COURSES DE TAUREAUX

860 861 862 0863
Transport de cages École de tauromachie Encierro de toros Sortie de la quadrille
0864 0865 0866 0867
Picadors Passements du manteau Banderilleros Banderilleros
0868 0869 0870 0871
Estocada Mort du taureau Enlèvement d'un cheval
et d'un taureau
Départ

1

Courses de taureaux

1898-01

2

1 Lumière 860-871 (AS 159-161; 419-427)   
2 n.c.  
3 [03/04/1898]-[10/04/1898] ; 03/05/1898   
4 Espagne, [Séville] ; France, Nîmes  

3

10/01/1899 Italie, Udine Cinematografo Lumière Corrida de toros
18/01/1899 Costa Rica, San José Juan Garcia & Sr. Almirall La corrida de toros
26/07/1899 EspagneSantander Juan Minuesa La corrida de toros
21/09/1899 FranceNîmes Estanislao Bravo Course de taureaux à Nîmes
04/11/1899 France, Rouen La fileuse de verre Les Courses de taureaux aux arènes romaines de Nìmes

4

 

Progression narrative : le cas Courses de taureaux Lumière du 8 mai 1898

Thierry LECOINTE

Dans un contexte de stagnation des formats des vues, de quasi-absence de renouvellement des sujets et d’organisation inchangée des séances, le spectacle cinématographique amorce une nette récession dès décembre 1896. Cela n’a pas échappé à la maison Lumière, laquelle, compte tenu de la conjoncture en 1897, va procéder à une redéfinition de ses vues. Le récit est une possibilité qui est développée. La nature du spectacle tauromachique a conduit les Lumière à allonger le métrage (à moins qu’une volonté d’allonger les métrages ne les ait conduits vers la corrida), relier entre eux les éléments et dès lors engager une narration distribuée sur plusieurs tableaux et non enclose en une seule vue. Dans son registre privilégié, qu’on a coutume de baptiser " scènes de genre ", Lumière planifie le tournage d’une série de vues tauromachiques en 1898. Personne ne doute de l’intérêt que présente la corrida, compte tenu de la récurrence des enregistrements depuis celui qu'a réalisé Promio à Madrid. Le tournage s’inscrit dans une dynamique commerciale visant clairement à produire la première vue longue (200 mètres), non seulement de la filmographie Lumière, mais aussi du marché français. Conscient des problématiques associées au déroulement des courses, Lumière va mettre en œuvre des moyens techniques inhabituels pour un film voulu exceptionnel. Un opérateur, qui pourrait être Antoine Lumière – le père –, accompagné d’un assistant, s’installe dans les arènes de Nîmes le 8 mai 1898 :

Derrière le burladero situé sous la présidence s'élève un tréteau. Qu’es aco ? se demande le public. Nous allons au renseignement et nous apprenons que M. Lumière, le photographe bien connu, s’est installé là pour cinématographier la corrida. Ce n’est pas sans peine parait-il que le grand artiste a pu faire son installation.
Quelque intransigeant de la direction, zélé serviteur sans doute, avait carrément refusé l’autorisation.
On fut obligé d’en appeler à M. le Maire, à la commission des monuments historiques et c’est grâce à eux que dans toutes les capitales on pourra se rendre compte d'une corrida de toros à Nîmes, dans notre plaza, orgueil de la cité.


Le Petit Méridional, 9 mai 1898. 

Ils se positionnent sur un échafaudage situé face au toril, sous la présidence, avec deux cinématographes dont les trépieds étaient imbriqués. L’intérêt de ce dispositif étant de disposer d’une caméra approvisionnée et opérationnelle (rechargement des appareils dévolu à l’assistant) tout en gardant le même point de vue. Des dix bobines enregistrées, une n'est pas exploitée au sein du catalogue Lumière.

À ces neuf vues, il en est ajouté trois autres pour proposer dans le catalogue une série complète intitulée « DIVERS – Courses de Taureaux ». Sous ce titre général, on y retrouve les vues : Transport de cages (860), École de tauromachie (861), Encierro de toros (862), Sortie de la quadrille (863), Picadors (864), Passements du manteau (865), Banderilleros (866), Banderilleros (867), Estocada (868), Mort du taureau (869), Enlèvement d'un cheval et d'un taureau (870) et Départ (871).

La numérotation des bobines, leur classement ainsi que les titres attribués montrent une organisation scénaristique et la déstructuration chronologique des bandes tournées à Nîmes (863 à 871). Lumière a bien cherché à restituer les préparatifs et le déroulement d’une seule course dans le respect du scénario - aucun sous-titre ne faisant référence à plusieurs courses – et non pas à retranscrire une corrida à Nîmes dans sa stricte chronologie. Les techniques de tournage et l’exploitation des bobines ont donc radicalement évolué par rapport aux années 1896/1897. Le principe du " dérushage " est adopté puisque la production abandonne une bobine pourtant exploitable. Les douze vues rangées dans un ordre spécifique, cataloguées dans le cadre d’une série, deviennent pratiquement indissociables. Elles peuvent donc constituer une vue longue. Le rangement des bobines dans l’ordre imposé par le protocole et les tercios en vigueur dans la corrida constitue alors déjà une forme de proto-montage. L’entreprise Lumière connaît-elle Ferdinand Itier ou son film, La Corrida du 4 juillet au point de s’en inspirer ? Force est de constater que le réalisateur nîmois a produit un film précurseur dans la mise en œuvre de vue longue.

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