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- Mis à jour : 22 novembre 2025
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Alexandre PROMIO
(Lyon, 1868-Asnières, 1926)

Jean-Claude SEGUIN
Peu de trace du séjour en Algérie, mais un seul élément journaliste qui nous permet de nous assurer de la présence du cinématographiste qui, tout en prenant des vues, organise également des séances :
Ce soir, aux Nouveautés, dernière représentation de Monsieur le Directeur et de Le Remplaçant ; entre les deux pièces, projections du Véritable Cinématographe Lumière, faites par M. Promio, ingénieur de la Maison Lumière. Pendant la soirée, l'admirable orchestre espagnol se fera entendre.
La Dépêche algérienne, Alger, 19 décembre 1896, p. 3.
Alger d'abord, Tlemcen ensuite... Alexandre Promio rapporte de ce voyage une dizaine de vues qui comblent, sans aucun doute, les spectateurs en mal d'exotisme. Plusieurs semaines, de la fin 1896 au début de 1897, manquent à l'appel. Où se trouve alors le cinématographiste ? Aucune information connue ne permet de savoir s'il est rentré à Lyon ou si, au contraire, armé de son cinématographe, il tourne ici ou là.
Voyage en Égypte et en Grande Turquie (mars-avril 1897)
Ce n'est que quelque temps plus tard, que nous le retrouvons, toujours à la recherche de nouveaux sujets pour son appareil. C'est vers les mois de mars et avril 1897 qu'il parcourt l'Égypte et la " Grande Turquie ". Difficile de dire où commence ce voyage, et même de savoir s'ils n'ont font qu'un. Il semble toutefois qu'il se soit d'abord rendu en Égypte où il est localisé au début du mois de mars :
L'Égypte dans le cinématographe. Demain arrivée par le bateau français de M. Promis [sic] le premier photographe de la maison Lumière à Lyon. M. Promis est présent pour prendre des vues égyptiennes qui seront projetées plus tard avec le Cinématographe. M. Dello Stogolo [sic] a été chargé d'accompagner monsieur Promis durant son séjour en Égypte.
La Réforme, Alexandrie, 8 mars 1897.
Dello Strologo est chargé de l'accompagner. Dès le lendemain, en effet, Alexandre Promio est à pied d'oeuvre :
M. Promio le premier ingénieur de maison Lumière à Lyon arrive aujourd’hui et il va photographier dès demain après-midi à deux heures et demie la station Choteuz [sic] (la ligne Ramleh), l’arrivée du train de San Stefano en direction d’Alexandrie.
La Réforme, Alexandrie, mardi 9 mars 1897.
La station de chemin de fer "Schutz" se trouve en effet sur la ligne de Ramleh et Promio tourne la vue Arrivée du train de Ramleh. Puis quelques jours après, c'est Le Caire qui reçoit sa visite :
M. Promio, le premier photographe des vues animées, est venu au Caire prendre quelques vues.
El Akhbar, Le Caire, vendredi 12 mars 1897.
Il va copieusement filmer les deux villes et le Nil. Pas moins de 35 vues égyptiennes figurent au catalogue. Si Alexandre Promio cède à la mode de l'exotisme et de l'orientalisme, il capte aussi, en vrai reporter, le départ du Tapis sacré pour La Mecque, lors de la célèbre procession qui, cette année-là, a lieu le 26 mars 1897. Le Tapis sacré qui vient de Constantinople continue sa route jusqu'à La Mecque. De ces vues, il faut également retenir les multiples panoramas du Nil qui constitue une forme de métrage long, comme les différents plans d'un même film. Son séjour se prolonge peut-être quelques jours au-delà du 26 mars, jour de la procession du Tapis Sacré, événement également tourné par Henry William Short, envoyé par le britannique Robert W. Paul.
Lorsque Alexandre Promio se rend en Turquie, c'est un pays aux contours parfois flous et instables qui s'étend sur une bonne partie de l'actuel Moyen-Orient. Le souvenir qu'il en garde est plutôt mitigé :
J’ai peu à dire de mon voyage en Turquie, si ce n’est la très grande difficulté que j’eus pour introduire mon appareil de prise de vues. À cette époque, dans la Turquie d’Abdul-Hamid, tout instrument muni d’une manivelle était suspect ; il fallut faire intervenir l’ambassade de France et puis aussi quelques pièces de monnaie adroitement oubliées dans la main de quelque fonctionnaire, pour obtenir libre entrée. Je pus enfin opérer à Constantinople, Smyrne, Jaffa, Jérusalem, etc.
G.-M. Coissac, op. cit., p. 196-197.
Le témoignage du cinématographiste est d'autant plus intéressant si on le compare à celui de Louis Janin qui va se retrouver quelques semaines plus tard confronté au même problème d'accès au pays et à l'expérience similaire de Victor Continsouza en 1898-1899. L'itinéraire que suggère Alexandre Promio - de Constantinople à Jérusalem - semble se justifier dans la mesure où Istanboul est la porte d'entrée de la " Grande Turquie ". Si nous en croyons donc le cinématographiste, il va ainsi descendre de Constantinople à Jérusalem. Ce voyage va lui permettre de prendre un nombre impressant de vues, dont certaines font preuve d'un réel sens artistique, ainsi ce Départ de Jérusalem en chemin de fer (Panorama) Même si le regard de cet Occidental reste conforme à celui d'un homme du XIXe siècle, on a le sentiment que dans ces contrées, hors de la colonisation française, l'observation est moins "orientaliste" et plus conforme à ces vues tournées aux États-Unis, plus "naturelles". Le catalogue Lumière va s'enrichir de 23 nouvelles vues de Jaffa, Jérusalem, Bethléem, Beyrouth, Damas, Constantinople, outre deux vues militaires dont les spectateurs de l'époque sont friands.
Alexandre Promio revient à Constantinople pour embarquer sur la Gironde des Messageries maritimes :
Sont partis hier par la Gironde des Messageries maritimes: Tahsin bey. M. F. Gouteland. M. Tarnery. M. et Mme Olivier, pour Smyrne; Mme Moses, M. Godfrey, M. Royer. M. Promio et M. Romien, pour Marseille.
Istanboul, Constantinople, 9 avril 1897, p. 4.
Nouveaux voyages en Europe (mai-octobre 1897)
Belgique (<3> mai 1897)
Alexandre Promio va repartir et multiplier les séjours dans différentes contrées européennes, au gré d'événements importants, exposition, jubilés, voyages officiels... : " Le voyage suivant eut lieu en Belgique, puis en Suède. " (Coissac, op. cit., p. 196) La proximité de la Belgique aurait pu en faire l'un des premiers pays cinématographiés, mais il faut attendre le printemps 1897 pour que le premier opérateur Lumière vienne y tourner quelques vues. Si le corpus comporte quelques panoramas, il est également composé de vues " descriptives " d'Anvers et de Bruxelles. La présence du cinémagraphiste est signalée dans la presse bruxelloise :
NOS VISITEURS
Voici la liste de quelques-uns de nos visiteurs du 2 mai :
[...]
Alexandre Promio, rédacteur scientifique du "Progrès" de Lyon.
Le Petit Bleu de l'Exposition, 3 mai 1897, p. 2.
Le voyage es probablement lié à l'exposition de Bruxelles dont l'inauguration, prévue le 24 avril, n'a lieu que le 10 mai. La catastrophe du bazar de la Charité, le 4 mai, a-t--elle une incidence sur cette tournée européenne ?
Suède (<20> mai 1897)
À la suite de son bref séjour en Belgique, le cinématographiste se rend en Suède, profitant de l'Exposition des Arts et de l'Industrie, le long de la Strandvagën, qui est inaugurée le 15 mai 1897. La presse locale indique qu'Alexandre Promio est descendu au Grand Hôtel :
Resanderegister
(Se N:ris 9-12.)
[...]
Promio, Alexandre, ing., Lyon, Grand Hotel.
Nordens Expositionstidning, 20 mai 1897, p. 6.
De ce nouveau voyage, Promio a conservé quelques souvenirs :
À Stockholm, l’inauguration de l’Exposition fut faite solennellement par le roi Oscar, à onze heures du matin. Dans les laboratoires de M. Numa Peterson, je développai, dans deux seaux, le négatif que j’avais impressionné pendant la cérémonie ; je le séchai rapidement et tirai un positif, développé et séché dans les mêmes conditions. Ainsi je pus projeter, à 7 heures du soir, devant le souverain étonné et ravi. La réversibilité de l’appareil Lumière pouvait seule permettre cette petite surprise.
G.-M. Coissac, op. cit, p. 196.
On retiendra ici la dextérité de Promio qui en un seul jour est capable de filmer, développer et projeter le film où figure le souverain suédois. Il s'attarde par ailleurs sur la reconstitution du "Vieux Stokholm", où il tourne Une bataille dans le vieux Stockholm, où deux hommes en costume historique se querellent afin que des gardes ne viennent les séparer. Promio a-t-il organisé cette "bataille" ou s'est-il contenté de filmer une scène ? On lui doit également des panoramas dont il maîtrise la technique désormais. La presse locale évoque la présentation de vues cinématographiques :
Längre fram korsas Smedjegatan af Sankt Lars gränd, nuvarande Storkyrkobrinken, med det gamla Draketornet, i hvilket kung Gösta lät inspärra fangar, som icke fingo rum i slottsfängelserna, men der man nu kommer att fá skåda helt underliga ting bland annat en kinematograf med rörliga bilder från lifvet i det "Gamla Stockolm".
Jemtland, Östersund, jeudi 22 mai 1897, p. 3.
Grande-Bretagne (<20-22> juin 1897)
Alexandre Promio continue son marathon cinématographique européen et se rend en Grande-Bretagne à l'occasion du jubilé de la reine Victoria qui a lieu du 20 au 22 juin 1897. Il est probable qu'il ait tourné, en outre, plusieurs des vues présentées à Lyon au cours des semaines suivantes. À la fin du mois de juillet, un nouvel appareil est présenté à Londres, il s'agit du "Triograph" Lumière. En réalité, ce n'est qu'un cinématographe adapté aux perforations Edison. Le 31 juillet, l'appareil inaugure des séances au Washington Music Hall sous la houlette de George Francis, alors que les propriétaires de plusieurs music-hall, MM Moss et Thornton, sont les promoteurs du nouvel appareil Lumière. Alexandre Promio a-t-il eu un rôle dans la diffusion ou l'exploitation du "Triograph" en Angleterre ? Rien ne permet de l'affirmer.
Vues historiques et scènes reconstituées ([juillet] 1897)
C'est avant son voyage en Russie, qu'Alexandre Promio va tourner toute une série de films à Paris. Ce sont des vues historiques ou des scènes reconstituées ce qui apporte une nouveauté au catalogue Lumière. Sur la capitale, c'est Mme Lafont, directrice du Grand-Café et du Cinéma de la Porte St-Martin, qui supervise les choses. Il semble que ce soit Georges Hatot et Gaston Breteau qui suggèrent le tournage de vues historiques. L'un des administrateurs de la Société, M. Lelièvre, va encourager le projet :
L'idée initiale était d'animer les tableaux du Louvre. Hatot et Brotteau, pour un prix forfaitaire de X... francs par film, 800 frs pour Les Dernières Cartouches, apportaient le sujet, les acteurs, la mise en scène, le jeu, les décors, les costumes. Mme Lafond donnait l'opérateur, la pellicule, les développements. Les décors venaient du Concert des Fantaisies Nouvelles. Les acteurs étaient embauchés dans les cafés de la Porte St. Martin. Hatot et Brotteau qui s'étaient fait un nom furent sollicités eux-mêmes conditions par Jolly, Normandin.
Cinémathèque Française, Georges Hatot : notes pour la CRH, p. 2.
L'ensemble des films historiques est ainsi tourné avant le départ d'Alexandre Promio pour la Russie.
Russie (23-26 août 1897)
À peine quelques semaines plus tard, en plein été, il est du voyage du président de Félix Faure, entre le 23 et le 26 août 1897, et va filmer son séjour en Russie. La presse va suivre cette nouvelle manifestation de l'Alliance entre les deux nations. On a conservé quelques informations personnelles relatives à Promio. La première a à voir avec l'arrivée du président au débarcadère de Peterhoff:
Désigné pour faire partie de la suite du président Félix Faure lors de sa visite au tsar Nicolas II, il [Alexandre Promio] reçoit du chef de l’État français une demande de renseignements sur la place qu’il compte choisir au débarcadère de Peterhoff, le président tenant à passer à bonne distance de l’objectif. Ayant situé à peu près l’emplacement, il tourna au moment précis où Félix Faure et le tsar débarquaient. Un dessin de Hermann Paul reproduit la scène, et, en guise de légende, il inscrivit ces mots : " F.F. au tsar : un peu de côté s.v.p., à cause du cinématographe."
G.-Michel Coissac, Le Monde illustré, Paris, 25 avril 1925, p. 318.

Paul Hermann, "Sur la jetée de Peterhof", Le Rire, 18 septembre 1897.
Nous avons la chance, par ailleurs, de pouvoir disposer du témoignage direct d'un autre opérateur, Marius Chapuis, qui évoque à sa sœur la présence de son ami Paul Decorps à Saint-Pétersbourg. Au détour d'une phrase, il parle des difficultés liées au mauvais temps :
Que voulez-vous photographier quand il pleut, du reste beaucoup étaient dans les mêmes conditions qu’eux : Promio était là-bas avec un appareil. Il n’a pas eu de chance lui, Decorps lui a vu prendre 2 vues, les 2 bandes ont cassé. Notre ex-collègue de Pétersbourg, Mathieu prenait des vues aussi. Lui est toujours à Pétersbourg.
Marius Chapuis, Lettre, Kiev, 1 septembre 1897 (fonds Génard)
La revue de Saint-Pétersbourg a lieu le 25 août 1897 et le cinématographe Lumière est bien là pour fixer l'événement sur la pellicule.

"Photographes et journalistes pendant la Revue"
Le Panorama, Les Fêtes de l'Alliance [1897].
S'ensuit le déjeuner au restaurant Contant où sont invités les journalistes dont Alexandre Promio, le troisième à partir de la droite, sur la photographie ci-dessus :

"La Presse française au restaurant Contant". 25 août 1897.
Le Président de la République, les fêtes de l'Alliance
© Le Panorama, 1897
Vues historiques et scènes comiques (août/septembre 1897)
La maison Lumière a demandé à Alexandre Promio et à son l'équipe de reprendre les tournages parisiens et de se lancer dans la réalisation de scènes comiques comme le rappelle Georges Hatot :
Quand on a fait ces trois films-là, c'est Messieurs Lumière qui les avaient reçus. Cela leur a beaucoup plu. Lumière a dit : " Dites-leur de faire du comique ". J'ai donc tourné : " les colleurs d'affiches ", " Les Tribulations d'une concierge ", " L'Infirmerie au régiment ", et là Lumière m'a fait dire : " nous allons passer par Paris. Je vais voir vos baladins " avait-il dit à Madame Lafond. Nous allons attendre le retour de Bromiaud [Promio] qui était en Russie ? Quand Bromiaud (Promio) est arrivé, il disait "on tourne demain ". Je lui répondis : " non, après-demain " Moi, il m'en faut. Faites en trois, quatre tous les jours. Nous ne demandions que cela parce ça nous rapportait. On tapait là dedans.
Cinémathèque Française, Les Débuts du Cinéma, Souvenirs de M. Hatot, 15 mars 1948, p. 17.
Les souvenirs d'Hatot montrent que Promio, à son retour de Russie, va tourner plusieurs autres films, mais que les acteurs participent également à la mise en place des vues. D'autres sources, de Guillaume-Michel Coissac, permettent de compléter l'information relative à ces vues :
Tandis que Promio rentrait en France auréolé et qu’il s’apprêtait à tourner pour le compte des frères Lumière, des bandes composées, cela dans un terrain vague des Buttes-Chaumont, avec des décors loués chez Jambon : Les Dernières Cartouches, un combat sur la voie ferrée, des scènes de la Passion, etc., etc.
G.- Michel Coissac, Le Monde illustré, p. 318.
Dans son histoire du cinéma, l'historien complète brièvement l'information :
Promio [...], à peine rentré de sa légendaire randonnée à travers le monde avec son poste Lumière, exécuta pour le compte de cette maison la Prise de Pékin - une des premières mises en scène - dans un terrain vague des Buttes-Chaumont, avec des figurants et des canons empruntés à l’ancien Hippodrome.
COISSAC, 1925: 422.
Le film Les Dernières Cartouches date bien de septembre 1897 comme l'écrit Georges Hatot à Henri Langlois. Quant à La prise de Pékin, il ne figure pas au catalogue Lumière. Trop d'imprécision qui ne permettent pas de savoir avec certitude les conditions de tournage et les rôles respectifs des deux hommes.
Grande-Bretagne et Irlande (<17 septembre-> 21 octobre 1897)
Si Alexandre Promio s'est déjà rendu au Royaume Uni, notamment en juin 1897 à l'occasion du jubilée de la reine Victoria, il faut attendre le mois de septembre de la même année pour le voir organiser un véritable circuit en Grande-Bretagne et en Irlande dont il va prendre une quarantaine de vues animées. Nous le retrouvons, à Londres, le 16 septembre, lors d'une soirée donnée à l'Hotel de Nice (6 Rupert Street) par George Francis, exploitant du "Triograph" qui n'est rien d'autre qu'un cinématographe Lumière adapté au format Edison. Parmi les invités, on trouve Alexandre Promio qui, outre ses activités de cinematographiste, va faire montre de ses talents de musicien :
A most pleasant little function was enacted yesterday, when a select party sat down to lunch at the Hotel and Restaurant de Nice, Rupert Street, at the invitation of Mr. George Francis, of animated photography fame. The proceedings were entirely of a private and social character, and those who partook of Mr. Francis's hospitality were Messrs. Torn Maltby, A. Thiodon, Chris. Davis, Fred Law, Rhodes, sen., Alexander Promio, and our Enthusiast. After the luncheon M. Promio sat down to the piano, and first as a siffleur, and afterwards as an imitator of various instruments, proved himself a most charming and capable performer.
Music Hall and Theatre Review, Londres, vendredi 17 septembre 1897, p. 10.
Il quitte Londres peu après et arrive à Liverpool où il prend, à bord de l'Overhead Railway, plusieurs panoramas de l'estuaire de la Mersey. Cette ligne ferroviaire aérienne a été inaugurée en 1893 et permet à l'opérateur de saisir les activités industrielles et maritimes du port de la ville anglaise. De Liverpool, il se rend à Dublin où il va solliciter la brigade des pompiers de la ville qui, sous les ordres du capitaine Purcell, va se prêter de bonne grâce aux demandes du cinématographiste qui souhaite prendre sur le vif quelques vues de manœuvres diverses. Pour ce faire, Alexandre Promio installe son appareil sur l'une des fenêtres du College of Surgeons qui donne sur le St. Stephen's Green. La presse locale détaille le tournage qui a lieu le mercredi 22 septembre :
THE FIRE BRIGADE AND THE CINEMATOGRAPH
Yesterday the members of the Fire Brigade gave a novel display in Stephen's green. The object of the turn-out was that a cinematograph picture of the Brigade in action might be obtained by the directors of the Star Theatre Company for public exhibition. The Brigade appeared on the scene in three vehicles, with a steam engine and a fire escape. The apparatus for securing the cinematograph view was worked from one of the windows of the College of Surgeons, and the firemen on arrival in front of that institution proceeded to bring their operations to bear upon a "make believe" fire. A hose charged with water was employed, and as there is a strong public demand for the introduction of diverting incidents into cinematograph displays care was taken to put a dash of fun into the picture. By arrangement, two employed of the Star Theatre wearing tall hats rushed across the street as the men were playing the hose. The firemen turned the hose against the tall-hated couple, but at this stage the fanny incident by a curious touch of nature was made far funnier than was contemplated. Superintendent Laracy arriving on the spot at this moment, and not being "in the know," took a serious view of the situation, and was about to arrest the two firemen who had been too free with the hose. Captain Purcell, however, assured the Superintendent that the incident, instead of being, as he had imagined, a wanton attack upon unoffending citizens, was merely intended as "a source of innocent merriment," which at once set matters right. The whole affair caused a great deal of amusement to a considerable crowd.
Dublin Daily Express, Dublin, jeudi 23 septembre 1897, p. 7.

Dublin. St. Stephens Green & College of Surgeons (c. 1903).
Au catalogue figurent également quelques autres vues animées de Dublin et de ses alentours. Il se rend ensuite à Belfast où il tourne des vues générales, puis reprend la ligne de chemin de fer qui va le conduire à Dunmurry, Lisburn, Lurgan puis de Drogheda à Kingstown et dont il capte de nombreux panoramas. Il retourne ensuite en Angleterre où, lors d'une soirée privée, le 21 octobre, il présente un programme composé de vues britanniques dont il est l'auteur :
The possibilities of animated photographs would seem to be endless, and this fact was impressed upon us by a private exhibition given by M. Promio, of the celebrated firm of Lumière, at Gatti's (Road), on Thursday, when a number of views of English and Irish subjects were shown for the first time. These photographs, we were given to understand by Mr George Francis, who acted as cicerone, were taken for Messrs Moss and Thornton, the eminent firm of music hall proprietors, and will be shown on their circuit in England, Scotland, and Ireland. Many of the scenes were panoramic, being taken from a moving object. In this way we were shown some capital views of the Mersey and Liverpool Docks, photographed from the Overhead Railway. Some good scenes in Dublin included the O’Connell Bridge and Sackville-street, and pictures full of fine animation and real activity were supplied by the Dublin Fire Brigade getting to work and a company of cavalry exercising over hurdles. The Audience was also shown the scenery of Blackrock, the country round Drogheda, a street in Belfast, and other places of interest. A selection only of the numerous pictures will be given, and the exhibition should certainly be an attraction, as the vibration which has hitherto been the bête noire of animated photographs is conspicuous by its absence in the Triograph.
The Era, Londres, samedi 23 octobre 1897, p. 19.
Ce voyage marque sinon un terme, tout au moins, une étape dans la carrière de Promio. De juin 1896 à octobre 1897, il a parcouru le monde de façon frénétique, sans s'accorder beaucoup de haltes. Désormais si ses activités ne semblent pas fléchir, il semble malgré tout que le rythme ralentit.
Les vues maritimes (février-avril 1898)
À partir d'octobre 1897, ses voyages deviennent moins fréquents et la cause en est peut-être les changements dans sa vie familiale et la naissance de sa fille Louise Alexandrine, le 20 août. Désormais les séjours sont plus brefs et plus espacés. En février 1898, il va prendre une nouvelle série de vues à bord du prestigieux navire Le Formidable. Le capitaine de vaisseau Constantin envoie, le 8 février 1898, un courrier aux frères Lumière où il rend compte de l'accueil qui est fait à Alexandre Promio pour prendre des vues à bord :
Messieurs
Au nom du vice-amiral, Commandant en chef l’escadre de la Méditerranée, et du comité du bal du 19 février, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien agréer nos sincères remerciements pour le précieux concours que vous daignez nous donner gracieusement, par des séances de cinématographe, dont notre fête recevra un éclat imprévu.
Les bandes, que monsieur Promio prend à bord, augmenteront, sans doute, la riche collection de vues que votre merveilleux appareil a déjà enregistrées.
D’après l’ordre du v. amiral, Monsieur Promio trouve, sur le Formidable, toutes les facilités possibles pour l’accomplissement de sa mission.
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien agréer, l’assurance de ma haute considération et de mon dévouement.
(Fond Génard).
Et en effet, au cours du bal donné le 19 février, de nombreuses vues sont projetées afin d'agrémenter la soirée et le cinématographe connaît, à cette occasion, un franc succès. (Le Petit Niçois, Nice, 20 février 1898, p. 1.)
Quelques semaines plus tard, Alexandre Promio se rend en Autriche-Hongrie afin de tourner quelques vues des manœuvres de la marine autrichienne. Grâce à un article très détaillé du Bulletin du Photo-Club de Paris, nous connaissons par le menu, les différents aspects de ce voyage :
Le Cinématographe français à l'Exposition jubilaire de Vienne. - Le Comité de l'Urania, théâtre de vulgarisation scientifique, vient de traiter avec MM. Lumière, de Lyon, pour la prise de quelques vues nautiques qui ont été relevées la semaine dernière à Pola et à Sebenico, sous la direction de M. Rottauscher de Malata, capitaine de frégate en retraite. Cet officier avait pris rendez-vous à Pola avec M. Promio, venu de Lyon tout exprès pour photographier les scènes indiquées par M. Rottauscher. Le programme, grâce au concours très empressé de M. de Sambuchi, capitaine de frégate, qui avait pris le commandement des manœuvres navales à Sebenico, a pu être exécuté sans aucune contrariété par un temps favorable. On a pris une quinzaine de négatifs, parmi lesquels on me signale les suivants : 1. Torpilleur en marche, lançant une torpille. 2. Canot de débarquement ; coup de canon ; les hommes rentrent les avirons, sautent à l'eau, se déploient en tirailleurs, ouvrent le feu et simulent une attaque à la baïonnette hjnmk ; on débarque le canon. 3. Pont d'un bâtiment. Défense contre un torpilleur. 4. Sebenico. Entrée d'un brick, toutes voiles dehors. Serrage des voiles. Mouillage. 5. On hisse le grand pavois. Les hommes montent, se rangent sur les vergues et crient hourra ! 6. Mise à l'eau et armement d'un canot. 7. Diminuer les voiles par mauvais temps. Le bâtiment roule comme en pleine mer. 8. Régate de six canots. 9. Défilé des canots. 10. Danse nationale (Kolo). 11. Salut sur les haubans.
Les clichés, pris en grande rapidité, ont été emportés le même jour par M. Promio qui les développera à Lyon où on tirera les positifs qui seront expédiés à Vienne avec la plus extrême célérité. L'Exposition ouvrant le 7 mai et les scènes ayant été photographiées le 28 et le 29 avril, vous voyez qu'on n'a point perdu de temps, ni pour le voyage, ni pour les opérations du laboratoire de Lyon. Les négatifs ainsi obtenus dans l'Adriatique, seront la propriété de MM. Lumière ; les positifs acquis par le Comité de l'Urania, serviront aux projections que M. le Dr Brezina a déjà comprises dans l'intéressant programme des travaux de cet utile et nouvel institut de vulgarisation scientifique.
J'ajouterai que M. le Dr Edouard Suchanek, secrétaire aulique au ministère des Affaires étrangères et amateur photographe fort distingué, donne un concours actif au Dr Brezina. Il s'est chargé de la partie délicate du travail cinématographique, c'est-à-dire de la prise des vues animées. C'est aussi M. Suchanek qui relèvera les évolutions des aérostats captifs et autres. L'aimable diplomate aborde sa tâche avec une louable énergie.
J'apprends que M. Gaumont, de Paris, a bien voulu mettre à la disposition de cette même « Urania » un chronophotographe Demény, modèle de 35 millimètres, avec les bandes nécessaires, et que l'on utilisera cet instrument pour fixer cinématographiquement les principaux épisodes de la cérémonie d'ouverture de l'Exposition jubilaire, laquelle se fera en présence de l'Empereur, dans la Rotonde du Prater, le dimanche 7 mai.
Ainsi, ce sont deux instruments français qui retiendront et perpétueront le souvenir de l'œuvre grandiose, tentée et menée à bonne fin par le Dr Auspitzer et ses collaborateurs viennois.
F. Silas, Bulletin du Photo-Club de Paris, Paris, nº 88, mai 1898, p. 177-178.
Le retour très rapide du cinématographiste montre bien que désormais les séjours sont bien plus brefs. Encore faut-il dire qu'en quelques mois, Promio a parcouru le monde à un train d'enfer, nourrissant de façon spectaculaire le catalogue Lumière. Aucun autre opérateur n'a réalisé autant de tournage en aussi peu de temps.
La Passion (1898)
La Vie et Passion de Jésus-Christ représente l'un des projets les plus ambitieux que va conduire Alexandre Promio au cours du second semestre de l'année 1898. C'est un ensemble de 13 vues cinématographiques qui reprend les principaux épisodes de la l'existence du Christ. Il s'agit d'un véritable travail collaboratif où l'on retrouve, parmi d'autres, les figures de Gaston Breteau, Marcel Jambon, Lucien Nonguet et Jean Liézer qui a laissé, probablement, le seul témoignage sur les conditions du tournage :
Tenez ! Un jour, Lucien Nonguet, chef de la figuration à l'Ambigu, me demande : "Liézer, aujourd'hui, on a du soleil, il faudrait faire quelque chose de bien ; vous n'avez pas une idée pour employer le plus de monde possible ?" Je réfléchis un instant, et lui proposai de réaliser quelques scènes de la Passion. L'idée fut adoptée sur-le-champ et l'on se mit à tourner.
J'expliquai aux figurants, plus hétéroclites encore que de coutume, leurs rôles : "Souvenez-vous : c'est la Cène, vous rompez le pain, vous offrez la coupe, et vous dites : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.-Mais oui, reprenaient-ils d'un air entendu ; Ceci-z-est mon corps ! Ceci-z-est mon sang !"
Le cinéma par bonheur, n'avait pas d'oreilles, en ces temps primitifs.
Lorsque le Christ fut en croix, les deux larrons rivalisèrent d'ardeur : "Allons, hurlaient-ils au Divin Sauveur que je personnifiais, descends de ta croix, eh ! sergent de ville !" Vous voyez que les rôles étaient bien vécus !
Nous avions pris, pour compléter l'atmosphère, les décors d'une pièce biblique que l'on avait jouée à l'Ambigu.
À mon insu, cette même Passion, après avoir été ainsi réalisée pour Lumière, fut successivement vendue à Parnaland et à Pathé. Toutes ces firmes, chacune persuadée d'avoir l'exclusivité, en tirèrent un film ; d'où, un peu plus tard, le procès que je vous laisse imaginer !
Ce fut une des dernières fois que je tournai rue du Surmelin.
EMMANUEL, 1931: 3.
Dans la mesure où Gaston Breteau et Georges Hatot ont pris un engagement préalable avec Gaumont, ils se voient contraints, à l'automne, de tourner une nouvelle version de la Passion avec le Comptoir Général de Photographie.
Activités diverses (1898-1900)
Dans les années qui suivent, les activités cinématographiques d'Alexandre Promio marquent le pas comme le corrobore l'infléchissement de la production dont font état les catalogues. Au chapitre des décorations, c'est finalement le 22 janvier 1898 qu'il est nommé officier d'académie. Le dossier fait apparaître le rôle du député Fleury-Ravarin dans cette attribution :
M. Promio, employé de la maison Lumière, n'était pas compris dans ma dernière proposition. Il doit avoir obtenu les Palmes grâce à l'appui de M. Fleury-Ravarin.
Dossier « Alexandre Promio », Archives départementales du Rhône, série 1 M 300.
Il n'en reste pas moins un propagandiste du cinématographe et il apparaît dans des manifestations importantes comme l'Exposition des arts photographiques, à Rouen, en novembre 1898. Il y croise le " photographe des rois", Eugène Pirou et Léon Gaumont :
UNE PREMIÈRE EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE
LES "ARTS PHOTOGRAPHIQUES"
PAR M. LUCIEN BERTIN
[...]
Les Cinématographes.
En une autre causerie attrayante et précise, M. Haraucourt a présenté le cinématographe de Lumière. [...]
Des projections cinématographiques illustraient cette conférence. Elles nous firent assister au défilé de la garde descendante à Saint-James Palace, au départ pour la guerre d'un régiment turc, à une manœuvre de dragons russes, au saut de la rivière à l'école de Saumur, etc. Nous eûmes de l'émotion à voir la mer en furie se ruer sur les rochers et du plaisir à suivre les ébats des nageurs aux bains de Diane. Le succès de ces cinématographies, pour la plupart inédites, fut très grand et le public goûta fort ce spectacle.
Ce plaisir s'explique aisément, car il est multiplié de celui que nous prenons à une photographie quelconque. C'est, en plus de la forme, le mouvement et la vie. En outre, le choix très varié de bandes mises sous les yeux du public, leur intérêt propre ajoutait encore à celui d'un simple défilé de personnages. Pour la plupart, elles avaient été prises par M. Promiot, le distingué chef du service cinématographique de la maison Lumière, véritable reporter d'un genre spécial, ayant à peu près photographié dans tous les pays du monde, du Cap Nord aux bords du Bosphore, chez les Russes et chez les Sioux. Il n'est guère d'événement important qu'il n'ait cinématographié, la guerre turco-grecque, le jubilé de la reine Victoria, etc., et l'on peut concevoir, en un temps assez prochain, où le cinématographe adjoint à un phonographe remplacera le journal, nous permettant ainsi de suivre dans un fauteuil les péripéties d'une guerre ou d'un voyage présidentiel.
BERTIN, 1899: 98-99.
On lui doit, par ailleurs, un article sur une invention nouvelle, "Les fontaines à gaz" publié dans La Vie scientifique en janvier 1899. On le retrouve également, avec son épouse, parmi les invités du "Five O'Clock" du Figaro. Le couple mène une vie mondaine et l'épouse, Juliette, fait montre de son talent. En avril, elle est à la Bodinière. Dans un tout autre domaine, il s'intéresse aux cultures coloniales et participe aux séances organisées par le comité d'études de la ramie - également appelée "ortie de Chine" - dont il semble avoir une bonne connaissance:
M. Promio a constaté, à la suite d'essais, que le rendement de l'Urtica tenacissima était de quelques centièmes supérieur à celui du niveau; que sa résistance est près d'une unité plus forte, et que les filateurs du Nord lui témoignent une préférence marquée.
Revue des cultures coloniales, 3e année, Tome V, nº 43, 20 décembre 1899, p. 366.
La ramie est cultivée comme une alternative végétale à la soie.
Notre collègue M. Promio, qui connaît bien la question et a des relations dans le monde de la filature, quoique restant bouche close en ce moment, a de très intéressants résultats du travail en sec.
Revues des cultures coloniales, 4e année, Tome VII, nº 64, 5 novembre 1900, p. 656.
L'intérêt que porte Alexandre Promio à cette culture n'est sans doute pas étranger à des visées commerciales. Le comité souhaite, en outre, être présent lors de l'Exposition universelle de 1900 où il participe au premier congrès de la presse coloniale comme secrétaire-adjoint. A-t-il, comme l'a fait Gabriel Veyre pour l'Indochine, tourné des vues pour cet événement exceptionnel ou de l'Exposition elle-même ? Nous n'en avons pas de trace. Le couple se retrouve également, au restaurant Ronceray (Paris), à l'occasion du banquet de l'Association des Lyonnais. Quelques mois plus tard, Alexandre Promio est également présent au Congrès International de Photographie qui se tient dans le cadre de l'Exposition, en juillet 1900.
Les Funérailles de la reine Victoria (février 1901)
Au fur et à mesure des mois, le nombre de films tournés se réduit, exception faite des vues d'actualité qui dominent très nettement les années 1901-1904. Parmi tous ces événements, il ne fait pas de doute que les Funérailles de la reine Victoria es un moment essentiel de l'histoire du monde. La disparation de la monarque britannique va avoir un retentissement exceptionnel sur toute la planète. Même si le rythme des tournage diminue, la maison Lumière devait avoir à son catalogue des vues des Funérailles. Alexandre Promio en a gardé le souvenir dans les feuillets qu'il a remis à l'historien Coissac :
[À Londres] où je suis d’ailleurs retourné plusieurs fois, notamment lors des funérailles de la reine Victoria. J’avais loué à un prix exorbitant une fenêtre sur le parcours du cortège et j’eus la chance de pouvoir prendre quelques bandes de cette cérémonie, au moyen de deux appareils placés côte à côte et qu’un aide approvisionnait de bande vierge pendant que je tournais le second instrument. La société Lumière fut la seule à posséder des vues animées de ce cortège. (Coissac, 1925, 196).
Les conditions de tournage sont ici particulières puisqu'il filme, semble-t-il, en continu, grâce à deux appareils qu'un comparse approvisionne en bandes vierges. Il s'agit là d'une nouveauté qui lui permet, presque, de tourner sans fin. Le journaliste du Temps remarque la présence de Promio qui lui fait quelques commentaires :
Cette foule était si patiente qu’on l’eût dit orientale. M. Promio, l’envoyé spécial de la maison Lumière, venu pour prendre des vues cinématographiques, dont la salle des dépêches du Temps aura la primeur, a vu une femme, tenant un tout jeune enfant dans ses bras, depuis cinq heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi.
Le Temps, Paris, lundi 4 février 1901, p. 1.
En revanche, contrairement à ce que que prétend Alexandre Promio, d'autres opérateurs sont là pour filmer les Funérailles. C'est le cas de Charles Urban, de Félix Mesguich, etc.
À cette époque, Alexandre Promio réside à Brunoy (Seine-et-Oise, auj. Essonne) d'où il fait parvenir un courrier anecdotique, mais qui manifeste à nouveau son intérêt pour les phénomènes naturels. En outre, il reste en contact avec un collaborateur des frères Lumière, M. Vermorel :
M. Alexandre Promio, de Brunoy (Seine-et-Oise), a signale de même à M. Vermorel, directeur de la station viticole de Villefranche (Rhône), une invasion semblable. Depuis deux ans, dit M. Promio, une véritable épidémie frappe les ormes du département de Seine-et-Oise et des départements limitrophes. Les feuilles sont absolument dépouillées de leur partie verte par un insecte dont l'apparition serait récente. Cet insecte se présente sous la forme d'une chenille très petite dont le dos est noir et le ventre jaune ; elle n'attaque que les ormes. Les feuilles étant dévorées, l'insecte tombe à terre, envahit les appartements, puis disparaît jusqu'à l'année suivante.
M. Promio mentionne une particularité assez singulière. "J'avais remarqué, dit-il, que lorsque je descendais dans le jardin en manches de chemise blanche, j'étais couvert de petites chenilles ; au contraire, quand je mettais un veston en alpaga, je remontais indemne de l'ennuyeuse société de l'insecte. J'ai fait à ce sujet une expérience concluante : j'ai étendu sous un de mes ormes ou plutôt sous le squelette de l'arbre un torchon blanc, puis, a côté, un voile de photographe noir. Au-dessus du voile noir était tendue un corde blanchie à la craie, tandis que, au-dessus du torchon blanc, j'avais tendu une corde passée à la suie. Une heure après, la corde blanche et le tablier blanc étaient couverts de petits insectes, tandis que sur le voile et la corde noirs je n'ai relevé que six insectes."
Journal des débats politiques, Paris, jeudi 25 juillet 1901, p. 2.
Le photorama (1901-1907)
Dès la fin du mois de décembre, les frères Lumière vont attacher leur nom à une nouvelle invention : Le photorama. Ils déposent un brevet le 29 décembre 1900 (INPI. FR 306 772).

Le Photorama (c. 1901)
© Le Grimh
Les liens privilégiés qu'entretient toujours Alexandre Promio avec les Lumière, vont le conduire à s'intéresser à la nouvelle invention. Il partage alors son temps entre la France et l'Algérie et il est alors membre de l'Association Syndicale des Journalistes coloniaux:
Les journalistes coloniaux
L'Association Syndicale des Journalistes coloniaux vient de procéder au renouvellement de son bureau pour 1902.
Ont été élus:
[...]
secrétaires adjoints: MM. Promio et Pâquier.
La Presse, Paris, dimanche 30 mars 1902, p. 3.
Ainsi, les Lumière vont confier à Promio l'exploitation du Photorama dont l'inauguration a lieu le 10 février 1902 devant un public choisi dans l'ancienne salle du Pôle Nord :
Les Parisiens ont, pour leur Mardi Gras, une magnifique surprise. C'est à partir d'aujourd'hui, en effet, que s'ouvre au public le Photorama, dans l'ancienne salle du Pôle Nord. Le Photorama de MM. Auguste et Louis Lumière est une invention merveilleuse, qui permet d'offrir aux spectateuts une dizaine de panoramas réels, dans un quart d'heure, et de les conduire ainsi de Suisse en France, de France en Algérie, en mettant sous leurs yeux, non pas un panorama truqué, mais la nature elle-même. L'inauguration du Photorama eut lieu hier, devant un public d'élite qui fut enthousiasmé.
Le Journal, Paris, 11 février 1902, p. 1.

La salle du Photorama, 18 rue de Clichy (Paris) (c. 1902) [D.R.]
Alexandre Promio est secondé dans l'entreprise par Henri Gabillat et Gabriel Doublier. Si le cinématographiste croit en la réussite de ce nouveau spectacle, les résultats ne semblent pas à la hauteur :
Le public cependant est un peu déçu: habitué aux panoramas brillamment éclairés et d'une tonalité chaude, il trouve un peu ternes les photographies circulaires qui lui sont présentées. Il est certain que, malgré le coloriage dont elles sont revêtues, ces images ne rendent que très imparfaitement la sensation du plein soleil : cela tient à la réflexion occasionnée par l'écran lui-même ; celui-ci renvoie en effet vers le spectateur une partie de l'intense lumière qu'il reçoit des projecteurs et l'effet des grandes lumières de l'image se trouve ainsi amorti.
Albert Reyner, "Le Photorama", Le Magasin pittoresque, Paris, 1er avril 1902, p. 159-160.

Photorama Lumière. 18, rue de Clichy. Une entrée. [D.R.]

Alexandre Promio en famille (de gauche à droite: Juliette Promio-Évrard. Alexandre Promio. X. Delphine Gleyze. Devant: Alexandrine Promio (c. 1902).
© Le Grimh
Alexandre Promio est l'un des pourvoyeurs, voire le seul, à alimenter le spectacle grâce à la prise de nouvelles vues panoramiques. L'une des ces dernières est celle qu'il prétend prendre dans le parc de Versailles et pour laquelle, le 11juillet, il fait appel au Bureau des Bâtiments Civils et des Palais Nationaux. Il obtient l'autorisation pour la prise de vues pour le samedi 2 août comme en témoigne le dossier conservé. Dans ce dernier, on apparend qu'Alexandre Promio habite au 27 rue Nollet (Paris) et qu'il se présente comme "Photographe de la Présidence et du Ministère de la Marine".
Les séances vont se prolonger jusqu'au 28 juillet 1902. Pendant cette halte et sans doute afin de prendre des vues pour le photorama, "Mme et Mlle Promio" se retrouvent à bord du paquebot Général-Chanzy qui est parti de Marseille et qui accoste, le 3 octobre, au port de Mustapha. La nouvelle saison commence le 21 décembre 1902. Il semble qu'Alexandre Promio maintienne ses activités à Paris où il figure comme secrétaire-adjoint de l'Association Syndicale des Journaliste Coloniaux.
En avril 1903, il couvre le voyage du président Émile Loubet en Algérie au titre du photorama-Lumière et tourne une série de films à cette occasion, puis, en mai, lors du voyage du président Émile Loubet dans les Bouches-du-Rhône, Alexandre Promio est nommé officier de l'instruction publique :
A l'occasion du voyage du Président de la République dans le département des Bouches-du-Rhône et par arrêté du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, en date du 9 avril 1903, ont été nommés :
Officiers de l'instruction publique.
MM.
[...]
Promio (Jean-Alexandre-Louis), directeur du "Photorama-Lumière" à Paris.
Journal officiel de la République française, Paris, mardi 19 mai 1903, p. 3226.
Alexandre Promio reste un proche de la famille Lumière et on le retrouve au mariage de France Lumière, fille d'Antoine Lumière, le 3 juin 1903.

Alexandre Promio au mariage de France Lumière et Charles Winckler. Château Lumière. Monplaisir (Lyon). 3 juin 1903,
Source: Collection Paul Génard.
Les dernières séances du photorama sont annoncées vers le début du mois de septembre 1903.
Le succès n'a pas été au rendez-vous, le temps des panoramas - qui ont été l'une des grandes attractions de l'Exposition Universelle de 1900 - est sans doute révolu et le photorama n'en est jamais que tardif rejeton. Pourtant, malgré l'échec de l'entreprise, Alexandre Promio, sans doute assez peu avisé, va tenter de relancer l'affaire en rachetant les brevets et les appareils. Il va alors constituer la Société Anonyme pour l'Exploitation du Périphote, le 23 mars 1904.

Périphote et Photorama. "Part de fondateur au porteur" (avril 1904)
source: ScripoMuseum
Dans la foulée, un catalogue du Périphote et Photorama est publié grâce aux vues déjà prises par Alexandre Promio

Photorama. nº 20. Paris. Place de l'Opéra.
© Le Grimh

Photorama. nº 387. Venise. Panorama pris de la Dogana.
© Le Grimh
En revanche, on ne trouve plus de lieu d'exploitation de l'appareil. On le retrouve simplement lors de l'Exposition de Liège, à la section photographique. Alexandre Promio a l'intention de commercialiser l'appareil sur une grande échelle si l'on en croit ses propos :
En premier lieu, j'ai visité, dans le pavillon de la Société Períphote et Photorama, 33, rue Joubert, dirigée par M. Alexandre Promio, un nouvel appareil construit d'après un brevet des frères Lumière. Cet appareil donne des photographies embrassant le tour complet de l'horizon, soit 360º; il ne faudrait pas surtout confondre le Périphote avec les appareils panoramiques américains: il en diffère totalement, tant par le mécanisme que par la perfection des résultats qu'il permet d'obtenir. Les épreuves examinées au moyen d'un appareil spécial offrent un très grand intérêt; mais les résultats sont surtout admirables si l'on en juge par les épreuves projetées. La Société Périphote utilise une salle circulaire de 10 mètre de diamètre, environ. Au milieu de cette salle se trouve l'appareil de projection avec une lampe à arc comme source lumineuse. Le spectateur peut constamment voir le paysage panoramique sur les parois de la salle, qui forment écran. Nous pouvons affirmer que c'est là ce que nous avons vu de mieux en fait de projections: l'illusion devient absolue car les vues projetées sont précisément coloriées. Il reste à savoir si cet appareil est intéressant pour le marchand de fournitures: nous ne le pensons pas; le prix de l'appareil pour la prise des vues est de 360 fr. brut; quand à l'appareil de projection, il ne peut être intéressant que pour les personnes qui sont en quête de nouveautés pour les séances publiques de projection. M. Promio me dit toutefois qu'il est en pourparlers avec une maison de Dresde pour la construction de plusieurs milliers de ces appareils; il es vraisemblable que dans ces conditions les prix seront plus réduits et que l'invention entrera par là dans le domaine commercial.
L'Information photographique, octobre 1905, p. 370.

Exposition Universlle de Liège 1905. Photorama Lumière
© Le Grimh
La société périclite et elle est mise en liquidation par Alexandre Promio qui, à ce moment-là, habite 23, rue Joubert (Paris 9e) :
ADJUDICATION étude Huguenot, notaire 50, rue de la Boétie, le 17 mai 1907, 2 heures, de 50 actions de 500 fr., société anonyme des "Périphote et Photorama" (Brevets Lumière), en liquidation en 5 lots de 10 actions. Mise à prix pouvant être baissée, 4.300 fr. par lot. Consignation 1000 fr. S'adresser à M. Promio, liquidateur, 23, rue Joubert et au notaire.
L'Europe coloniale, Paris, mardi 14 mai 1907, p. 4.
Quelques mois plus tard, il est remplacé par M. Cahen :
Paris.-Société PÉRIPHOTE ET PHOTORAMA (Brevets Lumière) (en liquid.), 37 [sic], Joubert.- M. Cahen est nommé liquidateur en remplacement de M. Promio démissionnaire-17 août 1907.-A.P.
Archives commerciales de la France, 34e année, nº 86, Paris, samedi 26 octobre 1907, p. 1359.
Au cours de ses années parisiennes, on retrouve Alexandre Promio à différentes adresses parisiennes dont 8, rue Géricault ( 16e), 3, rue Meissonier 17e), 12, rue de Navarin (9e)...
Directeur de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé (juillet 1907-1910) et de La Publicité animée (1908-1909)
L'échec de la société Périphote et Photorama conduit Alexandre Promio à s'engager dans d'autres projets liés à la cinématographie. Le premier concerne la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé, fondée le 13 décembre 1906. Lors de la réunion tenue le 25 juin 1907, le conseil d’administration de la société reçoit une lettre de Théophile Pathé dans laquelle ce dernier signale qu’il résilie ses fonctions de directeur général statutaire : Ma décision étant irrévocable, je vous prie de pourvoir aussitôt à mon remplacement." C’est donc au cours de l’assemblée générale extraordinaire du 30 juillet 1907 qu’une série de graves décisions sont prises qui aboutissent à la démission du fondateur de la Compagnie. C’est ici qu’intervient Alexandre Promio. Comment a-t-il été contacté ? Pour quelle raison les responsables de la société vont-ils faire confiance à l'ancien collaborateur des frères Lumière ? Les différents comptes rendus fournissent des indications non dénuées d’intérêt. Alexandre Promio dispose d’un carnet d'adresses bien rempli ce qui explique, en partie au moins, qu'il ait été contacté par un groupe d’actionnaires - au sein duquel on trouve les frères Lumière - afin d’occuper l’emploi laissé vacant par Théophile Pathé :
Après une enquête très sérieuse, votre conseil a cru de son devoir de s’assurer, sans tarder, les services de M. Promio qui, précisément à ce moment, avait été retenu par un groupe financier pour prendre la direction générale d’une société anonyme qui devait exploiter un cinématographe Édouard Lumière.
M. Promio connaît parfaitement notre industrie dont il a été l’ouvrier de la première heure, puisque c’est à lui que MM. Auguste et Louis Lumière confièrent le soin de composer leur collection de bandes positives, en même temps que la tâche de former les nombreux opérateurs dont la société Lumière a utilisé les services pendant six années. Il a acquis une expérience et une autorité qui doivent vous donner une quiétude parfaite sur les résultats de la tâche qu’il a entreprise, et qu’il a promis de mener à bien.
D’ailleurs, M. Promio a amené à notre Compagnie quelques collaborateurs connus de lui depuis longtemps, qui lui sont entièrement dévoués et nous sommes convaincus que votre Compagnie n’aura pas à regretter le choix sur lequel s’est porté votre conseil, choix que nous vous demandons de ratifier.
" Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Information, Paris, mardi 30 juillet 1907.
L’assemblée générale va donc offrir la société sur un plateau à l'ancien collaborateur des frères Lumière ; il en sera désormais le directeur général et l’un des administrateurs. Ses premières déclarations sont vivement applaudies et pleines d’optimisme puisqu’il annonce la poursuite de la construction de l’usine de Fontenay qui doit être livrée en décembre et déclare qu’au 1er février 1908, il sera possible d’atteindre une production journalière de 15 000 mètres. C’est au mois d’août 1907 que la compagnie dépose le logotype de la société qui représente un aigle tenant dans ses serres un appareil cinématographique.

Marque déposée en France le 10 août 1907 (nº 102 819). Marque international déposée le 2 novembre 1907 (nº 6404)
Source: INPI. Photographie et Lithographie 1906-1910.
La situation n'est pourtant pas aussi brillante. Dès le début se pose le problème du nom même de la compagnie. En effet, le frères de Théophile, Charles Pathé, est à la tête de la Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision, Anciens Établissements Pathé-Frères qui relance son procès contre la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé dont l'appelation semble désormais obsolète :
Le procès en concurrence déloyale intenté à la Société Théophile Pathé a été poursuivi, et, par suite de la disparition de Mr Théophile, nous demandons que son nom disparaisse de la raison sociale.
Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 6 août 1907.
Alors que les informations sur la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé se tarissent, Alexandre Promio va se lancer dans une nouvelle aventure, celle de La Publicité animée. Elle est l’émanation d’un groupe financier qui devait fonder, en outre, la Société des cinémas Halls (25 mars 1907), la société Le Film d’art (14 février 1908) au capital de 500000 F et, donc, La Publicité animée (8 février 1908) créée par l’auteur dramatique Jacques Langlois.
"Cette société, indiquent les statuts, a pour objet principal toutes entreprises de publicité au moyen de projections fixes ou de cinématographe, en France, dans les colonies ou à l’étranger ; d’autres objets accessoires sont énumérés à l’article 3 des statuts." La durée de la société sera de 30 années. Le siège social est à Paris, 9, rue Louis-le-Grand. Le capital social est de 600 000 F divisé en 6 000 actions de 100 F chacune qui ont été toutes souscrites et libérées du quart. Il est en outre signalé qu’il a été créé 12 000 parts de fondateur qui ont été attribuées avec une somme de 280 000 F en espèces à M. Langlois, en représentation de ses apports énoncés à l’article 6 des statuts et comprenant notamment ses études, travaux" et "la promesse de faire céder à la société une partie de l’actif de la société en liquidation Périphote et Photorama (brevets Lumière) ». Quel rôle tint Alexandre Promio au sein de cette société ? Probablement intervint-il comme conseiller puisque l’essentiel des apports provient de sa société Périphote et Photorama en liquidation. Nous trouvons ainsi la « jouissance exclusive de tous les brevets et additions de brevets pour les appareils destinés à l’obtention de vues panoramiques », ou d’autres articles qui mettent en évidence la continuité par rapport à la société en liquidation. Parmi les nouveautés, il est question de nouveaux brevets concernant l’héliorama (1901) et le cycloscope (1906). Enfin, nous l’avons déjà signalé, une collection d’environ 3000 clichés panoramiques représentant des vues de différents pays et pris entre 1901 et 1907. Le nom d’Alexandre Promio, dont la fonction est celle de directeur d’usine, figure parmi les souscripteurs, mais son rôle ne se limite pas à cela puisque lors de la première assemblée générale constitutive, il prend la parole pour exposer l’intérêt qu’il y aurait pour la société à compléter, le cas échéant, ses spectacles par des auditions de phonographe. Cette remarque entraîne d’ailleurs la modification des statuts où l’on trouve désormais les « projections fixes ou de cinématographe avec ou sans audition de phonographe ». Cela sous-entend, semble-t-il, que notre homme était vraisemblablement respecté et que ses avis étaient pris en considération. La vie brève et les informations trop parcellaires n’autorisent pas à proposer des fragments d’analyse à son sujet. Toutefois son caractère trop éphémère, à peine plus d’un an, nous laisse supposer que tant la production que la rentabilité ne furent pas à la hauteur des ambitions des fondateurs et provoquèrent sa mise en liquidation le 2 septembre 1909.
La parenthèse que constitue La Publicité animée n'empêche pas Alexandre Promio de continuer à gérer la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé. Dès le début de l'année 1908, des tractations ont lieu à Milan entre le représentant de la société, Guido Corti et le comte Giovanni Visconti di Modrone. Il est probable que, derrière cette initiative se trouve Alexandre Promio, directeur de la société, qui tente sans doute de sauver la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé. La présentation de la société est très flatteuse, même si la situation économique est bien loin d'être florissante. C'est Marelli qui rédige le compte rendu de la séance qui se tient le 25 mai 1908 :
La société Pathé a promu dans de nombreux pays la constitution de sociétés et d’entreprises cinématographiques, liées à Pathé par l’échange de leurs productions respectives. Elle construit des théâtres et des établissements adaptés à la production de films. Elle possède des succursales à New York, Buenos Aires, Londres, Berlin, Vienne, Budapest, Moscou, Bruxelles, Barcelone, Le Caire et Milan. [Guido Corti] veille à ce que les sociétés étrangères soient confédérées. L’Italie étant un site propice, il veut que son plan s’y réalise. Il a procédé aux études nécessaires et, se prévalant de l’expérience de l’organisation de la succursale de Milan et de séjours à Paris, il en est venu à la conclusion qu’il est possible de fonder la Société Italienne des Cinématographes Théophile Pathé.
Archives de la famille Visconti di Modrone, Division Comte Giovanni Visconti di Modrone, Pochette F53, Brochure 55, Inventaire de la pochette de brochures, vol. III – Division ad personam. (Cité dans LASI, 2008: 193).
L'accord prévoit des concessiones mutuelles. D'une part, le rapporteur décline les obligations de la Théophile Pathé :
Droit de profiter de l’organisation internationale mise en place par la création de toutes ses succursales.
Droit exclusif de bénéficier de tous les perfectionnements et découvertes relatifs aux pellicules cinématographiques sans frais pour la société italienne.
Droit d’acquérir la pellicule vierge auprès de la maison Th. Pathé, à des prix déterminés.
Droit d’acquérir auprès de la maison Th. Pathé des appareils cinématographiques aux meilleurs prix, d’où un avantage non négligeable pour la société en création, notamment par la vente de ces machines très appréciées.
Droit de disposer des plans complets d’édification des établissements, en bénéficiant de l’expérience de la maison française.
Droit d’acheter au prix du marché les matériaux nécessaires à la préparation des pellicules.
Droit de jouir de l’assistance du personnel technique de la maison Th. Pathé pour suivre l’installation de l’établissement et pour lancer la production des films.
Archives de la famille Visconti di Modrone, Division Comte Giovanni Visconti di Modrone, Pochette F53, Brochure 55, Inventaire de la pochette de brochures, vol. III – Division ad personam. (Cité dans LASI, 2008: 194).
En échange, la société parisienne reçoit des compensations :
À titre de compensation, Pathé demande des pourcentages sur les ventes des films produits ou reproduits. Pourcentage fixé : 5 centimes par mètre de pellicule vendue et un poste d’administrateur au conseil de la Société.
Archives de la famille Visconti di Modrone, Division Comte Giovanni Visconti di Modrone, Pochette F53, Brochure 55, Inventaire de la pochette de brochures, vol. III – Division ad personam. (Cité dans LASI, 2008: 194).
Il est également prévu qu'en Italie, la société devienne la Compagnia Italiana Cinematografi Théophile Pathé. Alors que les choses vont bon train, une pierre d'achoppement se fait jour: la présence envisagée d'un dirigeant français - on se doute qu'il s'agit fort probablement d'Alexandre Promio en personne - au sein du futur conseil d'administration n'est pas du goût du comte Giovanni. Pourtant, le projet est bien engagé et Guido Corti semble plutôt optimiste :
M. Corti pense avoir très largement couvert, dans les annexes jointes, les besoins de l’installation ; de même, il considère comme plus que suffisant le capital d‘un million, puisque ne sera immobilisée que la somme de 345 000 lires [...] pour le terrain situé à côté de la Cagnola et pour le bâtiment dont il nous a montré l’esquisse et le projet, ainsi que pour les frais de notaire et de constitution.
Archives de la famille Visconti di Modrone, Division Comte Giovanni Visconti di Modrone, Pochette F53, Brochure 55, Inventaire de la pochette de brochures, vol. III – Division ad personam. (Cité dans LASI, 2008: 195).
L'affaire semble d'autant plus solide que des noms connus de l'aristocratie milanaise et lombarde font partie du comité d'organisation. Pourtant, les choses vont en rester là. D'une part, la volonté de vouloir qu'un représentant français figure au conseil d'administration de la future société ne passe pas auprès des Italiens. D'autre part, la situation réelle de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé finit par être connue comme l'indique une lettre, datée du 21 juillet, où Carlo Marelli détaille des informations peu rassurantes au comte Giovanni Visconti :
Je crois qu’il est de mon devoir d’informer Monsieur le Comte que, hier, Monsieur l’avocat Cesare Agrati m’a appris au téléphone qu’il avait reçu la circulaire diffusée par le Comité d’organisation et qu’il se sentait tenu de rapporter ce qui suit. À la demande du Cavaliere Bonetti, il s’est rendu il y a quelque temps à Paris pour y étudier l’industrie du cinéma. Il a eu plusieurs entretiens avec les maisons Pathé Frères et Éclipse, ainsi qu’avec la société Théophile Pathé, de bien moindre importance. Il a pu constater que, en France, cette industrie traverse maintenant une crise très grave et que les maisons susdites sont très préoccupées de leur avenir. Leur principal souci est la location des films, qui peuvent être utilisés longtemps sans beaucoup se dégrader, ce qui a causé l’arrêt presque total de la production, et la maison Pathé voudrait limiter la location pour détruire les films.
Archives de la famille Visconti di Modrone, Division Comte Giovanni Visconti di Modrone, Pochette F53, Brochure 55, Inventaire de la pochette de brochures, vol. III – Division ad personam. (Cité dans LASI, 2008: 198-199).
Les jeux sont faits. Les Italiens se retirent du projet et finissent par créer la Compagnia Italiana Cinematografica Hesperia.
Du côté britannique, si dans un premier temps la société Walturdaw a fait office d'agent de l'entreprise Théophile Pathé, en octobre 1908, c'est la London Cinematograph Company Ltd. qui reprend la main pour la Grande-Bretagne et les "colonies".

Kinematograph Weekly, Londres, jeudi 15 octobre 1908, p. 528.
Pendant ce temps, la situation de la société demeure confuse. Un seul article très long, publié dans Le Petit Moniteur universel semble vouloir maintenir la confusion entre le fondateur et la situation de la société. En lisant ces quelques lignes, on se demande si l'auteur de l'article ignore -ou feint d'ignorer - que Théophile Pathé ne fait plus partie de la compagnie :
Instantané
THEOPHILE PATHE
Nous vivons à une époque où le cinématographe règne en maître : il n'est donc pas inopportun d’apporter l'hommage de ces lignes spéciales à l’un des hommes qui ont le plus etl le mieux contribué à développer celle science théâtrale nouvelle celle qui procure tant de joies et de distractions aux petits comme aux grands, dans le monde entier.
Pour ne parler que de la France. M. Théophile Pathé peut revendiquer une bonne part dans ces succès car depuis l'époque encore récente où les projections tremblaient el incommodaient la vue, il a travaillé sans cesse à améliorer, à perfectionner ses appareils, et il serait injuste de ne pas reconnaître son mérite.
L’aimable industriel, est encore dans la force, de l'âge : c'est un tempérament laborieux, une intelligence clairvoyante remplie de prévoyance par conséquent, et qui au surplus déployé sans cesse beaucoup d'initiative.
Dans la Compagnie des Cinématographes qui porte son nom el son prénom, Théophile Pallié a donné la mesure de ses capacités techniques, en suivant pas à pas les progrès et l'évolution de l'industrie nouvelle mais déjà colossale par son extension el l'attrait Inépuisable qu’elle exerce sur le public. Celte Compagnie a rapidement connu la prospérité : il est vrai que son capital de deux millions de francs, a été employé avec tact et mesure ; sa marque est déposée pour la production de ses films, de ses photographies animées, de ses appareils cinématographiques complets enfin, avec leurs accessoires de tous genres. Citerai-je encore sa spécialité de vues en couleurs et sa pro[duc]tion annuelle de deux cents millions de photographies ? Je n’oublierai pas non plus de faire remarquer son autre spécialité de perforeuses et d'appareils à tirer brevetés, autant d'éléments de vitalité el de réputation pour la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé.
Et en présence de la popularité de ses projections animées elle a dû instituer une société filiale spécialement et exclusivement destinée à exploiter tous les appareils ci-dessus par l'organisation constante de représentations publiques à Paris, dans nos Départements et à l'étranger. J’aurai du reste l'occasion de m'occuper de cette seconde société dans un article ultérieur.
Je n’entrerai pas dans le détail de tous les appareils exposés rue de Richelieu n° 99. dans les vastes magasins de vente de la Compagnie Théophile Pathé, car ces détails seraient très longs pour le faible espace dont je dispose ici. Du reste, les étrangers de passage à Paris ne manquent pas de visiter ces établissements qui leur sont signalés par leurs cicérones parmi les curiosités de notre capitale.
J'ai voulu souligner le nom de Théophile Pathé, parce que sa personnalité est de celles auxquelles notre commerce international des cinématographes et des appareils qui s'y rattachent, doit une large place pour nos exportations : or c'est là je pense, le plus bel éloge que la presse puisse adresser à un notable fabricant.
Théophile Pathé au surplus est entouré de collaborateurs précieux et dévoués ; c’est du reste un chef bienveillant qui donne à tous l’exemple de l'assiduité à la tâche de chaque jour.
Stéphane Carrère.
Le Petit Moniteur universel, Paris, 5 mai 1908, p. 1.
Dans la presse, on ne retrouve de façon répétitive des informations boursières qui permettent de suivre la côte des actions de la société. Initialement établie à 100 francs, elle côte 99 francs (mai 1907), 75 francs (juin 1907), 108 francs (août 1907), par la suite et pour quelques mois, la côte va se maintenir entre 80 et 100 francs. C'est entre janvier et juillet 1908 que la chute de l'action est spectaculaire ce qui finit par alerter la presse, malgré les démentis de la société :
COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ
Le Conseil d’administration de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé nous prie de mettre en garde les actionnaires contre les bruits circulant actuellement en Bourse et contre les démarches faites auprès d’eux par des personnes intéressées à discréditer la Compagnie.
Les comptes qui vont être présentés à l’Assemblée générale ordinaire, dans le courant du mois de mai prochain, accusent une situation qui démentira les bruits mis en circulation dans le but d’affaiblir les cours des actions de la Compagnie.
Cote de la bourse et de la banque, Paris, mercredi 1er avril 1908, p. 1.
Un an après la mise en bourse, la côte de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est au plus bas: 56 francs (avril 1908).
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| Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé signature: Laffitte et Morénas [D.R.] |
Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé signature:Promio et Morénas [D.R.] |
Le dépôt de deux brevets, au cours de l'année 1908, traduit l'intention de faire évoluer les dispositifs de projection. Le premier a pour objet un " Dispositif d'installation de chauffage utilisant les gaz d'échappement d'un moteur " (FR387853A - 1908-07-25) qui ne semble pas directement en relation avec les appareils cinématographiques. Le second, en revanche, porte sur la question de la synchronisation d'appareils:
COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ résidant en France (Seine).
Demandé le 30 avril 1908.
Délivré le 8 juillet 1908. — Publié le 16 septembre 1908.
La présente invention a pour objet un dispositif destiné à assurer la synchronisation de deux appareils commandés par des moteurs distincts, par exemple d'un phonographe et d'un cinématographe, ou de deux phonographes , etc.
Ce résultat est obtenu à l'aide de dispositifs accélérateur et retardateur agissant sur l'un des appareils, qu'on appellera appareil secondaire, et mis en action en temps opportun par le présent dispositif de synchronisation afin de ramener son fonctionnement en synchronisme avec celui de l'autre appareil, qu'on appellera appareil primaire.
Le dispositif de synchronisation, qui seul fait l'objet de cette invention, comporte en principe un contact distributeur de courant tournant sous la commande directe de l'appareil primaire èt mettant successivement en communication avec une source d'électricité plusieurs fils conducteurs qui aboutissent à autant de contacts fixes disposés en cercle et frottés successivement par deux balais contrôleurs tournant sous la commande directe de l'appareil secondaire, ces balais étant reliés à des relais disposés pour mettre en action respectivement les dispositifs accélérateur et retardateur de cet appareil secondaire.
European Patent Office (www.epo.org/index.html).
Ce brevet n'a pas donné lieu, semble-t-il, à une application effective et moins encore à une réalisation commerciale, mais il indique au moins une intention de s'ouvrir vers le domaine de la synchronisation son/image.
L'assemblée générale ordinaire qui se tient à Paris le 16 mai 1908 rend bien compte des difficultés et il apparaît, tout particulièrement, qu'il n'y a pas de distribution de dividendes. En voici les lignes principales :
Cinématographes Théophile Pathé
L'assemblée générale ordinaire de la Société des Cinématographes Théophile Pathé a eu lieu le 16 mai, sous la présidence de M. Emile Célerier, président du Conseil.
Il résulte des rapports que le compte de profits et pertes intervient au passif pour 415.099 fr. 15.
De l'examen de ce dernier compte, il résulte que le côté créditeur se trouve composé:
1° D'une somme de 220.765 fr. 65, représentant les bénéfices bruts réalisés sur la vente des marchandises.
2° D'une somme de 8.614 fr. 80, produits d'escomptes, rabais et intérêts sur dépôts de fonds.
3º D'une somme de 385.844 fr. 90, pour excédent d'actif à l'usine des Gatines.
Le côté débiteur est composé, lui, du montant des frais généraux, ci 148.05 fr. 85.
D'une perte de 56.322 fr. 90, sur les marchandises qui ont été cédées par MM. Pathé et Morenas.
D'une perte de 10.500 francs 25 pour moins-value sur l'atelier de Gaudelet.
En conséquence, le Conseil a estimé, les excédents d'actif ne constituant pas des bénéfices nets réalisés, qu'il n'y avait pas lieu de distribuer do dividende.
Les résolutions suivantes mises aux voix ont été adoptées il l'unanimité :
1° Approbation des comptes et de la répartition des bénéfices tels qu'ils sont présentés au Conseil d'administration et quitus de gestion accordé aux administrateurs pour l'exercice écoulé.
2° Confirmation de la révocation d'administrateur de M. Théophile Pathé, son quitus de gestion lui est refusé.
3° Acceptation d'e la démission d'administrateurs de M. A. Cohen., G. Gilmer et L. Pollack, quitus de gestion leur est accordé et ratification de la nomination d'administrateur de M. J. Cahen.
4° Renouvellement à MM. Salmon et Touté de leurs mandats de commissaires des comptes pour l'exercice 1908 et fixation de leur rémunération globale à 1.000 francs.
5° Fixation à 10.000 francs du montant des jetons de présence à répartir entre les membres du conseil d'administration.
6° Autorisation prévue par l'art. 40 de la loi du 24 juillet 1867, accordée aux administrateurs. Acte est donné des opérations qui se sont effectuées pendant l'exercice 1907.
Gil Blas, Paris, 20 mai 1908, p. 4.

Cinématographes Théophile Pathé, à Monsieur Masquin, 31 janvier 1908.
© Collection Grimh
Face à ces suites d'informations chiffrées, on peut parcourir avec intérêt le rapport rédigé par Binet et Hausser qui dressent un bilan assez négatif de la situation de la société en juin 1908. On peut relever, par exemple, la grande désorganisation de la Compagnie :
Au début, il n’existait pas de registre d’entrées et sorties de marchandises, d’après le rapport même du commissaire, et la disparition de nombreuses pièces était, dans ces conditions, on ne peut plus facile. Il semble d’ailleurs que le désordre ait régné en maître dans cette malheureuse société, où des marchandises existent que l’on ignorait, comme 32 000 affiches-réclames découvertes dans un coin, où l’on ne retrouve pas des produits que l’on croyait exister, où l’on achète des terrains pour une usine que l’on ne construit pas, où, sur cinq traites, trois sont protestées, etc.
" Les sociétés de cinématographe-Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", La France économique et commerciale, Paris, samedi 13 juin 1908, p. 419.
L'analyse minutieuse des comptes et du fonctionnement de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé ne peut que déboucher sur un bilan particulièrement sévère :
CONCLUSION : PRESQUE TOUT RESTE À FAIRE.
La société Théophile Pathé a, en somme, à peine commencé son installation. Par suite de discussions et de dissensions intérieures, elle se trouve aux prises avec des difficultés financières sérieuses connues et reconnues au sein même de l’entreprise : elle ne dispose plus que de 500 000 francs environ pour essayer de s’établir sur une base rationnelle et dans ces conditions le mieux serait, semble-t-il, de procéder à une réorganisation financière qui permettrait de faire disparaître des apports trop élevés et d’apporter des capitaux frais qui semblent nécessaires. De toutes façons, la période de marche régulière est encore lointaine et par suite celle aussi des rémunérations lucratives.
R. Binet et G. Hausser, Les Sociétés de Cinématographe. Études financières, Paris, Ed. de La France Économique et Financière, 1908, p. 63.
Alexandre Promio n'est pas parvenu à redresser une situation bien compromise depuis le début. Par ailleurs, les déboires juridiques de la société ne sont pas pour autant terminés, et ce n'est que le 25 juin 1908, que le jugement est prononcé dans le procès qui l'oppose à la Compagnie Générale. Il met en évidence l'imprudence de Théophile Pathé :
Attendu que la compagnie générale des phonographes, cinématographes et appareils de précision fait plaider que Théophile Pathé n’a jamais été associé avec ses frères Charles et Emile Pathé ; que ces derniers ne l’auraient envoyé, en novembre 1903, que comme représentant de leur maison, à Berlin, où ils avaient une clientèle importante.
" Jugement du Tribunal de Commerce ", Archives de Paris, D2U3 3 861, jeudi 25 juin 1908.
La version de la partie adverse est évidemment tout autre et fait remonter le conflit aux origines de la société de Charles Pathé :
[attendu] que Théophile Pathé a été, en fait, l’associé de ses frères, et qu’il peut, dans ses manifestations commerciales faire état de cette qualité ; qu’une véritable société de fait avait existé, entre Charles, Emile, un sieur Jacques Pathé, et lui même, qu’il avait été ensuite chargé par Charles et Emile Pathé, restés seuls associés en nom collectif, d’être, à raison même de ses connaissances spéciales en cinématographie, leur agent général, à Berlin, pour l’Allemagne et l’Autriche, et l’avaient autorisé à gérer l’agence, en leur nom, que ses frères, Charles et Emile et lui s’étant séparés, il avait le droit, en vertu des principes de la Concurrence, et, à raison même de sa longue expérience dans cette branche de l’industrie des Cinématographes et phonographes, de se prévaloir de sa spécialité d’entreprendre ce même commerce et de recherche un associé qui lui apporterait des capitaux, que son nom et son prénom étaient sa propriété personnelle."
Jugement du Tribunal de Commerce ", Archives de Paris, D2U3 3 861, jeudi 25 juin 1908.
Ce qui est en jeu, c'est l'utilisation du nom " Pathé " ou de l'expression " Pathé Frères " et son instrumentalisation commerciale depuis la fondation de la société en nom collectif "Pathé Frères" (28 septembre 1896). Finalement, un jugement équitable, prononcé par le Tribunal de Commerce de la Seine, renvoie les deux parties dos à dos. En voici, résumés en quelques points, les éléments essentiels:
1. La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est autorisée à conserver le nom éponyme car " le tribunal estime que le maintien du nom " Théophile Pathé " permet au public d’établir une différence entre les Établissements concurrents ;
2. La Compagnie des phonographes, cinématographes et appareils de précision est tenue de faire apparaître les mots " Anciens établissements " devant Pathé frères car le nom " Pathé " seul [...] peut créer une confusion, en empêchant le public de distinguer s’il s’applique à la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé, ou à la Compagnie Générale, anciens établissements " Pathé frères " ;
3. La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est tenue de modifier la couleur de la boutique sise à Paris, 99, rue Richelieu, car " le maintien de la couleur vermillon, par la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé serait de nature à créer une confusion préjudiciable à la Compagnie Générale " ;
4. Il est demandé de supprimer dans le catalogue Théophile Pathé de 1906, s’il en existe encore des exemplaires, les dessins appartenant à la Compagnie des phonographes, cinématographes et appareils de précision.
Malgré ce jugement à la Salomon, la Compagnie Générale, non satisfaite, décide d'interjeter appel :
Dans le procès Théophile Pathé, le jugement qui vient d'être rendu devant le Tribunal de Commerce, a ordonné la suppression de la couleur rouge sur les enseignes, magasins, etc. Théophile Pathé, et la suppression par nous de la mention Pathé Frères, laquelle devra être remplacée par la mention Anciens Etablissements Pathé frères. Notre Compagnie doit faire appel de ce jugement.
Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 7 juillet 1908.

Gus Bofa, Cinématographes Théophile Pathé, imp. Manuel Calvin (1908)
source: Staatliche Museen zu Berlin, Kunstbibliothek
Pendant ce temps-là, la côte de la Compagnie ne cesse de baisser : 33 francs l'action (juillet 1908), 17 francs (décembre 1908). La situation est suffisamment délicate pour que trois administrateurs de la compagnie demandent à rencontrer les représentants de la rivale et concurrente Compagnie Générale afin de négocier la "reconstruction" de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé :
Mr l'Administrateur-Délégué expose que, le 20 novembre, il a eu une entrevue avec Mrs Orosdi-Back, Lévy-Picard, René Cahen, administrateurs de la Société Théophile Pathé, lesquels nous proposaient de participer à la reconstruction de cette affaire par une souscription de tout ou presque tout le nouveau capital de 500.000 frs. Nous recevrions en outre 2.000 actions privilégiées sur les 5.000 représentant l'ancien capital, ce qui nous donnerait la majorité dans l'affaire et nous permettrait de vendre l'actif qu'ils estimaient 800.000 frs et susceptible d'être réalisé pour 500.000 frs.
Cet actif a été soumis à l'examen de Mr Charles Pathé qui l'a jugé irréalisable et même inexistant.
Dans ces conditions, les membres du Conseil interrogés antérieurement ont émis un avis défavorable à cette proposition, avis qui est confirmé par le Conseil réuni ce jour.
Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du Séance du 8 décembre 1908.
Face à ce refus, la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé et ses actionnaires vont devoir assumer à eux seuls la réduction du capital ce qui n'est pas vraiment un signe de vitalité économique :
Cinématographes Théophile Pathé
L’assemblée générale extraordinaire des actionnaires de cette Société s'est tenue hier après-midi sous la présidence de M. Hattu président du conseil d’administration, assisté de M. Guibaz, scrutateur, et de M. Probst, secrétaire.
11.283 actions étaient présentes ou représentées.
Le rapport du conseil expose aux actionnaires la situation de la Société : il leur demande de vouloir bien approuver d’abord la réduction du capital, puis sa réaugmentation. L'affaire, bien dirigée, peut produire de bons résultats et si les actionnaires se refusaient à ratifier la demande du conseil, la Société se verrait acculée à la dissolution.
M. le président, en réponse à une demande d’actionnaires, expose que la cause réelle de la situation de la Société, ce sont les dépenses énormes causées par les usines de Gatine et de Gaudelet, montées sur un pied trop grand. De plus les opérations de vente commerciales qui avaient un très gros développement en 1907, ainsi qu’il apparaît des écritures, se sont trouvées considérablement réduites le jour où l’entrée en Amérique a été fermée par les trusts. M. le président explique ensuite les avantages de la combinaison soumise à l’assemblée. Après quelques détails techniques Tournis par M. Promio, l'assemblée ratifie à une grande majorité la réduction du capital dans la proportion de 2.000.000 à 500.000 francs ; l'augmentation du capital ainsi réduit à concurrence de 250.000 francs par la création de l’émission de 2500 actions de priorité 6 %.
L'Événement, Paris, 16 janvier 1909, p. 3.
Nous ignorons les mesures concrètes qui furent prises pour endiguer les pertes, mais l'’une d’elles semble avoir été un rapprochement opéré entre la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé et l'Armée. Alexandre Promio, qui a tourné de très nombreux films à caractère militaire, a sans doute conservé quelques liens fort utiles. Un entrefilet dans Ciné-Journal semble confirmer ce sentiment :
Le Cinéma au régiment
Nous l’avons déjà à l’école, à l’église, au laboratoire : le voici au régiment. Il y rentre en triomphateur, associé aux manifestations les plus précises de la vie militaire.
Dans les derniers jours de 1909, une grande matinée cinématographique a été offerte aux artilleurs de Versailles, réunis pour la présentation de l’étendard aux jeunes soldats. Le soin de régler cette fête du devoir et l’agrément avait été confié par le distingué colonel de l’armée [ill.] à la Compagnie des Cinématographes Th. Pathé. Le choix du programme fut des plus heureux. Il comprenait en effet différentes vues des manœuvres françaises de l’automne dernier, la manœuvre particulière de certaines pièces, quelques films géographiques ainsi que les exercices de l’École des Cadets de Bulgarie. Un peu de rire aussi fut très goûté. Au demeurant, gros succès dont M. Promio, le très actif directeur de la Société, peut être fier.
Ciné-journal, Paris, dimanche 3 janvier 1909, p. 6.

Marque PathéFilm, enregistrée le 29 avril 1909
Les Marques internationales: supplément de la "Propriété industrielle", Paris, 30 juin 1909, p. 419.
C'est à cette époque, que la Compagnie dépose la marque PATHÉFILM pour désigner des "bandes cinématographiques". Comment faut-il compmrendre cela ? Difficile de le savoir, mais il est clair qu'en choisissant un tel nom, elle vise à entretenir la confusion sur le patronyme "Pathé", objet de nombreux litiges.
Quelques mois plus tard, le 28 juin 1909, se tiennent, à 14 h½, salle des Arts et Métiers, 6, rue Chauchat, les assemblées générales ordinaire et extraordinaire au cours desquelles doivent être modifiés les articles 3, 10, 25, 31 33, 37 à 45 des statuts :
Cinématographe Pathé
Les actionnaires de la Société des Cinématographes Théophile Pathé se sont réunis aujourd'hui en assemblée ordinaire et extraordinaire.
A titre ordinaire, l'assemblée a approuvé les comptes de l'exercice écoulé et ratifié la nomination de MM. Dargent et Mathieu comme administrateurs.
L'assemblée extraordinaire avait pour but d'apporter certaines modifications aux statuts, à la suite de la réduction du capital votée en assemblée au mois de mars dernier.
La France, Paris, 29 juin 1909, p. 4.
Tout porte à croire que, désormais, la fin est proche. Une inquiétude certaine flotte sur la société comme le signale La France économique et financière :
On n’y pourra voir tant soit peu clair que l’an prochain, et d’ici là la société aura difficilement retrouvé quelque assiette, étant donné qu’elle a presque tout à créer comme outillage et organisation commerciale, et que la concurrence, en général mieux armée, est, pendant ce temps, loin de chômer.
Nous craignons fort, malgré l’influx de sang nouveau qui vient de lui être fait, que la compagnie ne soit réduite, un jour prochain, à abandonner la partie ou à passer la main. De toute façon, les actionnaires pâtiront.
La France économiques et financière, Paris, samedi 3 juillet 1909.
En réalité, les difficultés n’ont fait que s’accumuler, et c’est un texte publicitaire publié dans le Ciné-journal qui témoigne, a contrario, de la situation délicate de la Compagnie :
La Compagnie des cinématographes Th. Pathé, rue de Richelieu, 99, est à la veille de reprendre sur le marché, la place qui lui est due, de par son expérience, son passé et sa valeur financière. Après une longue période de sommeil - d’un sommeil réparateur - la voici rajeunie, plus vivante que jamais et plus prête à l’action. Ses nombreux amis apprendront ce réveil avec plaisir. Quant à ses détracteurs ils s’étonneront une fois de plus, la Compagnie Théophile Pathé ayant mis jusqu’à ce jour comme une coquetterie à surprendre le monde cinématographique.
Nous n’avons pas le droit aujourd’hui d’être indiscrets. Mais nous sommes heureux d’annoncer aux lecteurs du Ciné-journal que la Compagnie nouvelle leur prépare de réelles satisfactions industrielles et qu’elle apportera sur le marché du film du nouveau, ce nouveau que chacun cherche et espère. Elle aura son film incombustible. Elle se spécialisera dans un genre artistique et documentaire.
À huitaine, nos informations… plus indiscrètes.
Ciné-journal, Paris, 18-25 juillet 1909, entre les pages 8 et 9.
Cet optimisme de façade ne fait que trahir la difficulté qu’éprouvent alors les sociétés de productions à renouveler leur catalogue. La répétition à l’extrême des mêmes sujets, l’incapacité à innover ont conduit le cinéma dans une impasse et la Compagnie montre bien son souci d’apporter au spectateur " ce nouveau que chacun cherche et espère. " Le nouveau départ de la société est bien effectif puisque des films inédits sont proposés dès le 2 août 1909. Alexandre Promio tente aussi de développer des liens avec les États-Unis :
M. Promio in United States
The able manager of the Théophile Pathé Company, M. Promio, left France on the 17th of August for the United States, where he intends to stydy the conditions of the trade and probably prepare important business connections.
Kinematograph Weekly, Londres, jeudi 26 août 1909, p. 9.
On ne sait pas si le responsable de la société est parvenu à quelque chose. Pendant quelque temps, une embellie de courte durée est annoncée :
La Compagnie générale des cinématographes Th. Pathé, à la veille de s’installer dans de nouveaux locaux, s’est vue dans l’obligation de se débarrasser d’une partie du matériel qui encombrait ses magasins. Il n’en a pas plus fallu pour que certains détracteurs systématiques répandissent des bruits d’alarme. C’est une habitude qui n’émeut personne aujourd’hui et nous ne relevons le fait que pour couper les ailes à ce nouveau canard échappé des basses-cours financières.
La Compagnie se porte bien et s’est fait beaucoup applaudir au concours de films de Milan, pour ses très belles vues documentaires, Sousse, Tunis et le Cimetière Maure.
Ciné-journal, Paris, Paris, 24-31 octobre 1909, p. 12.
Certes, la société est effectivement présente au Concours cinématographique de Milan et y elle reçoit une médaille d’argent de la chambre de commerce, mais cela n’a rien d’exceptionnel car l’essentiel des maisons représentées en obtiennent.
Un nouveau conflit va opposer les deux sociétés à la fin de l’année 1909. La Société des Plaques et Papiers photographiques met en vente aux États-Unis ses films sous le nom " Lumière-Pathé ", suite à un accord probable entre les Lumière et Alexandre Promio. Les comptes rendus des Conseils d’administration de la société de Charles Pathé (9 novembre 1909 et 11 janvier 1910) réagissent contre ce que l’on considère comme des usurpations de patronyme. De fait, la société Lumière soutient de façon énergique Alexandre Promio, puisque, à lire les comptes rendus, " la maison Lumière met ses films en vente aux États-Unis sous le nom de Lumière-Pathé, prétextant qu’elle a acheté la firme Théophile Pathé. "
Malgré la débauche d’activité d'Alexandre Promio, la situation ne semble guère s’améliorer, et les dernières productions datent de février 1910. Le 28 juin se tient dans la Salle de l’association des anciens élèves des écoles d’Arts et Métiers, l’assemblée générale extraordinaire de la Compagnie. Alexandre Promio, administrateur-directeur général, remplit les fonctions de secrétaire. L’ordre du jour est le suivant : examen de la situation, démission du conseil d’administration, éventuellement dissolution anticipée de la société, nomination de liquidateurs et pouvoirs à leur conférer. La première résolution va consister à prononcer la dissolution de la Compagnie, et Alexandre Promio, avec un autre actionnaire, est nommé liquidateur à l’unanimité. En réalité, il est démissionnaire. Sans doute est-ce une trace de son prochain départ: en septembre 1910, il se débarrasse de quelques ouvrages:
OFFRES
154. 8 années journal "La Nature", 1895-1902; 3 années "La Vie Scientifique", 1899-1901, soit 22 volumes reliés. -M. Promio, 8, rue Favart, Paris.
L'Acclimatation des animaux et des plantes, jeudi 1er septembre 1910, p. 18.
Les années algériennes (1910-1924)
Professeur de chant (1910-1917)
Son intérêt pour l'Algérie, né peut-être lorsqu'il y est allé pour tourner des films Lumière, va orienter sa vie à partir des années 1910. Le mercredi 16 février 1910, un "Promio" quitte le port d'Alger, à bord du Charles-Roux à destination de Marseille. Il s'agit très probablement d'Alexandre. Avec son épouse Juliette et la petite Marie-Louise, Alexandre Promio s'installe ainsi à Alger où le couple réoriente sa vie privée et professionnelle. Ils reviennent à leurs premières amours, la musique et le chant. Leur nom est fréquemment associé aux Concerts Llorca, ce dernier étant le professeur de la jeune Marie-Louise Promio.

En famille. [Alger] (c.1910)
© Le Grimh
Alors qu'ils entament ainsi leur nouvelle existence algérienne, ils vont avoir le malheur de perdre leur fille Marie-Louise Promio :
Une exquise petite virtuose, enfant toute de charme et de tendresse en même temps qu’artiste remarquable, Marie-Louise Promio, dont nous avons souvent signalé à nos lecteurs l’admirable tempérament artistique et auguré le radieux avenir, vient de succomber à une brutale crise d’appendicite compliquée de péritonite, malgré les soins dévoués des docteurs Curtillet et Lavernhe, qui disputèrent âprement à la mort la chère petite malade qu’ils aimaient d’affection profonde, comme tous ceux, d’ailleurs, qui l’approchèrent.
La jolie fillette, si délicieusement sympathique qu’il suffisait de la voir pour l’aimer, possédait, malgré son jeune âge, un tempérament musical vraiment extraordinaire, et nous avons tout vibrant, le souvenir des ovations enthousiastes qui saluèrent son étonnant talent de pianiste au cours de quelques auditions dans lesquelles elle se produisit aux côtés de son maître Llorca. Hélas ! toutes ces belles qualités de cœur et d’esprit n’ont plus d’existence que dans la mémoire fidèle de ceux qui connurent la mignonne "Lolotte", cet être d’exception chéri de tous et dont il est trop vrai de dire, avec le poète :
Elle était de ce monde où les plus belle choses
Ont le pire destin !
Et, rose, elle a vécu ce qui vivent les roses,
L’espace d’un matin !
Cette mort si affreusement prématurée laisse inconsolables Mme et M. Alexandre Promio, nos éminents professeurs de chant, et nous les prions, au nom de leurs nombreux amis, d’agréer l’expression sincère de nos plus désolées condoléances et de notre participation profonde à leur deuil cruel.
Le Tell, Blidah, mercredi 24 janvier 1912, p. 2.
Ce décès scelle probablement la fin du couple et Mme Juliette Promio-Évrad embarque, seule, sur le paquebot "Carthage" le 27 juin 1912, à destination de Marseille. Son nom réapparaît quelque temps plus tard pour un dernier voyage vers la France en juillet 1913. Elle revient, vers cette époque à Lyon où elle finira ses jours quarante ans plus tard.
Sur le plan professionnel, Alexandre Promio va prendre part à diverses sociétés. Il participe ainsi à la fondation de la Société Anonyme de Produits Chimiques d'Algérie dont il accepte d'être commissaire aux comptes :
Que l'Assemblée générale a nommé M. Alexandre Promio, ancien élève de l'Ecole Centrale Lyonnaise, ancien administrateur de Sociétés, demeurant à Alger, rue d'Isly, nº 37, commissaire aux comptes pour le premier exercice social.
M. Promio a accepté.
Les Nouvelles, Alger, dimanche 3 mars 1912, p. 4.
Il est également partie prenante dans la Société d'Études pour la Création d'Hôtels dans l'Afrique du Nord :
LES PORTEURS
de parts de l'Association en participation dite "SOCIÉTÉ D'ÉTUDES POUR LA CRÉATION D'HÔTELS DANS L'AFRIQUE DU NORD sont convoqués en assemblée générale le lundi, 5 mai, à six heures du soir, dans le local du Comité d'Hivernage, 1, rue Combe, à l'effet de procéder à la nomination des membres du comité de surveillance.
Le gérant: PROMIO.
La Dépêche algérienne, Alger, vendredi 2 mai 1913, p. 3.
Peu après, il démissionne de son poste de gérant, à l'occasion de l'assemblée générale du 30 juillet 1913. Mais ce qui l'occupe principalement ce sont ses cours de chant et les concerts qu'il organise avec ses éléves comme celui du {tip Les Nouvelles, Alger, 30 janvier 1913, p. 1.} mois de janvier 1913.Il donne également des cours à l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger :
Aux Beaux-Arts.
Nous apprenons avec plaisir que Mme Mauger vient d'être nommée professeur de chant à l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger en remplacement de M. Promio.
Le Dépêche algérienne, Alger, mercredi 3 décembre 1913, p. 7.
Même s'il n'en fait plus sa profession, il continue à prendre des photographies et il expose des autochromes au Salon d'Art Photographique :
Salon d'Art Photographique
[...]
Mais il me tarde de parler d'une phalange d'artistes dont les oeuvres sont certainement parmi les plus belles, les plus intéressantes choses de l'Exposition.
[...]
Notons encore [...] les autochromes de MM: Garnier et Promio.
L'Écho d'Alger, Alger, 14 juin 1913, p. 4.
Dans les années qui suivent le nom d'Alexandre Promio n'apparaît plus que façon très occasionnelle dans la presse algérienne. Sa situation semble assez précaire si l'on en croit cette demande d'emploi :
Demandes d'emploi.
[...]
2º M. Alexandre Promio, recommandé tout spécialement par M. Trouiller président du IVe Groupe s'intéresserait à une affaire commerciale ou industrielle.
Journal général de l'Algérie et de la Tunisie, jeudi 3 et dimanche 6 février 1916, p. 1.
En novembre de la même année, il est réintégré dans ses fonctions de professeur de chant :
Société des Beaux-Arts d'Alger
Dans sa séance du 19 novembre, la Commission de musique de la Société des Beaux-Arts a décidé la réintégration de M. Promio en qualité de professeur de chant.
Les Nouvelles, Alger, jeudi 30 novembre 1916, p. 2.
Directeur du service cinématographique du Gouvernement Général de l'Algérie (1918-1924)
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| Becquer, Alexandre Promio (Alger, 1918) © Collection particulière |
Alexandre Promio ([Alger], c. 1920) © Le Grimh |
Le Gouvernement Général de l'Algérie décide la création d'un service photographique et cinématographie en 1918 et c'est Alexandre Promio qui est chargé de sa direction :
27 avril 1918-Arrêté du gouv. gén. portant création au gouvernement général de l'Algérie d'un service photographique et cinématographique (B. O., 1918, p. 899).
Considérant que pour répondre aux besoins de documentation photographique des services publics de l'Algérie, ainsi qu'aux nécessités de la propagande touristique, il y a lieu de créer un service photographique et cinématographique au gouvernement général de l'Algérie; -Vu l'état des crédits inscrits au chapitre 10, art. 1er, du budget spécial des versements de la banque de l'Algérie,
Un service photographique et cinématographique est créé au gouvernement général de l'Algérie (direction de l'agriculture, du commerce et de la colonisation). M. Promio, photographe, est nommé chef de ce service et recevra, en cette qualité, à dater du 1er mai 1918, une indemnité mensuelle de 400 fr., non passible de retenue pour la caisse des retraites. -Les déplacements effectués par M. Promio au titre précité donneront lieu au paiement des indemnités de séjour et de transport prévues par l'arrêté du 18 janvier 1913 au profit des vétérinaires délégués. -Les dépenses ci-dessus, ainsi que les frais de loyer et d'exploitation du service (achats de plaques, papiers et produits divers, rémunération des aides, etc.), seront imputés sur le budget spécial des versements de la banque de l'Algérie (chapitre 10, art. 1er). -En cas de suppression du service pour quelque cause que ce soit, M. Promio n'aura droit à aucune indemnité de licenciement.
Pour le gouverneur général – Le secrétaire général du gouvernement, – Léon Périer.
Revue algérienne, tunisienne et marocaine de législation et de jurisprudence, 1er janvier 1919, p. 90.
Le service photographique est installé à Alger, dans une partie des locaux, affectés à l’ancien Lazaret, lieu de détention des femmes. Grâce à des cloisonnements, il a été possible de créer des laboratoires assez vastes, « suffisamment aérés », dotés des perfectionnements les plus récents. Les locaux accessibles au public comprennent une grande salle d’attente qui sert de salon d’exposition pour les produits à céder et d’une salle de projections, de 21 m sur 8 m de largeur, garnie de 120 fauteuils « confortables », où l’on donne des séances de projections fixes ou animées à la demande des autorités des facultés, des écoles, etc. Toutes les opérations photographiques sont possibles dans ces locaux. Par ailleurs, le jardin, situé entre les laboratoires et les salles d’entrée, permet d’exécuter quelques petites scènes cinématographiques et les reproductions les plus diverses. « L’ordre et la propreté - vertus indispensables en photographie - règnent dans ces laboratoires » qui livrent parfois, en une seule journée, 300 épreuves de clichés divers ou 25 agrandissements de 1 m sur 1 m 50. Le personnel se limite à un chef de service, Alexandre Promio qui assume en outre les tâches d’opérateur de prise de clichés sur tout le territoire algérien, de prise de vues cinématographiques et de leur montage, à un employé et à un aide. Sa situation reste malgré tout assez précaire comme on peut le voir dans l'échange qui suit :
NON COLONS
17e Séance.-Jeudi 2 juin 1921.
M. GALLE. — C'est bien de votre département, Monsieur le directeur, que dépend le service photographique et cinématographique?
M. BRUNEL, commissaire du gouvernement. — Oui.
M. GALLE. — Vous n'êtes pas menacé de voir le chef de ce service vous quitter, à raison de la précarité de sa situation?
M. BRUNEL, commissaire du gouvernement. — J'espère bien que M. Promio ne voudra pas nous quitter, car nous apprécions beaucoup ses services. M. Promio, en même temps qu'un praticien, est un véritable artiste. D'autre part, il apporte une conscience dans l'exécution des travaux qu'on lui a confiés qu'on rencontre assez rarement. Il est infatigable et, dans le peu d'années qu'il a passées à la tête de ce service, il a constitué une véritable bibliothèque documentaire de clichés qui contiennent absolument tous les sites principaux de toutes les régions de la colonie. D'autre part, la documentation économique et industrielle est considérable. Il a réuni plusieurs milliers de clichés qui sont déjà préparés et disponibles pour tous les tirages que l'on peut demander, tous les agrandissements que l'on peut réclamer, en même temps que, déjà, 17.000 mètres de films, de films particulièrement intéressants concernant les questions économiques et les régions touristiques de la colonie.
Nous avons passé avec de très grosses maisons — la maison française "Eclair" —- des contrats en vertu desquels ces films sont tirés par elle et projeté dans les principaux établissements cinématographiques du monde. C'est ainsi qu'à l'heure actuelle, même à l'étranger, même aux Etats-Unis, des vues algériennes et des films documentaires passent tous les soirs sur la scène des principaux théâtres cinématographiques.
C'est là, Messieurs, un moyen de propagande extrêmement précieux, assez peu coûteux, étant donné le développement mondial qu'il a pris, et nous en avons déjà — nous le voyons par les comptes rendus de la presse qui nous sont envoyés d'un peu tous les points du monde — nous en avons déjà, senti tout le bénéfice.
M. Promio, je l'espère bien, n'a pas l'intention de quitter l'administration. Cependant, la raison pour laquelle il pourrait écouter d'une oreille favorable, des propositions plus avantageuses qui pourraient lui être faites, c'est qu'il n'a pas chez nous encore une situation bien stable. Et ceci, Messieurs, tient à une question de principe. C'est que, comme vous le savez, à la demande des Délégations financières, à la demande du Gouvernement général et du Gouvernement métropolitain, il a été entendu que l'on ne pourrait, au moyen des avances sur les redevances de la Banque de l'Algérie, payer des fonctionnaires. De sorte que tout le personnel que nous payons sur ces redevances est pris à titre temporaire et révocable. Il n'a, par conséquent, aucun des bénéfices qui sont accordés aux fonctionnaires, au point de vue de la stabilité et du versement pour la retraite. Et c'est peut-être la seule raison qui pourrait pousser M. Promio à écouter les propositions qui lui seraient faites en dehors de l'administration. Ce serait véritablement avec un très grand regret que nous serions dans l'obligation de nous priver de ses services.
Voilà, Messieurs, quelle est la question. Si, cependant, les Délégations financières estiment que ce service a fait ses preuves; que, déjà, il est reconnu comme devant entrer parmi les autres services du Gouvernement général pourvu de fonctionnaires dans les cadres, il nous sera agréable, si le Délégations financières en émettent le vœu, d'examiner la possibilité d'inscrire à un chapitre spécial les crédits de personnel nécessaires pour payer M. Promio. Ce jour-là, Messieurs, — et ce ne pourrait être avant 1923, — M. Promio pourrait devenir un fonctionnaire. Pour le moment, c'est un agent qui nous apporte son concours et qui peut être révocable à merci.
M. GALLE. — Je n'ai pas l'intention de vous demander de créer un fonctionnaire nouveau. Je veux simplement appeler votre attention sur une situation qui m'a été révélée. Je sais que M. Promio est à la tête d'un service de propagande extrêmement intéressant ; je sais que la situation qui lui est faite est éminemment précaire ; étant donné qu'elle ne répond pas au rôle qu'il remplit, vous êtes exposé à le voir vous quitter d'un jour à l'autre et à vous trouver dans l'embarras pour faire marcher un service qui a cependant un intérêt. Je crois qu'il est du devoir de l'administration de prévoir ce qui peut arriver. Ce n'est pas à nous de vous faire une proposition. C'est à vous de voir de quelle façon vous pouvez conserver les agents qui vous rendent des services.
M. PASSERIEU. — Il y a une autre question, qui est le corollaire de celle-ci : si nous considérons que tous les agents qui sont payés sur les fonds des redevances de la Banque de l'Algérie doivent devenir des fonctionnaires, nous allons faire dans le budget une brèche importante. Ce n'est pas une raison parce qu'une personne à laquelle on a confié un poste le remplir de la façon la plus sérieuse qu'on doive envisager la création dans le budget d'un emploi nouveau, au moment précisément où nous trouvons que les augmentations de personnel prennent des proportions inquiétantes pour le contribuable. Ils menacent de s'en aller si oh ne les paie pas assez Cette menace devient une répétition depuis ces derniers temps ! Si on les prenait au mot, il y en a beaucoup que hésiteraient à s'en aller.
Gouvernement Général de l'Algérie, Délégations financières algériennes. Session ordinaire de mai-juin 1921, nº 3. Délégation des non colons, Alger, Imprimerie administrative Émile Pfister, 1921, p. 720-722.
Alexandre Promio va parcourir le territoire algérien afin de nourrir le catalogue des vues fixes et animées de son service. Il va effectuer ainsi de très nombreux voyages :
Une indiscrétion nous permet de savoir que M. Promio Directeur du service cinématographique du Général a pris de nombreux clichés qui en faisant connaître dans toutes l'Algérie et le monde entier le bel élevage de la Jumenterie de Tiaret en augmenteront ainsi sa réputation mondiale.
L'Écho de Tiaret, Tiaret, samedi 17 juin 1922, p. 2.

Alexandre Promio. Cimetière arabe. [D.R.]
L'un des projets du service dirigé par Alexandre Promio est en effet destiné à faire connaître l'Algérie, en France et à l'étranger. C'est dans ce but qu'il organise un exposition :
M. Steeg à l'Exposition du service photographique du Gouvernement général.
Sous la conduite de M. Brunet, directeur de l'agriculture, M. Steeg a visité, hier, en compagnie des agrandissements photographiques de monuments et sites de l'Algérie, que le Gouvernement général se dispose à envoyer en France et à l'étranger, notamment aux Etats-Unis et en Angleterre. Ces agrandissements sont destinés aux locaux des grandes Compagnies et des Associations de tourisme; ils feront connaÎtre les beautés naturelles si nombreuses et si diverses de notre pays.
Ce sont de véritables oeuvres artistiques que M. Promio, chef du service photographique, a présentées au gouverneur général, qui l'a vivement félicité.
La Dépêche algérienne, Alger, vendredi 17 novembre 1922, p. 6.
L’une des tâches principales du service photographique est de fournir des épreuves photographiques de tous formats aux journalistes qui écrivent dans des publications illustrées : L’Illustré du Sud-Est, L’Algérie illustrée, L’Armée d’Afrique, L’Afrique du Nord illustré... On fait également appel au Service Photographique et Cinématographique pour des ouvrages scolaires comme L’Algérie, histoire, colonisation, géographie, administration. Il est, en outre, sollicité par les compagnies de chemins de fer pour l’ornementation de leurs gares, salles, halls ou buffets et la décoration de leurs voitures, par les syndicats d’initiative, les grands hôtels, les casinos, etc. La mission de propagande qui conduit la politique du service photographique du gouvernement général lui permet de distribuer de par le monde des dizaines de milliers d’épreuves de tous formats. En cinq ans de 1919 à 1924, 2904 photographies et 38 bandes cinématographiques seront ainsi cataloguées. Le service photo-cinématographique va donc proposer des films, mais leur diffusion ne pouvant être prise en charge par l’Administration :
… on a eu recours aux services d’une des plus grandes maisons d’édition française en matière de bandes cinématographiques. Le service photographique du gouvernement général se charge de la prise du négatif, de son montage complet. Il remet ce négatif à la maison contractante, dont le siège est à Paris, à charge pour celle-ci de répandre dans toutes ses agences de France et de l’étranger, les vues du gouvernement général. Un contrôle se fait par l’envoi au service des journaux cinématographiques français et étrangers.
J. Diroy, "La propagande de l'Algérie par l'image", L'Illustré, Lyon, janvier 1922, p. 1520.
Si le nom de la maison d’édition française n’est p.as cité, il est fort probable qu’il s’agisse de la Société Éclair qui travaille avec le Gouvernement Général de l’Algérie depuis 1912 et qui a coproduit certains films. On doit également à Alexandre Promio, en 1922, la publication d'un ouvrage richement illustré sur L'Algérie.

Alexandre Promio et Emma Canu (mai 1922)
© Le Grimh
Au service de la propagande coloniale, Alexandre Promio collabore avec la Compagnie Générale Transatlantique qui organise ses circuits automobiles nord-africains afin de développer le tourisme en Algérie. Le projet des auto-circuits est de fait relativement récent et Alexandre Promio participe au voyage d’inauguration de la grande route touristique « Alger-Casablanca » organisé par la Compagnie transatlantique du 8 octobre au 3 novembre 1920 et qui conduit la caravane d’Alger à Oran, Fez, Casablanca et Marrakech. Georges Rozet, rédacteur en chef de L’Illustré, raconte avec force détails ce voyage exceptionnel :
Ce Maroc, pas moins !… comme dirait Tartarin. Ce Maroc, que je n’étais pas tellement curieux de découvrir, il y a un mois, croyant le connaître ou le deviner suffisamment par ce que j’avais vu de l’Algérie et de la Tunisie !… Un mot me revient, un mot bien amusant de M. Promio, chef du service photographique et cinématographique du gouvernement d’Algérie, l’excellent camarade de route, doublé d’un artiste, dont l’objectif a diligemment travaillé pour nous durant le voyage :
- Quand on pense, ici, me disait M. Promio à Taza, à ce que nos amis les Anglais ont fait touristiquement de leur Caire, avec ses grands hôtels et ses petites pyramides !… [sic].
Il est vrai que, pour avoir agi touristiquement dans ses colonies « après vous, Messieurs les Anglais », la France n’a désormais plus rien à envier à ses alliés et peut même, peut-être, leur donner une leçon avec le circuit Alger-Casablanca.
Georges Rozet, "L'Algérie et le Maroc dans un fauteuil", L'Illustré de la Province et des Colonies françaises, Lyon, décembre 1920.
L'Illustré de la Province et des Colonies françaises publie également de très nombreuses photographies prises par le directeur du Service Photographique et Cinématographique. Il participe ensuite au circuit algéro-tunisien et L'Illustré consacre un numéro entier à l'événement (janvier 1922). Promio y évoque son attachement à l'Algérie :
Depuis si longtemps déjà que je photographie l’Algérie, je désespère de pouvoir jamais mettre un point final à ma collection, c’est-à-dire de pouvoir jamais rendre toute la physionomie, tous les traits et les nuances d’expression du visage de cette jolie femme qu’est notre divine Algérie.
"Les post-scriptum du Circuit algéro-tunisien", L'Illustré de la province et des colonies, Lyon, janvier 1922.
Cette même année, il organise une exposition dans les locaux de son service photographique dont Robert Dzim offre un témoignage sous le titre "Une belle exposition" :
Au Service Photographique
du Gouvernement Général
UNE BELLE EXPOSITION
On connaît peu le patient labeur accompli par le personnel du service photographique du gouvernement général et les résultats remarquables obtenus, résultats dont profite notre propagande touristique en France et à l’étranger.
Déjà les nombreux visiteurs qui ont parcouru les salons du pavillon de l’Algérie à l’Exposition de Marseille ont été émerveillés des services énormes rendus à toutes nos administrations par le service photographique. Chacune d’elles, en effet, a fait de multiples emprunts à la section de photographie que dirige M. Promio. Mieux que toutes les brochures, les tableaux exposés au-dessus des produits algériens ont montré l’oeuvre immense de la colonisation.
Les étonnants agrandissements de 3 m 50, celui de 7 mètres qui représente le port d’Alger, par leur facture et leurs dimensions inusitées - jamais obtenus par personne en ce qui concerne le plus grand - ont surtout attiré l’attention.
L’exposition qui a attiré, hier, dans les salons et les jardins du Lazaret, où est actuellement installé le service, tous les amateurs d’art photographique, ne présentait pas d’oeuvres de cette ampleur, mais parmi les photos exposées, cent quatre-vingt-quatorze avaient déjà les respectables dimensions de 1,60 x 1,40.
Ce sont, traités de magistrale façon, les beaux paysages du Tell, de la Kabylie, du Sud, toutes les merveilles de notre incomparable pays, ce sont les ruines prestigieuses de Timgad, de Djemla, de Lambèse, de Cherchell, et aussi celles de Tunisie et du Maroc, car il ne faut pas oublier, et on l’a compris au gouvernement général, que l’Afrique du Nord ne fait qu’un tout au point de vue touristique, et qu’en aidant nos voisins à appeler les visiteurs, nous travaillons pour nous.
Toutes ces photos sont en effet destinées à la propagande touristique. Le plus grand nombre d’entre elles ont été commandées par la Compagnie transatlantique pour orner des hôtels et intensifier une publicité dont nous ne pouvons que nous réjouir ; les autres sont destinées au Ministère de l’Intérieur, au Casino de Vichy, aux bureaux de luxe que possède la Compagnie PLM à New York, à Londres et à Nice.
D’autres ont déjà été envoyées aux Compagnies PLM du Midi et du Nord ; d’autres sont en préparation - car on travaille inlassablement dans les modestes laboratoires du service photographique. Elles sont destinées à faire connaître l’Algérie, aux voyageurs qui circulent sur l’Est, le PO, les chemins de fer d’Alsace et de Hollande.
Ce travail patient et bien fait pour développer, par une publicité artistique, l’industrie du tourisme algérien, méritait d’être encouragé.
Hier après-midi, M. le gouverneur général est allé visiter l’exposition du service photographique. Accompagné par M. Ginoux, directeur de son cabinet, par le général de Bonneval, par M. Brunel, directeur de l’Agriculture et du Tourisme, et par M. Duroux, sénateur d’Alger, il a longuement étudié l’oeuvre de ses collaborateurs et a tenu à manifester sa satisfaction à M. Promio, chef du service, et à son personnel.
Tous ceux qui ont visité l’exposition d’hier et qui ont suivi le long effort du service photographique comprendront combien les félicitations de M. Steeg étaient méritées.
L'Écho d'Alger, Alger, vendredi 17 novembre 1922, p. 2.
En 1922, après avoir officiellement divorcé de Juliette Évrard, il épouse à Alger, le 18 mars 1922, Juliette, Fernande, Emma Canu. Deux actes sont alors signés : donation par M. Promio à Canu (16 mai 1923) et révocation de la donation Évrard (28 juin 1923).
Au cours de l'année 1923, il participe à l’expédition des « chenilles » à travers le Sahara (17 décembre 1922- 7 mars 1923). Il s’agit là d’un autre circuit qui utilise un nouveau moyen de transport, les auto-chenilles, afin de permettre l’accès au désert. Côté vie privée, il se rend régulièrement en France, en été, pour un traitement thermal. Côté professionnel, il ne cesse de demander des aides financières et des primes que le Gouvernement Général de l'Algérie a du mal à lui concéder. À cettte époque, le Service Photographique et Cinématographique est rattaché à la Direction de l'Agriculture. Alexandre Promio continue pourtant sans relâche à photographier et cinématographier la colonie :
LE VOL À VOILE
Le Meeting de Biskra
commence aujourd'hui
[...]
C'est M. Promio, chef du service photo-cinématographique du Gouvernement général, qui ira à Biskra filmer les épreuves du concours, et l'envoi de ce spécialiste dans la capitale des Zibans est une nouvelle preuve de l'intérêt que le Gouvernement général porte à cette manifestation.
L'Echo d'Alger, Alger, vendredi 26 janvier 1923, p. 2.
Les travaux photographiques et cinématographiques réalisés au cours de ses années algériennes constituent un très vaste corpus qui rend compte de la colonisation du pays au cours des années 1910-1920.
Les dernières années (1924-1926)
Alors qu'il est encore chef de Service au Gouvernement Général de l'Algérie, il passe un acte sous seing privé par lequel il consent un crédit à Georges Bernheim, son futur gendre. Grâce à un accord avec les P.L.M., les films de propagande tournés par Alexandre Promio vont faire partie de leur collection :
FILM DE PROPAGANDE
Nos lecteurs n'ont pas oublié que, sous l'active impulsion du chef de ses services commerciaux, M. Maria, la Cie P.L.M. a présenté l'an dernier aus algérois ses premiers films de propagande.
Ceux-ci ne montraient l'an dernier que des régions de France, parmi celles que parcourent les trains et les autos-cars du P.L.M. Cette année, grâce au concours du service cinématographique du gouvernement général, dont le directeur, M. Promio, a pris une intéressante série de bandes, des films algériens entrent dans la collection qui va passer sur un grand nombre d'écrans dans le but de faire mieux connaître les beaux sites d'Algérie. De cette innovation l'Algérie ne peut tirer que profit. Aussi est-ce avec plaisir que nous assistions jeudi à la présentation de ces films dans la salle de projection du gouvernement général.
L'Écho d'Alger, Alger, samedi 19 janvier 1924, p. 2.
Au printemps 1924, Alexandre Promio retourne pour la dernière fois en France et il adresse, pour cela, un courrier au Gouverneur Général, daté du 15 mai 1924 :
Monsieur le Gouverneur Général,
J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance un congé de UN MOIS me permettant de me rendre en France pour suivre un traitement thermal.
J’ai obtenu l’an dernier un congé de Deux mois pour le même motif.
Je sollicite également la faveur d’un passage gratuit aller et retour pour Marseille, le dernier passage qui m’a été accordé date de 1921.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur Général, le respectueux hommage de mon profond dévouement.
Une dernière photographie le représente, en octobre 1924, entouré des étudiants de la caravane qui parcourt alors l’Afrique du Nord à la suite d’un concours organisé par le quotidien Le Journal.

"La caravane d'étudiants métropolitains qui parcourt actuellement l'Afrique du Nord. Au centre, M. Promio, chef du Service photographique au Gouvernement général." Photo Promio.
publié dans L'Afrique du Nord illustrée, samedi 18 octobre 1924, p. 4.
Quelques semaines plus tard, il quitte définitivement l’Algérie :
Au service photographique du gouvernement général de l’Algérie : L’Illustré, qui suit de près la vie économique et les manifestations régionales ou touristiques de notre belle colonie méditerranéenne, a eu très souvent l’occasion de faire appel à l’excellent service photographique et cinématographique du gouvernement général de l’Algérie. Aussi, n’est-ce pas sans un vif regret qu’il apprend le départ de M. Promio, chef de ce service, départ uniquement dû, d’ailleurs, à des raisons de convenances personnelles et qui a été pour M. Promio, de la part de ses chefs comme de la part des hautes personnalités algériennes, l’occasion de chaudes manifestations d’estime et de sympathie.
Au service photographique et cinématographique du gouvernement général de l’Algérie, M. Promio avait consacré, depuis de longues années, autant d’intelligence que de labeur. Son oeuvre photographique, que nos lecteurs ont pu admirer en grande partie, et qui d’ailleurs survivra à son départ, a puissamment contribué aussi bien dans les expositions que dans les colonnes de la presse, à la propagande touristique de l’Algérie. Elle représente, outre le talent de l’artiste et un délicat travail de laboratoire, une somme considérable de voyages et d’excursions, pas toujours confortables, d’expéditions faites à dos de mulet ou à pied et de nuits sous la tente ou dans les gourbis : on ne photographie pas aussi aisément des scènes de moeurs de l’Aurès ou des sites du M’zab que les remparts de Carcassonne ou les tours de Pierrefonds…
Enfin, au cours des réceptions et voyages officiels ou des caravanes de propagande remarquablement organisés ou patronnés par le gouvernement général de l’Algérie et spécialement par la direction de l’Agriculture, Commerce et Colonisation, M. Promio savait être aussi à la fois le compagnon courtois et aimable et le guide averti, fertile en renseignements et en anecdotes, que les touristes officiels, invités et surtout journalistes, appréciaient tout particulièrement. C’est dire qu’il emporte avec lui, en même temps que l’estime de ses chefs, la sympathie reconnaissante de tous ceux qui l’ont eu pour compagnon de voyage à travers les admirables sites et monuments de l’Algérie et même de toute l’Afrique du Nord.
L'Illustré de la province et des colonies, Lyon, janvier 1925.
La santé d’Alexandre Promio semble avoir motivé ce départ pour la métropole qu’il ne quittera plus à partir du début de l’année 1925. Le 13 février, Alexandre Promio souscrit une assurance au Phénix à Paris pour une somme de 50 000 francs. Le 21 avril, Simone Canu, fille d’Alexandre, épouse Georges Bernheim. La dernière apparition publique connue d’Alexandre Promio date du 15 juin alors qu’il assiste au discours de Louis Lumière à l’Académie des Sciences. Ce dernier salue sa présence en ces termes :
Je suis heureux de retrouver dans ce milieu d’amis les visages connus de quelques excellents collaborateurs de jadis : MM. Promio et Mesguich qui, avec Clément Maurice dont il m’est agréable de rencontrer ici le fils aîné furent les premiers à faire connaître de par le monde notre petit moulin à images.
Louis Lumière, Discours, Paris, Académie des sciences, 15 juin 1925.
Il apparaît enfin à la veille de sa disparition comme directeur de la société Fiot (Paris). C’est à son domicile 34, rue de Châteaudun (actuelle rue du RP Christian Gilbert) à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) que Jean, Alexandre, Louis Promio s’éteint, à l’âge de 58 ans, le 24 décembre 1926 à 18 heures, la veille de Noël. C’est Georges Bernheim, son gendre, qui déclare le décès. Le 28 décembre, il est incinéré au Cimetière du Père-Lachaise (Paris). L’urne contenant les cendres a été placée dans la case temporaire nº 5852. Cette case n’ayant pas été renouvelée a été reprise par l’Administration et les cendres transférées à l’ossuaire du cimetière de Thiais. Ce n’est qu’au mois de mars suivant que la presse annonce le décès d’Alexandre Promio :
Atteint il y a quelques années d’une très grave maladie, il avait paru se remettre : mais l’an dernier ses forces le trahirent et il ne se sentit pas la force d’accepter la situation que, sur la recommandation de M. Brézillon et de notre directeur, M. Osso lui avait offerte pour la vérification des cabines. Nous étions sans nouvelles de lui depuis plusieurs mois...
Le Cinéopse, Paris, vendredi 1er avril 1927.
Il figure sur la table des successions et absences (1926) et la notoriété après le décès d'Alexandre Promio est établie le 23 juin 1927.
Sources
BERTIN Lucien, "Les Arts Photographiques", Bulletin de la société industrielle de Rouen, année 1899, p. 98-99.
CASANOVA Jany, "Après avoir introduit le cinéma en Amérique Emile Guyot est devenu marchand des quatre-saisons", Lyon, 16 avril 1936, Paris-Soir, Paris, 19 avril 1936, p. 8.
COISSAC Guillaume-Michel, Histoire du cinématographe, Paris, Éditions du Cinéopse, 1925, 604 p.
DE VAULABELLE Alfred et Charles HÉMARDINQUER, La Science au théâtre, Paris, Henry Paulin et Cie éditeurs, 1908, p. 132-137.
EMMANUEL Jean, "Quand Jean Liézer tournait 'La Passion...", Pour vous, 20 août 1931, p. 3.
LASI Giovanni, "Un projet de Film d'Arte italien avant l'heure", 1895, nº 56, décembre 2008, p. 191-204.
"M. Promio demande s'il ne serait pas possible de faire fonctionner pendant 5 minutes les eaux du bassin pour prendre des vues - Trianon (1902)". Archives Nationales. F/21/6331.
PROMIO Alexandre [non crédité], L'Algérie, Paris, Devambez, avril 1922, BN 4º LK8 2320.
"PROMIO Alexandre" (dossier du personnel), Algérie série 1 G. Dossiers du personnel. Archives d'Outre-Mer.
SEGUIN Jean-Claude , Alexandre Promio, ou les énigmes de la lumière, L'Harmattan, 1998, 304 p.
Remerciement
Archives Nationales (Ministère de la Culture)
Archives d'Outre-Mer.
Conservatoire National de Région de Lyon.
Les descendants d'Alexandre Promio.









