Henri POL

([1836]-1918)

polhenri 

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Henri Pol, employé au Central des Télégraphes, rue de Grenelle, a acquis une certaine notoriété au début du XXe siècle, en devenant "charmeur d'oiseaux" au jardin des Tuileries. Il fait éditer des cartes postales qui le représentent et illustrées de quelques vers consacrés aux oiseaux. Il acquiert même une célébrité mondiale et plusieurs périodiques étrangers racontent son histoire. Il décède, le 17 juin 1918, à la maison de retraite de Chardon-Lagache. Il est enterré au cimetière de Bagneux. La Revue hebdomadaire, en 1901, dresse un portait de ce personnage original:

Qui ne connaît à Paris le charmeur d'oiseaux du jardin des Tuileries ? Les journaux illustrés ont publié sa photographie, et grâce à eux sa célébrité est aujourd'hui répandue dans toute la France et bien au-delà de nos frontières. Le charmeur s'appelle M. H. Pol. Il y a une douzaine d'années qu'il vit familièrement et en parfaite entente, avec les pierrots et pierrettes, friquets et friquettes, et il s'est établi entre eux et lui une véritable intimité née de la joie et de la sympathie. Ces moineaux, jeunes et vieux, forment aujourd'hui une même famille en relation quotidienne avec celui qu'ils traitent en ami ; ne s'effarouchant point à son approche comme ils feraient à l'arrivée de tout autre, voletant au-devant de lui, se posant sur sa main, se perchant sur ses doigts. Et chacun d'eux a son évolution particulière dont le but est en réalité d'attraper ou de recevoir le morceau de pain offert ou guetté. Chose curieuse, ces moineaux — ils sont maintenant une quarantaine — ont tous un nom distinct, et lorsque le charmeur le prononce avec une intonation significative, avec un geste bien expressif, ils accourent tour à tour à l'appel, à l'invite, Nicolas, Toto, Quat'sous, Garibaldi, Jambe-de-Bois, Mme Longbec, Belle-Etoile, la Goulue, Marguerite, Ferdinand, Robinet, Joséphine, Gabriel, le Boer, Biribi, le Père François, obéissent à l'œil, et prouvent par leurs mouvements, qui n'ont rien d'automatique, qu'ils agissent avec mémoire, jugement, raisonnement; qu'ils s'entendent, quand il le faut, à la prudence ou à l'abandon, tels de petits bonshommes, de petites personnes donnant des marques d'attachement et de reconnaissance et faisant preuve d'un incontestable esprit d'observation. L'étude de ces familiers de M. Pol est des plus captivantes. Elle prête à toute une série de remarques zoologiques, surtout en ce qui concerne l'apprivoisement Elle permet de constater chez le moineau une intelligence, inférieure sans doute, mais nettement accusée, qui procède en partie de sa mémoire merveilleuse, en partie aussi d'une association d'impressions. Il y a là un premier élément très rudimentaire de réflexion, ou, comme on l'a dit, une trame sur laquelle la conscience de l'acte produit et voulu se dessine, sans dépasser un certain degré d'initiative mais aussi sans être une démonstration purement automatique. Dans ces conditions, le charmeur du jardin des Tuileries rend de vrais services à la science. Ceux qui passent ou s'arrêtent pour le voir entouré de sa petite troupe ailée se figurent qu'il se livre à un simple amusement. C'est une erreur. Il recueille des données admirablement utiles dont la psycho-zoologie fera un jour ou l'autre son profit.


La Revue hebdomadaire, 11e année, nº 3, Paris, 21 décembre 1901, p. 324-325.

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