George Henry ROGERS

(Newark, 1875-Neuilly-sur-Marne, 1912)

rogers george

Jean-Claude SEGUIN

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Antoine ou George H. Rogers (-< 1912) épouse Antoinette Kuebler (1853-). Descendance :

  • George Henry Rogers (Newark, 08/07/1875-Neuilly-sur-Marne, 21/10/1912) épouse (New York, 27/09/1905) Jeanne, Claire, Mathilde Papin (Paris 14e, 26/04/1878-Paris 18e, 15/11/1939) [épouse (Montigny-la-Resle, 21/07/1928. Divorce 17/10/1928) en secondes noces Lucien, Maximilien Darlot (Montigny-la-Resle, 24/10/1874, Montigny-la-Resle-).

2

D'origine américaine, George Henry Rogers, alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme, est engagé par l'empresario et directeur de théâtre américano-hongrois Bolossy Kiralfy. Ce dernier et sa troupe organisent une tournée en Europe afin de présenter leur grandiose spectacle L'Orient. À Paris, le spectacle est inauguré le 19 août 1899 au Théâtre Géant Columbia  dont il est le directeur général.​

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Bolossy Kiralfy (Hongrie, 01/01/1848-Battersea, 06/03/1932)  Jean de Paléologue, Théâtre Géant Columbia, L'Orient, 1899
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Théâtre Géant Columbia à la Porte-Maillot. Paris (1899)

À cette époque, la Warwick Trading Company tourne quelques scènes du "zoo humain", Savage South Africa, dont le manager n'est autre qu'Imre Kiralfy, le frère de Bolossy. La Biograph impressionne également quelques vues.

1899 savage south africa
Landing of Savage South Africa at Southampton ([Biograph], 1899)

C'est grâce aux souvenirs de Charles Urban que nous connaissons mieux les circonstances de sa rencontre avec Rogers. Alors que ce dernier travaille pour Bolossy Kiralfy, il croise la route du photographe et cinématographiste américain Burton Holmes qui se trouve alors à Paris:

During his visit to the Paris Exhibition he ran across a young chap lounging disconsolately on one of the benches. Sighting Holmes, he accosted him and was engaged to act as guide and carry the slide camera and plates. This young man's name was George Rogers who had been property master for M. Bolossy Kiralfy of America who had brought over 800 artists and workers to operate the gigantic Columbian Show which had been planned. Large properties, costumes and scenic effects were also brought which were in charge of Rogers.
Before the Paris Exhibition opened the money ran out and left the whole troupe of 800 personnel absolutely stranded in Paris. Rogers was one of them. The show never opened. The venture was a serious loss. Bolossy Kiralfy was a brother to Imre Kiralfy, who presented Londoners with several seasons of spectacular shows at the ?(White City) Earl's Court. Venice in London was the first and most successful of the annual shows.


URB, 1999: 61.

En réalité, le spectacle a été repoussé de plusieurs mois, mais il a bien été inauguré, même si les resultats n'ont peut-être pas été à la hauteur des espérances de son promotteur. Toujours est-il que Burton Holmes va prendre sous sa aile George Rogers et en faire son factotum.

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Burton Holmes

Lorsqu'il passe à LondresBurton Holmes confie son jeune protégé à Charles Urban et ce dernier va le prendre dans son entreprise :

When Holmes stopped off in London to see me, he said - 'Damm'it, Urban, I could not see a fellow American in this plight in a foreign country, so I brought him over with me as I am certain you can find him a job with your company. He seems clever and I think he may prove useful'. Rogers was glad when I offered him a job as porter in the stores and shipping department. Three months later I put him in charge of this, including the supplies and packing department.


URB, 1999: 62.

The Warwick Trading Company de Paris (novembre 1902-mars 1903)

Mème si la Warwick ne dispose pas encore d'un local à Paris, la société entretient déjà de bonnes relations avec des maisons françaises, en tout cas, avec Georges Méliès auquel il confie le tournage du Sacre d'Édouard VII (mai/juin 1902). L'idée de disposer d'une succursale fait son chemin et c'est George Rogers qui est chargé de cette mission en raison, en particulier de sa connaissance de langues étrangères :

Several years later, I opened a branch office in Paris in the Passage de la Opéra and as Rogers had full command of French, German and the Russian languages, I appointed him manager of this branch at four times the salary at which he started.


URB, 1999: 62.

Comme le précise Charles Urban, l'établissement ouvre en novembre :

In paris, I should tell you, we have an office, which was opened in November last, where I have the full control of all the Warwick Trading Company's products.


The Era, Londres, samedi 2 mai 1903, p. 21.

L'une des premières traces de cette inauguration se trouve dans une annonce de The Era publiée le 13 décembre suivant.

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The Era, Londres, samedi 13 décembre 1902, p. 36.

Sous l'impulsion de George Rogers, la succursale parisienne va se développer et gagner en importance, arrivant même à concurrence la maison mère :

A l’origine, M, Charles Urban avait créé à Paris une maison de vente dont il avait confié la direction à un principal disciple et compatriote, M. Rogers. Celui-ci avait comme son maître l’amour du métier, il se consacra si ardemment à la maison parisienne que celle-ci atteignit bientôt un développement égal au siège de Londres.


L'Information financière, économique et politique, Paris, lundi 22 avril 1907, p. 2.

The Charles Urban Trading Company (Continental Blanch) (Paris, avril-octobre 1903)

En février 1903, Charles Urban quitte la Warwick Trading Company pour fonder la Charles Urban Trading Company, annoncée dans la presse britannique dès le mois d'avril 1903. Pendant quelques mois, Charles Urban va continuer à exploiter sa filiale sous le nouveau nom de Charles Urban Trading Company.

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The Era, Londres, samedi 4 avril 1903, p. 33.

Quelques mois plus tard, Charles Urban revend le fonds de commerce à George Rogers :

M. Urban pouvait difficilement mener de front deux affaires aussi importantes et leur donner à toutes deux l’extension dont elles étaient susceptibles. M. Rogers sentait de son côté que la maison de Paris pouvait atteindre entre ses mains un très gros chiffre d’affaires, il proposa donc à M. Charles Urban d’acheter et d’exploiter pour son compte la maison de Paris. Celui-ci accepta.


L'Information financière, économique et politique, Paris, lundi 22 avril 1907, p. 2.

C'est en effet en octobre que George Henry Rogers récupère le fond de commerce ;

AVIS D'OPPOSITION
Suivant acte sous seing privé, en date à Paris, du huit octobre mil neuf cent trois, M. Charles Urban, demeurant à Paris, 33, passage de l'Opéra, a vendu à M. George.H. Rogers, demeurant à Paris, 33, passage de l'Opéra, le fonds de commeerce ayant trait à la fabrication et la vente d'appareils photographiques, cinématographes, etc., qu'il exploite à Paris, 33, passage de l'Opéra, sous le nom ou désignation de Charles Urban Trading Company, avec le droit au bail, pour entrer en jouissance immédiate.
Les oppositions doivent être faites au domicile du soussigné.
G.H. Rogers.


La Loi, Paris, 11 octobre 1903, p. 3.

Société Rogers et Roux (octobre 1903-1906)

Afin de pouvoir gérer le fonds de commerce qu'il vient d'acquérir, George H. Rogers va constituer une société avec Paul, Joseph Roux.

En conformité de l'art. 6 chap. 2 des statuts de votre Société, il a été expressément convenu que tous les effets des apports des fondateurs, MM. Georges-Henry Rogers et Paul-Joseph Roux remonteraient retroactivement au 1er novembre 1905 et que les bénéfices acquis de 1er novembre au 31 octobre 1906 tant pas la Société Rogers et Roux (ancienne maison Charles Urban Trading Cy de Paris) que par la société de l'Eclipse, profiteraient par moitié aux apporteurs et pour l'autre moitié à la Société.
Il résulterait de cette clause, pour les actionnaires de la Société Générale des Cinématograpres Eclipse un bénéfice de six mois d'exploitation pour deux mois d'existence.
J'ai procédé à l'examen de la Compagnie de la Société Rogers et Roux, ainsi qu'à celui de votre comptabilité.
[...]
Les résultats de l'exploitation de l'année 1905-1906 de la Société Rogers et roux pour dix mois et de la Société générale des Cinématographes Eclipse pour deux mois, se sont élevés bruts à 272.689 fr. 80 et nets à la somme de 162.644 fr. 05.
[...]
Conformément à l'art. 6 chap. 2 des statuts ces bénéfices nets appartiennent: moitié, soit 65.231 francs 50 à la Société Rogers et Roux et l'autre moitié, 65.231 fr. 50 à la Société générale des Cinématographes Eclipse.Les Assemblées générales, 10 janvier 1907, Fasciscule 1, 3e année, p. 103-104

La guerre russo-japonaise (1904-1905)

 

1903 [sic]: With the start of the Russo-Japanese War I secured permission
through our War Office and the Japanese embassy to send one camera man with
the Jap forces - headquarters Yokohama. I wanted both sides covered and
succeeded to get similar facilities for Mr. George Rogers, my Paris manager, to
accompany General Kuropatkin of the Russian forces, through Siberia to the

scene of action.63 Joe Rosenthal, whose experiences during the Boer War stoodscene of action.63 Joe Rosenthal, whose experiences during the Boer War stoodhim in good stead, got to the war zone first. He got many very interestingpictures of the life in the Jap army, though little actual fighting, though he tooksome incidents connected with the fall of Port Arthur - which ended the war infavour of the Japs.Rogers, who was halted on many occasions during the slow progress of Russiantroops and equipment via the single track Siberian railway and by sledges onthe ice across Lake Baïkal, actually never reach[ed] Yokohama or Tokyo untilafter the war had ended. He did secure some highly interesting phases of lifeamongst the Chinese and Russian peasantry. Remember this was forty yearsago and the natives of either country were primitive and village life veryelementary. Sorne of the Chinese pietures of methods of torture were mostrealistic, especially one of an execution of thirty-two prisoners by lopping offtheir heads with a sword. These have been shown privately, but were toogruesome for the public.In 1899 I had entered into agreement with the Jap firm Assanuma andCompany, London agents for Japanese interests to supply them with six prints[ of] full length films of everything we issued. In the course of a year thisamounted to a tidy business, which however gradually declined after threeyears, where the order was reduced to one print each. I had similar dealings forChina, where I sent the films direct to the Shanghai agent, a Chinaman.Through him we leamt that our subjects were gaining in popularity, though thephotographie quality was not equal to our former standard in Japan. We alsolearnt that our films were being shown in Manila, Philippines, to which countrywe had not made any shipments up to that tirne.

Il est le cinématographiste qui filme, du côté de l'armée russe, la guerre russo-japonaise en Russie et en Mandchourie. Un autre opérateur, Joseph Rosenthal filme le conflit du côté japonais. Rogers se trouve en Russie dès le mois de mai 1904 où il est également le correspondant pour deux journaux français, La Patrie et La Liberté:

In Russia Mr. Urban's chief operator, Mr. George Rogers, who is also doing work for two French journals, "La Patrie" and "La Liberté," has, mainly through French influence and the recommendation of Lord Stanley, succeeded in reaching Harbin. Upon reaching Irkutsk the military transport authorities informed him that if he wished to proceed eastwards he must provide his own means. He was compelled in consequence to buy ponies and a sleigh, with the aid of which he crossed Lake Baikal. He despatched a number of interesting pictures showing the Russian soldiers being moved through Siberia. They are now at the St. Petersburg Custom House.


Talking Machines News, Vol. II, nº 1, Monday 2 may 1904, p. 26.

Parmi ses films, on peut voir la décapitation d'un bandit chinois entre autres:

Un de nos correspondants en Extrême-Orient, M. Rogers, a pu photographier quelques-unes de ces horribles scènes. Une des tortures le plus souvent appliquées par les bourreaux chinois aux Kougouzes est celle du crucifiement. Le patient est suspendu à une croix par de minces cordages qui ne tardent pas à pénétrer dans les chairs, à couper les veines, à arrêter la circulation du sang...


La Vie illustrée, nº 299, Paris, 8 juillet 1904, p. 228.

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" Notre correspondant en Mandchourie, M. Rogers, cinématographiant une exécution de Koungouzes "
La Vie illustrée, nº 299, Paris, 8 juillet 1904, p. 228.

Ce voyage est également l'occasion pour la Urban Trading Company de faire sa propre publicité en rapportant une anecdote montrant que le nom de Urban est plus efficace qu'un passeport:

Urban Notes.
Some amusing incidents happened to Mr. Rogers, the Urban correspondent, during his recent tour through Siberia and Manchuria, and they serve to show the ignorance and credulity which may be found in out-of-the-way places. Though Mr. Rogers was provided with the ordinary passports, he found that occasionally they did not carry him through with success. Having a bright inspiration at one critical moment, he displayed the well-known Urban pocket-book with the shield of the company engraved in gold on it, and the effect was magical. His scheme worked perfectly ; the Cossack and other officials gravely saluted and allowed him to pass, their idea obviously being that the shield was the crest of some famous Russian noble, to whose suite Mr. Rogers was attached. On several subsequent occasions he found that this pocket-book was more efficacious for the purpose indicated than his proper passes, and. accordingly, he used it with complete satisfaction to all parties concerned. Nobodv was, of course, a penny the wiser of worse.


London and Provincial Entr'acte, London, Saturday 18 February 1905, p. 7.

PARIS
[...]
Hotel Astoria
[...]
Mr. George Henry Rogers of New York, left yesterday for Roumania.The New York herald, mercredi 27 janvier 1909, p. 4.

La société Eclipse (1906-1912)

En 1906, il fonde avec Paul, Joseph Roux, la société Eclipse. En 1908, il voyage aux États-Unis à bord de La Savoie et accoste à New York, le 25 juillet 1908. Arrivée sur le territoire américain, il sollicite un passeport auprès des autorités, puis continue sa route vers le Mexique d'où il revient le 20 septembre 1908. Il effectue ce voyage avec son épouse. En février 1909, on le retrouve à la société Éclipse qu'il représente lors du Congrès International des Editeurs de Films.

1909 congres editeurs films
Congrès International des Editeurs de Films (février 1909).

En 1910, il travaille toujours pour la Charles Urban Trading Co. comme en témoigne l'article suivant:

The Charles Urban Trading Co., Ltd.
This company have shown that they can compete with their confreres when it comes to topical pictures, and although they only produced a comparatively short length the quality was excellent, and the speed at which the orders were fulfilled shows that they were well up to their work. The length was 380 feet, supplied at 4d. per foot. Mr. Rogers took the positive by the 2.20 train to Paris, and it was shown there on the Friday night. Copies were also despatched by the Australian mails, and they managed to despatch all orders up to time. The Urban Trading Company had several positions on the route, and the picture taken at Hyde Park Corner was considered the best, and was used for reproduction. Unlike most other pictures the Urban film was taken "broadside on," and this had the advantage of making the profiles of individuals in he procession easily distinguishable. The picture also gave a good idea of the vast crowds of spectators who assembled for the event.


Kinematograph Weekly, Thursday 26 May 1910, p. 17.

Il semble cesser ses activités en 1913:

Mutations.
L'Eclipse de Berlin, représentée par M. George Rogers, a été cédée à M. Frank Bates, négociant à Courbevoie-sur-Seine, annonce un de nos confrères.


Comoedia, Paris, 27 août 1913, p. 4.

La revue Ciné-Journal annonce la disparition de George Rogers en octobre 1912 :

MORT DE M. G. ROGERS
Directeur
de la Société des Films "ECLIPSE"
Nous avons le vif regret d'apprendre la mort de M. Georges Rogers, Directeur-Fondateur de la Société des Films Eclipse, décédé à l'âge de 38 ans, des suites d'une douloureuse maladie. Monsieur George Rogers était un Cinématographiste de la première heure et un des hommes les plus complets dans la connaissance de notre art. Sa mort sera vivement ressentie par tout le monde Cinématographique auquel il fut mêlé depuis plus de dix années.


Ciné-journal, 5e année, nº 218, Paris, 26 octobre 1912, p. 54.

Sources

McKernan Luke (Ed.), A Yank in Britain. The Lost Memories of Charles Urban, Film Pioneer, Hastings, The Projection Box, 1999, 96 p.

Remerciements

Mairie de Montigny-la-Resle.

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