Félicien TREVEY, dit TREWEY

(Angoulême, 1848-Asnières-sur-Seine, 1920) 

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Worrisson, Felicien Trewey
© 
Jules Martin, Nos artistes, Paris, Librairie de l'annuaire universel, 1895, p. 404

Jean-Claude Seguin Vergara

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Félicien Trevey - dit Trewey -, fils de Charles Trevey et de Rose Mélanie Bertrand, naît le 23 mai 1848 à Angoulême (Charente). Il a pour compagne Jeanne Egert (Paris, 27/09/1858-) Il décède à Asnières-sur-Seine le 2 décembre 1920.

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Fils d'un aubergiste de Monteux, non loin de Carpentras, il est, très jeune, fasciné par le monde de la prestidigitation. Après avoir travaillé aux ateliers de la Compagnie maritime à Marseille, il exerce de très nombreux métiers : apprenti-menuisier, tailleur, peintre en bâtiment, vendeur de limonade, porteur, vendeur de contre-marques dans un théâtre, chauffeur de camion, marchand de poissons à la criée... En 1863, il est employé au Concert Vivaux de Marseille où il réalise de nombreux « tours ». Deux ans après il est engagé à l’Alcazar, le café-concert le plus important de Marseille. A dix-sept, il part pour sa première tournée le long du littoral méditerranéen avec un vaste répertoire : tours de prestidigitation, de gymnastique, mime, jonglerie, danse, clown... Après avoir été engagé aux Folies de Marseille, il part en 1868 pour une nouvelle tournée et se fixe à Bordeaux.  Dès 1869, il est engagé au Concert des Ambassadeurs (Paris), puis, l'année suivante, à la Gaîté-Montparnasse.Il connaît des problèmes de santé et de misère lors de la guerre de 1870-1871. C’est à Londres le 26 juillet 1876 que commence sa carrière internationale : Allemagne, Autriche, Russie, Espagne... Il revient à de nombreuses reprises en Grande-Bretagne entre 1876 et 1895, où il est appelé "The Marvellous Trewey". On le retrouve également en Belgique où il côtoie le célèbre " professeur Attila ". Il dispose d’un répertoire immense et est le créateur de l’ombromanie grâce à laquelle il représente des personnages, des animaux ou des monuments. Entre août 1889 et juin 1890, il fait un tournée triomphale aux États-Unis où surgissent des imitateurs comme "Eldora, The American Trewey". Il traverse à nouveau l'Atlantique, à la fin de l'année 1892, our une nouvelle tournée tout aussi triomphale qui prend fin en juin 1893. En Angleterre, il publie en [1893] un petit livre sur l’ombromanie, How it is done

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Boston Post, Boston, 26 novembre 1892, p. 5 Felicien Trewey, How is done, Middlesbrough, Jordison & Co, 1894 (4e édition), p. 18
© Cinémathèque française, cineressource.net

Le Cinématographe à Londres (février 1896-avril 1897)  

C'eset par l'entremise d'Antoine Lumière, ami de longue date, qu'il prend contact avec le cinématographe :

Les Fils Lumière, de Lyon, venaient de terminer leur invention du cinématographe ; le père Lumière, bon et vieil ami de Trewey, apprenant qu'il est à Paris où il finissait son engagement au Théâtre des Folies-Dramatiques, lui télégraphie d'aller le voir dans son château de La Ciotat, lui expliquant ses projets. Trewey se rend audit château où on le cinématographie dans ses principaux exercices. ·De ce fait il est le premier artiste au monde qui se soit vu travailler).
Ils parlent ensuite d'exploitation, et Lumière dit à Trewey qu'il comptait sur lui pour lancer son affaire en Angleterre ; alors, ils vont à 
Lyon où ils composent des équipes, puis partent pour Paris. Dans la capitale, ils ouvrent la salle du sous-sol du Grand Café, avec le photographe Clément-Maurice, puis ils ouvrent un second poste à la Porte Saint-Denis.


Henri Colombon, Treweyisme et Trewey, Carpentras, Imprimerie Batailler, 1909, p. 92.

C'est dans les premières semaines de janvier 1896 que Félicien Trewey se rend effectivement à La Ciotat et qu'il tourne dans une série de vues Lumière qui figurent, par la suite, au Catalogue. Lors de la première séance de cinématographie Lumière, à Lyon, le 25 janvier 1896, il assiste Perrigot et de Mesguich. Son départ pour Londres se reproche, il va y organiser les projections avec le nouvel appareil : 

Trewey part pour Londres, où, huit jours après, avec une réclame fantastique, il exhibe pour la première fois dans le Royaume, le Cinématographe, dans la grande salle du Polytechnic, devant plusieurs princes et ducs de la Cour, tous les membres de la presse anglaise et les principaux directeurs de théâtre.


Ibid., p. 92.

C'est le 20 février que Félicien Trewey, le nouveau concessionnaire,  offre une séance privée où sont présentées quelques vues déjà classiques. La salle, the Marlborough Hall, se trouve dans l'édifice du Royal Polytechnic Institute :

THE CINEMATOGRAPHE.
An Invention that Will Set all London Talking
Yesterday a private view was gives at the Polytechnic Regent-street, of an exhibition which will draw all London.
Various devices have been brought into […] from time to time for producing the illusion of movement, the Kinetoscope being the latest and most perfect, but the newest invention, the Cinématographe, simply reproduces phases of life itself, moving, acting, life, on a […].
At one end of the Marlborough Hall yesterday was a great white canvas […], and in the far gallery was a familiar-looking magic lantern-like creation. Suddenly the lights went down, and on the screen came a scene of life and bustle. Hundreds of hands were pouring out of the great gates of a factory. They ran and laughed, pushed and jostled, and danced off into the wings; every now and then a bicycle whizzed by, and presently a […] horse carriage drove out, the horses having at one moment to be pulled up almost on […] haunches to avoid running over somebody. Other scenes followed: feeding a baby at breakfast-time; and a splendid bathing scene in the Riviera, with the bathers splashing about, and every now and then mounting a diving-beard and diving off into the sea.
The representation are marvellous in their accuracy and lifelikeness, but at present no English scenes have been obtained. When the sunshine comes and the Cinematographe begins to represents scenes of daily life, the finish of the Derby, a cricket match at Lord’s, a prize fight at the National Sporting, illustrated papers who bogs to tremble for their living.


The Evening News, London, February, 21 1896, p. 2.

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The Polytechic Regent St., London (à gauche, on aperçoit l'entrée du Cinématographe Lumière
© R. Brown Collection (John Barnes, The Beginnings of the Cinema in England 1894-1901, vol. 1, 1894-1895, p. 93)
Marlborough Hall
Lumière's Cinematographe
février 1896 [D.R.]
1896programmemarlboroughhall trewey02
Cinématographe Lumière
Premier Programme
reprod. The Photographic Journal october 1924
The Entr'acte, London, March 28, 1896

Le succès est au rendez-vous et la presse multiplie les articles élogieux comme le propre Trewey raconte à Henri Colombon :

Le lendemain, tous les journaux consacraient des colonnes entières sur ses peintures vivantes que les Lumière Frères avaient inventé et un journal satirique mit le portrait de Trewey en première page, montrant les mains de tous les directeurs qui voulaient l'engager.
C'est alors qu'il signe avec l'Empire-Théâtre, le Palais de Cristal et pour une tournée en province avec trois directeurs différents, à raison de 12.000 fr. par mois pour chaque théâtre et cela pour douze et dix-huit mois, d'un succès sans précédent dans les annales du théâtre.


Henri Colombon, op. cit., p. 92-93

Félicien Trewey va donc quitter The Polytechnic pour l'Empire Theatre où les séances commencent le 9 mars 1896, comme l'annonce la presse :

The directors of the Empire have arranged with Messrs. Lumiere and Trewey to give a series of exhibitions of the Cinématographe, commencing on Monday, March 9.


London Evening News, Londons, March 2, 1896

1896empiretheatre

Empire Theatre "Tle Cinematographe Lumière", 1896 [D.R.]

En réalité, et malgré le succès, Félicien Trewey connaît des problèmes de réapprovisionnement de vues animées ce que le directeur de l'Empire lui fait remarquer. Il a beau s'engager à présenter de nouveaux films, ses programmes ne sont pas assez variés (The Sketch, Londres 18 mars 1896). Des séance sont toutefois encore organisées au Polytechnic, à la fin du mois de mai (The Standard, Londres, 27 mai 1896, p. 1). A partir du mois de mai, un deuxième cinématographe fonctionne au Crystal Palace (Daily Mail, Londres, 30 mai 1896, p. 4) :

Pendant plusieurs mois au Cristal-Palace, il est Barnum et artiste. C'est ainsi que sur les affiches de cet immense établissement on lisait : Théâtre, tous les jours à 3 heures Trewey dans ses ombres et ses 25 têtes sous un chapeau. À côté, dans la Salle des concerts, à 4 heures, le Cinématographe Lumière, présenté par Trewey et dans le Entertainement Théâtre, de 2 heures à 7 heures, Trewey last Dream (exhibition madadcre).


Henri Colombon, op. cit., p. 93.

Les deux cinématographes présentent la production des frères Lumière, pendant des mois. Pendant son séjour en Grande-Bretagne, Félicien Trewey se rend également à Cardiff où des séances sont organisées à partir du 11 mai 1896, et aussi à Manchester. Au cours de l'été, Félicien Trewey, à partir du 19 juillet, il s'installe à l'Île de Man et organise des séances jusqu'au début du mois de septembre 1897. À l'Empire, les dernières annonces datent de la mi-novembre 1897 (London and Provincial Entr'acte, 13 November 1897, p. 4), mais Trewey a déjà quitté Londres dès la fin du mois d'octobre pour rejoindre Bruxelles où il présente le bioscope au Palais d'Été.

Il met alors un terme à sa carrière de concessionnaire et d'artiste, laissant sa place à de nombreux imitateurs dont un "Trewey II" (Fayard) qui se produit d'ailleurs depuis les années 1880, et Chassino. Par la suite, il collabore avec l'inventeur Auguste Baron sur des essais de cinéma parlant. Lors de l'Exposition Universelle de 1900, à Paris, il s'occupe du Phono-Cinéma-Théâtre. Il revient au cinématographe vers 1907 en présentant son "Trewey-Cinématographe" 

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Publicité du "Trewey-Cinéma"
Fonds "Trewey", Archives, Monteux
Villa Traversière, "Au clair de la lune", Asnière-sur-Seine [D.R.]
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Félicien Trewey, Lettre à M. De Vere, Asnières-sur-Seine, 1920
repr. dans The Photographic Journal, october 1924, p. 490.

À cette époque, il est déjà installé à Asnière-sur-Seine où il est propriétaire d'une belle demeure. À peine cinq semaines avec sa disparition, il vend à M. De Vere, le cinématographe qui lui a servi au cours de sa campagne en Grande-Bretagne. Il décède le 2 décembre 1920.

Bibliographie

AUBERT Michelle et Jean-Claude SEGUIN, La Production cinématographique des frères Lumière, Paris, BIFI, 1999, 558 p.

CHEVALDONNÉ Yves, "L’homme en morceaux, raccommodé : de Félicien Trevey au Professor Trewey", 1895 , nº 36, 2002, p. 5-33.

COLOMBON HenriTreweyisme et Trewey, Carpentras, Imprimerie Batailler, 1909,  112 p.

Fonds "Trewey", Archives, Monteux.

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Filmographie

1896

[1896]

4

20/02/1896-[03/1896]
The Royal Polytechnic Institute
(Marlborough Hall) 
Cinématographe Lumière 
09/03/1896-[19/11/1897]
Londres
The Empire Theatre 
Cinématographe Lumière
[05/1896]-[1896]
Crystal Palace 
Cinématographe Lumière
11/07/1897-[09]/1897 Île de Man    
31/10/1897- Belgique Bruxelles Palais d'Été Bioscope

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