William John LE COUTEUR

(Liverpool, 1857-Londres, 1905)

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Philip Le Couteur (Saint-Laurence, Jersey, 1823-) épouse (Liverpool, 02/10/1854) Elizabeth Hughes (Liverpool). Enfants :

  • William, John Le Couteur (Liverpool, 01/07/1857-Londres, 26/05/1905), fils de Philip Le Couteur et Elizabeth Hughes,
    • épouse (Liverpool, 26/03/1883) Annie Jane Jubb (Liverpool, bap. 04/04/1855-Liverpool, 16/02/1925) dont il divorce (Londres, 16/09/1896). Enfants :
      • Margaret, Caroline Le Couteur (Liverpool, 18/09/1889-) épouse (16/09/1918) Alfred Ackerley
      • Herbert Le Couteur (Liverpool, bap. 26/01/1896-)
    • épouse (Londres, 09/1896) Maud Mary Rogers (-Londres, 26/05/1905)
  • Charles Manger Le Couteur (Liverpool, 08/08/1858-)
  • Sophia Emily Le Couteur (Liverpool, 21/11/1859-Liverpool, 1864)
  • Harriet Elizabeth Le Couteur (Liverpool, 27/03/1861–Liverpool, 16/06/1874)
  • Anne Matilda Le Couteur (Liverpool, 30/08/1862-Liverpool, 07/1863)
  • Alfred E. Le Couteur (Liverpool, [1866]-)
  • Alice, Maud Le Couteur (Liverpool, [1868]-)
  • Henri, Cecil Le Couteur (Liverpool, 09/06/1871-)
  • Miriam Le Couteur (Liverpool, 01/1874-)
  • Arthur Wellesley Le Couteur (Liverpool, 15/09/1875-Liverpool, 01/1876)
  • Edith Jane Le Couteur (Liverpool, 10/07/1877-)

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Fils d'un "coal agent" (agent pour la vente du charbon), il passe son enfance et son adolescence à Liverpool. En 1883, il épouse une jeune femme fortunée, Annie Jane Jubb, et il travaille comme modeste employé de bureau. C'est à cette époque qu'il s'intéresse à la Civil Church, fondée par William Thomas Stead (1849-1912), directeur en outre du périodique Review of Reviews. iI devient secrétaire de l'Association of Helpers, pour le district de Liverpool, et se consacre à des oeuvres d'aides aux enfants. Remarqué par Stead, ce dernier lui propose le poste de secrétaire du Lantern Department de sa revue. Le Couteur s'installe à Londres, alors que son épouse reste à Liverpool. En 1894, il s'intéresse à la question de l'alcoolisme et, après avoir cédé à son assistant le Lantern Department, il ouvre un centre de desintoxication à North Finchley, avec l'aide financière de son épouse. Sa vie privée fait scandale - il a fait de sa maîtresse, Maud Marye Rogers, sa secrétaire - et le conduit à divorcer. C'est en avriil 1896 qu'il fonde The Photographic Association qui se distingue par l'organisation de séances consacrées aux rayons Röntgen et à la radiographie en présence de figures de premier plan, comme le duc de Newcastle (The Merthy Times, 30 avril 1896, p. 8) ou la duchesse de Bedford (Luton Times and Advertiser, 4 mars 1898, p. 8).. Il faut situer sans doute les premiers contacts avec le Comptoir Général de Photographie au cours des premiers mois de 1897. Il y fait d'ailleurs allusion dans un entretien, à propos des appareils à rayons X :

We have correspondents in most of the large towns of Europe, and more especially in scientific centres. Our Paris branch is the Comptoir General de Photographie in the Avenue de l’Opéra, where our members, when in the French capital, are at liberty to go and obtain any information they may require, as well as materials.


The Idler, Londres, vol. XIII, nº 1, February 1898, p. 101.

Dans le même entretien, il évoque directement le chronophotographe Demenÿ sur lequel il compte effectuer quelques modifications pour éviter le scintillement :

“I believe,“ said Mr. Le Couteur, in reply to a question, “that the invention has a great future before it, and I confidently look to its becoming a very valuable means of recording in a permanent and vivid form historical events. Demeny’s apparatus, which I am interested in perfecting, reduces the objectionable ‘flicker,’ even with the smallest picture, to a negligible amount, which will add greatly to the comfort of the audience, and the clearness of the pictures. I think the next year or two will witness great strides in this branch of photographic projection.”


Ibid., p. 102.

Il semble en effet que son intérêt pour le cinématographe est précoce, puisque dès le mois de juin 1897, il tourne plusieurs films dont ceux du Jubilée de la reine Victoria comme il le raconte au photographe-journaliste Clive Holland :

Speaking of Jubilee Day, Mr. Le Couteur said, with a smile at my astonishment, that he personally expended at the three points where he himself, or his operators were stationed, not less than £200 in animatograph films. As to the total amount expended by the thousands of amateur and professional photographers on that day he said it was impossible to estimate. Film and plate-makers were worried to death by the unprecedented demand, and stocks which would ordinarily have sufficed the retail dealers for months vanished in a few hours. " Anyway, it is safe to say, " replied Mr. Le Couteur, " that very many miles of film must have been used, and that thousands of plates must also have been exposed. " It is possible that the plates used would have paved the area of St. Paul's.


The Idler, Londres, vol. XIII, nº 1, February 1898, p. 102.

Dès le mois de juin, John Le Couteur dispose ainsi d'une petite équipe d'opérateurs sous sa responsabilité. L'un d'eux est très probablement Alfred, Claude Bromhead. Grâce à La Mise au point de novembre 1897 (p. 26), nous trouvons une nouvelle série qui porte la lettre "L" - sans doute pour "Le Couteur" - dont tous les titres localisables situent l'action au Royaume-Uni. On peut aisément les considérer toutes de son cru. Elles ont toutes été tournées dans un laps de temps de trois mois environ, de juin à août 1897 et comportent essentiellement des vues d'actualités : le jubilée de la reine Victoria, la revue navale de Spithead et le voyage du duc et de la duchesse d'York en Irlande. À celles-là, s'ajoutent quelques vues "familiales " dont on ignore tout. C'est au cours du mois de juillet qu'est présenté au Matinée Theatre, un échantillon substantiel de cette série " L " : 

JUBILEE PHOTOGRAPHS
Photography has of recent years been put to many uses, but one of the most vivid representations which it affords is to be found in the reproduction by a series of rapidly succeeding images of a living scene. The animatography has been put to uses which do not satisfy all those who watch its progress, and some would probably object to seeing the incidents of a famous prize fight reproduced. There are thousands, however, throughout the country who will welcome the entertainment now provided at the Matinée Theatre which gives a vivid reproduction of some of the scenes of the recent Jubilee festivities. The proportion even of Londoners who were in a position to view the great Procession, the Naval and Military Reviews, the Queen’s Garden Party, the distribution of Commemoration medals to the Colonial troops, and the memorable scene at St. Paul’s, is comparatively small, while the “country cousins” who will soon be flocking to the Metropolis did not have much chance of assisting at these unique scenes. The pictures exhibited at the Matinée Theatre are vividly realistic, and if only the cries of the crowd, the hearty cheering of the assembled thousands, and the indescribable enthusiasm pervading every breast and animating each of the human units of that vast assemblage whose portraits appear in the pictures presented could be rendered with equal fidelity, then, indeed, the audience would be able to imagine itself present at the stirring episodes depicted. The apparatus used was that of Demeny, and wavered slightly, but it is understood that this “flicker” is due in some degree to the electric light, which was produced by an alternating current, and would be much less with a continuous current. Moreover, improvements have been made in the machine used, which were not employed yesterday. The picture can be enlarged to 10ft., but that shown at the private view was not more than 20 ft. by 15ft. It is an interesting exhibition, and should attract large numbers who did not see the Jubilee festivities, as well as many who wish to refresh their recollections of them.


The Morning Post, London, wednesday, july 14, 1897, p. 3.

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One of the Photographs taken by Mr. John Le Couteur by special privilege from the Steps of St. Paul's Cathedral on the 22nd of June, 1897.
Copies of this Photo, which has never before been reproduced, have been accepted by Her Majesty the Queen
The Idler, Londres, vol. XIII, nº 1, February 1898, p. 92.

Les relations avec Léon Gaumont concernent d'autres aspects que le chronophotographe, puisqu'un contrat est en préparation, en novembre 1897, qui réserve à John Le Couteur la vente des Photo-Jumelles J. Carpentier pour le Royaume-Uni. (Corcy, 269-272). La convention est finalement signée en avril 1898 (Corcy, 332-335). Toutefois les liens vont se distendre en cours d'année. À l'origine, les soupçons que Léon Gaumont porte sur l'un de ses employés répondant au nom de Beer qui l'aurait espionné pour le compte de John le Couteur. Dans une première lettre envoyée à J. Perrin de Lyon, il manifeste ses réserves :

[...]
Un de nos employés est parti de la Maison depuis 3 mois pour servir d'intermédiaire à un de nos clients, Mr Lecouteur [sic] de Londres, agent de l'Association Photographique. Cet employé s'appelle Beer, étant donné les procédés peu délicats qu'il a employés à notre égard nous venons vous demander l'assurance que vous ne traiterez aucune affaire, ni avec lui, avec Lecouteur [sic], ni avec la Photographique Association [sic], et ce en raison de nos bonnes relations.


Corcy, 363.

Quelques jours plus tard, un autre courrier de Alfred, Claude Bromhead nous en dit davantage sur le comportement de John Le Couteur et de son complice Beer:

En parlant avec M. Pike ce jour, il m’a dit que Le Couteur a connaissance de quelques unes des affaires de notre maison, et même les contenus de quelques unes des lettres que nous vous écrivons ; et M. Pike m’a averti qu’il croyait que M. Beer avait correspondance ou communication avec quelqu’un parmi vos employées à Paris, qui lui dit des affaires qui doivent être secrètes. Plus que ceci M. Pike ne pourrait ou ne voulait pas dire, je vous écris donc, ainsi, sous pli séparé pour vous transmettre cette information. Je vous présente, cher Monsieur, l’assurance de mon dévouement respectueux. [...] J’apprends que la Mson Goupil ici, et des autres maisons françaises ou anglaises prennent précautions en cas d’une guerre Anglo-Franco- qu’on regarde comme presque certaine. Si cette risque [sic] est dans votre opinion assez vraie [sic], ne devons-nous pas avoir un grand stock aussitôt que possible ? A.C. Bromhead.


Cinémathèque Française, fonds Gaumont, cité par Bottomore.

Cette affaire marque un terme à la collaboration entre le Comptoir Général de Photographie et John Le Couteur et la représentation de la maison Gaumont, en Grande-Bretagne, passe désormais entre les mains d'Alfred, Claude Bromhead. C'est à la même époque qu'il va poursuivre le duc de Manchester qui n'aurait pas payé un appareil cinématographique :

Mr. William John Le Couteur, the Plaintiff, said he had a photographic establishment at 14, 16, and 18, Brook-street, and there there was an association of ladies and gentlemen. It was a private Association, and instruction was given as to photography and scientific research. There was nothing in the shape of a shop or of an advertisement in connection with the place. He himself gave instruction in advanced photography and science. He first became acquainted with the Defendant at Welbeck, where Witness has been invited to go and give an exhibition of his own machine, which was considered a good one. That was in August, 1897. The Duke after that came to his rooms and joined his association, and Witness gave him instruction. He there saw a cinematograph, and the Defendant said that he should like to have one of his own. An appointment was made in Clarges-street, and the Defendant said that he should like to see what could be done with a smaller machine in a private house. Witness, therefore, agreed to the exhibition in Clarges-street, considering that the room there would be more suitable than that they could get in an ordinary private house. Witness, therefore, with two of this assistants, went to Clarges-street. During the exhibition the Plaintiff said that the things were beautiful, and, at the same time, he said that he should like to have copies of them. Witness was asked to send in an estimate of the cost of a cinematograph. The Defendant asked the price of a lamp and film to be adapted to a cinematograph, and Witness sent in an estimate. The Duke desired to have certain things made for him. The Duke came to his establishment and practised on the cinematograph, which required some care and skill to manipulate. The Duke referred to the completion of the cinematograph, and said that he should like to have a photograph of himself in character, and Witness said that the things were ready, and would be delivered that day. Witness mentioned the fact that he was very hard pressed, and his Grace said that it would be all right, and that he would settle as soon as he could. Witness had frequently sent an account of his claim to the Defendant, and had sent personal letters to him, telling him the position in which Witness his claim to the Defendant, and had sent personal letters to him, telling him the position in which Witness was, and asking him if he would kindly make it convenient to settle the account.


London Evening Standard, London, 26 november 1898, p. 3.

Par ailleurs, John Le Couteur est autant ou plus connu pour ses connaissances sur les rayons Röntgen et il est même envoyé au Caire, par The Times afin de mettre son appareil à la disposition du colonel Rhodes (The Army and Navy Gazette, 10 septembre 1898, p. 874). Quelque temps après, il participe à une opération tout à fait novatrice et devient ainsi le principal responsable à bord d'un navire-hôpital : 

The Duke of Newcastle's offer to entirely fit out and furnish the hospital ship Princess of Wales has been accepted by the Red Cross Society. A private donor has provided the Spartan, another hospital ship, with complete Rontgen ray apparatus and photographic material. This latter, which will go out on the Princess of Wales next Thursday, will be under the direction of Mr John le Couteur.


Dundee Advertise, Friday 10 novembre 1899, p. 5.

L'idée est de pouvoir utiliser la technique la plus en pointe afin de traiter, opérer et soigner les blessés de guerre. The Princess of Whales devient ainsi l'un des navires les plus modernes en son genre. Mais nous ignorons si tout cela aboutit finalement. (London Daily News, Monday 13 novembre 1899, p. 3.). Au cours des années suivantes, John Le Couteur va de nouveau faire parler de lui, en particulier, en 1903, à propos d'une découverte pour le moins surprenante :

About eighteen months ago Mr. Le Chouteur caused a sensation by announcing that he had discovered a cure for consumption, and he oponed a magnificent place in Brook Street, which was frequented by fashionable people. His method was the application of electicity to the body, which he said destroyed the bacilli of tuberculosis.


Sheffied Faily Telegraph, 25 May 1905, p. 9.

Cette nouvelle information - la prétendue guérison de la tuberculose - complète assez bien le tableau d'un homme aux multiples facettes qui vont de la médecine quelque peu fantaisiste aux images animées. Figure sans aucun doute originale, John Le Couteur va connaître une triste fin. Pour des raisons non éclaircies, mais qui ont sans doute à voir avec des ennuis financiers, lui et son épouse vont mettre fin à leurs jours en s'intoxiquant à l'oxyde de carbone...

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"Double suicide in a West-End Studio"
The Illustrated Police News, June 3, 1905, p. 3

Bibliographie

BARNES John, The Beginnings of the cinema in England 1894-1901, vol 4 , University of Exeter Press, 1899, p. 59-60.

BOTTOMORE Stephen, "Correspondance entre Léon Gaumont et Alfred Claude Bromhead, 1906-1908 ", 1895, nº 37, 2002, p. 97-113.

CORCY Marie-Sophie, Jacques MALTHÊTE, Laurent MANNONI, Jean-Jacques MEUSYLes Premières années de la société L. Gaumont et Cie, París, AFRHC, 1998.

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