Gaston, Victor BRETEAU

(Paris, 1859-Montreuil, 1909)

bretteau 

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Gaston, Victor Breteau (Paris 11e, 31/03/1859-Paris 10e, 19/10/1909), fils reconnu d'Aglaé, Eugénie, Sophie Breteau (Orléans, 17/05/1833-≤ 1909) épouse (Paris 10e, 10/05/1890) Sabine Roukens (Tournai, 15/01/1862-) dont il divorce (Paris, 23/01/1904).

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Gaston Breteau exerce la profession de sertisseur, au moment où il est appelé sous les drapeaux. Il intègre le 16e régiment de dragons, le 14 novembre 1880. Il est déclaré déserteur, le 23 avril 1881. Condamné, le 28 juillet 1881,  à trois ans d'emprisonnement, il passe finalement dans la réserve de l'armée active le 13 février 1888. Il commence sa carrière d'acteur et mime au début des année 1890. Son nom apparaît à partir de 1894, où il joue le rôle de De Baranty dans Fée printemps, drame nouveau en cinq actes et huit tableaux de Jules Mary, à l'Ambigu-Comique (novembre 1894). Il va dès lors multiplier les seconds rôles dans un grand nombre de pièces de théâtre. Il fait la rencontre de Georges Hatot, en 1894, au Théâtre des Menus Plaisirs et il connaît par ailleurs, Fermin Germier, une figure importante du théâtre de la fin du XIXe siècle. Au retour d'Allemagne du metteur en scène, Antoine, qu'Hatot a connu au Théâtre Libre, les deux amis tentent leur chance et rentrent à l'Odéon comme chefs de figuration, en 1895-1896. Ils touchent, chacun d'eux 50 ou 60 francs, par tête de figurant. On le retrouve dans des pièces comme Halifax (1896), Le Fils naturel (1896) et Plutus (1896) d'Aristophane, où il côtoie  Georges Hatot.

Lumière (août/septembre 1897)

Si au cours de l'année 1896, le cinématographe Lumière a privilégié pour l'essentiel les vues générales (documentaires), l'année 1897 voit se développer les genres. Pour ce faire, une équipe, dirigée par Alexandre Promio, se retrouve à Paris où des vues " historiques " vont être tournées en août-septembre. Georges Hatot et Gaston Breteau s'adressent à Mme Lafont, directrice du Grand-Café et du Cinéma de la Porte St-Martin, pour proposer leurs services. Voici comment s'organise l'équipe qui va donc tourner toute une série de films pour Lumière :

Hatot et Brotteau [sic] [...] apportaient le sujet, les acteurs, la mise en scène, le jeu, les décors, les costumes. Mme Lafond [sic] donnait l'opérateur, la pellicule, les développements.


Cinémathèque Française, Georges Hatot : notes pour la CRH, CRH63-B3

Georges Hatot et Gaston Breteau vont être conduits, comme des terrassiers, à niveler un terrain, impasse Montfaucon :

M. LANGLOIS : C'était où, à Montmartre ?
M. HATOT : Maintenant, ça s'appelle rue Édouard Pailleron. Cela s'appelait impasse Monfaucon. Dans le fond de l'impasse Monfaucon, était une vacherie et le vacher avait affermé toutes les vieilles buttes pour faire paître ses vaches. Comme moi j'était du quartier, quand on a demandé s'il fallait tourner alors, j'ai été trouver le copain vacher. Il m'a répondu : " prends ce coin-là. " C'était le coin qui touchait au mur. C'est là que nous avons nivelé le terrain. On pouvait fermer la porte, parce que pour rentrer dans les buttes, il y avait une porte. Notez que tous les gosses du pays sautaient par-dessus les murs pour venir jouer dans les vieilles buttes. Ils sautaient en maraude.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 18.

C'est en effet au 12, impasse Montfaucon que se trouve la laiterie " Courson ". Avec son complice Georges Hatot, ils se chargent également de trouver, pour les tournages, des décors et des costumes qu'ils récupèrent dans une brasserie-concert, le théâtre des Fantaisies-Nouvelles (32, boulevard de Strasbourg, Paris 10e) :

Nous avions les décors du théâtre des " Fantaisies Nouvelles " qui venaient avec des voitures à bras. C'était Beauvais qui traînait avec la voiture à bras et qui était souffleur de l'Odéon c'était un ancien cabot. On montait les décors. Pendant ce temps-là, on allait cherche les costumes. Les acteurs arrivaient. On les habillait. Notez que Breteau comme moi, nous ne savions pas ce que nous faisions. Nous ne savions pas ce qu'était l'intérieur de l'appareil. Après, Breteau, s'est trè bien éduqué.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 18.

Hommes à tout faire, Georges Hatot et Gaston Breteau se forment ainsi aux différents métiers du cinématographe naissant, des sortes de " régisseurs " comme l'écrit Hatot. Tout cela se fait sous la responsabilité d'Alexandre Promio :

L'idée initiale était d'animer les tableaux du Louvre. Hatot et Brotteau [sic], pour un prix forfaitaire de X... francs par film, 800 frs pour Les Dernières Cartouches, apportaient le sujet, les acteurs, la mise en scène, le jeu, les décors, les costumes. Mme Lafond donnait l'opérateur, la pellicule, les développements. Les décors venaient du Concert des Fantaisies Nouvelles. Les acteurs étaient embauchés dans les cafés de la Porte St. Martin. Hatot et Brotteau qui s'étaient fait un nom furent sollicités eux-mêmes conditions par Jolly, Normandin.


Cinémathèque Française, Georges Hatot : notes pour la CRH, p. 2.

L'équipe ainsi constituée, avec l'aide d'acteurs occasionnels, va réaliser quelques films de reconstitution historique dont La Mort de Marat, qui vont plaire aux patrons de Monplaisir :

Quand on a fait ces trois films-là, c'est Messieurs Lumière qui les avaient reçus. Cela leur a beaucoup plu. Lumière a dit : " Dites-leur de faire du comique ". J'ai donc tourné : " les colleurs d'affiches ", " Les Tribulations d'une concierge ", " L'Infirmerie au régiment ", et là Lumière m'a fait dire : " nous allons passer par Paris. Je vais voir vos baladins " avait-il dit à Madame Lafond. Nous allons attendre le retour de Bromiaud [Promio] qui était en Russie ? Quand Bromiaud (Promio) est arrivé, il disait "on tourne demain ". Je lui répondis : " non, après-demain " Moi, il m'en faut. Faites en trois, quatre tous les jours. Nous ne demandions que cela parce ça nous rapportait. On tapait là dedans.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 17.

On peut estimer à plus de 25 films le nombre de vues animées tournées par l'équipe dirigée par Alexandre Promio, au cours de cette période. Quant à Georges Hatot, il est appelé sous les drapeaux et rejoint son corps, le 128e régiment d'infanterie, le 13 novembre 1897. Avant de repartir pour finir son service militaire, les deux hommes signent un contrat avec Léon Gaumont ayant pour objet le tournage de vues animées. Peu après, Breteau rencontre Promio qui lui propose de tourner une Passion :

M. HATOT. [...] À ce moment-là, il se cogne dans Bromiaud [Promio] qui était à Paris et qui lui demande ce qu'il faisait. " Je viens de faire une affaire avec Gaumont. " Il raconte la petite histoire.
- Où est Georges ?
- Il est reparti au régiment. Nous voudrions bien faire un film. Est-ce que vous pourriez nous faire " La Passion " ?
- Je veux bien faire " La Passion ", répondit-il.
Comme il lui fallait quelqu'un, il vient chercher mon frère. Même mon frère qui était un gosse, était un appui pour lui, et alors il a fait la première Passion qui s'est faite.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 21.

Gaumont ([avril]-[octobre] 1898)

Par rapport à Lumière, le Comptoir Général de la Photographie est, alors, en retard en termes de production cinématographique et ne dispose pas d'un réseau d'opérateurs à l'instar de la maison de Monplaisir. Léon Gaumont est donc en quête de collaborateurs disposés à tourner des films pour lui. C'est à l'occasion d'une permission obtenue par Georges Hatot, vers les mois d'avril-mai 1898, que Gaston Breteau lui propose de rencontrer Gaumont afin de signer un contrat. Si l'on en croit Hatot, cet accord peut être conclu parce qu'il s'engage à verser une somme de 2000 frs : 

M. HATOT : Quand Gaumont a fait les premiers films, voici comment ça s'est passé : j'étais au régiment et j'ai obtenu une permission de 30 jours, ayant fait déjà dix [sic] mois. Breteau vient me voir et me dit : " Si vous voulez, il y a une affaire à faire avec Gaumont. " 
- Qui est Gaumont, lui répondis-je ?
- " C'est une maison qui veut faire du Cinématographe, c'est un photographe, un marchand d'appareils photographiques.
- Allons le voir.
Nous allons chez Gaumont rue St Roch, où Mlle Alice était la dactylographe dans un bureau de Gaumont. Elle ne s'occupait pas de cinéma.
Mme MUSIDORA : Vous êtes le premier acteur de métier arrivant dans le Cinéma.
M. HATOT : Gaumont dit : " moi je ne veux pas mettre d'argent. " Breteau était toujours fauché. Qu'est-ce qu'il faudra faire. " Nous allons étudier l'affaire avec Breteau. " J'ai étudié l'affaire avec Breteau. Dans ce programme, nous pouvions faire avec 2000 Frs. J'ai dit : " je verse les 2000 Frs. " Et nous avons commencé. Quand ma permission de trente jours a été terminée, il a fallu que je reparte. Breteau était resté seul. 


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 21.

Il est probable que pendant cette période le tandem Hatot-Breteau tourne plusieurs vues. Il semble pourtant que la situation se complique, à partir du moment où ils demandent une sorte d'exclusive comme l'indique le courrier suivant que leur envoie Léon Gaumont 

4 juin 1898
Messieurs Comy, Hatot et Breteaux, aux bons soins de Monsieur Dobigny, 252 r. du fg. Sat. Martin, E.V.
Nous venons vous accuser réception de votre lettre du 28 mai, nous sommes d'accord sauf toutefois sur le point suivant que vous avez cru devoir ajouter & qui ne figure pas sur les premières conventions que vous avez signées & dont je tiens les originaux à votre disposition.
Vous nous demandez maintenant en effet de nous interdire de faire exécuter des bandes cinématographiques ; scènes de genre par exemple, sans votre concours. En tant que Maison d'Édition nous ne pouvons absolument pas accepter cette réserve que nous n'aurions même pas discutée si vous nous en aviez parlé au début de vos visites lorsque vous êtes venus nous proposer vos scénarios.
Avant d'aller plus loin soyez assez bons de nous dire par courrier que vous reconnaissez le bien fondé de la présente & que nous nous en tenons à nos premières conventions.
Dans l'attente de vous lire, recevez, Messieurs, nos salutations empressées.
L. Gaumont & Cie.


Corcy, p. 341-342

C'est probablement à la suite de ce différend que Gaston Breteau va accepter la proposition que lui fait Alexandre Promio de tourner une Passion. Mais Breteau, qui n'est pas un très bon gestionnaire, ne respecte par les termes du contrat :

M. HATOT : [...] Breteau était resté seul. Il était perdu quand il était seul. Il n'avait plus le sou. Il ne pouvait pas continuer. Et puis ensuite, il n'aurait pas été chercher cent francs pour faire quelque chose. C'était le contraire d'un homme positif. C'était un timide.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 21.

Georges Hatot, qui a été mis en disponibilité le 21 septembre 1898, est de retour à Paris et, compte tenu de la situation, doit accepter ce que lui impose Léon Gaumont 

Gaumont qui avait un contrat est venu faire le constat ce qui fait que quand je suis arrivé du régiment, j'avais un procès. Je vais voir Gaumont. Je lui dis " Je ne suis pas responsable puisque je n'étais pas là. " Il me répond : M. Breteau a signé avec vous.
- Arrangeons-nous, répondis-je.
- Bien, dit-il, on va en rester là, mais vous allez me faire six comiques et la Passion.
J'ai retourné la Passion pour Gaumont, je lui ai fait six comiques et puis on a rompu le contrat. On a rompu le contrat parce que j'avais eu une pique avec Mlle Alice. Déjà elle voulait s'occuper de tout ce que l'on disait. Cela m'énervait. Et dans un geste d'impatience, je lui dis : " Vous n'avez pas de chaussettes à raccommoder ? " Gaumont est devenu rouge. Il s'est dit : "  C'est un type dont il faut que je me débarrasse. "


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 22.

C'est ainsi qu'au bout d'une collaboration d'environ six mois avec le Comptoir Général de la photographie, Gaston Breteau et Georges Hatot y mettent un terme. Alors que Georges Hatot met, pour un temps, sa carrière cinématographique entre parenthèses, Gaston Breteau va se retrouver chez Pathé.

Pathé ([octobre] 1898-[1905])

Fort de son expérience acquise chez Lumière et chez Gaumont, Gaston Breteau arrive chez Pathé avec un bagage dont les anciens établissements Pathé frères ont cruellement besoin. Les activités de production sont, dès lors, mise sous son autorité (Salmon, 73). Il est ainsi l'homme clé jusqu'en 1901 comme le rappelle Hatot dans ses souvenirs :

Quand Pathé a monté sa petite affaire, personne n'y connaissait rien. Breteau était l'homme expérimenté, et il l'était pourtant peu.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p.19

On peut donc penser qu'une part essentielle de la production Pathé, pendant presque deux ans (fin 1898- septembre 1900), est due, directement ou indirectement, à Gaston Breteau. Parmi les nombreuses activités dont il est sans doute responsable, il supervise également le coloriage des bandes pour la firme (Salmon, 558). C'est l'arrivée de Ferdinand Zecca, fin 1900, qui va redistribuer les cartes chez Pathé. Ce dernier fait appel à Lucien Nonguet qui va vite le seconder :

M. LANGLOIS : Chez Pathé, j'ai vu à un endroit, qu'on datait de 1899.
M. HATOT.  : C'est quand Breteau était seul chez Pathé. Nonguet est rentré chez Pathé en 1901.
[...]
M. LANGLOIS : Breteau était avant ?
M. HATOT : C'est lui qui a ouvert le feu chez Pathé.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 5.

L'arrivée de Nonguet va changer la donne, d'autant plus que ce dernier va tout faire pour marginaliser Breteau :

M. HATOT: [...] Comme c'était un débrouillard et un homme travailleur et énergique - c'était Breteau qui mettait en scène - il a trouvé le moyen de dégommer Breteau, de prendre Breteau comme acteur et comme régisseur et lui a pris la place en 1901, aidé par Zecca.


Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 26-27.

De fait, il n'apparaît plus dans les comptes de Pathé à partir d'octobre 1900, même s'il poursuit sa carrière de comédien chez Pathé (Salmon, 106), mais aussi au théâtre jusqu'en 1905. On le retrouve ainsi au théâtre du Grand-Guignol dans Un beau mariage (1902).

Et après... (1905-1909)

Il s'installe par la suite à Montreuil-sous-bois où il ouvre une usine  pour " exécution de tous travaux cinématographique ". 

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Ciné-Journal nº 45, 27 juin-3 juillet, 1909, p. 14

Gaston Breteau est admis à l'hôpital Saint-Louis (Paris, 10e), le 3 octobre 1909, pour un cancer lingual dont il décède le 19 octobre 1909. La revue Cine-Journal fait sa nécrologie :

NÉCROLOGIE
Nous avons le regret d'apprendre la mort de M. Gaston Breteau, décédé le 19 octobre 1909, après une intéressante carrière artistique, s'était fait une spécialité de la mise en scène et de la prise de vues cinématographiques. Il avait récemment ouvert un office pour la fabrication des négatifs.
Il ne laissera que des regrets pour l'excellence de son caractère. Nous adressons ici nos sincère condoléances à Mme veuve Breteau et à sa famille.
Ciné-Journal, nº 61, Paris, 19-24 octobre 1909, p. 4.

 L'usine est reprise par M. Decroix qui a passé cinq ans chez Pathé :

La Succession de M. G. Breteau
Les nombreux amis qu'avait su s'attacher le regretté G. Breteau, trop brusquement emporté, apprendront avec plaisir que l'entreprise déjà prospère qu'il dirigeait à Montreuil-sous-Bois sera désormais continuée par M. Decroix.
M. Decroix, qui possède à son actif cinq années de service à la fabrication des négatifs, mise en scène, chez Pathé frères, trouvera certainement une excellente carrière dans la maison à laquelle il apporte son activité éclairée.
Toutes les communications doivent lui être désormais adressées à l'usine et aux bureaux de Montreuil-sous-Bois (Seine) 11 bis, rue de Fontenay.


Ciné-Journal, nº 65, 15-21 novembre 1909, p. 11.

Bibliographie et sources

Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Département des Patrimoines culturels, Archives Hôpital Saint-Louis, AP-HP, 3Q2/47

SALMON Stéphanie, Pathé à la conquête du cinéma 1896-1929, Paris, Tallandier, 2014, 640 p.

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