1897, passagers.

Albany. 31 janvier 1897. passagers

Albany, 2 avril 1897, passagers

 

1901: Marius Sestier, 9, cours de la Liberté, Lyon.

Et après...

recensement 1906 (Sauzet)

"Dans le canton de Marsanne, M. Aymé-Martin aura, dit-on, comme concurrent soit M. Puissant, soit M. Marius Sestier, pharmacien à Lyon, attaché à la Société Lumière.Journal de Montélimar, 20 juillet 1907, p. 2.

recensement 1911 (Lyon 3e)

1920: Pharmacien. 9, cours de la Liberté.

Produits Spéciaux des Laboratoires LUMIÈRE. PARIS, 3, Rue Paul-Dubois-Marius SESTIER, Pharm., 9, Cours de la Liberté, LYON.

Manufacture Française des Produits "Regia". (Le Salut Public, Lyon, samedi 24 avril 1920, p. 6.). M. Marius Sestier, pharmacien demeurant à Lyon, avenue de Saxe nº 186. (Administrateur). Henri Lumière et Paul-André Vigne sont également administrateurs.

Sources

JACKSON Sally, "Marius Sestier".

MARTIN-JONES Tonay, "Marius Sestier and the Lumière cinématographe in India". 3 septembre 2020. http://www.apex.net.au/~tmj/sestier-in-India.htm [03.09.2020].

Messageries-maritimes

SEGUIN Jean-Claude, "Marius Sestier, opérateur Lumière. Inde-Australie: juillet 1896-mai 1897", 1895, revue d'histoire du cinéma, 1994, p. 34-58.

SEGUIN Jean-Claude, "Entretien avec Jean SESTIER, petit-fils de Marius SESTIER", Marseille, 1993 (Video).

SESTIER Marius, "Publicité" (cahier personnel), janvier-août 1896.

SESTIER Marius, "Sydney" (cahier personnel), août 1896-janvier 1897.

SESTIER Marius, "Adelaïde" (cahier personnel), décembre 1896-février 1897.

SESTIER Marius, "Crédit Lyonnais", 1896.

SESTIER Marius, "Expedit hors rayons", 1896-1897

SESTIER Marius, "Carnet de compte", 1896-1897.

Remerciements

Jean Sestier.

3

1896

The Crowd Disembarking From a Manly Boat

MELBOURNE CUP

  • 1. Arrival of Train at Hill platform, Cup Day.
  • 2. Arrival of Lord and Lady Brassey at Flemington.
  • 3. On the Lawn, near the Grand Strand.
  • 4. Start of Cup Race.
  • 5. Finish of Cup Race.
  • 6. Lady Brassey placing the blue ribbon on Newhaven.
  • 7. Finish of Hurdle Race.
  • 8 Newhaven, his trainer Higinbotham and Jockey Gardner

*The Austral Wheel Race

Arrival of S.S. Brighton at Manly

New South Wales Artillery at Drill

Sea and Breakers. Coogee Bay 

4

30/06-26/08/1896 Inde Bombay Wastons' Hotel/Novelty Hotel cinématographe Lumière
18/09/1896 Australie Sydney Lyceum Theatre cinématographe Lumière
26/09/1896 Australie Sydney Lyceum Theatre cinématographe Lumière
28/09-27/10/1896 Australie Sydney Salon Lumière (237 Pitt Street) cinématographe Lumière
         
         

 

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