GUADELOUPE

Jean-Claude SEGUIN VERGARA

La Guadeloupe, à la différence de sa sœur la Martinique, ne va connaître le cinématographe que tardivement et les Guadeloupéens, au cours des dix premières années de sa diffusion, n'ont qu'exceptionnellement la possibilité de voir des images animées. À cela il peut y avoir sans doute plusieurs raisons, d'ordre géographique, social ou politique. Située au Nord des petites Antilles, l'île est moins bien desservie que d'autres, dont la Martinique, par les compagnies maritimes. En outre, avant la catastrophe qui rase Saint-Pierre, le 8 mai 1902, le petit Paris des Antilles connaît une vie culturel intense, les troupes de théâtre et les artistes lyriques font de la ville une halte obligée dans leur tournée caribéenne.  En revanche, il n'y a point de théâtre à Pointe-à-Pitre pour accueillir les artistes depuis l'incendie de 1881 qui a ravagé l'ancien théâtre. Lorsque l'on sait que les tourneurs utilisent fréquemment les circuits des salles, cela explique aussi le retard avec lequel la Guadeloupe découvre le cinématographe. En effet les Guadeloupéens doivent attendre 1901 pour découvrir les images animées. La vie à la Pointe-à-Pitre, et moins encore à Basse-Terre, n'est que rarement rythmée par les activités culturelles.

Guiseppe Filippi (novembre 1901-février 1902)

L'arrivée tardive du cinématographe en Guadeloupe ne doit pas écarter totalement d'éventuelles présentations privées ou très ponctuelles. Un riche bourgeois qui aurait organisé des projections privées ? Un photographe ou un scientifique cherchant à faire découvrir les images animées ? Mais ces hypothèses restent fragiles. Dans les dernières années du XIXe siècle, certains photographes - plutôt nomades que sédentaires - publient quelques annonces dans les journaux. C'est le cas d'Ernest Comon, qui alterne ses séjours entre la Pointe-à-Pitre et la campagne :

PHOTOGRAPHE
Monsieur COMON de retour de la campagne se tiendra comme par le passé à la disposition de ses nombreux clients tous les jours de 8 heures du matin à 4 h. de l'après-midi, dans son attelier [sic] Nº 50, rue Frébault, vis-à-vis l'hôtel GERMAIN.


La Vérité, Basse-Terre, 6 novembre 1898, p. 4

comon

Photographie instantanée Comon, Guadeloupe, c. 1890

Mais quelques mois plus tard, en mai 1899, le cabinet photographique est vendu à J. Boirard, "artiste-photographe, élève des premiers ateliers de Paris", qui s'installe 24, rue Barbès (La Vérité, Basse-Terre, 4 juin 1899). Aucun des photographes ne semble s'être intéressé au cinématographe, pas même Delacourt Kell, installé, 37, rue Penthièvre, à Basse-Terre, et qui tient à la disposition de sa clientèle "une belle collection de vues et types de la Guadeloupe" (La Petite république, 8 novembre 1899). Il photographie la Caraïbe (Guadeloupe, Sainte-Lucie, La Barbade...) au tournant du siècle. Finalement, il part de Basse-Terre pour la Pointe, avant de quitter la colonie (La Vérité, Basse-Terre, 12 août 1900) Mais point de cinématographe.

La presse se fait parfois l'écho, à l'instar des périodiques de l'époque, de certaines nouveautés scientifiques et, parfois même, de curieuses inventions. Un certain M. Gélan est propriétaire d'un graphophone avec lequel il organise des auditions (La Vérité, Basse-Terre, 15 octobre 1899), une pratique habituelle de la fin du XIXe siècle. Mais le véritable handicap de la Guadeloupe c'est, bien entendu, l'absence de théâtre. Ainsi lorsque M. Erhard, impresario de représentations à la Martinique, arrive à Pointe-à-Pitre, il ne peut que constater l'état peu favorable aux manifestations artistiques :

THÉÂTRE
Nous apprenons que l'Impresario des représentations théâtrales à la Martinique, M. Erhard, est arrivé la semaine dernière à la Basse-Terre où il se propose de donner quelques représentations, à son prochain retour de la Martinique.
À défaut de local convenable, la municipalité du chef-lieu a mis à la disposition de M. Erhard le bâtiment couvert servant de marché que l'on aménagera à cet effet.
Il paraît que M. Erhard se propose aussi de faire avec sa troupe un séjour d'un mois à la Pointe-à-Pitre, si la municipalité accepte de mettre à sa disposition le marché couvert qui servira de théâtre et qu'il appropriera en conséquence.
On nous assure que M. le maire est indécis de savoir s'il fera bien d'accepter l'offre du Directeur du théâtre de la Martinique. Il semble incliner pour le Presbytère qui lui paraît plus convenable.
Allons donc, M. le Maire, vous savez bien que MM. les curés, ennemis jurés de Molière, ne vous céderont jamais leur presbytère. Soyez avisés et exécutez-vous de bonne grâce...
Donnez à M. Ehrard le marché couvert de la Pointe-à-Pitre et la population sevrée depuis 30 ans des plaisirs du théâtre, vous en saura gré.
Nous avons toute une génération, de 25 et 30 ans, qui ignore ce que c'est qu'un artiste de théâtre, ce que c'est qu'un opéra, comment on peut interpréter avec talent l'oeuvre de ces maîtres qui s'appellent Verdi, Massenet, Auber, Gounod, Wagner, Meyerber, Rossini, Halevy, Bellini, etc., etc.
Ne vous attardez pas à prêter l'oreille à des mercantiles et mesquines considérations. Soyez pour quelques jours encore un maire intelligent et avisé.
Vous avez bien commis la rare imprudence d'autoriser la cueillette de l'argent du public, sur la place de la Victoire, par le américains du manège et pour une pérole de deux mois. C'est incompréhensible, savez-vous ?


La Vérité, Basse-Terre, 10 mars 1901

Le journaliste anonyme dresse un sombre portrait de la vie culturelle guadeloupéenne ; si déjà le théâtre a déserté Pointe-à-Pitre, le cinématographe peut bien attendre. Finalement, au début du mois d'avril, plusieurs œuvres sont proposées au public pointois : Les HuguenotsLucie de Lammermoor...

Il faut donc toute la ténacité de l'une des figures essentielles de la diffusion du cinématographe aux Antilles et au Brésil, Giuseppe Filippi pour que les Guadeloupéens découvrent le cinématographe au mois de novembre 1901. L'Italien, dès 1899, a parcouru la Caraïbe avec son projecteur, mais la Guadeloupe n'a pas eu les honneurs de sa visite. Il va donc réparer cette erreur deux ans plus tard. Il est alors installé au Brésil et il va remonter la Caraïbe avant de regagner son pays d'origine. Il est arrivé à la Martinique à la fin du mois d'octobre et après quelques séances à Fort-de-France, il offre ses projections cinématographiques au public de Saint-Pierre jusqu'au 9 ou 10 novembre 1901. Il file droit sur Pointe-à-Pitre où sa venue va constituer un véritable événement :

Le cinématographe
M. Filippi Joseph, récemment arrivé de la Martinique, se propose d‘offrir bientôt au Public de la Pointe-à-Pitre des soirées récréatives de cinématographe. Il commencera ses séances dès la semaine prochaine, s‘il achève d‘ici là ses installations. Nous remercions M. Filippi d‘être venu pour quelque temps, s‘installer dans notre ville où nos concitoyens, sevrés de toute distraction, pourront se récréer au moyen de son cinématographe dont le jeu, nous dit-on, savamment exécuté par M. Filippi, a obtenu beaucoup de succès de nos concitoyens de l‘Ile Sœur.


La Vérité, Basse-Terre, 24 Novembre 1901, p. 1.

Comme on peut le constater à nouveau, les spectacles sont très rares et les Pointois vont répondre très positivement aux séances qu'organise Giuseppe Filippi. La première a lieu le samedi 30 novembre et le succès est au rendez-vous :

LE CINÉMATOGRAPHE
Le public de la Pointe-à-Pitre a pu assister samedi et dimanche à deux représentations de cinématographe, données par M. Filippi, dont les journaux de la Martinique nous avaient déjà vanté le grand talent.
Ces deux représentations ont parfaitement réussi et les assistants ont été vraiment intéressantes. La salle, bien ordonnée, est d'une vue agréable ; quoiqu'installée, un peu vite, on y est bien ; on la voudrait cependant plus grande et une fois de plus, on a l'occasion de déplorer dans notre ville l'absence d'un théâtre.
Mardi dernier, un des tableaux figurant au programme n'a pas tout à fait réussi. Non que l'appareil magnifique et très perfectionné dont se sert M. Filippi ait subi aucun accident, mais parce qu'il n'a pu se procurer sur place, à temps, des produits de qualité supérieure, nécessaire, au fonctionnement de cet appareil. M. Filippi a pris ses précautions et nous pouvons dire que tout ira pour le mieux à l'avenir.
Il est nécessaire que tous nos compatriotes aillent assister à ces représentations de cinématographie. C'est une façon amusante de s'instruire et c'est aussi, pour ceux qui n'ont pu jusqu'ici voyager, l'occasion peut-être unique d'assister aux scènes historiques qui se sont déroulées en France et ailleurs.
Nous devons adresser tous nos compliments à M. Filippi et rendre hommage à son talent. Tous ceux qui ont pu assister, à Paris, aux représentations du même genre, diront que M. Filippi réussit aussi bien que les artistes de la grande ville.
Noua nous faisons un devoir de publier l'histoire de la cinématographie, son principe scientifique. Ces lignes, dit notre confrère à qui nous empruntons, sont dues à l'obligeance de M. Filippi lui-même.


La République, Pointe-à-Pitre, 5 décembre 1901, p. 2-3.

Ce nouvel article offre une série d'informations sur ces premières séances historiques. Il s'agit tout d'abord d'une description succincte de la salle qui, faute de mieux, permet malgré tout de présenter des vues animées. Nous savons par ailleurs que la salle est installée rue de Turenne - aujourd'hui rue du Commandant Mortenol -, à deux pas de la place Victoire. Les remarques relatives aux incidents techniques montrent, comme dans bien des cas, que les séances cinématographiques sont soumises à de nombreux aléas - Filippi en a d'ailleurs connus lors de son séjour en Martinique et il est un vrai professionnel - et que la projection reste encore une sorte d'art. Le reste de l'article décline quelques poncifs, présents dans de nombreux articles similaires. Il annonce aussi un texte particulièrement long, fourni explicitement par le tourneur italien, et qui raconte l'histoire du cinématographe, texte que l'on retrouve aussi, sous une forme abrégée dans  La Démocratie. D'ailleurs, l'événement est suffisamment exceptionnel pour que toute la presse guadeloupéenne, en première page, s'en fasse l'écho. On doit précisément à La Démocratie, un article particulièrement savoureux et instructif sur les conditions dans lesquelles se déroulent les séances organisées par Giuseppe Filippi :

AU SALON DES MERVEILLES
Ainsi que nous l'avions prévu dans notre dernier numéro, M. Filippi obtient un grand et légitime succès avec ses soirées cinématographiques données au Salon des Merveilles, rue Turenne, quatre fois par semaine : les mardi, jeudi, samedi et dimanche.
Les premières représentations ont été admirables. Le Jubilé de la reine Victoria notamment a émerveillé les spectateurs.
Malheureusement, la quatrième représentation a dû être renvoyée, la machine ne fonctionnant pas. M. Filippi a immédiatement remboursé l'argent déjà perçu, et ce n'est pas sans un vif regret que nous avons constaté l'état d'esprit de certains de nos jeunes concitoyens qui, oubliant la réserve que commandent l'éducation et la politesse, se sont livrés à un tumulte puéril et inconvenant. Il est à espérer que la presse n'aura plus à enregistrer de tels fails appelés à nous faire perdre notre bon renom, d'urbanité et de courtoisie toute française.
M. Filippi ne s'est pas découragé ; il a continué ses soirées et a récolté des applaudissements bien mérités.
Parmi les vues animées qui ont été bissées, il convient de citer les Funérailles de Félix Faure, la Mégère récalcitranteMagie noire, etc.
Il est à regretter que les noms des sites et monuments que donne M. Filippi dans ses Visions d'art, comme les églises de Rome, ne soient point connus du public qui s'instruirait. Si les spectateurs par trop turbulents des gradins voulaient bien se montrer plus corrects, nous sommes persuadé - M. Filippi nous en a donné l'assurance - que la lacune que nous signalons serait comblée : les noms des tableaux seraient donnés. L'expérience a été faite, mais elle n'a pu réussir, le tumulte couvrant la voix de M. Filippi. Pourquoi ne pas essayer à nouveau en priant les spectateurs d'observer un silence profitable à tous ?
La salle qu'a construite M. Filippi à ses frais, est bien aménagée ; elle est éclairée à l'électricité et est très spacieuse.
Nous ne pouvons que conseiller à tous ceux qui nous lisent de se rendre au Salon des Merveilles où pour 2 ou 3 francs ils passeront une agréable soirée.
L'artiste qu'est M. Filippi applique avec succès la maxime de la pédagogie moderne : instruire en amusant. Il a droit à nos compliments et à nos meilleurs souhaits.


La Démocratie, 7 et 14 décembre 1901, p. 1.

On constatera déjà que les journaux ne sont pas vraiment d'accord sur les dimensions du "Salon des Merveilles" qui, dans ce dernier cas, est qualifié de "très spacieuse", contrairement à ce qu'écrit le journaliste de La République qui la souhaiterait "plus grande". S'ils est fait mention des incidents techniques qui ont perturbé la soirée du mardi, on s'attaque directement au comportement des spectateurs, et tout particulièrement des plus jeunes. Ce que l'on peut lire en creux, c'est bien entendu la description de l'atmosphère qui préside aux séances de cinématographie. Le spectacle est autant sur l'écran que dans la salle et tout semble prétexte à de multiples débordements... Encore faut-il ajouter que les spectateurs pointois n'ont guère l'habitude d'aller au spectacle et que leur comportement est aussi à la mesure de leurs attentes frustrées. Les incidents que rencontre Giuseppe Filippi s'ils n'ont rien d'exceptionnels montrent pourtant que malgré l'habilté de l'opérateur, la technique de la projection reste une science inexacte : source d'énergie défaillante ou aléatoire, incident mécanique, pièce défectueuse... Le projectionniste est sans cesse harcelé et les projections impeccables tiennent encore, pour une part, du miracle. Il semble pourtant que dans les jours qui suivent les séances se déroulent sans incident particulier et le tourneur peut présenter sans difficulté ses séries et ses vues animées : 

AU SALON DES MERVEILLES
Les soirées du cinématographe de la Compagnie d’art que dirige M. Filippi continuent à obtenir les succès les plus considérables.
La Vie et la Passion de Jésus-christ données quatre fois à la demande du public, ont été couvertes d’applaudissement par des spectateurs amateurs du Beau.
L’Histoire d’un crime que nous avons annoncée a eu également un très grand succès.
Nous ne saurions trop féliciter M. Filippi de ses excellentes soirées aussi instructives qu’égayantes.
Malheureusement, M. Filippi doit nous laisser, M. le Maire lui ayant fixé le nombre de jours qu’il a à passe encore à la Pointe-à-Pitre.
C’est avec regret que le public, si privé de distractions, verra le départ de la Compagnie d’art dont il gardera un bon souvenir.
Hier soir, vendredi, M. Filippi a donné une représentation à bord du navire italien Humbria, représentation qui a pleinement réussi, comme bien on le pense.
Nos compatriotes des communes se feront certainement un devoir de profiter des dernières séances du cinématographe pour aller applaudir les beaux tableaux animés qui font rire en l’instruisant.
Nous pensons devoir nous faire l’écho des familles de notre ville pour demander à qui de droit que l’autorisation accordée à M. Filippi soit encore prolongée de quelques jours, ce serait justice, comme l’a déjà d’ailleurs dit notre confrère le Courrier, au nom de la population.


La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 4 et 11 janvier 1902, p. 3.

À nouveau l'article de La Démocratie, éclaire les conditions dans lesquelles s'organisent les séances cinématographiques. L'installation de la salle a nécessité une autorisation de la part de la mairie de Pointe-à-Pitre et, naturellement, comme d'habitude, une prolongation sera accordée. Par ailleurs, la représentation à bord du navire Umbria constitue, si nom un exception, au moins une pratique assez remarquable. Elle souligne également l'adaptabilité de Giuseppe Filippi, qui est le propre des professionnels de la projection animée. La dernière séance a lieu le 27 janvier sans qu'il y ait eu de nouvel incident à signaler. Par chance ou par hasard, le départ du cinématographe coïncide presque avec l'arrivée d'un nouveau spectacle, dont les Guadeloupéens sont sevrés. Il s'agit d'un cirque itinérant, l'un des nombreux qui parcourent la Caraïbe:

UN CIRQUE
Après le cinématographe, le cirque.
Après la troupe artistique de M. Philippi qui a obtenu tant de succès dans notre ville, M. Rodriguez et ses compagnons viennent, pour quelques jours porter la note gaie parmi nous.
Depuis plusieurs jours, en effet, un cirque est installé sur la Place de la Victoire.
On y applaudit l’homme-serpent…, vraiment remarquable la petite Lulu, jeune fillette de sept ans, étonnante dans son travail sur le trapèze et les anneaux. M. Rodriguez, le comique Totito méritent aussi nos compliments.
Un peu plus de lumière dans la salle et ce sera bien.


La République, Pointe-à-Pitre, 13 février 1902, p. 2.

Le jeudi 30 janvier, l'Italien va donc rejoindre la seconde grande ville de la Guadeloupe, Basse-Terre. Ici comme à Pointe-à-Pitre, les spectacles sont rarissimes et l'arrivée d'un cinématographe, que les Basse-Terriens ne connaissent pas encore, est salué comme un véritable événement. En effet, si le succès dans le chef-lieu est incontestable, celui qui attend Giuseppe Filippi dans le sud de l'île compte sans doute parmi les plus importants de sa carrière. C'est au Champ d'Arbaud que s'installe l'itinérant Filippi. Ce grand espace où se trouve l'Hôtel du Gouverneur, qui va partir en fumée, le 1er juillet 1905, situé en contre-haut de la ville est idéal pour le type de spectacle que propose l'Italien. C'est là que se trouve aujourd'hui le cinéma d'Arbaud.

 basseterrechampdarbaud

Guadeloupe, Basse-Terre, Champ d'Arbaud, c. 1900 

LE CINÉMATOGRAPHE À BASSE-TERRE
(De notre correspondant particulier)
Basse-Terre, 6 février
La Compagnie d’art qui est dans notre ville depuis quelques jours, a été l’objet du plus cordial accueil de la part de la population.
Elle a commencé la série de ses artistiques soirées le mardi 4 février ; elle a obtenu le plus brillant succès.
Grâce au cinématographe, chaque soir, l’élite de notre population recrée un instant, afin d’oublier les déboires de la vie.
Tour à tour, l’Arrivée d’un train, les Acrobates japonais, un Déshabillage impossible, l’Exposition de 1900, etc. ; ont fait la joie du public et ont été bissés.
Une Représentation exclusivement réservée aux élèves du Collège et de Versailles sera, dit-on, donnée vendredi ; il y aura un beau choix de sujets variés.


La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 8 février 1902.

Ici, pas de problème technique, et les séances se déroulent sans incident particulier. On peut signaler l'organisation d'une séance privée, le vendredi 14 février, réservée aux élèves et au personnel du Collège, dirigé alors par le révérend Père Girard, Supérieur du collège. Ce dernier est arrivé à Basse-Terre, en 1881, où il est affecté au collège. Il devient Supérieur du collège en 1887 et montre un intérêt incontestable pour les nouvelles technologies et le cinématographe en particulier. Un courrier reçu par le Courrier de la Guadeloupe constitue un témoignage exceptionnel de cette sèance historique  : 

LE CINÉMATOGRAPHE À LA BASSE-TERRE
Monsieur le Rédacteur,
Depuis mardi 4 courant, la Basse-Terre a la bonne fortune de posséder la Société d’art tout récemment applaudie à la Pointe-à-Pitre. Vous avez parlé à vos lecteurs de l’agrément des séances cinématographiques données par M. Filippi, Vos comptes-rendus n’ont pas surfait son mérite, son habileté d’exécution. Les Basse-Terriens se pressent en foule, chaque soir, au Champ d’Arbaud pour admirer les spectacles si variés et si captivants offerts à leur curiosité. Les heureux habitants du Camp-Jacob eux-mêmes s’arrachent quelques heures aux douceurs du home, afin de jouir des œuvres d’art merveilleuses créées par l’association de la fée Électricité avec la magicienne Photographie.
Vendredi, la soirée a été particulièrement brillante. Le Révérend Père Girard, Supérieur du Collège, sachant qu’il ne devait pas y avoir de représentation publique ce jour-là, avait voulu offrir une recréation scientifique à son personnel et à ses élèves. Mais des amis du Collège témoignèrent le désir d’assister à cette séance privée. Ce désir était trop légitime pour ne pas recevoir satisfaction. Seulement, les amis du Collège sont nombreux, nombreux… il se trouva que l’assistance n’avait jamais été aussi considérable aux séances publiques !... et pourtant on avait dû refuser des billets d’entrée faute de places disponibles.
Six cents personnes étaient donc réunies dans le dessein de voir les chefs-d’œuvre de l’Exposition de 1900 et deux séries de tableaux animés. De fraîches toilettes jetaient dans l’assemblée cette note gracieuse que l’on aime tant à rencontrer.
La fanfare de la ville par ses accords savamment rythmés concourait à donner à certains tableaux une plus grande apparence de vie. Madame Électricité ne s’étant pas permis le moindre caprice, le programme a été exécuté de point en point à la satisfaction générale.
De pareils spectacles, qui instruisent tout en amusant, sont bien propres à faire connaître et ressortir les progrès de la science moderne. Il y a donc lieu d’encourager les artistes consciencieux qui emploient leurs talents à vulgariser les découvertes datant d’hier pour ainsi dire. Dans l’espoir de contribuer quelque peu à les soutenir dans leur œuvre utile, je vous prie, Monsieur le Rédacteur, d’insérer ces quelques lignes dans votre estimable journal.
Agréez, etc.
SPECTATOR


Le Courrier de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, 18 février, p. 1.

L'intérêt de la démarche du père Girard est de faire du cinématographe non seulement une simple distraction, mais également une source de connaissances et de formation pour les jeunes disciples du collège. Une autre particularité de cette séance exceptionnelle se trouve dans la participation de la fanfare de la ville. Il y a indiscutablement un essai, tout à fait significatif, de faire échapper les vues à leur silence. Le collège, sous la pression des lois laïques de la République,  fermera en 1904, après le départ du père Girard. Finalement, la dernière séance, après plus de quinze jours de succès, a lieu vers le 20 février.

Le séjour de Giuseppe Filippi en Guadeloupe, durant presque trois mois, est exceptionnel à plus d'un titre. D'une part, il est rare qu'à l'époque les séjours soient aussi longs. D'autre part, le succès rencontré est ici tout à fait remarquable. Rien d'étonnant à ce que le tourneur fasse publier, dans la presse, un article de remerciement au public guadeloupéen qui ne semble pas être uniquement de circonstance :

ADIEUX ET REMERCIMENTS [sic]
Avant de quitte définitivement la Guadeloupe qui, pendant quelque temps, nous a accordé sa généreuse hospitalité, je tiens pour une dernière fois à remercier la population entière de l’île pour l’accueil cordial dont j’ai été l’objet et pour toute la sympathie qu’elle a bien voulu me témoigner.
Si mon voyage parmi vous a eu pour but de faire connaître une invention, (qui honore surtout votre grande patrie) à ceux qui n‘ont jamais quitté le sol natal, je dois vous avouer qu‘il aura un résultat plus intéressant par ailleurs : ma vie au sein de votre famille coloniale antillaise me permettra de démentir quelque préjugé que l‘on fait planer sur votre pays et qui voile un peu trop sa bonne réputation, ce qu’il ne mérite guère ; si, un jour, sous le ciel azuré d‘Italie, ma belle patrie, l’on me parle de mes impressions de voyage, je saurai franchement dire mon opinion sur votre charmante Ile.
Encore une fois, merci aux maires des villes qui ne nous ont pas ménagé leur appui ; merci à tous ceux qui nous ont prêté leur bienveillant concours et qui se sont faits même nos collaborateurs désintéressés ; merci aussi à ces vaillants gendarmes, élite de l’armée française, ainsi qu’aux agents de la police locale, qui, tant à la Pointe-à-Pitre qu’à la Basse-Terre, on fait régner l’ordre le plus parfait autour de notre établissement par leur attitude ferme et conciliante à l’égard de la foule de spectateurs ; merci à tous.
Merci encore à Messieurs les Commissaires de police qui, toujours complaisants, n’ont pas manqué de mettre à la disposition de la Compagnie les agents nécessaires pour le service de la police pendant les représentations. Merci à tous !
Adieu et salut à la belle Guadeloupe.
JOSEPH FILIPPI
Directeur de la Compagnie d’Art


Le Courrier de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, 28 février 1902, p. 1.

Reste à savoir le contenu des projections et les vues que l'talien va présenter tant à Point-à-Pitre qu'à Basse-Terre. Comme nous le savons, il parcourt la Caraïbe et les films qu'ils présentent sont les mêmes d'île en île. Le corpus, similaire à celui qu'il présente en Martinique, est constitué de vues provenant de divers catalogues : Lumières, Pathé, Méliès et même Gaumont. On y retrouve un classique, La Vie et la Passion de Jésus-Christ, la version de chez Pathé ("Ce soir, samedi 28, la Vie et la Passion du Christ, en seize tableaux, seront données ; nous sommes convaincu que cette représentation obtiendra le même succès qu’à la Martinique.", La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 21 et 28 décembre 1901, p. 3.), particulièrement apprécié par les Caribéens, mais de nombreuses productions qui ont montré déjà leur efficacité sur les spectateurs : L'Histoire d'un crime, un des succès de Pathé, les vues de l'Exposition de XIX... Outre les films déjà cités, on retrouve également dans le corpus : La Visite de l’escadre italienne à Toulon (La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 21 et 28 décembre 1901, p. 3.) ; la Fée aux choux (La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 1er février 1902, p. 2.) ; La Défense du drapeau, Guerre au Transvaal (La Démocratie, Pointe-à-Pitre, 22 février 1902, p. 2-3.).

Ainsi prend fin le séjour de Giuseppe Filippi en Guadeloupe où il ne reviendra plus. Cependant, pendant plusieurs mois, les Guadeloupéens seront tenus informés de la tournée de l'itinérant que se rendra dans plusieurs îles de la Caraïbe et au Brésil... En outre, plusieurs mois après, le succès du cinématographe est encore dans toutes les mémoires, et la fanfare, qui en février a accompagné les images animées, continue à jouer les airs, longtemps après que les images ont disparu:

SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE LA BASSE-TERRE
À l’occasion de la fête offerte aux enfants par la municipalité, la Société se fera entendre sur le Cours Novilos le dimanche 11 du courant, de quatre heures et demie à cinq heures et demie du soir.
PROGRAMME
Les morceaux suivants ont été joués au cinématographe et sont redemandés par le public.
Défilé de la Garde Républicaine Vettge
Le Patriote                                           F. Romain
Polka des Marteaux                              Clodomir.
A Zut Alors                                          Frère Léon.
**
Souvenir de Mutzig                              Bonjean
Mimosa, valse                                      Amourdedieu
Marche Lorraine                                   Canne.
Vercingétorix                                       Bonjean.
Le Chef de musique
Ch. FOUDINJ


Journal officiel de la Guadeloupe, 7 janvier 1903, p. 7.

Les Guadeloupéens vont devoir attendre encore longtemps pour entendre parler, à nouveau, de cinématographe.

Léopold-Joseph Praxelle et le cinématographe (1903)

L'absence de salle de théâtre a freiné considérablement la diffusion du cinématographe en Guadeloupe, et il est probable que le succès rencontré par Giuseppe Filippi reste sans suite. Au cours des mois suivants, la seule initiative remarquable est celle de Lépopold-Joseph Praxelle. Figure pour l'instant totalement inconnue, il décide de construire ce qui devient la première salle de cinéma de l'île, non seulement de la Guadeloupe, mais très probablement de la Caraïbe. Le projet de M. Praxelle paraît dans la presse :

UN CINÉMATOGRAPHE
Nous avons le grand plaisir d’annoncer à nos compatriotes qu’une société vient de se former pour donner d’agréables soirées de cinématographie.
MM. Praxelle et Cie font construire, en ce moment – à l’endroit même où s’était installé M. Philippi – une magnifique salle qui, nous en sommes assuré, aura tout le confortable désirable.
Le cinématographe, commandé à l’une des meilleures maisons de France, sera très prochainement rendu à la Pointe-à-Pitre.
Nous adressons nos compliments aux organisateurs de ces soirées et faisons des vœux pour qu’ils retirent de leur entreprise le bénéfice auquel ils ont droit.


La République, Pointe-à-Pitre, 26 février et 5 mars 1903, p. 1.

La salle a dû se trouver vers l'angle de l'actuelle rue du Commandant Monterol (autrefois rue Turenne) et de la rue François Aragon. Toujours est-il que le projet va de l'avant et aboutit en quatre mois, à peine le temps pour la mairie d'inaugurer le kiosque à musique de la place de la Victoire, le dimanche 7 juin 1903 (La République, Pointe-à-Pitre, 26 février et 5 mars 1903, p. 1).

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Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, Le kiosque de la fanfare municipale, c. 1905

Toutefois, alors qu'il était question de salle de cinématographe, au moment de l'inauguration de salle, elle est annoncée comme théâtre et se nomme "Les Variétés" :

LES VARIÉTÉS
Samedi, vingt-sept juin, on se pressait aux grilles, on faisait la queue devant les portes, on se bousculait dans les escaliers (car il y a des escaliers), on se précipitait aux loges (parce qu’il y a des loges) aux fauteuils du balcon (parce qu’il y a un balcon), du théâtre « Les Variétés » (car nous avons enfin un théâtre) qui, j’ai commis l’indiscrétion de vous l’apprendre, s’appelle « Les Variétés », bien qu’il ne soit pas encore baptisé, et où l’on joue déjà la comédie quoiqu’il ne soit pas encore complément achevé.
J’en ai mis pour Voiture et pour Benserade.
Un théâtre à la Pointe-à-Pitre, vous n’en croyez rien. Et j’en douterai moi-même si je n’avais eu l’occasion d’y rire et d’y pleurer hier au soir, d’y parcourir la gamme variée des sensations et des émotions de toutes sortes qui vont de la joie à la pitié, d’y passer l’un des plus agréables moments qu’il m’ait été donné de vivre depuis longtemps.
Nous avons donc un théâtre. Nous le devons à l’intelligente initiative de quatre de nos citoyens : MM : E. Tardif, horloger ; Ismaël, commerçant ; Raymond, architecte et Praxelle, maître de forges, et principalement à ces deux derniers dont les talents associés ont produit le coquet petit édifice qui s’élève au nº 22 de la rue Turenne.
Il faut rendre justice à qui elle revient, et reconnaître que c’est à l’infatigable activité, à l’habileté et à la persévérance de MM. Raymond et Praxelle que les habitants de notre cité devront d’avoir désormais un endroit où se réunir de temps en temps pour se délasser, oublier pour quelques instants les soucis de l’existence, les tracas d’une vie matérielle de plus en plus difficile, goûter les plaisirs les plus purs et les plus élevés, vivre enfin de la large vie intellectuelle où peut résider seulement la vraie solidarité.
Si quelque chose peut marquer l’intensité du besoin qui se faisait depuis longtemps sentir d’une œuvre de ce genre, c’est l’empressement que le public a mis à accourir samedi soir, à ce petit théâtre à peine achevé, pour assister à la Fête de charité que les Membres de la Solidarité coloniale, résidant à la Pointe-à-Pitre, ont donné au profit de leur société de secours mutuels.
Disons, en passant, que cette fête dont le programme a été aussi heureusement conçu qu’exécuté, a pleinement réussi. Nous regrettons de ne pouvoir en donner de longs détails, de peur de désobliger ou tout au moins de blesser la modestie des excellents amateurs que nous avons été heureux d’applaudir. Nous ne pouvons cependant nous dispenser d’envoyer un mot de félicitations à notre distingué ami, de Kermadec, pour sa remarquable conférence sur la solidarité, à notre ancien et cher maître de langues vivantes, M. Rozier dont l’éloge comme déclamateur n’est plus à faire, ainsi qu’à M. Banchelin.
Le tonnerre d’applaudissements et de bis qui éclate quand l’ami Père « salue, sourit et sort » lui présage de nombreux succès et lui dit assez qu’il ne perdrait rien à plaquer Lavoisier pour Molière.
À toutes les dames, nous envoyons nos sincères compliments et le respectueux témoignage de notre admiration. À défaut d’autres mérites, elles auraient eu d’ailleurs celui, immense et inappréciable, d’avoir bravé d’insipides préjugés, affronté les dangers, que les professionnels eux-mêmes ne considèrent jamais sans émotion, d’une exhibition en public, particulièrement périlleuse dans notre petit pays où un esprit de critique exagéré et pas toujours bienveillant remplace généralement l’esprit d’initiative.
Nous souhaitons que les fêtes du genre de celles d’hier, quel que soit leur but, se renouvellent souvent.
Aux propriétaires des « Variétés » qui ont fait œuvre utile, nous souhaitons le succès le plus grand et le plus durable !
28 juin 1903.
R. B.


La République, Pointe-à-Pitre, 2 juillet 1903, p. 2.

Ce mois de juillet 1903 est assez exceptionnel, dans la mesure où les Pointois vont avoir le choix entre deux cinématographes. Précisément, rue Bébian, une autre salle ouvre ses portes :

BIJOU
C'est le nom d'un cinématographe qui fonctionne dans notre ville, rue Bébian, depuis quelques jours.
Nous ne parlerons pas des représentations précédentes auxquelles nous n'avons pas assisté, mais celle d'hier soir a été bonne, réussie. Ceux qui ont été en payant n'ont certes pas perdu leur argent. La plupart des tableaux ont été bissés.
La salle est grande, bien aérée, n'offrant aucun danger d'aucune sorte.
Certainement avant longtemps le public prendra goût aux représentations de Bijou, surtout si les prix baissaient.
Disons, d'une façon générale, qu'on peut prévoir le cinématographe populaire à très bas prix.


Le Courrier de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, 3 juillet 1903, p. 2.

La presse n'évoque que de façon très épisodique la salle de la rue Bébian et lorsqu'elle en parle, elle n'offre aucune information sur les programme et les films. Nous savons que le cinématographe fonctionne encore en août :

CINÉMATOGRAPHE BIJOU
Le cinématographe Bijou poursuit le cours de ses succès.
Les tableaux sont bien présentés et l’on passe toujours un moment agréable dans cette salle.


Le Courrier de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, 4 août 1903, p. 2.

Le Courrier de la Guadeloupe ne consacre que quelques lignes aux projections cinématographiques du Théâtre des Variétés... et là encore, rien sur les films : 

THÉÂTRE DES VARIÉTÉS
Hier excellente soirée cinématographique au Théâtre des variétés.
Heureux choix de tableaux. Bonne présentation des tableaux, sauf quelques légères irrégularités qui ne traderont pas à âtre évitées. Gramophone et musique de la Philarmonique. Lumière électrique à arc et à incandescence.
Température de la salle très supportable. En somme, le tout réusi.
Il y avait environ 400 personnes dans la salle, qui peut en contenir 600.
Comme théâtre on a très bien tiré parti du terrain fort exigu. L'acoustique est parfaite.


Le Courrier de la Guadeloupe, 24 juillet 1903, p. 2.

Les indications relatives à la salle permettent de savoir que les séances cinématographiques attirent un public conséquent, mais guère plus. Quelques jours plus tard, la modalité de présentation des vues est révélées. Elles fonctionnent comme des intermèdes entre deux pièces ou saynètes :

THÉÂTRE DES VARIÉTÉS
Samedi dernier le théâtre des variétés a donné une fort belle soirée à laquelle assistait beaucoup de monde. On jouait Les suites d’un premier lit et Les deux sourds, avec des vues cinématographiques comme intermède. Nos jeunes acteurs ont eu le plus grand et le plus légitime succès. Chacun d’eux a interprété son rôle de façon plus que satisfaisante et les applaudissements ne leur ont pas été ménagés.
Nous croyons que le public verrait avec plaisir représenter le même programme samedi prochain.


Le Courrier de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, 4 août 1903, p. 2.

Par la suite, lorsque le théâtre annonce un programme, il s'agit de saynètes ou d'oeuvres théâtrales, mais il n'est plus question de cinématographe.

L'annonce d'un cinématographe

Nous devons à un collectionneur privé une photo exceptionnelle où l'on voit l'annonce d'un cinématographe.

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L'annonce du cinématographe devant l'externat des Soeurs de Saint-Joseph de Cluny (Pointe-à-Pitre)
© Collection particulière

Le bâtiment que l'on aperçoit est l'externat des Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, fondé en 1860 et qui a alors le monopole de l'éducation publique des jeunes filles à Pointe-à-Pitre. En revanche, il est difficile de préciser la date de la photographie. Début du XXe siècle sans aucun doute. Compte tenu du mouvement général, il semble que ce soit l'heure de la sortie, vers midi.  La présence du panneau où l'on peut lire "Cinématographe" a de quoi intriguer. S'agit-il d'annoncer des projections cinématographiques au sein de l'établissement ou bien d'informer les externes de séances  dans un lieu proche ? La presse consultée ne semble pas annoncer de présentation de films dans l'externat pour la période étudiée (1896-1906). Soit la vue est plus tardive, soit elle pourrait constituer une sorte de publicité pour le Cinématographe de Giuseppe Filippi, le seul qui pourrait correspondre : le nom "cinématographe", la próximité de la salle... Ce superbe document garde une part de son mystère, et seules de nouvelles découvertes pourraient permettre d'en savoir davatange.

Au cours des années 1904, 1905 et 1906, on ne trouve plus aucune information sur un cinématographe en Guadeloupe, mais l'état de conservation de la presse en est peut-être la cause.

Sources

Périodiques

Afin d'écrire cet article, nous avons consulté la presse guadeloupéenne aux Archives Départementales de Guadeloupe (AD971) et à la BNF. Les collections sont parfois incomplètes, en particulier pour les années 1905-1906, Nous remercions les responsables et le personnel qui ont mis à notre disposition les différents documents. Périodiques guadeloupéens consultés (années parfois incomplètes) :

  • Courrier de la Guadeloupe (Point-à-Pitre, 1897-1900), La Démocratie (PAP, 1900-1906), Le Nouvelliste (PAP, 1902)Le Citoyen (Basse-Terre, 1904-1905), La Vérité (BT, 1894-1906), La République (PAP, 1900-1904) (AD971).
  • Courrier de la Guadeloupe (Point-à-Pitre, 1901-1905) (BNF). 

Remerciements

Le Directeur et les membres de l'équipe des Archives Départementales de la Guadeloupe.

Jacques Hantraye, membre du conseil d'administration du Musée du Plâtre (Cormeilles-en-Parisis).

 

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