Une noce au lac Saint-Fargeau

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Une noce au lac Saint-Fargeau

(Très comique)
C'est dans une heure que Monsieur Isidore se marie, et sa toilette est loin d'être terminée. Il bouscule son valet de chambre, le dispute, met un faux-col, puis, voyant que l'heure avance, il endosse son habit sans se donner la peine d'agrafer sa cravate... Il sort.
On a décidé de faire les choses grandement, et le repas de noces a lieu au fameux restaurant du lac Saint-Fargeau. Dans la cour de l'hôtel, la tapissière arrive. Les invités sautent de voiture, et l'on a quelque peine à descendre Belle-Maman. Pour se donner de l'appétit, on se rend dans les jardins de l'établissement pour y faire quelques tours de chevaux de bois. La mariée culbute par-dessus son cheval. Tout le monde se précipite. Heureusement, il y a plus de peur que de mal, et l'on se rend dans le bosquet où la table est dressée. Gaiement on déjeune, et la mariée très joyeuse monte dans la balançoire qui se trouve tout près de là. Elle se balance avec ardeur, mais tout à coup, à la suite d'un choc, elle se trouve lancée dans le vide et vient tomber au milieu de la table qui s'effondre à la grande frayeur des convives.
La turbulente mariée est vite remise de cette nouvelle émotion, et, pour terminer la fête, on décide de faire une promenade sur le lac.
Les deux bateaux, conduits par les invités, que la gaieté rend imprudents, risquent à chaque instant de chavirer. C'est réellement un jour de guigne pour la mariée. Au moment où on lui tend une échelle pour rejoindre le bord, elle fait un faux pas, culbute dans l'eau, et c'est une véritable loque que l'on repêche. Adieu la toilette blanche et les frisettes ! On transporte la jeune femme, et les invités désolés réussissent enfin à la raminer.
Très recommandé

GAU 1907

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1 Gaumont 1182  
2 Alice Guy Les Omer's 
 

À peu près à la même date, j'engageai une troupe d'acrobates anglais, les O'Mers avec lesquels j'eus le plus grand plaisir à travailler. Jeunes, pleins d'entrain, de gaîté, de courage, ils acceptaient les rôles les plus ingrats.
Nous fîmes ensemble, entre autres :
Une noce à Robinson sur des ânes avec acrobaties dans les arbres ;À la recherche d'un appartement, où le plancher s'écroulait, le lustre leur tombait sur la tête ; le Départ pour les vacances avec les valises impossibles, le fond du fiacre se défonçant, le conducteur irascible ; le Déménagement à la cloche de bois, les ruses pour dépister la concierge, l'équilibre instable des meubles.
Enfin, la Mariée du lac Saint-Fargeau, film inspiré d'un conte de Paul de Kock.
Je ne sais si ce lac existe encore. C'était non lin du studio tout en haut de la rue de Belleville, les restes d'une splendide propriété ayant appartenu à Michel Le Peletier, seigneur de Saint-Fargeau qui y fit construire un château. Sous Louis XV la propriété appartint, paraît-il à Mme de Pompadour. Quelques bosquets de lilas entouraient un petit lac, reste de ces splendeurs.
Un gargotier avait installé autour de la pièce d'eau quelques tables pour les pique-niqueurs du dimanche. On pouvait, disait une affiche, " apporter son manger ", mais le propriétaire servait aussi les moules et les frites en honneur à toutes les portes de Paris.
C'est à lui que je demandai de préparer le repas. Nous trouvâmes, à notre arrivée, une longue table placée entre le lac et une balançoire suspendue à un petit portique enfoui dans les lilas. Un accessoire n'aurait pu mieux faire. La noce arriva : belle-mère acariâtre, beau-père déjà un peu éméché, invités originaux précédés d'une mariée minaudière et de son époux. Tout ce monde s'installa, bien décidé à jouir de l'occasion. Mais la mariée (en l'occurrence la plus jeune des O'Mers) avait aperçu la balançoire et voulut à toute force l'essayer. Le garçon d'honneur crut de son devoir de la satisfaire et, fier de ses muscles, imprima à l'escarpolette une telle oscillation que la jeune femme, arrachéede son siège, décrivit un arc de cercle par-dessus la table et fut précipitée dans le petit lac.
Toute la noce s'élança à son secours. Mais je fus saisie d'horreur et de remords lorsque l'artiste sortit de ce cloaque. Elle était couverte jusqu'aux cheveux d'une boue fétide, noirâtre, grouillante de larves. Depuis combien de temps ce lac n'avait-il pas été curé ! Pourtant, lorsque le désastre fut réparé, je n'entendis ni plaint ni reproche et tous reprirent le travail avec le même entrain.
Lorsqu'ils me quittèrent pour une tournée autour du monde, ils m'envoyèrent pendant longtemps des cartes postales avec leurs voeux.


GUY Alice, Autobiographie d'une pionnière du cinéma (1873-1968), Paris, Denoël/Gonthier, 1976, p. 75-77.

3 07/1905-03/1907 137m 
4 France, Paris, Lac Saint-Fargeau  

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Paris, Lac Saint-Fargeau (début XXe siècle)
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