Alexandre PROMIO

(Lyon, 1868-Asnières, 1926)

promio01

© col. Jean-Claude Seguin Vergara 

1

Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Jean, Alexandre, Louis Promio, fils Jean-Louis Promio (Lyon, 15/09/1838-Villeurbanne, 26/05/1916) et de Delphine, Augustine Gleyze (Aubenas, 17/05/1847-Lyon 28/03/1914), naît le 9 juillet 1868, à Lyon 6e. Il épouse, en premières noces, Marie, Juliette Évrard (Villeurbanne 06/05/1866-,25/06/1952), le 23 février 1893 (Lyon 2e). Le couple a une fille, Louise, Alexandrine Promio (Lyon 2e, 20/08/1897-.Alger, 08/01/1912). Au début du XXe siècle, il fait la connaissance de Juliette, Fernande, Emma Canu ([1880]-) dont il a une fille, Simone Canu (Paris 18e, 28/07/1906- La Bocca, 15/09/1988) et qu'il épouse, à Alger, le 18 mars 1922. Il décède, à Asnières-sur-Seine, le 24 décembre 1926.

Les origines (1868-1895)

D'origine italienne, Alexandre Promio - familièrement appelé "Sacha" - poursuit ses études à Lyon. Son goût pour la musique - qui sera constant tout au long de son existence - et sa formation - baryton Martin - le conduit à rencontrer Juliette Évrard avec laquelle il intervient assez fréquemment dans les soirées mondaines avant leur mariage. Il exerce par ailleurs plusieurs activités dans la première moitié des années 1890 : employé des postes, représentant du champagne Mercier.... 

L'arrivée chez les frères Lumière (mars-mai 1896)

A priori, Alexandre Promio a d'autres activités assez éloignées de la photographie. Il n'est probablement qu'un amateur quelque peu éclairé, rien de plus. À la différence de nombre de collaborateurs, il n'appartient pas au sérail. C'est en réalité au cours du congrès des photographes de Lyon, en juin 1895, qu'Alexandre Promio découvre le cinématographe comme il l'a lui-même raconté à l'historien Coissac :

J’eus la bonne fortune d’assister, en juin 1895, à la première séance de projections animées faites à Lyon par M. Louis Lumière, à l’issue du congrès de photographie.
Comme tout le monde je fus émerveillé et, depuis ce moment, je fis tous les efforts possibles pour être présenté à MM. Auguste et Louis Lumière. Grâce à l’intermédiaire de M. Pascal, que j’avais connu à la Martinière, j’eus l’honneur d’entrer au service de ces messieurs au début de l’année 1896.

Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe, Paris, Éditions du Cinéopse, Gauthier-Villars, 1925, p. 195.

Promio ne fait pas mystère de son intérêt pour le cinématographe, ni des moyens qu'il met en oeuvre pour rentrer en contact avec les Lumière dont on peut penser qu'ils doivent le considérer comme un opportuniste. Toujours est-il que tout se joue entre la fin de l'année 1895 et les premières semaines de 1896... Dès le 1er janvier, il rentre au service de frères Boulade, opticiens connus, et proches des frères Lumière, avant de se faire engager aux usines de Monplaisir :

Au 1er janvier dernier il est entré en qualité de comptable chez M. Boulade, opticien, place des Jacobins, 8, mais cet emploi n'étant pas de son goût il l'a quitté volontairement le 1er Mars, pour entrer à la maison Lumière.
Il a fait paraître dans le journal Le Progrès des articles sur la photographie qui constituaient de simples réclames en faveur de cette maison et notamment des procédés cinématographiques qu'elle cherche à vulgariser. C'est à celà seulement que M. Promio doit son titre de rédacteur scientifique.


Dossier « Alexandre Promio », Archives départementales du Rhône, série 1 M 300 [Palmes académiques].

Nous savons par le témoignage de Félix Mesguich qu'Alexandre Promio a un rôle d'instructeur auprès des nouveaux opérateurs, à une époque où Charles Moisson, un homme clé dans la "stratégie" du cinématographe, dans les premiers mois, est en train de suivre les postes européens et tourne les premières vues dans le continent. 

Je me vois permissionnaire à Lyon, prenant pour la première fois, le 5 janvier 1896, ce petit tramway qui conduit aux laboratoires des établissements Lumière, à Lyon-Monplaisir. C’est en culotte de zouave que je me présente, ma libération du 3e régiment de cette arme dont le dépôt était à Arles, devant avoir lieu quelques jours plus tard. [...] Une semaine après ma première visite à Monplaisir, me voici attaché aux établissements Lumière ; mon instruction commence, sous la direction de M. Promio.


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Grasset, Paris, 1933, p. 2-4.

En réalité, Mesguich n'est libéré que le 21 mars et la date du 5 janvier apparaît comme assez fantaisiste... d'autant plus qu'Alexandre Promio n'appartient toujours pas aux usines Lumière. Compte tenu de la configuration de la situation du mois de février au mois de juin, les frères Lumière sont conduits à faire tourner le cinématographe, au moins à Lyon, en particulier pendant le séjour du président Félix Faure :

La soirée s’est terminée par quelques projections cinématographiques faites par MM. Lumière, et dont l’une représentait M. Félix Faure arrivant devant le palais des facultés de droit et des lettres.


Le Salut public, Lyon, dimanche 8 mars 1896.

En l'absence de Charles Moisson, les frères Lumière doivent pouvoir compter sur un nouveau collaborateur, et c'est finalement Alexandre Promio qui a l'audace de se présenter qui va faire l'affaire :

Je me mis tout d’abord au courant du nouvel appareil, puis je fus chargé par ces messieurs d’instruire le personnel à former, pour l’envoyer dans les postes qui se créaient en France et à l’étranger.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 195.

S'il consacre une part de son temps à former les nouveaux opérateurs, il est également chargé de la surveillance et du bon fonctionnement de certains postes en France, comme cela est le cas au cours du mois de mai. Ainsi à Chartres, il est chargé de la projection de nouveaux films :

C’est M. Alexandre Promio, un ingénieur de l’usine de MM. Lumière, qui a fait défiler sous les yeux émerveillés du public ces ravissantes reproductions photographiques. Toutes ont été très réussies, mais celles qui ont plus particulièrement excité l’admiration du public sont : L’Abreuvoir d’une caserne, La Partie de cartes, La Discussion politique, L’Arrivée du régiment, Le Lever de la garde au palais de la reine à Londres, La Sortie de l’Atelier, La Démolition d’une maison, Le Chemin de fer et Le Bain de mer.


Le Journal de Chartres, Chartres, mercredi 20 mai 1896.

Le vide que crée ainsi l'absence de Charles Moisson constitue un superbe occasion qu'Alexandre Promio va saisir sans sourciller. Renvoyant Moisson à son atelier, il devient la figure essentielle de la maison Lumière, le responsable du secteur cinématographique et le cinématographiste de très nombreuses vues. Il est d'ailleurs très probable qu'Alexandre Promio ait déjà réalisé lui-même des tournaages avant de partir à l'étranger, mais nous n'avons aucune information à ce sujet.

Le Premier voyage en Europe : Suisse, Espagne, Grande-Bretagne (juin-août 1896)

En Suisse, le figure clé est sans nul doute le concessionnaire Lumière qui a obtenu l'autorisation d'y diffuser le cinématographe : François-Henri Lavanchy-Clarke. Comme pour les auttres postes, les Lyonnais y ont par ailleurs envoyé un homme de confiance, Jean Claude Villemagne qui occupe les fonctions de chef de poste. C'est au cours des mois de l'Exposition, qui ferme ses portes  le 18 octobre 1896, que plusieurs vues vont être tournées. Leur singularité ? Il s'agit de vues publicitaires pour le Savon Sunlight dans lesquels le concessionnaire apparaît systématiquement. Nous savons que Lavanchy-Clarke intervient au moins comme publicitaire, mais la question sur l'auteur des images animées n'est pas totalement résolue. Grâce, grâce à la presse neuchâteloise, nous conservons un témoignage d'un tournage qui ne semble pas, cependant, correspondre aux vues du catalogue, mais indiquer, en tout état de cause que des tournages ont eu lieu, vers le 7 juin 1896. La Société de Zofingue, composée essentiellement d'étudiants, se rend à Genève le 6 juin pour visiter l'Exposition Nationale et le lendemain, alors que le groupe se trouve à côté du Village suisse, le cinématographe enregistre quelques images animées :

Le lendemain, visite à l'Exposition. Dîner au Village suisse, dans le jardin de la taverne moyen-âge, où cette centaine de casquettes blanches, quoique peu dans le style, ne faisait pas mal du tout ! Inutile de dire que les Neuchâtelois rendirent visite à la ferme Robert. Hélas ! le temps est court, et, après que le propriétaire du cinématographe eut pris la photographie d'un long monôme zofingien serpentant parmi les baraques, les casquettes blanches se séparèrent pour gagner chacune sa ville respective.


Feuille d'avis de Neuchâtel, Neuchâtel, 10 juin 1896, p. 4.

Par ailleurs, dans le "journal" qu'il confie à l'historien Coissac, il se souvient d'une anecdote savoureuse : 

Dans des circonstances analogues, je dus, à Genève, recourir à des moyens de fortune. Étant à l’intérieur de l’Exposition, où j’avais pris pas mal de vues, sans réfléchir au risque de manquer de pellicule, je me trouvai effectivement en présence d’une vue intéressante, mais n’ayant plus de bande. Cette fois, ce fut un gros muid de la maison Fruhinsolz, de Nancy, qui remplaça la chambre noire absente. L’un des fonds enlevés, je m’accroupis dans le tonneau, qui fut refermé, j’opérai le chargement de mes magasins, non sans ressortir avec une bonne courbature ; puis je courus braquer mon objectif.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 197.

Si la présence d'Alexandre Promio ne fait aucun doute, certaines incertitudes planent sur la date des tournages qu'il effectue. Celui d'un film, le 7 juin, mais sans doute de plusieurs, n'est pas incompatible avec le calendrier de l'homme chaussé des " bottes de sept lieues ", surnom que lui donne Félix Mesguich. Il aurait pu se rendre très rapidement à Genève, à deux pas de Lyon, d'autant plus que la frontière, alors, est assez poreuse puisque aucun passeport n'est nécessaire. Toujours est-il que l'on lui attribuer un corpus d'une dizaine de films, dont sept figurent au catalogue.

Cette escapade suisse ne constitue, si elle a vraiment eu lieu dans les derniers jours de mai ou les premiers de juin, qu'un galop d'essai. Mais si l'on revient à son "carnet de route", le premier vrai voyage qu'il effectue à l'étranger le conduit en Espagne :

Mon premier voyage eut lieu en Espagne. J’étais quelque peu ému, je me sentais bien seul, entièrement livré à moi-même et je redoutais un insuccès. Un télégramme venu de Lyon, après mes premiers envois, fut un précieux encouragement ; je pris confiance et poursuivis ma route avec moins d’inquiétude.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 195.  

Mème si Promio ne dit rien de précis sur l'itinéraire qu'il emprunte, la projection à Lyon, dès le 5 juillet 1896, de Place du port à Barcelone laisse à penser qu'un cinématographiste se trouve dans la capitale catalane quelques semaines auparavant, et qui d'autre que Promio pourrait alors être là ? Les premiers envois correspondent sans doute à des tournages dans cette première halte. Dans le catalogue Lumière, il existe un titre qui correspond à l'un de ces essais : Déchargement d'un navireMais le vrai but de ce voyage c'est bien entendu Madrid. À l'exception de quelques vues, l'essentiel des filims tournés dans la capitale sont à caractère militaire. Il va d'ailleurs trouver un appui inattendu en la personne de la reine d'Espagne : 

A Madrid, le cinéma fut la cause indirecte d'une petite révolution au Palais Royal.
J'avais fait demander à la reine régente, par l'entremise du Maréchal du Palais, les autorisations nécessaires pour opérer dans les casernes ou sur les terrains d'exercice, cela en vue d'enregistrer des scènes de cavalerie, infanterie, etc. Avec la plus entière bonne grâce, la souveraine avait accordé tout ce que je demandais. Au moment de m'occuper de l'artillerie, ne voulant pas me contenter d'un défilé banal, j'exprimai au maréchal mon désir d'avoir des pièces en action. Il leva les bras au ciel et me dit qu'il ne se chargerait pas de transmettre une pareille demande et que je devais me contenter de ce qui m'avait été accordé. J'insistai cependant et, quarante-huit heures après, je fus avisé que la reine avait donné des ordres pour que six pièces fussent approvisionnées à deux gargousses, cela au grand étonnement des officiers, qui durent avouer que le cinématographe Lumière avait une influence énorme sur les souverains.


Ibid., p.  195-196.

Si le cinématographe a pu influencer la souveraine, on peut également penser que la situation nationale et internationale (le soulèvement à Cuba) incite les autorités à faire montre de sa force. Comme à son habitude, Promio ne s'attarde guère, à peine le temps de tenter de tourner quelques vues d'une corrida... Mais les conditions météorologique sont contraires et seule une vue figure au catalogueArrivée des ToréadorsLe cinematographiste continue sa route : "Rentré d'Espagne par Bordeaux..." (Ibid., p. 196). Il est passe sans doute par Biarritz, où une vue lui est attribuable, par Bordeaux, où des vues ont été tournées, même si elles ne figurent pas au catalogue, puis par Toulouse et Carmaux où il prend également deux vues Défournage du coke et Chargement du coke.

Après une courte halte à Lyon, Alexandre Promio file en Grande-Bretagne où il retrouve Félicien Trewey, responsable du poste de Londres, dont on trouve une description dans ces "Carnets de route" publiés par Coissac :

À Londres, les projections se faisaient à l’Empire Theater. On projetait huit bandes, qui étaient annoncées et commentées par un speaker. Le succès fut inouï ; la salle regorgeait de monde et, pour un spectacle qui durait tout au plus 12 minutes, l’exploitant du cinématographe Lumière touchait 300 livres sterling par semaine. (Bien qu’à ce moment la livre anglaise n’eût pas atteint les sommets vertigineux où nous la voyons aujourd’hui, chaque représentation était payée 1.250 francs, soit à peu près 100 francs la minute


Ibid., p. 196.

Si l'on peut penser que Promio, responsable du cinématographe, est aussi en visite d' "inspection", il est aussi là pour nourrir le catalogue Lumière. Exception faite de son "Carnet de route", nous ne disposons d'aucune information qui pourrait confirmer que les vues tournées en juillet, en Grande-Bretagne, sont de lui. Mais dans la mesure où Félicien Trewey est avant tout acteur de certains films Lumière et qu'aucun autre cinématographiste n'est présent en Angleterre, on peut raisonnablement penser que notre homme est bien celui qui prend les vues animées dont celle du mariage de la princesse Maud d'Angleterre, Cortège au mariage de la princesse Maud, le 22 juillet. Au cours de ce mois de juillet, au Crystal Palace, un autre cinématographe présente des films et une troupe d'artistes javanais, ou présumés tels, offrent leur spectacle. Occasion rêvée de tourner quelques vues de ces personnages exotiques qui sont d'ailleurs reçus par la reine Victoria, le 12 juillet (Waterford Mirror and Tramore Visitor, Thursday 23 July 1896, p.3) et d'autres au jardin zoologique.

Le voyage aux États-Unis (septembre 1896)

Entre son retour de Londres et son départ pour les États-Unis, Alexandre Promio a dû repasser brièvement par Lyon, mais il n'est pas à exclure qu'il soit quelque part en Europe en train de prendre d'autres vues. Le cinématographiste embarque, au Havre, sur La Bourgogne, le 22 août 1896. Dès son arrivée, le 31 août, à New York, il déploie une grande activité au cours de son séjour américain. Il se souvient du succès rencontré et de l'intérêt que suscite son cinématographe :

Si, en France et en Europe, l’apparition du cinématographe Lumière avait provoqué le plus grand enthousiasme, que dirai-je de ce que je vis aux États-Unis ? Ce pays ne connaissait de la photographie animée que les essais d’Edison avec son kinétoscope, appareil individuel dont les résultats étaient peu satisfaisants. Aussi, quand les projections furent faites dans une des salles des théâtres Keith’s, à New York, ce fut, en même temps qu’un triomphe, une véritable révélation. Une nuée de journaliste m’entoura - car là-bas la publicité tient dans la vie la première place. On vint me demander un tas de détails, des portraits de MM. Auguste et Louis Lumière et, comme je n’en possédais aucun exemplaire, on mit carrément ma tête (prise à l’hôtel à grand coup de magnésium par un reporter) en première page des journaux avec ce titre : « The manager of the Lumière’s Kinematograph. » Je ne pouvais pas faire un pas dans la ville sans être suivi par une foule désireuse de se faire prendre dans une scène pour se voir ensuite sur l’écran. Combien de fois n’ai-je pas tourné à vide, devant des gens qui venaient se camper à moins de deux mètres de l’appareil…?


Ibid., p. 197-198.

L'arrivée d'Alexandre Promio aux États-Unis est parfaitement orchestrée. Avant même qu'il ne pose le pied sur le continent américain, la presse annonce déjà son arrivée:

THE MESSRS. LUMIERE, inventors of the cinematographe, now on exhibition on the Keith circuit, have sent their most efficient photographer to this country to take American views for their wonderful machine.


New York Clipper, New York, 29 August 1896, p. 406.

Il n'est pas tout à fait sûr que les frères Lumière aient pris le soin d'informer la presse américaine et il y a fort à parier que ce soit Promio lui-même qui ait envoyé un cable pendant la traversée. Dès son arrivée, il va parcourir la ville avec le cinématographe sous le bras. Il est d'ailleursr le premier cinématographiste de la maison Lumière à prendre des vues nord-amércaines :

[...] The pictures shown yesterday were all European, the firm not having as yet sent men to this country to photograph scenes for their exhibitions.


The Brooklyn Daily Eagle, New York, 15 août 1896, p. 2.

Quelques vues sont ainsi prise à Brooklyn comme le raconte la presse new-yorkaise:

The Cinematographe
This wonderful invention, which is exhibited on Washington street, just below Myrtle avenue, will have a number of new pictures this week. Alexander Promio, representing the house of Lumiere, is now in this country and is taking views of American subjects to add to the lifelike series, Several pictures have been taken in Brooklyn, and the photographer, who has heard about our trolley cars, is confidently expecting to depict the death of some of our citizens as natural as life and a good deal more inevitable.

The Brooklyn Daily Eagle, New York, 6 september 1896, p. 13.

À Brooklyn, il prendre deux vues Pont de Brooklyn et Descente des voyageurs du pont de Brooklyn, mais on peut imaginer sans aucun doute qu'il profite de ce premier séjour à New York pour multiplier les prises de vues. Après quelques jours, il se rend à Chicago, la première étape de son voyage. Dès son arrivée, là encore, la presse bien informée, annonce l'arrivée prochaine de deux photographes de la maison Lumière. Nous ignorons qui peut bien accompagner alors Alexandre Promio:

The electrician for the Cinematograph has been in the city all week, fixing the wires and switchboard, and on Friday two of Lumiere's photographers are expected, who will take views of the leading places of interest in Chicago, such as the newspaper offices, the interior of the board of trade, the bathing at Windsor Park beach, Michigan avenue at 5 o'clock, Rush street bridge, the harbor, Washington Park, the Ferris wheel, and similar resorts.


The Inter Ocean, Chicago, 10 sept 1896, p. 5.

Trois tableaux figurent au catalogue Lumière, mais c'est sans aucun doute Défilé de policemen qui est la plus remarquable et dont la presse américaine de l'époque se fait l'écho:

The Cinematographe. —M. Promio, a photographer in the employ of Lumiere, the French scientist and inventor, was in Chicago recenltj and obtained some excellent " moving pictures " of everyday scenes there abouts. He obtained twenty-four series of photographs, representing the busy movement of shoppers in State street, the fire department making a quick run, the police of the 1st precinct turning out for a parade, and so on. He had to take between 2,000 and 3,000 negatives for each picture. The negatives will be sent to Lyons, France, to be developed and prepared for use in the "cinematographe," the marvelous device which is now an attraction at a Chicago theatre.


American Amateur Photographer, Chicago, vol. 8, nº 10, october 1896, p. 440.  

Dans ses "carnets de route", Alexandre Promio lui-même en garde un souvenir ému bien des années après  :

Je quittai New York pour Chicago, sans dire à qui que ce fût ma nouvelle destination. Or, à peine étais-je installé à l’Auditorium Hôtel de Chicago, qu’on me passait la carte de deux journalistes… Je rendis visite au fonctionnaire qui, à Chicago, remplit des fonctions analogues à celle du préfet de police de Paris. Je lui demandai l’autorisation de prendre quelques vues animées des policemen et des pompiers de cette ville. Il fit d’abord la sourde oreille ; mais quand je lui expliquai qu’il s’agissait du cinéma Lumière et que les bandes que je voulais prendre seraient projetées dans le monde entier, concurremment avec les vues des policemen de Londres, des pompiers de Belfast, et de Paris, sa figure se détendit et il me donna rendez-vous pour le lendemain. À l’heure convenue, quel ne fut pas mon étonnement de trouver, rassemblés dans Michigan-Avenue, plus de 5.000 policemen et pompiers que je fis défiler comme je voulus, en tenues différentes et à l’allure que j’indiquai. Le directeur du théâtre où se faisaient les projections de nos vues m’adressa une invitation accompagnée d’un coupon de loge pour que j’assistasse à la soirée. J’acceptai, et le soir je me rendis au spectacle où une loge entière du rez-de-chaussée m’était réservée. Les numéros du programme se poursuivirent sans incident, puis vint le tour du cinéma. Comme en Angleterre, les vues étaient présentées par un speaker. J’appris plus tard que, ce soir-là, c’était le directeur en personne qui s’était chargé de ce soin. Or, entre la quatrième et la cinquième vue, il prit la parole en ces termes : « Mesdames et Messieurs, le représentant de MM. Lumière, les illustres inventeurs du cinématographe, vient d’arriver dans notre ville et je me fais un agréable devoir de vous le présenter. » Un coup de timbre, l’obscurité se fit et, sans que j’eusse le temps de faire un geste, je me trouvai violemment éclairé par un projecteur placé aux galeries et dont les rayons lumineux avaient été réglés d’avance sur la place qu’on m’avait assignée. Et de partout les applaudissements éclatèrent.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 198-199.

Pas sûr que 5 000 policemen figurent sur la vue Lumière, disons quelques centaines en tout cas, et nous serons plus près de la vérité... Alors qu'il est encore très probablement à Chicago, la presse bostonienne annonce la projection prochaine de vues locales :

SPECIAL NOTICE
There will shortly be presented several views of local character, the familiarity of which, together with their faithfulness to the original, ara sure to create a sensation.


Boston Sunday Globe, Boston, septembre 13, 1896, p. 19.

Autant dire que la campagne est parfaitement orchestrée et que les théâtres Ketih se font les relais des informations relatives au voyage d'Alexandre Promio aux États-Unis. Mais avant d'arriver à Boston, il se rend aux chutes du Niagara où il va prendre quelques vues. La dernière étape de son circuit le conduit à Boston où il va multiplier les vues de rues et d'avenues, une dominante dans le corpus nord-américain de notre cinématographiste. Après son départ, le Boston Daily Globe commente le bref séjour de Promio dans la ville:

Mr. Alexander Promio, one of the greatest photographers in Europe, was in Boston, last week, and made several pictures for display in the Cinematographe, at Keith's. Among the views taken were a brush of the mile ground between two well-known gentlemen owrers of fast horseflesh, with a number of prominent people gathered about as spectators; views in the public garden, Copley, Adams, Haymarket and Dock sqs, Tremont row, on a busy day, Cornhill, operations on the subway, and a scene of others. These will be exhibited as soon as the films can be prepared, and cannot fail of attracting wides read attention from Bostonians.


Boston Daily Gobe, Boston, sept 20, 1896, p. 18.

 À cette date, l'opérateur est sans doute de retour à New York, où il prend sans doute quelques vues encore. À peine plus de trois semaines pour nourrir le catalogue Lumière, un nouveau pied-de-nez à Edison et aux autres maisons qui ne disposent pas de vues européennes. Finalement, il embarque à bord du transatlantique le 25 septembre 1896 :

The cinematographe exhibitions in the old post office building, on Washington street, will be continued this week, with this liste of views: Removing e Tree, French scene; Babies' Quarrel, by request; Champs Elysee, Paris; Mechanical Charcuterie; Bathing on French Coast, by request; Ninety-sixth French Infantry, by request; London Street scene, by request; Royal Spanish Lancers; Shooting Chutes, Geneva exposition, and Arrival Train at French Station. The special military views will be shown on every Wednesday night hereafter. Mr. Alexander Promio, artistic photographer, sailed for France Friday, after an extended tour through the United States. Mr. Promio has during his stay taken views of the most interesting sights in our country, and as soon as these are developed in France, they will be sent out to the Lumiere cinematographes in every great city in Europe and America, and Europeans will have the pleasure of seeing America in some of ist most interesting phases. Mr. Promio for his scientific results in photography has been decorated by the Queen of Spain recently.


The Brooklyn Daily Eagle, 27 Sep 1896, p. 24.

Retour en France (octobre 1896)

Le timing d'Alexandre Promio est absolument remarquable et l'on aurait du mal à trouver des pauses dans cet agenda démentiel. C'est la presse new-yorkaise qui nous informe sur la suite du voyage du cinématographiste :

Alexandre Promis [sic], chief of photographic service of Lumiere and Sons, sailed Saturday for France for a short stay in order to take views during the visit of the Czar and Czarina in France for the Cinematographe.


The New York Dramatic Mirror, New York, 3 octobre 1896, p. 16.

Son retour en France correspond juste avec l'arrivée du Tsar à Cherbourg. Il est même possible qu'il rencontre Constant Girel, lui qui l'a remplacé comme cinématographiste Lumière en Europe. Ce dernier a tourné d'ailleurs les vues de l'arrivée du souverain russe, mais, assez logiquement, c'est Alexandre Promio qui va prendre le relais et couvre la visite de Nicolas II à Paris.

On peut imaginer qu'il rentre à Lyon pour quelques jours, le temps de remettre les négatifs de ses vues américaines et de préparer sa nouvelle mission en Italie.

Le panorama de Venise (octobre-novembre 1896)

Ici encore, nous conservons quelques témoignages qui permettent de " baliser " un peu ce séjour transalpin. D'abord, nous disposons des souvenirs d'Alexandre Promio confiés à l'historien Coissac:

C’est en Italie que j’eus pour la première fois l’idée des vues panoramiques. Arrivé à Venise et me rendant en bateau de la gare à mon hôtel, sur le grand canal, je regardais les rives fuir devant l’esquif et je pensais alors que si le cinéma immobile permet de reproduire des objets mobiles, on pourrait peut-être retourner la proposition et essayer de reproduire à l’aide du cinéma mobile des objets immobiles. Je fis de suite une bande que j’envoyai à Lyon avec prière de me dire ce que M. Louis Lumière pensait de cet essai. La réponse fut favorable.


G.-M Coissac, op. cit., p. 197.

Même s'il n'est pas le premier à "inventer" le travelling - Constant Girel quelques semaines plus tôt s'y était essayé à Cologne -, il semble l'avoir popularisé assez vite. Il reste, outre les panoramas, plusieurs vues italiennes, tournées à la même période, pourraient lui être attribuées, mais nous manquons de traces. Grâce à la correspondance "Chapuis", nous disposons malgré tout d'un témoignage de première main de l'un des opérateurs Lumière, Pierre Chapuis : 

 […] parlons de cette folle soirée que nous avons donnée, ce jour-là, au roi. Un opérateur de la maison, Mr l'ingénieur de la maison Lumière et le directeur du cinémato, M. Promio, qui revenait des fêtes de Rome, s'est juste trouvé à Turin, ce jour-là ; alors le voilà parti, il se donne rendez-vous avec le chef de poste à son hôtel à 8 heures ; le chef de poste arrive à 8 h 5, et il était déjà parti à la gare Porta Nuova et nous devons partir par porte Susa ; Promio, lui, ne voit pas Genty à la gare, il ne prend pas le train et quand il revient au magasin, il était furieux de savoir que nous étions tous partis. Enfin, il envoie une dépêche dans laquelle il met avec l'intelligence et l'exactitude de Genty : « Pas pris le train. Si présence est obligatoire, partirais alors tout de suite ». Calcina répond : « Présence non seulement obligatoire mais nécessaire. » Alors il s'amène à 8 heures du soir à Monza, car il n'aurait pas manqué son coup, car il espérait voir le roi. Enfin, nous partons au palais. On se prépare et il dit à Genty de se mettre à la lampe, quand j'ai entendu ça, j'ai deviné ce qui allait arriver : lui qui ne s’était jamais mis à la lampe s’est trouvé volé ; ses charbons n'étaient pas d'aplomb. La lampe chauffait. Promio faisait augmenter la force, si bien que l’on marchait à 40 ampères en courant continu. Promio l’égueulait, et moi je m'amusais à faire aller la bobineuse, et en moi je disais : « Mon vieux Genty t'es pipé là. Tu ne fais pas le malin aujourd'hui. ». Enfin Promio me fait mettre ; ça a marché un peu mieux, mais nous avions toujours 40 amp. et les charbons du bas devenaient fin comme une aiguille, mais ça allait. À la fin de la séance, Promio l'a engueulé comme un patier dans le palais royal. Genty n'en a pas dormi de la nuit Promio a dit de lui qu'il voulait demander le renvoi de Genty ce qui n'a pas réussi, parce que Calcina est parti à Lyon 1 jour après il a mis tous les torts sur Promio et comme il n'est pas aimé de ces Mrs, ça s’est arrêté là. Et après tous les torts sont à Promio ; moi je dis la même chose, mais dans le fond… Enfin le vendredi après, nous y sommes retournés. M. Calcina en a parlé à ces Mrs, et ils ont renvoyé un autre opérateur, M. Girel, qui a apporté un autre appareil, ce qui fait que l’on ne s'est pas arrêté à Turin. Seulement Genty n'a pas voulu, car il savait bien qu'il n'aurait pas pu faire marcher l'appareil, ça c'est tout clair. Il y serait bien allé, mais il aurait voulu avoir l’opérateur sous ses ordres ce qui ne se pouvait pas, alors c'est moi qui suis parti, et ça a marché encore mieux que toutes les autres fois, et à la fin nous avons eu droit au champagne et nous nous sommes retirés avec félicitation du jury, même bisser à plusieurs reprises. C'est tout.


Pierre Chapuis, Lettre à Marius Chapuis, Milan, 5 décembre 1896. (Fonds Génard).

Les fêtes dont il est question dans la lettre sont celles qui ont eu lieu, à Rome, le 24 octobre, et dont le catalogue a conservé la trace avec les deux vues : Cortège au Mariage du Prince de Naples (283) et Fin du cortège au Mariage du Prince de Naples (284). Ces vues sont habituellement attribuées à Charles Moisson, sur la base de ce courrier, même si la syntaxe de l'opérateur laisse planer le doute, car, une autre lecture, pourrait nous laisser croire que c'est plutôt Alexandre Promio qui a filmé les films. Confusion aussi sur la vue Roi et Reine d'Italieattribuée à Constant Girel. On peut penser que le corpus des vues italiennes du cinématographiste est plus important, mais les données manquent.

Voyages en Afrique et au Moyen-Orient (décembre 1896-mars 1897)

Si Alexandre Promio, dans les années 1910, va s'installer en Algérie, en cette fin d'année 1896, il est probable qu'il n'y soit encore jamais allé... L'objecitf est, là encore, de nourrir le catalogue Lumière, mais avec cette tonalité orientaliste qui a imprégné l'Europe occidentale de la seconde moitié du XIXe siècle. Il s'agit aussi de montrer la puissance coloniale de la France, à une époque où la colonisation mettait le continent africain sous le joug des nations européennes. Peu de trace du séjour en Algérie, mais un seul élément journaliste qui nous permet de nous assurer de la présence du cinématographiste qui, tout en prenant des vues, organise également des séances :

Ce soir, mardi, aux Nouveautés, la Compagnie F. Achard nous donnera deux grands succès de son répertoire : Feu Toupinel et Les surprises du divorce, deux pièces plusieurs fois centenaires de l’auteur préféré du public, Mr Alexandre Bisson. Entre ces deux pièces, pendant l’entracte, première représentation du Véritable cinématographe Lumière.


La Dépêche algérienne, Alger, mercredi 16 décembre 1896, p. 3.

Alger d'abord, Tlemcen ensuite... Alexandre Promio rapporte de ce voyage une dizaine de vues qui comblent, sans aucun doute, les spectateurs en mal d'exotisme. Plusieurs semaines, de la fin 1896 au début de 1897, manquent à l'appel. Où se trouve alors le cinématographiste ? Aucune information connue ne permet de savoir s'il est rentré à Lyon ou si, en contraire, armé de son cinematographe, il tourne ici ou là. Ce n'est que quelques mois plus tard, que nous le retrouvons, toujours à la recherche de nouveaux sujets pour son appareil. C'est vers les mois de mars et avril 1897 qu'il parcourt l'Égypte et la " Grande Turquie ". Difficile de dire où commence ce voyage, et même de savoir s'ils n'ont font qu'un. Il est probable que son voyage ait commencé par ce dernier pays, vers le milieu du mois de février 1897.

Lorsque Alexandre Promio se rend en Turquie, c'est un pays aux contours parfois flous et instables et qui s'étend sur une bonne partie de l'actuel Moyen-Orient. Le souvenir qu'il en garde est plutôt mitigé :

J’ai peu à dire de mon voyage en Turquie, si ce n’est la très grande difficulté que j’eus pour introduire mon appareil de prise de vues. À cette époque, dans la Turquie d’Abdul-Hamid, tout instrument muni d’une manivelle était suspect ; il fallut faire intervenir l’ambassade de France et puis aussi quelques pièces de monnaie adroitement oubliées dans la main de quelque fonctionnaire, pour obtenir libre entrée. Je pus enfin opérer à Constantinople, Smyrne, Jaffa, Jérusalem, etc.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 196-197

Le témoignage du cinématographiste est d'autant plus intéressant si on le compare à celui de Louis Janin qui va se retrouver quelques semaines plus tard confronté au même problème d'accès au pays. Si nous en croyons Promio, il va ainsi descendre de Constantinople à Jérusalem. Ce voyage - qui est pour beaucoup de croyants celui d'un pèlerinage - va lui permettre de prendre un nombre impression de vues, dont certaines font preuve d'un réel sens artistique, ainsi ce Départ de Jérusalem en chemin de fer (Panorama) (Lumière). Même si le regard de cet Occidental reste conforme à celui d'un homme du XIXe siècle, on a le sentiment que dans ces contrées, hors de la colonisation française, l'observation est moins "orientaliste" et plus conforme à ces vues tournées aux États-Unis, plus "naturelles". Le catalogue Lumière va s'enrichir de 23 nouvelles vues de Jaffa, Jérusalem, Bethléem, Beyrouth, Damas, Constantinople, outre deux vues militaires dont les spectateurs de l'époque sont friands.

De la Palestine, Alexandre Promio va probablement continuer sa route vers l'Égypte. Grâce à presse du pays, alors sous occupation britannique, nous savons au moins qu'en mars, il est à Alexandrie et au Caire :

M. Promio le premier ingénieur de maison Lumière à Lyon arrive aujourd’hui et il va photographier dès demain après-midi à deux heures et demie la station Choteuz (la ligne Ramleh), l’arrivée du train de San Stefano en direction d’Alexandrie.


La Réforme, Alexandrie, mardi 9 mars 1897.

Puis quelques jours après, c'est Le Caire qui reçoit sa visite : " M. Promio, le premier photographe des vues animées, est venu au Caire prendre quelques vues. " (El Akhbar, Le Caire, vendredi 12 mars 1897.) Il va copieusement filmer les deux villes et le Nil. Pas moins de 35 vues égyptiennes figurent au catalogue. Si Alexandre Promio cède à la mode de l'exotisme et de l'orientalisme, il capte aussi, en vrai reporter, le départ du Tapis sacré pour La Mecque, lors de la célèbre procession qui cette année-là a lieu le 26 mars 1897. Le Tapis sacré qui vient de Constantinople continue sa route jusqu'à La Mecque. De ces vues, il faut également retenir les multiples panoramas du Nil qui constitue une forme de métrage long, comme les différents plans d'un même film. Son séjour se prolonge peut-être quelques jours au-delà du 26 mars, jour de la procession du Tapis Sacré.

Nouveaux voyages en Europe (mai-octobre 1897)

Alexandre Promio va repartir et multiplier les séjours dans différentes contrées européennes, au gré d'événements importants, exposition, jubilés, voyages officiels... : " Le voyage suivant eut lieu en Belgique, puis en Suède. " (Coissac, op. cit., p. 196) La proximité de la Belgique aurait pu en faire l'un des premiers pays cinématographiés, mais il faut attendre le printemps 1897 pour que le premier opérateur Lumière vienne y tourner quelques vues. Si le corpus comporte quelques panoramas, il est également composé de vues " descriptives " d'Anvers et de Bruxelles. Le voyage est-il lié à l'exposition de Bruxelles dont l'inauguration, prévue le 24 avril, n'eut lieu que le 10 mai ? La catastrophe du bazar de la Charité, le 4 mai, a-t--elle une incidence sur cette tournée européenne ?

À la suite de son bref séjour en Belgique, le cinématographiste se rend en Suède, profitant de l'Exposition des Arts et de l'Industrie, le long de la Strandvagën, qui est inaugurée le 15 mai 1897. De ce nouveau voyage, Promio a conservé quelques souvenirs :

À Stockholm, l’inauguration de l’Exposition fut faite solennellement par le roi Oscar, à onze heures du matin. Dans les laboratoires de M. Numa Peterson, je développai, dans deux seaux, le négatif que j’avais impressionné pendant la cérémonie ; je le séchai rapidement et tirai un positif, développé et séché dans les mêmes conditions. Ainsi je pus projeter, à 7 heures du soir, devant le souverain étonné et ravi. La réversibilité de l’appareil Lumière pouvait seule permettre cette petite surprise.


G.-M. Coissac, op. cit, p. 196.

On retiendra ici la dextérité de Promio qui en un seul jour est capable de filmer, développer et projeter le film où figure le souverain suédois. Il s'attarde par ailleurs sur la reconstitution du "Vieux Stokholm", où il tourne Une bataille dans le vieux Stockholm, où deux hommes en costume historique se querellent afin que des gardes ne viennent les séparer. Promio a-t-il organisé cette "bataille" ou s'est-il contenté de filmer une scène ? On lui doit également des panoramas dont il maîtrise la technique désormais.

Alexandre Promio continue son marathon cinématographique européen et se rend en Grande-Bretagne à l'occasion du jubilé de la reine Victoria qui a lieu du 20 au 22 juin 1897. À peine quelques semaines plus tard, en plein été, il est du voyage du président de Félix Faure, entre le 23 et le 26 août 1897, et va filmer son séjour en Russie. La presse va suivre cette nouvelle manifestation de l'Alliance entre les deux nations. On a conservé quelques informations personnelles relatives à Promio. La première a à voir avec l'arrivée du président au débarcadère de Peterhoff:

Désigné pour faire partie de la suite du président Félix Faure lors de sa visite au tsar Nicolas II, il [Alexandre Promio] reçoit du chef de l’État français une demande de renseignements sur la place qu’il compte choisir au débarcadère de Peterhoff, le président tenant à passer à bonne distance de l’objectif. Ayant situé à peu près l’emplacement, il tourna au moment précis où Félix Faure et le tsar débarquaient. Un dessin de Hermann Paul reproduit la scène, et, en guise de légende, il inscrivit ces mots : " F.F. au tsar : un peu de côté s.v.p., à cause du cinématographe."


G.-Michel Coissac, Le Monde illustré, Paris, 25 avril 1925, p. 318.

hermannpaul

Paul Hermann, "Sur la jetée de Peterhof", Le Rire, 18 septembre 1897

Nous avons la chance, par ailleurs, de pouvoir disposer du témoignage direct d'un autre opérateur, Marius Chapuis, qui évoque à sa soeur la présence de son ami Paul Decorps à Saint-Pétersbourg. Au détour d'une phrase, il parle des difficultés liées au mauvais temps : 

Que voulez-vous photographier quand il pleut, du reste beaucoup étaient dans les mêmes conditions qu’eux : Promio était là-bas avec un appareil. Il n’a pas eu de chance lui, Decorps lui a vu prendre 2 vues, les 2 bandes ont cassé. Notre ex-collègue de Pétersbourg, Mathieu prenait des vues aussi. Lui est toujours à Pétersbourg.


Marius Chapuis, Lettre, Kiev, 1 septembre 1897 (fonds Génard)

Grâce à la revue illustrée Le Panorama, nous avons en outre la chance de reconnaître Alexandre Promio - troisième à partir de la droite - parmi les journalistes invités au restaurant Contant, le 25 août. 

promio1897

"La Presse française au restaurant Contant"
Le Président de la République, les fêtes de l'Alliance
© Le Panorama, 1897

Comme d'habitude, il reste de nombreuses zones d'ombre et il est souvent difficile de compléter les informations entre deux voyages. Où donc a pu se retrouver Alexandre Promio après ce voyage officiel en Russie ? On imagine qu'il rentre parfois à Lyon, ne serait-ce que pour remettre les films et pour voir ses proches.

Le(s) dernier(s) voyage(s) connu(s) d'Alexandre Promio sont celui (ceux) qu'il effectue dans les îles britanniques, entre août et octobre 1897. Si l'objectif reste, bien entendu, de nourrir le catalogue de vues toujours nouvelles - jamais autant de films n'ont été tournés -, il est également l'occasion pour le "propagandiste" Lumière d'organiser, en septembre, des séances de "Triograph", le nom donné, outre-Manche, au nouvel appareil Lumière spécial pour projections. Dès la toute fin juillet 1897, le nouvel appareil a été présenté à Londres dans la salle Washington (London and Provincial Entr'acte,  London, 31 July 1897, p. 9). Le cinématographiste y est-il pour quelque chose ? En tout état de cause, et en parallèle, fonctionnent d'autres cinématographes dont celui de Félicien Trewey. Il semble que les propriétaires de plusieurs music-hall, MM Moss et Thornton, sont les promoteurs du nouvel appareil Lumière. Dans les premiers jours d'août, en tout cas, Alexandre Promio est à Dublin où il filme, en particulier, les manoeuvres militaires irlandaises dont fait partie le 13e hussards :

IRISH MILITARY MANOEUVRES
The annual Irish military manoeuvres will commence on the 9th of August and terminate ont he 14th of August[...]
The 9th Brigade will consist of-
[...]
A squadron of the 13th Hussars.


The Weekly Nation Supplement, August 7, 1897, p. 2

On peut, par ailleurs, le localiser près de Belfast, vers le 16 septembre, puisqu'il tourne la vue Football, prise à Cliftonville :

The League fixtures for next Saturday are - 
Glentoran v. Cliftonville at Cliftonville
Distillery v. Linfield, at Grosvenor Park
North Staffords v. Celtic, at Celtic grounds.


Belfast News Letter, Belfast, 14 September 1897, p. 3

Mème s'il reste difficile de savoir comment Promio a organisé ce voyage, le nombre et la diversité des vues semblent bien indiquer que le séjour a peut-être été plus long que d'habitude. Toujours est-il qu'à la fin octobre, il présente une florilège de films tournés en Irlande ou en Grande-Bretagne, dont la presse se fait l'écho :

The possibilities of animated photographs would seem to be endless, and this fact was impressed upon us by a private exhibition given by M. Promio, of the celebrated firm of Lumière, at Gatti's (Road), on Thursday, when a number of views of English and Irish subjects were shown for the first time. These photographs, we were given to understand by Mr George Francis, who acted as cicerone, were taken for Messrs Moss and Thornton, the eminent firm of music hall proprietors, and will be shown on their circuit in England, Scotland, and Ireland. Many of the scenes were panoramic, being taken from a moving object. In this way we were shown some capital views of the Mersey and Liverpool Docks, photographed from the Overhead Railway. Some good scenes in Dublin included the O’Connell Bridge and Sackville-street, and pictures full of fine animation and real activity were supplied by the Dublin Fire Brigade getting to work and a company of cavalry exercising over hurdles, The Audience was also shown the scenery of Blackrock, the country round Drogheda, a street in Belfast, and other places of interest. A selection only of the numerous pictures will be given, and the exhibition should certainly be an attraction, as the vibration which has hitherto been the bête noire of animated photographs is conspicuous by its absence in the Triograph.


The Era, London, 23 octobre 1897, p. 19.

Ce voyage marque sinon un terme, tout au moins, une étape dans la carrière de Promio. De juin 1896 à octobre 1897, il a parcouru le monde de façon frénétique, sans s'accorder beaucoup de haltes. Désormais si ses activités ne semblent pas fléchir, il semble malgrè tour que le rythme ralentit.

Vues historiques et scènes comiques  (août/septembre 1897)

C'est avant son voyage en Russie, qu'Alexandre Promio va tourner toute une série de films à Paris. Ce sont des vues historiques ou des scènes reconstituées ce qui apporte une nouveauté au catalogue Lumière. Sur la capitale, c'est Mme Lafont, directrice du Grand-Café et du Cinéma de la POrte St-Martin, qui supervise les choses. Il semble que Georges Hatot et Gaston Breteau vont suggérer le tournage de vues historiques. L'un des administrateur de la Société, M. Lelièvre, va encourager le projet :

L'idée initiale était d'animer les tableaux du Louvre. Hatot et Brotteau, pour un prix forfaitaire de X... francs par film, 800 frs pour Les Dernières Cartouches, apportaient le sujet, les acteurs, la mise en scène, le jeu, les décors, les costumes. Mme Lafond donnait l'opérateur, la pellicule, les développements. Les décors venaient du Concert des Fantaisies Nouvelles. Les acteurs étaient embauchés dans les cafés de la Porte St. Martin. Hatot et Brotteau qui s'étaient fait un nom furent sollicités eux-mêmes conditions par Jolly, Normandin.


Cinémathèque Française, Georges Hatot : notes pour la CRH, p. 2.

L'ensemble des films historiques est ainsi tourné avant le départ d'Alexandre Promio pour la Russie. La maison Lumière va toutefois demander à l'équipe, comme le rappelle Georges Hatot, de tourner des vues comiques dès le retour de Promio :

Quand on a fait ces trois films-là, c'est Messieurs Lumière qui les avaient reçus. Cela leur a beaucoup plu. Lumière a dit : " Dites-leur de faire du comique ". J'ai donc tourné : " les colleurs d'affiches ", " Les Tribulations d'une concierge ", " L'Infirmerie au régiment ", et là Lumière m'a fait dire : " nous allons passer par Paris. Je vais voir vos baladins " avait-il dit à Madame Lafond. Nous allons attendre le retour de Bromiaud [Promio] qui était en Russie ? Quand Bromiaud (Promio) est arrivé, il disait "on tourne demain ". Je lui répondis : " non, après-demain " Moi, il m'en faut. Faites en trois, quatre tous les jours. Nous ne demandions que cela parce ça nous rapportait. On tapait là dedans.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 17.

Les souvenirs d'Hatot montrent que Promio, à son retour de Russie, va tourner plusieurs autres films, mais que les acteurs participent également à la mise en place des vues. D'autres sources, de Guillaume-Michel Coissac, permettent de compléter l'information relative à ces vues :

Tandis que Promio rentrait en France auréolé et qu’il s’apprêtait à tourner pour le compte des frères Lumière, des bandes composées, cela dans un terrain vague des Buttes-Chaumont, avec des décors loués chez Jambon : Les Dernières Cartouches, un combat sur la voie ferrée, des scènes de la Passion, etc., etc.


G.- Michel Coissac, Le Monde illustré, p. 318.

Dans son histoire du cinéma, l'historien complète brièvement l'information :

Promio [...], à peine rentré de sa légendaire randonnée à travers le monde avec son poste Lumière, exécuta pour le compte de cette maison la Prise de Pékin - une des premières mises en scène - dans un terrain vague des Buttes-Chaumont, avec des figurants et des canons empruntés à l’ancien Hippodrome.


G.-M. Coissac, Histoire, p. 422.

Le film  Les Dernières Cartouches date bien de septembre 1897 comme l'écrit Georges Hatot à Henri Langlois. Quant à La prise de Pékin, il ne figure pas au catalogue Lumière. Trop d'imprécision qui ne permettent pas de savoir avec certitude les conditions de tournage et le rôle respectif des deux hommes.

Les vues maritimes (février-avril 1898)

À partir d'octobre 1897, ses voyages deviennent moins fréquents et la cause en est peut-être les changements dans sa vie familiale et la naissance de sa fille Louise Alexandrine, le 20 août. Désormais les séjours sont plus brefs et plus espacés. En février 1898, il va prendre une nouvelle série de vues à bord du prestigieux navire Le Formidable. Le capitaine de vaisseau Constantin envoie, le 8 février 1898, un courrier aux frères Lumière où il rend compte de l'accueil qui est fait à Alexandre Promio pour prendre des vues à bord :

Messieurs
Au nom du vice-amiral, Commandant en chef l’escadre de la Méditerranée, et du comité du bal du 19 février, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien agréer nos sincères remerciements pour le précieux concours que vous daignez nous donner gracieusement, par des séances de cinématographe, dont notre fête recevra un éclat imprévu.
Les bandes, que monsieur Promio prend à bord, augmenteront, sans doute, la riche collection de vues que votre merveilleux appareil a déjà enregistrées.
D’après l’ordre du v. amiral, Monsieur Promio trouve, sur le Formidable, toutes les facilités possibles pour l’accomplissement de sa mission.
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien agréer, l’assurance de ma haute considération et de mon dévouement.


(Fond Génard).

 Et en effet, au cours du bal donné le 19 février, de nombreuses vues sont projetées afin d'agrémenter la soirée et le cinématographe connaît, à cette occasion, un franc succès. (Le Petit Niçois, Nice, 20 février 1898, p. 1.)

Quelques semaines plus tard, Alexandre Promio se rend en Autriche-Hongrie afin de tourner quelques vues des manoeuvres de la marine autrichienne. Grâce à un article très détaillé du Bulletin du Photo-Club de Paris, nous connaissons par le menu, les différents aspects de ce voyage :

Le Cinématographe français à l'Exposition jubilaire de Vienne. - Le Comité de l'Urania, théâtre de vulgarisation scientifique, vient de traiter avec MM. Lumière, de Lyon, pour la prise de quelques vues nautiques qui ont été relevées la semaine dernière à Pola et à Sebenico, sous la direction de M. Rottauscher de Malata, capitaine de frégate en retraite. Cet officier avait pris rendez-vous à Pola avec M. Promio, venu de Lyon tout exprès pour photographier les scènes indiquées par M. Rottauscher. Le programme, grâce au concours très empressé de M. de Sambuchi, capitaine de frégate, qui avait pris le commandement des manœuvres navales à Sebenico, a pu être exécuté sans aucune contrariété par un temps favorable. On a pris une quinzaine de négatifs, parmi lesquels on me signale les suivants : 1. Torpilleur en marche, lançant une torpille. 2. Canot de débarquement ; coup de canon ; les hommes rentrent les avirons, sautent à l'eau, se déploient en tirailleurs, ouvrent le feu et simulent une attaque à la baïonnette hjnmk ; on débarque le canon. 3. Pont d'un bâtiment. Défense contre un torpilleur. 4. Sebenico. Entrée d'un brick, toutes voiles dehors. Serrage des voiles. Mouillage. 5. On hisse le grand pavois. Les hommes montent, se rangent sur les vergues et crient hourra ! 6. Mise à l'eau et armement d'un canot. 7. Diminuer les voiles par mauvais temps. Le bâtiment roule comme en pleine mer. 8. Régate de six canots. 9. Défilé des canots. 10. Danse nationale (Kolo). 11. Salut sur les haubans.
Les clichés, pris en grande rapidité, ont été emportés le même jour par M. Promio qui les développera à Lyon où on tirera les positifs qui seront expédiés à Vienne avec la plus extrême célérité. L'Exposition ouvrant le 7 mai et les scènes ayant été photographiées le 28 et le 29 avril, vous voyez qu'on n'a point perdu de temps, ni pour le voyage, ni pour les opérations du laboratoire de Lyon. Les négatifs ainsi obtenus dans l'Adriatique, seront la propriété de MM. Lumière ; les positifs acquis par le Comité de l'Urania, serviront aux projections que M. le Dr Brezina a déjà comprises dans l'intéressant programme des travaux de cet utile et nouvel institut de vulgarisation scientifique.
J'ajouterai que M. le Dr Edouard Suchanek, secrétaire aulique au ministère des Affaires étrangères et amateur photographe fort distingué, donne un concours actif au Dr Brezina. Il s'est chargé de la partie délicate du travail cinématographique, c'est-à-dire de la prise des vues animées. C'est aussi M. Suchanek qui relèvera les évolutions des aérostats captifs et autres. L'aimable diplomate aborde sa tâche avec une louable énergie.
J'apprends que M. Gaumont, de Paris, a bien voulu mettre à la disposition de cette même « Urania » un chronophotographe Demény, modèle de 35 millimètres, avec les bandes nécessaires, et que l'on utilisera cet instrument pour fixer cinématographiquement les principaux épisodes de la cérémonie d'ouverture de l'Exposition jubilaire, laquelle se fera en présence de l'Empereur, dans la Rotonde du Prater, le dimanche 7 mai.
Ainsi, ce sont deux instruments français qui retiendront et perpétueront le souvenir de l'œuvre grandiose, tentée et menée à bonne fin par le Dr Auspitzer et ses collaborateurs viennois.


F. Silas, Bulletin du Photo-Club de Paris, Paris, nº 88, mai 1898, p. 177-178.

Le retour très rapide du cinématographiste montre bien que désormais les séjours sont bien plus brefs. Encore faut-il dire qu'en quelques mois, Promio a parcouru le monde à un train d'enfer, nourrissant de façon spectaculaire le catalogue Lumière. Aucun autre opérateur n'a réalisé autant de tournage en aussi peu de temps.

La France (1898-1901)

Mais cela ne va pas durer, car les tournages se font plus rares comme le montre clairement le catalogue. Mème si aucun film n'a pu lui être attribué jusqu'à l'Exposition Universelle de 1900, il y a fort à parier que plusieurs séries ont été tournées par lui. Par ailleurs, il est aussi un propagandiste du cinématographe et il apparaît dans des manifestations importantes comme l'Exposition des arts photographiques, à Rouen, en novembre 1898. Alexandre Promio y croise le " photographe des rois", Eugène Pirou et Léon Gaumont. Fait-il partie des opérateurs Lumière qui, comme Gabriel Veyre pour l'Indochine, ont tourné des vues pour cette événement exceptionnel ? Ou bien a-t-il tourné de vues de l'Exposition elle-même ? En tout état de cause, il participe au Congrès International de Photographie qui se tient dans le cadre de l'Exposition, en juillet 1900.

Les Funérailles de la reine Victoria (février 1901)

Au fur et à mesure des mois, le nombre de films tournés se réduit, exception faite des vues d'actualité qui dominent très nettement les années 1901-1904. Parmi tous ces événements, il ne fait pas de doute que les Funérailles de la reine Victoria es un moment essentiel de l'histoire du monde. La disparation de la monarque britannique va avoir un retentissement exceptionnel sur toute la planète. Même si le rythme des tournage diminue, la maison Lumière devait avoir à son catalogue des vues des Funérailles. Alexandre Promio en a gardé le souvenir dans les feuillets qu'il a remis à l'historien Coissac : 

[À Londres] où je suis d’ailleurs retourné plusieurs fois, notamment lors des funérailles de la reine Victoria. J’avais loué à un prix exorbitant une fenêtre sur le parcours du cortège et j’eus la chance de pouvoir prendre quelques bandes de cette cérémonie, au moyen de deux appareils placés côte à côte et qu’un aide approvisionnait de bande vierge pendant que je tournais le second instrument. La société Lumière fut la seule à posséder des vues animées de ce cortège. (Coissac, 1925, 196).

Les conditions de tournage sont ici particulières puisqu'il filme, semble-t-il, en continu, grâce à deux appareils qu'un comparse approvisionne en bandes vierges. Il s'agit là d'une nouveauté qui lui permet, presque, de tourner sans fin. Le journaliste du Temps remarque la présence de Promio qui lui fait quelques commentaires :

Cette foule était si patiente qu’on l’eût dit orientale. M. Promio, l’envoyé spécial de la maison Lumière, venu pour prendre des vues cinématographiques, dont la salle des dépêches du Temps aura la primeur, a vu une femme, tenant un tout jeune enfant dans ses bras, depuis cinq heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi.


Le Temps, Paris, lundi 4 février 1901, p. 1.

En revanche, contrairement à ce que que prétend Alexandre Promio, d'autres opérateurs sont là pour filmer les Funérailles. C'est le cas de Charles Urban, de Félix Mesguich,  etc.

(à suivre)

Bibliographie

Jean-Claude Seguin, Alexandre Promio, ou les énigmes de la lumière, L'Harmattan, 1998, 304 p.

Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe, Paris, Éditions du Cinéopse, 1925, 604 p.

2

1896

SUISSE (juin)

ESPAGNE (juin)

FRANCE (juin/juillet)

GRANDE-BRETAGNE (juillet)

 ÉTATS-UNIS (septembre)

 FRANCE (octobre)

ITALIE (novembre)

ALGÉRIE (décembre)

1897

TURQUIE (février-mars)

ÉGYPTE (mars)

BELGIQUE (avril/mai)

SUÈDE (mai)

GRANDE-BRETAGNE (juin)

RUSSIE (août)

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE (août/octobre)

[PARIS (Septembre)]

FRANCE (Février)

AUTRICHE-HONGRIE (Avril)

1901

GRANDE-BRETAGNE (février 1901)

3

≤07/06/1896≥

Suisse

Genève   
≥08/06/1896-≤13/06/1896

Espagne

Barcelona  
≤14/06/1896≥

Espagne

Madrid   
>14/06/1896-<06/07/1896

France

Biarritz   
>14/06/1896-<06/07/1896 

France

Bordeaux   
>14/06/1896-<06/07/1896 

France

Toulouse   
>14/06/1896-<06/07/1896 

France

Carmaux   
<06/07/1896-≤21/07/1896

France

Lyon   
≤21/07/1896-

Grande-Bretagne

Londres
 
22/08/1896-31/08/1896 France → États-Unis
Le Havre→ New York    
31/08/1896-<11/09/1896 États-Unis New York   
11/09/1896- États-Unis
Chicago  
09/1896  États-Unis Chutes du Niagara   
<20/09/1896 États-Unis Boston   
[20/09/1896]-25/09/1896 États-Unis New York  
25/09/1896-05/10/1896  États-Unis → France New York →   
≤24/10/1896-≤20/11/1896 Italie Rome  
≤20/11/1896-[12/1896] Italie Monza  
[12/1896] Algérie
Alger  
[12/1896] Algérie Alger  
[02/1897]-<09/03/1897 Turquie Constantinople, Jaffa, Jérusalem, Bethléem, Beyrouth, Damas  
09/03/1897-≤ 12/03/1897 Égypte Alexandrie  
≤ 12/03/1897->26/03/1897 Égypte Le Caire, Le Nil  
[04/1897]-<18/08/1897 Belgique Bruxelles, Anvers  
23/08/1897 Russie Peterhof  
24/08/1897 Russie Saint-Pétersbourg   
25/08/1897 Russie Krasnoïe Selo  
≤09/08/1897-≥14/08/1897 Irlande Dublin  
16/09/1897 Irlande  Cliftonville  
09/1897 France Paris  
≤21/10/1897≥ Grande-Bretagne
Londres  
≤08/02/1898-≥19/02/1898 France Toulon → Villefranche-sur-mer   
≤28/04/1898-≥07/05/1898 Autriche-Hongrie Pola   
02/02/1901 Grande-Bretagne Londres  
 

Afin d'optimiser votre expérience sur ce site, nous utilisons des cookies. Ils visent essentiellement à réaliser des statistiques de visites. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies.