Max LINDER

(Saint-Loubès, 1883-Paris, 1925)

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Max Linder, c. 1909
© Les Collaborateurs de Pathé Frères, 1909

Jean-Claude SEGUIN

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Jean, dit Marcel, Leuvielle (Saint-Loubès, 05/10/1858-) et Suzanne Baron (Saint-Loubès, 04/03/1869-) ont quatre enfants :
  • Gabriel, Maurice Leuvielle (Saint-Loubès, 28/06/1881-Ambarès, 14/12/1959) épouse (Toulouse, 26/07/1910) Marie Rose Cournède (Salvagnac-Cajarc, 24/09/1880-).
  • Gabriel Leuvielle, dit Max Linder, (Saint-Loubès, 16/12/1883-Paris 16e, 01/11/1925) épouse (Paris 16e, 01/08/1923Jeanne. Hélène, Marguerite Peters (Nogent-sur-Marne, 09/08/1905-Paris 16e, 31/10/1925). Le couple a une fille :Gérard, Laurent Leuvielle (Rochester, 21/04/1888-)
    • Maud-Lydie Leuvielle (27/06/1924-)
  • Suzanne, Marcelle Leuvielle (Saint-Loubès, 08/06/1890-Libourne, 24/12/1967) épouse (Saint-Loubès, 31/01/1918) Marie-Pierre Crabit.

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Les parents de Max Linder
© Caras y Caretas, Buenos Aires, 12 avril 1913.

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Les Débuts du comédien (1883-1903)

Jean (dit Marcel) Leuvielle, propriétaire viticole installé à Saint-Loubès, voit ses vignes ravagées par le phylloxéra, puis le mildiou, ce qui décide le couple à tenter l'aventure américaine. Ils confient le jeune Gabriel à sa grand-mère maternelle, et s'embarque pour le nouveau continent, en 1888, et s'installe à Rochester (55, South avenue) où il fait le commerce du vin. Le séjour est de courte durée, et le couple rentre à Saint-Loubés dès 1889. Après ses études primaires, il se rend à Bordeaux, en [1897], où il va poursuivre ses études au lycée de Talence. C'est pourtant le théâtre qui le passionne dès son plus jeune âge, comme il le raconte lui-même :

Dès ma plus tendre enfance, ma famille découvrit en moi l'irrésistible vocation du théâtre... En effet, j'allais assez régulièrement à Guignol, comme Frédéric Lemaître. Cette vocation se précisa par la suite. Etant au lycée de Bordeaux, je suivis en même temps les cours de déclamation. La même année, je me présentai au baccalauréat et aux cours du Conservatoire. Je décrochai le premier prix de comédie... Ne parlons pas du baccalauréat !


Max Linder, "Un autographe inédit de Max Linder", juillet 1913, dans Le Siècle, Paris, 18 novembre 1925, p. 4. 

Il suit, en effet, des cours de diction, en tout en poursuivant ses études, sous la direction de l'acteur Adrien Caillard. Il s'inscrit, en 1902, à la Société Sainte-Cécile de Bordeaux - ancêtre du Conservatoire de Musique - où il obtient, au concours de fin d'année (7 juillet 1903), le 2e prix.

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Concours de Sainte-Cécile (7 juillet 1903)
© Maud Linder, Max Linder, Paris, Édition Atlas, 1992

En parallèle, il est également engagé au théâtre des Arts de Bordeaux par son directeur M. Grandey pour jouer dans le répertoire classique, sous le pseudonyme de Max Lacerda qu'il change dès 1903 par celui de " Max Linder ", ainsi que cela figure sur son matricule. 

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Gabriel Leuvielle, surnom Max Linder
Matricule militaire, bureau de recrutement de Bordeaux, classe 1903, nº 4284
© Archives Départementales de la Gironde

Entre théâtre et escrime (1904-1908)

Exempté de ses obligations militaires, la vie bordelaise ne le satisfaisant pas, il quitte Bordeaux pour Paris où il va retrouver Adrien Caillard qui occupe, depuis le 1er juin 1904, le poste de régisseur du Théâtre de l'Ambigu (L'Intransigeant, Paris, 29 mai 1904, p. 3). Il tente, en vain, de rentrer au Conservatoire. C'est ainsi qu'il rapporte l'entretien qu'il a avec Louis Leloir (de son vrai nom Louis, Pierre Sallot), professeur au conservatoire :

MAX.- Monsieur Leloir, voici une lettre pour vous, du reste vous avez dû entendre un peu parler de moi par M. Grandey, je serai très désireux de suivre vos cours...
LELOIR (éclatant de rire).-Mais qu'est-ce que vous venez faire ici, vous ? Vous n'êtes qu'un vieux cabot, allez jouer dans les théâtres et laissez la place aux jeunes. (Max avait 19 ans) Voulez-vous bien me f... le camp d'ici...
Et, dans un salut amical, Leloir, congédia Max qui fut de suite engagé à l'Ambigu.


Cinémagazine, nº 45, 25 novembre 1921, p. 6-7.

Cet échec ne le décourage pas et, grâce à une rencontre insolite avec Le Bargy, il va arriver à ses fins. Max Linder a raconté au journaliste Javier Bueno, les détails de cet échange :

Al cabo de un año de estancia en París, un día tuve ocasión de que me presentaran a Le Bargy quien como usted sabe es un gran aficionado a la esgrima. Sabiendo que yo tenía aficiones teatrales y que era un buen tirador, me propuso que él me daría lecciones de dicción y yo en cambio le daría lecciones de florete. Poco tiempo después, formé parte de la compañía que actuaba en el teatro de Variétés.


Caras y Caretas, Buenos Aires, 12 avrili 1913.

Max Linder décroche ainsi un petit rôle (Payardel) dans la pièce d'Albert Pujol, Crime d'Aix, dont la première a lieu, à l'Ambigu, le 3 novembre 1904 (Noël, 1905, 323). Mais plus que ses talents d'acteur, ce sont ceux d'épéiste qui retiennent l'attention de la presse :

Les Trente ans d'Escrime.-Hier, à 8 heures et demie, a eu lieu, sur la scène de l'Ambigu, la première poule à l'épée entre la salle Berlier et la "salle de l'Ambigu", ouverte depuis deux mois sur l'initiative de M. Grisier et fréquentée par les artistes et l'administration du théâtre et quelques personnalités du monde de l'escrime.
Les deux gagnants furent M. Max Linder de la salle de l'Ambigu, et M. Olivier, de la salle Berlier. [...]


L'Humanité, Paris, 20 décembre 1904, p. 3.

Au théâtre, toujours à l'Ambigu, il va enchaîner toute une série de petits rôles tout au long de l'année 1905 : La Conquête de l'air (Camille Audigier et Paul Géry, 16 janvier 1905, " Santa Fé "), Les Deux Orphelines (Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon, 20 janvier 1905), Paillasse (Adolphe d'Ennery et Marc Fournier, 14 février 1905, " Beaumesnil "), La Belle Marseillaise (Pierre Berton, 3 mars 1905, " Caulaincourt "),  Les Aventures de Thomas Plumepatte (Gaston Marot, 19 mai 1905, " Maxwel "),  La Fleuriste des halles (Henri Demesse, 15 juin 1905, " Joseph "), La Bande à Fifi (Gardel-Hervé et Maurive Varret, 11 juillet 1905, " Ildefonse "), Crime d'un fils (Maurice Lefèvre, 8 septembre 1905,  " Tom Bluff "), Le Régiment (Jules Mary et Georges Grisier, 6 octobre 1905, " Poplard "), Les Deux Orphelines (Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon, 31 octobre 1905, " Du Presles "), La Grande Famille (Arquillière, 22 novembre 1905,  " Rondet "). Le succès de cette dernière pièce va se prolonger jusqu'à la fin du mois de février et Max Linder est même remarqué par Le Journal du dimanche : " M. Linder est tout à fait gentil et coquet dans le sous-lieutenant Rondet. " (Le Journal du dimanche, nº 3366, Paris, 3 décembre 1905, p. 781), Pour sa patrie (Marquis de Castellane, 2 mars 1906, " L'Abbé de Pradt ").

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Le sous-commandant Rondet (Max Linder) [2e à gauche]
La Grande Famille (1905)
L'Illustration Théâtrale, nº 22, 23 décembre 1905, p. 8 et 21
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Max Linder (" Rondet ")
© Maud Linder, Max Linder, p. 25
phot. P. Boyer, Max Linder (Caulaincourt), La Belle Marseille,
Le Théâtre, nº 152, Paris, Avril 1905 p. 19

Max Linder est engagé au théâtre Réjeane vers le mois de mai 1906 :

Le Challenge de Printania
Hier matin, à la Grande Roue, s'est disputé, pour la troisième fois, le challenge fondé et organisé par le professeur Dubois.
Le jeune artiste Max Linder, qui vient d'être engagé au théâtre Réjane, gagna pour la seconde fois cette épreuve avec 1 touche. Ce'st donc à la salle Baudry-Dufraisse que le challenge revient cette année...


L'Éclair, Paris, lundi 14 mai 1906, p. 4.

En effet, depuis son arrivée à Paris, l'acteur partage son temps entre la scène et l'escrime où il se fait remarquer à de nombreuses reprises. Il reprend sa nouvelle saison théâtrale dans la salle des Variétés dans  Miquette et sa mère et obtient un engagement :

Au théâtre des Variétés
M. Max Linder, que l'on a beaucoup remarqué au premier acte de Miquette et sa mère, vient de signer un brillant engagement avec M. Samuel.


Le Figaro, Paris, mercredi 14 novembre 1906, p. 4.

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Photo P. Boyer, Beurier (M. Max Linder)
VARIÉTÉS.-MIQUETTE ET SA MÈRE
Le Théâtre, Paris, nº 192, décembre (II) 1906,  p. 12.

Le succès aidant, Miquette et sa mère reste à l'affiche jusqu'à la mi-février. Ensuite, on retrouve Max-Linder dans La  Revue du Centenaire au début du mois de mars, puis dans la reprise de Miquette et sa mère à partir de septembre 1907, La Main droite (octobre 1907), Les Deux Écoles (janvier 1908), Passez muscade (janvier 1908), Le Roi (avril 1908)...

Son intérêt conjoint pour le théâtre et l'escrime le conduit à imaginer un nouveau modèle artistique dans ce qui est probablement sa première entrevue journalistique :

L'EPEE AU THEATRE
Allez Messieurs !
LE CHAMPIONNAT D'ÉPÉE DES ARTISTES. - UNE EXCELLENTE IDÉE
J'ai reçu la visite de Max Linder, qui est un excellent jeune premier comique aux Variétés en même temps qu'ils est un champion d'épée di primo cartello.
Linder a caressé, d'un geste sans cesse renouvelé, sa jeune moustache, et m'a développé une idée très originale que je veux livrer aux artistes pour qu'elle grandisse et aboutisse.
— Comœdia, m'a-t-il dit, a toujours prôné l'épée au théâtre, non seulement pour les pièces où se déploient les manteaux romantiques et les rapières des mousquetaires, mais encore parce que dans notre métier l'étude de l'épée nous donne du coup d'oeil, de la décision, et une présence d'esprit rapide.
A notre époque, ou la condition du comédien s'est relevée, bien de nos camarades se sont livrés à la pratique de l'escrime. Ils y trouvaient d'abord un dérivé puissant à d'âpres répétitions et à de fatigantes soirées, comme aussi un moyen certain d'affermir leur personnalité, de la fortifier par une science qui donne à la pensée de l'assurance, au muscle, de l'aisance robuste.
Et comme, tout compte fait, les artistes qui font de l'escrime sont plus nombreux qu'on ne le croit, pourquoi ne pas fonder pour eux une épreuve qui mettrait aux prises des acteurs comme Louis Gauthier, du Vaudeville ; Noté, de l'Opéra ; Jean Worms, du théâtre Réjane ; Meyer, de la Comédie-Française ; Caillard, de l'Ambigu; Juvenet, de la Renaissance ; Charlier, du théâtre Antoine ; Séverin-Mars, Paul Plan, du Gymnase ; Dechamp, Pierre Magnier, du théâtre Réjane ; Jean Dax, du Gymnase ; Rousselle, de la Renaissance, et une foule d'autres que cette manifestation ferait surgir.
— L'idée me paraît, en effet, très intéressante et mérite une large publicité. Mon cher Max-Linder, elle vous est acquise !
— Merci à Comœdia, me répond le jeune comédien. J'étais si sûr de son hospitalité que, d'avance, j'avais pris mes précautions. Aussi, suis-je très heureux d'annoncer à mes camarades du Théâtre lyrique et dramatique la fondation du Challenge des Artistes. L'épreuve qu'il comportera coïncidera avec la Grande semaine d'Epée des Tuileries. J'ai écrit à ces messieurs du Comité pour leur demander de nous céder, pour un jour qu'il restera à fixer, un coin sablé et couvert que leur obligeante hospitalité ne peut pas nous refuser. Je dote l'épreuve, continue le jeune champion d'épée, d'un bronze dont vous apprécierez la valeur. D'autres prix suivront.
Voilà l'idée ! Sa réalisation, comme vous le voyez, est certaine.
Voulez-vous annoncer que dès la publication de cet article le livre des inscriptions est ouvert, et que celles-ci devront parvenir à " Max-Linder, aux Variétés ".
— Comment donc, mon cher ami, mais je ne fais que cela !
Et voilà !
E. ROUZIER-DORCIÊRES.


Comoedia, Paris, mercredi 27 mai 1908, p. 2.

Ma Linder va réussir son pari et convainc H.-G. Berger d'organiser le Championnat d'épée des artistes.

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 " Les armes et le théâtre "
[Max-Linder, premier à gauche]
Comoedia, Paris, 6 juin 1908, p. 3.
" Max Linder, des Variétés, vainqueur du championnat des Artistes " 
La Culture physique
, nº 84, 1er juillet 1908, p. 1184

Les débuts de la carrière cinématographique (1905-1907)

Alors que Max Linder poursuit sa carrière au théâtre, il commence à interpréter des rôles pour le cinématographe. Il faut pourtant attendre 1908, pour pouvoir lire le premier article qui évoque cette seconde carrière :

Le mariage au Cinéma.
M. Max Linder, le jeune et excellent comédien des Variétés qui vient de se cesser brillamment premier avec zéro touche, dans le championnat des artistes, a souvent participé à des scènes cinématographiques. Des « bandes » où il figure ont défilé devant les yeux de milliers de spectateurs, à Paris, en province et même à l'étranger.
Or, un jour, il fut très surpris de recevoir, avec une lettre venue de Hongrie, une fort belle bague et un portrait.
C'était une jeune fille très riche qui assistant à une représentation de cinématographe, s'était prise d'admiration, sans le connaître, pour le jeune artiste et lui proposait un mariage.
Et M. Max Linder n'a pas répondu: oui, mais enfin, tout de même, il n'a pas encore dit: non.


Le Comoedia, Paris, lundi 8 juin 1908, p. 1.

Les nombreuses versions, souvent contradictoires, des débuts de Max Linder rendent délicate la possibilité d'avoir une vision précise et une compréhension globale. Le récit de la rencontre de l'acteur avec le cinématographe et sa chronologie ne sont pas réellement établis. Ci-après nous proposons une chronologie critique.

C'est papa qui a pris la purge ([Pathé], [1905])

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Le statut du film C'est papa qui a pris la purge est assez particulier. Il ne figure pas dans les catalogues Pathé, mais une copie a été conservée dans la collection Joye au National and Television Archive à Londres (BFI) sous le titre allemand : Der Kleine Schlaumeier [Le Petit Malin]. On peut consulter les informations le concernant sur le site du BFI qui en offre le résumé suivant :

Boy tricks his father into drinking castor oil. The latter is obliged to defecate in a series of unlikely places, to the evident disgust of members of the Parisian public. A mother obtains from the chemist some castor oil for her young son. The latter switches cups at breakfast, so that his father unwittingly drinks the medicine. The father becomes distressed while detained by a friend in the street, then manages to find a lavatory. He next relieves himself in some bushes, to the consternation of a courting couple on a park bench; in a news vendor's stall; and finally in a mortar at the chemist's, where the mother has returned with the son (296ft).

Henri Bousquet en propose l'argument suivant : 

Un petit garçon est malade. Le médecin lui prescrit une purge.L’enfant, subrepticement, donne son verre à son père. Celui-ci s’en va. En cours de route, il est forcé de faire quelques stations malodorantes. Ainsi, dans un parc, il est obligé de s’enfoncer dans un taillis derrière un banc sur lequel viennent s’asseoir deux amoureux lesquels s’enfuient bien vite indisposés par l’odeur. Au retour, le père force son garnement à ingurgiter sa purge.


Henri Bousquet, Catalogue Pathé, 1896-1906, Gif-sur-Yvette, 1996, p. 953.  

Ce film soulève quelques interrogations. D'une part le titre - dont on ignore l'origine précise - n'est jamais présent dans la presse française de l'époque, contrairement au titre de Louis FeuilladeC'est papa qui prend la purge (Gaumont) avec George Monca qui est fréquemment cité. Dans une scène similaire, on peut voir que le décor et les personnages de C'est papa qui a pris la purge et de C'est papa qui prend la purge ne sont pas les mêmes.

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C'est papa qui a pris la purge ([Pathé, [1905]) C'est papa qui prend la purge (Gaumont, 1906)

D'autre part le titre allemand Der Kleine Schlaumeier ne figure pas sur la base de données réalisée par Herbert Birett que l'on retrouve en ligne, The German Early Database  et qui répertorie tous les films distribués ou diffusés en Allemagne entre 1895 et 1911. Ces éléments et le fait que les catalogues Pathé ne le répertorient pas laissent planer quelques doutes sur ses origines. Ce qui semble acquis, c'est que le personnage assis sur le banc ressemble à Max Linder. Il faut donc admettre que ce film a été diffusé sous un autre titre. Dans la mesure où il n'existe pas non plus de coïncidence entre son résumé et l'argument d'un autre film, on est en droit de se demander s'il appartient bien au répertoire Pathé, même si l'on peut apercevoir un " coq " dans le décor de l'une des scènes.

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La datation reste également délicate. On peut toutefois remarquer que Max Linder n'a qu'un rôle très secondaire, ce qui plaiderait en faveur d'un tournage précoce, probablement en 1905. Un argument qui plaiderait en faveur de cette hypothèse serait la diffusion en Espagne d'un film dont le titre La buena purga [La bonne purge] renvoie directement au sujet du film, mais cela ne reste qu'un indice. Enfin, si ce film n'est pas cité par Max Linder, on pourrait y voir deux raisons : son rôle très secondaire et l'argument qui ne le met guère en valeur.

Première Sortie ou La Première Sortie d'un collégien (Pathé, juillet 1905)

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Première sortie (1905)
© Gaumont Pathé Archives 

Max Linder, qui est probablement intervenu, à plusieurs reprises, dans des petits rôles secondaires de la production Pathé ou d'autres éditeurs, a déclaré, à plusieurs reprises que Première Sortie - connu également sous le titre La Première Sortie d'un collégien - était son premier film où de fait il tient la vedette, même s'il confond l'argument avec celui des Débuts d'un patineur :

Lorsque je fus engagé aux Variétés je venais d'avoir 20 ans. C'est alors que je fis la connaissance de Lucien Nonguet qui me proposa de faire du cinéma, et qui me présenta chez Pathé où j'eus 20 francs par cachet.
Mon premier film, La Première sortie d'un collégien, me coûta beaucoup plus qu'il ne me rapporta. J'aplatis mon chapeau à haute forme et je perdis une paire de boutons de manchettes en or.
Puis je tournais Le premier Cigare d'un Collégien et Les Débuts d'un patineur. C'est alors que je pris le nom de Max Linder.


V. Guillaume-Danvers, "Max Linder, une belle carrière bien remplie et pleine d'avenir", Cinémagazine, nº 48, 8 décembre 1922, p. 329.

Ce que rectifie Coissac dans son Histoire du cinématographe :

"Mon premier film, dira-t-il un jour d'expansion sentimentale, fut la Première sortie d'un collégien ; mais celui dont j'ai gardé le plus cuisant souvenir a pour titre : les débuts d'un patineur ; il me coûta beaucoup plus qu'il ne me rapporta : comme c'était la première fois que je mettais des patins, je pris un formidable billet de parterre ; je déchirai mon pantalon, j'aplatis mon chapeau à haute forme qui m'avait coûté vingt-cinq francs et je perdis une paire de boutons de manchette en or !..."


Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe de ses origines à nos jours, Paris, Cinéopse/Gauthier-Villars, 1925, p. 415.

Les premiers souvenirs du comédien Fernand Rivers, lui-même acteur occasionnel, à ce moment-là, chez Pathé, corroborent ces témoignages, . Il conseille à Max Linder de prendre contact avec Lucien Nonguet :

Max Linder, qui n'était pas très doué pour le théâtre, avait compris, en une seconde, les effets comiques que l'on pouvait tirer d'une scène de cinéma.
- Mais Max, si tu veux en faire, vois Lucien, il te prendra sûrement.
Il vit Lucien qui le prit et sut le garder.


RIVERS Fernand, Au milieu des étoiles, Paris, Les Films Fernand Rivers, 1957, p. 27-28.

C'est donc Rivers qui l'aurait incité à rencontrer Nonguet.

Le sujet du film figure au catalogue de la société Pathé du mois de juillet 1905 :

Un jeune collégien, en veine d’une partie de plaisir, vient trouver papa pour lui demander de l’argent, celui-ci lui donne une pièce de vingt francs. Le jeune homme trouvant l’obole un peu maigre se retourne du côté de maman qui, plus compatissante, lui glisse un billet de banque. Content, il part et va rejoindre un de ses amis qui l’attend à la terrasse d’un café avec deux jeunes femmes.
Nous les retrouvons au restaurant, en cabinet particulier. Malheureusement leurs libations les ont poussés trop loin et tous deux s’endorment. Les femmes, en présence de compagnons si mal disposés, se sont sauvées les laissant seuls avec la note à payer.
Le garçon arrive avec l’addition et après s’être fait payer, il aide le plus valide à descendre le jeune collégien qui est hissé, non sans peine, dans un fiacre qui le reconduit à la maison paternelle.
C’est la nuit, il rentre à tâtons dans la salle à manger, bouscule la table encore servie et fait un tel vacarme que les parents réveillés par le bruit accourent pour recevoir leur enfant, incapable de fournir des explications, pour le moment du moins.

Par ailleurs le film a été conservé et se trouve dans les collections Pathé. En outre, dès le mois de juillet 1905, cette vue est diffusée en France, ce qui situe le tournage dans les semaines qui précèdent.

Rencontre imprévue (Pathé, août 1905)

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Rencontre imprévue figure au catalogue de la société Pathé (août 1905) où se trouve un résumé de la vue :

Le père et le fils sont dans leur cabinet de travail. Ils ont chacun un rendez-vous d’amour et chacun voudrait sortir à l’insu de l’autre.Le fils se décide enfin à prendre congé et arrive chez sa maîtresse qui commençait à s’impatienter.
Il n’est pas plus tôt couché que la bonne entrant en coup de vent dans la chambre, annonce l’arrivée du Monsieur sérieux de Madame.
La jeune femme ne trouve rien de mieux que de se sauver laissant les deux hommes se débrouiller.
Cependant, le vieux, voyant quelqu’un dans le lit, ne doute pas un seul instant que ce ne soit l’objet de son amour, se déshabille à la hâte, pénètre dans le lit, tandis que le fils d’un bond, saute au milieu de la chambre et se sauve emportant les premiers effets qui lui tombent sous la main. Le vieux, tout ahuri, et qui n’a pu voir le visage de son rival, revêt ce qui reste et se lance à la poursuite du jeune homme qui essaie vainement de faire aller des vêtements trop amples pour lui.
Reconnaissant son fils ainsi accoutré, sa colère tombe pour faire place au plus franc éclat de rire et ils s’en vont bras dessus, bras dessous.

Le film est distribué au cours de l'été-automne 1905. Il n'a pas été revendiqué par aucun metteur en scène de chez Pathé-Frères.

Les débuts d'un collégien (Théophile Pathé, hiver 1905-1906)

Les Débuts d'un collégien est un film dont on ne connaît l'existence que grâce aux biographies dactylographiées de Suzanne Pathé, fille de Théophile, frère de Charles Pathé.  évoque avec détails la collaboration entre Max-Linder et son père, celui qui, selon elle, l'aurait découvert. Le texte mérite d'être cité dans son intégralité, car il offre un témoignage unique :

Tandis qu'à Berlin je perdais cet excellent client, qui devint un réel concurrent, nous perdîmes à Paris notre " comique " attitré celui qui, grâce à son talent, mais aussi à son sens de la valeur de la publicité, devait devenir le premier acteur de cinéma auquel fut conféré, en Europe, le titre de " VEDETTE ".
Ce fut  Max LINDER.
La partie technique de la fabrication bien organisée, libéré par ma mère de la partie commerciale, mon père, à Paris devenu son propre metteur en scène et scénariste était obligé de ce fait, d'engager lui-même les acteurs dont il avait besoin, il était allé, un soir, voir un comédien qui lui avait été signalé comme susceptible de lui convenir, ce qui n'avait pas été le cas. En revanche, il avait remarqué le jeu d'un jeune comparse dont la mimique l'avait frappé. Le rideau baissé sur ce dernier acte de la pièce, il était allé proposer au jeune homme de venir tenter sa chance dès le lendemain sur notre théâtre de prises de vue, Avenue Gambetta, moyennant six francs du cachet, frais de transport et le déjeuner payés.
" Je suis metteur en scène pour le cinématographe, je vous emploierai dans un film dont le sujet vous sera expliqué sur place, avait précisé mon père".
Le jeune artiste avait accepté, écoutant à peine les précisions fournies par son futur employeur, à savoir qu'il ne s'agirait pas de tenir un rôle dans un drame, mais simplement dans une scenette bouffonne.
Max Linder, nom de guerre du futur acteur de cinéma, était ce que l'on qualifiait alors : " Fils de famille " !
Né le 16 décembre 1883 à Saint Loubès, Gironde, il avait presque 22 ans à l'époque que je relate. Imbu de théâtre, il avait suivi avec succès les cours du Conservatoire de Bordeaux. Puis, contre la volonté de ses parents, qui lui avaient alors coupé les vivres, il était venu bravement tenter sa chance à Paris.
Malheureusement, ou, peut-être heureusement pour lui, Max Linder ne possédait aucun des attributs fondamentaux qui eussent pu lui permettre de jouer les grands amoureux romantiques, rôles auxquels il croyait pouvoir prétendre.
Brun, petit, de complexion faible, son physique mais aussi sa voix de fausset lui enlevaient toute possibilité d'arriver au but qu'il s'était tracé. Malgré son intelligence et son réel talent de comédien, il avait le défaut qu'ont ordinairement ceux qui en sont dépourvus.
Mon père jugeant mieux que Max Linder son talent et son apparence avait décidé, en le voyant, de lui faire jouer du comique.
Le premier film dont la future vedette fut le héros n'eut que 55 mètres de longueur et comme on ne se souciait pas encore de faire connaître au public - qui n'en demandait pas tant - les noms des artistes, du scénariste, du metteur en scène, de l'opérateur, du décorateur, du dessinateur des costumes etc., ce film, resté célèbre à juste titre, ne fut annoncé, comme tous les films d'alors, que par son titre:" LES DEBUTS D'UN COLLEGIEN ".
Ce collégien on le voyait flânant aux corneilles déam­bulant tout en sifflotant dans une rue tranquille ou, levant la tête, il apercevait une " aimable personne ", accoudée sur la barre d'appui de sa fenêtre et lui faisait signe de monter la voir !
Une fois dans le boudoir de la belle, il s'y montrait trop réservé au goût de cette dernière. Pour le mettre à l'aise, elle lui offrait quelques bonbons qu'il acceptait. L'offre d'une cigarette suivait, que le collégien refusait timidement. La jeune femme faisait alors mine de comprendre que c'était sans doute un cigare que son invité préférerait. N'osant alors la détromper ni refuser une seconde fois, le potache acceptait bravement. Une scène hilarante s'en suivait au cours de laquelle l'apprenti fumeur s'enhardissait puis, satisfait du résultat de son courage, prenait des allures de conquérant et faisait mine d'apprécier le gros havane en connaisseur.
Hélas, un malaise ne tardait pas à se faire sentir. Le malheureux collégien passait par toutes ses phases sans pouvoir, malgré ses efforts, le dissimuler finalement.
Tous ceux présents à la prise de vue avaient applaudi spontanément.
Ce succès incita mon père à faire travailler souvent Max LINDER. Il devint notre comique attitré. Au reste, attentif, ne reculant devant aucune difficulté d'exécution, intelligent, l'artiste, pour son plus grand profit et le nôtre, suivait volontiers les directives et les conseils de son metteur en scène: mon père.
" Tu es photogénique, tu as compris comment il fallait jouer pour l'écran, tu es agile et as un véritable talent de comique, oublie le drame prends des leçons de boxe, d'escrime et d'acrobatie, lui conseilla mon père, cela me donnera la possibilité de te faire jouer des scenarios sortant de l'ordinaire et de te rémunérer encore plus largement ".
La majorité des films comiques tournés avec Max LINDER furent des succès. Ils le furent au point d'attirer l'attention de nos concurrents en particulier celle de Pathé-Frères dont Max LINDER, passant au rang des transfuges, accepta les propositions, sans en parler préalablement à mon père.
Suivant les pratiques du temps, les nouveaux patrons firent refaire à l'artiste bon nombre des films tournés pour Théophile Pathé, en commençant par son tout premier film : " LES DEBUTS D'UN COLLEGIEN " qui devint: "LE PREMIER CIGARE".
Je vis un jour ce plagiat chez un nouveau client que j'allai solliciter. Une scène familiale avait été ajoutée au scénario original et le boudoir de la jeune femme avait été remplacé par un cabinet particulier dans un grand restaurant.
Je trouvai que la nouvelle version n'avait pas gagné au change, mais, peut-être, étais-je mal placée pour en juger objectivement !
Enfin, de succès en succès, quatre ans plus tard, devenu conscient de sa valeur commerciale Max LINDER exigea de son second employeur : Charles Pathé, un contrat lui garantissant 150 000 francs par an, ce que mon oncle, conscient également de ce que les films de Max LINDER lui avait rapporté, lui consentit sans hésiter, achetant à ce prix MIRIFIQUE pour l'époque, les services de la première vedette mondiale de l'écran.
Premier aussi en cela, Max LINDER ouvrit à Paris son propre cinéma sur les boulevards et lui donna son nom, démontrant ainsi qu'il n'était pas seulement un comédien accompli, mais aussi un hommes d'affaire avisé, sachant gérer ses biens et connaissant la force et l'importance de la publicité.
Je ne rencontrai, quant à moi, Max LINDER à nouveau que peu de temps avant sa mort, en 1924, presque 20 ans après ses débuts sur le plateau de notre primitif théâtre de l'Avenue Gambetta.
Hélas, n'ayant plus toutes les faveurs du public, les fabricants de films ne se le disputaient plus.
Son ancien employeur, mon oncle Charles, dont il était venu solliciter l'appui pour un projet commercial, un jour que je me trouvais incidemment auprès de lui, ne cacha pas devant moi, à Max LINDER, son manque total d'intérêt aussi bien pour sa personne que pour sa proposition. Mon ressentiment se dissipa subitement en voyant cet homme vieilli, fatigué, inquiet souffrant même physiquement à ce qu'il me parut.
Comme mon oncle, oubliant momentanément que je connais­sais Max LINDER de plus longue date que lui, me présentait l'artiste je vis que ce dernier paraissait me reconnaître sans toutefois parvenir à me situer exactement dans sa mémoire, m'avançant vers lui et lui tendant la main, je lui dis alors :
" Mon oncle n'avait pas à nous présenter Mr. LINDER, je suis la fille de Théophile Pathé. Je suis très heureuse de vous ren­contrer à nouveau ! "
Fut-ce l'effet du souvenir subit de ses heureux débuts ? Il me sembla que le visage de l'artiste s'éclairait tout-à-coup et qu'il rajeunissait en me serrant la main !


Suzanne Pathé, Souvenirs ensoleillés d'une éducation à l'américaine, mémoires, [1964], manuscrit, p. 369-375

Les témoignages restent des outils précieux pour l'historien, mais ils doivent être soumis à un examen critique.

La première question qui se pose concerne la date de tournage que Suzanne Pathé situe, dans sa remarque " ... en 1924, presque vingt ans après ses débuts ", vers  1905 ou 1906. Pour affiner la datation, nous disposons de deux autres indices :
— Le film Erstes Liebesabenteuer eines Studenten [Première histoire d'amour d'un étudiant], du répertoire Théophile Pathé, est proposé à la vente ou à la distribution, en Allemagne, en 1906. Il pourrrait bien s'agir du même film.
— Le titre Les Débuts d'un collégien est projeté en mars 1906, à Saint-Quentin.
Ces éléments pourraient accréditer l'idée un tournage à l'hiver 1905-1906.

La deuxième question  porte sur les déclarations de Suzanne Pathé qui laissent entendre que les films qu'aurait tourné Max Linder pour la compagnie Théophile Pathé seraient antérieurs à ceux réalisés pour Pathé-Frères. Il convient de nuancer ces propos ou, au moins, de les préciser. Nous savons que Max Linder de 1904 à 1908 continue d'avoir une activité théâtrale régulière et que ses interventions au cinéma restent occasionnelles, surtout en 1905 et 1906. À cette époque, comme d'ailleurs le déclare l'acteur à plusieurs reprises, il travaille au " cachet " et à ce titre, il n'est lié à aucun éditeur de films, ce qui n'est pas le cas pour ses activités théâtrales puisqu'il intègre successivement les troupes de l'Ambigu, du théâtre Réjane et du théâtre des Variétés. On peut donc penser que Max Linder travaille autant pour la compagnie Théophile Pathé que pour Pathé-Frères sans qu'il y ait une réelle antériorité de l'un sur l'autre.

Toutefois dans le cas des Débuts d'un collégien, certains points méritent d'être éclaircis concernant le " plagiat " dont parle Suzanne Pathé. Il existe en effet plusieurs films portant le même titre, preuve du succès de ce thème à l'époque :

— Le Premier Cigare du collégien (1902) avec Albens (Pathé-Frères);

— Premier Cigare d'un collégien (1903) avec Félix Galipaux (Pathé-Frères);

— Le Premier Cigare d'un collégien (1908) avec Max Linder  (Pathé-Frères).

Si les deux premiers films sont antérieurs - et probablement avec un argument différent - à celui de Théophile PathéLes Débuts d'un collégien, tourné en 1906, ce dernier a bien pu inspirer en revanche, le film de 1908. C'est ce que semble montrer la lecture du résumé du premier et le visionnage du second. Dès lors, la version de Suzanne Pathé, au sujet d'un plagiat, est tout à fait recevable. Il existe par ailleurs un document qui conforte l'idée d'une collaboration entre Théophile Pathé et Max-Linder : une carte postale reproduite dans l'ouvrage de Maud Linder sur son père où figure le logotype de la marque " Théophile Pathé " : une abeille.

Lèvres collées (1906)

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Lèvres collées figure au catalogue de la société Pathé (novembre-décembre 1906) où se trouve un résumé de la vue :

Il ne faut pas croire que tous les produits du gouvernement sont défectueux, comme ses allumettes par exemple. Quelle erreur ! Ainsi la colle de ses timbres adhère merveilleusement. Voyez plutôt ce qui arriva dernièrement dans un bureau de poste du 18e.
Madame entre avec Victoire, sa femme de chambre dans un bureau de poste et se met en devoir d’affranchir un volumineux paquet de lettres. Madame craint les microbes et se sert de la langue de la pauvre Victoire, comme de tampon. Intéressé, un Monsieur, derrière elles, suit le manège et guette la jeune bonne d’un air émoustillé.Ce Monsieur, qui lui veut du bien, s’avise que cette grande bouche fraîche pouvait servir à un autre usage et, l’opération terminée, y applique un baiser prolongé. Mais, ô stupeur ! la colle avait pris et il ne fallut pas moins des efforts combinés des spectateurs pour les dégager. Tout le bureau vous le dira.

Le film est distribué au cours de l'automne-hiver 1906. Il n'a pas été revendiqué par aucun metteur en scène de chez Pathé-Frères

Les Débuts d'un patineur (Pathé, < mars 1907)

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Les Débuts d'un patineur (1907)

Les Débuts d'un patineur constitue le premier grand succès de Max Linder. Il sort sur  les écrans parisiens à la fin du mois de mars 1907. Plusieurs versions existent sur l'origine et  le tournage de ce film, et d'abord celles de l'acteur lui-même : 

Lorsque je fus engagé aux Variétés je venais d'avoir 20 ans. C'est alors que je fis la connaissance de Lucien Nonguet qui me proposa de faire du cinéma, et qui me présenta chez Pathé où j'eus 20 francs par cachet.
Mon premier film, La Première sortie d'un collégien, me coûta beaucoup plus qu'il ne me rapporta. J'aplatis mon chapeau à haute forme et je perdis une paire de boutons de manchettes en or.
Puis je tournais Le premier Cigare d'un Collégien et Les Débuts d'un patineur. C'est alors que je pris le nom de Max Linder.


V. Guillaume-Danvers, "Max Linder, une belle carrière bien remplie et pleine d'avenir", Cinémagazine, nº 48, 8 décembre 1922, p. 329.

La chronologie est assez imparfaite. Lucien Nonguet, à partir de 1903, est en effet un "rabatteur" dont la mission est de chercher de nouveaux talents pour la maison Pathé. Quant à Max Linder, il est encore à l'Ambigu lorsqu'il tourne La première sortie d'un collégien (1905). Au moment du tournage des Débuts d'un patineur, il est au théâtre des Variétés.

Un autre article offre nombre d'informations complémentaires sur le tournage du film.  Le premier est publié dans Comoedia, en mars 1925

Mais cela ne faut peut-être pas mes débuts de patineur, qui furent mes débuts au cinéma.
Un charmant garçon, Louis Gasnier, actuellement metteur en scène en Amérique, vint un jour à l'Ambigu et me dit :

- Veux-tu faire du cinéma ?
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- C'est dans le genre du théâtre, à cela près que tu joues devant un appareil. Tu viens. Tu fais des blagues. tu auras vingt francs. Habille-toi bien : haut-de-forme, gants, perle, vernis. Je ne sais pas exactement ce que tu feras, mais très probablement ce sera un jeune mondain faisant sa cour à une jeune fille.
La nuit qui suivit cette conversation, il gela à pierre fendre. Le lendemain matin, lorsque nous arrivâmes au studio de Vincennes, Louis Gasnier me dit : " Nous avons trouvé un sujet épatant : Le lac du bois de Vincennes est gelé. Tu vas tourner les débuts d'un patineur."
- Mais, mon vieux, je ne sais pas patiner.
- Ce sera beaucoup plus drôle ! affirme-t-il.
On me met des patins, on me lance sur la glace, sans que j'aie eu le temps de changer de costume. Vous dire ce que j'ai fait, je l'ignore. J'essaye de me tenir debout. Mais mon chapeau tombe. Je veux le ramasser, je perds l'équilibre et m'affale sur mon chapeau. A quatre pattes, marchant sur les genoux, je quitte la glace et regagne la terre.
Je dis à Gasnier.
- Tout ce que tu voudras, mais pas de patinage.
Il répond :
C'est fini. Nous avons tourné ta chute. Ce sera très comique.
En effet, le film parut et fit beaucoup rire - à mes dépens.
Je puis dire " à mes dépens " puisque je n'avais qu'un cachet de vingt francs et que j'avais plus de quatre-vingts francs de dégâts - en ce temps-là, un haut de forme coûtait vingt-cinq francs; ma jaquette était déchirée et j'avais perdu mes boutons de manchettes.
Depuis lors, mes cachets au cinéma m'ont permis de ne pas regretter l'état où j'ai dû mettre mes habits.
Ce film-là Les débuts d'un Patineur es projeté à Chamonix depuis plus de vingt ans. On le montre au public pour qu'il voie ce qu'il ne faut pas faire.


Comoedia, Paris, 6 mars 1925, p. 4. 

À ces deux versions de l'acteur, il faut y ajouter une troisième proposée par Georges Fagot qui arrive alors chez Pathé :

Son premier grand succès, celui qui devait décider de sa fortune, Max Linder le dut à une circonstance toute fortuite.
Un matin d’hiver, en arrivant aux studios de la rue du Bois, Albert Capellani nous dit :
— Le lac de Saint-Mandé est gelé ! C’est l’occasion ou jamais de tourner une scène de patinage.
— Oui, approuve Zecca, mais quelque chose de drôle. Prenons quelqu’un qui patine mal.
— Ou qui ne sache pas patiner du tout, reprend Capellani.
— Et de chic, pour que ce soit plus ridicule, ajoute encore Zecca.
Et tout à coup, se frappant le front :
— Parbleu ! Il nous faut Max Linder !
Ce fut épique. Max, en escarpins, pantalon rayé, jaquette et haut de forme, ramassait des bûches invraisemblables. Il n’avait pas besoin de feindre le désarroi : il n’avait jamais mis une paire de patins de sa vie !
Les débuts d'un patineur connurent une vogue inouïe, et dès lors la faveur du public ne quitta plus Max Linder.


 Francis Ambrière, " Les souvenirs de Georges Fagot ", L'image, 1re année, nº 30, 1932, p. 28.

Certaines de ces déclarations méritent des éclaircissements et des rectifications :
- Lorsque Max Linder tourne le film Les débuts d'un patineur (hiver 1906-1907), il fait partie de la troupe du théâtre des Variétés ;
- L'idée de faire patiner Max Linder sur le lac de Vincennes (autrement appelé lac de Saint-Mandé) semble plutôt collective : Albert Capellani, Ferdinand Zecca, Georges Fagot et Louis Gasnier. On peut penser que les décisions de tournages étaient plutôt collectives sous la responsabilité de Ferdinand Zecca.

Idée d'apache (Pathé, < mai 1907)

Film attribué à Lucien Nonguet. Catalogue Pathé mai 1907.

La Légende de Polichinelle  (Pathé, < juin 1907)

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La Légende de Polichinelle (1907)

Polichinelle - catalogué sous le titre La Légende de Polichinelle - est un film tourné avant juin 1907 dont le résumé est le suivant :

Polichinelle est un automate amoureux d’une très jolie poupée qui se trouve dans le même magasin. La poupée est achetée et emmenée mais avec l’aide d’une bonne fée, Polichinelle les suit et après quelques merveilleuses aventures arrive à la maison de l’acheteur à temps pour sauver sa bien aimée de la mort par le feu - ce qui donne lieu à une très belle scène d’incendie. Une autre très jolie scène est celle au cours de laquelle Polichinelle lâche des tables sur deux hommes qui l’ont suivi pour le ramener à la boutique : les deux hommes entrent dans une auberge ; Polichinelle est caché dans l’horloge. D’un coup de sa baguette magique, il pousse la table et enlève les chaises de dessous les deux hommes épouvantés.


Henri Bousquet, Catalogue Pathé, 1907-1993, Gif-sur-Yvette, 1996, p. 25.

L'auteur de Polichinelle est Ferdinand Zecca, l'un des responsables de chez  Pathé de l'époque :

J'en ai tourné beaucoup pour les enfants, et je me souviens encore avec plaisir des Sept châteaux du Diable, qui remontent à 1901. Quatre ans plus tard je fis un bande consacrée à Polichinelle : ce fut le premier rôle de Max Linder à l'écran.


Francis Ambrière, " Les souvenirs de Ferdinand Zecca ", L'image, 1re année, nº 13, 1932, p. 30.

polichinelle zecca
"Polichinelle"
Francis Ambrière, " Les souvenirs de Ferdinand Zecca ", L'image, 1re année, nº 13, 1932, p. 28.

Un autre collaborateur de Pathé, Georges Fagot, confirme, en partie, la déclaration de Ferdinand Zecca : 

La popularité de Max Linder fut immense, mais il ne l’obtint pas sans peine. Il était riche et faisait un peu figure d’amateur dans les milieux artistiques. Toujours très chic, très à la mode, on l’engageait pour faire le jeune homme du monde idéal. Le père Grisier l’employait à l’Ambigu parce qu’il ne coûtait pas très cher. Au cinéma, à part le film Polichinelle où Zecca lui avait donné un rôle important, il ne brillait pas plus que ses camarades.


Francis Ambrière, " Les souvenirs de Georges Fagot ", L'image, 1re année, nº 30, 1932, p. 27-28.

On pourrait déceler une certaine ambiguïté lorsque Zecca dit qu'il s'agit " du premier rôle de Max Linder à l'écran ". Il faut évidemment comprendre son premier rôle de composition. Le film, qui est conservé en partie, a été parfois abusivement attribué à Albert Capellani ou à Lucien Nonguet. . Le film sort au Cinématographe Pathé (Paris) le 13 juin.

Un drame à Séville (< août 1907)

Film attribué à André Heuzé. Ce film figure parfois dans les filmographies sous le titre de La mort d'un toreador.

 Les autres productions attribuées (1905-1907)

Les filmographies de Max Linder (1905-1909) évoquent d'autres titres :

— Le Pendu (1906) : titre d'une scène ciné-phonographique interprétée par Adolphe Maréchal.
— Le Poison : titre absent des catalogues Pathé.
— Les Contrebandiers : titre absent des catalogues Pathé (1905-1909)
— Une mauvaise vie : titre absent des catalogues Pathé.
— Sganarelle : titre absent des catalogues Pathé.
— La Très Moutarde : titre absent des catalogues Pathé. La "Très Moutarde" est une expression pour désigner une jeune fille revêche. En 1913-1914, c'est une danse à la mode. 

Ce n'est qu'en 1908 que la presse, sans doute pour la première fois, fait allusion à ses talents d'acteur de cinéma, à l'occasion de la " Fête du Théâtre et des Usines du Cinéma-Pathé frères " :

[...] Succès particulier pour Max Linder, qui commença une scène sur l'écran pour la finir sur... la scène.


Comoedia, Paris, 5 juillet 1908, p. 2.


 Après... (1908-1925)

Si Max Linder continue encore pendant quelque temps à faire des apparitions sur les scènes parisiennes, il oriente clairement sa carrière vers le cinématographe. Il tourne pour Pathé de nombreux films et devient, dès 1910, une vedette internationale (The Tatler, Londres, 3 novembre 1909, p. 14). Son personnage de dandy se met en place avec toute une série de films tels que Max fait du ski (1910), Max se trompe d'étage (1910), Les Débuts de Max au cinématographe (1910)... Il s'engage comme volontaire lors de la 1re Guerre Mondiale et une fausse nouvelle annonce hâtivement sa mort. En 1916, il part pour les États-Unis pour tourner quelques films pour la Essanay dont Max comes across (1916). Il rentre en France, en 1917 et inaugure, en 1919, son cinéma le " Max Linder ". Pourtant, dès le mois de novembre de 1919, il revient aux États-Unis. C'est à Hollywood qu'il va tourner ses longs métrages et pour cela il crée sa propre production, Max Linder Productions. Après Seven years bad luck [Sept ans de malheur, 1921], il tourne The Three must-get-theres [L'Étroit Mousquetaire, 1922]. De retour en France, il s'éprend de Ninette Peters, une très jeune femme qu'il épouse en 1923. La dégradation de sa vie conjugale, perturbe le tournage du Roi du cirque (1924). Max Linder et son épouse se donnent la mort en 1925.


Sources

Max Linder, http://www.maxlinder.de/startdeutsch.htm

BOUSQUET Henri, Catalogue Pathé des années 1896 à 1914, Bassac, Impr. Plein Champ, 1993, 256 p.

COISSAC Guillaume-Michel, Histoire du cinématographe de ses origines à nos jours, Paris, Cinéopse/Gauthier-Villars, 1925, 604 p.

LINDER Maud, Les Dieux du cinéma muet Max Linder, Paris, Édition Atlas, 1992, 146 p.

NOËL Édouard et Edmond STOULLIG, Les Annales du théâtre et de la musique, Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1905, 470 p. 

PATHÉ Suzanne, C'était hier seulement. Ma famille et le début du cinématographe. Mémoires, s.d, manuscrit, 181 p.

PATHÉ Suzanne, Souvenirs ensoleillés d'une éducation à l'américaine, mémoires, [1964], manuscrit, 376 p.

RIVERS Fernand, Au milieu des étoiles, Paris, Les Films Fernand Rivers, 1957, 200 p.

3

1905

C'est papa qui a pris la purge (Pathé)

Première Sortie (Pathé)

Rencontre imprévue (Pathé)

1906

Les Débuts d'un collégien (Théophile Pathé)

Lèvres collées (Pathé)

1907

Les Débuts d'un patineur (Pathé)

Idée d'apache (Pathé)

La Légende de Polichinelle (Pathé)

Un drame à Séville (Pathé)

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