François-Henri LAVANCHY dit LAVANCHY-CLARKE

(Morges, 1848-Cannes, 1922)

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Jean, François, Émile Lavanchy épouse Suzanne, Louise Maison. Enfants:

  • François-Henri Lavanchy (Morges, 04/01/1848-Cannes, 11/05/1922) épouse (Paddington, 08//07/1879) Jenny, Elizabeth Clarke (Hadleigh, [1856]-Wandsworth, Londres, 1938), fille de William Clarke et Jane [Clarke] (Wolpit, [1821]-) et soeur de William Gibbs Clarke (Hadleigh, 1849-) et de Susannah M Clarke (Hadleigh, [1861]-).
  • Jean, François, Émile Lavanchy (Morges, 28/12/1853-)
  • Émile Lavanchy (Morges, 13/06/1857-15/02/1923)
  • Pierre, Lucien Lavanchy (Morges, 13/12/1862-)
  • Jules Charles Lavanchy (Morges, 08/07/1866-) 

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA 

Le philantrophe et le chocolat

Son père Jean, François, Émile Lavanchy est vigneron dans le canton de Vaud, puis commissaire de police, dans les années 1870. Le patronyme "Lavanchy" provient du nom d'un hameau de la montage suisse dont l'origine serait à trouver dans le substantif "avalanche". Si son père souhaite lui faire faire des études d'avocat, le jeune François-Henri choisit la vie du missionnaire, et il fait ses études à St. Chrichona, près de Bâle. Lors de la guerre franco-allemande (1870-1871), il se porte volontaire pour servir dans la Croix-Rouge de Genève, comme ambulancier, tout en prêtant ses services à la "Société Évangélique de Genève". À la fin de la guerre, il par en Égypte où il se passionne pour l'égyptologie. C'est au cours de ce séjour que François-Henri Lavanchy est touché par le sort des très nombreux aveugles et il décide de travailler pour ces exclus. Délégué pour l'Égypte, au congrès des aveugles de Vienne (3-8/08/1873), il lance l'idée, lors de l'Exposition universelle de Paris (1878), d'un "Congrès Universel pour l'Amélioration du sort des Aveugles et des Sourds-muets (Paris, 23-30/09/1878). Il fait adopter en Europe l'écriture Braille. Il fonde, à Paris, la première école professionnelle d'aveugles adultes et la Société des Ateliers d'Aveugles (1881). 

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Médaille en hommage à F. H. Lavanchy-Clarke à l'occasion du 25e anniversaire (1881-1906) de la Société des Ateliers d'Aveugles [D.R.] Saint-Just-en-chaussée, Atelier d'Aveugles, Fabrique de brosses.
XXXe anniversaire de la Société d'Ateliers d'Aveugles (1881-1911)

Afin de financer ses activités philanthropiques, Lavanchy-Clarke va racheter l'une des plus célèbres maison de chocolat de Paris, celle que crée, en 1806, Louis Marquis. Le Figaro consacre un long article, intéressant à plus d'un titre, et qui permet de comprendre les relations qui vont se nouer entre Lavanchy-Clarke et Ludwig Stollwerck, le grand chocolatier allemand, installé à Cologne, et futur concessionnaire du cinématographe Lumière pour l'Allemagne :  

L'ORIGINE D'UNE MAISON
Qui ne connaît l'histoire de la vraie maison J.-M. Farina de Cologne ? La saison des étrennes nous a suggéré l'idée de rechercher l'origine d'un nom tout aussi célèbre, le nom de Marquis. La première maison de ce nom fut créée par Louis Marquis, en 1806, rue Sainte-Anne. Coïncidence étrange, cette rue tirait son nom d'Anne d'Autriche, qui introduisit à la cour de France l'usage du chocolat. Cette maison, bientôt célèbre, figure seule du nom de Marquis dans le Bottin jusqu'en 1819, avec les titres de Fournisseur de la Cour, de S. A. R. le comte d'Artois, de Madame la duchesse de Berry, de Mgr le duc de Bordeaux et de seul inventeur des pastilles à la Reine. Nous avons même pu voir aujourd'hui, 10, rue Richelieu, où elle a été transférée, non seulement le pilon primitif, mais les moules originaux, aux armes de France, qui ont servi à la fabrication de ces délicieux chocolats, dont la réputation sans rivale, n'a pas dû être étrangère au succès d'une deuxième maison fondée en 1818 par M. F. Marquis. Mais les successeurs de la maison Marquis, 10, rue Richelieu, ont seuls conservé le droit de marquer leurs produits à la marque originale- la couronne de marquis et à l'écu de France.
La faveur témoignée par plusieurs cours étrangères à la maison L. Marquis est du reste pleinement justifiée, car il est impossible d'imaginer une faculté créatrice plus féconde de bonbons nouveaux et d'articles originaux ménageant aux clients des surprises toujours nouvelles, agréables à l'œil, exquises au goût, admirables ou amusantes pour l'esprit. Son sac " Danseuse " de l'année est un pur chef-d'œuvre. Les Bonbons Nilsson, Sarah Bernhardt, Marion Delorme, etc., auront un énorme succès. Paul Bernier.


Le Figaro, 25 décembre 1885, p. 2

La veille, le même journal, a déjà annoncé, que la maison Marquis devient le fournisseur de la cour de Suède : 

Les étrennes royales.
S. M. Oscar II vient d'accorder -ce sont de belles étrennes - le titre de fournisseur breveté de la Cour de Suède et Norwège à l'ancienne maison L. Marquis (L. Clarke et Cº, sucrs), 10, rue Richelieu. Nous consacrerons demain une intéressante notice à l'origine de cette illustre maison et aux agréables surprises qu'elle réserve cette année à sa riche clientèle.


Le Figaro, Paris, 24 décembre 1885, p. 2.

Or, en avril 1885, Lavanchy-Clarke a racheté la maison L. Marquis, à M. Percheron (successeur) et, le 28 avril 1885, il prend soin de fonder la société en nom collectif, L. CLARKE et Cie, sise 10, rue Richelieu et 200, quai de Jemmapes (Journal des sociétés civiles et commerciales, novembre 1885, p.58). La dissolution (15 mai 1886) et la liquidation (30 juillet 1886) sont prononcées par Lavanchy-Clarke qui constitue une nouvelle Société en commandite, L. CLARKE et Cie, "Fab. de chocolats et nég. en chocolats, cafés et thés (ancienne maison L. MARQUIS et ancienne maison SIRAUDIN) (archives commerciales de la France, Paris, 21 août 1886, p. 1042).

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Paris, Place de l'Opéra, 1885
Siège social de L. Clarke & Cie (Bâtiment central à droite)
© col. Jean-Claude Seguin Vergara

La Société est composée de Lavanchy-Clarke et de commanditaires. Elle possède deux maisons de vente, l'une, Place de l'Opéra, n º 3, à l'angle du boulevard des Capucines, et l'autre 10, rue de Richelieu. En outre, les usines se trouvent également à Paris, rue Picot, 8 et quai Jemmapes, 200. Pourtant, les affaires ne semblent pas aller au mieux, puisque la Société est mise en liquidation, et sa faillite est prononcée, le 30 juin 1887 (Archives commerciales de la France, Paris, 6 juillet 1887 p. 852). À peine quelques jours avant, les descendants du fondateur Louis Marquis entament des poursuites contre les successeurs Percheron, puis Clarke (Journal des tribunaux de commerce, Paris, 1888, 37e année, p. 330-340), pour usage abusif de la marque "L. Marquis". Lavanchy-Clarke est condamné, en particulier, pour avoir tenté de faire disparaître la mention "Ancienne maison" en la supprimant ou en l'abrégeant. Mais la faillite rend caduques certaines des décisions du tribunal.

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Chromos de la maison L. Clarke (c. 1885) Le Figaro, France, 16 juin 1887, p. 4.

L'échec commercial de Lavanchy-Clarke ne doit pas faire oublier pour autant que ces activités le mettent, sans aucun doute, en contact avec d'autres chocolatiers, et au premier rang desquels Ludwig Stollwerck, le grand industriel allemand, installé à Cologne, futur concessionnaire du cinématographe Lumière pour l'Allemagne. La faillite de sa Société le conduit ainsi à se lancer dans un nouveau projet qui le rapproche de Stollwerck. En effet, en mai 1888, il fonde, avec les PLM (Paris-Lyon-Méditerrénée), célèbre compagnie de chemins de fer, la "Compagnie Générale Française de Distributeurs Automatiques". Elle a pour objet l'exploitation de distributeurs de barres de chocolat dans les gares des PLM. L'année précédente, le 9 juin 1887, l'ingénieur Max Sielaff dépose, auprès de l'Office Impérial, un brevet pour un "appareil autonome de vente". Il signe dans la foulée un accord avec Ludwig Stollwerck. William Gibbs-Clarke, beau-frère de Lavanchy, va se charger, à Bâle, de la construction des distributeurs automatiques.

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Appareil distributeur (1887) Stollwerck

Usines Stollwerck (1901)
Cologne, Allemagne

Appareil distributeur (1889)
Cíe G. de Distributeurs Automatiques, Berne

L'industriel. Lever Brothers et le savon Sunlight (1889-1899)

Résidant sans doute en Grande-Bretagne au cours des années 1870, François-Henri Lavanchy épouse, en 1879, Jenny, Elisabeth Clarke dont il adopte le nom pour le joindre au sien. Il se fait dès lors appeler "Lavanchy-Clarke". C'est à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1889 qu'il rencontre W. Hulme Lever (Lord Leverhulme). ce dernier s'en souvient en ces termes :

It was at the Paris Exhibition of 1889 that I first met him. We had, at first sight, mutual confidence in each other, and never at any time was mutual confidence in him misplaced. Lever Brothers were then considered of little importance in commerce, and at that time classed by French soapmakers, as well as soapmakers of the United Kingdom and all other countries throughout the world, as a “straw fire” which would soon burn itself out. Whenever this disparagement was said by Exhibition Judges or others in Monsieur Lavanchy’s hearing he became an “avalanche” and snowed them under by the vehemence o his torrential flood of protesting.
He had a perfect genius for topical advertising -not so much for the stereotyped billposting and newspaper work, but rather for strokes of advertising genius that would set talking not only all Switzerland but all France and Central Europe also -and this for such a trifling expenditure of money as to keep his advertising expenses well under the limits of a very frugal penurious advertising budget appropriation of a few thousand francs.


Lord Leverhulme, "Monsieur F. H. Lavanchy-Clarke", Progress Vol 22 No 155 July 1922, p. 120-121.

il intègre donc, en 1889, la nouvelle fabrique de savon Lever Brothers Ldt (1885), de Warrington (Cheshire), près de Liverpool, créée par les frères William Hesketh Lever (Bolton, 1851-1925) and James Darcy Lever (1854–Cheshire, 29 mars 1910). Son ascension dans l'entreprise est rapide et, il participe, à Birkenhead, à l'implantation de Port Sunlight, une nouvelle fabrique de savonnettes préemballées. Grâce à son sens des affaires et son dynamisme, les ventes de savon Sunlight explosent. La même année Lavanchy se voit confier la succursale suisse : 

Sunlight.-Nous lisons dans la Feuille fédérale du Commerce :
William-Hesketh Lever et James-Darcy Lever, sujets anglais, domiciliés à Port-Sunlilght près Birkerhead (Angleterre), ont constitué, sous la raison Lever frères, une société en nom collectif et ont établi à Lausanne, le 1er avril 1889, une succursale de leur maison, sous la même raison sociale. La société a son siège social à Port-Sunlight et a pour but l'exploitation du " Sunlight " savon. Bureaux à Lausanne : Boulevard de Grancy. La maison Lever frères a donné procuration à François-Henri Lavanchy-Clarke, de Lutry et Villette, domiciliés à Lausanne, lequel dirige la succursale de cette dernière ville.


La Revue, Lausanne, 3 février 1890, p. 2. 

D'après les archives conservées (Archives Unilever), il semble bien que les relations entre le patron William Hesketh Lever et François-Henri Lavanchy-Clarke aient été, bien souvent, orageuses si l'on en croit la correspondance échangée, et dont la raison principale est la conduire des affaires de la société en Suisse (Lettre de William Hesketh Lever du 2 Mars 1900). Pourtant, la Levers Brother's a bien besoin de cet homme d'affaire habile et ce publicitaire hors pair. Il se voit ainsi confier, en 1898, la direction générale de la "Savonnerie Helvetia", nouvelle succursale de Lever Brothers Ldt., à Olten. Cette responsabilité est de courte durée puisque le 23 mai 1899, il remet sa lettre de démission (Archives Unilever, GB1752.LBC/39/101). 

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Messrs Lever Brothers Soap Works Port Sunlight Near Birkenhead
The Illustrated London News, 27 décembre 1890
Savonnerie Helvetia Olten 
Sunlight Savon (c.1900)

Comme il réussit à la faire habilement, François Henri Lavanchy-Clarke combine ses différentes activités et sait en jouer pour faire avancer ses affaires. Son implication dans la Lever Brothers se retrouve également dans son intérêt pour le cinématographe qu'il va utiliser comme un support publicitaire.

L'inventeur et le cinématographe (1884-1896)

Si l'on en croit les propres déclarations de Lavanchy-Clarke, il aurait, dès 1884, fait des essais d'images animées" et aurait même rencontré Antoine Lumière à qui il aurait présenté un appareil :

In 1884 I opened at Levallois Perret, near Paris, a laboratory to make experiments on moving pictures. The beginnings were very difficult. After four years I had a first apparatus fixed on a two-wheeled car with which I went to the Bois de Boulogne and some parts of Paris to take some views. About two years later I had a visit from M. Lumière père, from Lyons, who asked me if he could be allowed to see the results I had obtained, as his two sons had a scheme to abandon their researches on coloured plates and undertake the moving pictures. Having come to the conclusion that I had made too much progress, he was of opinion that his sons had better keep to the coloured plates.
"The Cinema and Sunlight Soap, Early enterprise of Mr. Lavanchy-Clarke", Progress, Lever Brothers, Vol 22 No 154 April 1922, p. 89.

Le fait est que son frère Émile, "peintre en voitures", mais aussi inventeur (brevet pour " distributeur automatique perfectionné ") habite à Levallois-Perret dans ces années-là. La date donnée par Lavanchy-Clarke semble très précoce tout comme la rencontre avec le père Lumière, mais n'oublions pas que Janssen a présenté son revolver photographique en 1873. On peut penser que sur des travaux bien réels et une rencontre tout à fait effective, le pionnier suisse a pu broder un peu. Cela dit, il montre là un véritable intérêt pour la photographie. Cela se confirme, en 1894, lorsque Lavanchy-Clarke retrouve Antoine Lumière et Clément Maurice à Paris pour une visite à la nouveauté du moment, le kinetoscope Edison : 

Later on, M. Lumière was again in Paris and invited me to dinner at the Café de Paris. He had with him one of his friends of Paris, M. Clément Maurice. After dinner we went for a walk on the Boulevards and noticed a new shop illuminated with many electric lights from the roof. Inside, there were about 50 persons looking into boxes of about 1.20 m. high. We went in and after having dropped 50 centimes, we could see very small moving pictures running neat the eyes, but shaking very much. That was Edison's Kinematograph. I was very much surprised that a man of Edison's fame could launch to the public such an imperfect apparatus. In my opinion the obturator was very defective. In fact there was none, as I discovered later. M. Clément Maurice's opinion was that this apparatus was a poor one, and that instead of having sixty people around so many boxes, it would be more practical to have these pictures projected with a magic lantern against a screen, where some hundred people could see them properly. While I was in London he began with M. Lumière an apparatus which could really be used like a magic lantern to project positive pictures. I objected that it would be much better to have an apparatus which could be for taking negatives, and reproduce the positive. But this could not be done without using two very important parts of my own patent. Ibid., p. 89.

Lavanchy-Clarke est donc tout à fait proche des inventeurs Lumière et la découverte du kinetoscope fonctionne comme un révélateur pour le Suisse. La discrétion des Lumière, prudence dont ils sont coutumiers, et l'empressement du pionnier helvète conduisent ce dernier à se tourner vers Georges Demenÿ qui s'intéresse autant aux sourds que Lavanchy-Clarke soutient les aveugles. En fin d'année, il est intimement lié à la fondation de la société du Phonoscope (20 décembre 1892), dont les co-fondateurs, outre Georges Demenÿ, sont William Gibbs Clarke, le propre beau-frère de Lavanchy-Clarke, et Ludwig Stollwerck, le futur concessionnaire du cinématographe pour l'Allemagne. Mandaté par Demenÿ, il part à Lyon pour intéresser Louis Lumière au phonoscope et le faire rentrer dans la Société :

MONSIEUR,
J'ai vu M. Lavanchy Clarke, un de mes associés, dont je vous ai parlé ; il doit partir dans le Midi quelques jours et compte vous donner rendez-vous sur la route dimanche ou lundi.
Vous m'obligeriez beaucoup si vous pouviez vous entretenir un instant avec lui au sujet de notre affaire, car il est très probable que vous trouverez une solution pratique afin d'utiliser le travail que j'ai produit.
Le temps est trop mauvais pour le tirage des épreuves, je vous en enverrai dans quelques jours et croyez à ma sympathie.


Georges DEMENY.Georges Demenÿ, Lettre à Louis Lumière, 28 décembre 1894. Reproduite dans Michel-Guillaume Coissac, Histoire du cinématographe, Paris, Le Cinéopse/Gauthier-Villars, 1925, p. 245.

Peine perdue, car les Lumière sont précisément en train de mettre au point leur cinématographe et de réaliser leurs premiers tests sur papier ; ils n'ont donc pas l'intention de renforcer la concurrence possible de Georges Demenÿ. Lavanchy-Clarke a-t-il vu le prototype et les premiers essais ? Nous n'en savons rien. Toujours est-il que l'annonce de l'invention du cinématographe, au cours de l'année 1895, va sonner le glas des ambitions de Demenÿ et alerter Lavanchy-Clarke. En octobre 1895, ce dernier signe une convention pour l'installation de son "Pavillon des Fées" sur le champ de foire. Le pionnier y détaille les différentes attractions (Illusions d'optique, Escarpolette, Chambre tournante...) dont celle qui ne peut que retenir l'attention :

IV. À l'entrée de son installation le preneur se propose d'avoir : 1º Une machine automatique donnant à chacun, moyennant une pièce de 10 centimes, l'illusion de frapper sur place une médaille "Souvenir de l'exposition". 2º Un orchestre automatique tout nouveau construit spécialement pour le preneur, montrant quelques artites automates sur le balcon d'un châlet, jouant avec un réalisme vivant. Cette pièce marchera chaque fois que cinq personnes auront versé 10 centimes chacune. 3º Le preneur aura quelques appareils suisses "Klarkeoscopes" permettant 1) de prendre des photographies vivantes partout où le preneur le désire ; 2) en regardant dans l'objectif, de montrer de petites images en mouvement ; 3) de projeter ces images sur un écran de 9 mètres. Cet appareil constitue une lanterne magique féerique.


Archives de l'État de Genève A86 (Exposition Nationale), 57/350.8(76), "Conventions" (François-Henri Lavanchy-Clarke. - Genève - Spectacle-Débit de Thé-Attelages). Retranscrit dans Nic Ulmi, La Culture du champ de foire, Mémoire de diplôme en histoire économique et sociale à l'université de Genève, 19 septembre 1995, p. 64-65.

Nous ignorons tout de ce "klarkeoscope" dont il n'existe aucun brevet déposé. La description, pour vague qu'elle soit, combine de fait le kinetoscope ("petites images en mouvement") et le cinématographe ("projeter ces images sur un écran de 9 mètres"). Lavanchy-Clarke sait pertinemment que les premières projections publiques des frères Lumière sont imminentes et le Pavillon des Fées ne peut pas se passer d'une telle nouveauté. Il n'hésite pas à se rendre directement au Grand Café où le cinématographe Lumière fonctionne dans le Salon indien afin de constater par lui-même la qualité de la projections. Il en fait d'ailleurs part à Ludwig Stollwerck dans une lettre de la fin du mois de janvier : 

Paris, 25 janvier 1896
Cher Monsieur
MM. Lumière ont loué un local sur le boulevard, où ils ont un grand succès avec leurs projections, grandeur nature de rues, et de scènes très réussies. Quelques tableaux ont encore une certaine trépidation qui gêne, mais d'autres sont parfaits. Les scènes durent une minute. Il y en a dix.
La salle contient 130-150 personnes assises. Elle se remplit toutes les 20 minutes. Ils doivent faire des recettes considérables. Votre appareil anglais peut-il donner cela ? Est-il prêt ?
Je tiens à donner de ces projections à Genève et je devrais m'entendre avec Lumière si vous n'êtes pas prêt.
Pouvez-vous venir à Paris voir ces tableaux avant la fin du mois ?
Cela en vaut vraiment la peine.
Cordialement à vous.
F.H. Lavanchy-Clarke.
Archives Stollwerck, cité dans Martin Loiperdinger, "La Distribution en Allemagne, par les Frères Stollwerck, Cologne, du Cinématographe Lumière" dans L'Aventure du Cinématographe, Lyon, Aléas, 1999.

Dans sa lettre, Lavanchy-Clarke fait référence à un "appareil anglais" qui n'est autre que celui du Britannique Birt Acres, collaborateur de Robert W. Paul, et avec lequel Stollwerck est en contact depuis de long mois. Mais le Suisse contacte immédiatement les Lumière, sans même attendre la réponse de l'Allemand,  pour leur proposer "un marché". Il envoie un courrier deux jours plus tard dont voici la réponse : 

Lyon, le 30 janvier 1896
Monsieur LAVANCHY-CLARK [sic]
à PARIS-PASSY
Nous sommes en possession de votre honorée du 27 courant, et avons pris connaissance de son contenu.
Bonne note est prise de votre demande et, conformément à votre désir, nous ne manquerons pas de vous fixer un rendez-vous, lors de notre premier voyage à Paris.
Veuillez agréer, Monsieur, nos bien sincères salutations.
L. Lumière.


Folio 337, Cahier Lefrancq

À la différence de nombre des réponses conservées dans le Cahier Lefrancq, celle-ci indique clairement que Louis Lumière - c'est lui qui signe - prend en considération la demande. Mais quel peut être le mystérieux contenu de celle-ci ? Sans doute trouve-t-on la réponse dans ses souvenirs :

So we arrived with M. Lumière at an agreement according to which, in exchange for my abandoning my patent, I should have the monopoly for Switzerland for a year, and a preference right for Lever Brothers and Nestlés in England. Your memory is quite correct. I procured you the first cimena [sic]. But as you had organized a special service at Port Sunlight without my help, I had nothing more to do. I think that this preference right was only used some years later.


"The Cinema and Sunlight Soap, Early enterprise of Mr. Lavanchy-Clarke", Progress, Lever Brothers, Vol 22 No 154 April 1922, p. 89.

Dans ces souvenirs, envoyés à Lord Leverhulme, il lui fait le reproche implicite de ne pas lui avoir accordé sa confiance pour la mise en place du cinématographe de Port Sunlight. Le deal de Lavanchy-Clarke fonctionne et plus question de "klarkeoscope", ni d'autre appareil anglais désormais, place au cinématographe Lumière. C'est à ce moment-là que la maison Lumière reçoit un étrange courrier de Joseph Ferrero, un des promoteurs de l'Exposition Nationale Suisse, proche de Casimir Sivan, concessionnaire Edison pour la Confédération helvétique,  qui semble vouloir damer le point à Lavanchy-Clarke si l'on en croit la réponse ferme de Marius Paris qui signe pour Marius Perrigot

12 février 1896
Monsieur Ferrero à Genève
Nous sommes en possession de votre honorée, du 10 courant, et avons pris connaissance de son contenu.
Nous avons été plus surpris que vous d'apprendre qu nous avions concédé l'exploitation de notre Cinématographe à l'Exposition Nationale Suisse de Genève, car nous n'avons encore pris aucune décision relativement à cette exploitation.
Nous n'avons pour le moment traité avec personne, pas plus avec vous qu'avec d'autres. Les renseignements qui vous ont été fournis à ce sujet sont absolument erronés.
Conformément à votre désir, nous vous renvoyons le plan que vous avez bien voulu nous communiquer, après en avoir pris connaissance.
Nous devons tout d'abord vous dire que notre "Cinématogrpahe" n'a rien de commun avec le kinétoscope d'Edison. Nous ne consentirons donc jamais à faire figurer notre appareil dans un pavillon réservé spécialement aux inventions d'Edison. Ceci sans chercher à diminuer en quoi que ce soit la réputation bien méritée de l'inventeur américain, mais vous comprendrez facilement que nous ne voulons à aucun prix mettre notre "Cinématographe" dans le pavillon Edison.
Si en dehors de ce pavillon, vous voyez quelque chose à faire, nous vous prions de vouloir bien nous faire des propositions nouvelles, ne prenant d'ailleurs aucun engagement relativement à la suite qu'il nous sera possible de donner à ces propositions.
Veuillez agréer, Monsieur, nos sincères salutations.
p. Perrigot
Paris.


Collection particulière

Ajouté à la main, sur le papier pelure, on peut lire dans la marge : "S'il y avait un pavillon Marey c'est sous ce drapeau français que nous pourrions plus justement nous abriter ". S'agit-il là d'un commentaire de Louis Lumière ou bien cette remarque a-t-elle été bien envoyée ? Toujours est-il que cela traduit sans nul doute des tiraillements du côté Suisse. Lavanchy-Clarke s'est-il trop vite avancé en croyant qu'il a obtenu la concession d'exploitation pour la Suisse... sans doute. Finalement, c'est lui qui l'obtient. Les Lumière ont dû prendre au sérieux le projet de brevet de Lavanchy-Clarke, car ils savent que ce dernier s'intéresse aux inventions nouvelles et à l'automatisation depuis plusieurs années. Cet intérêt va le conduire, en effet, à déposer de nombreux brevets entre 1892 et 1907. En 1892, alors qu'il habite Lausanne, ce ne sont pas moins de cinq inventions qu'il dépose. Pour l'essentiel, il s'agit de perfectionnements qui ont à voir avec les distributeurs automatiques.

C'est dans ces conditions que Lavanchy-Clarke obtient donc la concession suisse pour l'exploitation du cinématographe. Au cours du premier trimestre 1896 un accord est conclu entre la Société des Plaques et Papiers Photographiques et François-Henri Lavanchy-Clarke. Comme ils en ont l'habitude, les frères Lumière envoient sur place un opérateur chargé de s'occuper de l'appareil. Il s'agit en l'occurrence de Jean Claude Villemagne qui réside à Genève, 16, rue du Mail "chez Mr. Lavanchy", à partir du 26 avril 1896, comme le stipule son matricule militaire.  Il est clair que l'opérateur va s'occuper du poste Lumière qui s'ouvre quelques jours après à l'occasion de l'Exposition Nationale Suisse, qui se tient du 1er mai au 18 octobre 1896. Le cinématographe est installé au Parc de Plaisance, dans le Palais des Fées : 

[...] Tout près de la verrerie s'élève un édifice en style japonais, le palais des fées, qui offre les spectacles les plus variés. Tous ne sont pas encore complètement installés, mais malgré cela le public pourra passer une agréable après-midi dans les différents compartiments du palais des fées. Citons en première ligne le cynématographe [sic] Lumière, qui fait défiler devant les yeux du public émerveillé des photographies animées, grandeur nature. La reproduction de ces scènes animées nécessite de 1000 à 1500 photographies successives pour reproduire le mouvement des personnages représentés. Mentionnons parmi les tableaux les plus remarqués la démolition d'un mur par une équipe d'ouvriers, l'entrée d'un train en gare, une querelle de bébés, etc.


Journal de Genève, Genève, 8 mai 1896, p. 3

Le Palais des Fées est en réalité un pavillon aménagé pour faire la publicité du Savon Sunlight où l'on trouve également d'autres attractions que le cinématographe Lumière : " tableaux vivants, imités du Palace théâtre de Londres, pour lesquels le choix le plus délicat s'est inspiré des grands maîtres delà peinture; les arcades magiques, le café-divan-jardin égyptien avec Sa troupe de musiciens, de danseuses et de charmeurs de serpents; l'escarpolette des "fêtes avec ses curieuses illusions d'optique." (Feuille d'avis de Neuchâtel, Neuchâtel, 13 juin 1896, p. 4). Le correspondant de L'impartial est encore plus clair quant aux intentions de Lavanchy-Clarke : 

Dans ce même Palais des fées, — si bien nommé, — se trouvent réunies plusieurs attractions. L'entrepreneur est M. Lavanchy- Clarke, dont l'unique but est de faire une réclame insensée à son savon. Les bâtiments lui coûtent 200,000 francs ; vous voyez qu'avec cela on pourrait se procurer un superbe domaine. Il a à son service 80 personnes : Chinois, Japonais, Egyptiens, Indiens. Bien que faisant payer une entrée pour chacun de ses spectacles il compte — et il n'a pas tort — perdre de 25 à 50,000 fr., car tout ce qu'il présente est de la dernière nouveauté et authentique.

L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 13 mai 1896, p. 1.

La démesure de ce pavillon est sans doute à l'image de son propriétaire ou initiateur. Lavanchy-Clarke n'hésite pas à multiplier les "coups" pour séduire le public quitte à s'attirer les foudres de la presse comme cela se produit lorsque le publicitaire n'hésite pas à organiser un "concours de beautés : 

Concours de beauté. — Le concours de beauté organisé au Palais des fées de l'Exposition sous les auspices de M. Lavanchy-Clarke soulève une polémique dans la presse. L'Ostschweiz proteste contre l'expédition à Genève et l'exhibition publique des trois dames qui auront remporté la palme. Nous avons dit nous-mêmes que nous avions pris l'annonce de ce concours pour une plaisanterie, et qu'il restait à voir s'il réussirait. L'Ostschireiz dit espérer carrément qu'aucune femme suisse ne se prêtera à ce qu'on demande aux élues de ce concours, destiné sans doute à émoustiller les chroniqueurs de la presse légère de Paris.


L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 16 juillet 1896, p. 2

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Parc de Plaisance-Palais des Fées (1896) [D.R.] Savon Sunlight, Exposition Nationale Suisse (1896) [D.R.]

Pourtant la situation n'est pas si simple pour Lavanchy-Clarke. En effet, Casimir Sivan, qui exploite le kiosque ou pavillon Edison, a l'intention, à son tour de projeter des films. Le Comité Central de l'Exposition rappelle ce dernier à l'ordre, par un courrier daté du 15 juillet :

Messieurs, le Comité Central de l'Exposition a été nanti d'une réclamation de M. Lavanchy relativement au spectacle de photographies animées projetées sur grand écran que vous vous proposez d'exploiter dans votre pavillon du Parc de Plaisance. Le Comité considérant l'importance du loyer que paie M. Lavanchy (25.000 francs) comparativement au vôtre (1.000 francs) estime qu'il doit protéger M. Lavanchy qui a fait une publicité considérable pour son cinématographe, contre la concurrence que vous avez l'intention de lui faire. J'ai donc été chargé par le Comité Central de l'Exposition de vous rappeler que votre convention avec monopole ne s'applique qu'aux phonographes et kinétoscopes et de vous informer qu'il n'autorise pas l'exploitation de votre nouvel appareil. Veuillez donc je vous prie vous conformer au présent avis et accepter Messieurs mes amitiés bien empressées.


Archives de l'État, Genève, Exposition Nationale Suisse, 57/365/5, p. 345<-344b, 15 juillet 1896 (Cherbulliez à Sivan). Cité dans Consuelo Frauenfelder, Le Temps du mouvement, Genève, Presses d'histoire suisse, 2005, p. 23.

L'Exposition Nationale Suisse va être aussi l'occasion pour la maison Lumière d'enrichir son catalogue de sept nouvelles vues. C'est Alexandre Promio qui en est l'auteur : 

Dans des circonstances analogues, je dus, à Genève, recourir à des moyens de fortune. Étant à l’intérieur de l’Exposition, où j’avais pris pas mal de vues, sans réfléchir au risque de manquer de pellicule, je me trouvai effectivement en présence d’une vue intéressante, mais n’ayant plus de bande. Cette fois, ce fut un gros muid de la maison Fruhinsolz, de Nancy, qui remplaça la chambre noire absente. L’un des fonds enlevés, je m’accroupis dans le tonneau, qui fut refermé, j’opérai le chargement de mes magasins, non sans ressortir avec une bonne courbature ; puis je courus braquer mon objectif.


G.-M. Coissac, op. cit., p. 197.

Grâce à la presse neuchâteloise, nous conservons un témoignage d'un tournage qui ne semble pas, cependant, correspondre aux vues du catalogue, mais indiquer, en tout état de cause que des tournages ont eu lieu, vers le 7 juin 1896. La Société de Zofingue, composée essentiellement d'étudiants, se rend à Genève le 6 juin pour visiter l'Exposition Nationale et le lendemain, alors que le groupe se trouve à côté du Village suisse, le cinématographe enregistre quelques images animées :

Le lendemain, visite à l'Exposition. Dîner au Village suisse, dans le jardin de la taverne moyen-âge, où cette centaine de casquettes blanches, quoique peu dans le style, ne faisait pas mal du tout ! Inutile de dire que les Neuchâtelois rendirent visite à la ferme Robert. Hélas ! le temps est court, et, après que le propriétaire du cinématographe eut pris la photographie d'un long monôme zofingien serpentant parmi les baraques, les casquettes blanches se séparèrent pour gagner chacune sa ville respective.


Feuille d'avis de Neuchâtel, Neuchâtel, 10 juin 1896, p. 4.

Ce qui ne laisse pas de soulever quelques questions, c'est bien entendu le rôle du concessionnaire, en l'occurrence, François Henri Lavanchy-Clarke. D'une part, son intérêt ancien pour l'image animée, d'autre part ses affaires financières et publicitaires chez Lever Brothers vont être à l'origine de plusieurs vues Lumière. Deux d'entre elles se limitent à mettre en relief le Palais des Fées : Cortège arabe (310) et Danse égyptienne (311). Une troisième est une claire " réclame " pour le savon Sunlight : Laveuses (60). Cette dernière vue est un exemple parfait des techniques commerciales de Lavanchy-Clarke qui utilise le cinématographe à des fins publicitaires. Il s'en explique ainsi : 

A few words now on the methods I made use of for our Sunlight advertisement in Switzerland. As my wife wrote you, the first picture film taken in Switzerland was a group of my wife and family washing in our garden at Geneva. You certainly remember seeing it at the Geneva Exhibition. This film was shown everywhere in Switzerland. I organized lectures in the morning for the children of the schools. As you remember, each piece of Sunlight had a guarantee mark fixed on it. Each month there was a competition with prizes. Each child presenting a guarantee mark was admitted free; so a mother having several children had simply to purchase a provision of Sunlight and detach the marks with a knife and to distribute them to her children. On their return home the children praised the cinematograph and their parents were also induced to attend the evening representations. Every person presenting a Sunlight Almanack [sic] was admitted at half price. We had simply to perforate a corner for the control.


"The Cinema and Sunlight Soap, Early enterprise of Mr. Lavanchy-Clarke", Progress, Lever Brothers, Voll 22 No 154 April 1922, p. 90.

60

Alexandre PromioLaveuses (60)

Un autre aspect tout à fait remarquable, et qui en dit long sur l'ego du personnage, c'est qu'il se fait filmer dans toutes les vues tournées par Alexandre Promio, sans que rien réellement ne le justifie : Laveuses (60) - on le voit totalement à droite -, Cascade (309), Cortège arabe (310), Danse égyptienne (311), Fête au village (312), Rentrée à l'étable (313) et Place Bel-Air (314). Reste à savoir si les frères Lumière ont apprécié ce détournement publicitaire. Pour le reste, la situation des exposants n'est guère brillante et Lanvanchy-Clarke, comme une trentaine d'autres, va être poursuivi pour des loyers impayés. 

Les Tournées suisses (septembre 1896-[avril 1898])

Avant que l'Exposition Nationale Suisse ne se termine, Constant Girel, l'un des cinématographistes de la maison Lumière arrive à Bâle et retrouve François-Henri Lavanchy-Clarke pour un  voyage à travers la Suisse dont le but est essentiellement une série de prises de vues : 

Je suis en ce moment à Bâle avec M. Lavanchy le concessionnaire Lumière pour la Suisse. Ce soir nous allons coucher à Schaffouse [sic] pour prendre demain matin la chute du Rhin. Puis St-Gall-Zurich-Berne-Neuchatel-Lausanne-Montreux-Genève.


Constant Girel, Lettre, Bâle, 28 septembre 1896.

Il faut dire que depuis la fin du mois d'août, Alexandre Promio, le cinématographiste attitré de la maison Lumière, est parti aux États-Unis. Il est probable qu'avant de filer pour l'Amérique, il ait formé quelques cinématographistes dont Constant Girel qui arrive en Suisse avec son propre cinématographe. De ce tour, six films vont figurer dans le catalogue Lumière : Scieurs de boisPont sur le RhinChutes du Rhin vues de loinChutes du Rhin vues de près, Procession et Défilé du 8e bataillon. Dans ce dernier film, Lavanchy-Clarke, comme à son habitude, ne résiste pas à faire une brève apparition. En outre, il continue à utiliser les vues pour faire de la publicité pour le Savon Sunlight. Dans l'une des vues - semble-t-il, non conservée -, des barques s'avancent et les dernières portent sur leur voile "Sunlight Soap". À Berne, les deux hommes tournent une nouvelle vue " publicitaire " : à la sortie de la ville, un ours en effigie est lapidé par des gamins, mais les pierres sont des savons Sunlight. Cette vue, Un ours chassé de Berne, ne figure pas au catalogue Lumière. 

Si l'objet premier du voyage de l'opérateur et du concessionnaire est la prise de vues pour alimenter le catalogue Lumière, on ne peut écarter l'idée que les deux hommes prospectent également pour connaître les possibilités qu'offrent plusieurs villes suisses, afin d'organiser de futures projections. Toujours est-il que Constant Girel quitte le pays helvète pour Cherbourg où il doit filmer l'arrivée du tsar, le 5 octobre.

Quant à Lavanchy-Clarke, ce tour dans plusieurs villes suisses n'a pas manqué de l'alerter sur la présence de concurrents dont l'objectif est de profiter de la vogue du cinématographe pour en tirer bénéfice. C'est alors qu'il est à Lausanne en compagnie de Constant Girel qu'il fait passer, dès le 25 septembre, une publicité qui dénonce les imitateurs de tout poil et annonce par la même occasion la venue prochaine du véritable cinématographe Lumière. Dans la mesure où le seul cinématographe Lumière en fonctionnement est celui qui tourne au Palais des Fées, à l'Exposition Nationale, Lavanchy-Clarke a besoin d'un second appareil pour ouvrir un deuxième poste Lumière à Lausanne. Pour faire tourner le cinématographe, en projection, il faut au moins deux personnes. Les Lumière ont-ils envoyé une autre équipe en Suisse ? Jean Claude Villemagne a-t-il pu former sur le tas des opérateurs ? Lavanchy-Clarke a-t-il lui-même organisé les choses en faisant l'acquisition d'un autre cinématographe ? Toujours est-il que la première du cinématographe Lumière à Lausanne a lieu le samedi 3 octobre, dans la salle des Concerts du Casino-Théâtre, pour une durée de 15 jours. 

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La Tribune de Lausanne et Estafette, Lausanne, 25 septembre 1896, p. 4 Feuille d'avis de Lausanne, Lausanne, 2 octobre 1896, p. 5 

Deux choses retiennent l'attention, la présentation de certaines des vues tournées lors de l'Exposition Nationale et celle de vues lausannoises : 

Cinématographe. 
Le cinématographe Lumière installé au Casino-Théâtre continue à attirer un nombreux public. Les scènes animées que l'on voit défiler obtiennent régulièrement un vif succès. Actuellement on donne le Watter-Toboganla lessive, les jeux de bébés, des sauts d'obstacles, le défilé du cortège du tzar et de la tzarine à Breslau, etc., etc. C'est intéressant au possible. 
Vendredi nous aurons une surprise : des vues lausannoises. Qui donc ne voudra pas assister au curieux et amusant spectacle qu'on nous promet ? Rappelons en passant que le cinématographe est ouvert chaque jour de deux à onze heures du soir.


Feuille d'avis de Lausanne, Lausanne, 8 octobre 1896, p. 10.

Un autre journal précise deux des trois titres lausannois : " On nous promet des choses lausannoises : le passage du bataillon de landwehr n° 8 sur la place St-Françoisle marché du samedi, etc. " (Gazette de Lausanne, Lausanne, 5 octobre 1896, p. 3.). Ces vues sont présentées le 9 octobre. Par ailleurs, la presse publie les programmes jusqu'au 17 octobre. Cependant, Lavanchy-Clarke va présenter, en personne, le cinématographe Lumière lors d'une séance exceptionnnelle organisée pour les malades de l'Asile de Cery, à deux pas de Lausanne :

Asile de Cery (Corr.). Grâce à la grande obligeance du propriétaire du cinématographe-lumière, M. Lavanchy-Clarke, les malades et le personnel de l’Asile de Cery ont pu admirer cet après-midi les merveilleuses scènes reproduites au moyen de cet appareil. Cela faisait plaisir de voir les malades s'intéresser à toutes ces reproductions extraordinaires, même les malades les plus insensibles n’ont pu s'empêcher de pousser des exclamations de surprise et d'étonnement. Que M. Lavanchy-Clarke reçoive les remerciements de tous ceux qui ont profité de sa générosité.


La Tribune de Lausanne et Estafette, Lausanne, 22 octobre 1896, p. 2.

Si l'on en croit le journaliste, il est bien le " propriétaire du cinématographe-lumière ", même s'il faut toujours faire preuve de prudence sur ce type d'affirmation. C'est juste à ce moment-là que Jean Claude Villemagne regagne Lyon avec son cinématographe, avant de repartir quelques semaines plus tard pour Barcelone. Quant à Lavanchy-Clarke, il va continuer ses projections dans d'autres cités helvètes. De Lausanne, il se rend à Zurich où les séances commencent quelques jours plus tard :

Le cinématographe lumière remporte à la Tonhalle un succès des plus brillants. Une foule énorme se presse chaque soir dans le splendide pavillon en style Renaissance où ont lieu les concerts d'orchestre, combinés depuis un mois environ avec les représentations des « Photographies animées ». Après chaque projection, les applaudissements sont si chaleureux et si bruyants, l'acoustique de la salle aidant, qu'ils tournent presque en manifestation. Les images représentant les fêtes du tsar à Paris ont éveillé un vif intérêt. Notons en passant que nous avons entendu, comme accompagnement, l'orchestre jouer « Wien bleibt Wien », marche des plus autrichiennes. 0 ! triple alliance ! Etait-ce par ironie ? Mystère.


La Tribune de Lausanne et Estafette, Lausanne, 3 décembre 1896, p. 1.

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Verlag Ph. A E. Link, Zürich-Tonhalle, ≤1904

Dans les derniers jours de l'année, Lavanchy-Clarke est de retour à Genève où il va passer les fêtes de fin d'année  (22 décembe 1896-4 janvier 1897) en organisant des représentations au Victoria-Hall avec le "seul véritable Cinématographe Lumière (le succès du Palais des Fées)" (Journal de Genève, Genève, 22 décembre 1896, p. 4). Il est à La Chaux-de-Fonds (mars 1897), en mars où il annonce un prochain séjour annoncé à Zurich. Mais le plus significatif au cours du mois de mai 1897, c'est la présence de Lavanchy-Clarke, à l'occasion du voyage du roi du Siam à travers l'Europe. De ce séjour, il ne reste qu'une seule vue Lumière : Arrivée du roi de Siammême si plusieurs films ont été pris. On peut raisonnablement penser que, cette fois-ci, c'est bien François-Henri Lavanchy-Clarke qui a tourné ces vues où l'on retrouve, une fois encore, une publicité pour le Sunlight Seife. Ces films sont même présentés au roi de Siam, le dimanche 30 mai 1897, à peine cinq jours après avoir été tournées, ce qui laisse à penser que l'ancien concessionnaire Lumière a déjà les moyens de développer les pellicules :

Le roi de Siam quitte Genève, aujourd'hui mardi, S. M. partira à 8 h 30 du matin par le P.-L.-M., se dirigeant sur Turin.
Le roi a assisté dimanche, dans le petit théâtre du parc des Eaux-Vives, à une représentation de cinématographe. Il a revu plusieurs scènes dans lesquelles il figurait, entre autres son arrivée au Bernerhof.


Journal de Genève, Genève, 1er juin 1897, p. 3.

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Savioz Phot. Berne. Le Berner Hof, nº 181, Ed. Charnaux (Genève), c. 1870

Au mois de juin 1897, Lavanchy-Clarke est envoyé par la maison Lever Brothers pour filmer le Jubilé de la reine Victoria qui se déroule les 21 et 22. Le tournage n'est pas de tout repos, et les souvenirs du cinématographiste sont tout à fait cocasses et, comme souvent chez lui, assez singuliers : 

In 1897, on the occasion of Queen Victoria’s Jubilee, you proposed to me to go to London where you had secured a balcony on the second floor of a house in Piccadilly; but that was too high, and I could not have taken any good views. Fortunately I met on the steamer the Princess Louise, with whom I had lunched one day at Cannes, some years previously, at her aunt’s Lady Emma McNeil, whom I knew very well. Having asked the object of my visit to London (viz., the Jubilee), I told her my trouble about this balcony at Piccadilly. She promised me a good seat on the Official Tribune at St. Paul’s. As I had my own apparatus and did not require yours I managed to get for your man a good place at Billingsgate. But as it was raining no good photos could be obtained. As I was saying to a neighbour on the Tribune of St. Paul’s that it was a pity to have such bad weather, he exclaimed: “Oh! We shall have Queen’s weather!” and just as the Queen arrived the sun came out brilliantly. As she passed the Tribune, Princess Louise pointed me out and the Queen bowed graciously whilst I was turning the handle of my apparatus. Thus I was able to take the best view of Her Majesty which had been taken that day. I think that it was reproduced by Lever Brothers at Liverpool.


"The Cinema and Sunlight Soap, Early enterprise of Mr. Lavanchy-Clarke", Progress, Lever Brothers, Vol 22 No 154 April 1922, p. 89-90.

Lavanchy-Clarke tourne ainsi un véritable reportage de 15 vues. Parmi les autres cinématographistes autorisés à filmer le Jubilé, se trouve Alexandre Promio, que Lavanchy-Clarke connaît déjà. Quelques semaines après, Jean Claude Villemagne, de retour de Barcelone, va résider au Kursaal, à partir du 8 juillet 1897 jusqu'à la fin septembre. Mais il n'est plus question de projections désormais. La catastrophe du Bazar de la Charité a des conséquences immédiates sur l'exploitation cinématographique et Lavanchy-Clarke semble avoir levé le pied pendant quelques mois. Son intérêt pour la prise de vue ne se dément pas pour autant et, au début de l'année 1898, il va tourner plusieurs vues dont celles du centenaire à Lausanne. Le 24 janvier, la ville organise les célébrations de l'indépendance vaudoise et le cinématographe est là pour prendre des vues de cette importante manifestation. Quelques jours après, la presse annonce que des films ont bien été tournés et que les Lausannois vont pouvoir les voir bientôt :

Cinématographe
Le véritable cinématographe Lumière ayant réussi à prendre le départ du cortège du centenaire, sur la Riponne, on nous annonce des séances du cinématographe Lumière avec 150 nouvelles vues, qui auront lieu au musée Industriel, samedi, dimanche, lundi et mardi.
Voir aux annonces.


Feuille d'avis de Lausanne, Lausanne, 4 février 1898, p. 8.

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La Revue, Lausanne, 5 février 1898, p. 4

Si l'on en croit les programmes publiés, François-Henri Lavanchy-Clarke joue sur le caractère local des vues présentées pour attirer le public. Il faut dire qu'en 1898, peu nombreux sont encore ceux qui sont susceptibles de tourner des films en Suisse et cela constitue donc un inconstable argument. Le Nouvelliste vaudois est celui qui propose les informations les plus détaillées : 

Le Cinématographe installé au Musée industriel, rue Chaucrau, a dès l’emblée attiré la foule. La salle ne désemplit pas. On le comprend. Le spectacle est amusant autant que curieux. La série compte de nombreuses vues : voici l’arroseur, bien connu ; la cigarette introuvable, scène entre trois clowns ; une bataille de concierges, où l’on voit des pipelettes se crêper le chignon ; le cocher endormi : des mauvais plaisants détèlent le cheval et le remplacent par un petit cheval de bois ; les manœuvres des cadets à Aarau, avec le tir au canon ; une charge de cavalerie; un cul-de-jatte qui détale à toutes jambes à la vue d’un policemen ; un bataillon qui passe devant la poste à Lausanne ; les bains de Diane à Milan et les plongeurs. Rien de plus curieux lorsqu’on fait marcher l’appareil à rebours, de voir les plongeurs ressortir de l’eau et bondir sur la planche. Très réussi également le départ du cortège de l’Indépendance : on voit défiler les «  autorités » avec les huissiers, les jeunes filles en blanc avec leurs fleurs, etc. , sous les yeux des reporters de la Gazette, du Nouvelliste et d’une foule de curieux; l’entrée du roi de Siam à Berne, avec M. Ruffy dans l’une des voitures de gala ; un combat de taureaux à Madrid, très émouvant ; la cascade du Village suisse et le Watertobogan; une très intéressante vue prise en chemin de fer de Viège à Zermatt, avec les flots grisâtres de la Viège battant la rive, etc.


Nouvelliste vaudois, Lausanne, 7 février 1898, p. 2.

Le succès de ces nouvelles séances lausannoises conduit Lavanchy-Clarke à les prolonger jusqu'au 13 février (Nouvelliste Vaudois,  Lausanne, 9 février 1898, p. 2). Il va ensuite poursuivre son voyage et arrive à Fribourg, où de nouvelles projections sont organisées à La Grenette, nom donné à la halle aux grains (1793), voûtée et spacieuse, au-dessus de laquelle se trouve précisément la grande salle utilisée pour des concerts, des banquets et autres manifestations. C'est là que vont avoir lieu les séances de cinématographie, à partir du 17 mars.

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La Grenette et l'Ecole des filles (1905) [D.R.]

On retrouve dans le programme les mêmes caractéristiques présentes dans les séances lausannoises, avec un nombre non négligeable de vues locales, pour les mêmes raisons : 

Le cinématographe a obtenu un beau succès dès les deux premières séances qu'a données hier, jeudi, à 4 heures et à 8 heures du soir, M. Lavanchy, dans la salle de la Grenette. De nombreux spectateurs ont chaleureusement applaudi un grand nombre de scènes des plus belles ou des plus comiques, entre autres, le défilé des visiteurs et d'un troupeau devant la cascade du Village suisse, à l'Exposition de Genève ; le watertobogan à la même Exposition ; les laveuses au " Sunlight Savon ", grandes et petites ; l'exercice de natation pour la cavalerie ; l'enlèvement d'un cheval sous le nez d'un cocher endormi sur son siège et l'ébahissement du dormeur réveillé par son client ; la capture d'un cheval sauvage au moyen du lasso ; les manœuvres des cadets, à Aarau, avec tir d'artillerie ; un cul-de-jatte mendiant, et qui retrouve d'excellentes jambes pour déguerpir , lors- qu'il se trouve en présence d'un gendarme qui vient de lui frapper sur l'épaule; les plongeurs et… déplongeurs aux bains de Diane, à Milan ; le cortège de l'Indépendance, à Lausanne ; celui du roi de Siam reçu par le Conseil fédéral, à Berne ; celui du jubilé de la reine d'Angleterre ; et celui , très imposant , des pèlerins revenant de la Mecque, avec le « tapis sacré » ; une arène à Barcelone, où l'on assiste à toutes les péripéties des spectacles dont sont friands les Espagnols et au cours desquels les taureaux font souvent des victimes, avant d'être victimes eux-mêmes; la place Saint-Marc , à Venise ; une charge de cuirassiers. Personnages, animaux et paysages sont de grandeur naturelle. Tous les spectateurs, vieillards , jeunes gens et enfants ; étudiants et professeurs , du Collège et de l'Université, se déclaraient enchantés d'un si beau spectacle, qui mérite bien d'être vu par tous les habitants de Fribourg et par toutes les personnes qui ont l'occasion d'y venir. De nouvelles séances sont annoncées pour aujourd’hui, vendredi, et pour demain, aux mêmes heures qu'hier.


La Liberté, Fribourg, 19 mars 1898, p. 4. 

Finalement quelques jours après, Lavanchy-Clarke se rend à La Chaux-de-Fonds (mars 1898) afin de proposer aux Chauxois de nouvelles séances de cinématographe, puis à Yverdon (mars 1898), Grandson (mars 1898), peut-être à Payerne (mars 1898). Nous savons, grâce à ses annonces, qu'il a également donné en 1897 des séances de cinématographe Lumière au Casino de Bâle, à Coire et à Davos. Il évoque son séjour à Bâle, où il continue de mettre en pratique ses méthodes publicitaires :

I used to hire the front platform of tramways from which I took views as the tram moved, which provided very good local attractions, and everyone could recognize acquaintances or even themselves amongst the passers by. I arranged also, on the road, some special attractions for Sunlight, for example, a lorry laden with Sunlight cases, or some women washing with Sunlight at the fountains, etc. At some corner or square I arranged a display of posters. I obtained by these means a very great success. During the fair of Bâle, which lasted one month, I hired a large room at the Casino, where we had about 20 representations a day.


"The Cinema and Sunlight Soap, Early enterprise of Mr. Lavanchy-Clarke", Progress, Lever Brothers, Voll 22 No 154 April 1922, p. 89-90.

Son intérêt pour la photographie ne se dément pas avec le temps et dans une photo plus tardive (c. 1915), on le voit non sans humour se représenter cinq fois sous un angle différent en ajoutant le commentaire suivant : " The Board of our French Associated Coy., MM. Roux, Canaple &Co., Marseilles, in Wartime. " (Ibid., p. 90). Les autres collaborateurs, de nationalité française, sont ailleurs et, en particulier, sur le front. 

lavanchy05 

François-Henri Lavanchy-ClarkeThe Board of our French Associated Coy., MM. Roux, Canaple &Co., Marseilles, in Wartime
Progress, 
Lever Brothers, Vol 22 No 154 April 1922, p. 90 

Après le cinématographe (1898-1922)

Mème si l'on ne peut pas exclure de nouvelles présentations au-delà du mois d'avril, il semble malgré tout que les activités cinématographiques du pionnier ont singulièrement ralenti. La raison principale est à chercher dans les nouvelles occupations de Lavanchy-Clarke. En effet, l'ouverture de la prochaine succursale de la Lever Brothers Ltd, à Olten, connue comme "Savonnerie Helvetia" l'occupe d'autant plus qu'il va en être le directeur. C'est finalement en octobre 1898 qu'a lieu l'inauguration : 

Dernier Courrier — Olten. 12 (De notre corresp. part.). L'inauguration de la savonnerie Helvetia a eu lieu cet après-midi à Olten. Les invités au nombre de 300 environ, comprenant les membres de la presse suisse et anglaise, les dépositaires et détaillants du Sunlight savon, ont été transportés par train spécial d'Olten à la fabrique qu'ils ont visitée sous la direction de M. Lavanchy-Clarke. Mlle. Lavanchy a ouvert le robinet destiné à faire cuire la première fondue du savon. Ensuite a eu lieu un grand banquet de 300 couverts, dans la salle des concerts, avec de nombreux toasts. Au nom de la commune de Lutry, M. Lavanchy, syndic, a remis à M. Lavanchy-Clarke, avec la dédicace « A notre cher concitoyen», une corbeille de raisin de Lutry. M. Alphonse Vallotton, au nom du conseil d'administration, a souhaité la bienvenue aux assistants. M. Lever a fait des vœux pour le commerce et l'industrie suisse et félicité les communes intelligentes qui savent attirer chez elles des industries nouvelles. M. Lavanchy-Clarke, au nom du conseil d'administration, a remis à M. Lever un chrono­ mètre de la maison Fermod, à Ste-Croix. A 7 heures, nouveau banquet pour la presse et les invités qui passent la nuit à Olten, puis feu d'artifice, illumination des hauteurs, etc.


La Tribune de Lausanne, Lausanne, 13 octobre 1898, p. 3.

Cette responsabilité est de courte durée puisqu'en mai 1899, Lavanchy-Clarke renonce à la direction de la "Savonnerie Helvetia". On le retrouve, au début du XXe siècle, fabricant de chocolat, puis manager de l'Anglo-Swiss Land & Building Company pour laquelle il dépose un brevet pour un produit alimentaire (1905) pour lutter contre la dyspepsie. Dans les années qui suivent, il continue ses activités philanthropiques même si la situation de la Société des Ateliers d'Aveugle se complique à partir de 1910. Pendant la 1re guerre mondiale, il s'intéresse à la Croix-Rouge de Genève et aux oeuvres de bienfaisances en faveur des belligérants et soutient l'" Oeuvre des cheminots prisonniers et tuberculeux " (1918). Après la guerre, il manifeste des positions très progressistes en faveur de l'actionnariat ouvrier perfectionné et rédige une annexe à l'ouvrage La co-association du capital et du travail en Angleterre de René Simon (Marseille, Imprimerie du " Sémaphore ", 1920). Installé depuis le début du siècle, à Cannes, à la Ville Belle Rive, de style moresque, sur la route de Fréjus, il y décède en 1922.

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The Late M. Lavanchy-Clarke
Progress, Vol 22 No 155 July 1922, p. 120

The Grave of M. Lavanchy-Clarke. Wreaths shown were from Lord Leverhulme, the Hon. Hulme Lever, Lever Brothers Limited, and Mr, C. E. Tatlow, who attended the funeral.
Progress,Vol 22 No 155 July 1922, p. 121

Bibliographie

Denise Boehm-Girel, " Un opérateur des Lumière, Constant Girel " dans L'Aventure du cinématographe, Lyon, Aléas, 1999. 

Le Cahier Lefrancq, archives familiales Trarieux-Lumière.

Congrès universel pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets, 1878 (sept., 21-30) Paris : Comptes rendus sténographiques, Paris, 1879, 539 p.

Cosandey Roland, J.-M. Pastor, " Lavanchy-Clarke: Sunlight & Lumière, ou les débuts du cinématographe en Suisse " dans Histoire(s) de cinéma(s), 1992, p. 9-27.

Neeser Caroline, " Neuchâtel: aux premiers temps du cinéma ", Nouvelle revue neuchâteloise, nº 35, 9e année, autmone 1992, 50 p.

Office européen des brevets.

Progress, Lever Brothers, vol. 22, nº 154,  April 1922 ; vol. 22, nº 155, July 1922.

Ulmi Nic, La Culture du champ de foire, Mémoire de diplôme en histoire économique et sociale à l'université de Genève, 19 septembre 1995, p. 64-65.

Unilever Archives.

Remerciements

Nous tenons à remercier les Archives Unilever qui nous ont aimablement communiqué des informations concernant Lavanchy-Clarke.

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