Jacques DUCOM

(Paris, 1864-Paris, 1943)

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©  Le Grimh, Collection particulière

Jean-Claude SEGUIN

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Augustin, Léon Ducom (Paris, 02/09/1821-Paris 17e, 08/02/1900) épouse (Paris, 20/12/1848) Jeanne, Clémentine Cauvart. Descendance :

  • Jacques, Eugène Ducom (Paris 2e26/03/1864-Paris 15e14/12/1943) épouse (Paris 3e, 07/06/1900) Camille Marlière (Paris, 09/05/1862-Versailles, 21/04/1932)

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Jacques Ducom est élève au Pensionnat des Frères des Écoles Chrétiennes (68, rue Raynouard, Paris-Passy). Au moment où il est appelé sous les drapeaux, il est balancier-mécanicien. Il effectue son service militaire à partir du 27 novembre 1885 au 74e régiment d'infanterie. C'est le 19 juin 1885 que Jacques Ducom, accompagné de Gaston Tissandier, le directeur de La Nature qui s'occupe du ballon, prennent des vues aérostatiques à bord du Commandant Rivière :

M. Albert Londe offre à la Société une série d'épreuves photographiques de la part de MM. Gaston Tissandier et Jacques Ducom. Ces épreuves ont été prises à bord du ballon le Commandant Rivière, le 19 juin 1885. L'appareil, fixé au rebord de la nacelle, pouvait être placé horizontalement pour les photographies des nuages et verticalement pour les photographies de la terre.
Un certain nombre de clichés ont été obtenus dans cette dernière position, et l'un d'eux dépasse en netteté tout ce qui a été fait jusqu'à présent. Il représente la pointe de l'île Saint-Louis, le port de l'Hôtel-de-Ville, le pont Louis-Philippe et la Seine. Les moindres détails sont perceptibles. Cet intéressant résultat montre tout le parti que l'on pourra tirer de la photographie aérostatique. L'Art militaire, la Géographie et la Topographie sont intéressés directement dans tous les progrès que fera cette nouvelle branche de la Photographie.
C'est pourquoi M. Londe tient à signaler les heureux résultats obtenus par MM. Tissandier et Ducom, résultats qui seront certainement confirmés lors des prochaines aascensions.


Bulletin de la société française de photographie, Paris, Gauthier-Villars, 1885, p. 173-174

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Gaston Tessandier et Jacques Ducom, Photographie en ballon, 1885
© Le Grimh, collection particulière

Plusieurs de ces photos sont publiées dans l'ouvrage de Gaston Tessandier, La Photographie en ballon (Paris, Gauthier-Villars, 1886). Il renouvelle l'expérience par la suite, en particulier avec Paul Nadar, en 1886. Ultérieurement, il participe à l'Exposition Universelle de 1889, à Paris, où il présente des produits photographiques. On le retrouve également à la 1re Exposition Internationale de Photographie, en septembre 1892, au Palais des Beaux-Arts, à Paris. Il publie en 1895 son premier ouvrage sur la photographie, Les Débuts d'un amateur photographe (Paris, Georges Carré). Dès les premiers essais du cinématographe, Jacques Ducom s'intéresse à la nouvelle invention. En mars 1895, il propose ses services à Louis Lumière pour la construction d'un appareil, mais l'inventeur décline l'offre car il est déjà engagé auprès de Jules Carpentier. Louis Lumière le prie, malgré tout, de bien vouloir collaborer:

[...] Il y aura je crois beaucoup à faire avec notre kinétographe. Instruire les acquéreurs, faire, pour les vendre au public, des bandes positives prêtes à être projetées, etc... et pour cet autre genre de collaboration, nous serions très heureux de pouvoir compter sur vous.


Louis Lumière, Lettre à Jacques Ducom, Lyon, le 28 mars 1895. (col. particulière).

Il est probable qu'il ait lui-même tourné plusieurs vues Lumière, dès 1895, même s'il est difficile de les identifier. Un document postérieur rédigé par la fille de Jacques Ducom ([1977], col. particulière), indique qu' "il fut un  des opérateurs de la Sortie des usines, de L'arrivée du train à la Ciotat, de L'arroseur arrosé."  et qu'il possédait "un des tout premiers appareils" Lumière. En tout état de cause, il est bien présent lors de la séance inaugurale du 28 décembre 1895 : "Le jour de l'inauguration c'était M. Moisson qui tournait la manivelle et chargeait l'appareil, c'était votre serviteur qui réglait la lampe et réembobinait les bandes." (Jacques Ducom, Le Cinématographe scientifique et industriel [1911], Paris Albin Michel, 1924, p. 43). Dans un courrier de Louis Lumière à Jules Carpentier (31 décembre 1895), on peut lire, en complément :

[...] Mon père nous a tourmentés pour que nous le laissions organiser ces exhibitions à Paris et nous avons tenu à ne pas nous en mêler du tout. Il est probable que c'est par Ducom que la célèbre maison Richard a été approvisionnée de cartes d'entrée car Ducom est l'ami de Maurice et mon père tenait beaucoup à la collaboration de ce dernier.


Louis Lumière, Lettre à Jules Carpentier, 31 décembre 1895. (reproduite dans Auguste et Louis Lumière, Correspondance 1890-1953, Paris, Cahiers du Cinéma).

C'est au début de 1896 que Jacques Ducom se rapproche de Léon Gaumont qui lui confie qu'il est "préoccupé par la mise au point de l'appareil Demeny" (Léon Gaumont, Lette à Jacques Ducom, Paris, 4 avril 1896, col. particulière) et ce n'est que quelque temps après qu'il est engagé par Le Comptoir Général de Photographie. Les relations de Jacques Ducom, au sein de l'entreprise, ne semblent pas toujours faciles, comme le laissent entendre les correspondances conservées (Marie-Sophie Corcy et aliiLes Premières années de la société L. Gaumont et Cie, Paris, BIFI/AFRHC/Gaumont, 1998, p. 127-128). Cela n'empêche pas pour autant la réalisation d'un projet particulièrement novateur. C'est à l'été 1896, en effet, que l'on commence à entendre que Joseph Antoine Floury, directeur du théâtre du Châtelet, va reprendre la pièce  des frères Cogniard : 

Un tableau à sensation de la reprise de la Biche au Bois, au Châtelet, sera un ballet présenté par le moyen du cinématographe. Sur la toile de reproduction, tout le ballet sera exécuté et les mouvements rythmés et réglés au métronome accompagné par l'orchestre. On compte avec raison sur un gros effet.


Le Figaro, Paris, 6 août 1896, p. 5. 

Jacques Ducom a longuement expliqué l'origine de ce projet dans Le Cinématographe scientifique et industriel (p. 83-85). Edmond Floury, le fils du directeur du Châtelet, s'adresse à Gaumont pour faire exécuter une scène qu'il a composée : Un personnage, tourmenté par des démangeaisons nasales, est finalement délivré de sa torture par une bonne fée. La scène filmée prend place à la fin de la féerie et représente une foule de lutins qui exécutent une danse infernal afin de débarrasser le personnage de son ensorcellement. C'est sur le toit du Châtelet que la scène est tournée. Cette bande figure au catalogue Gaumont sous le titre Ballet du Châtelet. La première de La Biche au bois a lieu le 14 novembre 1896.  À peine quelques jours plus tard, Jacques Ducom quitte le Comptoir Général de Photographie où Léon Gaumont n'est guère satisfait de ses compétences comme chef de service. (Marie-Sophie Corcy et aliiop. cit., p. 174.175).

C'est probablement au cours des années suivantes que Jacques Ducom collabore avec Pathé pour lequel il effectue des prises de vues à Vincennes  ([1977], col. particulière) dont la liste reste impossible à fixer. En revanche, au cours des années 1899 et 1900, il travaille à plusieurs reprises pour les frères Lumière et réalise, pour leur compte, des vues pour M. Chédeville (Société A. Lumière & ses fils, Lettre à Monsieur Ducom, Lyon, 28 février 1899, col. particulière). On lui doit également des vues, tournées en 1899 et 1900, dans les cirques parisiens : 

Les frères Chremo, acrobates ; Footit et Chocolat du Nouveau-Cirque, nous procurèrent bien des vues à succès, nous les exécutions alors pour la maison Lumière.


Jacques Ducom, Le Cinématographe scientifique et industriel [1911], p. 45.

À l'occasion de l'Exposition Universelle, il va faire partie du service du cinématographe Lumière, en compagnie de Charles Moisson et d'Emmanuel Ventujol, mais il est également très probable qu'il ait été celui qui a filmé un certain nombre de vues de l'événement.

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"Vues du grand écran du Cinématographe Lumière, installé par l'administration de l'Exposition Universelle de 1900 dans la Salle des Fêtes, située alors, au centre de la Galerie des Machines. Cet écran avait 18 mètres de haut sur 18 mètres de large.
(Photographie communiquée par M. Moisson qui s'occupait de la direction technique de ce cinéma, assisté de M. Ventugol [sic] et de l'auteur de cet ouvrage)"
© Jacques Ducom, Le Cinématographe scientifique et industriel

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Carte de service de Jacques Ducom (1900)
© Collection particulière

En effet, dans l'un des courriers que Louis Lumière lui adresse en avril 1900, on peut voir qu'il est en train de préparer des prises de vues, sans doute, sous la supervision de Gabriel Veyre, de retour de son long voyage en Orient :

Lyon-Monplaisir, le 5 avril 1900
Mon Cher Monsieur Ducom, Veyre vient de me remettre les premières pellicules que vous avez exposées. Cela ira bien, certainemenent, malgré que la netteté ne soit pas parfaite : vous ne m'avez pas dit si l'objectif fonctionnait à toute ouverture ce que je suppose, étant donné le mauvais temps. Il est évident que dans ces conditions il faut une précision parfaite dans la mise au point et encore la tolérance focale est-elle faible. Évitez donc ces conditions de luminosité insuffisante, de façon à pouvoir diaphragmer à f/12.5 au moins. Ce que vous me dites des bobines en bois me chiffonne un peu. Le mouvement devant être continu, la bobine ne devrait pas se lancer. Quoi qu'il en soit, si le fait se reproduit, allez vite chez Carpentier et priez le de faire adapter un dispositif à frottement aussi simple que possible de façon que ce soit vite fait car le temps presse de jour en jour davantage. J'écris ce soir à Mr Chevrier. Cordiale poignée de main, à la hâte.


Louis Lumière, Lettre à Jacques Ducom, Lyon, 5 avril 1900, col. particulière.

C'est en avril 1901 que Jacques Ducom ouvre un magasin de Travaux Photographiques, au 37 rue Lafayette (Paris) où il commercialise les appareils "Pankoras" qu'il a brevetés avec Échassoux. Il distribue également l'appareil photographique "Sigriste" avec lequel il réalise de très nombreux clichés. Il vend le magasin à Paul Aubertin (31 octobre 1905). Dans les années suivantes, il collabore avec l'inventeur Louis Dufay, auteur d'un procédé photographique pour restituer les couleurs au cinématographe. C'est en 1924 que son ouvrage Le Cinématographe scientifique et industriel est réédité. Il s'éteint en 1943.

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