Marius SESTIER

(Sauzet, 1861- Sauzet,1928)

sestier

Jean-Claude SEGUIN

→ JACKSON Sally, "Marius Sestier"

1

Joseph, Antoine Sestier (Sauzet, 1808-Sauzet, 16/01/1873) épouse Euphrasine Arnaud (Sauzet, 1809-Sauzet, 1882). Descendance :

  • Euphrasine, Elisa Sestier (Sauzet, [1832]-Sauzet, 22/02/1853)
  • Joseph Euphrosine Sestier (Sauzet, 05/12/1836-Sauzet, 17/12/1894) épouse (Grane, 09/02/1858) Marie, Eugénie Ducros (Grane, 02/09/1837-). Descendance:
    • Marie, Josephine, Elisa Sestier (Sauzet, 19/04/1859-) épouse (Sauzet, 31/07/1888) Elie, Joseph Julien (Gap, 31/12/1858-)
    • Arthur, Eugène, Joseph Sestier (Sauzet, 19/05/1860-Sauzet, 27/08/1861)
    • Marius. Ely, Joseph Sestier (Sauzet, 08/09/1861-Sauzet, 08/11/1928) épouse (Beaucaire, 27/09/1893) Marie, Louise Puech (Beaucaire, 27/09/1873-Grenoble, 1950). Descendance:
      • Madeleine, Joséphine, Marie, Rose Sestier (Lyon 3e, 08/11/1894-La Tronche, 12/11/1977) épouse Paul Jeune.
      • Eugène, Aimé, Marius, Joseph, Jackson Sestier (Lyon 3e, 11/03/1898-Marseille, 10/11/1979) épouse (Lyon 4e, 12/01/1920) Marguerite, Perrine Hildgen (Lyon 3e, 22/05/1897-)
    • Eugène, Louis, Jérémie Sestier (Sauzet, 19/06/1863-Sauzet, 21/08/1864).
    • Louis, Eugène, Leclair Sestier (Sauzet, 20/12/1864-Sauzet, 20/03/1897)
    • Victor Sestier (Sauzet, 23/04/1866-) épouse (Loriol, 09/07/1914) Joséphine, Lydie Sestier.
    • Daniel, Louis, Eloi, Germain Sestier (Sauzet, 14/09/1867-Sauzet, 01/09/1868)
    • Marie, Eugénie, Germaine Sestier (Sauzet, 18/04/1869-Montélimar, 03/01/1952)
    • Borny, Marie, Louise, Aminthe Sestier (Sauzet, 14/08/1870-Sauzet, 06/04/1871)
    • Honoré, Léon, Eugène, Antoine Sestier (Sauzet, 03/09/1872-Sauzet, 06/09/1872)
    • Marie, Eugénie Sestier (Sauzet, 11/07/1873-)
    • Benjamin, Léon, Émile Sestier (Sauzet, 17/02/1875-)
    • Eloi Sestier (Sauzet, 02/12/1879-)

2

Les origines (1861-1895)

Fils du propriétaire du Café de la Poste à Sauzet, Marius Sestier est le troisième enfant de Joseph Sestier et Marie Ducros. Il est recensé avec sa famille, à Sauzet, en 1866, en 1872 et en 1876.

sauzet cafe poste
Sauzet (Drôme)- Place du Bourg (c. 1915).

Après avoir poursuivi sa scolarité, il engage à Lyon des études de pharmacie avant d'être appelé sous les drapeaux. Incorporé à compter du 14 novembre 1882 à la 21e section d'infanterie, il arrive au corps le 22 du même mois. Il fait la campagne d'Afrique entre le 20 novembre 1882 au 25 juillet 1886. Il passe caporal le 4 février 1885. Parti en congé de convalescence de deux mois le 25 juillet 1886, il est maintenu dans ses foyers (40 cours Richard-Vitton) avant de passer dans la réserve de l'armée active le 1er juillet 1887. Il réside par la suite à Paris (Pantin, 109 rue de Paris. 29/11/1888-11/09/1889). En 1890, il obtient son diplôme de pharmacien de 2e classe. À partir du 5 septembre 1890, il réside à Lyon, au 177, avenue de Saxe où il ouvre une pharmacie. En outre, il est délégué cantonal à Marsanne (Drôme) et Président du Comité de l'enseignement technique du canton de Marsanne. En 1893, il épouse la Beaucairoise Marie, Louise Puech, et dans l'année qui suit, 1894, cette dernière donne naissance à Madeleine Sestier. Le père poursuit ses activités dans sa pharmacie jusqu'en 1895 alors que l'on commence à parler de cinématographe à Lyon.

Le cinématographe Lumière (1896-1898)

L'intérêt que suscite le cinématographe Lumière chez Marius Sestier - a-t-il assisté à une présentation au cours de l'année 1895 ? - trouve une première manifestation dans un cahier personnel intitulé "Publicité" où l'on trouve, d'une part, des exercices de langue anglaise - s'agit-il pour lui de se perfectionner en vue d'un prochain voyage ? - et, d'autre part, de multiples coupures de journaux consacrées au cinématographe Lumière et tirées de la presse française principalement, entre janvier et juin et de la presse indienne entre juin et juillet 1896. Quand aux liens directs entre les frères Lumière et Marius Sestier, ils sont peut-être à trouver dans le milieu professionnel de la pharmacie, sachant qu'Auguste Lumière, s'il n'est pas pharmacien, consacre une part importante de ses recherches aux produits pharmaceutiques. À cela, il faudrait évoquer également leur appartenance à la franc-maçonnerie. Quoi qu'il en soit, Marius Sestier se charge de la concession "Lumière" pour l'Inde et l'Australie. Pour cela, il met en vente sa pharmacie, récupère un cinématographe, une sélection de films et de la pellicule vierge.

L'Inde (30 juin-26 août 1896)

Le couple va donc quitter Lyon et embarque à bord du "Yarra" le 13 juin 1896:

Le Port
Le "Yarra," des Messageries Maritimes, courrier de Chine, via Bombay, est parti hier soir, à 4 h, avec 25 passagers, dont M. Pilinski, consul de France, et un plein chargement de vins et liqueurs, provisions diverses et objets manufacturés.


Le Sémaphore de Marseille, Marseille, dimanche 14 et lundi 15 juin 1896, p 1.

sestier marius yarra
"Le Yarra vue de babord avant entre 1895 et 1905"
Photo Collection P. Ramona. Messageries-maritimes

Après une quinzaine de jours de traversée, Marius Sestier et son épouse débarquent, le 30 juin 1896, dans le port de Bombay où ils résident à partir du 30 juin 1896.Cette arrivée est également confirmée par la presse :

SHIPPING INTELLIGENCE.
THE Messageries Maritimes Co's s s Yarra, 2084 tons, Captain LeCoispellier, arrived in harbour yesterday from Marseilles (11th [sic] June), with a general cargo and the following passangers:– [sic] Mr J Pilinski, [...], Mr and Mrs Cestier, [sic] [...].


The Bombay Gazette, Bombay, mercredi 1er juillet 1896, p. 3.

Dès qu'il met le pied en Inde, Marius Sestier récupère les articles sur le cinématographe et les vues animées en général. À la fin de son cahier "Publicité", figurent ainsi de nombreuses coupures de presse dont l'origine n'est pas toujours indiquée, même si la plupart d'entre elles proviennent des quotidiens The Advocate of India ou Bombay Gazette, Le premier dans son édition du 2 juillet annonce la présence de l'opérateur :

THE LIVING PHOTOGRAPHY.
Monsieur Sestier, who arrived by the s.s. Yarra has brought to our city tle Cinematograph, the wonderful invention of Messrs August and Louis Limière [sic] of Lyons. This instrument is a wonderful improvement on the Edison Kinetoscope. We can see before it a moving panorama with living life size people.
The instrument is so perfect that it can both photograph as well as project scenes. A railway train arrives, the station master is moving about, the passengers hurry on the carriage doors open, the passengers get in or alight, etc., etc. The sea waves, the smoke that comes from a cigar or from some herbs that are burning, all this is faithfully reproduced to life and unlike the kinetoscope, is visible to as large an audience as required.
A public exhibition will shortly be given and we ins India will be able to see in work the instrument which gave a vivid life size realization of the Prince of Wales' Derby in one of the London Music Halls the same night as the historic event was run. Monsieur Sestier is open to private engagements.


The Advocate of India, Bombay, jeudi 2 juillet 1896.

Dès le 4 juillet, il engage des dépenses chez un imprimeur, puis il contacte la presse locale: Times of IndiaAdvocate of India et Bombay Gazette qui vont donc relayer l'information que va leur transmettre Marius Sestier. Dans un courrier conservé, on peut lire une présentation, en anglais, du cinématographe sous le titre "Living Pictures". Difficile de connaître l'origine de cette lettre manuscrite qui ne semble pas, par comparaison, être de la main de Marius Sestier. En en-tête, on trouve le nom de la société "C. J. Nicoud & Co", 54, Apollo Street, qui se consacre à l'import-export, et qui dispose d'une autre adresse à Calcutta (10, Jackson's Lane).

sestier bombay nicoud bombay nicoud
"Living Pictures". C. J. Nicoud. 1896.
collection Sestier
C. J. Nicoud & Co-Bombay

Cette société est l'agent exclusif de la manufacture de soierie lyonnaise, L. Permezel & Co dont le fondateur est Ambroise, Léon Permezel (La Côte-Saint-André, 03/04/1845-Rillieux-la-Pape, 15/11/1910). Il y a tout lieu de penser que la C. J. Nicoud & Co et cette "route de la soie" ont pu faciliter les contacts entre Marius Sestier et les autorités locales. Il engage en outre un interprète, M. Pochon, afin de mieux communiquer avec la population locale.

Le temps de trouver un lieu pour organiser des séances - ce sera l'hôtel Watson - et la première est prévue pour le mardi 7 juillet, mais on sait également qu'il a loué le Novelty Hotel pour des séances ultérieures.

bombay Watson's Hotel, Bombay in the 19th century
Watsons' Hotel (c. 1900). Bombay. Inde.

De cette séance inaugurale, The Advocate of India offre un compte rendu particulièrement détaillé :

"Wonders never cease," was the trite remark that was expressed last night by one of the audience that had assembled at Watson's Hotel to see the "Cinematograph" exhibition which Mons. Sestier was giving. Human ingenuity has controlled wind and wave, mind has made matter subservient to it and science has made most things possible. We must surely be coming within measurable distance of ruling the elements. The search for the Philosopher's Stone has long been abandoned as a serious pursuit, but practical scientific researches have gone on apace, and in this century of ours we have come within an ace of aerial journeys on artificial wings. Two researches in science, however, have long baffled scientists, on was -I say was advisedly, for the fact has been accomplished-the reproduction of sound, an the other that of action. That marvel of modern invention, Edison, overcame the matter of reproducing sound, and from the Phonograph we may now hear the voices of the dead and the living, stored up on little rollers that will give back at will the sound that was breathed into them, with unerring precision. Edison next turned his genius to the reproduction of action, the task proving more difficult for the reason that the retina of the human eye takes in scenes at the rate of thirty distinct actions to the second. Taking. the Zooetrope for the basis of his work, the great inventor was able to attain his object by revolving pictures photographed on pin heads and a drum at the rate of 1,000 to the minute, to reproduce human action to life. The "Kinetoscope" soon after made its appearance and proved only to be the forerunner to a more. perfected machine. In the "Kinetoscope" the pictures were very minute and detracted from the reality of the scene, but the" Cinematographe" projects the scenes. on to a screen life-size, the pictures having living, moving action.
___
A scene in Hyde Park is wonderfully realistic, so much so that one feels impelled to rush across and join the merry party that are assembling on the walk. A group of ladies are first observed; presently a gentleman, with every indication of pleasure, hurries across the ride and joins them, the meeting being most cordial, anon equestrians canter up, dismount and join the merry group "Sweet seventeen," on a bicycle next, comes along, and tripping gracefully off her bike, joins the party. The scene is so realistic that one is transported to London and the Park, forgetting for a while that Bombay harbour lies beyond the place of entertainment. The arrival of a train is another most interesting scene. The living panorama is true to every detail. The engine appears small as it rounds the corner and increases in size till it scenes to be rushing upon the audience. The passengers enter and leave the carriage in various degrees of speed, and the bustle and confusion is there just as we have realized it times without number. The old traveller taking things cooly, the prentice hand pushing aside everyone else in his eagerness not to be left behind-all are depicted for our delight. One of the best scenes is "Leaving the Factory." The gates open, and at once the human stream flows out; no one seems to have time to talk, all seem in a desperate hurry to get home. The variety of costume, the disparity of ages, are all vividly brought out, and to vary the monotony of the human exodus, at intervals a bicyclist wheels his machine to the gate, mounts and wobbles off in the midst of the crowd. The rushing-out of a brougham and pair, bearing the master of the factory home, causes a momentary stoppage of the human flow, and then it rushes on again faster, faster, as the moments fly, all eager to earn the sweets of rest after honest toil. We shall look forward to the development of Messrs. Lumiere's Cinematograph, when sound will be added to motion and we can sit out here in Bombay and hear an Opera which has erstwhile been performed in Covent Garden. Edison is perfecting such a machine and we shall hail its advent with delight.


The Advocate of India, Bombay, mercredi 8 juillet 1896.

Au bout de quelques jours, les conditions de projection et l'exigüité de la salle conduisent Marius Sestier à solliciter le Novelty Theatre afin de continuer à organiser des séances. Il organise alors une soirée d'inauguration, le mardi 14 juillet, qui se révèle désastreuse car l'énergie électrique mise à la disposition de l'opérateur est insuffisante. Il va donc revenir pour quelques jours au Watson's Theatre, avant de s'installer définitivement au Novelty Theatre, à partir du 24 juillet et jusqu'au 15 août. Grâce à son Carnet de compte, l'on sait que Marius Sestier engage des hommes-sandwichs afin de faire la publicité du cinématographe en langues gujarati et marathi. Les séances se déroulent normalement avec un renouvellement limité de vues animées. La fin des projections a lieu le samedi 15 août, mais la presse, contrairement à l'habitude, l'annonce sans en préciser les raisons qui nous sont connues, malgré tout, grâce, ici aussi au Carnet de compte :

Exploit.[ation]
Bombay
arrêtée par suite du retrait de la Locomobile par le Port Trust.

La locomobile permet en l'occurrence de produire l'énergie nécessaire pour faire fonctionner le cinématographe. Pour des raisons inconnues, le Port Trust récupère la machine et met ainsi un terme aux projections de vues animées.

bombay port trust
Port Trust Offices. Bombay (c. 1905).

Si les projets de Marius Sestier sont contrariés sur Bombay, il semble avoir eu l'intention de continuer à exploiter son cinématographe en Inde. En date du 17 août, la mention "Voyage Poona", ville située à environ 150 km, pourrait indiquer que l'opérateur a l'intention de continuer à organiser des projections animées dans ce vaste pays. Il semble même avoir eu l'intention d'aller au Viet-Nam, à Saigon et à Hanoi

De fait, ses intentions ont été contrariées par les conditions climatiques - la mousson - comme le signale Jean Sestier, son petit-fils:

Ma grand-mère n'a regretté qu'une chose, c'est qu'aux Indes, ils soient tombés au moment de la mousson parce que sinon ils seraient revenus couverts de bijoux, parce que maharadjas distribuaient ça ...


SESTIER Jean, 1993.

Grâce aux documents Carnet de compte et Crédit Lyonnais, nous pouvons avoir une idée des recettes que ce mois et demi d'exploitation du cinématographe en Inde a générées.

Reste la question d'éventuels tournages lors de ce séjour indien. Les projections réalisées dans le pays ne font apparaître aucune vue locale. Peut-on penser pour autant que Marius Sestier ne disposait pas de pellicule vierge pour d'éventuels tournages ? Si Sestier a tourné la manivelle, il est également possible que les conditions climatiques d'une part (la mousson) et la perte ou destruction possible d'une partie des négatifs lors de l'expédition vers la France d'autre part expliquent cet absence de vues animées indiennes. Sur ce dernier point, le Carnet de compte confirme les problèmes qui se sont posés lors d'envois, en septembre 1897, de négatifs :

Reponse recu ce 24 Sept.
12 mots.
Sestier telegraphe restant Sydney
Impossible empecher négatif ouvert Douane Soignez Emballage.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Pourtant, un 2e câblogramme confirme bien que des négatifs sont arrivées à Lyon même si le résultat n'est guère du goût des Lumière :

Reponse reçue le 27 au matin.
17 mots
Telegr. restant Sestier Sydney
Donnons exclusivité jusque mois de mai expedions pellicules.
Choisissez mieux sujets.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Si l'on considère le temps nécessaire au transport jusqu'à Lyon, ce câblegramme reçu à Sydney le 27 septembre ne peut que faire référence à un envoi antérieur, effectué, sans nul doute, depuis l'Inde, à la fin du mois d'août ou dans les premiers jours de septembre. Si le répertoire des vues présentées par Marius Sestier en Australie ne comporte aucun titre faisant référence directe à l'Inde, il pourrait exister une trace d'un tournage dans le corpus des vues cinématographiques que présente Georges Boivin à Gympie, et qui comporte le titre Negro street cleaners in Bombay.

gympie 1897 cinematographe lumiere 01
Gympie Times and Mary River Mining Gazette, Gympie, jeudi 5 août 1897, p. 2.

Mais, comme Georges Boivin, profitant de la candeur des spectateurs, n'hésite pas à "localiser" certaines vues cinématographiques (cf. Breaking down a shed in Sydney, manipulation du titre Démolition d'un mur ou Boxing contest in Melbourne pour Boxeurs), il est fort probable que le titre "indien" ne soit en réalité que le film tourné au jardin d'acclimatation de Paris, en 1896, et qui porte le titre Nègres en corvée. Il faut dire que Boivin est loin d'être le seul à user de ce type de stratagème pour attirer le public...

À la fin d'un séjour plus court que prévu, le couple Sestier va donc attendre l'arrivée du Calédonien, en provenance de Marseille,  afin de rejoindre l'Australie :

SHIPPING INTELLIGENCE.
THE Messageries Maritimes Co's s s Caledonien, 2,093 tons, Captain L Blanc, sailed yesterday for China and Japan, with a general cargo and the following passengers:- [...]. For Sydney - Mr and Mrs Sistier. [sic] [...]


The Bombay Gazette, Bombay, jeudi 27 août 1896, p. 3.

Le steamer fait une halte à Colombo avant de reprendre sa route, ce qui permet au couple de monter à bord du Polynésien qui va les conduire en Australie. C'est probablement à cette époque que Marius Sestier écrit à la maison Lumière afin de recevoir un second appareil si l'on en croit le câblogramme suivant:

Réponse le 16 oct =Sestier Poste Restante Sydney appareil envoyé 15 septembre adressons vues Lumière=


SESTIER, Carnet de compte

L'Australie (septembre 1896-1897)

En provenance de Colombo, le Polynésien va faire halte à Albany (9 septembre) et les époux Sestier figurent sur la liste des passagers. Le steamer fait également escale à Adelaïde (12 septembre) et à Melbourne (14 septembre) où le couple effectue quelques achats.

sestier marius polynesien
Guende phot. (Marseille). Messageries Maritimes "Le Polynésien".
https://www.messageries-maritimes.org/polynes.htm

Peu après, Marius Sestier et son épouse embarquent pour Sydney, terme de leur traversée, et, par une pure coïncidence, l'impresario Harry Rickards et sa famille, sont également du voyage :

sestier marius 1896 polynesien
The Daily Telegraph, Sydney, jeudi 17 septembre 1896, p. 7.

La presse néo-calédonienne annonce même la venue de Sestier à Nouméa, ce qui finalement ne se produit pas :

LE CINÉMATOGRAPHE
Parmi les passagers du "Polynésien" nous signalerons d'une manière toute spéciale l'arrivée à Nouméa de M. Sestier, représentant de MM. Auguste et Louis Lumière de Lyon, les inventeurs de cet ingénieux appareil que l'on nomme le Cinématographe.
Ce curieux instument permet non seulement d'enregistrer par la photographie toutes les scènes animées les plus variées, sans omettre aucun des mouvements qu'elles comportent, mais encore de les reproduire fidèlement, de grandeur naturelle, en les projetant sur un écran, les rendant ainsi visibles pour toute une assemblée de spectateurs.
Grâce aux progrès réalisés on a donc pu arriver à produire des photographies d'une fidélité scrupuleuse qui, dosposées dans des appareils d'une rare perfection, donnent l'illusion parfaite de la vie. Le Cinématographe de MM. Lumière et fils est une véritable merveille qui a fait l'admiration des passagers du "Polynésien".
Le Cinématographe permet de reproduire des scènes où l'on voit des rues entières ou des places publiques avec tout leur mouvement de piétons, voitures, tramways, etc., et l'illusion du mouvement dans les épreuves agrandies est telle que les scènes projetées sont d'une réalité saisissante.
M. Sestier compte séjourner quelque temps à Nouméa où, très certainement, le Cinématographe fera sensation.


La France australe, Nouméa, 30 septembre 1896, p. 1.

En revanche, Marius Sestier a organisé des projections à bord du steamer qui le conduit à Sydney où il accoste le 16 septembre 1896 et la presse va immédiatement lui consacrer quelques lignes :

THE M.M. LINER POLYNESIEN.
The French mail steamer Polynesien has fully maintained her reputation for speed, arriving yesterday from Marseilles several days in advance of time. Fine weather marked the trip, and those on board spent an enjoyable time, there being no lack of deck games by day and concerts, etc., in the evenings. The wonders of the "cinematographe" were also displayed during the evenings by Mons. Sestier, who proposes to hold exhibitions of this wonderful invention in the colonies.


The Daily Telegraph, Sydney, jeudi 17 septembre 1896, p. 7.

Nouvelle-Galles du Sud (16 septembre-27 octobre 1896)

À peine est-il arrivé qu'il organise une séance privée, le 18 septembre, au Lyceum Theatre :

LUMIERE'S CINEMATOGRAPHE.
M. Marius Sestier arrived in Sydney last week direct from Paris to exhibit in Australia the French Cinematographe, invented by the Messrs. Lumière. A successful private exhibition of the machine was given at the Lyceum Theatre last Friday, and shortly a public demonstration of ist power will be made. The Lumière invention is the one which has been drawing crowds at the Empire Theatre, London, and elsewhere.


The Sydney Morning Herald, Sydney, mardi 22 septembre 1896, p. 6.

Pourtant, il a du mal à trouver une salle de libre afin d'organiser des projections et il se voit contraint d'attendre quelques jours. Il faut dire que la situation ne lui guère favorable, car plusieurs cinématographes - ceux de Joseph Mac Mahon et Carl Hertz - se sont donné rendez-vous à Sydney en ce mois de septembre et l'on mesure son inquiétude en lisant son Carnet de compte où il transcript le texte d'un cablegramme qu'il a fait parvenir aux Lumière :

Envoyé le 21 sept au matin ce cablegramme
--
Lumiere Lyon
Concurrent usurpant nom Cinematographe Cablez ordres expediez nouveautés Sestier
12 mots  2£


SESTIER, Carnet de compte

Peu après, il reçoit la réponse suivante :

Reponse recu ce 24 Sept.
12 mots.
Sestier telegraphe restant Sydney
Impossible empecher négatif ouvert Douane Soignez Emballage.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Dès le lendemain, il envoie un nouveau câblegramme à Lyon où il annonce, en particulier, que les séances vont bientôt commencer :

2e Cablegramme
envoyé le 25 Sept. 6 h soir
24 mots 5£ 18
Lumière Lyon-Urgence Cablez Concession exclusivité pour toute Australasie grosse affaire envoyez vingt pellicules sensibles première poste quarante par Australien Debut Lundi.
Sestier.


SESTIER, Carnet de compte

Conscient du danger de la concurrence, Marius Sestier s'empresse donc de demander une exclusivité pour l'Australasie. Quelques jours plus tard, le samedi 26 septembre, une nouvelle séance privée est organisée au Lyceum Theatre dont le manager est James Cassius Williamson :

Mr. J. C. Williamson, having been put at M. Sestier's disposal for the afternoon, a crowd of persons of all ages assembled in the dress circle, representatives of society and fashion, members of the theatrical profession, and of the press being among those present.


Australian Town and Country Journal, Sydney, samedi 3 octobre 1896, p. 25.

Le lendemain, il reçoit un nouveau câblegramme de la maison Lumière :

Reponse reçue le 27 au matin.
17 mots
Telegr. restant Sestier Sydney
Donnons exclusivité jusque mois de mai expedions pellicules.
Choisissez mieux sujets.
Lumière.


SESTIER, Carnet de compte

Compte tenu du temps qu'il faut pour que les négatifs parviennent à Lyon, la remarque "Choisissez mieux sujets" fait référence, comme nous l'avons dit, à des vues indiennes.

La question du brevet Lumière va connaître un écho dans la presse locale comme on peut le lire ci-après :

The name « Cinematographe » seems to have been devised and registered by the Messrs. Lumière before they were any rival machines in the field. Sestier, their agent in charge of the newly-arrived « Cine », is said to carry power of attorney to fight the question re infringement of title, which is undoubtely an important consideration as things are going. JOurnal non identifié, [10] octobre 1896.]


SESTIER, "Publicité"

Finalement l'inauguration pour le public a lieu le lundi 28 septembre, au nº 237 Pitt-Street. Afin de consolider l'exploitation de son cinématographe, il va s'adjoindre les services de M. C.B. Westmacott et d'Henry Walter Barnett.

Mons M. Sesher [sic], who has brought the machine to Australia, has been accredited directly from the patentees, Messrs Lnmiere, of Lyons, France and gives an identical series of views with those now drawing all London to the Empire Theatre. Mons M Sesher is to be congratulated not only on the business he is doing, but also on having been able to arrange to do his business through such gentlemen as Mr Wettmacott and Mr Barnett. It is hardly possible to describe the wonderful beauties of the Cinematographe.
Truth, Sydney, dimanche 4 octobre 1896, p. 2.

Si l'on se réfère à son Carnet de compte, Marius Sestier s'est rendu, entre le 1er et le 4 octobre à Manly. Il est probable qu'il ait alors tourné Arrival of S.S. Brighton at Manly

sestier marius 1896 10 01 manly
Marius Sestier. Carnet de compte.

La presse publie, à plusieurs reprises, des portraits de Marius Sestier et lui consacre des articles élogieux comme le suivant : 

The gentleman whose photograph we publish herewith first introduced the original Lumière Cinematographe to Sydney. He came out unostentatiously in one of the French mailboats, and was immediately seized upon by Mr. Walger Barnett, of the Falk Studios, who, in conunction with Mr. C. B. Westmacott, arranged for him to exhibit his wonderful machine in Pitt-street. The result has more than exceeded expectatious, for the place has been thronged daily ever since it was opened, and the pictures have become the talk of the town. The photograph is reproduced by permission of the Falk Studios.


Referee, Sydney, mercredi 14 octobre 1896, p. 7.

sestier marius portrait 02
Referee, Sydney, mercredi 14 octobre 1896, p. 7.

De nouveaux films sont annoncés alors que le cinématographe organise ses dernières séances :

THE FRENCH CINEMATOGRAPHE
The last nine days of the French Cinematographe are notified at the Salon Lumiere, where a change of programme will introduce tableaux of "London in a Fog" the "Champs Elysées," "Unter den Linden at Berlin," and other fresh subjects. Yesterday morning M. Sestier had the honour of giving a special private exhibition of the marvellous instrument before his Excellency the Governor, Lady Hampden, and suite. The Governor before leaving expressed to M. Sestier his admiration of the pictures shown.


The Sydney Morning Herald, Sydney, samedi 17 octobre 1896, p. 10.

Un câblegramme, dont le contenu est consigné dans le Carnet de compte, indique que Marius Sestier (re)demande à la maison Lumière de lui faire parvenir un deuxième Cinématographe :

Câblegramme envoyé le 14 octobre 1896
15 mots 3 £ 13 = Lumière Lyon = Recette 7 400
Envoyez urgence menagarie appareil complet Nouvelles
vues Czar Réponse Sestier.


SESTIER, Carnet de compte

Dans la réponse, reçue le surlendemain, la maison Lumière indique que le second appareil a été envoyé le 15 septembre, soit un mois auparavant :

Répons le 16 oct =Sestier Poste Restante Sydney appareil envoyé 15 septembre adressons vues Lumière=


SESTIER, Carnet de compte

Si l'on ne peut précisément donner la date de ses premiers tournages, ils ont lieu au cours du mois d'octobre. Grâce au photographe Henry Walter Barnett, il est fort probable qu'il ait la possibilité de développer sur place ses négatifs. On sait en tout cas que l'une de ses premières vues animées est Arrival of S.S. Brighton at Manly. :

THE FRENCH CINEMATOGRAPHE.
The closing day of the French cinematographe at the Salon Lumiere was marked by crowded audiences at every performance. After the day's work was ended M. Sestier exhibited the first tableau from a local subject yet made in Australia. Mr. H.W. Barnett (of Falk's) had joined M. Sestier in preparing the films, and a fine picture of the crowd disembarking from a Manly boat at Manly was the result. Afterwards the health of Messrs. Sestier and Barnett was toasted in acknowledgment of their artistic work, when the latter announced that a whole series of Australian scenes was in preparation, and that both at the Paris and London halls M. Lumiere would exhibit these pictures, and would thus put Sydney and Melbourne in touch with the great capitals named in a manner which could never have been approached but for the invention of this marvellous machine.


The Sydney Morning Herald, Sydney, mercredi 28 octobre 1896, p. 8. 

Il s'agit là, d'ailleurs, de la dernière séance, mais, dans une note brève publiée par The Daily Telegraph, Marius Sestier fait savoir qu'il compte revenir :

LUMIERE CINEMATOGRAPHE.
M. Sestier, representative of the Lumiere Cinematographe, returns thanks for the patronage accorded him during his season in Sydney, which ended on Tuesday, and announces that he will return to re-exhibit the Lumiere machine in this city shortly.


The Daily Telegraph, Sydney, samedi 31 octobre 1896, p. 10.

Victoria (31 octobre-20 novembre 1896)

Marius Sestier part pour Melbourne où il va exploiter son cinématographe Lumière au Princess Theatre le 31 octobre. Lorsqu'il arrive, deux autres appareils sont en fonctionnement : l'animatographe d'Harry Rickards et Fred Aydon, le cinographoscope de G. Neymark et d'Albert James Périer. Un troisième s'installe en même temps que lui, le vitascope et un dernier fonctionne au Theatre Royal à l'occasion de la Melbourne Cup. Mis à part l'exploitation du cinématographe, Marius Sestier et H. W. Barnett envisagent d'imprimer sur la pellicule plusieurs événements sportifs. Le premier semble avoir été le Derby Day (31 octobre 1896) dont des projections vont avoir lieu à Adelaide quelques semaines plus tard. De la Melbourne Cup, le catalogue Lumière conserve plusieurs vues animées :

CUP DAY
[...]
But the Cup of 1896 boated, at least, one novel feature. The photographer, of course, we have always with us, but this year the cinematographe, for the first time, played its part on an Australian course, and by the Lumiere principle a series of views were taken, which will carry to London and Paris and St. Petersburg an actual presentment, not only of the Cup meeting, but of the most wonderful Cup race ever run over the classic course.


The Argus, Melbourne, mercredi 4 novembre 1896, p. 5.

il faudrait également évoquer l'annonce du tournage de l'Austral Wheel Race qui doit avoir lieu les 4 et 5 décembre 1896 :

ARRANGEMENTS are being made to have the finish for the Austral Wheel Race taken for the Lumiere Cinematographe.


Table Talk, Melbourne, vendredi 13 novembre 1896, p. 6.

Grâce à son Carnet de compte, nous connaissons les dépenses engagées pour les films qu'il a tournés en Australie

sestier marius 1896 carnet compte fragment
Marius Sestier. Carnet de compte.

L'un des titres "Procession" n'a pas été identifié. Marius Sestier va mettre fin aux projections animées de Melbourne le 20 novembre afin de rejoindre Sydney

Nouvelle-Galles du Sud (24 novembre-22 décembre 1896)

Comme il l'avait annoncé, Marius Sestier revient donc à Sydney pour une deuxième série de projections de vues animées. C'est le 24 novembre qu'a lieu l'inauguration des séances au Criterion Theatre où l'opérateur va pouvoir présenter la série de vues tournées lors de la Melbourne Cup. Pourtant le cinématographe Lumière ne va rester que quelques jours à l'affiche et les dernières annonces datent du 8 décembre. Il est contraint de trouver une nouvelle salle qui se trouve au nº 478 de George-street près de la Royal Arcade où l'inauguration a lieu le 9 décembre.

C'est au cours de cette même période que Marius Sestier va recevoir un deuxième cinématographe. Ce nouvel appareil est destiné à Wybert Reeve, directeur du Theatre Royal d'Adelaide comme l'indique The Advertiser :

Mr. Wybert Reeve returned from Sydney and Melbourne by the French steamer Australien on Monday after being most successful in making arrangements for future attractions. He has secured from Messrs. Barnett and Sestier the use of the second Lumiere cinematograph, which is now on board the incoming French steamer. It will be one of the Christmas holiday attractions.


The Advertiser, Adelaide, mardi 8 décembre 1896, p. 5.

Le même quotidien donne de plus amples informations dans une autre article légèrement postérieur :

AMUSEMENTS.
THEATRE ROYAL.

Mr. Wybert Reeve has received a letter from Messrs. Barnett & Lester [sic] stating that the new cinematograph sent over from Paris by Monsieur Leumaire [sic] has arrived in perfect order. It has all the latest developments, and is a wonderful improvement upon the original. Mr. Williamson has sent over the transparent cloth and drop used at to Princess Theatre, where the cinematograph was lately exhibited "Djin-Djin." The very remarkable sensation it made will be remembered by visitors from Adelaide during the Cup week in Melbourne, and the original pictures taken of the Derby. The Melbourne Cup, with Newhaven winning, and other pictures will be shown during the forthcoming season. The celebrated illusionist, Carl Hertz is now on his way to Adelaide from Queensland. Mr. Reeves has also arranged with Mr. Rickards for the appearance of the Durhams, new performers to Adelaide, and for the Leslie Brothers.


The Advertiser, Adelaide, jeudi 17 décembre 1896, p. 5.

Grâce à H. W. Barnett, photographe et opérateur, il est dès lors envisageable de doubler les lieux de projection cinématographique. À Sydney, c'est ce dernier qui va pouvoir continuer les projections après le départ de Marius Sestier qui, accompagné de son épouse, part pour Adelaide. Peu avant son départ, le 21 décembre 1896, il retire une somme d'argent auprès de The Bank of New South Wales, établissement auprès duquel il gère ses comptes (Expedit hors rayons).

Australie-Méridionale (23 décembre 1896-< 7 janvier 1897)

Ayant laissé le poste de Sydney entre les mains du photographe H. W. Barnett ou de l'un de ses proches collaborateurs, Marius Sestier et son épouse ainsi qu'un assistant prennent le train le 22 décembre pour se rendre à Adelaide.

sestier marius 1896 12 22 depart
Marius Sestier. Carnet de compte.

 L'arrivée a lieu le lendemain, mercredi 23 décembre :

AMUSEMENTS.
THEATRE ROYAL.
Monsieur Sestier and his assistants arrive this morning by train from Sydney. This gentleman introduced Lumiere’s Cinematographe to Australia, coming direct from the inventor’s factory. The exhibition “caught on” at once in Sydney, and in a few weeks a profit was realized amounting to hundreds of pounds. On Mr. Williamson taking the apparatus to Melbourne, and introducing it in “Djin Djin,” it became a great attraction in that fine spectacle. During the Adelaide season over eighty pictures will be shown, and will include the most successful of those now exhibited at the Empire, the Alhambra, the Tivoli, and the most celebrated and popular of the London music halls. The original Australian instrument remains at the Criterion in Sydney, where for weeks it has been drawing crowds both afternoon and evening. The one to be shown in Adelaide has just arrived from Paris. For the convenience of ladies and children Mr. Reeve has arranged for a matinee every afternoon beginning on Monday next as 3 o'clock.


South Australian Register, Adelaide, mercredi 23 décembre 1896, p. 3.

Wybert Reeve, directeur du Theatre Royal, inaugure les projections cinématographiques, le 26 décembre 1896, sous la responsabilité de Marius Sestier. Alors que le  poste d'Adelaide fonctionne depuis à peine quelques jours, le Polynésien, steamer des Messageries Maritimes, accoste à Albany, le 1er janvier 1897. À son bord, ont voyagé deux opérateurs de la maison Lumière, Constant Girel et Katsutarō Inabata qui ont organisé, probablement aux alentours de Colombo, une séance cinématographique :

THE POLYNESIEN
The Messageries Maritimes steamship Polynesien arrived at the anchorage at Sydney yesterday, the 8th January, after a good voyage from Marseilles. Commandant Boulard reports having left that port on thee 6th December at 7.30 a.m., with rough sea. [...] A performance of the cinematographe was given under the able management of Messrs. Girel and Inabata, representatives of the Lumiere Col, who go to Japan.


The Sydney Morning Herald, Sydney, samedi 9 janvier 1897,  p. 10.

Katsutarō Inabata a voyagé à bord du Natal sur lequel Constant Girel l'a rejoint lors de l'escale de Colombo, le 6 décembre 1897. Tel n'est pas le cas de Georges Biard d'Aunet, consul-général de France en Australie, qui débarque à Sydney, le 8 janvier 1897. 

biard d aunet georges portrait
Georges Biard d'Aunet (Paris 2e, 24/08/1844-Hyères, 12/04/1934).

Nouvelle-Galles du Sud (<7-<26 janvier 1897)

Quant à Marius Sestier, au même moment, il laisse le poste d'Adelaide entre les mains de son assistant dont on ignore le nom. Le manager Wybert Reeve et l'opérateur ont en effet passé un accord pour l'exploitation d'un appareil Lumière et pendant quelques semaines le second va prendre en charge le cinématographe.

 adelaide 1897 02 02 cinematographe
South Australian Register, Adelaide, mardi 2 février 1897, p. 8.

Si plusieurs motivations le conduisent à revenir à Sydney, il est permis de penser que la récupération d'un troisième cinématographe Lumière pourrait être l'une d'elles. On conserve en effet, dans son Carnet de compte, une trace de cet appareil qui est prévu pour étendre davantage l'exploitation du cinématographe en Australie.

sestier marius 1897 3e appareil
Marius Sestier. Carnet de compte.

La présence de Marius Sestier à Sydney est attestée puisqu'il participe à une soirée de bienfaisance en présence du consul général M. Biard d'Aunet :

AMUSEMENTS.
LUMIERE CINEMATOGRAPHE— BENEFIT EXHIBITION.
There was a crowded audience, mainly composed of French residents, at the Lumiere Cinematographe yesterday afternoon, when a special exhibition was given in aid of the French Benevolent Society and the French library of this city. The exhibition was under the patronage of M. Biard d'Aunet, Consul-General for France, who was present with a party. The distinguished visitors were received by M. Marius Sestier, who is the sole representative for the Lumière Cinematographe. A special programme of some 20 pictures had been prepared for the occasion and the wonderful appliance was seen at its very best. An observable feature of the Lumiere is its wonderful clearness and steadiness, which enables the minutest details of the most thronged and animated picture to be seen with the greatest case. Some of the new pictures, which recently, arrived by the R.M.S. Polynesien, are beautiful in the extreme, and these were yesterday shown, along with many old favorites which every audience now looks for. Among the latter are the arrival of the steamer Brighton at Manly, as- seen from the Corso, and the ever-amusing "Baby's Quarrel." The newer pictures include a coronation procession at Buda Pest, a charge and other manoeuvres by the French Seventh Cuirassiers, scenes of the Czar's visit to Paris, Spanish Artillery under arms, and bathing at Manly. The exhibition yesterday was thoroughly enjoyed and must have resulted in substantial gain to the French organisations, for the benefit of which it was given.


The Daily Telegraph, Sydney, vendredi 15 janvier 1897, p. 3.

Ce même jour, 14 janvier, il retire une somme d'argent auprès de The Bank of New South Wales (Expedit hors rayons). Marius Sestier et son épouse retournent à Adelaide, probablement en train avant de poursuivre leur voyage par la mer. Ils figurent, en effet sur le registre des passagers de l'Oceana, qui a quitté Sydney le 18 janvier 1897. Ils ont embarqué à Adelaide d'où repart l'Oceana, le mercredi 27 janvier, à destination d'Albany. Les listes de passagers publiées dans la presse locale mentionnent "Mr and Mrs Lester" coquille probable sur le patronyme de l'opérateur, également nommé parfois "Lestier". Le couple arrive à Albany le dimanche 31 janvier 1897..

Australie Occidentale (1er février-30 mars 1897)

Muni du troisième cinématographe, l'opérateur va pouvoir inaugurer les séances à Perth, capitale de l'état d'Australie occidentale. Si sur le Carnet de compte, figure la mention "Perth : 6 Fev. start = samedi", la presse indique cependant que la première séance du cinématographe a lieu le 1er février :

THE LUMIERE CINEMATOGRAPHE
The announcement that the new cinematographe would receive its initial production in Western Australia last evening attracted an enormous attendance to the Olde Englishe Fayre.


The Daily News, Perth, mardi 2 février 1897, p. 3.

Le Carnet de compte comporte probablement quelques approximations dues sans doute à une transcription parfois décalée des données. Ainsi, la fin des séances est signalé le 27 février, même si la presse indique que la dernière séance a lieu le 29 février :

THE FAYRE.
There are to be only two more nights of the Lumiere Cinematographe at the Olde Englishe Fayre-to-night and Monday evening next. The usual first part of ballad singing, 6c., and the specialty second part sensation stream are all that could be desired by the most exacting. To-morrow evening a sacred concert is to be given; while of Eastern colony attractions to shortly arrive and fellow the wonderful Banvard Family, mention may be made of the Lucifers and Miss Daisy Chard.


The Daily News, Perth, samedi 27 février 1897, p. 5.

Après la fin des séances à Perth, Marius Sestier va parcourir l'état d'Australie-Occidentale en se rendant à Coolgardie et à Kalgoorlie. Dans ces deux villes, des séances cinématographiques vont être organisées, mais ce qui est plus significatifs c'est que Marius Sestier va prendre quelques vues comme cela est indiqué dans son Carnet de compte : "Dep[art] a Coolgardie pour vues" et idem pour Kalgoorlie.

sestier marius 1897 3e appareil
Marius Sestier. Carnet de compte.

La presse vient confirmer que des essais de tournage ont lieu effectivement comme on peut le lire dans l'article suivant :

A novel experience in photography was afforded to the many visitors to the Great Boulder mine on Wednesday afternoon. This was the taking of a series of pictures for reproduction in the cinematograph. The view taken was the main shaft, with the cages ascending and descending, and the visitors, being stationed on the landing stage at the top of the poppets, walked down the steps and across to the mine office, where the instrument was placed in position. ln all about forty ladies and gentlemen took part in the promenade, and, as the view showing the action of raising the ore to the surface and the crowd descending from the landing stage is to be exhibited at the Empire in London, English audiences will probably form an erroneous idea of the manner in which, the employés of the big mine go to work. The film on which the views is taken passes quickly automatically across the camera to secure the effect of continuity, and no doubt the view showing the working of the mine will be looked at with interest by English investors. Unfortunately, the day was too dull to enable the battery at work to be taken, but if bright weather prevails to-day this scene, showing how the gold is extracted from the ore, will probably be obtained.


Kalgoorlie Miner, Kalgoorlie, jeudi 11 mars 1897, p. 2.

L'information est confirmée dans un autre journal : 

Some cinematographic pictures of the Great Boulder have been taken for exhibition in London.


The Golden Age, Coolgardie, jeudi 11 mars 1897, p. 2. 

De retour à Perth, les séances vont reprendre pendant une dizaine de jours. Marius Sestier quitte la ville pour se rendre à Albany d'où il embarque le 2 avril 1897 à bord du "Rome" qui accoste à Adelaide trois jours plus tard :

ARRIVED-[...] APRIL 5
[...]
ROME, R.M.S. (P. & O. line), 3,534 tons, A. B. Danieli, from London February 26, Gibraltar March 2, Malta 6th, Brindisi 8th, Said 10th, Suez 11th, Aden 15th, Colombo 22th, Albany April 2. [...] Passengers for Adelaide: [...] From Albany-Mr. and Mrs. Sestier.


Chronicle, Adelaide, samedi 10 avril 1897, p. 5. 

Nouvelle-Galles du Sud (10 avril-19 mai 1897)

Le couple poursuit son voyage jusqu'à Sydney où il arrive le samedi 10 avril :

Arrivals
April 10.
R.M.S. Rome, P. and O. Company's line, 5545 tons, Captain A. B. Daniel, from London 20th February, via usual ports. Passengers-[...] From Melbourne [...] Mr. and Mrs. Sestier.


The Sydney Mail and New South Wales Advertiser, samedi 17 avril 1897, p. 848.

Le lundi 12 avril 1897, Marius Sestier est l'un des invités du banquet offert à Mr. D. O'Donovan à l'occasion de sa Légion d'Honneur. Parmi les convives se trouve E. Boivin, secrétaire du Consulat et frère de Georges Boivin qui peu après va exploiter un cinématographe Lumière, probablement l'un des trois appareils dont dispose Marius Sestier. 

Au cours des semaines qui suivent, nous ne disposons d'aucune information concernant Marius Sestier et son épouse. Après huit mois, Marius Sestier et son épouse quittent l'Australie et embarquent, à Sydney , à bord du Polynésien, le 19 mai :

PASSENGERS BY THE FRENCH MAIIL STEAMER POLYNESIEN.
The following passengers have been booked by the French mail steamer Polynesien, which sails from Circular Quay at 1 p. m. to-day for Marseilles via ports:-
For Marseilles. [...] Mr. and Mrs. M. Sestier.


The Daily Telegraph, Sydney, mercredi 19 mai 1897, p. 11.

Après une halte à Melbourne, le 22 mai, le Polynésien fait route vers Marseille où il arrive le 23 juin 1897.

Et après... (1897-1928)

Dès 1899, Marius Sestier est directeur commercial du Laboratoire Lumière, cours de la Liberté, 9 (Lyon) où il figure encore en 1901. Il commercialise les produits inventés par Auguste Lumière qui, n'étant pas lui-même pharmacien, n'est pas autorisé à le faire.

En mai 1904, il est élu conseiller à Sauzet à l'occasion des élections municipales sur la liste républicaine radicale-socialiste et il publie une lettre à ses concitoyens à l'occasion de l'élection du conseil d'arrondissement :

Marsanne. — Election au conseil d’arrondissement du 31 juillet. — M Sestier, candidat désigné par le comité cantonal radical-socialiste, adresse l’appel suivant aux électeurs :
Chers concitoyens,
Le congrès des délégués des comités républicains du canton adhérents à la Fédération, tenu le 17 juillet à Marsanne, m’a fait l’honneur de me désigner à l’unanimité pour défendre le drapeau de la démocratie à l’élection du conseil d’arrondissement du 31 courant ; mon devoir était d’accepter Je l’al fait d’autant plus volontiers que ce choix, librement consenti, émanait exclusivement des organisations républicaines du canton et avait un caractère de protestation contre un système de désignation surannée et antidémocratique violant les bases du suffrage universel.
Républicain d’origine, de vieille souche, vous le savez tous, je me placerai toujours à l’avant garde du parti, marchant avec ceux qui ont pour mission de déblayer la voie démocratique afin d’y faire pénétrer un peu plus de justice sociale, de bonté, d’égalité et de solidarité.
Avoir constamment pour but de réprimer les abus, de faire aboutir les réformes fiscales et judiciaires, soutenir et encourager le gouvernement dans la lutte en faveur de l’esprit laïque contre le cléricalisme. Tel est mon programme.
Pour ce qui est des intérêts de notre canton; je m’inspirerai de vos besoins et m’appliquerai dans le cercle des attributions qui me seront dévolues; à l’amélioration progressive et constante de tout ce qui touche au bien public:
Si, comme je l’espère, vous m’accordez vos suffrages, soyez assurés, chers concitoyens, que vous trouverez en moi un homme dévoué et toujours prêt à vous être utile, un républicain sincère qui sera toujours en avant aux côtés de ceux qui veulent la République avec tout ce qu’elle comporte de réformes sociales et démocratiques.
Aux urnes, pas d’abstentions.
Vive la République démocratique et sociale !
Marius Sestier, propriétaire, pharmacien, conseiller municipal de Sauzet.


Le Progrès, Lyon, lundi 25 juillet 1904, p. 3.

Grâce à des documents personnels de Marius Sestier, on sait qu'il est membre d'une loge maçonnique, probablement le Grand Orient de France, sans doute depuis 1905.

sestier marius 1905 maçon
Marius Sestier. Liste de membres de la loge maçonnique

Sur ce document figurent également Auguste Lumière, Jean-Marie Pradel... En 1906, il devient Président de la 381e société de secours mutuels. Ses activités de pharmacien ne l'empêchent pas de continuer à avoir des activités photographiques :

Sauzet.-Echo de la fête.-M. Marius Sestier a fait don d'un certain nombre de vues photographiques de la dernière cavalcade, souvenir précieux de cette magnifique fête républicaine. Tous nos remerciements sincères.


Le Progrès, Lyon, mardi 20 juin 1905, p. 3.

En 1906, il est fait officier d'Académie (Journal officiel, 29 janvier 1906) alors qu'il est recensé à Sauzet. En 1911, il est recensé 186, avenue de Saxe (Lyon 3e), mais il a toujours sa pharmacie (9, cours de la Liberté) en 1920.​

sestier marius produit pharmaceutique 01