PARIS

Jean-Claude SEGUIN

1895

Le cinématographe Lumière (Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, 22 mars 1895)

 Au cours de l'année 1895, les frères Lumière vont multiplier les présentations de leur cinématographe. À Paris, l'appareil va ainsi être présenté à plusieurs reprises au cours de réunions à caractère scientifique, avant la première publique dans le salon Indien du Grand Café. Les inventeurs cherchent, dans un premier temps, l'approbation du monde intellectuel et les lieux choisis pour ces démonstrations sont judicieusement choisis, afin d'assurer leur réputation de scientifiques, mais aussi d'industriels.

À peine cinq semaines après le dépôt du brevet (nº 245.032) pour un " appareil servant à l'obtention et à la vision des épreuves chronophotographiques par Messieurs Auguste et Louis Lumière ", une première conférence est organisée à la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, créée en 1801 et qui jouit d'un grand prestige. Elle est alors présidée par Éleuthère Mascart (1837-1908), proche de Léon Gaumont, qui porte un intérêt tout particulier à la photographie. C'est ce dernier qui a proposé aux Lumière de présenter leur " kinétoscope de projections " (Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, Paris. 94e année, tome X, avril 1895, p. 413). La conférence a lieu le 22 mars 1895. C'est le Bulletin du Photo-club qui offre le compte rendu le plus détaillé :

Conférence de M. Louis Lumière à la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale
A la demande de M. Mascart, président de la Société d'Encouragement, M. Louis Lumière a fait, le 22 mars dernier, une conférence des plus intéressantes sur l’Industrie photographique et plus spécialement sur les ateliers et produits industriels de la Société anonyme des plaques Lumière, dont le siège est à Lyon.
M. Louis Lumière, pour rendre son exposé plus clair et plus attrayant, a projeté des vues de l'intérieur des ateliers où il a montré, en action, toutes les productions des plaques sensibles au gélatinobromure, la fabrication du papier sensible au citrate d'argent. Plus de deux cents ouvriers et ouvrières sont employés dans cette usine, dont une vue d'ensemble a montré la vaste étendue. A l'aide d'un kinétoscope de son invention, il a projeté une scène des plus curieuses : la sortie du personnel des ateliers à l'heure du déjeuner. Cette vue animée, montrant en plein mouvement tout ce monde se hâtant vers la rue, a produit l'effet le plus saisissant, aussi une répétition de cette projection a-t-elle été redemandée par tout l'auditoire émerveillé. Cette scène, dont le déroulement ne dure qu'une minute environ, ne comprend pas moins de huit cents vues successives ; il y a là de tout : un chien allant et venant, des vélocipédistes, des chevaux, une voiture au grand trot, etc.
Pour terminer cette conférence, M. Louis Lumière a montré à son public d'élite quelques épreuves en couleurs obtenues par la méthode de M. Lippmann. Notre savant collègue, présent à la séance, a été l'objet d'une ovation sympathique et chaleureuse de la part des assistants, surtout après que l'on a connu, par un avis de M. Mascart, la grande récompense décernée par la Société d'Encouragement à l'Illustre inventeur du moyen de reproduire les couleurs par la photographie.


Bulletin du Photo-Club de Paris, 1895, nº 3, p. 125-126.

Les Lumière ne disposent alors que d'un seul film, Sortie d'usine dont aucun élément filmique ne subsiste aujourd'hui, et dont on ne connaît que les quatre remakes. Il faut comprendre que le cinématographe n'est qu'un élément - la photographie en couleurs en est un autre - qui donne à voir le dynamisme des Lumière et de leur usine de Monplaisir (Lyon). La vue animée en est une sorte de matérialisation.

lumiere usine

Vue Générale des Usines LUMIÈRE pour la fabrication des plaques et papiers photographiques à LYON-MONPLAISIR
Agenda Lumière 1906, Lyon/Paris, Société Anonyme des Plaques et Papiers Photographiques A. Lumière et ses Fils/Librairie Gauthiers-Villars

Le succès de cette première présentation encourage les Lyonnais a renouveler l'expérience, dès que l'occasion se présente.

Les projections Lumière (Congrès des Sociétés Savantes, 16 avril 1895)

C'est à l'occasion du Congrès des Sociétés savantes (16-20 avril 1895) qu'une présentation privée est organisée par Louis Lumière lui-même. La sous-section de photographie est réunie dans l'amphi provisoire de la vieille Sorbonne (Bulletin de la Société française de photographienº 12, 2e série, Tome XI, p. 299) et c'est le mardi 16 avril que Louis Lumière fait une nouvelle communication, non pas sur le cinématographe, mais sur la photographie des couleurs :

Le Congrès des Sociétés savantes s'est ouvert le 16 avril, à 2 heures, dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne.
La sous-section de photographie a tenu trois séances bien remplies au cours desquelles il a été étudié plusieurs questions portées au programme et fait diverses communications des plus intéressantes
[...]
M. Lumière a projeté une belle série d'épreuves en couleurs obtenues par la méthode de M. Lippmann, ainsi que des clichés en couleurs par le procédé de Ducos du Hauron, à l'aide de trois couches colorées superposées.
Il a également projeté une scène animée, comptant de près de neuf cents vues fournies par le Cinématographe de sa construction et qui lui a valu un succès égal à celui qu'il avait obtenu à la conférence dont nous avons rendu compte dans notre dernier numéro.


Bulletin du Photo-club de Paris, Paris, nº 52, mai 1895, p. 158.

Comme cela s'est déjà produit antérieurement, la projection cinématographique apparaît comme une sorte de  "performance ", comme si après les choses sérieuses - la photographie des couleurs - on s'accordait une courte récréation. Nous ignorons la vue qui est projetée, peut-être la même Sortie d'usine, présentée un mois plus tôt. Toujours est-il que les Lumière ne semble avoir guère le choix. Le Congrès est clôturé, le 20 avril, par M. Poincaré, ministre de l'Instruction Publique.

Le cinématographe Lumière (Exposition de la Société Française de Physique, 16-17 avril 1895)

Profitant sans doute de sa présence à Paris, Louis Lumière organise une nouvelle présentation - moins connue - dans le cadre de l'Exposition de la Société Française de Physique qui se tient, les 16 et 17 avril à la Société d'Encouragement :

Tous les ans, la Société française de physique organise, le mardi et le mercredi de Pâques, dans les salles de la Société d'Encouragement, une exposition qui attire un grand nombre de savants s'intéressant à la physique.
[...]
La maison A. Lumière et ses fils, de Lyon, avait envoyé de magnifiques et grandioses agrandissements qui ornaient fort à propos les diverses salles de l'exposition, et un ingénieux appareil, le cinématographe, destiné à prendre des épreuves photographiques en séries.


La Science Française, Paris, 1895, 1er semestre p. 210-211.

En revanche, il semble que cette présentation ne soit pas accompagnée de projections animées, comme les précédentes. Toujours est-il que les Lumière occupent le terrain et ne perdent pas une occasion de faire connaître le cinématographe.

Le cinématographe Lumière (Revue Générale des Sciences, 11 juillet 1895)

C'est au mois de juillet, cette fois-ci dans les locaux de La Revue Générale des Sciences, que plusieurs vues cinématographiques sont présentées. Henri de Parville, divulgateur des nouveautés scientifiques, va consacrer un court article à cette séance, encore une fois, destinée à un public éclairé :

Une bien jolie nouveauté qui fera courir tout Paris après les vacances. M. Olivier, directeur de la Revue générale des sciences, avait convié, jeudi dernier, le dessus du panier du monde savant à une soirée particulièrement intéressante. Au programme, le cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière. C’était de l’inédit. Tout le monde se rappelle le kinétoscope d’Edison, que tous les Parisiens ont admiré. Eh bien ! Le cinématographe est encore autrement merveilleux. Les tableaux animés du kinétoscope étaient presque microscopiques. Ceux de MM. Lumière sont plus grands, ce sont, en effet, des agrandissements photographiques. L’illusion de relief et de mouvement est extraordinaire. Le dispositif employé est nouveau. La place nous ferait défaut pour l’esquisser aujourd’hui. Qu’il nous suffise de dire que l’appareil, très condensé, permet facilement la projection des images successives qui donnent l’illusion du mouvement sur un écran avec un agrandissement de cent fois en diamètre. Alors, un grand nombre de personnes peuvent assister à ce spectacle charmant. Que de scènes applaudies avec enthousiasme et presque avec délire ! Le jardinier et sa lance qui arrose les plates-bandes, le cavalier qui apprend à monter à cheval, le bébé qui cherche les poissons rouges dans leur bocal, l’incendie, les pompiers, l’eau, la fumée, le dîner de Bébé avec les arbres du jardin agités par le grand vent. C’est d’une vérité telle qu’on se demande si l’on y est. Et la descente des passagers sur le ponton des bateaux de la Seine ? C’est inénarrable. Et la sortie des ateliers de femmes par la grande porte avec les voitures, les bicyclettes, les porteurs de marchandises. Quel mouvement et quel naturel ! Mais le chef-d’œuvre, c’est le boulevard avec les cafés, les piétons, les omnibus, etc., tout cela, c’est si bien le boulevard, qu’on a envie de se garer des voitures. Il apparaît à certain moment une tapissière qui vient droit sur les spectateurs. Ma voisine était si bien sous le charme qu’elle se leva brusquement d’un bond et ne se rassit que lorsque la voiture tourna et disparut. Puissance de l’illusion ! Le cinématographe étonnera bien des personnes. C’est inimaginable de vérité. MM. Lumière sont décidément de grands magiciens !


Henri de Parville, " Revue des sciences ", Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 17 juillet 1895, p. 2.

Une nouvelle fois, nous nous trouvons face à une sorte de contradiction. D'une part, le lieu est choisi avec précision, pour cibler un public d'initiés. D'autre part, le cinématographe s'offre avant tout comme un spectacle et Henri de Parville lui-même surenchérit lorsqu'il termine son article en faisant des savants lyonnais de " grands magiciens ". Les Lumière ont eu le temps, au cours de la période estivale, de tourner quelques scènes ce qui permet désormais de présenter un petit programme. On assiste, avec cette séance, à la naissance d'une formule qui deviendra canonique.

Le cinématographe Lumière (Sorbonne, Faculté des Sciences, 16 novembre 1895)

C'est à l'automne que Louis Lumière va présenter une dernière fois, à Paris, son cinématographe dans un contexte toujours aussi " scientifique ". Il revient à la Sorbonne, à l'occasion de la rentrée de la Faculté des Sciences, le 16 novembre 1895. Une séance solennelle est organisée à cette occasion et elle a lieu dans le grand amphithéâtre de chimie. La revue La Photographie est l'une des seules à rapporter l'événement :

LA PHOTOGRAPHIE EN SORBONNE
La Faculté des Sciences de Paris, à l'exemple de sa voisine, la Faculté des Lettres, a ouvert ses cours par une séance solennelle, le samedi 16 novembre, dans l'amphithéâtre de la Sorbonne. Après une allocution de l'éminent doyen, M. Darboux, et la présentation, par M. Troost, de tubes de Geissler, renfermant de l'argon et de l'hélium, M. C. Lippmann nous a montré les dernières photographies en couleurs qu'il a obtenues par son ingénieux procédé : c'était d'abord le spectre de l'hélium, photographié deux fois avant la séance, des vitraux, des fleurs, etc., ainsi que quelques-uns des beaux clichés de M. Lumière. Inutile de dire qu'une salve d'applaudissements accueillait chaque nouvelle projection ; puis, il nous a été donné d'admirer sur l'écran les beaux résultats obtenus par MM. Lumière, avec le cinématographe de leur invention, qui laisse loin derrière lui le kinétoscope d'Edison. Le mouvement de « la Sortie des ateliers Lumière », du « Débarquement des membres de la dernière réunion de l'Union internationale de photographie », des scènes diverses ont fait l'admiration de l'auditoire, réellement émerveillé.


La Photographie, 30 novembre 1895 (Perrot, 1924, 43).

La presse espagnole va rendre également compte de cette nouvelle présentation du cinématographe, en apportant quelques nouvelles précisions :

El kinematógrafo
Ante una Asamblea de hombres de ciencia verificada en el anfiteatro de Gerson, en la Sorbona, el Sr. Lumiers (hijo) hizo interesantísimas experiencias presentando el maravilloso aparato que se llama el kinematógrafo.
Sobre un extenso muro se proyecta una fotografía por medio de la luz eléctrica, de modo que aparezca la perfecta ilusión de la grandeza natural. Los personajes de la fotografía no están inmóviles, sino que se agitan, desenvolviendo con sorprendente realidad una escena de la vida durante un minuto.
El Sr. Lumiere hizo gustar sucesivamente el espectáculo de la plaza Bellecour con los innumerables tranvías que se detienen, los viajeros que suben y bajan, etc., etc.
No es, pues, la imagen sola la que aparece, sino también la actividad y la vida.
Un solo aparato sirve para 300 vistas instantáneas que reproducen los movimientos hechos durante un minuto, produciéndose así en la retina la imagen del movimiento continuado.


La Unión católica, Madrid, 27 de noviembre de 1895, p. 1.

Grâce à ces deux articles, nous connaissons une partie du programme proposé à la Sorbonne en ce 16 novembre 1895. En cinq présentations, il s'est agi de lancer les bases d'une future exploitation du cinématographe. On s'assure d'une part du soutien de la communauté scientifique, et d'autre part, on " teste " l'effet produit sur le public. Il ne faut pas oublier que d'autres villes que Paris, découvrent aussi le cinématographe, et tout particulièrement Lyon. Par ailleurs, il faut laisser le temps de mettre au point les appareils qui iront sur différents postes, dès la fin de l'année 1895. Indiscutablement, les Lumière ont compris l'effet que le cinématographe peut produire sur les spectateurs et ces séances distillées tout au long de l'année 1895 servent à mettre en place ce qui devient, en 1896, le système des concessions.

Tout est donc prêt pour organiser la célèbre séance du 28 décembre 1895...

Le cinématographe Lumière du Grand Café (28-31 décembre 1895)

L'homme clé de la première présentation publique du cinématographe est Antoine Lumière. Il s'intéresse depuis 1894 au kinetoscope Edison et il est celui qui pense que le cinématographe a un avenir commercial. Ses deux fils vont donc laisser le soin à leur père de faire les démarches nécessaires pour lancer l'exploitation commerciale de leur invention. Afin de mener à bien l'opération, Antoine Lumière prend contact avec Clément Maurice, l'un de ses anciens collaborateurs aux usines de Monplaisir :

L'exploitation de cette merveille sourit au brave Maurice qui, plein de confiance, accepte de liquider son atelier et de prendre en mains les destinées de l'invention des frères Lumière. Vainement les deux amis interrogent les agences de la place de la République à la Madeleine, comme ils questionnent les commerçants. Fatigués par des courses pénibles ils vont désespérer quand ils aperçoivent un groupe de déménageurs sortant des meubles d'un sous-sol ; le local où siégeait jusque-là une académie de billards est vide !


G. Michel Coissac, " Le Cinématographe est né en France en 1895 " dans Hommage à Louis Lumière, Ville de Paris, Musée Galliéra, 1935

grand cafe RÉVEILLONNONS !
[...]
En arrivant au coin de la rue Scribe et du boulevard des Capucines apparaît le Grand-Café. À mon avis (je m'y connais) le Grand-Café est non seulement l'établissement le plus grandiose de Paris, mais du monde entier. Une transformation heureuse vient de s'y faire dernièrement. Le salon du restaurant où les soupeurs se réuniront pour réveillonner est une reproduction textuelle de l'Alhambra de Grenade. Là, pendant le souper, les Lautars roumains joueront, comme tous les soirs, leurs morceaux, empreints d'une originalité si exquise.
En ce qui concerne le restaurant, la direction en a été confiée aux anciens maîtres d'hôtel du café de Paris : Auguste et Joseph.
J'ajouterai, ce que tout monde sait, que le Grand-CCafé appartient à M. Volpini, le directeur des bals de l'Opéra, qui nous donnera de ce fait de brillants soupers cet hiver. Noblesse oblige ! [...] Albert Cellarius. 
L'Orchestre, Paris, 4 mars 1890, p. 1
Gil Blas, Paris, 25 décembre 1894, p. 2
grand cafe 01 grand cafe 02
Grand Café, 14, boulevard des Capucines
(1er édifice à gauche) (c. 1895) [D.R.]
Grand Café, 14 boulevard des Capucines
(1er édifice à gauche) (c. 1895) [D.R.]

Paul, Joseph Volpini ([Garateo, Pavie], [1853]-Nice, 30/12/1910) est une figure connue depuis les années 1880. Déjà propriétaire du Grand Café depuis au moins 1887, il en a fait un lieu essentiel du boulevard des Capucines, à la fois restaurant, café, mais aussi salle de jeu avec ses billards. Grâce au témoignage de Clément Maurice, nous avons des informations sur les circonstances de l'ouverture du Salon Indien, aménagé pour accueillir le cinématographe Lumière :

Nous avons ouvert cette salle au Grand Café, avec M. Lumière père, dit M. Clément Maurice, loin de nous douter du succès rapide de ces démonstrations. La salle contenait à peine une centaine de personnes ; le prix d'entrée était de 1 franc.
La première journée, j'ai fait une recette de 33 francs ; c'était maigre ! Mais le succès fut si rapide que trois semaines après l'ouverture, les entrées se chiffraient par 2.000 et 2.500 francs par jour, sans aucune réclame faite dans les journaux.
M. Volpini, propriétaire du Grand Café, avec lequel nous avions passé un bail d'un an pour son sous-sol, avait préféré aux 20 % sur la recette que nous lui avions offerts, 30 francs par jour pour le loyer. Celui-là n'avait guère confiance dans la réussite de cette affaire.
La projection des huit ou dix films durait environ vingt minutes ; la salle était aussitôt vidée et remplie à nouveau. Quelques semaines après, j'ai dû faire établir un service d'ordre par les agents pour empêcher les bousculades et quelquefois les batailles à l'entrée du sous-sol.
L'ouverture a eu lieu en 1895, la dernière semaine de l'année, entre Noël et le Jour de l'an. Je ne puis préciser la date exacte.
Ce qui m'est resté le plus typique, c'est la tête du passant arrêté devant l'entrée, cherchant ce que Cinématographe Lumière signifiait ; ceux qui se décidaient à entrer sortaient un peu ahuris ; on en voyait bientôt revenir, amenant avec eux toutes les personnes de connaissance qu'ils avaient pu rencontrer sur le boulevard.
Dans l'après-midi, le public formait une queue qui s'étendait souvent jusqu'à la rue Caumartin.
Pendant plusieurs mois, le programme ne fut guère changé ; les films de résistance, d'une longueur de 12 à 13 mètres, étaient les suivants :
La sortie des ouvriers de l'usine Lumière ;
L'Arroseur ;
Le goûter de bébé ;
La pêche aux poissons rouges ;
Un gros temps en mer ;
Le Forgeron ;
L'arrivée d'un train en gare ;
Soldats au manège ;
M. Lumière et le jongleur Trewey jouant aux cartes ;
La démolition d'un mur.


Victor Perrot, 1924, 39

Pourtant, la presse ne va guère s'intéresser à la séance du 28 décembre. Dans la capitale, seuls deux quoditiens consacrent des articles à l'événement : Le Radical et La Poste. Le 1er janvier, Le Gaulois ne lui consacre qu'une simple ligne

LE CINÉMATOGRAPHE
Merveilleuse invention.-Soirée offerte à la Presse.-La photographie vivante.
MM. Lumière père et fils, de Lyon, avaient hier soir convié la presse à l'inauguration d'un spectacle vraiment étrange et nouveau, dont la primeur a été réservé au public parisien. [...]
Ils ont installé leur ingénieux appareil dans l'élégant sous-sol du Grand Café, boulevard des Capucines.
Les résultats obtenus ont produit, tout d'abord, une sorte de stupeur dans l'assistance d'élite invitée à cette sorte de " vernissage ".
On avait vu déjà, à travers des verres grossissants, en se penchant sur des boîtes, des images mouvantes, qui rappelaient, avec une perfection supérieure, il faut l'avouer, les zootropes chers à nos premiers ans. Mais l'appareil de MM. Lumière, tout différent, produit des effets bien plus surprenants.
Figurez-vous un écran, placé au fond d'une salle aussi grande qu'on peut l'imaginer. Cet écran est visible à une foule. Sur l'écran apparaît une projection photographique. Jusqu'ici rien de nouveau. Mais tout à coup, l'image de grandeur naturelle, ou réduite, suivant la dimension de la scène, s'anime et devient vivante.
C'est une porte d'atelier qui s'ouvre et laisse échapper un flot d'ouvriers et d'ouvrières, avec des bicyclettes, des chiens qui courent, des voitures ; tout cela s'agite et grouille. C'est la vie même, c'est le mouvement pris sur le vif.
Ou bien, c'est une scène intime ; une famille réunie autour d'une table. Bébé laisse échapper de ses lèvres une bouillie que lui administre le père, tandis que la mère sourit. Dans le lointain, les arbres s'agitent ; on voit venir le coup de vent qui soulève la collerette de l'enfant.
Voici la vaste Méditerranée. Elle est encore immobile, comme dans un tableau. Un jeune homme, debout sur une poutre, s'apprête à s'élancer dans les flots. Vous admirez ce gracieux paysage. A un signal, les vagues s'avancent en écumant, le baigneur pique une tête, il est suivi par d'autres qui courent plonger dans la mer. L'eau jaillit de leur chute, le flot se brise sur leur tête ; ils sont renversés par le brisant, ils glissent sur les rochers.
Mais nous ne voulons pas déflorer la surprise et le plaisir du spectateur.[...]
La Poste, Paris, 30 décembre 1895.

LE CINEMATOGRAPHE
Une merveille photographique
Une nouvelle invention, qui est certainement une des choses les plus curieuses de notre époque, cependant si fertile, a été produite hier soir, 14, boulevard'des Capucines, devant un public de savants, de professeurs et de photographes.
Il s'agit de la reproduction, par projections, de scènes vécues et photographiées par des séries d'épreuves instantanées.
Quelle que soit la scène ainsi prise et si grand que soit le nombre des personnages ainsi surpris dans les actes de leur vie, vous les revoyez, en grandeur naturelle, avec les couleurs, la perspective, les ciels lointains, les maisons, les rues, avec toute l'illusion de la vie réelle.
11 y a par exemple la scène des forgerons. L'un fait fonctionner la soufflerie, la fumée s'échappe du foyer; l'autre prend le fer, le frappe sur l'enclume, le plonge dans l'eau, d'où monte une large colonne de vapeur blanche.
La vue d'une rue de Lyon avec tout son mouvement de tramways, de voitures, de passants, de promeneurs, est plus étonnante encore ; mais ce qui a le plus excité l'enthousiasme, c'est la baignade en mer; cette mer est si vraie, si vague, si colorée, si remuante, ces baigneurs et ces plongeurs qui remontent, courent sur la plateforme, piquent des têtes, sont d'une vérité merveilleuse.
A signaler encore spécialement la sortie de tout le personnel, voitures, etc., des ateliers de la maison où a été inventé le nouvel appareil auquel on a donné le nom un peu rébarbatif de cinématographe.
Le directeur de la maison, M. Lumière, s'en est d'ailleurs excusé. Les invenleurs sont ses deux fils, MAL Auguste et Louis Lumière, qui ont recueilli hier les applaudissements les plus mérités.
Leur œuvre sera une véritable merveille s'ils arrivent à atténuer, sinon à supprimer, ce qui ne paraît guère possible, les trépidations qui se produisent dans les premiers plans.
On recueillait déjà et l'on reproduisait la parole, on recueille maintenant et l'on reproduit la vié. On pourra, par exemple, revoir agir les siens longtemps après qu'on les aura perdus.


Le Radical, Paris, 31 décembre 1895, p. 2.

En réalité, la presse va vite se rattraper et dans les premiers jours de janvier, nombreux sont les quotidiens qui se font l'écho du succès obtenu par le cinématographe Lumière. Les termes sont toujours élogieux. Sans doute l'un des plus intéressants est celui publié par Le Siècle et signé " G.L. ", car il établit des comparaisons entre le kinétoscope et le nouveau cinématographe dont il décrit non seulement les qualités, mais pour lequel il crée une véritable atmosphère visuelle et sonore tout en multipliant les informations relatives au local :

LE CINÉMATOGRAPHE
Il serait difficile de rencontrer un Parisien qui ne se soit rendu à l'appel du doigt articulé d'Edison, celui qui fait pstt ! pstt ! sur le boulevard, presque au coin de la rue Rougemont. Alors je ne dirai pas notre émerveillement devant le kinétoscope, auquel on a ajouté maintenant un phonographe, ce qui nous reconstitue en même temps le rythme par les sons de l'orchestre et par le pas de la gitana sur la scène.
Mais j'ai hâte de signaler les séances dont on jouit chaque soir au sous-sol du Grand-Café, près de la rue. Scribe. Là, tranquillement enfoncé dans son fauteuil, ce ne sont pas des ombres chinoises qu'on attend sur le cadre de toile blanche du petit théâtre en nattes et bambou décoré de fausses trompes d'éléphant ; on attend que du fond de la salle soit projetée par le cinématographe une scène animée dont certains personnages sont de grandeur naturelle. Le piano à queue peut se taire ; nous sommes suffisamment captivés, jusqu'à l'angoisse, par le pugilat de deux gentlemen en querelle à propos d'un entrefilet de journal. Comment ne pas rire avec conviction aussi à cette farce d'un arroseur trempé et décoiffé en examinant son tuyau qu'un gamin, derrière lui, avait écrasé du pied ?
On devient très sentimental, je vous assure, à regarder bébé qui chasse au poisson rouge dans un bocal ou qui prend la becquée de papa et de maman. Et les joyeux plongeons des baigneurs roulés par la vague ; le travail des forgerons, comme dans Siegfried ; les mouvements de foule dans la rue, au débarcadère du bateau, tout un grouillement de gens à pied, à bicyclette, en voiture, se coudoyant sous nos yeux, s’interpellant avec tant de netteté qu'un sourd-muet lirait les paroles sur leurs lèvres, - tout cela défile devant nous, muets de stupéfaction.
Je ne vois pas trop ce que les peintres feront de leurs pinceaux le jour où la photographie de couleurs concourra à cette reconstitution exacte de la vie visible. Il ne leur restera qu'à déformer les objets par caricature (Caran d'Ache) ou amour du fantastique (Carriès). À preuve le joli sentiment qui se dégage, des paysages accrochés au mur de la salle du cinématographe de MM. Lumière ; ce sont de simples photographies de Clément Maurice. Il n'y aura même plus que des loisirs pour la critique d'art ! - G.L.


Le Siècle, Paris, 6 janvier 1896, p. 2

Il aura suffit d'à peine une quinzaine de jours pour que l'écho des séances du cinématographe parcoure la plupart des journaux français, mais aussi étrangers. 

(→ 1896)

1896

Le cinématographe Lumière du Grand Café (janvier-décembre 1896)

C'est grâce au bouche-à-oreille que les Parisiens vont se rendre de plus en plus nombreux pour assister aux séances du cinématographe Lumière au Grand Café. Le succès est tel que les responsables du poste décident d'organiser des projections supplémentaires, le matin :

En raison du succès énorme qui a accueilli l'exhibition du Cinématographe, cette prodigieuse invention de MM Auguste et Louis Lumière, des séances supplémentaires seront données, afin d'éviter l'encombrement, le matin de 10 heures à midi à partir de demain.
Rappelons que ce merveilleux appareil fonctionne toutes les demi-heures, 14, boulevard des Capucines, de 2 h. à 6 h 1/2 et de 8 heures à 1 1 h, le soir.


Le Figaro, Paris, 5 février 1896, p. 3.

Mais rien n'y fait. Le succès est tel qu'il devient impossible de contenir la foule qui se précipite pour voir le cinématographe du Grand Café et les responsables sont conduits à recruter d'anciens militaires pour régler le flux des spectateurs :

Anciens militaires, grands et forts, sont demandés pour service d'ordre. S'adresser au Cinématographe, 14, boulevard des Capucines.


Le Petit Parisien, Paris, 19 février 1896, p. 3. 

Et encore faut-il ajouter que le renouvellement des vues est très limité. Il faut attendre presque la fin du mois de février pour que de nouvelles photographies animées sont incluses au programme... dont on ignore le titre :

Au Cinématographe de nouvelles scènes projetées depuis quelques jours, obtiennent le même succès que les précédentes.
On a cependant conservé au programme les scènes qui, comme le Trainla Place des Cordeliers et la Mer, sont constamment redemandées et excitent au plus haut point l’admiration de tous.


Le Journal, Paris, 23 février 1896, p. 4.

Il arrive que parfois quelques figures en vue de l'époque se rendent au cinématographe pour voir défiler les vues, comme c'est le cas pour le Prince Henri d'Orléans qui après avoir déjeuné " au cercle royaliste de la Poule-au-Pot, chez Durand [...] est allée voir ensuite le Cinématographe. " (La Gazette de France, Paris, 24 février 1896, p. 3) ou le Prince de Galles qui " a beaucoup admiré la prodigieuse invention de MM. Lumière " (Le Petit Parisien, Paris, 10 mars 1896, p. 3). Il est en de même de certaines confréries, comme celle de la Croûte qui finit son quarante-sixième dîner, en se rendant " au Gran Café, où M. Lumière leur a donné la primeur des nouvelles épreuves de son merveilleux Cinématographe (L'Intransigeant, Paris, 12 mars 1896, p. 3). Le succès du cinématographe Lumière est tel que la décision est prise d'ouvrir une nouvelle salle :

La salle du Grand-Café ne pouvant plus suffire, en raison de l'affluence toujours croissante des visiteurs, l'administration du Cinématographe Lumière va ouvrir d'ici quelques jours une salle-annexe au premier étage de l'Olympia.
Les projections animées auront lieu simultanément dans les deux salles.


Le Petit Parisien, Paris, 14 mars 1896, p. 3.

Alors que deux autres cinématographes Lumière tournent simultanément à Paris à la fin du mois de mars, un entrefilet ne manque pas d'attirer l'attention. La maison Lumière met en garde contre les imitations. En creux, cela indique bien que la " résistance " s'organise face au monopole exclusif du cinématographe :

L'immense et légitime succès du cinématographe Lumière va naturellement faire surgir des imitateurs. C'est au public à ne pas s'y tromper et à bien s'assurer du nom.
La merveilleuse invention de MM. Lumière fonctionne au 14 du boulevard des Capucines, ainsi qu'à l'Olympia, sous la direction de M. Lumière lui-même.


Le Gaulois, Paris, 29 mars 1896, p. 2.

Bientôt Paris sera couvert de nombreux autres appareils qui engageront une claire concurrence avec celui des frères Lumière. La répercussion est telle au cours de ces premiers mois de l'année 1896 que le cinématographe Lumière est même instrumentalisé pour servir des fins anticléricales. C'est sous la plume de " Pierre Veber " que l'on peut découvrir une " Introduction à la vie dévote "- malicieusement attribuée à l'abbé Constantin - adressée à mademoiselle Cléo de Mérode, la célèbre demi-mondaine. Le plus surprenant, c'est que le journaliste, dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est visionnaire, écrit les lignes suivantes :

Je suis à même de vous donner un renseignement : la maison Lumière a exécuté, d'après les minutieuses illustrations du peintre Tissot, une série cinématographique de la Passion ; c'est le Chemin de Croix animé : autant de stations, autant de tableaux. M. Brunetière ne se plaindra pas : la Science se met au service de la Foi. L'affaire est excellente ; on refusera du monde.


Gil Blas, Paris, 30 mars 1896, p. 1.

Il faudra pourtant attendre plusieurs mois encore pour que la première passion, celle de Léar de mars-avril 1897, soit tournée... Et pour Lumière, il faudra encore attendre un peu plus... Et en 1906, Alice Guy s'inspirera bien des dessins de Tissot pour sa Passion... Avec le printemps, et sans doute les premières chaleurs, la maison Lumière s'organise :

L'administration du Cinématographe-Lumière a fait installer dans toutes ses salles des systèmes d'aération perfectionnés. Les spectateurs n'ont donc pas à redouter l'excès de chaleur, pas plus dans le sous-sol et au premier étage du boulevard des Capucines qu'au rez-de-chaussée du boulevard Saint-Denis.
Quant à la salle des fêtes des Grands magasins Dufayel, où fonctionne également un cinématographe, elle est suffisamment vaste et aérée pour qu'on n'ait pas besoin de système spécial.
Adolphe Mayer.


Le Journal, Paris, 18 mai 1896, p. 4.

Le cinématographe des bals de l'Opéra (janvier 1896)

Avec une rapidité tout à fait surprenante, à peine une semaine après les premières séances de l'appareil Lumière, la direction des Bals de l'Opéra fait passer une note dans la presse où elle indique que des séances de photographies animées vont être organisées au Foyer de la Danse :

La direction des bals de l'Opéra offrira cette année la primeur d'une nouvelle découverte qui fera sensation, le cinematographe.
Les séances de ces photographies animées auront lieu au foyer de la danse, spécialement aménagé à cet effet, au bal du samedi11 janvier.
Il y aura certainement foule pour assister à ces projections, aussi curieuses qu'intéressantes, puisque toutes les loges sont déjà retenues, et cette première fête du Carnaval s'annonce comme devant être très brillante.


Le Journal, Paris, 4 janvier 1896, p. 6.

Nous n'aurons plus d'information sur l'appareil utilisé, ni sur le programme proposé...

Le cinématographe Lumière chez Antonin Mercié (10 février 1896)

Dès les origines, le cinématographe va multiplier ses lieux de projections. L'un d'eux est celui des salons sur lesquels, il n'y a que très peu de traces. Aussi la soirée offerte par Antonin Mercié, le célèbre sculpteur, le 10 février 1896, est-elle remarquable, également par sa précocité :

Très belle soirée chez notre grand statuaire Antonin Mercié. Parmi les invités qui assistaient aux expériences de cinématographe Lumière :
M. et Mme Poubelle, vicomte et vicomtesse d'Arjuzon, comtesse de Soltyk, marquise de Chaponay, comte et comtesse de Guerne, baron et baronne Le Vavasseur, comte H. de Ségur, général Gervais, un grand nombre de membres de l'Institut, M. Ch. Gérôme, Detaille, Jean-Paul Laurens, Olivier Merson, Bouguereau, M. et Mme Paladilhe, M.et Mme de Saint-Marceaux, M. Philippe Gille. M. Osiris, M. et Mme Dubufe, M. et Mme Pierné, Mme Roger-Miclos, Mme et Mlle Moréno, M. et Mme Maspero, M. et Mme Maignan, etc. etc. 
La soirée était présidée avec une grâce exquise par la charmante Mme Antonin Mercié, née Simard de Pitray, qui par ses relations aristocratiques et artistiques fait les honneurs d'un des salons les plus recherchés de Paris.


Le Figaro, Paris, 11 février 1896, p. 2.

Ça n'est pas seulement l'aristocratie, mais aussi la crème de la peinture académique de la fin du XIXe siècle qui s'est retrouvée pour admirer le cinématographe Lumière. On peut souligner également, tout l'intérêt que soulève la nouvelle invention auprès du monde artistique représenté lors de cette soirée.

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Antonin Mercié (1845-1916)

Il faut dire que le public du cinématographe est sans doute très divers, et que l'une des cibles clairement désignées est celle du " Tout-Paris " comme le souligne ce bref entrefilet qui fait écho au succès de l'invention des Lumière :

Les séances du Cinématographe sont devenues le rendez-vous de la haute société parisienne. Donner la liste des notabilités qui se sont extasiées devant l'invention de MM. Lumière est impossible, autant reproduire le Tout-Paris.
Devant l'affluence toujours croissante des visiteurs, dans l’après-midi et le soir, nous conseillons aux personnes qui ne veulent pas être bousculées de choisir de préférence les séances du matin.


Le Figaro, Paris, 11 février 1896, p. 4.

Le cinématographe Lumière au Cercle de l'Union artistique (1er mars 1896)

C'est à nouveau dans un cadre semi-privé que le cinématographe Lumière est présenté. Cette fois-ci, c'est une soirée organisée par le Cercle de l'Union artistique, fondé en 1860, attire une partie du gratin des artistes parisiens. Une soirée est organisée par le cercle le premier jour du mois de mars :

La soirée de Menus Plaisirs, que nous avons annoncée à ce cercle, sera donnée dimanche prochain à neuf heures et demie.
Le programme se compose d'abord de diverses chansons dites ou chantées, de quelques-uns des poètes chansonniers du Chien Noir, MM. Delmet, Ferny, Moy. Ensuite on verra une double séance de photographie, l’une à travers les corps opaques avec projections, l'autre le cinématographe avec numéros inédits.
La soirée se terminera par les danses anciennes qui ont eu un si grand succès aux concerts de l'Opéra et qui seront exécutées par des danseuses du corps de ballet de l'Académie nationale de musique.


Le Gaulois, Paris, 27 février 1896, p. 2.

La soirée a lieu dans la salle des fêtes de l'hôtel de la rue Boissy-d'Anglas (Le Figaro, Paris, 2 mars 1896, p. 2). Sans doute s'agit-il de l'une des toutes premières fois où le cinématographe partage la vedette avec les rayons Röntgen, autrement dit, les rayons X dont la découverte est presque simultanée de celle de l'appareil de photographies animées. Le succès de l'appareil Lumière ne se mesure pas uniquement au nombre des spectateurs qui font la queue sur le boulevard Capucines, mais également aux soirées privées qui s'organisent à Paris :

Le grand succès de la saison est décidément au Cinématographe Lumière. Non seulement on voit, chaque jour, une foule énorme assiéger l'entrée de la salle du boulevard des Capucines, mais encore on s'arrache dans les salons le merveilleux appareil.
Il n'est pas de belle soirée, aujourd'hui, sans voir figurer au programme les projections animées de MM. Lumière.


Le Gaulois, Paris, 9 mars 1896, p. 3.

Le cinématographe Lumière (Société Française de Photographie, 9 mars 1896)

Les relations entre les Lumière et les sociétés de photographie sont extrêmement fréquentes et on les trouve souvent parmi les membres d'honneur. La Société Française de Photographie organise, dans la Salle d'Horticulture de la rue de Grenette, une fête photographique et musicale :

Au programme : le cinématographe de MM. Lumière avec ses scènes animées ; une photo-revue instantanée de M. Augé de Lassus, musique de M. Auzende, adaptée aux projections des principaux événements de l'année ; puis une série de projections du plus haut intérêt, parmi lesquelles nous devons citer en premier lieu, les paysages de M. Demachy et les portraits et instantanés de M. Carle de Mazibourg, c'est-à-dire de M. le comte Desmazières dont c'est le pseudonyme.


Le Figaro, Paris, 10 mars 1896, p. 4.

Le cinématographe Lumière de l'Olympia (22 mars 1896-[juillet] 1896)

Le succès du cinématographe Lumière au boulevard des Capucines est tel que depuis plusieurs semaines on annonce la prochaine ouverture d'une nouvelle salle. Dès la fin février, il est question d'installer un cinématographe dans la salle :

A l'Olympia, d'ici quelques jours, en plus du spectacle déjà si attrayant, on pourra assister aux séances du cinématographe, qui depuis quelque temps fait courir tout Paris.
On peut donc dire que M. de Lagoanère réunit dans son hall toutes les attractions aimées du public.


Le Gaulois, Paris, 26 février 1896, p. 4.  

Il faudra malgré tout attendre presque un mois avant que le cinématographe Lumière ne s'installe au premier étage du célèbre théâtre. On peut pense que la mise en place du projet a été plus compliqué que prévu et que les Lumière ont dû repousser de quelques semaines le jour de l'inauguration :

Aujourd'hui dimanche, à deux heures, ouverture, au premier étage de l'Olympia, de la nouvelle salle du Cinématographe Lumière.
Les projections animées continueront, en même temps, dans la salle du Grand-Café.


Le Journal, Paris, 22 mars 1896, p. 3.

Un bail a été signé entre Antoine Lumière et Clément-Maurice, en avril 1896, pour une durée de quatre mois (Archives de Paris, série DP4)

Par la suite, les informations se font très rares et, à l'exception de la rubrique des théâtres, aucun article ne vient compléter les informations. Il faut attendre les beaux jours pour que l'administration Lumière donne enfin quelques informations :

L'administration du Cinématographe-Lumière a fait installer dans toutes ses salles des systèmes d'aération perfectionnés. Les spectateurs n'ont donc pas à redouter l'excès de chaleur, pas plus dans le sous-sol et au premier étage du boulevard des Capucines qu'au rez-de-chaussée du boulevard Saint-Denis.
Quant à la salle des fêtes des Grands magasins Dufayel, où fonctionne également un cinématographe, elle est suffisamment vaste et aérée pour qu'on n'ait pas besoin de système spécial.
Adolphe Mayer.


Le Journal, Paris, 18 mai 1896, p. 4.

Répertoire (autres films) : Les Fêtes du Couronnement du Tsar à Moscou : La cérémonie du Sacre ; Le général de Boisdeffre se rendant au Kremlin ; Le Défilé des chefs asiatiques ; L'Impératrice mère se rendant à l'église de l'Assomption ; plusieurs vues des Fêtes du Millénaire à Budapest (Le Figaro, Paris, 2 juillet 1896, p. 3).

Le cinématographe Lumière (Association des Journalistes, 22 mars 1896)

Une fois encore, le cinématographe Lumière est appelé pour une réunion choisie. L'Association des Journalistes se réunit, au Grand-Hotel, sous la présidence de M. Mézières, de l'Académie française, président de l'Association. De nombreux invités s'y retrouvent dont Léon Bourgeois, président du Conseil. Tout va se terminer en musique et en images animées :

Un superbe concert a suivi ce banquet. Il a été ouvert par quelques projections du Cinématographe-Lumière auxquelles l'assistance a fait un très gros succès.


Le Figaro, Paris, 23 mars 1896, p. 1.

C'est Antoine Lumière qui est aux manettes. Une fois encore cela confirme que les Lumière tout en exploitant le cinématographe cherchent aussi à se gagner les faveurs de la meilleure bourgeoisie parisienne. De cette soirée exceptionnelle, Adolphe Brisson nous offre une description détaillée du cinématograph et de son opérateur :

PROMENADES ET VISITES
M. LUMIÈRE
C’était au Grand Hôtel, l’autre soir... L’Association des journalistes parisiens, célébrant sa fête annuelle, avait fait venir le cinématographe afin de réjouir ses invités. Au moment où les projections allaient commencer, on remarqua que l’obscurité n’était pas assez complète ; il fallut éteindre un lustre qui répandait dans la salle une vague lueur. Et comme le public, manifestait, quelque impatience de ce retard, on entendit une voix cordiale qui s’écriait :
— Mes enfants ! quand le père Lumière est là, il faut que ça marche !
Et, en effet, tout marcha très bien. Le cinématographe obtint son succès habituel. J’avais l’honneur d’être placé dans le voisinage de M. Léon Bourgeois, président du conseil, et je pus recueillir les mots qui tombaient de sa lèvre auguste... M. le président paraissait émerveillé.
— Avec cet appareil, disait-il, on pourrait reproduire le mouvement des batailles, saisir et reconstituer la physionomie des armées en marche.
Napoléon, qui nourrissait des pensées belliqueuses, n’eut pas considéré le cinématographe à un autre point de vue.
Sa tâche terminée, le « père Lumière », ayant reçu de l’assistance l’ovation qu’il méritait, s’en alla s’asseoir sur une banquette et s’apprêta à savourer les chansons de Mlle Yvette Guibert. Je pus le con sidérer à loisir.[...]


Le Temps, Paris, 7 avril 1896, p. 2.

Sur Paris, Antoine Lumière est l'une des figures essentielles de la diffusion du cinématographe. Il a la confiance de ses enfants et il suit de près les salles où l'on présente l'appareil. On peut penser qu'il est également intervenu lors de soirées similaires.

Le cinématographe Lumière de l'Eldorado (26 mars 1896-[1er mai 1896])

C'est maintenant dans le cadre d'un spectacle présenté à l'Eldorado, Le Royaume des femmes, une opérettte d'un auteur à la mode, Gaston Serpette, que le cinématographe Lumière va s'installer pendant quelques semaines : 

Pour une bonne idée, voilà une bonne idée : Tous les soirs, à partir d'aujourd'hui, jeudi, le 2e acte du Royaume des Femmes, le gros succès de l'Eldorado, sera enrichi du cinématographe de lumière qui fera défiler devant les yeux du public stupéfait huit tableaux-animés d'une extrême originalité. Nous avons assisté, hier, à la répétition générale de ce « numéro » sensationnel, et nous serions bien surpris qu'il ne fît pas courir tout Paris à l'Eldorado. Pour obtenir l'exploitation dans son théâtre du cinématographe, M. Marchand a semé l'or sans compter. C'est là une semence dont la récolte sera enviable.


Le Journal, Paris, 26 mars 1896, p. 1.

Curieusement, la presse de façon insistante va parler d'un " cinématographe de Lumière ". S'agit-il d'un jeu de mot sur le nom " Lumière " ?

theatre eldorado 1896 eldorado royaume des femmes
L'Eldorado, Paris, c. 1900 Alfred Choubrac, Théâtre de l'Eldorado, Royaume des femmes, 1896
© Musée Carnavalet

Même s'il ne s'agit pas, à proprement parler, de combiner la scène et l'image animée, il y a là la première association de cet ordre que l'on va retrouver souvent dans les années à venir. Le cinématographe dans le cas présent vient prendre place en plein milieu d la pièce sans qu'il y ait un lien précis entre le spectacle et les vues animées :

La première représentation au théâtre de l'Eldorado du cinématographe de Lumière a été hier soir un véritable triomphe.
Les vues - au nombre de huit - qui ont défilé au troisième tableau du Royaume des femmes, ont littéralement soulevé la salle.
Le Mur qui s'écroule et la Plage de la Ciotat, notamment, ont provoqué des tonnerres d'applaudissements.


Le Gaulois, Paris, 27 mars 1896, p. 3.

Faut-il y voir un effet " cinématographe " ? Toujours est-il que l'Eldorado est conduit à organiser des séances en matinée afin de satisfaire un public très nombreux :

Pour donner satisfaction aux demandes renouvelées des familles, la direction du théâtre de l'Eldorado donnera aujourd'hui une matinée composée de son gros succès : Le Royaume des Femmes, avec, au deuxième acte, le Cinématographe de Lumière, cette merveille de la science moderne qui fait courir tout Paris à l'Eldorado où, soit dit en passant, on a dû refuser hier soir plus de trois cents personnes.O. Ridot.


La Libre Parole, Paris, 29 mars 1896, p. 3.

Comme souvent le succès attire les fausses nouvelles et la rumeur va vite gonfler à propos des prix pratiqués par l'Eldorado depuis que le cinématographe Lumière est installé et qu'il a fait bondir les recettes :

On a fait courir le bruit que, depuis l'installation du cinématographe de Lumière au deuxième acte du Royaume des femmes, le prix des places au théâtre de l'Eldorado était augmenté.
M. Marchand nous prie de démentir cette nouvelle. Le prix des places est toujours le même.


Le Gaulois, Paris, 30 mars 1896, p. 3.

Nous ne disposons que de rares informations sur les vues animées qui sont présentées au cours des spectacles, mais parfois la presse fournit de nouveaux titres :

À la matinée qui aura lieu aujourd'hui, à l'Eldorado, le Cinématographe déploiera un nouveau tableau, le bassin des Tuileries que M. Lumière a fait exclusivement pour le coquet théâtre du boulevard de Strasbourg et que les Parisiens ne pourront voir nulle autre part.


Le Gaulois, Paris, 6 avril 1896, p. 3.

Quelques jours plus tard de nouvelles vues sont proposées aux spectateurs, ce qui confirme bien le rôle essentiel du cinématographe dont la presse indique désormais qu'il est présenté, en matinée, à 10 h :

À la matinée qui aura lieu aujourd'hui à l'Eldorado, le cinématographe fera défiler, au deuxième acte du Royaume des femmes, trois tableaux inédits : le Régiment en marcheles Mauvaises herbesles Pêcheurs de sardines, composés exclusivement pour le public de ce théâtre.


Le Gaulois, Paris, 12 avril 1896, p. 3.

Il est sans doute quelque peu exagéré de parler d'exclusivité, puisque les films ont déjà été présentés, pour la plupart, à Lyon, mais il est possible que les vues, à Paris, ne soient offertes qu'à l'Eldorado... Toujours est-il que le succès grandit continuellement et ça n'est pas le Royaume des Femmes qui en est le principal responsable puisque la direciton de l'Eldorado va finalement organiser des séances uniquement composées de projections cinématographiques :

Pour satisfaire à la demande d’un grand nombre d’habitants du dixième arrondissement qui lui ont adressé une pétition, la direction de l’Eldorado a décidé de donner quotidiennement, de deux heures à six heures, des représentations de cinématographe Lumière. La première de ces représentations, qui se continueront chaque jour, aura lieu jeudi prochain. Le prix d’entrée est fixé à 1 franc. Ces représentations ne changeront rien au programme du soir de l’Eldorado, qui continuera à offrir à son nombreux public son désopilant spectacle : la Royaume des Femmes avec, au deuxième acte, le Cinématographe Lumière.


La Libre Parole, Paris, 14 avril 1896, p. 4.

Il est par ailleurs difficile de mesure le succès du cinématographe en se basant sur les seuls articles de presse. Toutefois, on peut accorder un certain crédit lorsque des chiffres plus précis sont offerts au lecteur. Ainsi l'entrefilet suivant offre des informations nouvelles :

Les après-midi de l'ELDORADO avec le Cinématographe Lumière attirent au coquet théâtre du boulevard de Strasbourg la foule des grands et des petits.
Dans le seul après-midi d'hier, de deux heures à six heures, le contrôle a enregistré plus de douze cents entrées à un franc.


La Justice, Paris, 24 avril 1896, p. 3. 

Quelques jours plus tard, le 1er mai 1896, la presse annonce pour la dernière fois le cinématographe Lumière à l'Eldorado.

Le cinématographe Lumière aux Grands Magasins Dufayel (29 mars 1896)

Les Grands Magasins Dufayel, fondés en 1856, boulevard Barbès, se consacrent, surtout, à la vente à crédit d'articles d'ameublement et d'équipement de la maison. Ils vont accueillir, pour la première fois fin mars 1896, le quatrième cinématographe Lumière de la capitale. Une séance exceptionnelle à lieu le dimanche 29 mars :

DIMANCHE 29 Mars, à 2h., Concert-Promenade, orchestre de 105 musiciens. Séance du Cinématographe-Lumière. Exposition de mobiliers par centaines dans les GRANDS MAGASINS DUFAYEL.-Entrée libre.


Le Figaro, Paris, 28 mars 1896, p. 3.

L'appareil est-il déjà installé à demeure ou bien s'agit-il d'une présentation exceptionnelle ? Toujours est-il que le cinématographe est à nouveau présent aux Grands Magasins Dufayel, le 8 avril 1896 et désormais les séances sont quotidiennes :

Salle des Fêtes des GRANDS MAGASINS DUFAYEL. Tous les jours, le CINÉMATOGRAPHE. Exposition de mobiliers par centaines.


Le Figaro, Paris, 8 avril 1896, p. 3.

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Salle du cinématographe et des attractions (Dufayel)
© collection particulière

De tous les appareils Lumière présentés dans la capitale, celui des magasins Dufayel est celui qui fait le plus parler de lui. Dans la plupart des cas, ce ne sont que des articles strictement publicitaires sans grand intérêt, mais parfois, des informations nouvelles apparaissent :

Les bicyclistes qui désirent voir les merveilleuses projections animées du Cinématographe Lumière, dans la salle des fêtes des grands magasins Dufayel, peuvent se rendre boulevard Barbès avec leur machine.
On vient de faire installer à leur intention un garage absolument gratuit et avec garantie.


Le XIXe siècle, Paris, 12 juin 1896, p. 3.

Cette initiative est tout à fait nouvelle et souligne que les Grands Magasins ont des stratégies commerciaux pour le moins modernes.

Répertoire : La Course des automobilesLe Retour du régiment (Le Journal, Paris, 18 juin 1896, p. 4), La Cérémonie du SacreLe Général de Boisdeffre se rendant au KremlinLe Défilé des chefs asiatiquesL'Impératrice mère se rendant à l'église de l'Assomption, plusieurs vues des " Fêtes du Millénaire à Budapest " (Le Figaro, Paris, 2 juillet 1896, p. 3.

La Photographie vivante du Théâtre Isola (1er avril 1896-25 avril 1896)

C'est en 1892 que les frères Isola, de retour d'Algérie, vont ouvrir les Capucines, sur le bouvelard du même nom. En réalité, le lieu est vite connu comme le Théâtre Isola. Situé au nº 39, il n'est pas loin du Grand Café, situé au 14, où le succès du cinématographe ne se démentit pas depuis le 28 décembre 1895. Les deux impresarios vont vite comprendre tout l'intérêt qu'il y a à tenter de se procurer un appareil pour projeter des " photographies vivantes ". On peut même lire entre les lignes un entrefilet publié au début du mois de mars qui trahit quelque peu l'état d'esprit des deux frères :

En-ce moment où les inventions prodigieuses se succèdent coup sur coup, il devient de plus en plus difficile d'étonner un peu le monde. Aussi faut-il que les frères Isola soient des enchanteurs bien habiles pour arriver encore à émerveiller leurs nombreux spectateurs. Rien n'explique mieux leur vogue toujours croissante.


Le Gaulois, Paris, 2 mars 1896, p. 3.

 Finalement la première a lieu le 1er avril 1896 :

La merveilleuse découverte de la photographie vivante, grandeur naturelle et en couleurs, sera visible au théâtre Isola à partir de demain, tous les jours de deux heures à six heures. Vu la vogue des attractions des frères Isola, cette exhibition n’aura lieu qu’en matinée.


La Libre Parole, Paris, 31 mars 1896, p. 4.

Les programmes ne sont pas toujours connus et, dans le cas présent, la seule vue dont il est question dans les premiers jours est Loïe Fuller, une bande de chez Pathé comme le disent les frères Isola dans leur mémoires :

Très curieuses les photographies vivantes en couleurs que montrent les frères Isola. Cette ingénieuse application donne l'illusion complète et réelle de la vie. Il y a notamment une Loïe Fuller dont on bisse à chaque séance la danse serpentine.


L'Intransigeant, Paris, 7 avril 1896, p. 3.

Les " photographies vivantes " des frères Isola ont-elles rencontré le succès escompté. On pourrait le croire en lisant le suivant entrefilet :

On peut se rendre compte du succès sans précédent obtenu par la " Photographie vivante ", l'innovation des frères Isola, par la foule qui se presse, à la porte de leur théâtre. On refuse du monde chaque soir.


Le Gaulois, Paris, 18 avril 1896, p. 4.

Mais voilà, d'autres journaux parisiens publient le même texte... autant dire que ce sont les frères Isola qui font passer l'annonce. Un dernier article est publié le 25 avril et, même s'il est signé, il est également présent, sans signature, dans d'autres périodiques :

Grâce à l'ingénieuse idée qu'ils ont eue d'appliquer les couleurs à leurs projections animées, les frères Isola ont réalisé l'illusion complète de la vie, la véritable et merveilleuse Photographie vivante que tout Paris veut voir et admirer.
Adolphe Mayer.


Le Journal, Paris, 25 avril 1896, p. 6.

Il n'est plus question dans les semaines à venir des projections organisées dans le théâtre Isola... Le succès, contrairement aux annonces passés dans la presse, n'a pas été réellement au rendez-vous ou bien peut-être y a-t-il eu des problèmes qui expliquent cette disparation après un peu plus de trois semaines.

Le cinématographe du Théâtre Julius (Foire au Pain d'Épice, 5 avril 1896-)

 

Alors que l'on pense que les forains ne se sont intéressés au cinématographe que quelques mois plus tard, la Foire au Pain d'Épice qui ouvre ses portes le 5 avril 1896 accueille, parmi ses nombreuses attractions, un cinématographe :

La Foire au pain d'épice
Fera-t-il beau, pleuvra-t-il ? Telle est la question que se posaient samedi soir plusieurs milliers de personnes. Les marchands, saltimbanques et forains de toute sorte d'abord, qui, installés sur la place du Trône — pardon, de la Nation — consultaient le ciel avec anxiété, car du temps du dimanche, jour de l'ouverture de la Foire au pain d'épice, dépendait la richesse ou la détresse ; les badauds parisiens ensuite, pour qui la promenade à cette grande kermesse annuelle, le jour de Pâques, est une tradition de rigueur.
Il a plu le matin, de bonne heure. Puis, le ciel s'est rasséréné, et c'est par un soleil, un peu pâle peut-être, mais néanmoins très encourageant que la foire s'est ouverte.
Aussi l'affluence a-t-elle été considérable.
[…]
Dernier détail pour montrer combien la Foire au pain d’épice est « dans le mouvement » : le cinématographe y a déjà fait sa première apparition.


Le Figaro, Paris, 6 avril 1896, p. 4.

L'établissement qui présente l'appareil est le "Théâtre Julius" (La Petite République, Paris, 8 avril 1896, p. 1) dont on ne sait rien d'autre. 

Le Kinétographe du Théâtre Robert-Houdin (5 avril 1896-)

Georges Méliès, qui a découvert le cinématographe dans la salle du grand Café, est l'un des tous premiers à réaliser tout l'intérêt que l'on peut tirer de la nouvelle invention. Il va donc se procurer un projecteur auprès du britannique Robert W. Paul qui commercialise son animatograph dès le début de l'année 1896. 

À l'occasion des fêtes de Pâques, le théâtre Robert-Houdin donnera des matinées tous les jours de la semaine, du 5 au 12 avril.
À toutes les représentations, le « Kinetograph » (photographies grandeur naturelle), appareil américain perfectionné, sans aucune trépidation. Le Miracle du Brahmine, le Pilori, Tom Old Boot.
Distribution de jouets, etc.


Le Journal, Paris, 2 avril 1896, p. 3.

L'appareil apparaît sous le nom de " kinetographe ", " kinetograph ", " cinétographe " voire " kinématographe ", selon les organes de presse. Pendant des semaines rien n'est dit des films qui sont projetés et les projections alternent avec des numéros qui ont fait leurs preuves. Les annonces sont rares et elles n'apportent guère d'informations :

Au théâtre Robert-Houdin, le Kinétographe obtient un énorme succès. Cet appareil américain perfectionné produit les photographies animées grandeur naturelle sans aucune trépidation, et la longue série de tableaux présentée chaque séance est uniquement composée de sujets choisis avec le plus grand soin et d'un effet merveilleux. Les rayons Rœntgen, le Miracle du Brahmine, le Pilori et le Rêve de Coppélius complètent le spectacle qui est en ce moment des plus brillants.


Le Journal, Paris, 12 mai 1896, p. 4.

robert houdin

Paris, Boulevard des Italiens (c. 1900)
(à droite, deuxième édifice le théâtre Robert-Houdin) [D.R.]

Même si les annonces sont publiées quotidiennement, aucune nouvelle information dans les semaines suivantes, si ce n'est que les matinées sont parfois supprimées. Il faut attendre le mois de septembre pour qu'un petit article revienne sur l'appareil et les projections :

Le théâtre Robert-Houdin tient un grand succès avec les Photographies animées du " Kinetograph ", le Rêve de Coppelius, le Bramine et le Pilori.
M. Meliès, le directeur de ce théâtre, est l'inventeur du " Kinetograph " qui a cette supériorité sur les appareils similaires de supprimer les trépidations si gênantes pour les yeux.


L'Écho de Paris, Paris, 17 septembre 1896, p. 3.

Quelques jours plus tôt, Georges Méliès a breveté un appareil pour la prise de vue et la projection. Il maintient la confusion, peut-être aussi pour ne pas troubler les spectateurs, et conserve le même nom. Enfin, on va pouvoir découvrir les vues prises par lui-même et Lucien Reulos :

MM. Méliès et Reulos ont réalisé le rêve de tous les Parisiens : revoir encore quelques instants le tsar et la gracieuse tsarine. Depuis hier soir, on peut voir au Kinétographe du théâtre Robert-Houdin le passage du tsar avenue du Bois et le départ pour Versailles en poste.


L'Écho de Paris, Paris, 12 octobre 1896, p. 3.

Quelques jours plus tard, on apprend que de " nombreuses scènes comiques, spéciales pour le jeune auditoire, sont projetées à l'aide du ' kinétographe ', et c'est plaisir d'entendre les joyeux éclats de rire des spectateurs, petits et grands. " (Le Journal, Paris, 19 cotobre 1896, p. 4). Et plus aucune information ne paraît jusqu'à la fin de l'année 1897.

Le cinématographe Lumière au Congrès des Sociétés Savantes (7 avril 1896)

C'est dans le cadre du Congrès des Sociétés Savantes, qui se tient à la Sorbonne, qu'une nouvelle démonstration de l'appareil Lumière va avoir lieu. Les Lyonnais ne sont pas là et c'est donc M. Cousin de la SFP qui est chargé de présenter le cinématographe :

Le cinématographe.-M. Cousin, secrétaire de la Société française de photographie, présente au nom de MM. Lumière, de Lyon, empêchés, le cinématographe que ces savants constructeurs ont imaginé et donne quelques renseignements sur le fonctionnement de ce remarquable instrument, bien connu dees Parisiens, qui fait à l'heure actuelle l'admiration de tous.
Le président adresse à MM. Lumière tous les remerciements de la section.


Le Temps, Paris, 10 avril 1896, p. 3.

Ce que ne dit pas l'entrefilet c'est si la présentation a été accompagnée de projections cinématographiques...

Le Cinématographe Lumière (Boulevard Saint-Denis ([2 mai 1896]-)

Après avoir installé quatre postes à Paris, la maison Lumière va procéder à l'ouverture d'un cinquième local, totalement dédié aux images animées. L'annonce est relativement discrète, et on peut penser que le local a été inauguré dans les derniers jours d'avril :

L'administration du Cinématographe-Lumière vient d'inaugurer avec succès une nouvelle salle. C'est près de la Porte-Saint-Martin, dans un quartier très fréquenté, qu'elle a été installée. Afin de rendre populaire cette merveilleuse invention, le prix d'entrée a été fixé à 50 centimes pour une série scènes.


Le Petit Journal, Paris, 2 mai 1896, p. 4.

Peu d'informations, mais la réduction du prix se combine avec une réduction également du nombre de vues offertes au public.

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Le Cinématographe Lumière de la Porte Saint-Martin
© B. Chardère, Institut Lumière

Pour des raisons obscures - faut-il y voir le traitement particulier accordé à cette salle installée dans une zone populaire ? - cette salle n'apparaît que très rarement dans la presse. Autant dire que les rares entrefilets sont précieux pour en connaître le fonctionnement :

Le nouveau local où fonctionne un. cinématographe Lumière, boulevard Saint-Denis, 6, est aussi confortablement aménagé que possible. Une sortie spéciale et spacieuse permet d'évacuer la salle en peu de temps.
Dans ces conditions, les séances pouvant être fréquemment renouvelées, le public, bien que fort nombreux, n'a pas l'inconvénient d'attendre.


Le Petit Parisien, Paris, 12 mai 1896, p. 3.

C'est encore du local dont il va être question dans l'information suivante. On apprécie sans aucun doute la bonne idée que l'administration Lumière a eu en aménageant ses différents lieux de projection pour se prémunir des fortes chaleurs. Dès le printemps, on peu lire en effet dans la presse l'annonce suivante :

L'administration du Cinématographe-Lumière a fait installer dans toutes ses salles des systèmes d'aération perfectionnés. Les spectateurs n'ont donc pas à redouter l'excès de chaleur, pas plus dans le sous-sol et au premier étage du boulevard des Capucines qu'au rez-de-chaussée du boulevard Saint-Denis.
Quant à la salle des fêtes des Grands magasins Dufayel, où fonctionne également un cinématographe, elle est suffisamment vaste et aérée pour qu'on n'ait pas besoin de système spécial.
Adolphe Mayer.


Le Journal, Paris, 18 mai 1896, p. 4.

Le cinématographe Lumière (La Sabretache (1er juin 1896)

La Sabretache est une société d'études historiques qui réunit les collectionneurs de figurines et les amis de l'histoire militaire. Lors du dîner du 1er juin 1896, un cinématographe Lumière agrémente la soirée, mais on ignore le nom de l'opérateur :

Le dîner de la Sabretache. — M. Edouard Détaille a présidé hier le dîner trimestriel de la Société amicale qui réunissait chez Marguery plus de cent convives appartenant à l’armée, aux lettres ou à l’art. Il avait à sa droite le général Davout, duc d’Auerstædt, à sa gauche l’amiral Duperré. Parmi les convives nous citerons les généraux Loizillon, ancien ministre de la guerre, de Monard, Laveuve, de Torcy, ancien chef d’état-major à Madagascar, Kirgener de Planta, de Launay, Gonse, sous-chef d’état-major général, etc. ; les colonels et lieutenants-colonels Meunier, de l’état-major général, Allaire, Monteil, l’explorateur du Soudan, de Coubertin, Duhousset, Dessirier, les peintres Meissonier fils, Couturier, Morel et Poilpot ; MM. Norberg, trésorier de la Sabretache ; le prince de la Moskova, capitaine Berthaut, fils de l’ancien ministre de la guerre et secrétaire du duc d’Aumale ; Francis Thomé, comte Beugnot, capitaine d’Harcourt, Bertin, René de Boisdeffre, etc., etc.
Au dessert, M. Détaillé a donné la parole à M. Germain Bapst, qui a raconté d’intéressants souvenirs sur le général Canrobert.
Après le dîner, MM. Lumière ont donné une intéressante représentation de leur cinématographe, en grande partie consacrée à l’armée. Des scènes de pansage à la caserne de la Part-Dieu à Lyon, des exercices et des charges de cuirassiers ont soulevé les applaudissements de ce public d’élite dont faisaient partie tant de brillants officiers de cavalerie.


Le Temps, Paris, 3 juin 1896, p. 3.

Parmi les vues évoquées - toutes, logiquement, consacrées à la chose militaire -, certaines sont identifiables, mais elles ne figurent pas toutes au catalogue Lumière. Cette soirée confirme bien que les Lumière continue de jouer la carte des séances privées qui réunissent très souvent des figures en vue de l'époque.

Le Cinématographe perfectionné de l'Exposition de la Lumière (Champ-de-Mars 15 juin 1896)

L'Exposition de la Lumière, des Industries chimiques et de la Traction automobiles s'ouvre à la Galerie des Machines (Champ-de-Mars) le 15 juin 1896, même si l'inauguration n'a lieu que le 1er juillet. C'est dans ce cadre qu'un cinématographe est installé :

Parmi les attractions inédites que nous ménage l'Exposition de la lumière, au Champ-de-Mars, et à côté de curiosités scientifiques telles que le piano électrique, le fourneau de cuisine électrique, la photographie directe en couleurs, le cinématographe perfectionné, etc., etc., figurera une reproduction en miniature d'une mine d'or au Transvaal, avec l'exposé complet des divers procédés d'extraction. Le public pourra y suivre en détail et comme sur le terrain même le travail mystérieux de ces fameuses entreprises sudafricaines.


Le Matin, 19 juin 1896, p. 2.

Il est difficile de savoir de quel appareil il s'agit, sans doute pas un Lumière. Il pourrait, en revanche, s'agir d'un cinématographe Joly-Normandin, car ces derniers usent souvent de l'expression " cinématographe perfectionné ". Mais nous n'en saurons pas davantage.

Le cinématographe Lumière (Automobile-Club, 16 juin 1896)

C'est encore le cinématographe Lumière qui est appelé à la rescousse pour agrémenter la soirée que donne l'Automobile-Club, le 16 juin 1896. S'il est assez rare que l'on connaisse l'opérateur - l'utilisation de la formule " MM. Lumière " ne doit pas être prise au pied de la lettre dans la plupart des présentations de cinématographe -, dans le cas présent, c'est une figure essentielle dans le dispositif des Lyonnais à Paris : Clément Maurice

La fête donnée par l’Automobile-Club pour l’inauguration de sa villa au bois de Boulogne a été favorisée par un temps merveilleux.
Dès sept heures, une file interminable de voitures amenait les nombreuses personnalités du monde parisien qui avaient répondu à l’aimable invitation du comité.
La fête, qui a commencé par un élégant dîner sous une tente, par petites tables, aux sons d'un excellent orchestre de tziganes, a été des plus réussis.
Après le dîner, on a été émerveillé par les tableaux du cinématographe-Lumière, par M. Clément Maurice ; puis le désopilant Félix Galipaux a dit avec la verve qu'on lui connait un monologue de circonstance, Pour conduire une automobile, et Fordyce a dit avec beaucoup de succès un autre monologue de circonstance, l’Anglais qui est venu à Paris pour conduire une automobile.
Le concert dans les jardins par l'excellente harmonie Dufayl a été fort applaudi ; elle a fait entendre les meilleurs morceaux de son brillant répertoire.
A dix heures, splendide feu d'artifice tiré par Ruggieri, et l'on a terminé par la charmante revue à la vapeur de M. Jacques Redetsperger : Paris-Biblelot, qui a été applaudie d'enthousiasme par un auditoire d'élite […]


Le Gaulois, Paris, 17 juin 1896, p. 2.

Une fois encore, les Lumière soignent leur image et multiplient les présentations dans le " monde parisien ".

Le Cinématographe Lumière dans les salons du Figaro (24 juin 1896)

Toujours avec la volonté d'occuper coûte que coûte le terrain, le cinématographe Lumière va proposer, dès le 24 juin, dans les salons du quotidien Le Figaro, une séance exceptionnelle où sont offerts au public choisi les vues des fêtes du Couronnement. C'est Camille Cerf, de retour de Russie, qui assure la présentation et Gabriel Veyre qui est à la manoeuvre :

Le tsar à Paris
Les Parisiens n'avaient eu jusqu'ici, pour les renseigner sur les prodigieux spectacles qu'offrit, le mois dernier, Moscou à ses visiteurs, que les descriptions forcément un peu hâtives du journal et de l'image. Ils ont depuis hier mieux que cela : ils ont la vie même de ces événements présente à leurs yeux.
C'est au cinématographe, comme on l'a déjà deviné, que nous devons ces prodiges. Un de nos confrères, M. C. Cerf, installé à Moscou pendant les dernières fêtes du Couronnement, a eu la très heureuse idée - d’accord avec MM. Lumière - "d’enregistrer”, sur le passage des cortèges, ou en présence des scènes multiples de plein air dont il a été témoin, une série d’instantanés du plus curieux caractère, et qui, grâce au génial procédé de la reproduction cinématographique, recréent devant nous le mouvement, la vie de ces épisodes inoubliables.
MM. Lumière avaient bien voulu offrir au Figaro la primeur de cette extraordinaire exhibition. C'est donc au Figaro même, dans notre petit salon du premier étage, aménagé en chambre obscure, que s'est hier accompli, devant une quarantaine de spectateurs émerveillés, le défilé vivant des scènes rapportées de Moscou sur trois ou quatre kilomètres de rubans de papier...
La présentation de ces documents nous était faite par M. C. Cerf, obligeamment assisté de M. Gabriel Veyre, opérateur. Dix-huit projections se sont succédé sur la toile de fond, parmi les frénétiques applaudissements d'une assistance où figuraient, à côté des rédacteurs du Figaro, une vingtaine d'invités à peine : la mission japonaise, ayant à sa tête S.A.I. le prince Fushimi, qu'accompagnaient le marquis Tokugawa, grand maître des cérémonies ; le comte Hishamatsu, aide de camp, et le capitaine de Labry ; plusieurs membres de l'ambassade et du consultat de Russie, et quelques officiers français - dont plusieurs eurent l'amusement de se reconnaître eux-mêmes au nombre des personnages que le cinématographe faisait défiler devant nous !
Les instantanés du Couronnement nous montrent l’agitation amusante du peuple dans les rues, le va-et-vient des soldats, des badauds en promenade autour de la fameuse cloche et du canon légendaire du Kremlin ; le défilé du personnel de l’ambassade de France et de la Mission, quittant le palais Cheremetiew pour se rendre aux cérémonies.
Puis ce sont les scènes de procession, l’arrivée de la famille impériale dans Moscou, un défilé de cosaques, de délégations asiatiques - un musée d’ethnographie en marche ! - puis une revue passée par les souverains.
Et de tout cela, pas un détail n'est perdu : le soleil brûle, allonge les ombres sur le sol blanc, fait miroiter l'acier des armes ; la brise secoue les panaches des casques ; la poussière s'élève, en nuages diaphanes, sous le sabot des chevaux... on la touche, et on la sent.
Mais les scènes les plus impressionnantes sont celles qui précèdent et suivent le Sacre : le passage de l’Impératrice mère, le défilé des dames d’honneur se rendant à la cathédrale de l’Assomption ; ensuite le Tsar, passant à son tour, la Tsarine appuyée à son bras, tous deux répondant par de légers saluts de la tête aux acclamations de la foule ; et enfin, la cérémonie finie, les souverains, revêtus du manteau impérial, coiffés de la couronne souveraine - réapparaissant dans un défilé d’une solennelle majesté, puis gagnant l’immense dais à panaches qui s’ébranle doucement, et les ramène au palais, à travers une foule qu’on sent vivre, grouiller, frémir - dont l’intense émotion semble s’exprimer dans les mouvements mêmes de l’image.
Jamais la science ne nous avait fait assister à plus prodigieuse féerie, et que voilà d'amusants trésors pour les historiens de l'avenir !
Émile Berr


Le Figaro, Paris, 25 juin 1896, p. 1.

Tout est fait pour ne pas laisser la concurrence s'installer, et le système Lumière fonctionne à plein au cours de ce premier semestre 1896. En outre, la présentation des vues d'actualité constituent indéniablement un " coup " publicitaire pour la maison lyonnaise.

Le Kinématographe du café Frontin (juillet 1896)

Les projections organisées au café Frontin, en juillet 1896, restent un mystère. Le propriétaire du café se nomme Pelletier et son gérant, Morlaix,  mais l'on ignore qui est réellement le responsable du cinématographe. On ne sait d'ailleurs strictement rien jusqu'au 17 juillet 1896 où le feu prend à la suite d'un probable faux-contact :

Le Feu
Un commencement d'incendie, qui a causé un moment de panique sur le boulevard, s'est déclaré hier soir à six heures au café Frontin. Dans une des salles affectées au cinématographe, des fils électriques ont mis le feu aux tentures et une fumée épaisse se dégageait jusque sur le trottoir.
Les pompiers de la caserne du Château-d'Eau se sont rendus maîtres du feu après une demi-heure de travail.


Le Petit Journal, Paris, 18 juillet 1896, p. 3.

Le rapport rédigé par le sapeur pompier de la Brigade de Paris (caserne Masséna, 3, rue Darmesteter, Paris 13e) apporte quelques informations complémentaires :

[...] le feu était dans une salle de conférence située au sous-sol, un court-circuit d'une installation à projections lumineuses dont les fils s'étaient rougis et avaient mis le feu à des tentures disposées sur un bâti en bois et protégeant ladite installation [...] Les dégâts consistent en : tentures en draperies et plusieurs rouleaux de films brûlés, un lambris et un bâti en bois carbonisé. La perte est évaluée à 1500F...


Archives de la Brigade de sapeurs pompiers de Paris, caserne Masséna, 3, rue Darmesteter, Paris 13e. (Cité par Meusy, 1995, 496.)

Les séances ont-elles pris fin ou le cinématographe a-t-il poursuivi ses projections ? Aucune information ne vient apporter de réponse... Toutefois, une annonce publiée peu de temps après jette un peu de lumière sur le café Frontin et l'appareil de projections.  

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Le Petit Parisien, Paris, 6 août 1896, p. 4

Or Hubert Trouillet, qui n'a pas semble-t-il, déposé de brevet, est le constructeur d'un " kinématographe " dont le nom a été enregistré le 28 mai 1896. Il semble bien que les relations entre lui et le café Frontin remontent déjà à quelque temps.

Le Cinématographe Joly (Exposition du Théâtre et de la Musique, Palais de l'Industrie, 29 juillet-25 novembre 1896)

L'ouverture de l'Exposition du Théâtre et de la Musique prévue pour le 25 juillet doit être reportée au 29 juillet, car la clôture de l'exposition des plans du Palais de 1900 est repoussée de quelques jours. Parmi les attractions, figure le Cinématographe perfectionné breveté par Henri Joly, une première apparition publique à laquelle sont associés Ernest Normandin et Louis Doignon.

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Exposition du Théâtre et de la Musique, 1896
© Musée Carnavalet
Exposition du Théâtre et de la Musique, Catalogue  officiel de l'Exposition, 1896, p. 124.

Le cinématographe semble avoir rencontré un réel succès auprès du public, comme en témoigne cet entrefilet :

Exposition du Théâtre et de la Musique
Les vendredis attirent une foule élégante à l'Exposition du Théâtre et de la Musique au Palais de l'Industrie. La Tabarinade, nous pourrions plutôt dire la petie revue de M. J. Hoche, a du succès grâce à la rentrée de M. Depas dans le rôle de Tabarin. M. Martel (Grattelard), Mlle Frédérick (Isabelle), Mlle Blanche Deneige (Guillemette). Dans la partie concert, entre tous les artistes, se sont fait applaudir principalement M. Raivac, qui s'est composé un brillant répertoire, M. Monsy.
La salle des séances de Cinématographe Joly est toujours archi bondée.
Tous les jeudis, auditions de musique.
ANDRÉ ENER.


L'Echo des jeunes, 1 octobre 1896, p. 188.

Les projections vont se poursuivre pendant quatre mois. Du répertoire, un seul titre, qui figure sur l'affiche du 23 octobre, nous est connu, Entrée du tsar à Paris. 

Le Cinématographe Lumière de Clément-Maurice (Automobile-Club de France, mi-novembre 1896)

Clément-Maurice, proche collaborateur des frères Lumière, et concessionnaire du cinématographe pour Paris, organise à plusieurs reprises des projections pour l'Automobile-Club de France. C'est le cas à la mi-novembre comme l'atteste le courrier suivant.

1896 11 20 acf 01 1896 11 20 acf 02
Le Président de l'Aumobile-Club de France, Lettre à Messieurs Lumière, Paris, 20 novembre 1896.
© Fonds Génard [D.R.]

1897

Le Cinématographe Lumière (Société de Géographie, 11 février 1897)

Le responsable du cinématographe Lumière pour Paris, Clément Maurice, est souvent appeler pour donner des projections dans le cadre de soirée ou de conférence. Celle qui est organisée par la Société de Géographie pour les amateurs de la " petite reine " a lieu le 11 février et elle est due au professeur Gabriel :

Une conférence, ayant pour titre " les Désidérata du cyclisme ", sera faite le jeudi 11 février prochain, à huit heures et demie du soir, à la salle de la Société de géographie, boulevard Saint-Germain, 184, par le professeur Gabriel, membre du conseil du T. C. F.: des projections animées, du cinématographe-lumière, seront faites par M. Clément Maurice.


Le Rappel, Paris, 6 février 1897, p. 3.

Le compte rendu de la réunion, paru quelques jours plus tard, n'apporte pas d'informations particulières sur les projections effectuées par Clément Maurice :

Avant-hier soir à la Société de Géographie, boulevard Saint-Germain, le professeur Gariel, membre de l’Académie de médecine, a fait la conférence que nous avions annoncée et dont le sujet était : " Les desiderata du cycliste ".
Salle comble, ou à peu près, malgré la pluie indiscontinue de la soirée. Sur l’estrade ont pris place MM. Ballif, président du T.C.F. : Max Vincent, conseiller municipal : les docteurs Léon Petit, Lucas Championnière, Briand, et MM. Duchesne et Vieillard.
La conférence terminée : 1. M. Ballif a annoncé la prochaine, celle que fera M. Lefort, le 11 mars, sur la Tunisie, avec projections de Molteni, toujours à la Société de Géographie : 2. M. Clément Maurice a amusé l’auditoire, pardon l'oculitoire (hum !) par des projections cinématographiques remarquables.


La France, Paris, 14 février 1897, p. 3.

On imagine, malgré tout, que quelques vues Lumière dont le sujet est la bicyclette ont été servies en conclusion de cette soirée.

Le Cinématographe Joly-Normandin (Parisiana, février 1897)

Le Parisiana est un café-concert, situé au 27 boulevard Poissonnière et inauguré le 9 septembre 1894, sous la direction d'Alexis-Charles Debasta. Ce dernier est également responsable de deux salles, l'Horloge et les Champs-Élysées. C'est à la fin du mois de février que l'on annonce des séances de cinématographe :

Parisiana, le luxueux en [sic] confortable théâtre-concert du boulevard Poissonnière dont les soirées si attrayantes obtiennent une faveur de plus en plus marquée, grâce aux efforts et aux sacrifices de son intelligente direction, vient de prendre une initiative particulièrement heureuse.
M. Ch. Debasta a eu, en effet, l'excellente idée d'organiser tous les jours, de 3 à 6 heures, des répétitions publiques qui apporteront une véritable révolution au café-concert. Pour le modeste prix de sa consommation, chacun peut passer son après-midi à Parisiana, en entendant dire par les artistes les plus aimés du public, les nouveautés du répertoire.
Ces matinées sont agrémentées de séances de cinématographie, séances merveilleuses où le système de cinématographe Joly se rélève comme le plus perfectionné et le plus artistique.


Gil Blas, Paris, 28 février 1897, p. 4.

Le cinématographe du Parisiana continue à figurer dans les programmes des spectacles au cours des semaines suivantes. Pourtant, les affaires ne marchent guère et Debasta accepte l'offre de rachat des frères Isola. Ces derniers conservent le cinématographe pour les matinées dès l'inauguration qui a lieu le 3 avril, mais les informations sur les proyections disparaissent vite de la presse. Là-dessus, l'incendie du Bazar de la Charité conduit aussi les propriétaires de cinématographes à devenir plus discrets. À une époque indéterminée, le cinématographe est placé dans un petit local situé au-dessus du Parisiana. Aucune information cependant jusqu'au 22 août, date à laquelle se déclare un incendie mineur qui va cependant soulever l'émoi, car le souvenir de la tragédie de la rue Jean-Goujon est encore très présent dans les mémoires :

Le cinématographe vient encore de faire des siennes.
Dans un local du premier étage donnant sur le boulevard Poissonnière et attenant à la salle de Parisiana-Concert, est installé depuis plusieurs mois déjà un cinématographe qu'actionne l'électricité.
Hier soir, à neuf heures, au cours d'une représentation à laquelle assistaient une dizaine de personnes, un commencement d'incendie provoqué par un court-circuit se déclara tout à coup. Deux fils électriques s'étaient rencontrés et avaient enflammé des pellicules. Le feu se communiquait déjà aux tentures, mais l'opérateur, M. Joubert, sans perdre son sang-froid, arracha les fils rougis à blanc et éteignit les flammes à l'aide d'un seau d'eau.
Toutefois les spectateurs pris de panique s'enfuirent affolés, jetant l'alarme qui provoqua un vif moment d'émotion dans la salle du concert. Mais l'émoi ne fut que de courte durée. En effet, quand arrivèrent les pompes des casernes Jean-Jacques-Rousseau, du Marché-Saint-Honoré et de la rue du Château-d’Eau, tout danger avait déjà disparu. Elles n'eurent donc pas à fonctionner.
Cet accident avait provoqué sur le boulevard un rassemblement considérable que les gardiens de la paix ont eu beaucoup de peine à dissiper.
M. Joubert a été brûlé à la main droite, mais ses blessures ne présentent aucune gravité.


Le Figaro, Paris, 23 août 1897, p. 4.

Mais plus aucune information ne figure dans la presse des semaines suivantes. Probablement faut-il penser que l'incendie et surtout sa répercussion ont conduit à la suspension des projections.

Le kinématographe de Mme Leclère (32, Boulevard Poissonnière, février-mai 1897)

C'est vers la fin du mois de février que commencent , dans un salon du 32, boulevard Poissonnière, des projections cinématographiques :

Ce cinématographe, ou plutôt ce kinématographe, puisque c'est ainsi qu'il s'appelait, était installé dans une boutique, au numéro 32 du boulevard Montmartre [sic], presque au coin du faubourg, depuis trois mois environ.


Le Radical, Paris, 26 mai 1897, p. 3.

La propriétaire du bail est Mme Leclère. Pourtant de ce cinématographe nous ne savons rien du tout jusqu'au 25 mai, jour où un incendie mineur se déclare :

Le feu dans un Cinématographe
Un commencement d'incendie, qui a provoqué une certaine panique, s'est déclaré hier soir vers six heures, au numéro 32 du boulevard Poissonnière, dans une petite boutique où était installé un cinématographe.
Au moment où le feu s'est déclaré, il y avait environ quinze personnes dans la salle. Aussitôt que l'alerte fut donnée, les spectateurs s'enfuirent rapidement, et l'on n'a à déplorer que des dégâts matériels, peu importants du reste.
En effet, les pompiers se sont rendus bientôt maîtres du feu. En mettant une pompe en batterie, un tuyau rempli d'eau a crevé sous la pression et les nombreux curieux qui se pressaient autour de la boutique ont été inondés.
M. Archer, commissaire de police, a averti par dépêche la Préfecture de police, et M. Girard, chef du Laboratoire municipal, est venu dans la soirée procéder à une expertise.
Nous avons vu M. Léon Roussin, employé au cinématographe, et il nous a raconté ce qui suit :
Alors que je mettais an point, le verre grossissant a fait lentille sur le celluloïd qui a pris feu et a enflammé la boîte entière.
Les pellicules du celluloïd se déroulaient trop lentement à mon gré, mais je ne puis être rendu responsable de ce qui est arrivé. Il se produit quelquefois dans les plaques des trous causés par des étincelles, mais la rapidité avec laquelle l'appareil fonctionne empêche l'accident de se manifester.
Au moment où le feu a pris dans la botte, le dernier tableau du cinématographe représentait la « Scène du cauchemar ». Cette coïncidence est bizarre.
M. Archer assistait à l'enquête faite sur place par M. Girard. Le magistrat a reçu les déclarations techniques de M. Léon Roussin qu'il avait interrogé déjà, aussitôt après l'accident.
Les débris de l'appareil ont été mis sous scellés.


Le Petit Parisien, Paris, 26 mai 1897, p. 3.

Plus de peur que de mal, et l'incident serait sans doute passé inaperçu s'il ne s'était pas produit après l'incendie tragique du Bazar de la Charité (4 mai 1897). C'est d'ailleurs ce que déclare l'opérateur : 

[...] " Un accident comme celui d'hier, continue-t-il, n'a aucune importance il s'est produit vingt fois ; et, passé toujours inaperçu, ou presque inaperçu, avant la catastrophe de la rue Jean-Goujon.
Maintenant, il n'y a plus qu'à fermer boutique, de tels accidents arriveront encore souvent, et, pour les éviter, il n'y a plus qu'un moyen, supprimer les cinématographes.
Mme Leclerq, ma patronne, était à sa fin de bail, elle ne renouvellera pas. C'est une industrie finie. Pour moi, advienne que pourra. "
Et Louis Roussin se promène de long en large devant la devanture fermée, atttendant l'enquête.


La Justice, Paris, 27 mai 1897, p. 3.

L'incendie marque ainsi la fin de l'exploitation de ce cinématographe dont on ne connaît pas le constructeur. En revanche, le film dont il est question, Le Cauchemar, fait partie du catalogue Méliès.

Le Cinématographe Joly-Normandin (Théâtre de la République, 4 avril 1897)

Les affaires du cinématographe Joly-Normandin sont au beau fixe en ce mois d'avril 1897, et Ernest Normandin peut se permettre même de prêter un appareil pour une oeuvre de bienfaisance en faveur des blessés gecs qui a lieu le 4 avril 1897, au théâtre de la République :

GRANDE MATINÉE ARTISTIQUE
AU THÉATRE DE LA RÉPUBLIQUE
Le Dimanche 4 avril, à deux heures
Voici, à quelques noms près, le programme complet de cette matinée, qui promet d'être à la fois des plus brillantes et des plus fructueuses, étant donnés le nom et la valeur des artistes avec laquelle les places s'enlèvent dans nos bureaux et au Théâtre de la République :
[...]
Nous croyons pouvoir faire à nos amis une surprise, celle du :
CINÉMATOGRAPHE
qu'un des inventeurs, M. Normandin, met gracieusement à notre disposition avec des vues appropriées.


La Presse, Paris, 1er avril 1897, p. 3.

Parmi les très nombreux artistes - chanteurs, musiciens, comiques... - ont relève le nom de Polin, le comique troupier qui tournera quelques années plus tard de nombreux films. Par ailleurs, cette participation gracieuse se situe juste un mois avant la catastrophe du Bazar de la Charité /4 mai 1897) où un appareil Joly-Normandin sera, indirectement, responsable de l'incendie.

Le Cinématographe Joly-Normandin du Concert de l'Association amicale des anciens élèves du lycée Buffon (Salle des Sociétés Savantes, 13 avril 1897)

Il est fréquent que pour une soirée les services d'un cinématographe soient loués. C'est ce qui se produit à l'occasion du concert qu'organise l'Association amicale des anciens élèves du lycée Buffon dans la salle des Sociétés Savantes :

Le concert annuel que donne l'Association amicale des anciens élèves du lycée Buffon a été particulièrement brillant cette année. La salle des Sociétés savantes où il a eu lieu, hier soir, était archi-comble. Gros succès pour Mlles Blanche de Neige, de la Roulotte ; Wissocq, de l'Odéon ; Miette, Bob Walter, dans ses chansons de bergères du dix-huitième siècle ; M. Chambon, de l'Opéra ; Jacques Monis, du Chien-Noir ; Darras, de l'Odéon ; M. Choinet, violoncelliste-solo, des concerts Colonne.
Mlle Amélie Massé, une jeune et jolie diva que tout Paris s'arrachera bientôt, a obtenu un triple rappel de bravos avec le répertoire Yann-Nibor. M. Charles Bernardel, le très distingué accompagnateur, tenait le piano.
N'oublions pas le cinématographe Jolly [sic], qui, par des vues très pittorresques et très nouvelles, a égayé vivement l'auditoire.


Journal des débats politiques et littéraires, 14 avril 1897, p. 3

Que du beau monde pour cette soirée où le cinématographe Joly occupe une place de choix. Mais nous ignorons le nom de l'opérateur et le titre des vues.

Le Cinématographe Joly-Normandin (Dames de France, [avril] 1897)

Une simple allusion nous indique qu'un appareil Joly-Normandin organise des projections aux Dames de France - probablement la Société caritatives des Dames de France, rue Gaillon - dans les semaines qui précèdent le drame du Bazar de la Charité :

Le Cinématographe
L'appareil cinématographique installé par la maison E. Normandin, 9, rue Soufflot, au grand Bazar de Charité, était un appareil du système Jolly, ayant déjà plusieurs fois fonctionné dans différentes séances données à l'asile de Villejuif, chez les dames de France, chez Mme Cazaubon, institutrice rue Soufflot, etc., etc., et qui devait servir hier pour une représentation à donner par Mme la comtesse de Puységur, au 51 de la rue de l'Université, chez des amis de cette dame.Le Radical, Paris, 7 mai 1897, p. 2.

Aucune autre information n'a pu être trouvée.

Le Cinématographe Joly-Normandin (Mme Cazaubon, [avril 1897])

Une simple allusion nous indique qu'un appareil Joly-Normandin organise des projections chez Mme Cazaudon, institutrice,rue Soufflot... précisément dans la même rue où se trouve Ernest Normandin, dans les semaines qui précèdent le drame du Bazar de la Charité :

Le Cinématographe
L'appareil cinématographique installé par la maison E. Normandin, 9, rue Soufflot, au grand Bazar de Charité, était un appareil du système Jolly, ayant déjà plusieurs fois fonctionné dans différentes séances données à l'asile de Villejuif, chez les dames de France, chez Mme Cazaubon, institutrice rue Soufflot, etc., etc., et qui devait servir hier pour une représentation à donner par Mme la comtesse de Puységur, au 51 de la rue de l'Université, chez des amis de cette dame.Le Radical, Paris, 7 mai 1897, p. 2.

Aucune autre information n'a pu être trouvée.

Le Cinématographe Joly-Normandin (Bazar de la Charité, 4 mai 1897)

Le Bazar de la Charité est une activité de bienfaisance qui a été créé en 1885, par M. Henri Blount. Son président est le baron de Mackau. Il a changé plusieurs fois de local au fil des ans. Au cours des six dernières années, il a été en face du numéro 108 de la rue de La Boëtie. Finalement, en 1897, il s'installe, rue Jean-Goujon, dans une sorte de hangar rectangulaire d'une largeur de vingt mètres. Pour l'aménagement, on va utiliser la " rue du vieux Paris ", l'une des principales attractions de l'Exposition du Théâtre et de la Musique qui s'est tenue, l'année précédente, au palais de l'Industrie et où, précisément, un cinématographe Joly proposait des vues animées. Prévenu trop tard, le cinématographe Joly ne s'installe que le 4 mai, lendemain de l'inauguration. C'est Victor Baïlac, responsable du secteur " représentation ", qui est à la manoeuvre. Grégoire Bagrachow, responsable du secteur " photographie ", est venu aussi, mais simplement pour découvrir le Bazar de la Charité. De deux heures et demi à quatre, le cinématographe a déjà proposé quatre séances et tout s'est déroulé sans anicroche. C'est au cours de la cinquième qu'une mésentente entre les deux hommes provoque le terrible incendie.

1897 bazar charite 04 1897 bazar charite 03
Vue d'ensemble du Bazar de la Charité avant l'installation des comptoirs. L'Incendie attaquant la façade : 4 heures 35
L'Illustration, Paris, n° 2828, 8 Mai 1897 Jules HuretLa Catastrophe du Bazar de la Charité (4 mai 1897), Paris, Juven Ed., 1897, p. 7 et 16.

Il était 4 heures 20. Tout à coup, du fond à gauche, à l'endroit où, derrière les boutiques, était installé le cinématographe, des flammes jaillirent ; en moins de trois minutes elles gagnèrent les frises des décors, courant dans les toiles peintes avec la rapidité de la foudre et mettant le feu à la fois à tout le bâtiment.
Ce fut une panique inimaginable.
Le plancher du bazar de la Charité était légèrement exhaussé ; il fallait franchir trois marches pour pénétrer dans le hall par deux petites portes situées aux deux extrémités de la construction. On entrait tout d'abord dans une sorte de salon-vestibule où se tenaient les soeurs quêteuses appartenant à diverses congrégations, puis on gagnait le bazar proprement dit. Au centre du spacieux pavillon, on avait bien ménagé une large porte à deux battants qui, hélas, s'ouvraient intérieurement et seulement au moment de la sortie.
Quand la panique s'est déclarée - le fait s'était déjà produit lors de l'incendie de l'Opéra-Comique - il a été impossible aux malheureux bloqués par les flammes d'utiliser ces issues, qui auraient été pour eux le salut immédiat.
En proie à un affolement subit, les douze cents personnes qui se trouvaient à ce moment au bazar de la Charité se ruèrent vers la sortie, se bousculant, s'écrasant, tombant en tas les unes sur les autres, et formant ainsi d'infranchissables barrricades de corps humains amoncelés, qui fermaient le chemin du salut aux malheureux restés derrière.
Un grand nombre de personnes, les plus rapprochées des deux portes, avaient pu cependant s'enfuir, les unes indemnes, d'autres avec des brûures plus ou moins graves.


Jules Huret, La Catastrophe du Bazar de la Charité (4 mai 1897), Paris, F. Juven Éditeur, [1897], p. 9-10.

Le bilan de cette catastrophe est terrible. On dénombre, au moins, 120 victimes, presque toutes des femmes, et pour une bonne part, membre de l'aristocratie comme la duchesse d'Alençon.

Le drame de la rue Jean-Goujon va porter un coup très dur à Ernest Normandin en particulier, mais va avoir de très sérieuses conséquences sur la diffusion du cinématographe, au moins pendant quelques mois.

1898

Le Cinématographe Lumière (Automobile-Club de France, 27 janvier 1898)

Très peu d'informations sur la soirée organisée par l'Automobile-Club de France au cours de laquelle des vues animées sont proposés aux membres présents :

Hier au soir, grande soirée à l'Automobile-Club de France. M. Clément Maurice a donné une séance de cinématographe très réussie. De son côté, le professeur Jacob a émerveillé l'assistance par ses tours fort curieux.L'Écho de Paris, Paris, 28 janvier 1898, p. 4.

L'intérêt pour l'automobile, dès les premières vues Lumière, laisse à penser que quelques unes ont peut-être été proposées.

The Royal Biograph des frères Normandin (Théâtre Moncey, juin-juillet 1898)

Après les déboires qu'il a connus avec son cinématographe "système Joly", Ernest Normandin se relance avec une nouvelle version qu'il baptise " The Royal Biograph ". C'est probablement au Théâtre Moncey qu'il est proposé pour la première fois au public. L'inauguration a lieu le 25 juin 1898 :

A partir de ce soir samedi, le théâtre Moncey commence les représentations de Bébé avec une partie de l'interprétation de Déjazet. Le spectacle sera complété par les nouvelles expériences du Royal Biograph de M.M. Normandin.


Le Petit Parisien, Paris, 25 juin 1898, p. 3.

Il est probable que désormais ce sont les deux frères Ernest et Edgard Normandin qui sont à la manœuvre. Un programme a été conservé qui nous permet de connaître le répertoire des films présentés.

theatre moncey theatre moncey royal biograph 1898
V.C., Paris, Le Théâtre Moncey (début XXe siècle) Théâtre Moncey, Programme, 25 juin-1er juillet 1898
© Collection Maurice Gianati 

La liste des vues animées est la suivante : L'Arroseur arroséL'Arrivée d'un trainFarce de chambréeSortie de N.-D. des VictoiresScène de la PassionBataille de FleursGarden-party à LondresCharge de dragonsDeux minutes en ch. de ferQuadrille des gommeuxRepas des phoquesDéjeuner de PierrotMarche au CalvaireArrivée du Président à l'Ambassade de RussieLe SuppliceCourses d'automobilesCavalcade des étudiantsAssaut d'armes Pini-KirschofferCharge oblique de cavalerieBain de la parisienneIl existe une homogénéité dans la programmation puisque l'on retrouve les films de la collection Joly-Normandin. Le programme par ailleurs signale bien que seules 6 séances sont prévues. Ce qui coïncide d'ailleurs avec la dernière annonce publiée dans la presse (L'Intransigeant, Paris, 2 juillet 1898, p. 4..

The Royal Biograph (Le Trianon, août 1898)

C'est au cours de l'été 1898 - la presse n'offre qu'une seule information - que The Royal Biograph est présenté dans le jardin du Trianon pendant les entractes de la revue Allons-y.

Voulez-vous, par ces fortes chaleurs, passer une fraîche soirée ? En ce cas, rendez-vous au Trianon, où Allons-y ! la revue centenaire, se joue dans le plus délicieux jardin que l'on puisse imaginer. C'est évidemment là l'endroit où l'on respire le mieux à Paris, sous les grands arbres en pleine frondaison ; aussi le public élégant a-t-il adopté Trianon au nombre de ses lieux de réunion favoris.
Pendant les entr'actes, gros succès pour le "Royal biograph", un nouvel appareil américain beaucoup plus puissant et plus net que ce qui a été fait jusqu'à présent en ce genre.
trianon allons y

Gil Blas, Paris, 24 août 1898, p. 4.

René Péan, Théâtre Trianon, Allons-y ! Revue à grand spectacle, 1898, imp. Chaix

La revue connaît un très grand succès et le Royal Biograph ne semble avoir été rajouté, au spectacle, qu'en août pour quelques jours. Par ailleurs, rien de plus. Ni les films projetés, ni le nom de l'opérateur.

The Royal Biograph (Casino de Paris, septembre 1898-mars 1899)

The Royal Biograph des frères Normandin va faire une nouvelle apparition - bien plus longue - au Casino de Paris à l'occasion d'un renouvellement du programme, le 1er octobre 1898. L'appareil va présenter, annonce-t-on, douze vues inédites :

Ce soir, au Casino de Paris, débuts :
A.-Joueurs de Polo à bicyclette, par le capitaine Gorhams et son équipe.
B. Royal Biograph, douze tableaux inédits : les brûleurs d'herbe ; un  bateau en pleine mer ; l'ascension du sommet du Diable ; une tempête en mer ; un voyage en chemin de fer dans les Alpes ; les policemen à Chicago ; une bataille entre femmes ; combat de coqs ; abattage d'un arbre ; les laveuses : les pigeons de Venise sur la place Saint-Marc ; un voyage sur le Nil.
C.-Mlle Larive dans son répertoire.


Gil Blas, Paris, 1er octobre 1898, p. 4.

Même s'il est question de " douze tableaux inédits ", on a du mal à ne pas retrouver de façon homogène des films Lumière qui datent déjà, pour certains de 1896. Le public a-t-il déjà oublié ces vues qui sont passées dans de nombreux cinématographes ? Toujours est-il que les vues des inventeurs lyonnais circulent encore. À l'occasion d'un nouvel article, on apprend le renouvellement des vues et certains titres, ici encore, rappellent ceux des films Lumière :

Pour la grande fête de nuit de ce soir, au Casino de Paris, il y aura renouvellement complet des tableaux du Royal Biograph.
Et parmi les principaux, les plus sensationnels, nous pouvons d'ores et déjà citer :
Le débarquement à Santiago ; les Pyramides d'Egypte ; le Lancement d'un navire ; les Fardiers, etc., etc.
Je le répète, c'est la vie même que nous sert, par tranches, le Royal Biograph.
Ensuite nous aurons la lutte acharnée des joueurs de polo, les deux teams s'efforcent chacun d'enchaîner la victoire. Le capitaine Gorhams et ses compagnons passionnent la foule une fois de plus.
Enfin les Russes, la troupe de Mme Ivanowa pour laquelle il faut se hâter, si on veut l'entendre à nouveau avant son prochain départ.


Gil Blas, Paris, 22 octobre 1898, p. 4.

Le Royal Biograph ne constitue malgré tout qu'un adjuvant aux autres spectacles et l'on peut constater que sur l'affiche qui annonce le ballet-pantomime d'Angèle Héraud, seul figure par ailleurs le " Polo à Bicyclette "

casino de paris 1898 Le match de samedi dernier au Casino de Paris, entre les deux teams du cap. Gorhams et du cap. Jacks, a réussi au-delà de toute espérance, et les plus difficiles sportsmen se sont déclarés tout à fait satisfaits.
De la part du public, c'a été le plus fol enthousiasme, au point que peu s'en est fallu que les cyclistes ne fussent portés en triomphe à l'issue de la lutte. Devant ce succès, la direction du Casino a résolu d'organiser pour demain mercredi, un second match, lequel ne peut manquer d'offrir autant d'intérêt que celui de samedi dernier.
Incessamment, le Royal Biograph donnera la représentation d'une scène sportive susceptible de provoquer le plus vif engouement. Il ne s'agit pas cette fois de cyclisme, mais d'un aute sport qui compte tout autant de fidèles.
Enfin, un troisième sport, le plus galant de tous, consiste à applaudir les jolies interprètes, Angèle Héraud en tête, du ballet Madame Malbourck, un bijou...
Plumerau, Casino de Paris. Madame Malbrouck, grand ballet-pantomime en 4 tableaux. Angèle Héraud. 
Tous les soirs le polo à bicyclette
, octobre 1898
© BNF
Gil Blas, Paris, 22 novembre 1898, p. 4.

The Royal Biograph, même s'il apparaît toujours dans les semaines et les mois qui suivent, ne va plus guère faire parler de lui. On doute d'ailleurs de la variété des vues puisque en novembre on peut lire : " Donner, nettement reproduites, les rives du Nil et les abords de Fachoda, la rencontre, à Péterhof, du czar Nicolas et du président Faure, le carrousel de Saumur avec le cadre noir. tel est le prodige que réalise tous les soirs, au Casino de Paris, le Royal Biographe. Il est vrai que l'enthousiasme du public, toujours grandissant, vient récompenser le zèle des opérateurs. " (Gil Blas, Paris, 8 novembre 1898, p. 4). The Royal Biograph va rester à l'affiche du Casino de Paris jusqu'au 13 mars, date de la dernière mention de l'appareil dans la presse (La France, Paris, 13 mars 1899, p. 4).

Le Cinématographe du Dr Doyen (Hôtel des Sociétés savantes, 21 octobre 1898)

Le docteur Eugène Doyen, célèbre chirurgien controversé, a eu l'idée de faire filmer ses opérations par un cinématographe. Ce sont Clément-Maurice et Ambroise-François Parnaland qui. quelques mois au préalable, ont tourné les premiers vues de ce type. C'est à l'Hôtel des Sociétés Savantes, que Doyen donne sans doute sa première conférence en FranceLe Petit Journal en fait un compte rendu remarquable que nous transcrivons, dans son intégralité, ci-après :

La chirurgie au cinématographe
Le docteur Doyen faisait à Paris, hier soir, en l'hôtel des Sociétés savantes, rue Serpente, une conférence sur " l'Enseignement de la chirurgie ", avec projections cinématographiques. La grande salle des conférences avait été envahie dès cinq heures, et pour entendre l'éminent praticien, il n'y avait pas que des professionnels et des étudiants mais aussi tout un groupe de mondains et d'élégantes attirés par cette mise en scène nouvelle du drame d'amphithéâtre.
Au milieu de la salle est installé le projecteur du cinématographe ; quand le professeur Doyen prend la parole, toutes les lumières s'éteignent; seules les deux lampes électriques du projecteur brûlent devant le conférencier, mais le professeur reste dans la pénombre et sa,voix  semble ainsi plus nette; plus incisive; dans le silence respectueux de l'auditoire attentif.
Après un rapide exposé de quelques découvertes chirurgicales récentes, le professeur Doyen parle d'opérations délicates, exceptionnelles, qu'il a dû faire, et tandis qu'il parle, soudain, sur un écran, des images apparaissent. Agrandies, devenues énormes sur l'écran, les mains habiles du chirurgien taillent, pincent, cousent, écrasent des chairs. Ce ne sont encore que des reproductions partielles, fixes.
Voici qu'il est question d'une opération grave, réputée, il y a peu de temps, impraticable, et tandis que la voix décrit le siège et la gravité du mal, explique les difficultés à vaincre, sur l'écran se fixe la scène de l'opération : le docteur Doyen examine la patiente, ses aides sont là et dans le fond deux religieuses immobiles. Et le cinématographe mis en mouvement, subitement toute l'opération se déroule ; les profanes sont haletants, saisis d'admiration aussi pour la sûreté, la rapidité d'exécution.
Le spectacle est d'autant troublant que, par instants, la parole du conférencier suit le geste reproduit, le commente, , et donne une vie complète à l'image photographique.
A un moment donné l'opérateur ne trouve pas sous sa main une aiguille à suture, dont il a besoin et qu'on a négligé, de lui préparer.
Le cinématographe reproduit un mouvement d'impatience ; on devine l'exclamation qui doit sortir.de la bouche du professeur : le conférencier ne la reproduit pas ; il déclare ne pas vouloir s'en souvenir, mais l'image est si vivante que, sur les lèvres, les assistants ont vu le juron échappé au praticien.
Toute cette conférence a produit une profonde impression et cette application nouvelle du cinématographe va aider puissamment à la propagation du haut enseignement scientifique.


Le Petit Journal, Paris, 22 octobre 1898, p. 1. 

Nous avons là une description précise qui nous permet d'avoir une idée exacte du projet pédagogique du docteur Doyen.

La conférence du docteur Léon Bonnet (Faculté de Médecine, 17 décembre 1898)

Entre le docteur Doyen et le docteur Bonnet, une claire rivalité s'est instaurée au cours de l'année 1898. Chacun revendiquant son rôle dans l'utilisation du cinématographe en chirurgie. Si le premier parvient à le coiffer sur le fil, avec sa conférence, en octobre, le second va se démarquer afin d'éviter le caractère spectaculaire des démonstrations de Doyen. Il donne, d'ailleurs, sa conférence dans un lieu très symbolique, à savoir, la Faculté de Médecine, le samedi 17 décembre 1898 :

Le Triomphe de la Cinématographie
On a beaucoup parlé du grand event de samedi dernier à la Faculté de médecine. Le Tout-Paris y avait été gracieusement invité par M. le docteur Léon Bonnet à venir voir couper une jambe et un bras. L'opération n'a pas été faite en nature, ce qui n'eût pas manqué d'attirer sur le vaillant médecin les foudres de la censure médicale, mais par l'intermédiaire du cinématographe ou, plutôt, du chronophotographe, car si le premier nom s'applique à l'instrument de plaisir bien connu des boulevardiers, le second se rapporte exclusivement à l'appareil scientifique inventé depuis plus longtemps par M. Marey pour l'étude et la décomposition du mouvement.
La conférence du docteur Léon Bonnet a prouvé définitivement que la chronophotographie est destinée à constituer une méthode d'enseignement et d'observation incomparable chacun a pu y voir, avec une netteté et une fixité donnant sur l'écran l'illusion absolue de la vie réelle, le jeune opérateur, M. Rebreyend, entailler les chairs, retrousser le lambeau nécessaire à couvrir le moignon, trancher les ligaments, rabattre le lambeau et emporter la jambe avant que, grâce à l'hémostase, une seule goutte de sang se soit écoulée. De même pour le bras, mais ici la séparation ou plutôt, pour employer le mot scientifique, la désarticulation du membre, est toujours plus difficile et la seconde opération, au lieu des quarante-cinq secondes nécessaires à la première, a duré une minute entière, un siècle pour les belles mondaines attirées par la curiosité à l'amphithéâtre, mais rendues haletantes par l'émotion d'un premier début !
Ce qui, devant un public de médecins ou d'étudiants, peut rendre un pareil spectacle instructif au plus haut point, c'est la possibilité d'arrêter à loisir l'appareil pour bien montrer la position du couteau, de l'opérateur et de l'opéré à chaque phase de l'opération, et la faculté de réitérer la démonstration à loisir, sans avoir à se procurer un nouveau malade, ou s'il s'agit simplement de médecine opératoire un nouveau cadavre.
A.R.


Le Gaulois, Paris, 24 décembre 1898, p. 6.

L'article se positionne clairement dès les premières lignes. On n'est pas du côté du spectaculaire et du cinématographe - sous-entendu, du côté du Dr. Doyen - mais de celui du chronophotographe et de Marey, et donc de la science. Si le nom de l'opérateur ne nous est pas parvenu, l'appareil pour sa part peut faire songer à Demenÿ ou Gaumont. En outre, deux films sont présentés au public, le premier une amputation d'une jambe, le second l'amputation d'un bras. Il s'agit là d'une conférence à caractère unique, car nous ne connaissons pas, par la suite, d'autres présentations de vues chirurgicales de ce type. Léon Bonnet semble avoir renoncé à utiliser le chronophotographe par la suite, ou bien a-t-il jugé bon de ne plus en parler publiquement.

1899

Les vues animées de la Compagnie des Wagons Lits (3, Place de l'Opéra, 1899)

Félix Mesguich, engagé par la Compagnie des Wagons Lits, va tourner une série de films en France. Ces vues animées sont projetées au siège de la Compagnie, 3, place l'Opéra, au début de l'année 1899 d'après le témoignage du cinématographiste :

Ainsi au début de l'année 1899, l'écran en plein air  de la Compagnie des Wagons-Lits, place de l'Opéra, put refléter le visage animé de quelques coins de la terre de France.


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, p. 30.

En l'absence de documents faisant foi, nous ignorons précisément pendant quelle période ces projections ont eu lieu.

Le Phonorama de l'Olympia (Sous-sol de l'Olympia, 21 avril-[octobre] 1899)

Le phonorama de Berthon, Dussaud et Jaubert va s'installer au sous-sol de l'Olympia, lieu qui a accueilli d'autres appareils cinématographiques. Il s'agit ici d'un nouveau système qui associe le son et l'image. C'est Le Journal qui le premier annonce l'arrivée prochaine de cet appareil tout à fait nouveau :

Nous apprenons que dans les vastes sous-sols de l'Olympia, une exploitation d'un grand intérêt scientifique va commencer vendredi prochain.
Il s'agit d'un nouvel appareil breveté appelé le cinémicrophonographe qui donne, avec des projections en couleurs et animées, une audition de la parole, des chants, de la musique et de différents sons se rapportant avec un synchronisme parfait aux scènes représentées.
Cette invention est certainement appelée au plus grand succès.


Le Journal, Paris, 12 avril 1900, p. 4.

C'est en effet le vendredi 21 avril qu'a lieu l'inauguration du Phonorama : 

Le Phonorama a fait, hier, des débuts retentissants dans les sous-sols de l'Olympia. C'est un appareil véritablement merveilleux qui fait, par-un ingénieux système, passer devant les yeux des spectateurs des photographies animées en couleur et de grandeur naturelle. Les personnages représentés dont la musique accompagne les mouvements joignent les paroles aux gestes. On a l'illusion complète d'une scène jouée.
Remarqué parmi les tableaux : le défilé de deux régiments de ligne, musique en tête, danseuses des rues dans un quartier populeux de Londres, dansant au son d'un orgue de Barbarie, assassinat du duc de Guise ; une procession avec chants, cantiques et bruits de cloches.


La Lanterne, Paris, 23 avril 1899, p. 3. 

Certaines des vues présentées semblent appartenir à des catalogues déjà pré-existants. Deux d'entre elles font directement écho à des films Lumière : Assassinat du duc de Guise et Danseuses des ruesLes autres titres, trop imprécis, pourraient également être du même éditeur. Quelques jours plus, quelques explications scientifiques viennent compléter l 'information :

LE PHONORAMA
28, boulevard des Capucines
LES MERVEILLES DE LA SCIENCE MODERNE
Le Phonorama, du grec (phônê, voix) et orama, vue), est un spectacle inédit.
Comme sa dénomination l'indique, la voix et aussi le chant et les sons de toute nature, sont entendus par les spectateurs en même temps que se déroulent devant leurs yeux, des scènes animées, en couleurs, auxquelles ces mêmes voix, chant et sons ont été préalablement adaptés, de manière qu'il en résulte une parfaite concordance pour l'ouïe et la vue.
Voilà donc réalisée cette idée, si simple qu'elle est venue à l'esprit de tout le monde, lors de l'apparition du Cinématographe, d'une combinaison possible du Phonographe avec le Cinématographe, en vue d'obtenir l'illusion complète de la vie.
Tel est l'objet, du Phonorama, également dénommé Cinémicrophonagraphe, parce qu'il est le résultat de la combinaison à la fois électrique et mécanique, de ces merveilles de la science moderne, le Microphone de Hughes, le Téléphone de Graham Bell, le Phonographe d'Edison, le Graphophone de Bell et Tainter, et le Cinématographe Auguste et Louis Lumière.


La Lanterne, Paris, 5 mai 1899, p. 3.

Par la suite, les annonces se limitent au strict minimum dans la rubrique spectacle et ce n'est que rarement qu'un entrefilet - probablement publié par l'Olympia lui-même - rappelle le succès des projections :

Le Phonorama fait courir en ce moment tout Paris dans les sous-sols de l'Olympia.
Cette merveilleuse découverte, avec ses scènes animées, parlées et coloriées, donne l'illusion absolue de la vie.
Pour un prix modique, les enfants s'y amusent, les curieux s'y distraient et les savants s'y intéressent.
Ses auditions sont une véritable merveille de la science moderne.


La Lanterne, Paris, 3 juin 1899, p. 3. 

La permanence du Phonorama dans les sous-sols de l'Olympia semble attester que le public vient nombreux à ces projections assez exceptionnelles. Pendant cinq mois, au moins, les séances vont se poursuivre sans interruption. La plupart des journaux publie la dernière annonce du Phonorama, autour du 20 septembre (Le Rappel, Paris, 20 septembre 1899, p. 4.), à l'exception du Rappel qui la publie le 10 octobre 1899 en page 4. 

Le cinématographe (Salle de spectacles, Grande Roue, 16 juillet 1899)

C'est à l'occasion de la visite des Soudanais de la mission Marchand que la salle de spectacles offre une séance de projections de vues animées :

LES SÉNÉGALAIS À PARIS
Les Soudanais de la mission Marchand ont visité Paris, guidés par des officiers du régiment des sapeurs-pompiers.
[...]
E route ils s'arrêtent à la Grande Roue. On fait faire un tour de roue aux noirs, puis on leur montre les attractions ; la cage mystérieuse, où un prestidigitateur escamote un nègre qui a bien voulu se prêter à l'expérience et fait apparaître à sa place une jeune femme, les intéresse beaucoup. Ils sont stupéfaits. De là on les conduit dans la salle de spectacle, où ils assistent à une séance de cinématographe. Ils rient de bon cœur.


Journal du Loiret, Orléans, 17-18 juillet 1899, p. 1

Nous ignorons depuis quand sont organisées des projections et quel est le nom de l'opérateur. Cependant, un autre article, publié dans La Dépêche tunisienne confirme bien que les projections ont un caractère régulier :

La plupart des théâtres sont fermés. Seuls, l'Opéra, la Comédie-Française, les Nouveautés, l'Ambigu, les Folies-Dramatiques et le Théâtre de la République tiennent bon et soutiennent contre la canicule une lutte où la gloire l'emporte sur le profit.
Les spectacles d'été font, en revanche, de belles recettes. Je signale une chose curieuse. Dans l'enceinte de la Roue de Paris, non loin du Champ-de-Mars, on donne chaque soir des spectacles variés, parmi lesquels des séances de cinématographe. En ce moment, on y reproduit avec une précision saisissante le fameux combat du lion et du taureau qui vient d'avoir lieu à Roubaix. C'est d'autant plus curieux que le rugissement du lion et le mugissement du taureau sont imités à la cantonnade avec une grande habileté. 
La reproduction photographique étant nécessairement d'une exactitude absolue, on se rend compte des véritables conditions de cette lutte, qui a été, en réalité, l'assassinat d'un vieux lion débilité par l'âge et l'esclavage.
Attaqué par le taureau, l'infortuné « roi des animaux » n'a essayé qu'une fois de prendre l'offensive et, encore, l’a-t-il fait faiblement, sans conviction. On le voit fuyant et poursuivi, lancé en l'air comme un paquet lamentable, puis piétiné et enfin assommé contre les barreaux de la cage, devant lesquels il se dresse, sanglant, effaré, les pattes écartées, pareil aux lions crucifiés par les Mercenaires, dans Salammbô.
Il faut souhaiter que ce triste spectacle ne soit pas renouvelé à Roubaix, bien que le pari de 25.000 francs, proposé par le dompteur Bidel, qui offre un de ses lions, ait été accepté.
Les combats d'animaux doivent être interdits ; nos mœurs adoucies ne comportant plus que les combats d'hommes, à la condition qu'ils aient lieu par masses innombrables, ce qui est un correctif.


La Dépêche tunisienne, Tunis, 27 juillet 1899, p. 2.

The Royal Biograph (La Pépinière, décembre 1899)

La Pépinière, après le décès de F. Trouillas, en juin 1898, passe sous la direction de sa veuve. Le Guide des plaisirs à Paris évoque ainsi la clientèle de cette salle de spectacles :

Coin curieux à visiter. Y rester une heure pour passer en revue tous les types et genres de domestiques parisiens, valets et femmes de chambre, garçons d'écurie et palefreniers, cochers de grande maison, bonnes et cuisinières, autrement appelés : " gens de maison. " On retrouve ici toutes les figures des bureaux de placement, voire même des femmes de ménage et des concierges !
La petite " bobonne ", gentille, coquette, bavarde, espiègle, s'y sent chez elle, comme sa maîtresse à l'Opéra ou aux Français.


Guide des plaisirs à Paris, Paris, Édition photographique, [c. 1900], p. 65-66.

Le Concert de la Pépinière accueille principalement des revues aux titres évocateurs (La Foire aux nichonsRincez-vous l’œilPipi-métro...) et des opérettes. 

Ce soir vendredi au concert de la Pépinière dernière représentation de la revue. Demain samedi, on jouera Ki Ki Ki Ki [sic], l’amusante opérette de Bataille et Sermet. Comme attraction, le Royal-Biograph avec des scènes inédites des plus amusantes.


Le Petit Caporal, Paris, 22 décembre 1899, p. 3

Ki-Ki-Ri-Ki est une " japonaiserie ", genre particulièrement prisée à l'époque. Le Royal Biograph apparaît comme un simple adjuvant au spectacle principal. Aucune information ni sur le propriétaire de l'appareil, ni sur le programme de vues animées. La dernière annonce date du 6 janvier 1900 (Paris, Paris, 6 janvier 1900, p. 4).

paris la pepiniere

Rue de la Pépinière et Concert de la Pépinière (début XXe siècle)

1900

Le Biophonographe (système Joly) (Concert-Théâtre de la Grande Roue, [1900])

Nous ne disposons que du témoignage d'Henri Joly recueilli par Maurice Noverre pour attester la présence du biophonographe au Concert-Théâtre de la Grande Roue, à l'occasion de l'Exposition Universelle :

Au cours des démonstrations faites devant des amis et relations d'affaires, au " théâtre de la Grande Roue ", un film reproduisait M. Normandin faisant une conférence sur l'appareil. L'assemblée crut d'abord que l'industriel lui-même parlait derrière l'écran.


 La vérité sur l'invention du film photophone ", Le Nouvel Art Cinématographique, nº 5 (2e série), janvier 1930, p. 52.

La presse n'a pas gardé le souvenir de ces essais - Le Concert-Théâtre de la Grande Roue n'apparaît d'ailleurs pas pour les années 1900 et 1901. Le biophonographe en est encore à sa période d'essai semble-t-il. En 1902, un biophonographe fonctionne effectivement à la Grande Roue.

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Exposition universelle, 28 avril 1900-12 novembre 1900)

Parmi les innovations que l'on présente à l'Exposition universelle de 1900, il y a plusieurs appareils qui combinent l'image cinématographique et le son phonographique. L'un d'eux est le Phono-Cinéma-Théâtre, imaginé par Marguerite Vrignault et financé par Paul Decauville qui fonde une société pour son exploitation. Les vues sont tournées par un pionnier, autrefois chez les Lumière, Clément-Maurice. Par ailleurs, le pavillon dispose de deux salles dont l'une est sous la responsabilité de Félix Mesguich et l'autre sous celles de Georges Maurice, secondé par son frère Léopold, les fils de Clément-Maurice. C'est dans le pavillon du Théâtroscope qu'est installé le Phono-Cinéma-Théâtre. Le bâtiment, édifié par M. R. Dulong, architecte, est, lointainement, inspiré du " pavillon Frais " du Petit Trianon (Alfred Picard, Rapport général administratif et technique, Tome Septième, Paris, Imprimerie Nationale, 1903, p. 230).

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Théâtroscope et Phono-Cinéma-Théâtre
© Phonorama 

La rue de Paris, où se trouve la plupart des petits théâtres et des attractions, ouvre au public le 28 avril 1900. Le Figaro présente les spectacles qui s'offrent aux visiteurs, dont le Phono-Cinéma-Théâtre :

[...]
Puis le "Phono-cinéma-théâtre", dont l'idée est très ingénieuse et amusante. Dans une délicieuse reproduction du salon de Marie-Antoinette à Trianon, nous verrons et nous entendrons tout l'état-major des plus grands artistes de Paris : Sarah Bernhardt, Coquelin, Maurel, Rosita Mauri, Félicia Mallet, etc., interprétant leurs plus retensissant succès.


Le Figaro, Paris, 28 avril 1900, p. 1.

Pourtant, malgré cette annonce assez précoce, il faut attendre le premier vendredi de gala, le 8 juin 1900, pour disposer de la présentation complète du spectacle. Encore faut-il être prudent, car l'essentiel des articles qui vont être publiés au cours des mois que dure l'Exposition Universelle, sont en réalité des réclames qui la société du Phono-Cinéma-Théâtre fait passer dans la presse. 

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François Flameng
Affiche du Phono-Cinéma-Théâtre, 1900
François Flameng,
Affiche du Phono-Cinéma-Théâtre, 1900


Le Phono-Cinéma-Théâtre
Ce soir aura lieu, au Phono-Cinéma-Théâtre, le premier vendredi de gala.
Tout le monde connaît ce joli théâtre, aimable reconstitution du « Salon Frais » de Marie-Antoinette à Trianon, où Mme Marguerite Vrignault, une femme de goût artistique et délicat, a organisé un spectacle qui marquera dans l'histoire de l'art théâtral.
Grâce à la combinaison complète et absolue de ces deux merveilles modernes, le phonographe et le cinématographe, on est arrivé à un résultat d'une rare perfection, et dont il faut féliciter MM. Clément-Maurice et Lioret.
On a, en regardant le cinématographe, la surprise d'une netteté et d'une fixité absolument parfaites dans la reproduction des scènes. C’est là un progrès qui n'est pas banal et qui est dû, en partie, à la prestigieuse habileté de l'opérateur et, en partie, à des perfectionnements inédits apportés à la construction des appareils par un chirurgien très fameux, à l'adresse et à la hardiesse légendaires, qui a imaginé ces perfectionnements en utilisant le cinématographe pour son compte.
Quant au phonographe, c'est également une pure merveille de netteté et de sonorité ; cette qualité a son importance si l'on songe qu'il a à reproduire la voix des premiers artistes de notre temps.
C'est vraiment l'élite de la scène française qu'on applaudira au Phono-Cinéma-Théâtre.
Jugez-en :
Mme Sarah-Bernhardt, M. Coquelin aîné, M. Victor Maurel, Mlle Rosita Mauri, Mme Reichenberg, Mlle Félicia Mallet, Mlle J. Chasles, M. Coquelin cadet, M. de Féraudy, M. Jean Coquelin, Mlle Mily Meyer, Mlle Mariette Sully, Mlle Zambelli, Mlles Mante, Mlle Cléo de Mérode, M. Polin, de la Scala et de l'Alcazar d'Été ; M. Louis Maurel, M. Jules Moy, Mme Réjane.
Les noms que vous venez de lire constituent - excusez du peu ! - la troupe du Phono-Cinéma-Théâtre, troupe exclusive ; car tous ces artistes ont accordé à l'entreprise le monopole, si l'on peut dire, de leur voix et de leurs gestes.
Une partie seulement de cette troupe d'élite donnera demain, et il y aura là néanmoins de quoi satisfaire les plus difficiles ; voici en effet le programme de la représentation :
Scène du duel d'Hamlet, jouée par Sarah Bernhardt, M. Magnier, Mlle Seylor.
Scène des Précieuses ridicules, jouée par Coquelin aîné, Mmes Kerwich et Esquilar.
La Korrigane, dansée par Mmes Mauri, Violat et Mante.
Danses Directoire, par Mlles Blanche et Louise Mante.
Polin dans le Troupier pompette.
En dehors du plaisir très réel et très délicat que l'on éprouve à ce spectacle, on ne peut s'empêcher d'avoir l'agréable et consolante pensée, que ce sont là de beaux sons et de beaux gestes qui sont fixés pour l'éternité, et que si les hommes de notre génération ne connaissent plus Talma et Rachel que par ouï-dire, nos petits-neveux admireront, les sublimes attitudes de Sarah, entendront la voix claironnante de Coquelin, et revivront nos émotions et nos joies artistiques.
C'est là, n'est-il pas vrai, la réalisation d'un beau rêve et il faut se réjouir de vivre à une époque où de pareilles chimères deviennent des réalités.
Et l'on nous promet sous peu de nouvelles surprises, notamment des représentations phono-cinématographiques en plein air, sur 'la terrasse du théâtre, dominant la Seine, et son merveilleux décor; ce sera un triomphe, et la récompense bien méritée d'une des initiatives les plus artistiques et les plus hardies de notre temps.


Le Figaro, Paris, 8 juin 1900, p. 2.

On voit bien la tonalité générale de l'article qui, au-delà de la simple présentation, est un vecteur pour faire la publicité pour le spectacle. Il est question également du célèbre chirurgien Eugène Doyen qui a travaillé avec Clément-Maurice pour le tournage de ses opérations chirurgicales. On annonce également des projections en plein air, mais la suite ne le confirmera pas. Pour le deuxième vendredi de gala, les informations sont plus limitées et le programme semble presque identique au précédent (Le Figaro, Paris, 15 juin 1900, p. 3). Dans les jours suivants, les annonces distillent des éléments nouveaux du répertoire :

L'un des centres les plus élégants du vendredi à l'Exposition est toujours le Phono-Cinéma-Théâtre qui triomphe d'ailleurs tous les soirs. Le public sort ravi de cette très belle attraction d'où il emporte vraiment une très délicate sensation d'art.
Le programme vient de s'enrichir de quelques numéros très sensationnels parmi lesquels il faut citer l'Enfant prodigue, joué par Mme Félicia Mallet, M. Duquesne et Mlle Marie Magnier - qui a marqué son rôle d'une si personnelle et artistique empreinte - puis Jules Moy, dont la danse du ventre déchaîne chaque soir des rires inextinguibles.
On applaudit toujours Sarah Bernhardt dans la scène si émouvante du duel d'Hamlet, et Cléo de Mérode.


Le Figaro, Paris, 22 juin 1900, p. 3.

Si l'Enfant prodigue est identifiable, en revanche la " danse du ventre " par Jules Moy l'est moins. Ce dernier a tourné deux films identifiés, mais il est difficile d'y voir une danse du ventre... Le Figaro, au mois de juillet, va apporter quelques nouvelles informations :

La semaine dernière, une fête des plus originales a été donnée au Phono-Cinéma-Théâtre par une dame de la haute société parisienne. À l'occasion d'un anniversaire, cette dame, a réuni, dans l'une des deux salles du Phono-Cinéma-Théâtre qu'elle avait louée, un certain nombre d'amis et de parents, et elle leur a offert une représentation cinématographique du mariage de son fils, célébré l'année dernière. L'idée a eu beaucoup de succès. Elle est d'ailleurs tout à fait séduisante et il est probable qu'elle fera école.

Les deux jolies salles du Phono-Cinéma-Théâtre continuent, entre temps, à recevoir un très nombreux et très élégant public, au milieu duquel nous avons remarqué M. Casimir-Perier et sa famille.
Ou est ravi de retrouver là les artistes les plus aimés et les plus célèbres, dans toute leur réalité. Des surprises très sensationnelles sont d'ailleurs réservées au public pour dans très peu de temps ; en attendant, les représentations données avec les éléments actuels obtiennent toujours un gros succès.
Ce soir, changement de spectacle. Au programme : Sarah Bernhardt, Rosita Mauri, Cleo de Mérode, Polin.
Le Figaro, Paris, 7 juillet 1900, p. 3.

L'article révèle l'existence de deux salles qui, à l'occasion, sont louées pour des événements privés. Ont-elles été ouvertes à l'inauguration ou bien la seconde salle est-elle postérieure ? Il existe en tout cas deux équipes pour s'en occuper. Nous ignorons le nom de cette " dame de la haute société parisienne ", dont on tait le nom sans doute par discrétion, mais l'objectif est évidemment publicitaire afin d'inciter les gens aisés à louer les salles du Phono-Cinéma-Théâtre. On en profite également pour évoquer la présence de Casimir-Périer, ancien président de la République. Le Gaulois, de son côté,  offre quelques nouvelles informations :

[...]
Et tous les jours, la foule afflue au Phono-Cinéma-Théâtre, où mondains et mondaines ont pris l'habitude de louer l'une des salles pour offrir a leurs amis des représentations privées qui sont aujourd'hui à la mode et seront le grand succès de l’hiver prochain.
Et l'on applaudit les artistes aimés du public parisien : Sarah, dans le duel d’Hamlet ; Rosita Mauri, dans le Mikagouva ; la gaie Mily-Meyer, dans ses amusantes chansons ; Mlles Chasles, dans le pas du faune, et Cléo de Mérode, dans sa gavotte.
Sans parler de Polin, l’étonnant tourlourou, et les excentriques Américains dans leurs étourdissantes clowneries où retentissent les bruits de gifles, de chaises qui dansent, de tables qu’on culbute, ce qui excite les rires unanimes, tant l’illusion est complète au Phono-Cinéma-Théâtre, avec son spectacle si distingué et si merveilleusement réglé.
Le Gaulois, Paris, 11 juillet 1900, p. 3.

L'occasion est donnée, pour le Phono-Cinéma-Théâtre et pour Clément-Maurice de profiter de la présence de John Philip Sousa à Paris pour tenter de tourner une nouvelle vue cinématographique et phonographique :

Changement de spectacle, hier, au Phono-Cinéma-Théâtre
Grand succès pour Mlle Zambelli et M. Vasquez dans la « Habanera » du Cid. Coquelin, plus en voix que jamais dans les Précieuses ; Sarah Bernhardt, Mily Meyer, Cléo de Mérode tiennent toujours l’affiche avec le même succès.
Sousa et son orchestre américain sont venus hier, drapeaux en tête, donner au Phono-Cinéma-Théâtre, avant de quitter Paris, une dernière audition dont le souvenir nous sera naturellement conservé. Et voilà un numéro de plus pour les représentations prochaines !


Le Figaro, Paris, 20 juillet 1900, p. 4.

Pourtant, rien ne permet d'affirmer que le tournage a réellement eu lieu. Le mois d'août est marqué par la visite exceptionnelle du shah de Perse. Passionné de technologie, et admiratif devant le cinématographe, le souverain ne manque pas l'occasion de visiter le Phono-Cinéma-Théâtre :

Il est tard, on va rentrer sans doute au palais de l'avenue Malakoff ? Mais non ! malgré la pluis, le Chah remonte en voiture et se dirige vers le palais de l'Optique, où Mazaffer-ed-Diue a assisté à une représentation du Phono-Cinéma-Théâtre. Il a pris le plus vif plaisir aux danses Directoire, exécutées par Mlles Mante, de l'Opéra ; au pas de la sabotière de la Korrigane, dansé par Mlle Rosita Mauri ; au duel d'Hamlet, si puissamment rendu par Sarah Bernhardt et M. Pierre Magnier ; à la gavotte de Mlle Cléo de Mérode, au ballet du Cid, dansé par Mlle Zambelli et M. Vasquez, et aux Chansons en crinolines, détallées par Mlle Mily-Meyer.
Le Chah a vivement félicité Mme Marguerite Vrignault, directrice artistique du Phono-Cinéma-Théâtre, qui lui avait donné l'illusion complète de la vie réelle, et a même exprimé le regret de ne pouvoir aller assister à une seconde représentation dans le local même du théâtre, rue de Paris.


Le Gaulois, Paris, 11 août 1900, p. 2.

Si habituellement les articles de presse ne sont pas signés... et pour cause, nous disposons malgré tout des impressions d'un journaliste, G. Davenay, qui, cela dit, fait simplement l'éloge du Phono-Cinéma-Théâtre, avec quelques informations nouvelles sur la programmation  : 

La Photographie mouvante et parlante du théâtre
II y a à l'Exposition, vers le commencement de la Rue de Paris, du côté du pont des Invalides, un petit théâtre qui est très visité en ce moment et qui mérite Je grand succès qu'il obtient auprès du public, parce qu'il constitue un réel progrès artistique, et parce qu'il aura dans l'avenir une valeur documentaire tout à fait considérable c'est le joli théâtre qu'a fondé Mme Vrignault : le Phono-Cinéma-Théâtre. Le nom en est peut-être un peu trop compliqué, mais il exprime cependant très nettement l'idée de la fondatrice, puisqu'il emploie tout à la fois les derniers perfectionnements du phonographe et le cinématographe. C'est au moyen de ces deux appareils si curieux que Mme Vrignault a réussi à reconstituer, en des visions animées, la vie et le jeu de nos plus grands artistes, dans le charme de leur physionomie, dans leurs mouvements, dans leur voix. La réussite de cette tentative si originale dépasse tout ce que l'on peut en dire.
Aussi les artistes eux-mêmes vont-ils, après avoir gracieusement posé devant les appareils du Phono-Cinéma-Théâtre, se revoir, s'entendre, et, ce qui est agréable aussi, s'entendre applaudir comme s'ils jouaient eux-mêmes devant leur public.
Sarah Bernhardt, par exemple, a été admirablement saisie dans la fameuse scène du duel d'Hamlet, et la reconstitution de cette scène est une merveille d'art en même temps qu'un chef-d'œuvre d'exactitude.
Réjane joue, dans Ma Cousine et dans Madame Sans-Gêne, avec un tel esprit que le spectateur se croirait transporté au Vaudeville.
Mlle Rosita Mauri, dans le pas de la Sabotière, est exquise de vérité Mlle Zambelli n'est pas moins gracieuse dans le ballet du Cid ; Reichenberg, Mily Meyer, Félicia Mallet, Cléo de Mérode, Victor Maurel, Mariette Sully, Mlle Jeanne Chasles, de Féraudy, Mlles Mante, Violat, Polin, Jules Moy, le clown Footitt et Chocolat dans une scène inénarrable, etc., etc., tous les artistes en renom, passent sous nos yeux étonnés et émerveillés ; et cette revue, qui fait la joie des parents comme des enfants, puisqu'elle est de bon ton, soigneusement composée dans son répertoire, constitue chaque soir l'un des plus grands attraits de la Rue de Paris.
Coquelin, l'immortel Cyrano, termine cette revue avec les Précieuses ridicules, et sa voix sonore et splendide ne s'éteint que sous les applaudissements comme à la Porte-Saint-Martin ! Et tout cela pour un franc, dans la salle la plus élégante de l'Exposition !
Le Phono-Cinéma-Théâtre constitue donc, en même temps qu'une ravissante distraction que tous les salons voudront avoir cet hiver, un immense progrès scientifique, et grâce à lui voici les choses les plus fugitives et les plus charmantes de la scène fixées à tout jamais dans l'avenir, pour le plus grand plaisir et pour la plus grande instruction de tous, grands et petits.
G. Davenay.


Le Figaro, Paris, 8 septembre 1900, p. 3.

Même si nous avons quelques remarques sur le nom du spectacle, pour le reste aucune critique sur le fonctionnement... Davenay évoque également des titres nouveaux, mais certains n'ont pas été, semble-t-il, conservés, si jamais ils ont été tournés comme dans le cas de  Madame Sans-Gêne. C'est au début du mois de septembre que le phonographe l'Idéal de Lioret est remplacé par le Céleste de chez Pathé :

Au Phono-Cinema-Théâtre
Hier, il y avait un début sensationnel rue de Paris. Mme Réjane paraissait pour la première fois au Phono-Cinéma-Théâtre. C'était pour moi une excellente occasion de retourner dans la ravissante bonbonnière de la rue de Paris (pont des Invalides).
D'ailleurs, je ne faisais en cela qu'imiter le public qui, après être allé au Phono-Cinéma-Théâtre, y retourne avec empressement.
J'avais appris qu:e Mme Marguerite Vrignault, directrice artistique du Phono-Cinéma-Théâtre, avait corsé son programme par l'adjonction de tableaux nouveaux du plus vif intérêt.
Tout cela m'attirait, et je n'étais pas le seul car la jolie salle du Phono-Cinéma-Théâtre, au moment où j'y pénétrais, était pleine d'un public attentif et émerveillé. Le succès, au début s'est métamorphosé en triomphe et cela se conçoit. Ce mois de septembre a attiré à l'Exposition une foule de provinciaux et d'étrangers ; d'autre part, nombre de Parisiens effectuent déjà leur rentrée. Et naturellement, tout ce monde se rend avec empressement dans les établissements de l’Exposition dont la vogue s’est emparée.
Le Phono-Cinéma-Théâtre est de ceux-là. N'est-ce point un charme tout à fait inédit que de voir grâce au cinématographe, vivre et agir devant soi nos premiers acteurs, et de les entendre en même temps, grâce à un-phonographe perfectionné ? Notons, à ce propos, que depuis hier le Phoho-Cinéma-Thêâtre possède un nouveau et puissant phonographe qui est le dernier mot de la perfection. On ne saurait rêver illusion plus complète, et nos petits-neveux nous seront reconnaissants de te leur savoir légué, avec les œuvres de nos grands auteurs dramatiques, la physionomie exacte de leurs interprètes.
Je vous parlais tout à l’heure du programme du Phono-Cinéma-Théâtre. Il est de premier ordre. C’est d’abord cette merveilleuse scène du duel d'Hamlet, un vrai clou, qui évoque notre grande Sarah, avec sa silhouette d’une si élégante sveltesse, avec ses gestes si sobres et si dramatiques…
Puis voici les trois tableaux de l'Enfant prodigue. Aux sons de l’exquise musique d’André Wormser, Félicia Mallet, spirituelle et poignante à souhait, Mme Marie Magnier, M. Duquesne interprètent devant nous les trois scènes du Vol, de Pierrot chez Phrynette et du Retour.
Puis ce sont les danses Directoire, par les toutes gracieuses Mlles Mante, de l’Opéra ; puis Cléo de Mérode, dans sa danse javanaise et dans sa danse ancienne.
Voici Mlle Zambelli et M. Vasquez, de l’Opéra, qui exécutent devant nous les trois variations espagnoles du ballet du Cid, de Massenet.
Et que dire de Mlle Mily Meyer dans ses chansons en crinoline ? La silhouette est délicieuse de grâce futée, et le phonographe nous envoie, de telle façon que l’on s’y méprend, la voix pointue et si drôle de la gentille divette.
J’ai gardé les débuts, la véritable première, pour la bonne bouche. Nous avons donc vu et applaudi Mme Réjane dans la fameuse scène de Ma Cousine, où elle danse son fameux quadrille naturaliste. Ce fut un gros, très gros succès. L’illusion était telle qu’on aurait été tenté de rappeler la grande artiste.
On n’oublie pas les enfants au Phono-Cinéma-Théâtre. Aussi fait-on paraître à leur intention deux scènes du plus désopilant comique : « Chez le Photographe », par les excentriques américains Mason et Forbes, et un intermède étourdissant par nos vieux amis Footitt et Chocolat, qui n’ont jamais été surprises encore.


Le Gaulois, Paris, 9 septembre 1900, p. 2

Comme on peut l'apprécier, les articles, signés ou pas, sont souvent très redondants et ne proposent que peu d'informations nouvelles. Il faut toutefois retenir une amusante anecdote au sujet de l'une des vues, L'Enfant prodigue qui va déclencher la flamme d'un admirateur de l'actrice qui joue le rôle de Phrynette :

L’illusion est si complète au Phono-Cinéma-Théâtre de la rue de Paris, qu’il en est résulté, hier, un bien amusant incident.
Depuis plusieurs jours, un Anglais assistait assidument au spectacle du Phono-Cinéma théâtre et applaudissait particulièrement les trois tableaux de l’Enfant prodigue. On sait que le rôle de Phrynette y est interprété par une actrice anonyme, Mlle X.
Hier donc, au sortir de la représentation, notre Anglais se précipita au contrôle et demanda le nom été l’adresse de Mlle X., disant qu’il voulait l’épouser et l’emmener en Angleterre.
Le plus piquant de l’aventure, c’est Mlle X… n’est autre qu’une danseuse étoile de nos théâtres subventionnés !


Le Gaulois, Paris, 16 septembre 1900, p. 3.

La passion est telle qu'il ne va pas hésiter à faire passer dans la presse une petite annonce pour retrouve sa belle anonyme ou son sosie... deux mois plus tard :

MONSIEUR bien élevé, instruit, très riche, encore jeune, désirant se marier, voudrait faire connaissance d'une personne ressemblant à l'artiste qui mime le rôle de Phrynette dans l'Enfant prodigue, au Phono-Cinéma-Théâtre, 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle. Ecrire poste restante, sous initiales, T.M., bureau de la Madeleine.


Le Matin, Paris, 22 novembre 1900, p. 6.

L'histoire ne dit pas si le monsieur bien élevé... et encore jeune a fini par trouve une belle Dulcinée pour lui faire un brin de causette... Mais alors, l'Exposition Universelle a fermé ses portes. 

Répertoire (autres films) : Variations du cygne (Le Gaulois, Paris, 26 juin 1900, p. 2), La Poupée (Le Journal, Paris, 1er octobre 1900, p. 3), Terpsichore (Le Gaulois, Paris, 5 octobre 1900, p. 2.), Brunin (Le Figaro, Paris, 16 octobre 1900, p. 3) 

Le Cinématographe Indo-Chinois (Exposition universelle, 15 mai 1900-12 novembre 1900)

Dans le cadre de l'Exposition Universelle de 1900, l'Indochine est particulièrement à l'honneur. On peut y retrouver, au Trocadéro, un condensé de la culture de l'art khmers, gravir l'Escalier des Géants, découvrir la Colline et la Terrasse, admirer la Coupole, entrer dans la Pagode, s'enfoncer dans le Temple souterrain, regarder les diaporamas... On peut également s'installer devant le Cinématographe indo-chinois :

Le cinématographe dont on fait défiler devant les yeux émerveillés des visteurs les différentes scènes, a un succès considérable et justifié. Rien ne saurait rendre l'impression, dans ce cadre étrange, du défilé des troupes indo-chinoises, de la promenade des éléphants à Pnom-Penh, des danses des jeunes Annamites à Hué, de l'arrivée de M. Paul Doumer à la tribune des régates de Saïgon.
Depuis l'ouverture, les séances ont lieu tous les jours de 3 à 5 heures.
Dans la libérale pensée de mieux faire connaître à tous l'Indo-Chine, M. P. Doumer a voulu que toutes ces leçons de choses soient accessibles à tous à titre gracieux. On ne saurait trop l'en remercier. Il en est d'ailleurs récompensé par l'affluence énorme qui se presse dans les pavillons, dans le souterrain et la pagode, devant les dioramas et aux séances du cinématographe Lumière.
C'est M. Veyre qui a pris toutes ces vues pendant un laborieux et fructueux séjour en Indo-Chine et c'est lui qui dirige les séances au souterrain du Trocadéro. Son talent est à la hatuer de son courage, car il n'a pas marchangé sa peine en courant les cinq pays indo-chinois.


La Grande revue de l'Exposition, supplément illustré de la Revue des Revues, nº 12, 1900, p. 215.

C'est en effet Gabriel Veyre qui a parcouru l'Orient pendant de longs mois qui est l'auteur de toutes les vues présentées dans le pavillon de l'Indochine. C'est lui aussi qui tout au long de l'Exposition Universelle va présenter et sans doute commenter les films qu'il a tournés entre mai 1899 et février 1900.

1900 pavillon indochine

Exposition universelle de 1900. nº 42, L'Indo Chine

Le Phonorama de l'Exposition Universelle (Rue de Buenos Aires, [15 avril]-12 novembre 1900)

La Société du Phonorama, fondée le 11 juin 1898, se donne pour but d'exploiter le cinémicrophonographe inventé par Berthon, Dussaud et Jaubert. Elle va pour le compte de la Compagnie Général Transatlantique organiser des projections de vues animées et, sans doute, sonorisées, dont le cinématographiste est Félix Mesguich. Malgré l'importance de l'événement, la presse ne semble avoir prêté aucune attention à ce spectacle.

1900 exposition universelle panorama transatlantique 

Le Panorama Transatlantique, le Maréorama et le Grand Globe Céleste (1900)
© BGE, Centre d'iconographie genevoise

La dissolution de la Société du Phonorama, le 24 décembre 1900, quelques semaines après la fin de l'Exposition Universelle indique que la réussite économique et peut-être artistique n'ont pas été au rendez-vous.

Projections cinématographiques de M. Dussaud (1er mai 1900)

L'inventeur suisse François Dussaud, présent dans différents pavillons de l'Exposition Universelle, mène également une vie mondaine qui le conduit à présenter, en privé, le fruit de ses expériences scientifiques. Ainsi, le 1er mai 1900 (La Presse, Paris, 2 mai 1900, p. 3) le couple Dussaud fête l'ouverture du Pavillon des Inventions :

Intéressante réception chez M. et Mme Dussaud, à l'occasion de l'ouverture du pavillon des inventions de M. Dussaud, au salon d'honneur de l'Exposition.
M. Dussaud a fait assister ses invités à quelques-unes des expériences qui sont faites chaque jour à l'exposition avec ses téléphones haut parleurs et inscripteurs phonographes pour sourds et cinématographes pour aveugles. Parmi les invités :
M.. Lardy, ministre de Suisse en France ; le commissaire général de Suisse à l'Exposition et Mme Ador, M. et Mme Develle, M. et Mme Camille Flammarion, M. et Mme Lefèvre-Pontalis, général et Mme Béziat, M. Caron, conseiller municipal, et Mme Caron, M. Osiris, M. et Mme Edouard Rod, le comte Balny d'Avricourt, etc.
Mme Dussaud, dont la voix égale la beauté, a ravi ses hôtes en interprétant quelques-uns de nos maîtres les plus aimés.


Le Figaro, Paris, 3 mai 1900, p. 2.

La science n'est pas fâchée avec les mondanités et les Dussaud savent s'entourer d'invités particulièrement prestigieux.

Le cinématographe du trois-mâts "Deux Empereurs" (Seine, avril->avril 1900)

À l'occasion de l'exposition universelle, le trois-mâts de pêche " Deux-Empereurs " va proposer des projections cinématographiques relatives à la vie des Terreneuvas et à la pêche de la morue :

Les Terreneuvas à l'Exposition
Le trois-mâts de pêche " Deux-Empereurs " à Paris
[...]
Les armateurs du Deux-Empereurs l'ont bien compris et ont suppléé à l'absence même des bancs de Terre-Neuve à Paris par l'heureuse idée suivante ne s'épargnant aucuns frais pour rendre leur exhibition aussi intéressante que possible, ils ont fait cinématographier les diverses phases de la vie de nos marins sur le Grand Banc ainsi que les multiples et pénibles opérations de la pêche à la morue.
La cale du vieux navire morutier,parfaitement appropriée et désinfectée au Laurénol, sera transformée en salle de spectacle, oú seront représentées au cinématographe toutes les scènes de la vie du bord et les travaux de nos marins " banquais ".
Ainsi, avec une exactitude parfaite reflétant la vie, on verra les doris aller élonger leurs lignes, les lever, ramener les morues. Toutes les phases de la préparation de la morue sur le pont du navire " banquier " seront encore reproduites d'une façon non moins expressive. La pêche de la boëtte, en cornet ou vignot ; le boëttage des lignes et leur lavage dans les mannes ; le décollage des morues, le lavage et la salaison seront montrés aux visiteurs avec la plus scrupuleuse fidélité photographique..
C'est après cette substantielle visite que les promeneurs pourront redire non sans raison, avec Yann Nibor, le poète réaliste des matelots :
Ah ! dans not' métier de galériens
Tout n'est pas ros', mes vieux terriens !
Quand su' la mer y a des gros flots,
Terriens, plaignez les pauv's matelots !
Pour la première fois, les Parisiens, les provinciaux terriens et les milliers de visiteurs cosmopolites qui viendront à l'Exposition connaîtront donc par l'exhibition pittoresque d'un vrai navire " terreneuvien ", et autrement mieux que par des récits plus ou moins exacts, la vie de nos braves Terreneuvas pendant leurs six à sept mois de campagne annuelle, le rude labeur accompli par tous ces braves et frustes pêcheurs de morue dans les brumes et les glaces...
Et ce sera là vraiment une nouveauté, en même temps qu'une attraction de premier ordre peur tous ceux qui s'intéressent à la grande pêche des bancs de Terre-Neuve, aux 400 navires qu'elle fait armer et aux 10,000 pêcheurs qui les montent.
Il faut dire aussi que 1900 sera la seule année où le trois-mâts .granvillais, le Deux-Empereurs, ne sera pas réarmé pour Terre-Neuve. Certes, ce vétéran de notre grande pêche a bien mérité le repos ; mais il est à présumer, au point de vue financier, que sa première campagne en Seine sera même plus productive que celles de nos autres voiliers qui " bourlinguent " ou " dérapent " sur le Grand Banc...
Théophile Janvrais.


Le Gaulois, Paris, 16 avril 1900, p. 3.

Le catalogue Gaumont est le seul à proposer une série qui porte le titre La Pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. 

1900 trois mats deux empereurs

Le trois-mâts "Deux Empereurs" devant le Palais des Armées de terre et de mer (1900) [D.R.]

Le cinématographe du pavillon de Monaco (12 mai-novembre 1900)

Comme bon nombre de pavillons nationaux, Monaco a fait construire son pavillon, dû aux architectes Médouin et Marquet. La Société des Bains de Mer de Monaco a organisé en 1899-1900, un grand concours cinématographique avec de nombreux prix. Assez logiquement, à l'occasion de l'Exposition Universelle, le pavillon monegasque va donc accueillir un cinématographe :

Le pavillon de Monaco sera inauguré samedi après-midi.
Deux séances cinématographiques seront données aux invités du commissariat : l'une à quatre heures et demie, l'autre à cinq heures et demie.


Le Figaro, Paris, 8 mai 1900, p. 3.

1900 pavillon monaco

Pavillon de Monaco, Exposition Universelle 1900 [D.R.]

La salle du cinématographe est installée en sous-sol et les films présentés, au moins pour une part, proviennent du Concours de la Société des Bains de Mer :

[...] dans le sous-sol.
Aux murs, un magnifique panorama de la principauté dû au peintre marseillais Olive, révèle aux yeux du visiteur toute la magie de cette région enchanteresse qu'un poète bien inspiré a si heureusement baptisé : la Côte d'Azur.
L'installation du sous-sol est complétée par un cinématographe qui reproduit des scènes et des paysages du pays, notamment les épreuves primées au dernier concours de Monaco, telles que le Carnaval de Nice, la Baigneuse, etc. L'accès du sous-sol n'est pas gratuit comme les parties supérieures ; on n'est pourtant pas très exigeant puisqu'on ne demande que la modique somme de 25 centimes.


L. de Quellern, L'Exposition 1900 par l'image, Paris, S. Schwarz, 1900, p. 552.

Il semble pourtant qu'au bout de quelque temps, les séances de cinématographie deviennent gratuites (Le Journal, Paris, 10 juillet 1900, p. 2. Nous supposons que les projections vont se poursuivre jusqu'à la fermeture de l'Exposition Universelle, en novembre.

Le Théâtroscope de l'Exposition Universelle (rue de Paris, 15 mai-12 novembre 1900)

C'est le 15 mai, presque un mois après l'inauguration de l'Exposition Universelle, que le pavillon Théâtroscope ouvre ses portes (Le Siècle, Paris, 15 mai 1900, p. 4). Il s'agit d'un spectacle dont le responsable est Alfred Bréard, un homme d'affaire français. Nous ne disposons que de peu d'informations relatives au fonctionnement du théâtroscope de l'Exposition. Un entrefilet semble dire que les choses fonctionnent de façon exceptionnelle :

Offrir un million et se le voir refuser, voilà qui n'arrive pas tous les jours. C'est le cas pourtant de la Société du Théâtroscope, qui refuse cette jolie somme contre son brevet et elle prouve que l'on a raison de dire la Fortune sourit aux audacieux, car chaque soir les deux établissements font le maximum, aussi bien à la rue de Paris de I Exposition qu'au charmant théâtre du 35, boulevard des Capucines.


Le Petit Parisien, Paris, 7 juillet 1900, p. 3.

1900 theatroscope 1900 theatroscope 2
Diorama (à gauche) et Théâtroscope (à droite)
L'Exposition par l'image, Paris, Imp. de Poissy/Imp. L. Marpon/A. Debuisson/, [1900], p. 727.
Le Théâtroscope et le Phono-Cinéma-Théâtre
© Phonorama


Mais la réalité est pourtant plus sombre. Les affaires ne marchent pas et le public n'est pas au rendez-vous tant espéré par Alfred Bréard. Il va donc tenter d'installer des mutoscopes et pour ce faire il envoie la demande suivante, datée du 27 juillet, auprès du Commissaire général :

Monsieur le Commissaire général,
La concession du Théâtroscope qui m'a été accordée dans la rue de Paris comprend des projections de vues animées par systèmes optiques et cinématographiques.
Je viens en conséquence solliciter de votre bienveillance la permission de joindre à mon établissement quelques appareils de Mutoscope qui formeront le complément tout naturel du Théâtroscope. Vingt appareils Mutoscope suffiront à nos besoins.
J'espère que vu l'état défectueux des recettes et des pertes que j'ai déjà subies, vous voudrez bien, monsieur le Commissaire général m'accorder cette autorisation...
Alfred Bréard.


Archives Nationales F12 4358.Cité dans Meusy, 1995, 92. 

En réalité, lorsqu'il envoie ce courrier, Alfred Bréard a déjà installé 12 mutoscopes dans le pavillon de l'Exposition universelle. Malgré les résultats bien médioces - l'installation des mutoscopes ne change pas vraiment la donne -, il n'hésite pas à faire passer dans la presse des entrefilets hyperboliques où les chiffres ont été particulièrement gonflés pour attirer le chalant, mais la réalité est plus sombre :

28,000 spectateurs en un mois. Tel est le bilan du Théâtroscope, dont la salle n'a que 70 fauteuils. Il faut dire que les représentations ont une durée de 30 minutes et que beaucoup y reviennent. L'invention du Théâtroscope, quoique scientifique, laisse sous le charme ceux qui ont eu la bonne fortune d'assister à une de ses séances. Les fauteuils sont à un prix si modique, qu'en faisant un tour le soir on y passe un moment très agréable et... peu coûteux, A. Mercklein.


Le Figaro, Paris, 14 août 1900, p. 5.

Il resterait à savoir le type de vues que présentes ces appareils... Par une curieuse coïncidence, les mutoscopes sont, en effet, au centre d'une polémique en cet été 1900. Ces appareils à vision individuelle permettent, avec une certaine discrétion, de voir, en particulier, des scènes grivoises ou érotiques... toujours moins répérables que sur grand écran. Le scandale remonte à la préfecture de police qui va prendre les dispositions nécessaires pour mettre fin à ces pratiques :

La censure et les mutoscopes. - On sait ce que sont les mutoscopes, ces appareils installés un peu partout dans les salles de dépêches de journaux nationalistes, ou dans les halls des magasins.
La plupart représentaient des sujets pins ou moins obscènes.
Depuis longtemps on s'élevait contre cet abus et de nombreuses plaintes étaient déjà parvenues à la préfecture de police, ainsi que pour les cartes postales qu'on pouvait voir il y a quelques jours affichées dans les bureaux de tabac ou les librairies.
Le Parquet se décida à agir, M. André, juge d'instruction, fut chargé de cette affaire.
Hier, dans l'après-midi, sur commission rogatoire de ce magistrat, M. Hamard, sous-chef de la sûreté, accompagné de son secrétaire, M. Moniot, s'est rendu dans les librairies, bureaux de tabac, halls, kiosques, boutiques, etc. ; a saisi toutes les cartes ou sujets mutoscopes contraires aux bonnes mœurs.
Pareille épuration a été faite dans certains» attractions de l'Exposition. Une trentaine de saisies ont été opérées.
De plus, une vingtaine de camelots porteurs de cartes postales incriminées ont été arrêtés, puis relâchés après s'être vu confisquer leurs provisions.


L'Aurore, Paris, 23 août 1900, p. 3.

Alfred Briard a-t-il été concerné... on peut le penser compte tenu que cette pratique est généralisée et qu'il a besoin de renflouer ses caisses. Un autre journal nous donne d'ailleurs une idée de l'ampleur du trafic :

[...] Dans la seule journée de mercredi, on a récolté 50.000 cartes postales illustrées, 600 photographies, 40 cinématographes, 400 boîtes de mutoscope. Et cette saisie n'a porté que sur une partie de la rive droite...


La République française, Paris, 24 août 1900, p. 3.

Mutoscope ou pas, le pavillon ne fait pas du tout recette, et nous disposons d'un court témoignage d'un citoyen américain qui ne fait que confirmer l'échec commercial du Théâtroscope :

Paris, 30 Aug.
[...]
The theatroscope will strike most people as an Ingenious (but not too ingenious) trick. It is said to have solved all the difficulties hitherto inherent to cinematographic representations. There is no “stagger” in the movement of the figures, the outlines are clear, and the colors natural. On the other hand, a suspicion may naturally arise in any ordinary person’s mind that a real performer is acting behind the stage before an inclined mirror which reflects on to another mirror in front of the audience; also that an artificial wheeze is being given to the vocal accompaniment to suggest a gramophone. Nature imitating art for the purpose of deceiving humanity is a novel idea, but the public does not seem to be much attracted by it. When I visited the theatroscope there was not a soul in the place except myself, so that the performance could not begin, and on returning the next day the usher recognized me as "the customer" of twenty-four hours before.
The theatroscope, however, whatever its secret, is less irritating than most of these cinematographic exhibitions.


The New York Times, New York, 9 sept, 1900, p. 16.

Les remarques sont assez savoureuses et confirment que les spectateurs se comptent sur les doigts de la main... La dernière phrase, malgré tout, semble indiquer - ce que confirme le reste de l'article - que le théâtroscope est, malgré tout, le plus original et le plus intéressant de tous les cinématographes présentés lors de l'Exposition Universelle. Nous savons par ailleurs qu'Alfred Bréard va adresser une nouvelle demande, le 11 septembre 1900, afin de pouvoir installer de nouvelles attractions : " [...] Le nombre des visiteurs n'est pas celui sur lequel nous avions compté et par suite je vois la possibilité de tirer un petit avantage des emplacements non requis par notre exploitation. " (Archives Nationales F12 4358). Nouvelle demande, preuve du désarroi face au désastre économique, le 19 septembre afin de " présenter des divertissements effectués sur une scène véritable [...], non pas seulement par réflexion sur des écrans mais par vision directe au spectateur... (Archives Nationales F12 4358). Le pavillon du Théâtrophone ferme donc ses portes le 12 novembre, dernier jour de l'Exposition universelle (Gil Blas, 12 novembre 1900, p. 4).

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Ministère du Commerce, 23 mai 1900)

Lors de la soirée organisée par le ministre du Commerce, Alexandre Millerand, Marguerite Vrignault va présenter son Phono-Cinéma-Théâtre, parmi d'autres attractions présentées à l'Exposition Universelle de 1900 :

AU MINISTÈRE DU COMMERCE
Le ministre du commerce et Mme Millerand ont offert, hier soir, un dîner de cent soixante-dix couverts aux bureaux du Sénat et de la Chambre des députés, aux grandes commissions parlementaires et aux grands corps de l'État.
La table, dressée dans la grande salle des fêtes, était garnie de ravissantes corbeilles d'orchidées.
Mme Millerand avait, à sa droite, M. Fallières, président du Sénat, et à sa gauche, M. Deschanel, président de la Chambre des députés.
Le ministre du commerce avait, à sa droite Mme Fallières, et à sa gauche, Mme Maurice Faure.
Pendant le dîner, l'excellente musique de la garde républicaine s'est fait entendre.
À dix heures, la réception a commencé. Au cours de la soirée, plusieurs des attractions de l'Exposition ont été présentées aux invités, notamment le phonocinémathéâtre, les Chansons d'autrefois, chantées par Mme Marie Aubert et M. Tauffenberger, les danseuses espagnoles, etc.


Le Matin, Paris, 24 mai 1901, p. 2.

Marguerite Vrignault va d'ailleurs être félicitée par le ministre lui-même... Cela ne nous dit pourtant pas si le spectacle est à la hauteur des espérances :

Un détail curieux à propos du phonocinémathéâtre de l'Exposition, qui a eu tant de succès avant-hier à la soirée du ministère du commerce.
C'est Mme Marguerite Vrignault, qui a eu l'idée de cette attraction si amusante, dans laquelle on reconstitue non seulement les gestes de nos grands artistes, mais leur voix. Et c'est elle qui, en qualité de directrice et de membre du Conseil d'administration, a présidé à la construction, ainsi qu'à l'organisation de ce joli théâtre.
Chez M. Millerand, mercredi, elle était d'ailleurs très félicitée de son initiative qui constitue une des curiosités de la Rue de Paris.


Le Figaro, Paris, 25 mai 1900, p. 2. 

Le Théâtroscope du boulevard des Capucines (3 juin 1900-[décembre 1900])

Le Théâtroscope du boulevard des Capucines va ouvrir ses portes le 3 juin 1900 comme le signale le journal Le Figaro :

Aujourd'hui :
Ouverture du Théâtroscope, 35, boulevard des Capucines...


Le Figaro, Paris, 3 juin 1900, p. 4.

Il s'agit du second lieu où est présenté le Théâtroscope, et il est également placé sous la responsabilité d'Alfred Bréard. Dès lors, la presse va publier régulièrement des entrefilets - pour l'essentiel des réclames produites sans doute par la Société elle-même et son fondateur - dont certains permettent d'avoir au moins une vague idée du spectacle :

Le théâtroscope, 35, boulevard de Capucines et rue de Paris, à l'Exposition, donne un merveilleux spectacle d'illusion étrange : la nuit se fait, une douce voix chante et la scène soudain éclairée représente les acteurs et actrices qui sont censés jouer et chanter. Non seulement ils ont les couleurs de la vie, les gestes appropriés aux paroles, mais l'expression de physionomie ; c'est absolument nouveau et très curieux, il faut voir ce spectacle amusant et hautement scientifique. Fauteuils : 1 fr. Tous les jours de quatre à sept et de huit à onze heures et demie.


Le Gaulois, Paris, 26 juin 1900, p. 3.

Trois jours plus tard, quelques lignes, signées " Nicolet ", complètent un peu l'information :

Nous devons signaler l'inauguration, à Paris, du Théâtroscope, 35, boulevard des Capucines. Une véritable petite bonbonnière et, ce qui ne nuit  en rien, un spectacle du plus haut intérêt. Ce théâtre, en ce temps d'Exposition, aura certainement un très gros succès auprès des provinciaux et des étrangers toujours à la recherche de nouveau. En assistant à une soirée du Théâtroscope, on éprouve une surprise indéfinissable. On entend des artistes, on les peut voir, et, en réalité, ils n'existent que pour vous charmer un instant. C'est très curieux.; Nous en reparlerons plus longuement. Les matinées sont données de quatre a: sept heures tous les jours, et les soirées, de huit à onze heures et demie.
Nicolet.


Le Gaulois, Paris, 29 juin 1900, p. 3.

Bien que nous en soyons bien loin, ces descriptions donnant l'illusion de la présence d'acteurs ou de chanteurs n'est pas sans évoquer les hologrammes. Alfred Bréard fait installer, comme il le fait au pavillon d'Exposition Universelle, des mutoscopes, pour tenter de relancer les recettes :

Hier a eu lieu l'inauguration, au Théâtroscope, 35, boulevard des Capucines, des projections animées automatiques. C'est une découverte appelée, croyons-nous, à un grand succès. Le spectacle sera donné en permanence de deux six heures et de huit à onze heures et demie.


Le Matin, Paris, 27 juillet 1900, p. 4.

Alors que le pavillon de l'Exposition Universelle a fermé, la salle du boulevard des Capucines continue ses spectacles, mais, à partir du mois de novembre, ils vont changer de format comme l'indique l'article suivant :

Nous avons reçu, hier soir, dans les bureaux du journal, la visite du prince Colman, né au Transvaal, âgé de vingt-six ans, et qui possède la respectable taille de 2 mètres 45.
Ce colossal géant, qui vient donner aux Parisiens un échantillon dos produits transvaaliens, sera heureux de les recevoir au théâtroscope du boulevard des Capucines, où il sera visible tous les jours, et où les Anglais, toujours à l’affût dos nouveautés, pourront le contempler à leur aise.


La Libre Parole, Paris, 28 décembre 1900, p. 3.

Par la suite, les annonces disparaissent indiquant semble-t-il que le Théâtroscope a fermé ses portes. Plus tard, la salle va ouvrir à nouveau.

1901

Le Cinématographe du Champagne Mercier (Exposition Internationale, 3 juin-12 novembre 1900)

Le Pavillon du champagne Mercier, situé devant l'École Militaire, est l'oeuvre de Paul Dufresne, architecte décorateur. À l'entrée, on découvre un diorama des caves de la maison Mercier, au premier étage, on trouve un salon d'exposition et de dégustation et au second étage, le cinématographe. L'inauguration a lieu le 3 juin 1900 : 

Le pavillon du champagne Mercier
L'ouverture du pavillon du champagne Mercier, situé en face l'Ecole Militaire, a lieu aujourd'hui ; il contient, dans ses sous-sols, le panorama des Caves de la Maison ; une salle magnifiquement décorée, destinée à la dégustation, occupe le premier étage ; enfin au deuxième étage est installé un cinématographe qui reproduira les vues les plus intéressantes de la Champagne. C'est, on le voit, une véritable attraction offerte gracieusement aux nombreux visiteurs qui viendront déguster cette marque si appréciée des connaisseurs.


Le Journal, Paris, 3 juin 1900, p. 3.

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Pavillon du champagne Mercier à l'Exposition 1900
(Collection du Champagne Mercier)

Le cinématographe présente une petite série de films qui évoquent les différents moments de l'élaboration du champagne Mercier. L'accès est gratuit et la publicité cherche aussi à attirer le jeune public en lui offrant des " cinématographes de poche " (La Petite République, Paris, 22 juin 1900, p. 2) :

Pavillon du champagne Mercier
Tous les jours, de 2 heures à 7 heures, au cinématographe Mercier : " Le champagne à travers les âges ", depuis la découverte de la mousse, en 1600, par Dom Pérignau [sic], moins de l'abbaye d'Hautevillers, près Ay, jusqu'à nos jours.
Ajoutons que, sauf à la dégustation des vins de Champagne, tout est gratuit au " Pavillon du Champagne Mercier ", et que d'élégants petits guides de l'Exposition sont offers aux visiteurs. Toutes les personnes qui auraient des réclamations à faire sont priées de s'adresser à M. Brault, représentant de la maison Mercier, qui se tient à la disposition du public au pavillon, de 10 heures du matin à 7 heures du soir.


La Petite République, Paris, 28 juin 1900, p. 3.

Si les spectacles cinématographiques payants ne font pas trop recette, tel n'est pas le cas des pavillons qui offrent des vues animées gratuites, comme le pavillon du champagne Mercier :

Pavillon du Champagne Mercier
Le nombre des personnes qui ont assisté aux séances gratuites du cinématographe au pavillon du Champagne Mercier, pendant la journée de dimanche, a été de 6723.
Quatorze mille guides ont été offerts aux visiteurs du panorama représentant les célèbres caves de la maison Mecier, à Epernay.


La Petite République, Paris, 5 juillet 1900, p. 2. 

Si l'on en croit ce chiffre, et compte tenu que le jour de référence est un dimanche, on peut malgré tout penser que le cinématographe du pavillon Mercier a eu un succès très significatif. Par ailleurs, le seul incident, minime, à déplorer au cours des mois que dure l'Exposition universelle, est un commencement d'incendie vite maîtrisé ;

Vers dix heures du matin, un commencement d'incendie s'est déclaré, à l'Exposition, dans le pavillon du Champagne Mercier, situé en bordure de l'avenue de la Motte-Piquet.
Le feu était dû à l'explosion d'une ampoule électrique, et a été éteint à l'aide de seaux d'eau par les employés de la galerie de l'alimentation.
Les dégâts sont insignifiants.


L'Aurore, Paris, 15 août 1900, p. 3.

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Exposition 1900, Guide offert aux visiteurs du Pavillon du Champagne Mercier, 1900
© Collection particulière

Comme tous les autres pavillons, celui du champagne Mercier ferme ses portes à la fin de l'Exposition universelle.

Le Cinématographe Géant Lumière (Salle des Machines, [14 juin]-12 novembre 1900)

L'équipe qui s'occupe de ce cinématographe Géant est composée de Charles Moisson, le responsable technique, assisté d'Emmanuel Ventujol et de Jacques Ducom. Dans un premier temps, l'idée a été de l'installer dehors sur le Champ de Mars comme l'explique Alfred Picard, le commissaire général de l'Exposition, au président de la République, Émile Loubet :

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE À L'EXPOSITION
On examine ensuite la maquette du château-d'eau de 80 mètres de hauteur qui sera placé au Champ de Mars. M. Alfred Picard explique comment fonctionnera un immense cinématographe perfectionné, visible, le soir, de tous les promeneurs du Champ de Mars. Ce cinématographe géant reproduira de grandes scènes de 1900, défilés, cortèges, etc.
S'adressant au général Bailloud, M. Alfred Picard ajoute : " On y verra aussi, mon général, des parades militaires, l'école de Joinville dans ses exercices. "


Le Temps, Paris, 20 septembre 1899, p. 4.

Des problèmes d'ordre technique liés à la résistance au vent de l'écran conduisent les frères Lumière et Picard à choisir une solution moins ambitieuse, en plaçant le dispositif dans la salle des Fêtes de l'Exposition. Il s'agit d'une immense salle (6.300 m2) pouvant contenir 15000 personnes dans laquelle va être disposé l'écran géant de 20 mètres de largeur sur 16 de hauteur. Si la maison Lumière prend en charge l'équipe technique, l'écran et le projecteur, l'administration de l'Exposition universelle s'occupe de la cuve d'eau - afin de mouiller l'écran et le rendre assez transparent pour que l'on puisse regarder des deux côtés -, les treuils et la cabine de projection.

ducom190003 1900 cinematographe geant 02
" Vues du grand écran du Cinématographe Lumière, installé par l'administration de l'Exposition Universelle de 1900 dans la Salle des Fêtes, située alors, au centre de la Galerie des Machines. Cet écran avait 18 mètres de haut sur 18 mètres de large.
(Photographie communiquée par M. Moisson qui s'occupait de la direction technique de ce cinéma, assisté de M. Ventugol [sic] et de l'auteur de cet ouvrage) "
© Jacques Ducom, Le Cinématographe scientifique et industriel, Paris, Albin Michel, [1911], p. 68.
Le Cinématographe Géant
Le grand écran dressé par Louis Lumière, Galerie des Machines, pour la présentation de son cinématographe géant.
(Document Louis Lumière)
© Georges Sadoul, Histoire générale du cinéma, Les Pionniers du Cinéma (1897-1909), Paris, Éditions Denoël, 1947 p. 103.
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Le Cinématographe Géant [1900]
© Mary Evans Picture Library
La Presse, Paris, 30 juin 1900, p. 2.

Si l'inauguration de l'Exposition a lieu le 14 avril, il faut attendre le 16 juin pour entendre parler du Cinématographe Géant, à l'occasion de la visite du roi Oscar de Suède. Reçu par M. Picard, commissaire général de l'Exposition et M. Chardon, secrétaire général, qui ont projeté d'offrir au souverain un spetacle d'illuminations, le monarque découvre le spectacle :

L'administration de l'Exposition avait projeté d'offrir an roi, aussitôt après son dîner le spectacle de l'illumination du palais de l'Electricité et du Château-d'Eau.
Malheureusement, on n'était pas encore prêt et le roi de Suède, conduit par MM. Picard et Chardon, dut passer sa soirée à la salle des Fêtes où il assista à une séance de cinématographe.
Ce n'est que vers onze heures que les fontaines lumineuses purent fonctionner devant le roi de Suède qui a manifesté là plus vive admiration pour ce merveilleux spectacle.


Le XIXe siècle, Paris, 16 juin 1900, p. 3.

Malgré ce contretemps, le roi Oscar n'a pas boudé son plaisir, ni le succès personnel de sa visite :

[...] Une séance de cinématographe a eu lieu. Le signal des applaudissements a été donné par Oscar II après une scène représentant l'assaut d'un mur par des chasseurs alpins.
- Allons, messieurs, a crié le roi, applaudissons les soldats français !


Paris, Paris, 16 juin 1900, p. 1.

Le film signalé fait évidemment partie de la collection Lumière. On ignore si entre la visite royale et la première annonce dans la presse du Cinématographe Géant, il y a eu d'autres projections. N'oublions pas d'ailleurs que le spectacle est gratuit et que sa mise en place reste complexe. La presse ne commence à parler des projections qu'à partir du 27 juin 1900 (Le Petit Journal, Paris, 28 juin 1900, p. 2) et c'est Le Matin qui offre le compte rendu le plus complet de cette attraction : 

LE CINÉMATOGRAPHE-GÉANT
C'était hier soir, à neuf heures, dans la salle des Fêtes, la première séance du cynématographe-géant qui désormais fonctionnera tous les soirs.
Au milieu dé la gigantesque piste, un énorme écran se dresse, face au grand orgue qu'on a essayé tous ces jours derniers.
Pendant que se projettent sur l'écran les différentes scènes cinématographiques, parmi lesquelles il faut citer une vue tout fait drôle de la foule sur le trottoir roulant, les joueurs de cartes arrosés, l'assaut d'un portique, l'arrivée d'un train en gare, les jeux icariens, le carnaval à Nice, un bal aux Sables-d'Olonne, une querelle enfantine, l'assaut d'un mur par des chasseurs à pied, pendant que tout cela passe devant nos yeux, l'orgue accompagne les tableaux d'airs appropriés, produisant un effet grandiose dans cette immensité. Viennent ensuite d'admirables projections de photographies en couleurs, gerbes de fleurs de toutes espèces et de toutes teintes,intérieurs d'appartements, intérieurs d'églises, paysages, le tout merveilleusement réel. Et entre les tableaux éclatent, on ne sait trop où,, des. applaudissements lointams. Puis, quand la séance est finie, et tandis que l'orgue joue l'hymne russe, l'électricité aveuglante jaillit de tous les côtés, chassant les spectateurs qui s'étaient doudement habitués à la seule clarté papillottante du cinématographe-géant.


Le Matin, Paris, 1er juillet 1900, p. 2.

Le Rapport (voir infra) établi par le commissaire général, Alfred Picard, indique que les séances comportent 15 vues animées et 15 vues fixes en couleurs. On ne connaît que quelques titres des 150 qui ont été présentés. Désormais les séances vont se succéder, parfois interrompues par des fêtes ou des événements particuliers qui nécessitent l'espace de la Salle des Fêtes, mais les informations n'apportent désormais plus guère de nouveautés. Il faut attendre en fait le début du mois d'août pour que le Cinématographe Géant soit honoré par la présence du Shah d'Iran qui décide de se rendre aux projections de la Salle des Fêtes : 

C'est à la salle des Fêtes, brillamment éclairée, que le shah est amené tout d'abord. Au dessous du grand orgue est disposée une triple rangée de fauteuils et de chaises. M. Picard s'assied à la droite du shah, le grand vizir à sa gauche. Parmi les invités privilégiés de M. Picard, remarqué les commissaires généraux et leurs femmes, M. Paul Loubet et le colonel Silvestre.
Le grand orgue joue la Marseillaise et l’hymne persan. M. Picard offre ensuite à Sa Majesté une séance de cinématographe géant. Successivement apparaissent les tableaux suivants : cortège de M. Loubet au Champ-de-Mars le jour de l'inauguration de l'Exposition ; une vue panoramique de la rue des Nations ; les jeux Icariens ; une caravane de chameaux ; les bords du Nil ; les danses espagnoles à la Feria ; la sortie des ateliers Lumière ; une mauvaise farce ; une procession à Séville ; un gros temps en mer ; l'assaut d'un mur par le 29e chasseurs ; enfin la photographie dos couleurs.
Le schah, qui s'intéresse fort à ce qui touche à la cinématographie, a paru goûter avec un plaisir tout particulier à ce spectacle, dont il a félicité M. Picard.


Le Matin, Paris, 5 août 1900, p. 2.

Son intérêt pour le cinématographe n'est pas fortuit, on vient d'organiser pour lui une séance privée pour des essais avec le biophonographe d'Henri Joly et il va emporter de nombreux cinématographes, dont ceux de la maison Gaumont. Quant au Cinématographe Géant, il va poursuivre ses projections sans plus rien de bien notoire jusqu'à la fin de l'Exposition universelle, en novembre 1900.

1 3. Séances de cinématographie et de photographie en couleurs dans la salle des Fêtes. - Un autre spectacle du plus haut intérêt, offert à titre également gratuit, était celui des séances de cinématographie et de photographie en couleurs dans la salle des Fêtes. 
Ces séances commencèrent dès la seconde quinzaine de mai et se poursuivirent journellement jusqu'au 12 novembre, sauf un repos hebdomadaire, qui fut même supprimé à partir du 15 septembre, et quelques interruptions occasionnées, soit par les grandes fêtes données dans la salle, soit par des concours temporaires de fleurs ou de fruits organisés dans le même local. Il y en avait deux chaque soir, à 9 heures et à 10 heures. Leur nom total fut de 326.
Au cours de chacune des séances, le cinématographe Lumière projetait 15 vues cinématographiques et 15 photographies en couleurs, ce qui exigeait environ 25 minutes. Dans l'ensemble, 150 sujets différents de cinématographie et près de 50 vues en couleurs ont été mis ainsi sous les yeux du public.
L'appareil cinématographique était installé au premier étage, dans l'axe longitudinal du palais de l'Agriculture et des Aliments, du côté La Bourdonnais. Il utilisait des bandes d'images, dont les éléments mesuraient 20 millimètres sur 25 ; le grossissement linéaire atteignait 800 et le grossissement superficiel 640,000. La source lumineuse consistait en un arc électrique de 75 ampères disposé dans un projecteur Mangin de 0m 60, dont le faisceau passait à travers une cuve d'eau, puis se concentrait sur l'image du cinématographe. Dans les parties claires de l'image, l'illumination pouvait être évaluée à 35 lumens par mètre carré.
Pour les projections de photographies en couleurs, MM. Lumière employaient des vues de 80 millimètres sur 80 et avaient recours à un projecteur Mangin de 0m 40, fonctionnant à 45 ampères et envoyant son faisceau à travers une cuve d'eau, comme dans le cas des projections cinématographiques.

L'écran situé suivant le plan de l'axe longitudinal du Champ de Mars avait 21 mètres de largeur et 18 mètres de hauteur. Afin de le soustraire à la poussière, les opérateurs le descendaient, après chaque soirée, dans une cuve en ciment ménagée sous le plancher de la salle et contenant de l'eau. Une demi-heure avant la séance, il était relevé au moyen d'un treuil établi au-dessus de la verrière ; pendant le montage, des jets d'eau le lavaient à nouveau. L'étoffe avait été choisie de manière à laisser passer, une fois mouillée, à peu près autant de lumière qu'elle en réfléchissait ; de la sorte, l'image se voyait également des deux côtés et les spectateurs pouvaient prendre place dans tous les gradins de la salle. 
Il résulte des comptages approximatifs faits à diverses reprises que le nombre moyen des spectateurs fut de 5,000 pour les séances chargées et de 3,000 pour les séances moins suivies. La moyenne de 5,000 est très au-dessous du nombre effectif des visiteurs qui, plusieurs fois, se pressèrent dans la salle pour assister au spectacle. Généralement, l'affluence était plus grande le dimanche, le lundi, le jeudi et le samedi, que le mardi, le mercredi et le vendredi. 
Au total, 1,400,000 personnes environ ont profité de cette attraction si intéressante. Elle a fait le plus grand honneur à MM. Lumière, qui, d'ailleurs, en supportaient les frais pour la plus large part.
 Dès le début de ses études, le Commissaire général avait conçu le projet de faire une application plus grandiose encore du cinématographe ; il voulait, chaque soir, offrir aux foules massées dans le Champ de Mars et au Trocadéro une série de vues sur un écran gigantesque disposé au droit de la Tour. 
Les expériences préliminaires ayant donné des résultats satisfaisants, une longue cuve fut créée à l'emplacement voulu. MM. Lumière, de leur côté, préparèrent le matériel. Malheureusement les dispositifs de support de l'écran ne lui assuraient pas une fixité suffisante sous l'action du vent, et le temps manqua pour transformer ces dispositifs.

Alfred Picard, Exposition universelle internationale de 1900 à Paris. Rapport général administratif et technique
© CNUM,
 http://cnum.cnam.fr/redir?4XAE69

 

Le Biophonographe (Projection privée pour le Shah de Perse, 5 août 1900)

Le Shah de Perse, en visite à Paris, à l'occasion de l'Exposition Universelle, va avoir sans doute la primeur de l'appareil d'Henri Joly, commercialisé par les frères Normandin. Le souverain est friand de ce type d'innovations techniques et cinématographiques. Sans qu'il nous soit possible de l'affirmer, il est fort probable que l'inventeur ou l'un des deux frères soient à la manœuvre :

Le souverain grand amateur d'inventions, comme l'on sait, a employé une partie de la matinée à l'audition et à la vue d'un appareil nouveau, le biophonographe qui enregistre mécaniquement et reproduit ensuite les vues cinématographiques en même temps que les chants ou les paroles qui accompagnent chaque geste ou mouvement. 
Le shah a pris un grand plaisir à ce spectacle intime auquel assistaient les principaux personnages de sa suite.


Le Siècle, Paris, 5 août 1900, p. 2. 

Le Phono-Cinéma-Théâtre (42 bis, Boulevard Bonne-Nouvelle, 10 novembre-31 décembre 1900)

Après avoir connu un succès relatif à l'Exposition Universelle de Paris, le phono-cinéma-théâtre va s'intaller dans une salle située au 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle, à deux pas du théâtre du Gymnase. C'est Marguerite Vrignault, directrice artistique et inspiratrice du projet, qui va exploiter le programme de vues animées et sonores. L'inauguration a lieu le 10 novembre alors que les portes de l'Exposition sont sur le point de fermer :

L'inauguration du Phono-Cinéma-Théâtre dans la salle du boulevard Bonne-Nouvelle, a eu lieu hier avec un plein succès.
Le programme était d'ailleurs très heureusement composé, et le public fort nombreux a beaucoup applaudi la saisissante représentation de l'Enfant prodigue, où l'on revoit avec plaisir Mmes Félicia Mallet, et Marie Magnier et M. Duquesne. Les danses Directoire de Mmes Blanche et Louis Mante, les chansons de Polin, Mlle Kerf et M. Viscusi dans le ballet de Terpsichore ; les Chansons en Crinoline de Mily Meyer, et les étonnants excentriques américaines Mason et Forbes.
Un triomphe a accueilli l'admirable reconstitution de la scène du duel d'Hamlet, où Sarah Bernhardt est d'une si tragique beauté. Durant six mois, c'est au Phono-Cinéma-Théâtre que l'on pourra venir applaudir la grande artiste qui nous quitte, et cela seul suffirait à assurer le succès de ce charmant théâtre.


Le Figaro, Paris, 11 novembre 1900, p. 5.

Il s'agit, bien sûr, de continuer à exploiter les vues qui ont été présentées pendant plusieurs mois à la rue de Paris de l'Exposition. Nous n'avons ici qu'une partie du répertoire, même s'il est très probable que toutes les vues aient été présentées au cours des mois. Une précision dans l'article nous permet de savoir que la salle est aménagée et louée pour une durée de six mois, ce qui signifie que les projections prendront fin, ce qui est le cas, en mai 1901. Quelques annonces vont être publiées, mais sans aucun doute la plus singulière est celle que le Journal offre dans son édition du 22 novembre :

MONSIEUR bien élevé, instruit, très riche, encore jeune, désirant se marier, voudrait faire connaissance d'une personne ressemblant à l'artiste qui mime le rôle de Phrynette dans l'Enfant prodigue, au Phono-Cinéma-Théâtre, 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle. Ecrire poste restante, sous initiales, T.M., bureau de la Madeleine.


Le Matin, Paris, 22 novembre 1900, p. 6.

On imagine que les jeunes femmes intéressées par ce " rôle " ont dû se précipiter pour bien vérifier qui est donc cette actrice qui joue Phrynette... et savoir si elles ont une certaine ressemblance... Pour le reste, même si l'annnonce du spectacle est publiée journalièremernt, plus aucune information particulière n'est communiquée.

(→ 1901)

1901

Le Phono-Cinéma-Théâtre (42 bis, Boulevard Bonne-Nouvelle, 1er janvier-[7 mai] 1901)

(← 1900)

Les séances du Phono-Cinéma-Théâtre vont se poursuivre au cours des premiers mois de l'année 1901. Très peu d'annonces nouvelles et l'on ne fait que répéter les informations déjà connues. La seule nouveauté va être l'introduction de vues nouvelles relatives aux funérailles de la reine Victoria : 

Le Phono-Cinéma-Théâtre a ajouté depuis avant-hier à son programme si attrayant, un merveilleux défilé des obsèques de la reine Victoria qui ne dure pas moins de dix minutes. On y voit, comme on les a vus le 2 février, à Londres, le duc de Norfolk et le feld-maréchal lord Roberts, la musique des Horse Guards, le char funèbre, le roi Edouard VII et l'empereur Guillaume, le duc de Connaught, les rois de Grèce et de Portugal, les princes étrangers représentant toutes les cours européennes, les voitures royales, etc., etc.
Cette nouvelle attraction attirera encore plus la foule au petit théâtre du boulevard Bonne-Nouvelle où l'on voit et entend toujours Sarah Bernhardt, Coquelin aîné, Cléo de Mérode. etc.


Le Journal, Paris, 10 février 1901, p. 5. 

Il est difficile de savoir de quel éditeur de films provient la série consacrée aux obsèques de la souveraine britannique... On rappelle, au passage, les noms de quelques acteurs qui figurent dans les films du phono-cinéma-théâtre. Ce qui est sans doute le plus remarquable, c'est que le périodique, Le Menestrel, en février 1901 va consacrer un long article au spectacle, dont on peut dire qu'il n'est très nouveau :

Le Phono-Cinéma-Théâtre. — Un nom fâcheux et désagréable pour qualifier un spectacle curieux, ingénieux et amusant. Curieux surtout, car ce spectacle est basé sur une intelligente combinaison du cinématographe et du phonographe, combinaison qui permet de reproduire, dans leur ensemble vocal et mimique, c'est-à-dire dans leur exactitude absolue et complète, telle ou telle scène de tel ou tel ouvrage, où, en même temps qu'on entend le dialogue des personnages avec la voix même des acteurs qui les représentent et que nous connaissons bien, on voit reproduits tous leurs mouvements, les passades, les jeux de scène, etc. Je sais bien que si le cinématographe est parfait, il n'en est pas tout à fait de même du phonographe, qui laisse encore à désirer, et que celui-ci conserve encore un côté canard qui altère un peu trop les voix que nous sommes accoutumés d'entendre ; cependant ces voix restent reconnaissables et, en somme, le résultat obtenu est vraiment intéressant.
Pour ne parler que du cinématographe proprement dit, on voyait là,, au naturel, des choses étonnantes : Mlle Zambelli et M. Vasquez dansant un pas du ballet du Cid à l'Opéra; Mlle Rosita Mauri dans la Korrigane ; Mlle Chasles dans le Cygne, de l'Opéra-Comique ; Mlle Cleo de Mérode dansant la gavotte ; mieux encore, Mlle Félicia Mallet, Mlle Marie Magnier et M. Duquesne dans trois scènes de l'Enfant prodigue. Mais le comble, c'était de voir et d'entendre, par l'alliance des deux procédés, Mme Sarah Bernhardt dans la scène du duel d'Hamlet, Mme Réjane dans Ma cousine, Mlle Mariette Sully dans la Poupée, M. Coquelin dans les Précieuses ridicules et dans Cyrano de Bergerac, M. Polin dans ses chansons de tourlourou, MlIe Milly Meyer dans ses chansons en crinoline... Et, comme couronnement, une scène désopilante, Chez le photographe, par deux clowns excentriques, Mason et Forbes, avec le bruit des gifles qui. retentissent, des chaises qui se cassent, des meubles qu'on culbute, etc. Ceci est inénarrable.
La directrice de ce gentil spectacle était Mme Marguerite Vrignault, et il n'est que juste de faire connaître les noms des deux ingénieurs qui l'avaient rendu possible, MM. Clément-Maurice et Lioret.
(A suivre.) ARTHUR POUGIN.

Le Ménestrel, Paris, 10 février 1901, p. 43.

Cet article nous fournit, malgré tout, ce que l'on peut considérer comme le programme presque complet du Phono-Cinéma-Théâtre. Puis, plus aucune information significative n'est publiée jusqu'à la dernière annonce du 7 mai (Le Journal, Paris, 7 mai 1901, p. 6.)

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Café du Globe, 13 janvier 1901)

Même si le Phono-Cinéma-Théâtre est installé au 42 bis boulevard Bonne-Nouvelle, il lui arrive de commettre quelques infidélités comme celle du samedi 13 janvier où les films sont projetés au Café du Globe :

Le Phono-Cinéma-Théâtre, qui a retrouvé, dans sa charmante salle du boulevard Bonne-Nouvelle, à côté du Gymnase, son grand succès de la rue de Paris, à l'Exposition, devient le numéro le plus recherché des soirées particulières. Samedi dernier notamment : Sarah Bernhardt, Mlle Hatto, Cossira ont été chaleureusement applaudis au Café du Globe, dans une soirée offerte à l'Union belge, par son sympathique président. M. Robert.


Le Journal, Paris, 16 janvier 1901, p. 5.

Marguerite Vrignault connaît sans doute Émile Robert, président de l'Union Belge, société royale de secours mutuels et de bienfaisance à Paris, mais également commissaire adjoint de Belgique à l'Exposition Universelle, récemment promu au grade d'officier de la Légion d'honneur à titre étranger.

Le Théâtroscope-Concert (Boulevard des Capucines, mai 1901- [1901])

(← 1900)

Le Théâtroscope, situé au 35, boulevard des Capucines, a fonctionné jusqu'à la fin de l'année 1900. Au-delà, les informations manquent. Il semble que, pendant quelque temps, dans les premiers mois de 1901, la salle ait été fermée. C'est en tout cas ce que l'on peut déduire de l'entrefilet suivant :

Signalons l'ouverture du Théâtroscope-Concert, 35, boulevard des Capucines, attraction nouvelle et très parisienne.
Tous les jours, à trois heures, et, le soir, à huit heures, programme choisi, troupe de premier ordre.


L'Aurore, Paris, 6 mai 1901, p. 3.

Par la suite, nous ne disposons plus d'informations pour savoir à quel moment la salle du Théâtroscope ferme.

Le biophonographe (Grand Café, mai 1901)

C'est dans la même salle, au sous-sol du Grand Café, 14 boulevard des Capucines, que s'installe le biophonographe à partir du mois de mai 1901. Les informations sont très rares et seul L'Écho de Paris prête une attention toute particulière à cette inauguration : 

Les séances du Biophonographe ont lieu tous les jours de deux heures à sept heures et de huit heures à minuit, 14, boulevard des Capucines, salle du sous-sol du Gand Café.


L'Echo de Paris, Paris, 23 mai 1901, p. 2.

En outre, un très long article, en principe consacré à ce cinématographe sonore, occupe deux colonnes du même journal. Comtpe tenu de sa longueur - il est surtout consacré à une évocation assez enflammée des artistes et des acteurs -, nous n'en retiendrons que les fragments où il est directement question de l'appareil :

Chronique scientifique
L’immortalité des comédiens
Parmi les attractions qui sollicitent périodiquement la faveur du public, il en est une d'éclosion toute récente — sa mise au point définitive datant exactement d'hier —dont l'intérêt et la portée dépassent de beaucoup la mesure ordinaire des spectacles qui visent à l'amusement des foules. Il s'agit d'un nouvel appareil réunissant et combinant en une simultanéité parfaite le phonographe et le cinématographe et que son auteur, un ingénieur français, M. Normandin, a baptisé, du nom de : Biophonographe
L'idée n'est pas nouvelle et depuis longtemps-déjà faisait l'objet-de nombreux travaux dont les plus heureux n'avaient abouti, jusqu'à ce jour, qu'à des avatars tout au plus bons à remplacer la lanterne magique et à servir de joujoux d'appartements. Ce qui est nouveau, c'est le tour de force réalisé, c'est la précision des appareils employés, qui a permis de joindre au cinématographe qui reproduit les formes et les gestes, le phonographe qui reproduit la voix, cela avec un tel degré de perfection que c'est l'artiste lui-même qui apparaît devant nous, en vie, en beauté. Pas une hésitation, pas une fausse manœuvre ; la simultanéité des intonations et des mouvements est assurée avec une justesse incroyable ; on écarquille les yeux, on tend l'oreille, on est stupéfait, on est charmé. Tout d'abord on pouvait craindre le nasillement du phonographe ou que, les intonations restant exactes, le timbre de la voix ne fût changée ; il n'en est rien ; tout dans l'ensemble est frappant de vérité.
La presse avait été convoquée, et avec elle des artistes que cette question touche plus particulièrement. Tous étaient émerveillés. Une telle invention fera courir et amusera petits et grands ; mais elle a et doit avoir une portée plus haute.
[...]
Si le Biophonographe eût été inventé cent ans plus tôt, du moins serions-nous renseignés ; nous pourrions admirer et comparer, dire si Sarah a égalé Rachel et si Rousseil a égalé George. Puis, de ces illustrations tragiques, nous pourrions retrouver les traditions perdues ; elles seraient sous nos yeux ; nos oreilles entendraient les cris de leurs cœurs, les accents de leurs âmes si éprises d'art, si amoureuses de beauté ; elles revivraient devant nous comme un enseignement — qui sait ? comme un reproche peut-être à nos tragédiennes, d'aujourd'hui !
[...]
Par le Biophonographe on saura comment Coquelin interprétait Cyrano et comment Rostand voulait que Cyrano fût interprété.
[...]
Si le Biophonographe eût existé au temps de Molière, il nous montrerait aujourd'hui du Croisy jouant Tartuffe comme le voulait le poète. Et cela mettrait tout le monde d'accord, les comiques et les premiers rôles — ce qui n'est pas toujours facile.
[...]
Le Biophonographe comble cette lacune; il n'est donc pas seulement un amusement; il rendra de réels services à nos comédiens futurs tout en les préparant eux aussi pour la postérité ; il instruira nos petits-fils sur ceux qui furent les joies de nos soirées, qui assurèrent nos plaisirs les plus délicats… et les autres ; pour eux Sarah Bernhardt sera immortelle, et celle qui fut la belle Otero aussi. Heureuse postérité ; plus heureuse que nous, qui n'avons du passé que quelques toiles et quelques marbres, elle jouira de nos artistes et elle aura son Louvre… le Louvre de l'art dramatique.
GEORGES LUDWIG.
P.-S. — Les séances du. Biophonographe ont lieu tous les jours, de deux heures à sept heures et de huit heures à minuit, 14, boulevard des Capucines, salle du sous-sol du Grand Café.


L'Écho de Paris, Paris, 23 mai 1901, p. 2.

La tonalité quelque peu exaltée de tout l'article nous laisse sur notre faim, car il n'est jamais question des vues sonores qui ont été présentées lors de cette soirée spéciale... D'ailleurs, rien dans le reste de la presse de nous permet de compléter notre information, en particulier sur les programmes et la durée des représentations dans le temps.

Le cinématographe et le biophonographe aux Nouvelles Galeries " À la ménagère " (octobre 1901)

L'ancien Bazar a été racheté, en 1899, par les Nouvelles Galeries qui agrandissent le bâtiment et le baptise " À la ménagère ". L’inauguration a lieu le 17 mai 1900. C'est pendant l'automne 1901 qu'au deuxième étage, des séances de cinématographe et de biophonographe sont organisées.

Que faire pour occuper l'après-midi du dimanche ? Aller aux Nouvelles Galeries "A la Ménagère", boulevard Bonne-Nouvelle, admirer la variété et le bon marché de leur assortiment d'appareils de chauffage et d'éclairage : Calorifères, poêles de tous systèmes, foyers, cheminées fixes ou mobiles, fourneaux de cuisine, garnitures de foyer de tous styles, lampes, suspensions, etc., rien ne manque. Au deuxième étage, séances de Cinématographe et de Biophonographe.


Le Figaro, Paris, 27 octobre 1901, p. 1.

paris nouvelles galeries a la menagere

Publicité Nouvelles Galerie, À la ménagère (c. 1900)

Nous savons par ses mémoires que l'opérateur qui a installé le cinématographe n'est autre que Félix Mesguich qui l'évoque dans Tours de manivelle :

Enfin pour utiliser les quelques loisirs qui peuvent me rester, je fais deux installations, l'une chez Dufayel, l'autre à " La Ménagère ".


Félix Mesguich, Tours de manivelle, Paris, Grasset, 1933, p. 35.

L'installation terminée, Félix Mesguich a dû passer la main à un opérateur attitré. Nous ignorons la durée dans le temps de ces projections. Mais des séances cinématographiques sont à nouveau signalées en 1902 et en 1903.

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Olympia, [25 octobre 1901]-[19 décembre 1901])

De retour d'une tournée européenne, accompagné de Marguerite Vrignault, Félix Mesguich, pendant quelques semaines, s'installe à l'Olympia avec le Phono-Cinéma-Théâtre. Il l'évoque dans Tours de manivelle, même s'il situe cela, par erreur, au début de l'année 1901, alors qu'il s'y trouve en octobre-décembre 1901 :

À notre retour à Paris, au début de 1901, c'est à l'Olympia, sous la direction des frères Isola, que nous présentons désormais le programme du Phono-Cinéma-Théâtre.
Cela ne va pas toujours sans difficulté. je me souviens notamment, qu'un soir. j'étais enfermé dans ma cabine, au premier étage, tandis que M. Berst était placé avec son phono à l'orchestre. La salle se trouvait plongée dans l'obscurité, lorsqu'une main malveillante coupa le fil de transmission acoustique qui me permettait de suivre à distance, au moyen d'un récepteur, la marche du cylindre. Sans interrompre la séance, je réussis néanmoins à terminer ma projection dans un synchronisme parfait, et personne ne s'aperçut que l'opérateur avait été subitement frappé de surdité.


Mesguich,1993, 33-34.

La fin des séances est à situer vers la fin du mois de décembre 1901 ou peut-être début janvier 1902.

1901 olympia phono cinema-theatre

Olympia, Paris, Programme du 19 décembre 1901
© Musée McCord Museum

Le Biophonographe de la Société Médicale des Praticiens (Hôtel des Sociétés Savantes, 22 novembre 1901)

C'est à l'occasion d'une séance publique annuelle organisée par une société savante, la Société Médicale des Praticiens que des projections biophonographiques sont organisées :

La séance publique annuelle de la Société médicale des praticiens aura lieu vendredi prochain, à neuf heures précises du soir au grand amphithéâtre de l'hôtel des Sociétés savantes, sous la présidence d'honneur de M. le docteur Emile Dubois, député, ancien président du Conseil général de la Seine, assisté du docteur Paul Archambaud, président de la Société.
Cette séance comportera d'intéressantes communications scientifiques avec projections de clichés radiographiques. Elle se terminera par des scènes amusantes de biophonographe et un solo de flûte par M. Fontbonne, soliste de la garde républicaine.


Journal des débats politiques et littéraires, 22 novembre 1901, p. 2.

Aucune information ni sur l'opérateur, ni sur la programmation. Il faut dire que le biophonographe est surtout vu comme un appareils pour distraire le public à la fin de la soirée.

1902

Le Cinématographe des Nouvelles Galeries "A la Ménagère" (Boulevard Bonne-Nouvelle, septembre 1902)

Dès l'année précédente, des projections cinématographiques et biophonographiques ont été organisées au 2e étage des Nouvelles Galeries "À la Ménagère", sur le boulevard Bonne Nouvelle. En septembre 1902, une nouvelle salle est inaugurée :

Demain dimanche, à 2 heures, inauguration de la nouvelle salle de cinématographe aux Nouvelles Galeries "A la Ménagère" du boulevard Bonne-Nouvelle. Programme entièrement nouveau.


Le Petit Parisien, Paris, 27 septembre 1902, p. 4.

Le Biophonographe Normandin (Grande-Roue de Paris, 18-19 octobre 1902)

Le biophonographe, d'après le témoignage d'Henri Joly recueilli par Maurice Noverre, aurait fonctionné, vers 1900, au Concert-Théâtre de la Grande Roue... En tout état de cause, en octobre 1902, nous disposons d'une trace de la présence de cet appareil à la Grande Roue parisienne. C'est à l'occasion de grandes fêtes organisées par la " Fédération des Sections des Vétérans des Armées de Terre et de Mer 1870-71 du Département de la Seine " afin de renflouer ses caisses que nous apprenons que parmi les divertissements se trouve bien le biophonographe Normandin :

FÉDÉRATION DES SECTIONS DES Vétérans des Armées de Terre et de Mer 1870-71 DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
La Fédération, pour assurer des ressources aux caisses de secours des sections et à sa propagande, organise les samedi 18 et dimanche 19 octobre, à la Grande Roue de Paris, de grandes Fêtes, qui seront extrêmement brillantes et se distingueront entre toutes par l'originalité et l'importance des avantages offerts aux visiteurs.
Nous faisons un pressant appel à votre concours pour nous aider à placer nos tickets-remboursables du prix de 0 fr. 50 et donnant droit, gratuitement, à une série de spectacles dont voici l'exposé exact : l’ascension de la Grande Roue.
— Théâtre-concert ; music-hall ; grand bal kermesse; biophonographe Normandin ; cabaret montmartrois ; concert napolitain ; la voyante musicale ; l'homme rouge ; le mystère d'Isis ; la sellette enchantée ; le théâtre des Pygmées ; l'enfant prodige ; les glissades indiennes, etc.
De plus, chaque visiteur recevra, en quittant l'établissement, un cadeau-souvenir en échange de son ticket.
Jamais, dans aucun établissement au monde, on n'a vu donner de pareils avantages pour si peu d'argent.
Nos Fêtes sont donc assurées d'un succès prodigieux si tout le monde veut se dévouer à la propagande par le placement des tickets.
Nous sommes convaincus de pouvoir compter sur tous vos efforts dans l'intérêt général de votre section et de la Fédération, et vous prions, Messieurs et chers camarades, d'agréer, avec nos remerciements, nos sincères salutations.
Pour la Commission des fêtes : Le Président de la Fédération, CLÉON-DELABY.
19, boulevard Morland et à la Mairie du IVe arrondissement, de 3 h. à 6 h.


Le Vétéran, Paris, 1er octobre 1902, p. 14.

L'article laisse entendre que les spectacles proposés ne le sont pas spécifiquement pour ces fêtes, mais qu'ils sont probablement accessibles au public le reste du temps. Toujours est-il que nous ne disposons d'aucune autre information au sujet de ces représentations spéciales.

grande roue concert

La Grande Roue de Paris, ouverte et fonctionnant tous les jours. Concert d'Été (c. 1900)
Modèle déposé, propriété exclusive de la Grande Roue de Paris

Le Royal Diograph (Ba-ta-Clan, novembre 1902)

Une courte et brève annonce, publiée en novembre 1902, évoque la présence du Royal Diograph dans le music-hall, le Bataclan, situé au 50, boulevard Voltaire (11e)

Ce soir, à Ba-ta-Clan, première représentation de la Consigne est de rafler, scènes d'actualité des plus amusantes, jouées par M. Charland, Mlle Léontia, et de l'Armoire, pièce très fine et très humoristique, où l'on assiste à la désopilante scène d'un huissier apposant les scellés sur une armoire, dans laquelle sa femme est enfermée. La partie concert, déjà si intéressante, est augmentée des Pierrots musicaux et du Royal Diograph. Prochainement, le public aura la bonne fortune d'applaudir Louise France, dans les Deux Tourtereaux, de M. Ginisty, pièce qu'elle a créée au Théâtre Libre, avec Antoine.


Le Journal Paris, 7 novembre 1902, p. 5.

On peut penser malgré tout que le Royal Diograph - un autre nom du Royal Biograph - est resté quelque temps au Bataclan.

1903

Le Cinématographe des Nouvelles Galeries "À la Ménagère" (Boulevard Bonne-Nouvelle, 1903)

Une annonce publiée en avril 1903 semble indiquer que les projections cinématographiques continuent depuis 1901, au deuxième étage des Nouvelles Galeries "À la Ménagère", mais il ne nous est pas possible de savoir s'il y a eu des interruptions. 

paris nouvelles galeries a la menagere 02

Le Petit Journal, Paris, 22 avril 1903, p. 6.

Nous  ne trouvons pas d'informations au-delà de cette date.

Le Royal Diograph (Moulin-Rouge, 30 avril-juillet 1903)

C'est à partir du mois de mai que le Moulin-Rouge accueille pour quelque temps un Royal Biograph (sous le nom Royal Diograph). Il ne s'agit pourtant que d'un numéro parmi bien d'autres que l'on présente dans ce music-hall qui s'est rendu universellement célèbre grâce à son " Quadrille naturaliste ". C'est en 1902 que d'importants travaux sont effectués dans l'établissement de Joseph Oller, et le 5 mars 1903, la nouvelle salle est inaugurée. Quelques semaines plus tard, le Royal Biograph fait son apparition pour la première fois :

Ce soir, au Moulin-Rouge, pour la première fois, le Royal Diograph, fera défiler devant les dîneurs du restaurant le voyage du Président en Algérie. Julien, qui est débordé depuis qu'il a pris la direction du restaurant, toute sa clientèle élégante l'a suivi au Moulin-Rouge, ne répond pas des tables après huit heures trois quarts. Aujourd'hui et demain, deux dernières représentations de l'Américain Cook, le désopilant acrobate ; avec à ceux qui n'ont pas encore applaudi l'homme le plus drôle du monde. Le succès fou de Strongfort, l'hercule écrasé en scène par une automobile augmente tous les jours et Miss Noisett et ses trois frères continuent, dans le Cercle de la mort, à faire frissonner la salle.


La Lanterne, Paris, 30 avril 1903, p. 4.

Quelques jours plus tard, d'autres vues sont annoncées :

Au Moulin-Rouge ont lieu, ce soir, les débuts sensationnels de miss Etta, qui vient d'attirer pendant deux mois toute l'aristocratie anglaise à l'Alhambra de Londres. Surnommée la Mme Sans-Gêne du trapèze, nul doute qu'elle n'obtienne à Paris le même succès, au milieu de cette pléiade d’étoiles composée de Lionel Strongfort, l'écrasé quotidien ; miss Noizet et ses frères, créateurs du cercle de mort ; les Napols, les Fitzgerald, etc...
Signalons que, le soir même de l'arrivée d'Édouard VII, le Royal Diograph en offrait la primeur aux dîneurs du restaurant Indien, stupéfaits de ce tour de force. Ce soir, la revue de Vincennes.


Le Journal, Paris, 5 mai 1903, p. 1.

L’appellation " Royal Diograph " n'est sans doute pas une coquille, car Edgard Normandin, le frère d'Ernest Normandin, a déposé la marque " Diograph ", en 1898, pour un appareil chronophotographique. Les vues évoquées Le Voyage du Président en AlgérieL'Arrivée du roi Édouard VII et La Revue de Vincennes sont difficilement identifiables dans la mesure où plusieurs éditeurs de films proposent des titres similaires. Par la suite, très peu d'informations jusqu'au mois de juillet où il est question pour la dernière fois, semble-t-il, du Royal Diograph :

Quel est le music-hall de Paris où l'on voit le plus de jolies femmes ?
Telle est la question que nous voulions poser à nos lecteurs, puisque les concours sont aujourd'hui à la mode.
Mais on nous a très justement fait remarquer qu'il n'y aurait qu'une réponse unanime et que l'établissement désigné d'un commun accord serait le Moulin-Rouge.
Tous les soirs, la jolie Marville, la toute mignonne Ellen Baxone, entourée d'un bataillon de délicieuses misses Cocktail's font acclamer la Belle de New-York, le plus grand succès d'opérette que l'on ait eu à enregistrer depuis vingt-cinq ans.
Après ce merveilleux spectacle, on peut applaudir l'énigmatique Phroso, qui continue tous les soirs à déchaîner l'enthousiasme, et le Royal Diograph.


La Lanterne, Paris, 18 juillet 1903, p. 1.

Répertoire (autres titres) : Le Voyage du Président en Angleterre (La Lanterne, Paris, 16 juillet 1903, p. 3).

Le Cinématographe du docteur Doyen (Nouvelle clinique, 14 mai 1903)

C'est à l'occasion de l'inauguration de son nouvel Institut de Chirurgie, que le docteur Doyen a invité des membres de la presse parisienne. La nouvelle clinique se trouve rue Racine et tout est parfaitement orchestré et le cinématographe est également à l'honneur :

Le Cinématographe
Dans un coin de la salle, une sorte de logette vitrée et surélevée sert au fonctionnement du cinématographe. Le cinématographe reproduisant des opérations ! voilà une chose que Doyen n'a pu faire « avaler » au public ; l’a-t-on blagué, ce procédé, qui est pourtant l'un des meilleurs que l'on connaisse pour apprendre aux intéressés certaines méthodes opératoires. Avant-hier, dînant à la salle de garde d'un grand hôpital parisien, j'entendais précisément chanter, par un interne, une chanson – très drôle, d'ailleurs, et dont Doyen serait le premier à rire – dont un couplet évoque Doyen opérant, tandis que vingt cinématographes fonctionnent à la fois ! Eh bien ! il faudrait pourtant avertir le public qu'il se montre injuste en faisant peser un discrédit, une accusation de charlatanisme sur l’homme qui eut le premier, l'idée ingénieuse d'enregistrer pour les étudiants d'aujourd’hui et de demain un souvenir exact, complet, visuel enfin, d'opérations qu'il exécute avec une maîtrise unique. Devant ses invités d'hier, Doyen s'est expliqué avec bonne grâce sur ce reproche qui lui tient à cœur, et il nous a tous gagnés à la cause du cinématographe en nous faisant assister à une séance qui reproduisait quelques-unes de ses plus curieuses interventions.
Ces projections nous furent offertes dans une grande salle du rez-de-chaussée, qui sert à la mécanothérapie, à la gymnastique rationnelle. Cette mécanothérapie, c'est-à-dire le traitement par le mouvement, prend aujourd'hui une extension énorme. Que ce soit par le sandow ou par les appareils compliqués comme ceux que nous vîmes hier, chacun désormais s'agite méthodiquement… et voilà que les spécialistes des maladies nerveuses s'accordent eux aussi à préconiser la mécanothérapie à leurs clients.
Auprès de cette, vaste salle de gymnastique on a placé l'installation hydrothérapique. Plus loin, nous trouvons des ateliers où plusieurs ouvriers travaillent en permanence pour les moulages et la fabrication des appareils orthopédiques. La clinique présente en effet cette particularité d'être comme un organisme complet et de- suffire par elle-même à ses besoins elle fabrique même son électricité.
Louis Paillard.


La Presse, Paris, 17 mai 1903, p. 1-2.

L'article, tout à la gloire du célèbre docteur, n'offre pas, comme celui de son confrère du Rappel, la réaction du public qui est pour le moins secoué par ces images fortes :

Puis, après une visite à la salle de photographie, les invités du docteur Doyen assistèrent à une série d'opérations : ablation d'un goitre, d'un rein, résection d'un genou au moyen de la scie circulaire, opération d'une tumeur fibreuse abdominale, amputation d'une jambe et ouverture d'un ventre avec double manœuvre de la table opératoire.
Un peu pâles, les yeux vagues des gens mal à l'aise, ils regardaient, horrifiés... et c'est avec un soupir de soulagement qu'ils virent cesser cette séance de... cinématographie chirurgicale.


Le Petit Parisien, Paris, 15 mai 1903, p. 4

Les projections d'Eugène Doyen laissent rarement indifférent le public souvent non averti et la violence des images, leur " vérité " est parfois insoutenable.

Le Realgraph du Moulin-Rouge (23 juillet-31 août 1903)

Alors que les séances du Royal Diograph viennent à peine de prendre fin, un nouvel appareil, dont le nom Réalgraph a été déposé par le frère d'Ernest Normandin, Edgard Normandin, prend la suite pour continuer à offrir des séances de vues animées. Même si l'annonce suivante paraît à plusieurs reprises, elle ne nous éclaire guère sur la nature de ce nouveau cinématographique, ni sur la qualité des projections :

MOULIN-ROUGE (508-63) D. P., L. -Flers, 8 h.-Phroso. La Belle de New-York. The Realgraph. Restaurant dans la salle et dans le Jardin d'Été.


Le Matin, Paris, 23 juillet 1896, p. 6.

La dernière annonce date du 31 août 1903.

Le Realgraph du Nouveau-Cirque (4 septembre 1903-septembre 1903)

Le Realgraph qui s'installe au Nouveau-Cirque dans les premiers jours de septembre pourrait bien être celui qui quelques jours au préalable a présenté des vues animées au Moulin-Rouge. En tout cas, la presse est un peu plus loquace lorsqu'elle évoque l'inauguration :

RÉOUVERTURE DU NOUVEAU CIRQUE
Hier a eu lieu la réouverture du Nouveau-Cirque de la rue Saint-Honoré, si aimé des Parisiens. La salle, comme d'habitude, offrait un coup d’œil charmant.
M. Houcke, l'habile " manager ", a su réunir une troupe hors de pair, aux numéros comme toujours passionnants.
Citons notamment une grande nouveauté, le " Réalgraph ", d'une précision telle que l'on croirait avoir la réalité sous les yeux. Mlle Blanchet de Paunac mérite bien son nom de " mystérieuse ". Sybille d'une habileté surprenante, ses expériences de télépathie déroutent la raison, et ses réponses instantanées aux questions les plus inattendues confondent l'imagination. Les exercices équestres de Harry et de sa jeune sœur Eva ont fait sensation. Très applaudis aussi, les deux jeunes Patty, équilibristes et jongleurs incomparables.
La belle Américaine, Rita del Erido, la très élégante et très troublante écuyère de haute école, a montré, comme toujours, sa haute intelligence du cheval et sa grâce de femme du monde. Les habitués l'ont revue avec plaisir, et elle a bien justifié l'ovation générale qui a été faite à sa beauté et à son talent. Puis tout un lot de clowns sont venus jeter la note gaie. Au premier rang, Foottit et Chocolat, dont les excentricités ont provoqué le fou rire habituel. Mentionnons encore les Gatty et Jack. Pour terminer le spectacle, nous avons eu des exercices de natation, par des plongeurs extraordinaires.
Cette série d'attractions a obtenu le plus grand succès, et on peut augurer que les représentations se succéderont, très courues et très fructueuses.


Le Matin, Paris, 5 septembre 1903, p. 5.

Combien de temps l'appareil est-il resté au Nouveau-Cirque ? En tout dès le 8 septembre les annonces disparaissent.

Le Realgraph du Ba-Ta-Clan ([26] septembre 1903-[2 octobre] 1903)

Une nouvelle fois, le realgraph - s'agit-il toujours du cinématographe dont le nom a été déposé par Edgard Normandin, frère d'Ernest Normandin se retrouve dans une salle de spectacles. Cette fois-ci, c'est au Ba-Ta-Clan qu'il présente des vues animées :

A Ba-Ta-Clan [...]
Les vues projetées par le célèbre Réalgraph, qui sont la plus grande attraction de Londres, et dont Ba-Ta-Clan s'et assuré l'exclusivité, ont intéressé au plus haut point.


Le Journal, Paris, 26 septembre 1903, p. 4.

De manière assez exceptionnelle, nous connaissons le titre de quelques vues annoncées dans Le Figaro du même jour :

A Ba-Ta-Clan, au succès de Mme Méphisto, succède celui de la gentille opérette de M. Trébla et Schwoeblé : Cendrillette ou la Culotte merveilleuse. Succès partagé par les interprètres, en tête Mlle Milcent et M. Darthaud, excellents chanteurs doués de jolies voix comme on en rencontre rarement au concert. Puis le "black-américain" Foot Ger's, et la grosse attraction, les merveilleuses vues du Réalgraph, dont Ba-Ta-Clan s'est assuré la propriété : Le magnifique travail des abeilles, les moeurs des serpents, caméléons, etc., etc.
A ce beau programme viendra s'ajouter, le 3 octobre, Inaudi, le prodigieux calculateur.


Le Figaro, Paris, 26 septembre 1903, p. 4.

Le répertoire proposé pourrait évoquer une programmation de vues de la Bioscope Films. Les annonces disparaissent dès le début du mois d'octobre.

L'Excelsior Réalgraph de la Gaîté-Rochechouart (décembre 1903)

L'Excelsior Réalgraph qui offre des vues cinématographiques à l'occasion du Réveillon de Noël a-t-il quelque chose à voir avec le Réalgraph du frère d'Ernest Normandin, Edgard Normandin ? Les rares annonces publiées dans la presse ne nous éclairent guère :

Ce soir, à la Gaîté-Rochechouart, à l'occasion du Réveillon, grande soirée de gala : " Excelsior Réalgraph ". Rentrée de Dalbret. Au programme le Gosse du Miracle, l'amusant vaudeville de Fabrice Lémon et de Marsan.


Le Journal, Paris, 24 décembre 1903, p. 6.

Sans doute, l'appareil n'a-t-il été présenté que le soir du Réveillon, car aucune autre annonce n'est publié par la suite.

1904

Le Cinématographe du Petit Journal (21, rue Cadet, mars-juillet/septembre-décembre 1904)

 

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Le Petit Journal (Façade rue Lafayette, 61 et Façade rue Cadet 21)

Le Petit Journal, alors l'organe de presse le plus important au monde, va se lancer dans l'aventure du cinématographe. C'est au premier étage du 21 de la rue Cadet, dans sa grande salle de spectacle, que les projections vont se dérouler. L'inauguration a lieu le 10 mars 1904. Nous ne connaissons ni le nom du responsable du poste, ni celui de l'appareil - sans doute un Pathé -, en revanche, le premier programme nous est connu. Le répertoire est immédiatement identifiable, ce sont des vues provenant du catalogue Pathé, ce que la presse confirme d'ailleurs : Combat des escadres russe et japonaisePremiers engagements des Russes et JaponaisIncendie du Théâtre de ChicagoL'Épopée NapoléonienneLa Reine Marie-Antoinette... auxquelles il faut ajouter de " nombreuses vues comiques et à transformations ", ainsi que des " scènes de cinématographe et phonographe le chanteur comique Mercadier. " La présence de ces dernières vues indique que l'appareil cinématographique est combiné avec un phonographe. C'est Le Petit Journal, on s'en doute, qui fait le compte rendu le plus long et le plus positif de la séance inaugurale :

LE CINÉMATOGRAPHE DU PETIT JOURNAL
Malgré les prévisions les plus optimistes, le succès des cinq séances de cinématographe qui ont eu lieu,hier, dans la Grande Salle de Réunions du Petit Journal a dépassé tout ce qu'on pouvait espérer.
Pour la première séance, qui était annoncée pour deux heures et demie, plus de cinq mille personnes, qui tenaient toutes à la main leur bon détaché du Petit Journal, se rangèrent à la queue dans le vaste hall de nos messageries, prés d'une heure avant l'ouverture des portes.
Aussi, lorsque ces portes furent ouvertes, les agents et les employés de l'administration ont-ils dû user de toute leur énergie pour faire comprendre au public que tout le monde ne pouvait passer à la fois au tourniquet et entrer dans la salle : débordés, leur tâche ne fut pas toujours facile.
En quelques instants, à chaque représentation, notre Grande Salle s'est trouvée remplie, et malheureusement il restait encore autant de monde dehors.
Nous avons.été dans l'obligation de donner trois représentations supplémentaires.
Le spectacle, charmant, a dédommagé, le public de sa longue attente ; il nous a prouvé par ses applaudissements; combien il appréciait à leur valeur les superbes bandes Pathé, toutes nouvelles; inédites, qui défilaient, en noir et en couleurs sous ses. yeux.
Les vues du combat des escadres russe et . japonaise et dès premiers engagements entre les belligérants ont été notamment suivies dans leurs dramatiques péripéties, avec la plus grande attention.
Ces magnifiques bandes fabriquées par cette grande maison, universellement réputée, ont obtenu le succès qu'elles méritaient par le luxe et la richesse inouïs de la figuration.
Les rires se sont ensuite donné libre cours, à l'apparition des vues à transformations et comiques : une d'entre elles, surtout; a eu un très vif succès, celle où Galipeaux mime avec tant de drôlerie : le Premier cigare du collégien.
En résumé, un colossal succès, pour le cinématographe du Petit Journal. Malheureusement, toute médaille a son revers ; le revers, pour nous, c'est d'avoir été obligés de refuser presque autant de monde que nous en avons admis, au cours des cinq séances dé l'après-midi et du soir.
Nous organiserons prochainement une nouvelle représentation, tout aussi belle que celles d'hier, pour toutes les personnes que nous avons eu le regret.de voir partir.


Le Petit Journal, Paris, 11 mars 1904, p. 1.

L'opération est réussie, et l'on voit bien - l'article est publié en première page du journal - que ces séances cinématographiques ont une claire dimension publicitaire. Dans un premier temps, elles sont espacées puisque la deuxième n'a lieu que le 24 mars, puis les suivantes, quotidiennes, à partir du 27 mars. Celles du 4 avril 1904 ont un caractère particulier. L'une d'elles, en effet, est réservée aux ouvrières parisiennes. L'été 1903, Le Petit Journal avait organisé un train de plaisir pour transporter quelques centaines d'ouvrières à la mer :

LA JOURNÉE DES OUVRIÈRES PARISIENNES DANS LA GRANDE SALLE DE RÉUNIONS DU PETIT JOURNAL
21, rue Cadet, 21
[...]
La séance de cinématographe des ouvrières parisiennes aura lieu le Lundi de Pâques, 4 Avril, à deux heures et demie de l'après-midi, et une seconde séance aura lieu, si nous le jugeons nécessaire, à quatre heures.
Cependant, malgré notre vif désir de faire le plus d'heureuses possible, nous  ne pouvons inviter tout le monde : aussi avons-nous décidé de tenir à la disposition des 3,000 premières ouvrières qui se présenteront, 61, rue Lafayette, à nos guichets, des cartes d'entrée que nous leur remettrons gratuitement sur la présentation du numéro de la Mode du Petit Journal qui paraîtra le Jeudi 31 Mars et de cinq numéros du Petit Journal parus dans la semaine précédant le jour de Pâques.
La distribution des cartes d'admission à cette belle séance aura lieu, 61, rue Lafayette, pendant toute la journée du Samedi 2 Avril, de sept heures et demie du matin à six heures du soir, et durant toute la matinée du Dimanche de Pâques, de neuf heures du matin à midi.
Nous publierons prochainement dans le Petit Journal, au " Courrier des Théâtres ", le programme de cette séance exceptionnelle.
Sous aucun prétexte, les hommes ne seront admis à cette matinée, réservée exclusivement aux ouvrières parisiennes.


Le Petit Journal, Paris, 25 mars 1904, p. 1. 

La gratuité ne l'est en fait qu'à moitié puisque les ouvrières doivent se procurer 6 numéros du Petit Journal... Le quotidien publie dès lors, très régulièrement, les programmes du cinématographe installé au 1er étage de son siège. C'est le 7 avril qu'est introduite une nouveuté, le Dussaud'scope (ou Dussaudscope). Il s'agit en fait d'un procédé qui permet de jouer sur les couleurs des films :

PREMIÈRE REPRÉSENTATION du DUSSAUD'SCOPE
Depuis huit années que le cinématographe est inventé, chacun a pressenti qu'un jour viendrait où la Science obtiendrait des scènes dans lesquelles se succéderaient toutes les nuances et toutes les intensités lumineuses de la Nature. Un grand nombre de savants se sont efforcés de réaliser ce rêve de façon satisfaisante. Après des années de recherches de laboratoire, un ingénieur français, M. Dussaud, vient d'atteindre au succès.
 M. Dussaud a apporté au Petit Journal un nouvel appareil de son invention, qui, en projetant sur un écran des vues animées et en couleur, permet de varier à l'infini leur intensité et leurs nuances les plus délicates.
C'est une révolution dans la cinématographie, c'est une orientation des plus attrayantes dans le domaine de la science et de l'art.
Le Petit Journal, toujours à l'affût de toutes les nouveautés capables d'intéresser et d'instruire le grand public, a obtenu de M. Dussaud la primeur de ces curieuses expériences ; il donnera aujourd'hui, à la suite de sa séance journalière de cinématographie, la première représentation du Dussaud'scope.


Le Petit Journal, Paris, 7 avril 1904, p. 3.

Une révolution pour le journaliste... peut-être, mais qui n'apporte finalement pas grand chose à la projection. Plusieurs films Pathé - semble-t-il - vont ainsi être présentés avec cet appareil, et cela jusqu'au mois d'octobre 1904. La dernière mention du Dussaud'scope se trouve dans Le Petit Journal du 26 octobre 1904 en page 3. En ce qui concerne les projections de la salle du Petit Journal, elles s'interromptent vers le 17 juillet et reprennent le dimanche 18 septembre 1904 et continuent jusqu'à la fin de l'année.

(→1905)

Répertoire (autres vues) : Horrible fin d'un conciergeLes Sœurs BarrissonUn coup d’œil à chaque étageUne idylle sous un tunnelLe Chat bottéL'Eau qui fait pousser les cheveux, Les acteurs comiques Galipeaux et DranemCharge de cuirassiersBarnum (Le Petit Journal, Paris, 23 mars 1904, p. 4), Les Croiseurs cuirassés Saint Louis et Gaulois entrant dans le port de TunisLa Passion en 15 tableaux (Le Petit Journal, Paris, 27 mars 1904, p. 1), La Belle au bois dormant (ballet) (Le Petit Journal, Paris, 3 avril 1904, p. 3), Combat naval devant Port-Arthur (Le Petit Journal, Paris, 5 avril 1904, p. 3), Masques et GrimacesLe Chapeau magiqueCourses de taureauxLa Soubrette ingénieuseLe Consulat et l'Empire, JaponaiseriesParis;Joinville;Saint-Mandé (Le Petit Journal, Paris, 19 avril 1904, p. 3), Le Voyage de M. Loubet en ItalieLa Catastrophe du "Petropavlosk" (Le Petit Journal, Paris, 2 mai 1904, p. 3), Le Voyage de M. Loubet à RomeLa Défense de Port-Arthur, le combat naval, dans les forts, Les Marins du Varyag et du Korietz passé par le grand-duc Serge, à Moscou, La Mort de l'amiral Makharoff, etc., Une chasse au sanglier (Le Petit Journal, Paris, 19 mai 1904, p. 3), La Défense de Port-Arthur: Dans les forts, combat naval, mort de l'amiral MakharoffA Moscou: Revue des états-majors et des héroïques marins du Varyag et du Korietz passé par LL.A.I. le grand-duc Serge, gouverneur de Moscou, et le grand-duc AlexandreLe Voyage de M. Loubet à Rome: les fouilles du Forum, le cortège traverse la Via Nazionale, le roi d'Italie et son brillant état-majorCourses de taureaux à Madrid en l'honneur du roi d'Espagne (Le Petit Journal, Paris, 10 mai 1904, p. 3), Un voyage en Italie.-Le port de Gênes. Venise: Le grand canal, le pont des Soupirs. Naples: Une excursion au Vésuve en éruption. Rome: Visite aux ruines du Forum et du ColiséeUne course de taureaux à Madrid en présence du roi Alphonse XIII.-L'entrée du quadrille, les chevaux, les banderilles, la mortLe combat naval devant Port-Arthur: Dans les forts.-A Moscou: Les héroïques officiers et marins du Varyag et du Korietz passés en revue par le grand-duc SergeUne chasse au sanglier en forêt de Doullens, Le Dussaud'scope : La grotte féerique: les poissons, la naïadeMarie-Antoinette: A Trianon, le tribunal révolutionnaire, la mort de la reine (Le Petit Journal, Paris, 22 mai 1904, p. 3), Une visite à l'école de cavalerie de Saumur, Épisodes pittoresques de la guerre russo-japonaiseLe Dussaud'scope: La Naïade, au fond de la mer (Le Petit Journal, Paris, 8 juin 1904, p. 3), La Catastrophe de Mamers (Le Petit Journal, Paris, 18 juin 1904, p. 3), La Course Gordon-Bennett (Le Petit Journal, Paris, 27 juin 1904, p. 3), Dispute de joueursL'Ours et la SentinelleLes Perroquets savantsExcursions-Petit Journal, Départ de nos excursionnistes. En routeL'Âne lutteurLe mitron DranemUn drame dans les airsLes Dénicheurs d'oiseauxLes Indiens cow-boys, Scènes de guerre. Le Dussaud'scope 1re représentation des Fontaines lumineuses et des Feux d'artifices, Un concours de pêche du Petit JournalAu feu (Le Petit Journal, Paris, 18 septembre 1904, p. 1). 

Le Théâtre Zoologique de François Bidel (Foire du Trône, 3 avril-[1er] mai 1904)

Le célèbre dompteur, François Bidel, après un triste accident, va transformer sa ménagerie en un Théâtre Zoologique qui utilise un cinématographe pour accompagner la conférence donnée par M. Henriel. Il s'agit de présenter des films dont on suppose qu'ils ont été tournés aux quatre coins du monde et qui permettent de voir les faunes dans leur environnement. Nous ignorons si ces vues sont effectivement des vues d'actualité ou si certaines ont été reconstituées. L'inauguration de la Foire du Trône a lieu le 3 avril 1904 et elle va durer jusqu'au premier mai.

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Théâtre Zoologique, imp. E. Chaligné, Paris, 1904
(reproduit dans Bidel, 1967, 303-304) [D.R.]

Le programme de la conférence n'est pas indiqué, mais il est le même à chaque spectacle. La presse en donne une idée rapide :

Le théâtre de Bidel
La foire du Trône a repris tout à coup une vogue qu'elle n'avait pas eue depuis longtemps. Elle possède une " great attraction ", le théâtre zoologique de Bidel, place de la Nation. Faire le tour de la terre, avec le cinématographe, et rencontrer, en Abyssinie, de vrais lions ; aux Indes, une palpitante chasse au tigre ; au pôle Nord, des ours blancs,... tous dans leur pays natal, parmi de vrais indigènes et des décors de Cornil, décorateur de l'Opéra, s. v. p.
Allez chez Bidel, avec vos enfants, sans hésiter.
L. X.


Le Radical, Paris, 4 avril 1904, p. 3.

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Le Journal, Paris, 3 avril 1904, p. 7

Le Théâtre Zoologique, après la fin de la Foire du Trône, quitte la place de la Nation et s'installe près du pont de l'Alma pour la Fête des Invalides.

Le Théâtre Zoologique de François Bidel (Fête des Invalides, 12 mai-2 juin 1904)

Albert Rancy, petit-fils de François Bidel, indique dans le livre qu'il a consacré au célèbre dompteur que le Théâtre Zoologique s'est installé à la Fête des Invalides :

[...] le théâtre zoologique Bidel se fixa ensuite près du Pont de l'Alma pour la durée de la Fête des Invalides (du 12 mai au 2 juin inclus). Il connut le même succès qu'il avait connu place de la Nation et fut seul de tos les métiers à pouvoir travailler tous les jours.


Albert Rancy, Un lion parmi les lions, Evreux, Impr. Labadie, 1967, p. 2999.

Cela se confirme bien grâce un entrefilet publié, entre autres, dans Le Petit Journal qui évoque le Théâtre Zoologique :

- En Sibérie :
Le voyage à travers les glaces polaires de la Sibérie, où l'on rencontre des ours blancs et des troupeaux de milliers de rennes, la circulation sur le fameux Transsibérien russe, la Chine et les Indes, ces profondes fourmilières d'hommes, avec leurs grands fauves, etc., etc., voilà ce que vous verrez pour la dernière fois encore, aujourd'hui, chez Bidel, place de la Nation, et, à partir du 12 mai, place des Invalides, à la fête des Invalides.


Le Petit Journal, Paris, 1er mai 1904, p. 4.

Le Biophonographe (La Grande Roue, mai 1904)

Si l'on en croit son inventeur, Henri Joly, le biophonographe aurait été en fonctionnement au Concert-Théâtre de la Grande Roue depuis 1900. Autant dire que l'appareil fonctionne depuis quatre ans lorsqu'un journal signale brièvement sa présence :

À LA GRANDE-ROUE
L'étrange machine tourne lentement dans le ciel bleu, et ses wagonnets, pavoisés pour la circonstance aux couleurs nationales, sont bondés de soldats, amateurs de sensation inédites, qui s'émerveillent bruyamment.
En bas, de nombreuses attractions attendent les voyageurs radieux. Le café-concert, où défilent les couples alertes ; le cabaret montmartrois, commémoration de la Butte ; le biophonographe, curieuse combinaison du son et du mouvement, retiennent tout à tour leur attention.
Un bal, ce soir, ainsi qu'une joyeuse kermesse attireront à la Grande-Roue les amateurs de danse et de distractions foraines. Le public sera admis à cette fête, et nul doute qu'il ne vienne nombreux assister aux ébats des troupiers.


Le Matin, Paris, 31 mai 1904, p. 2.

Le quotidien Le Matin a organisé, le 29 mai, une événement sportif qui va d'ailleurs être filmé par la maison Gaumont sous le titre La Marche de l'ArméeDans un long compte rendu, le journaliste évoque les attractions auxquelles ont été invités les concurrents de l'épreuve en question... au rang desquelles se trouvent la Grande-Roue et son biophonographe.

1905

Le Cinématographe des Grands Magasins Dufayel (< 1er->8 novembre 1905)

Le Cinématographe des Grands Magasins Dufayel est toujours actif en 1905:

Programme entièrement nouveau au Cinématographe des Grands Magasins Dufayel. Voyage du Président de la République en Espagne, Fêtes des Vignerons à Vevey, Vues d'Auvergne, Panorama de la Côte d'Azur, etc... Nouvelles féeries à grands spectacles telles que le conte fantastique de Don Quichotte, en couleurs, etc., etc...
Demain jour de la Toussaint séances de cinématographe, le matin à 10 et 11 heures. Toute la semaine, l'après-midi à 2, 3, 4 et 5 heures. Tous les jours également concert dans le Jardin d'hiver, buffet glacier. Nombreuses attractions.


L'Intransigeant, Paris, 1er novembre 1905, p. 4.

Le Cinématographe du Petit Journal (21, rue Cadet, janvier-juillet/octobre-décembre 1905)

(← 1904)

Les projections du cinématographe du Petit Journal se poursuivent au cours de l'année 1905. Il semble pourtant que, désormais c'est la Société du Cinématographe automobile qui est partie prenante dans ces projections. C'est ce que laisse entendre le suivant article :

INFORMATIONS
Cinématographe automobile
Nous apprenons que. la Société a pris ses dispositions pour tenir son assemblée générale dans le courant du mois d'octobre. Les formalités légales qui ont exigé un temps que l'on aurait désiré moins long, vont donc enfin se trouver accomplies.
En ce qui touche l'exploitation, les nouvelles que nous donne la Société sont de nature à intéresser les actionnaires. D'abord, les séances à la Grande Salle des Fêtes du Petit, Journal pour la saison d'hiver recommenceront le dimanche 1er octobre. Et nous ajouterons que le matériel a été modifié de façon à couvrir un immense écran qui occupera la presque totalité de la  grande scène.
Des perfectionnements ont été également apportés dans la construction des voitures automobiles. Une voiture du type définitif adopté, sera, d'ailleurs, amenée dans le grands hall des Fêtes, le jour de l'assemblée, et les actionnaires pourront l'examiner à loisir. La voiture comprendra les panneaux automatiques, l'écran pour le cinématographe, les projections de clichés lumineux et les auto-théâtres.
En-somme, la période d'organisation et de mise en marche semble terminée, et l'on peut espérer que. les résultats à venir justifieront les prévisions formées au début. Déjà, des nombreuses villes parcourues avec ou sans voitures parviennent des échos du succès des séances données par la Société ; il en vient aussi, de l'étranger, car la Société opère actuellement en Italie. Ce succès ne peut que grandir avec le développement des opérations à la Société.


Le Petit Journal, Paris, 18 septembre 1905, p. 5.

En tout état de cause, les liens existent entre le Petit Journal, Alfred Bréard, administrateur de la société, François Dussaud, inventeur du Dussaud'scope.

Outre le spectacle de Guignol, d'autres numéros de variétés vont accompagner les séances données dans la salle du cinématographe du quotidien. C'est le cas de la voyante Michaëla, annoncée le 17 février, et qui donnera son numéro pendant des mois (Le Petit Journal, Paris, 17 février 1905, p. 1). En revanche, très peu d'informations relatives aux films projetés, qui sont pour l'essentiel des vues Pathé. En voici, l'une des rares :

Il y aura également aux mêmes heures, Cinématographe en couleurs, avec la nouvelle bande inédite Louis XIV.
On assiste aux Duels de Mousquetaires, à la Visite de Louis XIV au Masque de Fer, à l'Enlèvement de Mlle de Lavallière, aux ballets et grandes eaux de Versailles.


Le Petit Journal, Paris, 18 janvier 1905, p. 3.

La salle accueille régulièrement des associations ou des sociétés qui y organisent leur soirée, mais le cinématographe fait toujours partie des événements : La fête de la Boulangerie, le 17 mai (Le Petit Journal, Paris, 18 mai 1905, p. 3), L'oeuvre des colonies scolaires de vacances, le 18 mai (Le Petit Journal, Paris, 19 mai 1905, p. 4.), L'union pyrénéenne, le 21 mai (Le Petit Journal, Paris, 20 mai 1905, p. 2), Le bal du salon culinaire, La chambre syndicale de l'épicerie française... Pendant les deux mois d'été d'août et de septembre, le cinématographe va faire relâche (Le Petit Journal, Paris, 6 août 1905, p. 3).

petit journal salle cinematographe 1905 petit journal
Le Petit Journal, Grande Salle des Fêtes du 1er étage Le Petit Journal, Paris, 4 octobre 1905, p. 1.

Sans aucun doute, l'événement le plus important, à la reprise des séances, c'est la visite que rend la souveraine déchue de Madagascar, la reine Ranavalo, au Petit Journal qui va organiser pour l'occasion une séance de cinématographique :

Quand elle y pénétra, la salle entière éclata en applaudissements :
 — Vive Ranavalo ! Vive la reine !
Notre hôtesse était très touchée, très émue et aussi très heureuse, de cette manifestation.
Elle prit grand plaisir., ainsi que ses compagnes, au superbe spectacle de notre Cinématographe ; elle donnait même le signal des applaudissements.
C'était pour, elle et pour sa suite une nouveauté que notre Cinématographe en couleurs ; et si la petite princesse Marie-Louise s'amusait et riait de tout son cœur, la reine, elle, se, faisait expliquer, le mécanisme de l'appareil.
Elle se montra émerveillée.
Entre. deux scènes, Ranavalo et sa suite prirent part à un lunch, servi dans un petit salon, où on lui offrit de magnifiques gerbes de fleurs.
Elle regagna ensuite sa logé.


Le Petit Journal, Paris, 9 octobre 1905, p. 1.

Pour le reste, encore quelques sociétés ou associations qui organisent des soirées (Association nationale de prévoyance et de secours des Jardiniers de France, 22 octobre, L'Association fraternelle des employés et ouvriers des Chemins de fer français, Les Anciens du 54e de ligne...) où le cinématographe tient sa place.

Répertoire (autres vues) : Louis XIV (Le Petit Journal, Paris, 2 janvier 1905, p. 3), L'arrivée du Président Loubet à Madrid (Le Petit Journal, Paris, 29 octobre 1905, p. 1), Voyage du Président Loubet en Espagne (Le Petit Journal, Paris, 1er novembre 1905, p. 2), La Course de taureauxLa Chasse royale a Casa-de-Campo (Le Petit Journal, Paris, 4 novembre 1905, p. 2), L'Arrivée du roi de Portugal à Paris (Le Petit Journal, Paris, 25 novembre 1905, p. 1).

(1906 →)

Le Cinématographe de la Grande-Roue (mai 1905)

Les informations relatives au cinématographe de la Grande-Roue, dont les premières représentations datent de 1902, restent très limitées. On ne sait d'ailleurs pas si l'appareil est vraiment le même qu'au début. C'est à l'occasion d'une fête organisée par Le Petit Journal que nous entendons parler de lui, au mois de mai 1905 :

UNE FÊTE ENFANTINE
A LA
GRANDE ROUE DE PARIS
ORGANISÉE PAR LE
PETIT JOURNAL ILLUSTRÉ DE LA JEUNESSE
LE JEUDI 11 MAI
Entrées gratuites pour les Enfants
50% de réduction aux personnes les accompagnant
La fête enfantine organisée avec tant de succès le 2 avril dernier au Jardin d'Acclimatation par le Petit Journal Illustré de la Jeunesse, où, plus de 120,000 entrées, furent enregistrées aux guichets, nous a valu des montagnes de lettres de remerciement. De toutes parts, les lecteurs et lectrices de notre nouveau supplément nous prient de renouveler cette inoubliable journée de réjouissance.
Nous nous rendons avec beaucoup de joie au désir, si gentiment exprimé, de nos jeunes amis et de leurs parents.
Le Petit Journal Illustré de la Jeunesse invite donc toutes ses petites lectrices, tous ses lecteurs à venir passer l'après-midi du Jeudi 11 Mai dans le bel établissement de la GRANDE ROUE DE PARIS. Un bon d'entrée, inséré dans le numéro du Petit Journal Illustré de la Jeunesse, qui est mis en vente aujourd'hui, permettra à tous: les enfants âgés de moins de quinze ans de prendre part gratuitement à cette fête splendide, qui comprendra, outre, l'ascension de la Grande Roue, un bal, une représentation, théâtrale, une extraordinaire séance de prestidigitation, de saisissantes , projections cinématographiques, etc., etc.
L'amabilité de M. Th. Vienne, le directeur de la Grande Roue de Paris, a multiplié les attractions de cette fête, dont le Petit Journal publiera prochainement le programme complet.
Les grandes personnes qui accompagneront les jeunes invités du Petit Journal Illustré de la Jeunesse ne paieront que 25 centimes au lieu de 50, en présentant le bon d'entrée publié dans notre supplément.
Ajoutons que les personnes qui ne pourraient pas faire usage de ce bon le jeudi 11 mai pourront s'en servir le jour qui leur plaira, jusqu'au 15 juin, inclusivement.
C'est donc une prime tout à fait exceptionnelle qu'apporte aujourd'hui, à ses lecteurs, le Petit Journal Illustré de la Jeunesse. Qu'on se hâte de l'acheter : les numéros de ce charmant journal si gai, si spirituel, seront bientôt épuisés!


Le Petit Journal, Paris, 2 mai 1905, p. 1.

Le cinématographe ne constitue qu'une des nombreuses attractions de cette journée, et il va de soi que le programme des films projetés passe au second plan. En revanche, nous savons que le responsable du cinématographe - en est-il pour autant le propriétaire - est M. Morin :

Après le théâtre, nos jeunes amis s'intéressèrent très vivement au guignol, dirigé supérieurement par M. Huré ; aux exercices du merveilleux prestidigitateur Spirus-Gay ; au spectacle étonnant donné par l'original Toledo et, enfin, au très attrayant cinématographe de M. Morin.


Le Petit Journal, Paris, 12 mai 1905, p. 3.

On imagine que M . Morin continue à donner des représentations après cette fête particulière. 

Le Cinématographe Automobile (Ba-ta-clan, janvier- septembre 1905)

La salle du Bataclan, après avoir connu une période particulièrement difficile, vient de retrouver un directeur en la personne du poète-chansonnier, Gaston Habrekorn. Sans doute faut-il penser que le renouvellement du spectacles comporte l'inclusion du cinématographe ? Toujours est-il que des séances s'organisent :

A Ba-ta-Clan : C'est dans sa vaste et coquette salle que la société du Cinématographe automobile offre au public ses merveilleuses vues en couleurs.
Demain dimanche 24 septembre, matinée à deux heures, soirée à 8 h 3/4.


La Lanterne, Paris, 24 septembre 1905, p. 3.

On ignore en revanche la date de l'inauguration et celle de la dernière séance de cinématographe automobile au Ba-ta-clan. 

1906

Le Cinématographe Automobile (Halles Centrales, 20 mars)

Le Cinématographe Automobile, dû à l'initiative de l'agent de change Alfred Bréard, propose une représentation à l'occasion de la réception de la Reine de Rome, pour les festivités de la Mi-Carême :

La Mi-Carême
LA RÉCEPTION DE LA REINE DE ROME
[...]
La soirée commença par une représentation organisée par le Cinématographe-automobile ; ensuite vint le tour des danses.


Le Radical, Paris, 21 mars 1906, p. 4 (il s'agit bien du mercredi 21 mars).

Le Cinématographe Automobile à la Fête du Petit Journal illustré de la Jeunesse (Théâtre d'hiver de la Grande Roue, 5 juillet 1906)

Une nouvelle apparition du Cinématographe Automobile se produit à l'occasion de la Fête du Petit Journal illustré de la Jeunesse, destinée bien entendu au jeune public.

LA FÊTE DU Petit Journal illustré de la Jeunesse.
La Fête enfantine que le Petit Journal illustré de la Jeunesse offrait, hier après-midi à la Grande Roue de Paris, à ses jeunes lecteurs et lectrices, a été en tous points réussie, malgré le mauvais temps qui assombrissait le ciel.
[...]
Le Cinématographe automobile du Petit Journal installé dans le théâtre d'hiver n'a cessé tout l'après-midi de faire applaudir ses merveilleuses scènes animées.
Il a notamment donné en une bande impressionnante le prodigieux travail de l'Américain Schreyer, qui est actuellement à l'exposition de Tourcoing.
Schreyer, que les Yankees nomment " l'homme qui défie le diable " se lance à bicyclette sur une pente de 32 mètres de hauteur, 83 mètres de longueur puis abandonnant sa machine, exécute un plongeon de vingt mètres dans un bassin rempli d'un mètre cinquante d'eau...


Le Petit Journal, Paris, 6 juillet 1906, p. 2.

Le seul film dont il est question concerne le célèbre voltigeur à bicyclette qui défraie alors la presse.

schreyer

Beauvais, édit., cycles-cartes, 36, r. d'Oran
"Dare-Devil" Scheyer, le seul plongeant à Bicyclette de 31 m de hauteur après une trajectoire de 83 m dans un bassin d'eau de 1m50 de profondeur.

Le Cinématographe Automobile (Les Halles, 20 octobre 1906)

La Société du Cinématographe Automobile, dont l'instigateur est l'agent de change Alfred Bréard, propose, entre autres, ses services pour des soirées ponctuelles. Tel est le cas de la soirée donnée le 20 octobre 1906 aux Halles de Paris à l'issue d'un concert : 

Un concert aux Halles
Ce soir, à huit heures et demie, sous les allées couvertes des Halles (carrefour de la Lingerie). l'Harmonie des Halles. directeur M. Grenaud, et l'Avenir du IVe arrondissement (tambours et clairons), directeur M. Lenfant, donneront un grand concert pour la création d'une Caisse de secours immédiat pour les petits commerçants et employés des Halles.
Programme : Le Bombardier, allegro militaire (Parès) ; les Muses, fantaisie (F. Andrieu) ; Printanière, polka pour piston, soliste M. J.-B. Bourrillon (E. Desjardins) ; Bettina, grande valse (E. Launay) ; Sambre-et-Meuse (Rauski).
Après le concert, une grande séance de cinématographe sera donnée au même endroit par le cinématographe Automobile.
Programme : Le Dimanche de Pitou, Trop rogner nuit, la Gaieté du divorce, la Vie du Marin, Voleur de pommes, Toute la famille à bicyclette, la Fête du village, Pauvre pompier, Piège à loup, la Fée aux fleurs, Petit vagabond, Escroc du grand monde, le Cœur plus fort que la raison. Fille de Caïn.Voilà mon mari !
Les pavillons des Halles centrales seront superbement décorés et illuminés toute la soirée.


L'Écho de Paris, Paris, 20 octobre 1906, p. 4.

Le programme proposé combine essentiellement des productions Pathé et Gaumont.

Le Cinématographe Pathé (5, boulevard Montmartre, 16-31 décembre 1906)

Le Cinématographe Pathé qui s'ouvre 5, boulevard Montmartre est en réalité sous la responsabilité de la Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé frères dont l'administateur est François Dussaud. L'inauguration a lieu le 14 décembre 1906 :

Tout le monde admire l'affiche de Grün, annonçant l'ouverture du Cinématographe Pathé, à côté des Variétés ; aussi la foule s'est portée, hier, ver la jolie salle réservée aux vues et nouveautés de la maison Pathé.
Parents, retenez ceci : tous les jeudis, dimanches et fêtes, de dis heures à midi, le Cinématographe Pathé, 5, boulevard Montmartre, donnera une maitnée pour les enfants et les jeunes gens. Cette agréable innovation sera bein accueillie. Il y aura matinée demain : arrivez de bonne heure !


Le Journal, Paris, 15 décembre 1906, p. 1.

cinematographe pathé dussaud cinematographe omnia 1908
Jules Alexandre Grün, Théâtre du Cinématographe Pathé, [1906], Imp. Charles Verneau, ateliers Grün, 140 x 100 cm [D.R.] "Omnia" Cinéma Pathé
(ex-Théâtre du Cinématographe Pathé),
5, Boulevard Montmartre
Phono-Ciné-Gazette, n°86, 15 octobre 1908

C'est Le Journal qui offre le compte rendu le plus intéressant de la presse parisienne : 

Le Théâtre du Cinématographe Pathé
Le Tout-Paris des premières inaugurait, hier, un théâtre d'un genre absolument nouveau: " Le théâtre du Cinématographe Pathé ", à côté du théâtre des Variétés. Il a fallu toute la science de nos grands physiciens pour arriver à donner au public de Paris des représentations comme celle qui a charmé, hier soir, une assistance émerveillée, tantôt souriante et tantôt angoissée, mais toujours intéressée.
Il faut absolument assister à une de ces représentations, pour se rendre compte de ce que le cinématographe a fait de progrès, depuis la machine tremblotante et indécise du début : ici, l'image est d'une fixité et d'une netteté parfaites.
Entre autres " numéros " particulièrement réussis, nous avons vu et entendu les chutes du Niagara ; car on entend aussi, et l'imitation du bruit de l'eau est si parfaite que l'illusion est complète. Dans une vue des forges du Creusot, le bruit des marteaux, le roulement des wagonnets sont merveilleusement rendus. Mais voici mieux ! L'image représente un jeune homme, désespéré par des parents qui lui refusent la main de leur fille : le pauvre garçon s'en va vers la forêt voisine, et alors...
Un Jeune homm' venait de se pendre...
entonne une voix gouailleuse, et, pendant qu'un artiste chante Le Pendu, de Mac Nab, nous voyons le petit drame se dérouler sous nos yeux:
Le brigadier, sans perdre haleine, Enfourche son grand cheval blanc.
Et puis... et puis... il faut aller voir vous-même, car il y a des choses qui ne se racontent pas ! Mais je puis vous donner une bonne nouvelle : la Direction s'est assuré le concours du maître compositeur Paul Fauchey, dont l'excellent orchestre exécutera de ravissants morceaux à chaque représentation.
C'est un succès éclatant pour notre vieux boulevard, et tout Paris va défiler au cinématographe Pathé.


Le Journal, Paris, 17 décembre 1906, p. 5.

Le Théâtre du Cinématographe Pathé devient vite une des salles importantes de la capitale sous le nom d'Omnia.

Répertoire (autres vues) : Les Marbres de Carrare, Les clowns aux chaises (Le Temps, Paris, 21 décembre 1906, p. 3), La Naissance de Jésus, avec chant. On peut retenir ses places en location. (Le Journal, Paris, 22 décembre 1906, p. 1), Le Fils du Diable (Le Journal, Paris, 30 décembre 1906, p. 1).

B

MEUSY Jean-Jacques, Paris-Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918), Paris, CNRS Éditions, 564 p.

PERROT Victor, " Rapport présenté par M. Victor Perrot au nom de la 4e Sous-comission, sur une proposition d'inscription commémorative de la première représentation cinématographique à Paris " dans Procès-Verbal, Ville de Paris, 1924, Commission du Vieux Paris, Séance du samedi 23 février 1924, p. 37-43.

TOULET Emmmanuelle, " Le cinéma à l'Exposition universelle de 1900 ", Revue d'histoire moderne et contemporaine, Tome 33, nº 2, avril-juin 1986, Cinéma et société, pp. 179-209.

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