Francisque DOUBLIER, dit Francis DOUBLIER

doublierf01

Francis Doublier, Kiev, 1898
© J. F. Chemin-Doublier  

1

Francisque Doublier, fils de Louis Étienne Doublier (-Lyon, 1890) et de Jeanne Pion, naît à Lyon (3e) le 11 avril 1878. Le couple a par ailleurs huit autres enfants dont Gabriel Doublier (08/05/1883-21/11/1964). Il épouse Louise, Estelle Bessenay (Villeurbanne, 16/04/1881-[|6/03/1953]), le 18 juillet 1903, à Lyon 3e. Le couple a trois enfants : George L. (Burlington, 29/05/1904-Matawan, 01/12/1993), Marcel L. (Burlington, 17/04/1909-) et Edward John (Fort Lee, 24/06/1912-Tenafly, 13/08/1998). Il décède le 2 avril 1948.

Francisque - familièrement appelé Francis - va à l'école des Frères (Place l'église Saint-Maurice, Lyon), avec son frère Gabriel. Francis a un pied-bot qui le conduit à séjourner à plusieurs reprises à l'hôpital de la Charité. Il va encore à l'école laïque rue Saint-Nestor. Ensuite, il rentre en apprentissage. Encore jeune, ils se retrouvent souvent à traîner près des usines Lumière et Gabriel se souvient :

Étant tous les jours à l'usine (Lumière) où je venais faire mes devoirs, le soir après l'école située en face, j'assistais à quelques prises de vues. Nous avions même été requis pour différents petits films, par exemple : Place de Monplaisir "La Course en sacs", film nº 109 ; "La bataille de boules de neige" film nº 101 ; "Poursuite d'un cycliste", etc. etc.


J. F. Chemin-Doublier, Tel fut Monplaisir, Lyon, Les Éditions du Vingt mars, 1991, p. 9.

C'est en 1893 qu'il est embauché comme apprenti aux usines Lumière et il résume, dans un article publié en 1945, les activités mulitples qui lui sont confiées :

Il y avait déjà deux ans que je travaillais pour Auguste et Louis Lumière, à Lyon-Monplaisir. J'étais apprenti ; du matin au soir, je nettoyais les cuves et rinçais les pots du laboratoire. Au besoin, je donnais un coup de balai sur le plancher. Mais quand Louis commença ses premiers essais, j'appris à manipuler les films, à laver la pellicule et à la sécher. Bref, j'étais le garçon à tout faire. Et voilà comment je me suis initié peu à peu, comment je suis entré dans le secret du cinématographe.


Paul Gilson, "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945. 

Les deux frères Doublier, Gabriel et Francis, auraient même été filmés dans, au moins, la première version de la Sortie d'usine :

Les frères Lumière, exécutant leurs films, dans leur propre entourage. Exemple : le premier de tous (donc le plus célèbre !) "La sortie de l'usine" en 1894 [sic] (Francis y figure aussi), dans les différentes versions. Une fois, appuyé à la porte du fameux hangar. Une autre fois zigzagant sur sa bicyclette.


J. F. Chemin-Doublier, op. cit., p. 9.

Cette proximité avec les frères Lumière et sans doute aussi avec Charles Moisson explique que Francis Doublier ait été associé, indirectement, à la naissance même du cinématographe. Ainsi, et de façon tout à fait exceptionnelle, pour un jeune homme d'à peine dix-sept ans, il va se retrouver impliqué dans l'événémet du 28 décembre 1895 : la première présentation publique du cinématographe Lumière, à Paris. Séance mémorable dont il a gardé le souvenir :

J' ai participé modestement à la première séance du cinématographe Lumière, au grand café de Paris. J'étais assistant du chef-mécanicien Charles Moisson et de l'opérateur de projection Ducom. L'un réglait la lumière et l'autre tournait la manivelle. Ils ne s'absentaient qu'à l'heure des repas. C'est ainsi que le 28 décembre 1895, comme Moisson et Ducom déjeunaient, j'ai présenté "Le Maréchal Ferrant", "La Partie de Cartes" et "La Querelle enfantine" sur l'écran du Salon Indien. Mais on m'avait envoyé là surtout pour porter les films !


Paul Gilson, Ibid.

Jacques Ducom et Charles Moisson sont en effet les responsables de cette première projection publique et payante, mais Francis Doublier, encore bien jeune, est aussi de la partie.

Les éléments de l'existence de Francis Doublier reposent, essentiellement, sur ses déclarations directes faites à Paul Gilson, en 1945, et sur celles indirectes retranscrites par Jay Leyda dans son ouvrage, Kino A History of Russian and Soviet Film. Par ailleurs, les historiens ou les journalistes ont à leur tour ajouté des informations parfois inexactes qui ne font compliquer les choses. L'exemple le plus significatif concerne l'hypothétique voyage que Francis Doublier aurait effectué en Espagne en 1895.

Le premier voyage en Europe  (mars-juin 1896)

Le jeune Doublier s'aguerrit vite et va devenir l'une des figures importantes du cinématographe dès les premiers mois de 1896. Si Moisson est une pièce essentielle dans le dispositif Lumière, il faut aussi évoquer le journaliste parisien Camille Cerf dont l'habilité et les qualités le transforment en un homme indispensable dans les premiers temps de la diffusion de l'appareil et de l'ouverture des postes. C'est lui qui va organiser l'itinéraire de Doublier en Europe qui va le conduire en Russie : " Young Doublier was given an itinerary that was made up as fast as Cerf, of Le Figaro, could contact concessionaires." (Jay Leyda, Kino A History of Russian and Soviet Film, Liverpool/London/Prescot, Cl Tinling & Co1960, p. 18). Francis  Doublier se voit confier, par Louis Lumière, un cinématographe qu'il doit conserver précieusement :

Louis Lumiere placed in Doublier's hands one of the precious machines that within its compact self and with the addition of simple attachments could be alternately a camera, a printing machine and a projector, with the strict orders never to let it out of his sight, and to let neither kings nor beautiful women examine its mechanism.


Jay Leyda, op. cit., p. 18.

Le système Lumière repose en effet sur des hommes de confiance occupés au maniement du cinématographe et faisant écran entre l'appareil et ceux qui, parfois, veulent y regarder de trop près. On peut assez bien reconstituer l'itinéraire qui conduit Doublier de France en Russie.  :

Et pourtant que de déplacements ! Que je pense que je suis né en 1878 avec un pied bot et que j'ai séjourné souvent à l'hôpital jusqu'à l'âge de douze ans, je me demande encore aujourd'hui si je n'ai pas rêvé mes voyages. Eh bien, non ! En sortant de la cave du boulevard des Capucines à Paris, j'ai vraiment pris le train pour faire une série de démonstations de l'appareil Lumière à Bruxelles et à Amsterdam.
Partout, que ce fût dans les Galeries du Roi, à Bruxelles ou dans la Klaver Straat, d'Amsterdam, le directeur prévenait les spectateurs avant de leur présenter des vues animées pour la première fois. Il les rassurait en attestant que les chevaux ne galoperaient pas follement sur leurs têtes et que la locomotive ne tomberait pas de l'écran pour les écraser dans la salle.


Paul Gilson, op. cit.

Comme souvent, la presse est très avare d'informations sur les responsables de poste ou sur les opérateurs. Celle de Bruxelles est conforme aux autres, comme en témoignage cet article publié le lendemain de la première du cinématographe dans la capitale belge :

Le cinématographe à Bruxelles :
Samedi soir, la presse et quelques privilégiés étaient conviés à assister, dans un joli local de la galerie du Roi, à des expériences faites à l’aide du cinématographe, le dernier perfectionnement apporté au kinétoscope d’Edison, à l’aide de projections photographiques.
Ce merveilleux appareil que MM. A. et L. Lumière ont inventé, reproduit, grandeur naturelle, sur un large écrin [sic], à l’aide d’une série d’épreuves instantanées, tous les mouvements qui, pendant un temps donné, se sont succédé devant un objectif photographique. Ce n’est pas la projection immobile d’un paysage ou d’un groupe, mais la nature animée elle-même, grâce à la rapide succession des épreuves, dont chacune frappe le regard avant que l’impression de la précédente se soit effacée. Le résultat est la reproduction frappante de la vie.
Tout à coup, le spectateur aperçoit sur l’écran une marine avec ses vagues déferlant sur la plage tandis que des baigneurs prennent leurs ébats dans la mer. Les uns courent et se poursuivent en se jetant des paquets d’eau ; les autres nagent ou plongent. On est déconcerté par cette image vivante et, avant que l’on soit revenu de son étonnement, apparaît une autre scène non moins étrange représentant la sortie des ateliers Lumière à Lyon : la rue tranquille s’anime en un instant, et par la grande porte de la fabrique sort tout un monde d’ouvriers et d’ouvrières qui, d’un pas pressé, regagnent le logis. Un chien passe, un travailleur enfourche sa bicyclette, puis part en pédalant ; une voiture quitte l’usine au trot de deux chevaux que fouette leur cocher. La porte se referme et l’image s’évanouit.
Les invités, très enthousiastes, ont beaucoup applaudi ces saisissantes expériences, qui seront renouvelées chaque jour et qui à partir d’aujourd’hui dimanche seront visibles au public.


L’Indépendance belge, Bruxelles, 2 mars 1896, p. 1.

Les propos de Francis Doublier laissent à penser qu'il a dû, ce qui est probable, rester sur le poste de Paris bien au-delà du 28 décembre 1895, avant de se rendre à Bruxelles où les séances commencent le 29 février 1896 et se prolongent, au moins, jusqu'au 5 avril 1896. Francis Doublier se retrouve ensuite à Amsterdam où la première a lieu le 12 mars 1896 :

STADSNIEUWS.
Levende photographieën.
Wij hebben tot dusverre niet geweten dat wij te Amsterdam een zóó groot aantal mannelijke en vrouwelijke collega's hadden als ons gisteravond in de Kalverstraat is gebleken.
Aan de bladen waren in het Fransch gedrukte kaarten toegezonden waarop de directie van La photographie animée par le Cinématographeons uitnoodigde op de Soirée d'inauguration offerte à la presse Jeudi 12 Mars, de 9 heures a 10 heures du soir.
Toen wij om negen uur voor perceel Kalverstraat 220 kwamen, stond eene menigte, gewapend met dezelfde soort kaarten voor de gesloten deur te wachten tot toegang zou worden verleend tot de soirée offerte à la presse. De voorstelling was aan den gang en men moest geduld oefenen tot zij afgeloopen zou zijn, alvorens in de beperkte ruimte aan anderen toegang kon worden verleend.
Na een kwartier wachten stroomde het lokaal ledig en eene nieuwe menigte, allen persmenschen (!) vulde dra de ruimte. Da directie schijnt publiek en pers wat te verwarren !
Dit om te doen zien dat de voorstellingen met de cinemaatograaf van de heeren M. A. & L. Lumière reeds begonnen zijn.
Zij zijn de moeite waard, want deze uitvinding is op het gebied der photographie alleszins hoogst merkwaardig. Door het nemen van een reeks instantanees is het gelukt al de bawdgingen van een tafereel op te nemen en die bewegingen worden door een draaiend sciopticon op een wit scherm weergegeven, terwijl het publiek dan in donker zit.
Men ziet dan op het scherm levende photographieën.
Het gezicht is verrassend. Men ziet o.a. de straat in een groote stad vol leven en beweging, rijtuigen en voetgangers komen af en aan, men ziet alles als in werkelijkheid voor zich.
Een oogenblik gaat het electrisch licht in de zaal op, dan wordt het weder uitgedraaid en achtereenvolgens verschijnen op het doek nieuwe beelden. Zoo ziet men twee mannen in een tuin; zij krijgen twist, trekken de jassen uit, worstelen, slaan elkander vallen in 't zand — men zou willen opstaan en hen scheiden — weg is 't beeld.
Een nieuw tafreel. Drie heeren zitten in den tuin van een koffiehuis te kaarten; een hunner steekt een sigaar aan, men ziet hem den rook uitblazen; een ander wenkt den kellner, die een blad met glazen en een flesch bier brengt; een der heeren schenkt in, de kaartspelers drinken en spelen daarna verder.
Het slottafereel is het meest merkwaardige. Op den achtergrond ziet men een spoorwegstation; uit de verte rolt de trein aan; men denkt dat hij van het doek de zaal ia zal rennen, maar daar remt de machinist, de trein staat stil, de conducteurs openen de portieren, de passagiers stappen in en uit, men ziet al de beweging aan een spoorwegstation voor zich.


Algemeen Handelsblad, Amsterdam, 13 mars 1896, p. 2.

Pas plus qu'à Bruxelles, ne figure la moindre information sur les noms des opérateurs ou du chef de poste... Cette absence d'indication montre à quel point, ils ont bien peu d'importance pour les journaux et la société de l'époque. D'après Jay Leyda, Francis Doublier aurait prolongé son voyage vers l'Est dans les semaines suivantes :

Setting up a show shop first in Amsterdam, Doublier was sent a substitute to carry on, while he went on to Munich and Berlin.
After establishing shows there, he was ordered on to Warsaw and, in May, to St Petersburg and Moscow, to await Charles Moisson, chief engineer of the Lumiere plant, who was to film the coronation of Tsar Nikolai II. No one yet had bought.


Jay Leyda, op. cit., p. 18.

Dans l'une de ses lettres, en date du 29 mars, Lucie Chapuis, soeur de Pierre et de Marius, évoque de façon lapidaire les difficultés que rencontre Doublier : " Doublier va à Moscou. Il a beaucoup de difficultés pour obtenir ce qu'il désire. " Ainsi, dans les premiers jours du mois de mai, une équipe se met en place pour le tournage du couronnement du tsar Nicolas. C'est bien Camille Cerf le principal responsable des opérations et, à ce titre, il transmet un courrier (16 mai 1896, calendrier grégorien)  afin de pouvoir assister à l'évémenent avec son équipe :

doublierf02 doublierf03
Moscou 1896
© J. F. Chemin-Doublier
Moscou, 1896
© J. F. Chemin-Doublier

À son excellence
Monsieur le Comte Woronstow-Daschkow Ministre de la Cour
Excellence
J'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance l'autorisation d'être admis à toutes les cérémonies du couronnement et des fêtes en l'honneur de leurs Majestés en qualité de correspondant.
La mission qui m'a été confiée et toute l'importance n'a pas échappé à son excellence Monsieur le Comte de Montebello qui a bien voulu intervenir en ma faveur, me fait espérer, Excellence, que vous acceuillerez favorablement la visite d'un grand ami de la Russie, qui dans de nombreuses occasions a manifesté publiquement en France, des sentiments à l'égard de votre grande Nation.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, de mon entier dévouement et à l'assurance de mon profond respect.
Camille Cerf, officier d'Académie,
Directeur du Cinématographe-Lumière,
demeurant à Paris, 9 rue du Helder et
à Moscou Pulianka dom Scherbaieff.


Courrier transcrit dans Raschit M. Yangirov, "The Lumiere brothers in Russia : 1896, the year of glory" dans Philippe Dujardin, André Gardies, Jacques Gerstenkorn, Jean-Claude Seguin, L'aventure du cinématographe, Lyon, Aléas, 1999, p. 193.

Le "Directeur du Cinématographe" reçoit quelques jours après une lettre (20 mai 1896) qui l'autorise à assister avec ses collaborateurs, Charles Moisson, Guix et Vicenseni, au couronnement : 

Ambassade de la République française St. Petersbourg
8 mai 1896
Monsieur le Gérant
Votre Excellence a bien voulu accorder à M. Cerf toutes les facilités nécessaires à l'exécution des photographies qu'il a l'intention de faire pendant la durée des fêtes du Couronnement.
Je vous serais également très reconnaissant de bien vouloir permettre à M. Moisson, M. Guix et M. Vicenseni, qui doivent accompagner M. Cerf et son Excellence, de circuler librement avec leurs appareils de photographie.
Agréez, Monsieur le Gérant, les assurances de ma haute considération.
Monsieur Krivenko
Gérant de la Chancellerie et Ministre de la Cour.


Ibid.

Il s'agit de la première "équipe" Lumière à se rendre ainsi au pays des tsars,  mais le nom de Francis Doublier n'apparaît pas, alors que par son témoignage nous savons qu'il est présent. L'événement est de taille - d'autant plus qu'une bonne partie de la diplomatie européenne repose sur l'alliance franco-russe - et les Lumière ont envoyé leur meilleur mécanicien, celui qui a mis au point le prototype du cinématographe, Charles Moisson. Pourtant, il ne tourne pas toutes les vues et l'on pourrait attribuer, au moins deux vues, à Francis Doublier : L'impératrice mère et la grande-duchesse Eugénie en carrosse et Czar et Czarine entrant dans l'église de l''assomption.

doublierf04

"In May 1896 the 18-year old Doublier was photographed in Moscow by Charles Moisson, his companion on the first newsreel tour of the world. They used Lumiere's camera, a combiation of camera, printer and projector
Friday, New York, novembre 1940

Le sacre à lieu 26 mai. Le catalogue Lumière propose ainsi une série de vues sur le Couronnement du tsar Nicolas II à Moscou. Le fameux un fil du feutre de la glace-presseur est bien présent dans une bonne partie des vues et on peut les lui attribuer. C'est le cas de : Les souverains et les invités se rendant au Sacre (Escalier rouge)Comte de Montebello et général de Boisdeffre se rendant au KremlinComtesse de MontebelloAmiral Sallandrouze et général Tournier et Députations asiatiques. Alors que les prises de vues sont terminées - Charles Moisson tourne également Rue Tverskaïa - les événements, deux jours après, vont se précipiter comme le raconte Doublier :

Et pourtant, moi Francis Doublier, j'ai bien failli mourir pour le cinéma. C'était à Moscou, lors du couronnement du tzar de toutes les Russies.
Le sacre du tzar Nicolas II, le premier film d'actualité du monde ! Et j'ai tourné ce film le 28 mai 1896 à Moscou. C'est seulement deux jours plus tard que j'ai failli briser ma carrière d'opérateur. On avait annoncé que le Tsar et la Tzarine accueilleraient leurs sujets et qu'il y aurait une distribution de souvenirs sur la plaine d'Hodynsky. Le jour dit, cent mille amateurs de souvenirs s'étaient massés sur la plaine afin de recevoir l’écharpe ou la coupe avec les portraits des souverains. Mais il n'y avait guère à répartir que quelques milliers de cadeaux. Soudain, ce fut la ruée. Une panique en résulta qui devait coûter la vie à 6 000 personnes.
Oui, oui, je l'avoue, j'ai mordu des gens, Je me suis laissé marcher sur la tête. Et pour compléter le tableau, les policiers confisquèrent l'appareil, le film, et nous mirent en prison Charles Moisson et moi. Le consul de France obtint assez rapidement notre élargissement. Mais les policiers ne me rendirent la caméra que 6 mois plus tard. Il est vrai que j'en avais une seconde à ma disposition et qu'elle marchait aussi bien que la première. Autant dire que je n'ai jamais cessé de tourner.


Paul Gilson, op. cit.

 1896moscou

 James M. Davis, Victims of the Kholinsky Plain panic, Coronation Week, Moscow, rtussia, 3600 lives lost.

On peut compléter les informations que fournit Francis Doublier grâce à Jay Leyda, ce qui apporte quelques compléments et quelques nuances :

We arrived about eight o'clock in the morning because the ceremony was due to take most of the day, and the Tsar was to arrive early. When I saw some of the souvenirs being handed out ahead of time, I got down and pushed through the very dense crowd to the booths, about 150 feet away. On the way back, the crowd began to push, impatient with the delay and by the time I got within 25 feet of our camera, I heard shrieks behind me and panic spread through the people. I climbed onto a neighbour's shoulders and struggled across the top of the frightened mass. That 25 feet seemed like 25 miles, with the crowd underneath clutching desperately at my feet and biting my legs. When I finally reached the roof again, we were so nervous that we were neither able to guess the enormity of the tragedy nor to turn the camera crank. The light boarding over two large cisterns had given way, and into these and into the ditches near the booths hundreds had fallen, and in the panic thousands more had fallen and been trampled to death. When we came to our senses we began to film the horrible scene. We had brought only five or six of the 60-foot rolls, and we used up three of these on the shrieking, milling, dying mass around the Tsar's canopy where we had expected to film a very different scene. I saw the police charging the crowd in an effort to stop the tidal wave of human beings. We were completely surrounded and it was only two hours later that we were able to think about leaving the place strewn with mangled bodies. Before we could get away the police spotted us, and added us to the bands of arrested correspondents and witnesses. All our equipment was confiscated and we never saw our precious camera again. Because of the camera we were particularly suspect, and we were questioned and detained until the evening of the same day, when the Consul vouched for us.


Jay Leyda, op. cit., p. 19.

La situation délicate dans laquelle se trouvent Francis Doublier et Charles Moisson conduit à penser que les deux complices abandonnent rapidement la Russie, dans les premiers jours de juin 1896. C'est que confirme l'historien : " A week later the cameramen left Moscow, Moisson to Paris while Doublier, with his second apparatus which had escaped confiscation, went to Schwerin, Germany, to film and to project at the new beach there. " (Ibid., p. 19)

Le deuxième voyage en Russie (septembre 1896-avril 1897)

L'organisation de la diffusion du cinématographe Lumière en Russie va connaître de profondes transformations dès l'été 1896. Camille Cerf va vendre la concession russe aux frères Grünwaldt :

But the Cinematographe's success at the Fair and in the Palace had done its work, and in Paris Cerf was approached by the two Grünwald brothers, Ivan and Arthur, who wished to buy the Russian concession.


Jay Leyda, op. cit., p. 21. 

Mettre en place des postes et disposer d'opérateurs de confiance cela n'est pas une mince affaire lorsque l'on connaît les dimensions du territoire russe. Le système Lumière veut donc que des opérateurs "maison" s'occupent des postes respectifs. L'expérience acquise par Doublier lors de son premier voyage est un atout maître dont les Lumière ne peuvent se passer : 

Two mechanics were sent from Lyon to open the Moscow shop, and when Doublier finished in Schwerin, he was sent back in September to take technical charge in the new establishment.
Thus the troupe of Doublier, his assistant Swatton, under the management of Ivan Grunwald, transformed a little store on Kuznetsky Most into the Moscow headquarters of the Cinematographe. There they operated their triple-purpose machine as a camera in the morning, filming Moscow sights and people, as a projector in the afternoon and evening, and as a printing machine, printing the day's newly developed films for the showing the following day. Much of their morning filming was only pretence, merely as ballyhoo for the performance. The store was roomy, and they cooked and slept there too.


Ibid.,  p. 21.

Il est délicat de chercher à reconstituer le voyage de Francis Doublier en Russie au cours des mois suivants. Lui-même en donne une très rapide description qui reste pourtant l'un des rares témoignages auxquels se raccrocher : 

Ainsi, je me suis arrêté dans toutes les villes de Russie où il y avait l'électricité. J'ai voyagé de Sébastopol à Arkhangelsk et de St-Pétersbourg à Tiflis. Je développais mes rouleaux de pellicule dans les caves des hôtels et j'utilisais la vodka pour activer le séchage des films. Que de souvenirs depuis les pogroms de Kichinev et d'Elisabethgrad, en 1897, parmi les sifflements des balles et les coups de fouet des cosaques ! Et si je vous dis que j'ai donné des séances à Nicolas II au Palais d'Hiver de St-Pétersbourg et dans sa résidence d'hiver à Yalta, vous admettrez que mon histoire est liée occasionnellement à l'histoire du cinéma et même à l'histoire du monde.


Paul Gilson, op. cit.

Il est impossible de savoir réellement si les villes que mentionne Francis Doublier font partie de ce voyage ou du suivant. Au cours de l'hiver 1896-1897, la situation en Russie apparaît plutôt complexe et la concurrence redouble. Jay Leyda explique en quelques mots l'origine principale des problèmes :

The winter of 1896-7 was a disturbing one, both in the Kuznetsky Most store and in the Russian Empire. The great hopes the Russian people had had in their new Tsar were not materializing. A wave of strikes occurred throughout the Empire, mostly in Moscow. The Lumiere troupe faced their own crisis when a half-dozen enterprises were set up in Moscow attempting to imitate the cinematographe and its success. But the Frenchmen weathered both winter and crisis by the superior performance of their machine. The over-cautious police made the usual trouble by withholding for two months permission to include in the programme the scenes of the Tsar's visit to Paris.


Jay Leyda, op. cit., p. 

En réalité, grâce à Marius Chapuis, qui écrit à ses parents, nous apprenons que ce sont les relations entre les concessionnaires et les opérateurs qui se sont compliquées. Les Grünewald rendent les choses complexes, semble-t-il : " Je ne trouve pas étonnant que le fils Doublier ne soit pas heureux à Moscou quand ses prédécesseurs sont partis parce qu'ils ne pouvaient s'entendre avec leur directeur qui est un frère du mien. " (Marius Chapuis, Lettre, 12 janvier 1897). Quelques semaines plus tard, en avril, les relations semblent toujours aussi tendues si l'on en croit Lucie Chapuis :

Figure-toi qu'il est arrivé une mauvaise blague à M. Doublier. Son directeur, un nommé Grenewald un "juif" qui a deux autres frères qui font aussi son commerce et dont nous supposons le tien un des leurs, aurait demandé à choisir seize bandes et ne les aurait jamais rendues. Ce pauvre Doublier, aux cent coups, écrit immédiatement à la maison pour conter son aventure. Alors les Messieurs ont envoyé une facture à Grenvald et l'affaire s'est arrangée. Doublier en voit de cruelles avec son juif. Il se tient sur la défensive !


Lucie Chapuis, Lettre, Lyon, 28 avril 1897

Même si nous ne pouvons pas suivre Doublier dans ses déplacements, il est probable que l'opérateur parcourt  la géographie russe durant l'hiver et le début du printemps. C'est vers la fin du mois d'avril que la situation change considérablement aux usines Lumière. Le système des concessions est désormais considéré comme obsolète et la vente des cinématographes est en route, ce qui va impliquer une totale réorganisation. Même si la date de mise en vente est le 1er mai 1897, la corrrespondance Chapuis montre bien que l'affaire est déjà en route depuis quelque temps : 

Les frères Lumière rappellent le fils Doublier pour le placer ailleurs, c'est-à-dire le renvoyer dans une des premières villes. [...] Voici ce qui se pratique : beaucoup d'amateurs achètent des appareils à la maison (Lumière) et demandent en même temps de vos opérateurs. C'est ainsi que Doublier, que Touret, qui précédait Pierre (Chapuis) à Rome et qui a fait la Sicile, repartent pour différents postes et dans les mêmes conditions.


Lucie Chapuis, Lettre, Lyon, 28 avril 1897

Il est clair désormais que la mise en vente modifie la stratégie de la maison de Monplaisir. Les opérateurs n'ont plus désormais la fonction de "gardien" des cinématographes, mais uniquement d'opérateurs avec leur savoir-faire. Un brassage se produit ainsi à la fin du mois d'avril et dans les premières semaines de mai.

Le troisième voyage en Russie ([mai] 1897-[septembre] 1898)

Francis Doublier est désormais un opérateur - et cinématographiste - aguerri. Parmi les vues dont il serait l'auteur, on lui attribue, avec une certaine insistance, une corrida tournée en Espagne. Pour certains, elle aurait été filmée en 1895... ce qui est évidemment très improbable, aucune vue étrangère n'ayant été tournée cette année-là. Pour d'autres, il serait question de 1897, ce qui pourrait mieux cadrer... Un trouble existe pourtant. Le catalogue Lumière propose plusieurs courses de taureaux dès 1896 dont Arrivée des toréadors d'Alexandre Promio. Dans un article américain de la revue Friday, qui lui est consacré en novembre 1940, on peut lire sous un photogramme le texte suivant : 

doublierbanderillos2 doublierbanderilleros

Doublier shoots a bullfight in Barcelona 1897. In stange city cameamen would film scenes during the day, develop and show them to crowds in hired hall same night. Often Doublier cranked empty camera on crowded street to arouse curiosity for night's show.
Friday, New York, november 1940

Banderilleros
Lumière 867 (AS 423)

Le seul problème c'est que le photogramme utilisé dans l'article appartient en réalité à une autre vue Banderilleros de la série "Courses de taureaux", tounée le 8 mai 1898... Or, à cette date, il est fort probable que Francis Doublier soit toujours en Russie. En revanche, il existe bien une vue tauromachique tournée à Barcelone, en mars ou avril 1897, Courses de Taureaux II (Lumière 435, AS 157) qui pourrait bien être celle qu'évoque le journal américain.

Francis Doublier va donc va repartir pour la Russie et reprendre du service, toujours sous la houlette d'Arthur Grünewaldt. Plus encore qu'auparavant, les étapes de ce troisième voyage sont bien incertaines. Sans doute est-il resté quelques semaines aux Pays-Bas, comme le laisse entendre un fragment d'un courrier de Lucie Chapuis : "Doublier n'est pas plus heureux en Russie qu'en Hollande." (Lucie Chapuis, Lettre, Lyon, 6 août 1897). Il est en tout cas l'homme qui fait la transition avec l'ancienne équipe. En effet, en [octobre] 1897, plusieurs opérateurs dont Marius Chapuis ou Paul Decorps, rentrent à Lyon. Ce changement semble inquiéter Arthur Grünewaldt qui va vite faire appel à de nouveaux opérateurs dont Félilx Mesguich 

Un message urgent m'appelle à Monplaisir. Le journal le Figaro, qui avait acquis l'exploitation des brevets Lumière pour la Russie, vient de le céder à M. Arthur Grunwaldt, et ce dernier m'offre, à partir du 25 octobre 1897, un contrat de deux années.


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, p. 18.

Il est d'ailleurs fort probable que ce dernier ait rejoint Francis Doublier, au moins pour certaines des étapes du troisième voyage russe. Mesguich arrive à Odessa, le 13 novembre 1897. Si l'on admet que les deux hommes ont pu faire équipe, et en suivant les souvenirs de Félilx Mesguich, on peut penser qu'ils se retrouvent à Odessa (novembre 1897), Yalta (Crimée, [novembre] 1897) et à, Kichineff [janvier 1898]. C'est là que Jay Leyda (op. cit.,  p. 23) situe, une anecdote savoureuse que Doublier rapporte à un journaliste américain, en 1935 : 

And in the south of Russia people wanted to see pictures of Dreyfus, the Dreyfus Case man. We said we had such pictures to show. So we got out a film of some French officers marching. We pointed in one of the officers and said « There marches Dreyfus” We showed an old picture of a French public building, and said “There is the Palais de Justice where Dreyfus was court-martialed.  We showed a little boat: going out to a warship and shouted “See! They are taking him to Dreyfus island. Than we showed a picture of a little island and said. “There is where they took him Devil’s Island” The customers shed tears.


New York World Telegram, New York, 23 octobre 1935, p. 3.

Ce que ne raconte pas Doublier, mais que précise Jay Layda (op. cit., p. 23), c'est que la supercherie est finalement découverte par un spectateur. 

doublierf05 doublierf06
Francis Doublier (Kieff, 1898)
© J. F. Chemin-Doublier
Francis Doublier (Kieff, 1898) (verso)
© J. F. Chemin-Doublier

À Kiev, Francis Doublier se fait photographier le 26 février 1898. "Quelques jours là Kiew - écrit Mesguich - "la mère des cités russes", colorée comme une vieille icone, puis Iaroslav et Kharkow. Nous voici enfin à Moscou pour Noël..." Peut-être quelques imprécisions ou erreurs chronologiques expliquent-elles certaines incohérences. Toujours est-il qu'après Saint-Pétersbourg, le voyage se poursuit à Nijnii-Novgorod, lors de la foire annuelle de juillet 1898. L'incendie volontaire de la baraque du Cinématographe Lumière anéantit l'un des deux postes de l'équipe. Même s'il reste difficile d'affirmer que le circuit des deux hommes est tout à fait identique, il arrive parfois que les souvenirs de l'un recoupent les souvenirs de l'autre. Ainsi le long récit de Mesguich au sujet du tournage d'un film, en août 1898, à Saint-Petersbourg, avec la "belle" Otéro et un officier de l'armée du tsar (Félix Mesguich, op. cit., p. 23-25) recoupe-t-il celui, bien plus bref, de Francis Doublier : 

Once in St. Petersburg we got a picture in a theater of a grand duke jumping up impulsively to dance with a dancer with a bad reputation.” Said Mr. Doublier, “and we put posters up on Nevsky Prospect advertising the film. The officials of the government and Cossacks and city policemen came and arrested us and put us in jail and destroyed the film.


New York World Telegram, New York, 23 octobre 1935, p. 3.

La réputation sulfureuse de la belle Espagnole a ainsi raison de la modernité du cinématographe et des opérateurs. Si Félilx Mesguich quitte Saint-Petersbourg, sous bonne escorte, le 27 septembre, on peut imaginer que Francis Doublier en fait autant.

Tour du monde avec le cinématographe  et Exposition Universelle ([1899]-1900)

Francis Doublier, sans doute au début de l'année 1899, va repartir pour son plus long voyage : 

[...] J'ai fait le Tour du monde comme Passepartout l'aurait fait s'il avait disposé d'une caméra. Songez que j'ai vu Sofía, Bucarest, Athènes, Constantinople, Le Caire, Bombay, Changhaï, Pékin, Yokohama et que je suis rentré à Paris pour voir débuter le siècle et découvrir l'Exposition de 1900.


Paul Gilson, op. cit.

Nous ne savons pas vraiment quel est alors son statut. Il voyage, très probablement, pour son propre compte en organisant des séances de cinématographe ici ou là, mais tout en restant lié aux Lumière. Il est probable que certaines vues tournées dans certains de ces pays pourraient lui être attribuées, mais les sources font cruellement défaut.

L'Exposition universelle de 1900 est un événement majeur de la fin du XIXe siècle qui va réunir tout ce que le monde peut avoir de meilleur et de plus novateur. Le cinématographe, comme les panoramas, y a sa place et les frères Lumière organisent des projections sur un écran géant. On peut imaginer que Francis Doublier a dû participer à cette énorme mis en place de la maison de Monplaisir et il n'est pas exclu qu'il ait tourné quelques fims.  C'est aussi le moment pour l'opérateur de reprendre sa vie normale, et c'est ainsi qu'il en parle à Louis Lumière : 

J'ai parcouru plus de cent soixante mille kilomètres en quatre ans, jusqu'au jour où je dis à Monsieur Louis Lumière - c'était en 1900 :
" Je vous suis reconnaissant de m'avoir permis de voyager : grâce à vous, j'ai vu des pays et même les plus beaux. Mais je vous rapporte votre matériel. Car il est temps que je songe à mon avenir que j'apprenne un métier et que je trouve enfin une situation ! "
Les Lumière me firent toutefois changer d'avis et me chargèrent d'ouvrir une fabrique de produits photographiques à Burlington dans le Vermont.


Ibid.

Les années américaines (1903-1948)

a period of ten years
and will purchase Howard Park and in-
vest not less than $50,000 in the business.
The company is a branch of a French
concern that manufactures dry Plates and
other photographic materials.—
Q.
M. Lord
sustained a fracture of his leg

La maison Lumière, dans un désir d'étendre ses activités photographiques outre-Atlantique, crée la Lumière North American Company dès 1901 afin d'installer une usine à Burlington. L'apport financier ($50 000) va décider en faveur de l'exemtpion de taxes pendant dix ans et de l'autorisation de la construction de l'usine et de ses dépendances :  

IN JUST TEN MINUTES
The Lumiere North American Co. Was Exempted From Taxation For Ten Years
It took the citizens of Burlington just ten minutes yesterday morning to vote to exempt the Lumiere North American Co. from taxation for a period of ten years, provided they purchase Howard Park and invest not less than $50,000 in their business. There were about 300 at the meeting in City Hall, which was called to order by Mayor D. C. Hawley. The warning for the meeting was read, as was also the petition, signed by over 30 taxpayers, asking that the meeting be called. Charles E. Allen was elected clerk. There was no opposition to admitting the company and only two men spoke upon the subject.
Hon. W. J. Van Patten spoke in part as follows: “I think the city of Burlington has a remarkable opportunity before it. The Lumiere North American Co. is different from any other manufacturing concern. The parent company is a prosperous, well known concern in France. Owing to the superiority of its products they have a large sale in America, not with-standing the high tariff. They wish to come here to increase this trade. The parent company has recently organized a large British company and that company has now organized a North American branch. They believe that in America they have their largest field. In almost every house there is a camera and with the present developments it is getting to be a way in which everyone can enjoy the artistic.
The company’s representative, Mr. White, came to this country. The stock was all subscribed in England before he left, for it is no secret that they have paid large dividends. They ask from us no cash bonus but simply want us to do what the State allows us to do. Mr. White visited various places which offered flattering inducements. There was something about Burlington, however, that pleased him and he returned. I think that we cannot afford to let this opportunity pass. I for one am heartily in favor of this opportunity, which will without doubt in a few years greatly increase our taxable property, while there would be an immediate gain of about 25 skilled workmen and their families, who would come from abroad.”
Ex-Gov, U. A. Woodbury said: “I am heartily in favor of exempting the company from taxation. It will not increase our taxes but will benefit them. For the coming generations it will be a great benefit.”
The following resolution, presented y Mr. Van Patten, was unanimously passed:
Whereas, the Lumiere North American company, limited, proposes to purchase the property formerly known as Howard Park and erect buildings thereon for the manufacture of its products and invest in its business a cash capital of not less than $50,000 provided the City of Burlington will grand said company exemption from taxation for a period of ten years; therefore,
Resolved, that said company be exempt, from taxation for said period, provided it shall purchase said property, erect buildings and invest in its business in this city a sum not led than $50,000 cash.


The Burlington Free Press, Burlington, 20 septembre 1901, p. 5.

L'homme clé au cours de ces premiers mois est le représentant de la Lumiere North American Company, Mr. White. dès 1902, l'usine commence à être construite. À la fin de l'année, une seconde figure fait son apparition : "F. J. White and Claudius Poulaillon technical manager of the Lumiere North American company, went yesterday to Boston." (The Burlington Free Press, Burlington, 30 décembre 1902, p. 5). Ce n'est qu'au cours du second semestre de 1903 que  s'achèvent les travaux de l'usine qui n'ouvrent, finalement, qu'en avril 1904. 

Quant à Francis Doublier, il épouse, le 18 juillet 1903, Louise Bessenay, à Lyon. Le couple, quelques mois plus tard, embarque au Havre, à bord de La Bretagne et arrive à New York, le 19 octobre 1903. Il est donc bien peu probable que Doublier s'y soit rendu au préalable. Son arrivée correspond, à quelques semaines près, à l'installation de différents appareils provenant de France. et au remplacement de F. J. White par Claudius Poulaillon à la tête de l'entreprise. Autant dire que Francis Doublier n'a pas un rôle de premier plan lorsque naît son premier enfant :

A son was born Sunday morning to Mr. and Mrs. Francisque Doublier of Howard Park. Mr. Doublier is connected with the Lumiere North American company.


The Burlington Free Press, Burlington, 31 mai 1904, p. 6.

C'est en septembre 1911 que la presse annonce que l'usine risque de fermer et d'être relocalisée en France, à Paris. Cela marque la fin des activités Lumière à Burlington. Alors que Doublier pense rentrer, l'une de ses connaissances, Jules Brulatour, lui propose d'intégrer le laboratoire Éclair de Fort Lee comme responsable du département des négatifs. En mars 1914, un incendie ravage les laboratoires. Francis Doublier devient directeur technique du Solax Laboratory à Fort Lee (1914-1916), il construit l’usine de Paragon à Fort Lee (1916). Directeur de l’Eclipse Laboratory (1918-1920) à New York, du Palisades Laboratory (1921-1924) à Fort Lee, du Hirlagraph Laboratory (1925-1927), Francis Doublier devient vice-président du Major Film Laboratories (1944) à New York, avant de décéder le 2 avril 1948 à Fort Lee (États-Unis). Nous laissons Francis Doublier conclure :

Je n'ai pas quitté davantage le cinéma. De 1911 à 1916, j'ai été directeur technique d'Éclair Film et des laboratoires Solax à Fort Lee, dans le New Jersey ; entre 1916 et 1919, j'ai bâti l'usine de Paragon et les laboratoires Eclipse à New York avant de devenir directeur général de Palissages Film, toujours dans le New Jersey. J'ai dirigé également les services techniques d'Hirlagrah Film Corp. jusqu'en 1927 et le département des films de 16 mm aux laboratoires Pathé à Bound Brook. Aujourd'hui, tel que vous me voyez, je suis surintendant de la Major Films.Quand je vous affirmais que je n'avais pas abandonné le cinéma ! Je m'y intéresse encore au point que lorsque vous me rendrez visite à Fort Lee vous verrez la bande que je viens d'achever, et Francis Doublier, le premier en date des opérateurs d'actualités, vous présentera à soixante-sept ans le film des débuts du cinéma et de ses débuts personnels ; c'est un documentaire intitulé : Cinematic beginnings...


Paul Gilson, op. cit.

Bibliographie

Chemin-Doublier J. F., Tel fut Monplaisir, Lyon, Les Éditions du Vingt mars, 1991, 194 p.

Gilson Paul , "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945.

Leyda Jay Kino A History of Russian and Soviet Film, Liverpool/London/Prescot, Cl Tinling & Co1960

2

1896

1918

  • Lest We Forget (Dir. Léonce Perret) (act.)


Afin d'optimiser votre expérience sur ce site, nous utilisons des cookies. Ils visent essentiellement à réaliser des statistiques de visites. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies.