Claudius, Fernand BERNARD

(Moulins, 1860-)

 bernardclaudefernand

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Jean-Claude SEGUIN

Gabriel, Émile Bernard ([1820]-≤1898) épouse Marie Pichot ([1825]-≥1898). Descendance :

  • Jules, Gabriel, Claudius Bernard (Moulins, 20/07/1845-Yzeure, 16/08/1845)
  • Cécile, Étiennette, Louise Bernard (Moulins, 01/09/1846-)
  • Louise, Jeanne, Berthe (Moulins, 28/12/1847-)
  • Claudius, Fernand Bernard (Moulins, 20/04/1860) épouse (Paris 20e, 21/07/1898) Joséphine, Marie, Agnès Guérin (Valence, 21/01/1863-Valence, 22/04/1950)

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Fils d'un marchand de tissus, installé à Moulins, il réside à la fin des années 1870 à Lyon où il s'engage, pour 5 ans, en 1879, dans le 22e régiment d'artillerie. En 1882, il rentre comme élève à l'école de Saint-Cyr et démissionne en 1885. Quelques mois plus tard, il intègre à nouveau le 2e régiment de Spahis et devient sous-lieutenant avant de recevoir une condamnation à six mois de prison pou absence illégale. Il abandonne finalement l'armée française en mars 1890.

Quelques semaines plus tard, Fernand Bernard quitte la France et arrive à Buenos Aires, le 5 juin 1890, en provenance du Havre. Même s'il reste encore de nombreuses zones d'ombres, son intérêt pour l'Argentine, et la ville de Santa Fé tout particulièrement, est lié au développement des chemins de fer français fondés en 1882 (Archives Diplomatiques de Nantes. Buenos Aires, Amb 1887-1925, 44.).

Au cours des année 1890, Fernand Bernard revient en France. La mise en place du système de concessions pour l'exploitation du cinématographe Lumière - dans les premiers mois de 1896 - trouve en lui un écho favorable et il achète la concession pour la république du Mexique, celle du Venezuela, des Guyanes et de toutes les Antilles. Pour une bonne part, l'existence de Fernand Bernard nous est connue grâce à la correspondance de Gabriel Veyre. Le "tandem" va donc quitter le port du Havre, au bord de La Gascogne, le 11 juillet 1896 et, si l'on en croit l'opérateur les relations entre les deux complices sont plutôt bonnes. Au cours de la traversée, une projection du cinématographe est organisée par d'autres opérateurs Lumière :

À 8 h 30,séance de cinémato par les employés qui vont à New York. Très mal réussie ; l'opérateur est saoul.


Gabriel Veyre, Lettre, 14 juillet 1896.

México D.F. (août 1896-octobre 1896)

La Gascogne accoste finalement le 20 juillet 1896, à New York. La suite du voyage, jusqu'à México, se fait en train qui passe, en particulier, par Saint-Louis, avant d'atteindre la frontière, à Laredo. Après cinq jours de voyage, les deux compères atteignent la capitale de la république. Il faut bien sûr comprendre que les pionniers n'ont pas de lieu de projections pré-établi, et c'est souvent sur place que les choses se mettent en place. C'est là que le rôle de certaines figures locales est essentielle. Au Mexique, l'aide va venir de Fernando Ferrrari Pérez (1857-1927). Fils de Luis Ferrari et de Vicenta Pérez, il est né en 1857 et a épousé Magdalena Tamborrel. Ingénieur de profession, il a de nombreuses casquettes et il joue un rôle, au nom de son pays, aux expositions de Paris (1889 et 1900).... :

Aujourd’hui, nous avons vu M. Ferrari auquel nous sommes recommandés. C’est un très brave homme, très influent à Mexico. Il nous a trouvé une salle, nous a présentés au général en chef de l’armée mexicaine qui va faire les démarches pour que nous donnions une séance au président de la République et pour que je puisse prendre des vues militaires. Il possède les plus beaux appareils de photographie qu’on puisse rêver et les met tous à ma disposition, ce qui m’a fait grand plaisir. Ce soir, nous avons dîné avec lui et demain, nous allons continuer nos opérations. En somme, tout va bien, je crois que nous réussirons.


Gabriel Veyre, Lettre, 25 juillet 1896.

Fernando Ferrari Pérez porte un intérêt particulier pour la photographie, mais aussi pour le cinématographe. Nous savons qu'il fait l'acquisition d'un appareil Gaumont, dans les derniers mois de 1896.

Pas question de perdre du temps, et avant même d'avoir trouvé un local pour les projections cinématographiques, les deux pionniers font passer un entrefilet dans la presse mexicaine : 

Cinematógrafo Lumière.-México 29 de julio de 1896.-Señor Director del Siglo XIX.-Muy Señor mío:
Tenemos la satisfacción de informar a Vd. que dentro de breves días presentaremos al examen del ilustrado público mexicano el famoso Cinematógrafo Lumière, que tanto éxito se ha exhibido en las principales capitales del mundo.
Luego que quede convenientemente arreglado el local adecuado, nuestra primera función se destinará a la Prensa Mexicana, esperando se sirva Vd. aceptar la invitación que desde ahora nos tomamos la libertad de hacerle.
El 11 del presente mes de Julio, el Cinématografo Lumière recibió, en el Palacio del Eliseo de París, los aplausos del Presidente de la República Francesa, Sr. Félix Faure, el cual se ha dignado felicitar a los hermanos Lumière por su estupenda invención.
Nos es grato aprovechar esta oportunidad para ofrecernos a las órdenes de Vd.
Saludándolo con toda consideración.-C. F. Bon Bernard.-Gabriel Veyre.


El Siglo Diez y Nueve, 1º de agosto de 1896, p. 2. 

Pour une raison encore inconnue, ce dernier fait précéder son nom d'une sorte de particule, "Bon" ou "Bon", que rien ne justifie. Peut-être le simple goût - par ailleurs bien fréquent en Amérique latine - d'afficher son titre en est-il la cause.

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Papier à en-tête de Claudius Fernand Bernard et Gabriel Veyre, 1896 

Les deux pionniers sont évidemment en contact avec la communauté française, particulièrement importante au Mexique, surtout avec l'arrivée des "Barcelonnettes" depuis le milieu du XIXe siècle. C'est ainsi qu'une toute première projection va être organisée le 2 août 1896 dans le cadre des festivités du 14 juillet qui s'étalent alors sur plusieurs semaines :

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L'Écho du Mexique, México, 1 août 1896, p. 3  Garden of the Tivoli de San Cosme, Méxio (c. 1890)

En attendant de trouver le local adéquat, par l'entremise de Fernando Ferrrari Pérez, Fernand Bernard et Gabriel Veyre vont pouvoir rentrer en contact avec le Président de la République, Porfirio Díaz qui occupe le pouvoir depuis 1884, à peine quelques jours après leur arrivée. Il s'agit, bien entendu, d'une pièce maîtresse dans la stratégie Lumière que l'on retrouve d'ailleurs dans d'autres pays. S'attirer la curiosité et l'intérêt du chef de l'État, c'est garantir le succès des séances publiques. Les deux pionniers se rendent ainsi le 6 août 1896, à Chapultepec, résidence présidentielle de Porfirio Díaz :

En Chapultepec Sesion cinematográfica
El Presidente de la República queda muy complacido con el invento de los Sres Lumière.
A principios del corriente, los Sres C. F. Bon. Bernard y Gabriel Veyre, à nombre de los Sres Augusto y Luis Lumière, inventores del Cinematógrafo, solicitaron del Sr. Presidente de la República permiso para mostrarle su maravilloso intenta y habiéndolo concedido el Sr. Gral. Diaz, pasaron aquellos señores à Chapultepec, residencia actual del Presidente el 6 del corriente.
Unas veinte personas, de la familia Romero Rubio y amigos íntimos del Sr. Presidente y su esposa, asistieron a la sesión, quedando complacidisimos todos los asistentes. Los Sres. Bernard y Veyre fueron invitados a cenar en el Castillo, y después, con gran contento de las familias presentes, volvieron a hacer funcionar su maravilloso aparato, durando la exhibición hasta la una de la mañana.


El Universal, México, 29 de agosto de 1896, p. 2.

Même si la presse n'en dit mot, Gabriel Veyre profite de l'occasion pour tourner un film sur le Président, Le Président en promenade (Lumière) où figure Fernand Bernard :

J'ai pris il y a quelques jours la photographie au cinématographe du président de la République en promenade dans son parc. Elle est très bien réussie.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

En réalité, il semble que la localisation d'un espace pour le cinématographe ait demandé plus de temps que prévu ce qui à l'heur d'irriter Fernand Bernard :

Fernand qui, avec son caractère emballé, croyait que tout allait marcher en quelques jours, désespérait complètement et voulait repartir à Santa Fe : maintenant que tout va bien, le voilà remonté.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

C'est finalement au-dessus de la Droguería de Plateros, au 9, de la 2ª Calle de Plateros que sont présentées les premières vues Lumière à un public choisi de journalistes, le 13 août 1896.

1895drogueríadeplateros

Adorno e iluminación de la droguería de Plateros
El Mundo, Ciudad de México, 22 de septiembre de 1895, núm. 11, p.14, 19 x 15.8 cm.

De ces séances inaugurales, Gabriel Veyre semble plutôt satisfait si l'on en croit sa lettre du 16 août : 

México, ce 16 août 1896
Bien chère maman,
J'ai reçu hier ta lettre du 28 dans laquelle tu attends toujours de mes nouvelles. Deux ou trois jours après, tu as dû recevoir le "journal" de ma traversée.
Je suis resté quelque temps sans t'écrire (douze jours environ car je voulais pouvoir t'annoncer nos débuts). Enfin c'est fait ! Depuis hier 15 août, nous fonctionnons. Avant-hier, nous avons donné notre première représentation. Pour cette soirée dédiée à la presse, nous avons eu plus de mille cinq cents invités à tel point que nous ne savions pas où les mettre. Leurs applaudissements et bravos nous font prévoir un gros succès. Chacun de s'écrier : Muy bonito ! ("Que c'est beau, que c'est beau !"). Les femmes surtout, las mouchaires, comme dirait Joseph, et les moutchachos (les enfants) applaudissaient à outrance. En somme, soirée d'inauguration splendide.
Hier, notre première séance au public a été un peu gênée par la pluie. Néanmoins, nous avons eu pas mal de monde.


Gabriel Veyre, Lettre, México DF, 16 août 1896.

Lors de ces premières séances, il est clair que Fernando Ferrari Pérez joue un rôle déterminant. Cette personnalité participe de façon intime à l'inauguration du cinématographe comme en témoigne, indirectement, le journal El Universal :  

El cinematógrafo "Lumière"
Nuestro inteligente y caballeroso amigo el Sr. Ingeniero D. Fernando Ferrari Pérez, se sirvió invitarnos en nombre de los Sres Barón Bernard y Gabriel Veyre, para una sesión que en la noche del último viernes se daría con el Cinematógrafo "Lumière" en la 2a calle de Plateros número 9 (altos de la Droguería de Plateros) donde el aparato se halla instalado. Aun cuando esa noche no pudimos concurrir, nos apresuramos à hacerlo à la siguiente, admirando ocho cuadros llenos de movimiento y de vida.
El cinematógrafo es una cámara semejante al kinetoscopio; pero que proyecta las imágenes sobre una pantalla, como la linterna mágica; de suerte que los espectadores se encuentran cómodamente sentados, y todos à un tiempo disfrutan de los cuadros.
Entre los ocho que vimos, cuales son: disgusto de niñosLas Tullerías de Paríscarga de coracerosdemolición de una pared, el regador y el muchacho, jugadores de ecarté, llegada del tren y comida del niño, nos impresiona vivamente tres : la carga de coraceros, la demolición de la pared y la llegada de tren. 
El primer cuadro de estos últimos, representa un campo: a lo lejos se distingue una faja oscura, y, por instantes va haciéndose perceptible un escuadrón que avanza al galope hasta llenar toda la escena. El conjunto es admirable. El segundo cuadro consiste en un grupo de trabajadores que tratan de derribar un muro en una construcción vieja, muro que al desplomarse envuelve à todos en nubes de polvo, y cuando estas se disipan, aparecen los operarios trabajando. El tercer cuadro es una estación de paso: en el fondo se distingue la locomotora con su cauda de trenes que se acerca veloz, y después detiene su carreta: los pasajeros unos bajan y otros suben con esa precipitación tan propia de momentos semejantes pero con tal vida representado, con tal verdad, que la ilusión no puede ser más completa y asombrosa.
Falta adunar el sonido al aparato por medio del fonógrafo, y dar color a las figuras; pero el movimiento de las escenas subyuga de tal manera que la imaginación todo lo suple. Los demás cuadros son también dignos de verse. El Cinematógrafo ya está expuesto al público, los cuadros se variarán semanariamente, y quizá dos veces por semana.
Es indudable que a medida que nuestro público inteligente se vaya enterando del nuevo espectáculo, concurrirá à favorecerlo; siendo aquel un centro de reunión culto y elegante.


El Universal, México DF, 19 de agosto de 1896, p. 3

Une fois lancées les projections cinématographiques, Gabriel Veyre, peut-être accompagné de Fernand Bernard, tourne deux autres vues les 14  et 16 août :

J'ai pris il y a quelques jours la photographie au cinématographe du président de la République en promenade dans son parc. Elle est très bien réussie.
Avant-hier, j'ai pris une manoeuvre de l'École militaire et ce matin, des baigneurs faisant des sauts périlleux dans l'eau. Toutes son très réussies et je vais les envoyer à Lyon.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

On a pour habitude de penser que les négatifs étaient envoyés à Lyon pour procéder au développement... Toutefois, dans le cas présent, on a du mal à penser que Gabriel Veyre procède de la sorte, car les délais sont très courts et nous savons que quelques jours plus tard, ces mêmes vues sont présentées au Président de la République : 

El Cinematógrafo Lumière en Chapultepec
Hoy domingo a las tres de la tarde los Sres Bernard y Levy [sic] irán a Chapultepec a la casa del Sr. Presidente de la República, para mostrarle algunas vistas que han tomado ya en la ciudad, por el procedimiento del cinematógrafo Lumière, entre ellas un grupo en movimiento del mismo General Díaz y algunas personas de su familia, una escena en los baños Pane, otra en el Colegio Militar y por fin una en el canal de la Viga.
Tan pronto como estos cuadros se exhiban al público daremos cuenta de ellos con todos sus detalles.
Sabemos también que va a formarse un grupo de los literatos más conocidos de México para tomarlo en el cinematógrafo.


Gil Blas, México, 23 de agosto de 1896, p. 3.

Les tournages constituent alors un véritablement événement, même si les annonces ne sont pas toujours suivies d'effet. On n'a aucune trace de ces "écrivains" connus, ni de films ayant été effectivement tournés. Quelques jours plus tard, les pionniers vont annoncer dans la presse un tournage le dimanche 30 août et pour ce faire, ils invitent tous ceux qui le souhaitent à se faire "cinématographier" :

EL CINEMATÓGRAFO EN LA REFORMA
Los Sres. Bernard y Veyre suplican a las familias acomodadas que deseen ver reproducidos sus carruajes en el Cinematógrafo, se sirvan concurrir a la Calzada de la Reforma entre las tres y las cuatro de la tarde de hoy, domingo, si el tiempo está despejado, pues a esa hora se omarán vistas del paseo, no pudiendo hacerlo más tarde por falta de luz.
Algún colega asegura que el Sr. General Díaz y su digna esposa concurrirán también a la Calzada de la Reforma a esa hora en su carruaje.
De esperar es que la policía vigile debidamente, para impedir que los curiosos estorben en el éxito de su trabajo a los empresarios del Cinematógrafo Lumière.


La voz de México, México, 30 de agosto de 1896, p. 3. 

Si l'on se fie aux échos que nous trouvons dans la presse, il semble que ce tournage n'ait pas totalement réussi et que seuls le Président et sa femme ait été cinématographiés.

CINEMATOGRAFO
El domingo a las tres de la tarde concurrimos al paseo. Multitud de carruajes cruzaban por ahí: pero se dirigían a Tacubaya llevando pasajeros para los toros, o a Chapultepec.
Respecto de los carruajes que se nos dijo irían allí para ser sacados en las instantáneas que irían a figurar en las vistas del Cinématógrafo, sólo vimos el coche con la Sra. esposa del Sr. Presidente y otro ocupado por personas de la misma familia.
Estos dos carruajes, y tal vez algunos bicicletistas y peatones que por allí discurrían, fueron los únicos sacados en las fotografías instantáneas. Si hubo tal proyecto, según nos dijo el mismo fotógrafo, para que concurriesen muchas familias en sus carruajes, esto no tuvo efecto por razón que ignoramos.


El Tiempo, México, 1º de septiembre de 1896, p. 2.

On peut penser que les mesures de sécurité ont pu décourager les carrosses, car la sortie du Président est évidemment placée sous haute surveillance, sans compter les conditions météorologiques qui se doivent d'être optimales pour une bonne réussite des films. En tout état de cause, ce film n'apparaît pas dans le catalogue Lumière. Quelques jours plus tard, dans El Tiempo, on peut découvrir les premières critiques sur le cinématographe. Elles portent sur le sujet des vues trop attachées à filmer les encamisados : 

Ya tendrá el Cinematógrafo ocasiones mil durante tantos días de fiestas y de movimiento popular, para sacar instantáneas de color muy local y ofrecer vistas nuevas a sus parroquianos de México y después ir a mostrarlas a algunos países suramericanos y tal vez europeos. Lo que es de lamentarse es que aparezcan tantos encamisados y tantos sucios en esas vistas.
A propósito del Cinematógrafo diremos que, además de la vista de los alumnos de Chapultepec, ejecutando movimientos y la esgrima del fusil, que ya ha visto el público; una del señor Presidente despidiéndose de sus Ministros para tomar un carruaje, y otras mostrarán un grupo de indios al pié del árbol de la Noche Triste en Popotla y otros rincones históricos de esta capital y algunos alrededores.


El Tiempo, México, 13 septembre 1896, p. 1-2.

Parmi les vues, que ne cite pas l'article, il y a celle d'un événement majeur qui a lieu la veille de la fête nationale mexicaine : Transport de la cloche de l'Indépendance et dont nous pouvons fixer la date sans erreur, le 15 septembre 1896 qui est le jour où ce symbole est placé au Palais National, pour qu'elle sonne dans la nuit du 15 au 16 septembre. Nous savons qu'en réalité ce sont 7 films que Gabriel Veyre et, peut-être Fernand Bernard, tournent à cette occasion :

Cinématographe Lumière
Aquel aparato maravilloso es el único que haya sacado siete vistas en movimiento de las inolvidables fiestas patrióticas de Septiembre de 1896
El jueves 24 de Septiembre el Cinématógrafo Lumière dará su 5ª Representación de Gala, en el salon de la 2ª calle de Plateros, núm. 9, entresuelo; funiones desde las 5 1/2 p. m. hasta las 10 p. m.


El Tiempo, México, 23 de septiembre de 1896, p. 3.

La presse commence à annoncer alors la prochaine supension des séances: Il faut rappeler que les pionnieres ont loué le local de la calle de Plateros pour une durée de deux mois et qu'il va leur falloir trouver une solution de rechange au cours de la première quinzaine d'octobre : 

Cinématógrafo Lumière
Para favorecer a varias ciudades de esta República, que desean admirar sur mágicas vistas, el Cinématografo Lumière se ausentará de esta capital, dentre de breves días. A fin de que todas las familias aprovechen aquel maravilloso espectáculo la Empresa ha resuelto que, desde el domingo 27 del actual, el precio de entrada sea de 25 centavos. Las funciones se darán todos los días, desde las 5 p. m. hasta las 10 p. m., en el salón del entresuelo de la 2ª calle de Plateros nú. 9.


El UniversalMéxico26 de septiembre de 1896. 

Les premiers jours du mois d'octobre vont être marqués par un événement tragique, l'exécution du soldat Antonio Navarro : C'est le 12 octobre 1896 que le journal de la communauté française, L'Écho du Mexique signale ce triste fait divers :

Exécution du soldat Navarro
Le soldat Navarro qui ces jours derniers a été condamné à la peine de mort, pour avoir tiré un coup de carabine sur son lieutenant, a été fusillé hier matin à 5 1/2 place de Santiago.
Son avocat a fait tout ce qu'il a pu pour le sauver, mais inutilement, et la justice a fait exécuté [sic] la sentence de mort à laquelle il avait été condamné.


L'Écho du Mexique, 12 octobre 1896, p. 3.

L'occasion est trop belle pour le cinématographe Lumière et l'on peut penser que Veyre et Bernard jouent de leurs bonnes relations avec la présidence de la république pour obtenir une autorisation, sinon, difficile à obtenir. Deux jours plus tard, The Mexican Herald donne une information sur les vues cinématograpiques :

As stated in THE MEXICAN HERALD a day or two since, the owners of the Cinematograph Lumiere, took views of the execution of the soldier, Antonio Navarro, from the moment that the Lawyer Gonzalez Suarez delivered the hankerchief to the priest, Clemente, Miro so that the good father might bandage the eyes that were taking their last look at the sun, the views continuing until the poor fellow fell in death. It is said that the views taken were perfect, and will soon be publicly exhibited. The proceeds of the first exhibittion will b devoted to the family of the executed soldier.


The Mexican Herald, Mexico, 17 octobre 1896, p. 7. 

Pourtant, de ces films extraordinaires, nous ne savons plus rien. Sans doute leur réalisme a constitué un frein à leur diffusion ou bien ont-ils simplement été interdits par cette même présidence de la république qui a laissé se dérouler le tournage. Les prises de vues correspondent d'ailleurs, à peu de chose près, à la fin des projections cinématographiques de la calle de Plateros qui datent du 13 octobre 1896 (El Municipio Libre, México, 13 octobre 1896, p. 3), même s'il est possible que les séances se sont interrompues quelques jours avant... La presse, par inertie, ne supprime pas toujours les annonces... surtout si elles sont déjà payées.

Guadalajara (20 octobre 1896-17 novembre 1896)

Gabriel Veyre et Fernand Bernard vont entreprendre un circuit à l'intérieur du pays. C'est à moins de 400 kilomètres au Nord de México D.F. que les deux hommes se retrouvent à San Luis Potosí, où les séances ont lieu au Teatro de la Paz.

Siguen divirtiéndose los habitantes de San Luis Potosí: después de la Compañía Fábregas, Del Conte hizo buena temporada: ahora el Cinematógrafo Lumière ocupa el Teatro de la Paz. El domingo hubo una novillada y en los paseos hay gran animación.


La Voz de México, México, 14 de octubre de 1896, p. 3.

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San Luis Potosí, Teatro de la Paz

L'absence de correspondance laisse un vide au cours de ces semaines,  mais on peut penser que le cinématographe ne fait que passer quelques jours à San Luis Potosí, sans doute sous la responsabilité de Gabriel Veyre, puisque Fernand Bernard est déjà à Guadalajara, le 16 octobre d'où il écrit un courrier à la mairie afin :

Guadalajara, octubre 16 de 1896
Señor Secretario del H. Ayuntamiento
Presente
El que suscribe, Claudio Fernando Bon Bernard domiciliado en esta ciudad, Hotel Cosmopolita, tiene el honor de dirigirse al H. Ayuntamiento, pidiendo le sea concecida, por el término de un mes, la licencia para exhibir al Público, en el salón del Liceo de Varones el Cinematógrafo Lumière.
Siendo el Cinématografo un aparato científico, destinado principalmente a la Clase culta, siendo por lo tanto poco vulgarizado y de producto limitado, el que suscribe suplica al H. Ayuntamiento quiera immponerle, si así le parece equitativo, la cuota respectiva más baja.
Saluda al H. Ayuntamiento
con toda consideración, y respeto
C. F. B. Bernard.


Archivo del Ayuntamiento de Guadalajara, 1896, expediente 28

Sans doute, l'autorisation arrive vite puisque le 20 octobre l'inauguration a lieu Liceo de Varones (The Mexican Herald, México, 21 octobre 1896, p. 1)

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Guadalajara, Liceo de Varones (c. 1900)

Nous ne savons pas grand-chose des projections qui sont organisées dans la capitale de l'état de Jalisco, en revanche, grâce à sa lettre du 6 novembre 1896, nous prenons connaissance de plusieurs tournages de vues cinématographiques dans la ferme d'Aquetiza :

Mardi je suis allé à la ferme d'Atequissa à une heure de chemin de fer pour prendre des vues au cinémato. J'ai pris une chasse au lasso par des cavaliers indiens, mais le taureau qu'on chasse est sorti du champ de l'appareil et ne se voit que très peu de temps. Mais comme les cavaliers sont nombreux et très curieux, je crois que la vue gardera un cdertain intérêt.
La deuxième vue est un indien à cheval sur un taureau sans selle. Le taureau saute et donne des coups de cornes à droite et à gauche pour renverser le cavalier. Puis vers la fin de la vue, le taureau fait un tel bond qu'il tombe avec le cavalier. Cette vue sera très belle et très curieuse pour les européens. Je crois retrouner à cette ferme un de ces jours pour prendre d'autres vues.


Gabriel Veyre, Lette à sa mère, Guadalajara, 6 novembre 1896 

Mais la seconde information importante que livre la lettre, c'est que les deux pionniers ont reçu un deuxième appareil Lumière et désormais l'exploitation va pouvoir se dérouler sur un rythme plus accédé, c'est en tout cas ce que pense Gabriel Veyre :

Je pense rester ici encore une quinzaine de jours. Et de là, je retournerai à Mexico si la maison Lumière m’a envoyé les vues du président d’ici et des fêtes du 16 septembre. Fernand, lui, ira probablement à Monterrey avec le second appareil que nous venons de recevoir. De cette façon, notre exploitation ira plus vite.Ibid.

La présence du cinématographe à Guadalajara est encore signalée à la mi-novembre, à l'occasion d'une soirée exceptionnelle organisée en faveur des sinistrés de l'état de Sinaloa, frappé par les inondations :  

El Cinematógrafo
Ayer, a beneficio de los inundados del Estado de Sinaloa, se verificó en el Salón del Liceo de Varones del Estado una exhibición especial del Cinematógrafo.
La mitad de los productos se dedicaron a tan noble objeto.


El Continental, Guadalajara, 15 de noviembre de 1896, p. 3.

La dernière séance a lieu le 15 novembre 1896 et trois jours plus tard, Gabriel Veyre et Fernand Bernard rentrent à México où les attend le deuxième appareil.

Retour à  Guadalajara (27 novembre 1896-23 décembre 1896)

La question qui se pose dès lors est de savoir de quelle manière organiser les choses. Certes, Gabriel Veyre évoque un départ possible de Fernand Bernard pour Monterrey, mais ça n'est finalement pas la solution retenue dans l'immédiat. Les succès obtenus tant à México qu'à Guadalajara les décident à ouvrir deux postes, un dans chaque ville. Comment se fait la répartition ? Aucune information digne de foi ne permet de le dire. On peut penser, toutefois, que c'est Fernand Bernard qui revient à Guadalajara. À cela deux indices au moins : son désir d'aller vers Monterrey et son départ final vers les États-Unis. Lorsqu'il a quitté Guadajara, le 18 novembre passé, il avait promis de revenir :

[...] prometiendo volver para los días en que sea la visita del Sr. Presidente, pues que tiene el propósito de tomar las vistas principales de las festividades de esos días.


[El Correo de Jalisco], cité par Guillermo Vaidovits, El Cine mudo en Guadalajara, Guadalajara, Universidad de Guadalajara, 1989, p. 24.

L'absence de vues tournées confirme aussi que le cinématographique Veyre n'est pas là et qu'il est resté à México. Fernand Bernard a trouvé un nouveau local pour cette deuxième saison. Il s'agit de l'ancien  Collège Léon XIII :

Regresó de México, con vistas del todo nuevas, el propietario de aquel admirable aparato. Hoy viernes 27, se hace la reapertura con vistas militares de España, vistas de las fiestas del Tzar en París, y una vista del Sr. Presidente de la República con su gabinete, en el Patio del Castillo de Chapultepec.
Las exhibciones tienen lugar desde las 6 y media p.m. en adelante, en el Salón del Cinematógrafo, calle de la Alhóndiga, número 8, antiguo Colegio de León XIII.


El Correo de Jalisco, Guadalajara, 28 de noviembre de 1896.

Il semble que le succès n'est pas au rendez-vous lors de cette deuxième présentation du cinématographe et Fernand Bernard, afin de réactiver ses affaires, décide de changer la salle de projection qui se trouve, à partir du 11 décembre, à l'Hôtel Humboldt et jusqu'au 23 décembre, date de la fin des projections.

La fin du séjour mexicain (décembre 1896-14 janvier 1897)

Avec la fin des projections à Guadalajara, Fernand Bernard rentre donc à México dans les derniers joiurs du mois de décembre. Dans la capitale, les séances sont également sur le point de prendre fin. Dans El Tiempo du 30 décembre 1896, on annonce déjà les dernières séances :

Cinematógrafo Lumière
Calle del Espíritu Santo núm. 4.-Al público.-Próximo a partir definitivamente de la República el Cinematógrafo Lumières, sus concesionarios han resuelto cambiar el programa cada día con el objeto de que cuantas familias no hayan admirado aún todas las mavarillosas vistas del aparato puedan hacerlo.
Programa de la semana.-Cada día además del programa se darán los cuadros siguientes de la ciudad de México:
1ª Baile de la "Romería Española" en el Tívoli del Eliseo.
2º Clase de gimnasia en el Colegio de la Paz, antiguas Vizcaínas.


El Tiempo, México, 30 de diciembre de 1896, p. 3.

il ne fait pas de doute qu'il pèse de nombreuses incertitudes sur le devenir du cinématographe dans la zone latinoaméricaine. Fernand Bernard a toujours la concession pour la Caraïbe, mais il ne semble pas être très décidé à poursuivre l'aventure. Considère-t-il que les affaires ne sont pas assez bonnes ? Est-il fatigué par cette expérience ? La situation entre les deux exploitants ne s'est-elle pas dégradée avec le temps ? On peut le penser si l'on en croit le courrier que Gabriel Veyre envoie à sa mère en janvier 1897 : 

Après pas mal d’hésitations de la part de Fernand, j’ai fini par le laisser au Mexique et par partir seul à Cuba. Comme je te l’ai dit, il ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il fait. Aussi je suis bien aisé d’en être débarrassé. Il est resté là-bas avec un appareil mais je doute fort de son succès car il ne connaît rien en fait d’électricité et d’installation.
Quant à moi, si je vois que ça marche ici, je commanderai par télégramme un second poste à Lumière pour hâter l’exploitation.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, La Havane, 15 janvier 1897.

Les hésitations de Fernand Bernard finissent pas lasser l'opérateur... Quant à Bernard, il traîne encore quelques jours à México, mais sans pouvoir relancer le cinématographe. Sans doute cherche-t-il à vendre son projecteur et peut-être quelques vues. On peut penser que l'acquéreur n'est autre qu'Ignacio Aguirre qui, quelques semaines plus tard, exploite à son tour l'appareil Lumière. Ainsi Fernand Bernard met un terme à ses activités liées au cinématographe et à la mi-janvier, il file déjà pour les États-Unis : 

M. C. F. Bernard, who has been in this city for some time, left on the Aztec Limited last night for New Orleans.


The Two Republics, México, 15 de enero de 1897, p. 8.

Après le cinématographe (1897-...) 

À l'instar de nombreux autres pionniers, le cinématographe ne représente que quelques mois dans la vie de Fernand Bernard, une figure encore très mal connue et qui constitue encore aujourd'hui une énigme par bien des aspects. Sur le chemin qui le conduit à la Nouvelle-Orléans, il est peut-être probable qu'il ait fait une halte autre que technique. Dans une autre lettre, de février, Gabriel Veyre s'interroge sur son ancien compagnon en ces termes :

[...] Je n’ai pas reçu de nouvelles de Fernand depuis mon départ de Mexico. Je crois qu’il ne tardera pas à rentrer en Argentine en passant par la France. Sera-t-il marié ? Je l’ignore, il se pourrait que oui.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, La Havane, 3 février 1897.

Simple hypothèse ? Peut-être, mais nous savons que l'année suivante, le 21 juillet 1898, il épouse, à Paris (20e), Joséphine, Marie, Agnès Guérin (Valence, 21/01/1863-Valence, 22/04/1950). Cette divorcée encore jeune a eu pour époux Michel Hygonnet (Aubenas, 27/03/1857-) dont elle a une fille... Sur l'acte de mariage, Fernand Bernard figure comme "ingénieur des chemins de fer"... Il va revoir Gabriel Veyre, à Paris, quelques jours avant son mariage :

J'ai sans doute oublié de te dire qu'à Paris, j'avais vu Fernand. Il est marié avec une Parisienne, je crois, qui est fort belle femme. Il est revenu d'Argentine par raison de santé pour sa femme. Il ne sait pas encore s'il va y retourner ou s'il va rester en France. Je l'ai prié de régler ses comptes avec la maison Lumière. Il m'a promis de le faire. Si tu as à lui écrire, son adresse est : 44, rue Saint-Lazare, Paris.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Montréal, 15 septembre 1898.

Est-il finalement revenu en Argentine, à Santa Fé...

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11/07/1896-20/07/1896 France-USA Le Havre-New York La Gascogne  
20/07/1895-25/07/1896  USA-Mexique New-York-México    
25/07/1896-[13/10/1896]  Mexique México DF   2ª c/ Plateros, 9 Cinématographe Lumière 
[14/10/1896] Mexique San Luis Potosí Teatro de la Paz  Cinématographe Lumière
[20/10/1896]-[17/11/1896]  Mexique Guadalajara  Liceo de Varones  Cinématographe Lumière 
[27/11/1896]-10/12/1896 Mexique Guadalajara Antiguo Colegio de León XIII  Cinématographe Lumière
11/12/1896-23/12/1896 Mexique Guadalajara Hotel Humboldt  Cinématographe Lumière
[24/12/1896]-14/01/1897 Mexique México DF      

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