Eduardo PINTO

(Lisbonne, 1887-Paris, 1965)

pinto eduardo

Jean-Claude SEGUIN

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José Augusto Pinto épouse María José de Almeida. Descendance :

  • Antonio Pinto dit "Tonito", "Tonito" ou "Tonyto" ([1872]-)
  • Eduardo Pinto dit "Teddy", dit "Pif-Paf" (Lisbonne, 14/01/1887-Paris 6e, 20/11/1965)
    • épouse Baptista Juliette Eugénie Bastien.
    • épouse Lydie, Lucie Parent (La Ferté-Saint-Cyr, 24/02/1912-Paris 14e, 12/10/2004).

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Fils d'une famille de forains portugais, Antonio Pinto quitte ses parents pour devenir artiste de cirque:

Mr. EDDY.- Mon frère aîné était dans le métier; il avait 15 ans de plus que moi. Je suis d'origine portugaise, et mes parents ne voulaient pas qu'on soit artiste, chez nous. Mon frère était parti sans rien dire, avec un anglais qui s'appelait Tonny GRES [sic].


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

Le clown britannique Tony Grice (ou Greace) a déjà réalisé plusieurs tournées en Espagne et en France: Barcelone (mai-octobre 1879), Vigo ([novembre 1879]), Saint-Sébastien (juillet 1880), Madrid (septembre-octobre 1880), Cordoue (juin 1882), Cordoue (juin 1883), Cordoue (juin 1884), Madrid (juillet-octobre1884), Paris (novembre 1884-août 1885), Saint-Sébastien [août 1885], où il fait la rencontre de ChocolatMadrid (août 1885), Pampelune (novembre 1885). Barcelone (décembre 1885), Madrid (abril-septembre 1886), Paris (octobre 1886-juin 1887), où il fait équipe avec Foottit et Chocolat, Amiens (juillet 1887) où apparaît pour la première fois "Tonino", ... En octobre 1889, il est de nouveau à Barcelone où il participe à un spectacle où l'on retrouve "Tonito", nom de scène d'Antonio Pinto:

CIRCO EQUESTRE:-De nou ha sigut contratat l'original clown inglés Tony-Grice que debutá lo dissapte passat. Al reapareixer fou saludat ab un llarch aplauso, com á mostra de simpatía.
Ab sentiment hem vist que lo dit clown nos' ha corretjit de fer bufonadas entre la concurrencia, que pagant, vá al Circo per distreurers, pero nó á ser blanco de las quijotadas de tant original clown.
Dihém aixó perque diumenje a la tarde feu pagar lo pato a un concurrent qu'estava en fila 1.ª, y encar qu'aquest li propiná una bastonada, no fou lo suficient per corretjirse, pus ell encar després hi feya broma.
Pensi lo senyor Tony lo qu eli passá per igual motiu, en altra temporada en Barcelona y també en Madrit.
Debutá ab ell un jove nomenat "Tonito" qu'es una verdadera especialitat en fer salts mortals, per lo que se vejé sumament aplaudit.


La Tomasa, Barcelona, 11 de octubre de 1889, p. 9.

La prensa barcelonesa vacila entre "Tonito" y "Tonino", pero lo cierto es que se le describe como un auténtico saltador. A partir de aquel momento, Tony Grice, naturalizado portugués (1890), hace equipo con él durante varios años. A veces figura como Tonyto:

Con un lleno completo reanudó anoche sus funciones el circo de Price.
La compañía se compone de notables artistas ecuerstres y acrobáticos que hicieron anoche sus habilidades ante un distinguido público, que les colmó de aplausos.
El popular clown Tony Grice y su discípulo Tonyto, fueron objeto de una verdadera ovación, lo mismo que el notable profesor de equitación D. Eduardo Díaz y el célebre tirador Krail Rossel.


La correspondencia de España, Madrid, 5 de octubre de 1890, p. 3.

 Avec la disparition de Tony Grice, s'achève l'équipe:

Muerte de Tony Grice.-El 20 a las ocho de la mañana, falleció en la ciudad de Oporto, el conocido clonw, Tony Grice, que desde hace muchos años venía actuando en la compañía que dirige el señor Díaz, y que en el pasado invierno trabajó en Jerez.


El Guadalete, Jerez, 23 décembre 1892, p. 2.

On perd la trace d'Antonio Pinto jusqu'en [1895], époque à la laquelle il revient à Lisbonne:

Quinze ans après, il est revenu à Lisbonne pour travailler. Ça m'a enchanté, et j'ai demandé à ma famille de me laisser partir. Et pourtant, je partais avec mon frère, et non pas avec un étranger comme il l'avait fait, lui. Ils ont fini par me laisser partir, pourtant, et j'ai débuté à Madrid. J'avais 8 ans.


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

Il repart en tournée, désormais, sous le nom de Tonito Grice ou simplement Tonito et fait équipe avec "El Tonto": Madrid (juillet 1895):

J'étais acrobate. Ensuite, malheureusement, très jeune, j'ai eu mes accidents. Je me suis déboîté les genoux, et la vie acrobatique a été finie; je suis resté ·"clown Auguste".-Ou vous êtes comique, ou vous ne l'êtes pas. J'ai eu cette chance d'être comique, et nous formions ce gorupe dont l'un s'appelait Tonito et moi Pif Paf. Je me suis appelé Pif-Paf, parce que je ne donnais jamais une giffle, j'en donnais deux : pif, paf; et même quand j'était acrobate on m'appelait ainsi: pif-paf par ci, pif-paf par là. Ça m'énervait, je n'aimais pas ça, je disais "Je m'appelle Teddy et pas Pif-paf." Mon frère a également eu un accident. Il s'est cassé les deux tandons, en acrobatie. Alors, nous avons essayé les Augustes, et nous avons toujours réussi.


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

pinto antonio
Gente conocida, año I, Núm. 6.º, Madrid, 11 de julio de 1900, p. 8.

La revue Gente conocida, lui consacre quelques lignes où il est question de son accident:

Tonito Grice, el célebre Tonito, tan gracioso como siempre, recordando a su gran maestro, el inimitable Toni Grice.
Tonito, el primer saltador del mundo, no puede ahora ejecutar sus portentosos saltos, por prohibirselo una luxación; pero en cambio entretiene al público con sus intermedios, salpicados de ingenio y sales.


Gente conocida, año I, Núm. 6.º, Madrid, 11 de julio de 1900, p. 8.

Le nom "Pif-Paf" n'apparaît, dans la presse, qu'en 1903, à Cordoue:

Plaza de toros.-Dos entradas magníficas hubo el domingo, por tarde y noche, en la Plaza de toros. Entre las novedades de las últimas funciones figura la presentación de los clowns Tonito y su tonto Pif-Paf, que debutaron el sábado y son buenos artistas. El público los aplaude todas las noches, obligándoles a repetir sus trabajos.


Diario de Córdoba, Córdoba, 21 de julio de 1903, p. 2.

En août 1903, les deux frères rejoignent la compagnie de Gil V. Alegría du Circo Ecuestre de Barcelone:

Anteanoche se inauguró la temporada del Circo Ecuestre en el Teatro del Tívoli, hallándose el local literalmente ocupado, como que quedaron despachadas todas las localidades y la entrada general. La nueva compañía que presenta el señor Alegría, aunque figura en ella algún artista ya conocido de temporadas anteriores, ofrece un conjunto muy aceptable.
[...]
Entre los clowns figuran el tonto Arturo, Tonito Grice y Pif Paf, con vis cómica bastante para excitar la hilaridad del público, hallándose en el mismo caso otros dos, sin que tengan por lo mismo necesidad de apelar e recursos poco cultos y que desdicen del teatro y del público.


Diario de Barcelona, Barcelona, lunes 31 de agosto de 1903, p. 10394.

barcelone 1903 circo ecuestre
Dyptique du Circo Ecuestre del Tívoli
Temporada 1903-1904
Source: Colección Circus Arts Foundation. Archivo Genís Matabosch.

C'est au cours de la saison 1903-1904 qu'Eduardo Pinto "Pif-Paf" est remarqué par Segundo Chomón, qui est alors coloriste pour Pathé, qui lui propose de tourner un petit film:

Et j'ai fait deux fois le tour du monde. Ensuite, j'avais 18 ans, nous avons été à Barcelone, avec ALLEGRIA. Et un metteur en scène de chez Pathé était justement de passage: il s'appelait Chaumont. C'était le créateur des scènes à trucs. (école de Méliès). Il est venu me voir, et il a parlé avec mon frère pour lui demander si nous pourrions faire un petit scénario. Je lui ai dit franchement que je n'avais jamais fait de cinéma. Il me dit qu'il désirait seulement une entrée de clowns à ce moment-là on ne faisait que de petits métrages de 60 à 75 mètres, ou tout au plus 100 mètres. Cette entrée, j'arrivais tout simplemente sur la piste, en train de lire un journal, avec un chapeau haut-de-forme; mon frère arrivait, mettait le feu au journal, qui mettait le feu au chapeau, ça faisait une boule toute rouge, et l'orchestre commençait: boum, boum, boum... les pompiers arrivaient: pin-pon-pin-pon... ils prenaient une échelle, on l'accrochait au mur et avec une toute petite pompe à vapeur qui avait un siphon, on m'arrosait, et moi avec l'échelle je faisais le tour et je sortais. Pour tourner cela, Chaumont m'avait dit de ne pas me maquiller. Et moi, comme tous les Augustes, les fils Fottit, c'était du gros maquillage. J'étais un gros comique, un comique à froid; je me suis maquillé un tout petit peu seulement, et je me trouvais drôle, mais Chaumont trouvait ça très bien. Moi, j'ai trouvé ça très mal...


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

Le tournage a sans doute eu lieu vers le mois de novembre puisque la vue cinématographique est présentée à ce moment-là sous le titre Tonito y Pif-Paf, clowns del Tívoli. Eduardo Pinto va poursuivre ses tournées en Espagne: Valence (février-abril 1904), Cordoue (mai 1904), Burgos (août 1904), Palma de Majorque (décembre 19034), Valence (mars 1905), Cordoue (mai 1905), Almeria (septembre 1905),Barcelone (mai-juillet 1906)... Il semble alors avoir effectué son service militaire au Portugal [1907-1908]. On retrouve Pif-Paf et son frère dès 1908, en France: Beaune (juin 1908), où il fait équipe avec Tonyto, Marseille (juillet 1908)... C'est vers cette époque qu'il faut situer son engagement au Cirque Métropole: 

J'avais à ce moment-là, après avoir travaillé dans tous les cirques en Espagne, un engagement pour le Cirque Métropole, avenue de la Motte Picquet, à Paris, qui n'existe plus maintenant. Chaumont me dit, "quand vous serez à Paris, venez me voir". 


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

En septembre 1909, Eduardo Pinto est engagé au Nouveau-Cirque où il retrouve Tonito, Foottit et Chocolat. C'est à ce moment-là qu'il semble avoir repris contact avec Segundo Chomón:

Un an après, j'arrive à Paris, je vais chez Pathé; Chaumont me dit qu'il y avait certainement quelque chose à faire. À ce moment, il y avait Max Linder, Boireau, Deed. Je devais partir en tournée en Italie avec Deed et mon frère. C'était mon frère le créateur des trois clowns: deux Augustes et un clown. Nous sommes arrivés avant les Fratellini... Alors, aux propositions de Chaumont, j'ai répondu que je ne pourrai pas faire une chose continue.


Cinémathèque Française, Fonds Commission de Recherche Historique, 8 oct. 1949, CRH59-B3.

La presse corrobore les déclarations d'Eduardo Pinto:

NOUVEAU-CIRQUE.-Spectacle de réouverture.-Tout le monde était là hier soir pour la réouverture du Nouveau-Cirque qui demeure un événement toujours parisien. Salle brillante comme public et brillante comme décoration, fleurs et plantes vertes, lumières multicolores.
[...]
Des clowns, Foottit, Chocolat, Tonito, Tommy, Georgey, Pif-Paf, Tablette, le nain Pierrot, etc., pleins de verve et de fantaisie, ont amusé le public par leurs joyeuses et originales facéties. Doottit surtout, avec une nouvelle scène comique de sa création, a fait terminer la représentation dans un éclat de rire général.
Et voilà le Nouveau-Cirque encore en route pour une saison qui ne le cédera en rien aux plus belles de ce superbe établissement qui réunit l'art, la grâce, la force et l'adresse: 231, rue Saint-Honoré.-UN M. DU B.


Le Figaro, Paris, 4 septembre 1909, p. 5.

Il retrouve ainsi Segundo Chomón et travaille un an environ chez Pathé, probablement jusqu'au départ de l'Espagnol. On le retrouve à la "Films Lux" où il apparaît, en avaleur de grenouilles, dans Les amis de M. Gaudillot (1910). Il part ensuite à la société Éclair où il travaille, en particulier, avec Victorin Jasset.

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