LA COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ

Historique

Jean-Claude SEGUIN

"Th. Pathé frères" (1905)

Société en nom collectif "Th. Pathé frères
Archives de Paris, D31U3 1045, nº 568

Théophile Pathé, frère de Charles Pathé, dirige, à Berlin, la succursale allemande de la Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision, Anciens Établissements Pathé-Frères, depuis l'automne 1903. Après avoir rencontré un certain nombre de difficultés pour faire tourner son entreprise, la situation s'améliore lentement au cours de l'année 1904. Cette embellie pousse le représentant de la maison Pathé à prendre une certaine indépendance - construction de projecteurs par Oskar Messter, liens commerciaux avec Georges Méliès et la Star Film, etc. -, ce qui va incommoder la société parisienne et son fondateur.Voyant que les relations se détériorent, Théophile Pathé, sans doute par prudence, et ses deux cousins Édouard (54, rue du Faubourg St Denis) et Eugène (26, Impasse du Progrès) fondent, le 15 mars 1905, la société en nom collectif "Th. Pathé frères" qui " a pour but, la fabrication, la vente et l'achat d'appareils cinématographiques, de films, appareils, matières premières et tous accessoires se rattachant à cette industrie." Le siège de la société est fixé à Paris, au 26, impasse du Progrès et le capital social est de 81.700 francs. Théophile Pathé apporte, en particulier, " les marchandises existant dans sa maison de Berlin 73 Fredrich Strasse, de films et divers " pour un total de 60.500 francs. Edouard et Eugène Pathé, quant à eux, " apportent à la Société, la raison sociale : " Pathé Frères ", en outre, le premier " apporte son concours et ses aptitudes professionnelles " et le second " l'installation, le matériel, le droit au bail, et les loyers payés d'avance, d'une usine créée pur la fabrication des appareils formant l'objet de la dite société laquelle usine est située à Paris, impasse du Progrès 26. 

L'émancipation de Théophile Pathé et la création de la nouvelle société "Th. Pathé Frères" - qui détourne le nom de la société rivale - vont rendre plus délicates les relations entre les deux frères et les deux sociétés. Face aux décisions prise par Charles Pathé de reprendre en main les affaires de la succursale berlinoise, Théophile va tenter une action auprès du Tribunal de Commerce, mais sans succès comme l'exprime le jugement de novembre 1905 :

… Attendu que Théophile Pathé prétend que Pathé frères après l’avoir installé à Berlin en novembre mil neuf cent trois comme leur seul représentant pour la vente de films cinématographiques auraient abusivement et sans droit rompu brusquement le deux février mil neuf cent cinq les engagements qu’ils auraient contractés à son égard qui étaient de lui envoyer les marchandises ils l’auraient mis dans l’impossibilité de jouir du fruit de son travail, qu’il requiert en conséquence au Tribunal de résilier aussi de Pathé frères les conventions d’entre les parties, d’obliger ces défenseurs avec pour prix facturés les marchandises fournies et actuellement à Berlin le stock disponible pour le préjudice causé, de les condamner à lui payer une somme de cinquante mille francs au titre de dommages et intérêts. Mais attendu que des débats et des documents fournis il résulte que si à la vérité Pathé frères ont loué à leur nom le local dans lequel Théophile Pathé est installé à Berlin, lui ont même indiqué de mettre sur ses imprimés les mots " filiale Pathé ", ils n’ont eu d’autre but, en lui concédant une remise relativement importante, non seulement sur des films cinématographiques qu’il se faisait expédier, mais encore sur les films cinématographiques Pathé frères vendus en Allemagne, que de venir en aide à son frère malheureux ; qu’ils n’ont agi à son égard que par pure bienfaisance sans avoir passé avec lui aucun contrat quelconque, que cependant peu reconnaissant de la situation de frère qui lui était faite, il vendait des films de maisons concurrentes, qu’il se préparait même à monter une fabrique de produits similaires ; que dès lors il doit ne s’en prendre qu’à lui-même et à ses agissements répréhensibles du dommage qu’il a pu éprouver par suite du refus justifié de Pathé frères de continuer à lui céder des films de leur maison ; qu’ainsi sa demande à toute fins qu’elle comporte doit être rejetée. Le tribunal jugeant en Premier ressort déclare Théophile Pathé mal fondé en sa demande à toutes fins qu’elle comporte. Le déboute et le condamne par les voies de droit aux dépens, de même ainsi de l’enregistrement du présent jugement, les dépens du chef de Pathé frères. Ordonne que le présent jugement sera exécuté selon sa forme et teneur jugé par MM. …


" Jugement du Tribunal de Commerce ", Archives de Paris, D2 U3 3 737, 18 novembre 1905.

L'erreur de Théophile Pathé est de n'avoir pas officialisé sa situation par un contrat en bonne et due forme. En l'absence de document, il paie sa naïveté et sa confiance en la parole donnée. Par ailleurs, le nom même de la société ne peut que soulever quelques questions. L'utilisation de "frères" reste ambiguë, dans la mesure où les autres co-fondateurs sont, en réalité, ses cousins et non ses frères.

La brève existence de la société n'a guère laissé de traces sur ses activités, et sur sa production cinématographique, à laquelle participe probablement André Wentzel, transfuge venu de la maison Pathé, nous ne disposons que de peu d'informations à l'exception des souvenirs de Suzanne Pathé et de Paul Thomas et de certains titres qui pourraient se trouver dans le recensement d'Herbert Birett.

"Théophile Pathé et Compagnie" (1906)

Société "Théophile Pathé et Compagnie"

Cette nouvelle société en nom collectif a pour premier objet de faire disparaître le substantif "frères" dont on peut admettre qu'il est l'une des pierres d'achoppement sur laquelle repose le procès qu'intente Charles Pathé à son frère. Par ailleurs, les deux cousins Édouard et Eugène ne font plus partie de la société dont le siège est désormais 6, rue de Lancry, et le nouveau co-fondateur est Louis Morénas. Ce dernier apporte 50.000 francs et Théophile Pathé la même somme en matériel. L'objet est quant à lui globalement reconduit.

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Marque Théophile Pathé & Cie (Paris), déposée le 9 octobre 1906

Outre une production de films, la compagnie semble avoir également édité des  cartes postales. En Espagne, c'est la société en commandite Rosich y Ribas de Barcelone qui le représente.

rosich ribas 1906
La Atalaya, Santander, martes 26 de junio de 1906, p. 4.

Cette société n'a que quelques mois de vie lorsque va se constituer la Compagnie des Cinématographe Théophile Pathé.

"Compagnie des Cinématographes Th Pathé" (1906-1914)

1906 compagnie des cinematographes theophile pathe
Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé
Statuts (1906)

Direction de Théophile Pathé (décembre 1906-juillet 1907)

En décembre 1906, Théophile Pathé va fonder une nouvelle société dénommée "Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé" qui lève les ambiguïtés antérieures puisque l'utilisation du patronyme se justifie parfaitement dans la mesure où c'est bien celui, aussi, du fondateur. Ce dernier apporte à la société :

- La licence d’un brevet d’invention pris en Allemagne au nom de M. Messter pour un appareil de projection.
- Le droit au bail de divers locaux parisiens et le droit à l’occupation de locaux à Berlin (Friedrichstrasse numéro 211) et à Vienne (Autriche).


Phono-ciné-gazette, Paris, mercredi 1er mai 1907, p. 172.

Bien plus ambitieuse, la société, avec un capital fixé à 2.000.000 francs, se situe bien au-dessus des compagnies équivalentes qui sont fondées à l'époque. Il se répartit de la manière suivante: 20 000 actions de 100 dont 4000 règlent les apports, 16000 actions dont 433 sont entièrement libérées, 11.592 sont libérées de moitié et 3975 sont libérées d'un quart. La société dispose donc, dès sa formation d'une mise de fond initiale que l'on peut estimer à 722 275 francs. Le nombre de souscripteurs s'élève à 150, mais pour la plupart leur contribution est minime.

La société sise au 99 rue de Richelieu - transférée plus tard au 8 rue Favart - dispose de droits ou de droits à la location pour 5 établissements, le premier sis rue de Richelieu (coûtant 14000 francs par an), le deuxième,  Impasse du progrès (1200 francs par an), un troisième 6 Rue de Lancry (2500 francs par an), et deux " succursales " à Berlin (2250 francs par an) et à Vienne (2600 francs par an). Par la suite, la société fait construire un atelier Impasse Gaudelet (Paris, 11e), et une usine dite de Gâtines qui sert aux prises de vues.

La société a pour objet social la fabrication et la vente de tous appareils et films cinématographiques ainsi que tous appareils de précision; la recherche, l'étude et l'exploitation de tous procédés de fabrication et de tous brevets relatifs à la photographie ou au cinématographe; l'exploitation publique des appareils et produits de la société...

La constitution de cette nouvelle société ne laisse pas indifférent Charles Pathé qui utilise la presse professionnelle pour divulguer quelques informations peu amènes :

Afin d'éviter toute confusion, elle déclare que M. Théophile Pathé, qui vient de créer une Société nouvelle, sous la dénomination Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé n'a jamais occupé une fonction technique quelconque dans la Compagnie générale de Phonographes et Cinématographes (Anciens Etablissements Pathé Frères), tant qu'au point de vue photographique que cinématographique et n'a jamais été attaché à quelque titre que ce soit à l'une des usines de la Compagnie.­


Phono-ciné-gazette, nº 49, Paris, 1º avril 1907, p. 129.

Mais Théophile Pathé n'est pas en reste et l'on peut penser que les études publiées par la presse sont plutôt des documents de publicité comme celui que l'on trouve dans Le Nouvelliste des rentiers :

Pour tous ceux qui ont vu se projeter sur l’écran blanc les pellicules Théophile Pathé, la supériorité de cette marque est incontestable. Netteté, relief et puissance de la photographie, évolution régulière de l’image supprimant le tremblotement si désagréable à l’oeil, ces résultats correspondent à d’importants perfectionnements apportés par Théophile Pathé à la fabrication de ses films. Ces perfectionnements, qui résident dans des secrets de fabrication, sont la propriété unique de Théophile Pathé.
[...]
On peut dire qu’il n’est pas de scène nouvelle lancée par Théophile Pathé qui n’ait été servilement copiée, sans que cependant l’imitation atteigne à la beauté de l’original.
[...]
On peut donc dire qu’avec une vente très réduite de 10 000 mètres par jour - vente qui sera immédiatement atteinte - on obtiendra tous frais déduits et avec une vente de 3 000 F d’accessoires par jour, un bénéfice net de 7 000 francs par jour au minimum


" Étude sur la Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Le Nouvelliste des rentiers, Paris, lundi 18 mars 1907.

Le battage qui se fait autour de la nouvelle société finit par alerter la Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision, Anciens Établissements Pathé-Frères et son directeur Charles Pathé qui prennent la décision de lancer des poursuites contre la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé :

Mr le Président résume la question qui préoccupe le Conseil, la concurrence déloyale que nous fait la Compagnie du Cinématographe Théophile Pathé. Après en avoir délibéré, le Conseil
décide d'intenter un procès à cette Société.


Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 9 avril 1907.

C'est dans les colonnes du journal Cote de la bourse et de la banque que vont se faire jour les dissensions entre les deux parties. Un premier article de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé annonce la prochaine mise en bourse de ses actions et tente de clarifier la situation par rapport à la compagnie de Charles Pathé :

COMPAGNIE DES Cinématographes Théophile Pathé
Parmi les industries dont les dernières années ont vu l’éclosion, il en est une, l’industrie du cinématographe, qui a surtout offert l’exemple d’un développement aussi rapide qu’important, et l’on sait l’intérêt sans cesse croissant porté par le public au nouveau genre de spectacles que cette industrie a pu lui fournir.
En grande majorité, les sociétés qui se sont constituées soit pour fabriquer les " films " cinématographiques, soit pour l’exploitation de salles de spectacles cinématographiques, ont reçu dès leur début un accueil encourageant. Et, en ce qui concerne plus particulièrement les sociétés de fabrication, quelques-unes ont vu les besoins de la consommation dépasser leurs moyens do production.
La Compagnie des cinématographes Théophile Pathé, dont les actions doivent être introduites au marché en Banque, lundi prochain, a précisément été constituée sous sa forme anonyme actuelle, en vue de transformer en une usine de forte production, les ateliers précédemment exploités par l’ancienne Société Théophile Pathé et Cie ; cette compagnie a été constituée au capital de 2.000.000 de francs, divisé en 20.000 actions de 100 fr., sur lesquelles 4.000 actions entièrement libérées ont été attribuées à MM. Théophile Pathé et Morénas en représentation de leurs apports ; il a été en outre créé 16 000 parts de fondateur, dont 6.000 ont été attribuées aux apporteurs que nous venons de nommer.
La partie principale des apports, outre la clientèle et l’achalandage, réside dans les perfectionnements trouvés dans la fabrication des films cinématographiques, par M. Théophile Pathé qui met tous ses secrets de fabrication au service de la nouvelle société.
La notice publiée par les émetteurs fait d’ailleurs remarquer que pendant de longues années, M Théophile Pathé fut l’associé de ses frères dans la direction des anciens établissements Pathé frères et qu’il se sépara d’eux, pour des raisons de convenance personnelle, au moment où ceux-ci constituèrent leur affaire en société anonyme.
Il convient même à ce propos, en vue d’éviter toute confusion dans la négociation des titres, de faire remarquer qu’il existe maintenant plusieurs sociétés tout à fait différentes dans la dénomination desquelles figure le nom Pathé : ce sont, 1° la Compagnie générale de phonographes, cinématographes et appareils de précision (anciens établissements Pathé frères) ayant son siège social au 98 de la rue Richelieu; 2° la Société pour exploiter le cynématographe Pathé, qui exploite une salle de spectacle, 5, boulevard Montmartre et que l’on appelle couramment en Bourse, le Cinema-Pathé-Montmartre; 3° la Compagnie dont nous nous occupons en ce moment et dont le siège est situé rue de Richelieu, comme la première, mais au numéro 99.
La dénomination de Phonographes ou Cinématographe Pathé est communément réservée en Bourse à la première de ces trois sociétés en raison de son ancienneté. Bien entendu, les remarques que nous venons de faire n’ont nullement l’intention d’être désobligeantes pour aucune de ces sociétés et ne sont destinées qu’à appeler l'attention sur une confusion possible.
Pour revenir à la Compagnie des Cinématographes THÉOPHILE Pathé, disons que cette Compagnie, estime être assurée d'arriver rapidement à i ne vente qu’elle évalue à 10.000 mètres de pellicules par jour; elle se propose de créer dans ce but des succursales qu’elle espère devoir lui donner des résultats aussi satisfaisants que la succursale actuelle de Berlin qui fait à elle seule une vente de 1.000 marks par jour. L’usine projetée sera outillée pour produire 30.000 mètres par jour.
En tablant sur 10.000 mètres par jour et une vente journalière de 3.000 fr. d’accessoires, la Société considère ses bénéfices nets comme devant atteindre une moyenne de 7.000 fr. par jour, avec 300 jours de travail par année.
Les statuts déposés chez Me Grange, notaire à Paris ont été publiés dans les Petites Affiches du 19 février 1907, la Société a fait insérer une notice dans le Bulletin annexe au Journal officiel du 18 mars 1907. Les statuts et la notice ont été analysés dans la Cote de la Bourse et de la Banque des 26 février et 25 mars 1907.


Cote de la bourse et de la banque et le Messager de la bourse réunis, 13 avril 1907, p. 2.

La réplique ne se fait pas attendre et dès le lendemain, c'est au tour de la Compagnie Générale de rectifier les informations publiées la veille :

Nous recevons la lettre suivante:
COMPAGNIE GÉNÉRALE de Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision
Société anonyme au Capital de 4.400.000 fr.
Rue Richelieu, 98.
Paris, le 13 avril 1907.
Messieurs les directeurs de la Cote de la Bourse et de la Banque, Paris :
En attendant que les tribunaux se soient prononcés dans l’action en concurrence déloyale que notre Compagnie va intenter à la Société du cinématographe Théophile Pathé, nous tenons à rectifier une erreur de fait qui s’est glissée dans un article paru dans le numéro de votre journal d’hier, deuxième page, troisième colonne, sous le titre :
Compagnie des cinématographes Théophile Pathé où il est dit en parlant de ce dernier : " II fut pendant de longues années l’associé de ses frères dans les " Anciens Etablissements Pathé Frères " et il ne s'en est séparé, — au moment même où l’entreprise s’est constituée en Société anonyme, — que pour des raisons particulières dans lesquelles nous n’avons pas à entrer ici."
M. Théophile Pathé n’eut pas à se séparer de ses frères dont vous prétendez qu’il fut l’associé, lors de la constitution de la Compagnie actuelle de Phonographes et Cinématographes, pour cette raison bien simple qu’il était entièrement étranger à la Société " Pathé frères ".
La preuve de ce fait réside dans l’acte de Société en nom collectif " Pathé Frères " enregistré régulièrement à Charenton à la date du 30 septembre 1896, auquel je vous renvoie. Cette Société se composait uniquement de MM. Emile et Charles Pathé actuellement directeurs de la Compagnie générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision.
Afin d’éviter la confusion que ne manquera pas de créer la publication, dans un journal sérieux, du passage mentionné ci-dessus, nous vous prions de bien vouloir publier la présente rectification, autant que possible (selon la nécessité de votre mise en page) aux lieu et place où a paru l'article incriminé.
Veuillez agréer, Messieurs, l’assurance de nos sentiments distingués.
Emile Pathé, Charles Pathé,
Directeurs de la Compagnie générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision (Anciens Etablissements Pathé Frères).

Nous insérons d'autant plus volontiers la lette que MM. Emile et Charles Pathé nous font l'honneur de nous écrire que dans l'article que nous publié dans notre numéro d'hier, nous avons eu bien soin d'indiquer que l'allégation contre laquelle ils protestent, n'émanait pas de nous, mais de la notice publiée par les émetteurs des actions de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé.


Cote de la bourse et de la banque et le Messager de la bourse réunis, 13 avril 1907, p. 2.

C'est finalement sur le terrain juridique que les choses vont se régler :

COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ
La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé nous fait savoir, en réponse à la lettre que MM. Emile et Charles Pathé nous ont adressée le 13 avril, qu’elle n’entend engager dans la presse aucune polémique, mais que de son côté, elle a pris l’initiative d’une demande en dommages-intérêts devant le Tribunal de Commerce.


Cote de la bourse et de la banque et le Messager de la bourse réunis, 13 avril 1907, p. 2.

Il n'en faut pas davantage pour que la presse s'empare de l'affaire et se réjouisse finalement que la guerre des deux Pathé tourne au bénéfice du cinématographe lui-même :

Tandis que MM. Émile et Charles Pathé contestent à M. Théophile Pathé le droit de s’installer à côté d’eux et de porter le nom de leur père commun lorsqu’il s’agit de montrer la lanterne magique, les deux sociétés Phonographes cinématographes et appareils de précision, d’une part et cinématographes Théophile Pathé d’autre part, travaillent sans relâche. La première de ces sociétés fait 60 000 mètres de films par jour, et la deuxième 2 ou 3 000. L’ingéniosité déployée par les industriels s’occupant de cinématographie a été telle que le succès a couronné leurs efforts dans des proportions inespérées.


Photo-ciné-gazette, Paris, mercredi 15 mai 1907, p. 189.

La société semble bien sur les rails, et elle ouvre également une nouvelle succursale à Moscou sous la direction de Jean Goudesone :

Le conseil délègue M. Théophile Pathé à l'effet de conférer à Monsieur Jean Charles GOUDESONE DEMEURANT à Moscou, Grande Dmitrowka, Maison de la Société du Crédit Foncier de Moscou, les pouvoirs ci-après:
Gérer et administrer, à Moscou, les affaires de la Société.


Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé, Extrait du registre des délibérations du Conseil d'Administration, 7 mai 1907.

Pourtant, malgré ces déclarations optimistes et cette expansion commerciale, la situation au sein de l'entreprise se dégrade à tel point que son fondateur démissionne.

En ce qui concerne la production de la Compagnie des Cinématographes Théophile, sous l'administration de Théophile Pathé (décembre 1906-juillet 1907) nous disposons principalement du recensement d'Herbert Birett, du témoignage de la fille du fondateur, Suzanne Pathé, qui parle en particulier de Max Linder, ainsi que de très rares informations complémentaires (→ Théophile Pathé).

Direction d'Alexandre Promio (juillet 1907-1910)

1907 compagnie des cinematographes theophile pathe 1908 binet hausser societes de cinematographe 1908 pathe theophile rapport 1909 compagnie des cinematographes theophile pathe
Cinématographe Théophile Pathé
© Le Grimh
Les Sociétés de Cinématographe
© Le Grimh
Rapport du Conseil d'Administration
© Le Grimh
Cinématographes Théophile Pathé
Statuts (1906-1909)
© Le Grimh

Lors de la réunion tenue le 25 juin 1907, le conseil d’administration de la société reçoit une lettre de Théophile Pathé dans laquelle ce dernier signale qu’il résilie ses fonctions de directeur général statutaire : Ma décision étant irrévocable, je vous prie de pourvoir aussitôt à mon remplacement." C’est donc au cours de l’assemblée générale extraordinaire du 30  juillet 1907 qu’une série de graves décisions sont prises :

Le conseil ne put que prendre acte et accepta purement et simplement la démission qui lui était librement donnée. Nous devons d’ailleurs vous faire remarquer que M. Théophile Pathé confirma, verbalement, cette démission au cours de la séance du conseil.


" Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Information, Paris, mardi 30 juillet 1907.

La situation va devenir particulièrement délicate dès qu’il va s’agir d'aborder les problèmes financiers qui vont coûter à Théophile Pathé, dont l'attitude reste assez discutable, son poste d’administrateur :

Depuis que cette assemblée a été convoquée, il s’est produit certains événements qui nous obligent aujourd’hui à soumettre cette révocation à votre sanction.
M. Pathé, qui était comptable vis-à-vis de la Compagnie d’une somme de cinquante francs, s’est refusé, à plusieurs reprises, à accepter le contrôle que notre conseil avait décidé de lui imposer. Il s’est même laissé entraîner à chasser, des locaux sociaux, deux administrateurs qui avaient cependant reçu du conseil la mission précise de contrôler les actes du directeur général.
Mis en demeure de rendre ses comptes, mis en demeure de restituer à la Compagnie une somme de huit mille francs que M. Pathé a perçue à tort, M. Pathé, au cours de la séance du 11 juillet, s’y est énergiquement refusé sous le simple prétexte que le conseil juridique de la Compagnie, assistant régulièrement à la séance, vu la convocation qui lui avait été adressée, n’avait pas qualité pour assister à cette reddition de comptes. Nous devons également signaler que M. Pathé a emporté chez lui quatre mille cinq cents francs de parts bénéficiaires, lesquels ne sont revêtus d’aucune signature et qu’il n’avait pas le droit de prendre, vu l’opposition qui a été formée entre les mains de la Compagnie par un exploit d’huissier, en date du 23 février 1907.


" Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Information, Paris, mardi 30 juillet 1907.

La chose est tellement grave que la société est conduite à entamer des poursuites contre Théophile Pathé :

Le conseil s'est vu dans la regrettable nécessité d'assigner devant les tribunaux M. Pathé, en reddition de comptes, et cette situation anormale palce tous ses collègues dans une position telle que les séances du conseil ont été et seront encore troublées par de pénibles discussions dont le résultat ne peut être que contraire aux intérêts sociaux.


" Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Information, Paris, mardi 30 juillet 1907.

C’est ici qu’intervient Alexandre Promio. Comment a-t-il été contacté ? Pour quelle raison les responsables de la société vont-ils faire confiance à l'ancien collaborateur des frères Lumière ? En l'absence de documents privés qui pourraient apporter des précisions, les différents comptes rendus fournissent des indications non dénuées d’intérêt. Alexandre Promio dispose d’un enviable réseau de connaissances et d'une connaissance du métier qui explique, en partie au moins, qu'il ait été contacté par un groupe d’actionnaires - au sein duquel on trouve les frères Lumière - afin d’occuper l’emploi laissé vacant par Théophile Pathé :

Après une enquête très sérieuse, votre conseil a cru de son devoir de s’assurer, sans tarder, les services de M. Promio qui, précisément à ce moment, avait été retenu par un groupe financier pour prendre la direction générale d’une société anonyme qui devait exploiter un cinématographe Édouard Lumière.
M. Promio connaît parfaitement notre industrie dont il a été l’ouvrier de la première heure, puisque c’est à lui que MM. Auguste et Louis Lumière confièrent le soin de composer leur collection de bandes positives, en même temps que la tâche de former les nombreux opérateurs dont la société Lumière a utilisé les services pendant six années. Il a acquis une expérience et une autorité qui doivent vous donner une quiétude parfaite sur les résultats de la tâche qu’il a entreprise, et qu’il a promis de mener à bien.
D’ailleurs, M. Promio a amené à notre Compagnie quelques collaborateurs connus de lui depuis longtemps, qui lui sont entièrement dévoués et nous sommes convaincus que votre Compagnie n’aura pas à regretter le choix sur lequel s’est porté votre conseil, choix que nous vous demandons de ratifier.


" Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", Information, Paris, mardi 30 juillet 1907.

L’assemblée générale va donc offrir la société sur un plateau à l'ancien collaborateur des frères Lumière ; il en sera désormais le directeur général et l’un des administrateurs. Ses premières déclarations sont vivement applaudies et pleines d’optimisme puisqu’il annonce la poursuite de la construction de l’usine de Fontenay qui doit être livrée en décembre et déclare qu’au 1er février 1908, il sera possible d’atteindre une production journalière de 15 000 mètres. C’est au mois d’août 1907 que la compagnie dépose le logotype de la société qui représente un aigle tenant dans ses serres un appareil cinématographique.

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Marque déposée en France le 10 août 1907 (nº 102 819). Marque international déposée le 2 novembre 1907 (nº 6404)

Il y a sans nul doute un impulsion réelle que souhaite donner le nouvel administrateur et cela se traduit également en visibilité. On peut ainsi signaler un entrefilet qui évoque des projections organisées dans la ville de Meaux :

Cinématographe
Le cinématographe Théophile Pathé fonctionnera très prochainement à Meaux, salle du Duc d'Aquitaine.


Journal de Seine-et-Marne, Meaux, vendredi 18 octobre 1907, p. 1.

D'autres le sont également dans le même département de Seine-et-Marne. Elles ont lieu à la Justice de Paix et deux cartes postales ont immortalisé ces projections.

sceaux 02 sceaux 01
Sceaux, La Justice de Paix (1907) Sceaux, La Justice de Paix (1907)

Quelques mois plus tard, à Toulouse, un opérateur de la maison Théophile Pathé, Mercié, projette également des films :

C'est ce soir qu'aura lieu l'unique représentation de grand gala, organisée par la Société de secours mutuels des artistes lyriques pour sa maison de retraite.
[...]
A la dernière minute, M. Mercié, l'opérateur de la maison Théophile Pathé, nous promet une séance de cinématographe avec vues absolument nouvelles.


La Dépêche, Toulouse, 30 avril 1908, p. 4.

Ces quelques traces indiquent malgré tout une certaine activité au-delà des activités strictement parisienne.

C'est le 3 décembre 1907 que la Compagnie va déposer une nouvelle marque "Ciné-Mime" pour désigner des  "bandes accompagnées d'une partition musicale et représentant des pantomimes"

Pour ce qui concerne l'administration de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé, nous ignorons dans quelles conditions s'est effectué le passage de témoin entre Alexandre Promio et Théophile Pathé, mais le seul témoignage que nous possédons suggère qu'elles ont été orageuses :

Après un échange d’explications assez vives et d’un caractère absolument personnel, entre MM. Promio et Théophile Pathé, M. Le président met aux voix les résolutions suivantes qui sont adoptées à l’unanimité.


Photo-ciné-gazette, Paris, mercredi 15 juillet 1908, p. 664.

La situation de crise que traverse la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé offre à la presse prétexte à quelques réflexions ironiques : 

Cinématographes Théophile Pathé
La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé a de beaux débuts. La voici décapitée presque à sa naissance. Son fondateur, de qui elle tient son nom, M. Th. Pathé, vient de donner sa démission de directeur de la Société, et les actionnaires, pour ne pas être en reste avec lui, l’ont révoqué de ses fonctions d’administrateur, de sorte qu’il se trouve absolument exclu de l’affaire qu’il a créée. Pourquoi ces histoires de famille ? Parce que, paraît-il, M. Th. Pathé refusait le contrôle de ses co-administrateurs sur des sommes dont il était comptable. Voilà de la bonne gestion, qui va se compliquer maintenant de procès. Il y a là de quoi donner de l’élan à une nouvelle entreprise, qui se lance sur un terrain où elle a affaire à de forts concurrents.


La Patrie, Paris, samedi 3 août 1907, p. 2.

L'occasion est trop belle pour la Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision, Anciens Établissements Pathé-Frères de relancer son procès contre la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé dont l'appelation semble désormais obsolète :

Le procès en concurrence déloyale intenté à la Société Théophile Pathé a été poursuivi, et, par suite de la disparition de Mr Théophile, nous demandons que son nom disparaisse de la raison sociale.


Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 6 août 1907.

Quelques mois plus tard, dans une nouvelle séance du Conseil d'Administration, la question est remise sur le tapis : 

[...] notre procès contre Théophile Pathé suit son cours; nous avions tout d'abord demandé que cette Société fut obligée de prendre la dénomination de Pathé et Morénas, mais étant donné que maintenant Mr Théophile Pathé a cessé d'en faire partie, nous demandons que son nom disparaisse de la raison sociale.


Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 11 février 1908.

En revanche, pendant des mois, les informations sur la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé se tarissent. Un seul article très long, publié dans Le Petit Moniteur universel semble vouloir maintenir la confusion entre le fondateur et la situation de la société. En lisant ces quelques lignes, on se demande si l'auteur de l'article ignore -ou feint d'ignorer - que Théophile Pathé ne fait plus partie de la compagnie :

Instantané
THEOPHILE PATHE
Nous vivons à une époque où le cinématographe règne en maître : il n'est donc pas inopportun d’apporter l'hommage de ces lignes spéciales à l’un des hommes qui ont le plus etl le mieux contribué à développer celle science théâtrale nouvelle celle qui procure tant de joies et de distractions aux petits comme aux grands, dans le monde entier.
Pour ne parler que de la France. M. Théophile Pathé peut revendiquer une bonne part dans ces succès car depuis l'époque encore récente où les projections tremblaient el incommodaient la vue, il a travaillé sans cesse à améliorer, à perfectionner ses appareils, et il serait injuste de ne pas reconnaître son mérite.
L’aimable industriel, est encore dans la force, de l'âge : c'est un tempérament laborieux, une intelligence clairvoyante remplie de prévoyance par conséquent, et qui au surplus déployé sans cesse beaucoup d'initiative.
Dans la Compagnie des Cinématographes qui porte son nom el son prénom, Théophile Pallié a donné la mesure de ses capacités techniques, en suivant pas à pas les progrès et l'évolution de l'industrie nouvelle mais déjà colossale par son extension el l'attrait Inépuisable qu’elle exerce sur le public. Celte Compagnie a rapidement connu la prospérité : il est vrai que son capital de deux millions de francs, a été employé avec tact et mesure ; sa marque est déposée pour la production de ses films, de ses photographies animées, de ses appareils cinématographiques complets enfin, avec leurs accessoires de tous genres. Citerai-je encore sa spécialité de vues en couleurs et sa pro[duc]tion annuelle de deux cents millions de photographies ? Je n’oublierai pas non plus de faire remarquer son autre spécialité de perforeuses et d'appareils à tirer brevetés, autant d'éléments de vitalité el de réputation pour la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé.
Et en présence de la popularité de ses projections animées elle a dû instituer une société filiale spécialement et exclusivement destinée à exploiter tous les appareils ci-dessus par l'organisation constante de représentations publiques à Paris, dans nos Départements et à l'étranger. J’aurai du reste l'occasion de m'occuper de cette seconde société dans un article ultérieur.
Je n’entrerai pas dans le détail de tous les appareils exposés rue de Richelieu n° 99. dans les vastes magasins de vente de la Compagnie Théophile Pathé, car ces détails seraient très longs pour le faible espace dont je dispose ici. Du reste, les étrangers de passage à Paris ne manquent pas de visiter ces établissements qui leur sont signalés par leurs cicérones parmi les curiosités de notre capitale.
J'ai voulu souligner le nom de Théophile Pathé, parce que sa personnalité est de celles auxquelles notre commerce international des cinématographes et des appareils qui s'y rattachent, doit une large place pour nos exportations : or c'est là je pense, le plus bel éloge que la presse puisse adresser à un notable fabricant.
Théophile Pathé au surplus est entouré de collaborateurs précieux et dévoués ; c’est du reste un chef bienveillant qui donne à tous l’exemple de l'assiduité à la tâche de chaque jour.
Stéphane Carrère.


Le Petit Moniteur universel, Paris, 5 mai 1908, p. 1.

Dans la presse, on ne retrouve de façon répétitive des informations boursières qui permettent de suivre la côte des actions de la société. Initialement établie à 100 francs, elle côte  99 francs (mai 1907), 75 francs (juin 1907), 108 francs (août 1907), par la suite et pour quelques mois, la côte va se maintenir entre 80 et 100 francs. C'est entre janvier et juillet 1908 que la chute de l'action est spectaculaire ce qui finit par alerter la presse, malgré les démentis de la société :

COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ
Le Conseil d’administration de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé nous prie de mettre en garde les actionnaires contre les bruits circulant actuellement en Bourse et contre les démarches faites auprès d’eux par des personnes intéressées à discréditer la Compagnie.
Les comptes qui vont être présentés à l’Assemblée générale ordinaire, dans le courant du mois de mai prochain, accusent une situation qui démentira les bruits mis en circulation dans le but d’affaiblir les cours des actions de la Compagnie.


Cote de la bourse et de la banque, Paris, mercredi 1er avril 1908, p. 1.

Un an après la mise en bourse, la côte de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est au plus bas: 56 francs (avril 1908).

1906 theophile pathe action laffitte morenas 1906 theophile pathe action promio morenas
Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé
signature: Laffitte et Morénas [D.R.]
Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé
signature:Promio et Morénas [D.R.]

Le dépôt de deux brevets, au cours de l'année 1908, traduit l'intention de faire évoluer les dispositifs de projection. Le premier a pour objet un " Dispositif d'installation de chauffage utilisant les gaz d'échappement d'un moteur " (FR387853A - 1908-07-25) qui ne semble pas directement en relation avec les appareils cinématographiques. Le second, en revanche, porte sur la question de la synchronisation d'appareils:

COMPAGNIE DES CINÉMATOGRAPHES THÉOPHILE PATHÉ résidant en France (Seine).
Demandé le 30 avril 1908.
Délivré le 8 juillet 1908. — Publié le 16 septembre 1908.
La présente invention a pour objet un dispositif destiné à assurer la synchronisation de deux appareils commandés par des moteurs distincts, par exemple d'un phonographe et d'un cinématographe, ou de deux phonographes , etc.
Ce résultat est obtenu à l'aide de dispositifs accélérateur et retardateur agissant sur l'un des appareils, qu'on appellera appareil secondaire, et mis en action en temps opportun par le présent dispositif de synchronisation afin de ramener son fonctionnement en synchronisme avec celui de l'autre appareil, qu'on appellera appareil primaire.
Le dispositif de synchronisation, qui seul fait l'objet de cette invention, comporte en principe un contact distributeur de courant tournant sous la commande directe de l'appareil primaire èt mettant successivement en communication avec une source d'électricité plusieurs fils conducteurs qui aboutissent à autant de contacts fixes disposés en cercle et frottés successivement par deux balais contrôleurs tournant sous la commande directe de l'appareil secondaire, ces balais étant reliés à des relais disposés pour mettre en action respectivement les dispositifs accélérateur et retardateur de cet appareil secondaire.


European Patent Office (www.epo.org/index.html).

Ce brevet n'a pas donné lieu, semble-t-il, à une application effective et moins encore à une réalisation commerciale, mais il indique au moins une intention de s'ouvrir vers le domaine de la synchronisation son/image.

L'assemblée générale ordinaire qui se tient à Paris le 16 mai 1908 rend bien compte des difficultés et il apparaît, tout particulièrement, qu'il n'y a pas de distribution de dividendes. En voici les lignes principales :

Cinématographes Théophile Pathé
L'assemblée générale ordinaire de la Société des Cinématographes Théophile Pathé a eu lieu le 16 mai, sous la présidence de M. Emile Célerier, président du Conseil.
Il résulte des rapports que le compte de profits et pertes intervient au passif pour 415.099 fr. 15.
De l'examen de ce dernier compte, il résulte que le côté créditeur se trouve composé:
1° D'une somme de 220.765 fr. 65, représentant les bénéfices bruts réalisés sur la vente des marchandises.
2° D'une somme de 8.614 fr. 80, produits d'escomptes, rabais et intérêts sur dépôts de fonds.
3º D'une somme de 385.844 fr. 90, pour excédent d'actif à l'usine des Gatines.
Le côté débiteur est composé, lui, du montant des frais généraux, ci 148.05 fr. 85.
D'une perte de 56.322 fr. 90, sur les marchandises qui ont été cédées par MM. Pathé et Morenas.
D'une perte de 10.500 francs 25 pour moins-value sur l'atelier de Gaudelet.
En conséquence, le Conseil a estimé, les excédents d'actif ne constituant pas des bénéfices nets réalisés, qu'il n'y avait pas lieu de distribuer do dividende.
Les résolutions suivantes mises aux voix ont été adoptées il l'unanimité :
1° Approbation des comptes et de la répartition des bénéfices tels qu'ils sont présentés au Conseil d'administration et quitus de gestion accordé aux administrateurs pour l'exercice écoulé.
2° Confirmation de la révocation d'administrateur de M. Théophile Pathé, son quitus de gestion lui est refusé.
3° Acceptation d'e la démission d'administrateurs de M. A. Cohen., G. Gilmer et L. Pollack, quitus de gestion leur est accordé et ratification de la nomination d'administrateur de M. J. Cahen.
4° Renouvellement à MM. Salmon et Touté de leurs mandats de commissaires des comptes pour l'exercice 1908 et fixation de leur rémunération globale à 1.000 francs.
5° Fixation à 10.000 francs du montant des jetons de présence à répartir entre les membres du conseil d'administration.
6° Autorisation prévue par l'art. 40 de la loi du 24 juillet 1867, accordée aux administrateurs. Acte est donné des opérations qui se sont effectuées pendant l'exercice 1907.


Gil Blas, Paris, 20 mai 1908, p. 4.

1908 courrier

Cinématographes Théophile Pathé, à Monsieur Masquin, 31 janvier 1908.
© Collection Grimh

Face à ces suites d'informations chiffrées, on peut parcourir avec intérêt le rapport rédigé par Binet et Hausser qui dressent un bilan assez négatif de la situation de la société en juin 1908. On peut relever, par exemple, la grande désorganisation de la Compagnie : 

Au début, il n’existait pas de registre d’entrées et sorties de marchandises, d’après le rapport même du commissaire, et la disparition de nombreuses pièces était, dans ces conditions, on ne peut plus facile. Il semble d’ailleurs que le désordre ait régné en maître dans cette malheureuse société, où des marchandises existent que l’on ignorait, comme 32 000 affiches-réclames découvertes dans un coin, où l’on ne retrouve pas des produits que l’on croyait exister, où l’on achète des terrains pour une usine que l’on ne construit pas, où, sur cinq traites, trois sont protestées, etc.


" Les sociétés de cinématographe-Compagnie des cinématographes Théophile Pathé ", La France économique et commerciale, Paris, samedi 13 juin 1908, p. 419.

L'analyse minutieuse des comptes et du fonctionnement de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé ne peut que déboucher sur un bilan particulièrement sévère :

CONCLUSION : PRESQUE TOUT RESTE À FAIRE.
La société Théophile Pathé a, en somme, à peine commencé son installation. Par suite de discussions et de dissensions intérieures, elle se trouve aux prises avec des difficultés financières sérieuses connues et reconnues au sein même de l’entreprise : elle ne dispose plus que de 500 000 francs environ pour essayer de s’établir sur une base rationnelle et dans ces conditions le mieux serait, semble-t-il, de procéder à une réorganisation financière qui permettrait de faire disparaître des apports trop élevés et d’apporter des capitaux frais qui semblent nécessaires. De toutes façons, la période de marche régulière est encore lointaine et par suite celle aussi des rémunérations lucratives.


R. Binet et G. Hausser, Les Sociétés de Cinématographe. Études financières, Paris, Ed. de La France Économique et Financière, 1908, p. 63.

Alexandre Promio n'est pas parvenu à redresser une situation bien compromise depuis le début. Par ailleurs, les déboires juridiques de la société ne sont pas pour autant terminés, et ce n'est que le 25 juin 1908, que le jugement est prononcé dans le procès qui l'oppose à la Compagnie Générale. Il met en évidence l'imprudence de Théophile Pathé :

Attendu que la compagnie générale des phonographes, cinématographes et appareils de précision fait plaider que Théophile Pathé n’a jamais été associé avec ses frères Charles et Emile Pathé ; que ces derniers ne l’auraient envoyé, en novembre 1903, que comme représentant de leur maison, à Berlin, où ils avaient une clientèle importante.


Jugement du Tribunal de Commerce ", Archives de Paris, D2U3 3 861, jeudi 25 juin 1908.

La version de la partie adverse est évidemment tout autre et fait remonter le conflit aux origines de la société de Charles Pathé :

[attendu] que Théophile Pathé a été, en fait, l’associé de ses frères, et qu’il peut, dans ses manifestations commerciales faire état de cette qualité ; qu’une véritable société de fait avait existé, entre Charles, Emile, un sieur Jacques Pathé, et lui même, qu’il avait été ensuite chargé par Charles et Emile Pathé, restés seuls associés en nom collectif, d’être, à raison même de ses connaissances spéciales en cinématographie, leur agent général, à Berlin, pour l’Allemagne et l’Autriche, et l’avaient autorisé à gérer l’agence, en leur nom, que ses frères, Charles et Emile et lui s’étant séparés, il avait le droit, en vertu des principes de la Concurrence, et, à raison même de sa longue expérience dans cette branche de l’industrie des Cinématographes et phonographes, de se prévaloir de sa spécialité d’entreprendre ce même commerce et de recherche un associé qui lui apporterait des capitaux, que son nom et son prénom étaient sa propriété personnelle."


Jugement du Tribunal de Commerce ", Archives de Paris, D2U3 3 861, jeudi 25 juin 1908.

Ce qui est en jeu, c'est l'utilisation du nom " Pathé " ou de l'expression " Pathé Frères " et son instrumentalisation commerciale depuis la fondation de la société en nom collectif "Pathé Frères" (28 septembre 1896). Finalement, un jugement équitable, prononcé par le Tribunal de Commerce de la Seine, renvoie les deux parties dos à dos. En voici, résumés en quelques points, les éléments essentiels:
1. La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est autorisée à conserver le nom éponyme car " le tribunal estime que le maintien du nom " Théophile Pathé " permet au public d’établir une différence entre les Établissements concurrents ;
2. La Compagnie des phonographes, cinématographes et appareils de précision est tenue de faire apparaître les mots " Anciens établissements " devant Pathé frères car le nom " Pathé " seul [...] peut créer une confusion, en empêchant le public de distinguer s’il s’applique à la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé, ou à la Compagnie Générale, anciens établissements " Pathé frères " ;
3. La Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé est tenue de modifier la couleur de la boutique sise à Paris, 99, rue Richelieu, car " le maintien de la couleur vermillon, par la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé serait de nature à créer une confusion préjudiciable à la Compagnie Générale " ;
4. Il est demandé de supprimer dans le catalogue Théophile Pathé de 1906, s’il en existe encore des exemplaires, les dessins appartenant à la Compagnie des phonographes, cinématographes et appareils de précision.

Malgré ce jugement à la Salomon, la Compagnie Générale, non satisfaite, décide d'interjeter appel :

Dans le procès Théophile Pathé, le jugement qui vient d'être rendu devant le Tribunal de Commerce, a ordonné la suppression de la couleur rouge sur les enseignes, magasins, etc. Théophile Pathé, et la suppression par nous de la mention Pathé Frères, laquelle devra être remplacée par la mention Anciens Etablissements Pathé frères. Notre Compagnie doit faire appel de ce jugement.


 Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 7 juillet 1908.

1909 affiche cinematographes theophile pathe

Gus Bofa, Cinématographes Théophile Pathéimp. Manuel Calvin [1909]

Pendant ce temps-là, la côte de la Compagnie ne cesse de baisser :  33 francs l'action (juillet 1908), 17 francs (décembre 1908). La situation est suffisamment délicate pour que trois administrateurs de la compagnie demandent à rencontrer les représentants de la rivale et concurrente Compagnie Générale afin de négocier la "reconstruction" de la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé :

Mr l'Administrateur-Délégué expose que, le 20 novembre, il a eu une entrevue avec Mrs Orosdi-Back, Lévy-Picard, René Cahen, administrateurs de la Société Théophile Pathé, lesquels nous proposaient de participer à la reconstruction de cette affaire par une souscription de tout ou presque tout le nouveau capital de 500.000 frs. Nous recevrions en outre 2.000 actions privilégiées sur les 5.000 représentant l'ancien capital, ce qui nous donnerait la majorité dans l'affaire et nous permettrait de vendre l'actif qu'ils estimaient 800.000 frs et susceptible d'être réalisé pour 500.000 frs.
Cet actif a été soumis à l'examen de Mr Charles Pathé qui l'a jugé irréalisable et même inexistant.
Dans ces conditions, les membres du Conseil interrogés antérieurement ont émis un avis défavorable à cette proposition, avis qui est confirmé par le Conseil réuni ce jour.


Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du Séance du 8 décembre 1908. 

Face à ce refus, la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé et ses actionnaires vont devoir assumer à eux seuls la réduction du capital ce qui n'est pas vraiment un signe de vitalité économique :

Cinématographes Théophile Pathé
L’assemblée générale extraordinaire des actionnaires de cette Société s'est tenue hier après-midi sous la présidence de M. Hattu président du conseil d’administration, assisté de M. Guibaz, scrutateur, et de M. Probst, secrétaire.
11.283 actions étaient présentes ou représentées.
Le rapport du conseil expose aux actionnaires la situation de la Société : il leur demande de vouloir bien approuver d’abord la réduction du capital, puis sa réaugmentation. L'affaire, bien dirigée, peut produire de bons résultats et si les actionnaires se refusaient à ratifier la demande du conseil, la Société se verrait acculée à la dissolution.
M. le président, en réponse à une demande d’actionnaires, expose que la cause réelle de la situation de la Société, ce sont les dépenses énormes causées par les usines de Gatine et de Gaudelet, montées sur un pied trop grand. De plus les opérations de vente commerciales qui avaient un très gros développement en 1907, ainsi qu’il apparaît des écritures, se sont trouvées considérablement réduites le jour où l’entrée en Amérique a été fermée par les trusts. M. le président explique ensuite les avantages de la combinaison soumise à l’assemblée. Après quelques détails techniques Tournis par M. Promio, l'assemblée ratifie à une grande majorité la réduction du capital dans la proportion de 2.000.000 à 500.000 francs ; l'augmentation du capital ainsi réduit à concurrence de 250.000 francs par la création de l’émission de 2500 actions de priorité 6 %.


L'Événement, Paris, 16 janvier 1909, p. 3.

Nous ignorons les mesures concrètes qui furent prises pour endiguer les pertes, mais l'’une d’elles semble avoir été un rapprochement opéré entre la Compagnie des Cinématographes Théophile Pathé et l'Armée. Alexandre Promio, qui a tourné de très nombreux films à caractère militaire, a sans doute conservé quelques liens fort utiles. Un entrefilet dans Ciné-Journal semble confirmer ce sentiment :

Le Cinéma au régiment
Nous l’avons déjà à l’école, à l’église, au laboratoire : le voici au régiment. Il y rentre en triomphateur, associé aux manifestations les plus précises de la vie militaire.
Dans les derniers jours de 1909, une grande matinée cinématographique a été offerte aux artilleurs de Versailles, réunis pour la présentation de l’étendard aux jeunes soldats. Le soin de régler cette fête du devoir et l’agrément avait été confié par le distingué colonel de l’armée [ill.] à la Compagnie des Cinématographes Th. Pathé. Le choix du programme fut des plus heureux. Il comprenait en effet différentes vues des manœuvres françaises de l’automne dernier, la manœuvre particulière de certaines pièces, quelques films géographiques ainsi que les exercices de l’École des Cadets de Bulgarie. Un peu de rire aussi fut très goûté. Au demeurant, gros succès dont M. Promio, le très actif directeur de la Société, peut être fier.


Ciné-journal, Paris, dimanche 3 janvier 1909, p. 6.

1909 marque pathefilm

Marque PathéFilm, enregistrée le 29 avril 1909
Les Marques internationales: supplément de la "Propriété industrielle", Paris, 30 juin 1909, p. 419.

C'est à cette époque, que la Compagnie dépose la marque PATHÉFILM pour désigner des "bandes cinématographiques". Comment faut-il compmrendre cela ? Difficile de le savoir, mais il est clair qu'en choisissant un tel nom, elle vise à entretenir la confusion sur le patronyme "Pathé", objet de nombreux litiges.

Quelques mois plus tard, le 28 juin 1909, se tiennent, à 14 h½, salle des Arts et Métiers, 6, rue Chauchat, les assemblées générales ordinaire et extraordinaire au cours desquelles doivent être modifiés les articles 3, 10, 25, 31 33, 37 à 45 des statuts :

Cinématographe Pathé
Les actionnaires de la Société des Cinématographes Théophile Pathé se sont réunis aujourd'hui en assemblée ordinaire et extraordinaire.
A titre ordinaire, l'assemblée a approuvé les comptes de l'exercice écoulé et ratifié la nomination de MM. Dargent et Mathieu comme administrateurs.
L'assemblée extraordinaire avait pour but d'apporter certaines modifications aux statuts, à la suite de la réduction du capital votée en assemblée au mois de mars dernier.


La France, Paris, 29 juin 1909, p. 4.

Tout porte à croire que, désormais, la fin est proche. Une inquiétude certaine flotte sur la société comme le signale La France économique et financière :

On n’y pourra voir tant soit peu clair que l’an prochain, et d’ici là la société aura difficilement retrouvé quelque assiette, étant donné qu’elle a presque tout à créer comme outillage et organisation commerciale, et que la concurrence, en général mieux armée, est, pendant ce temps, loin de chômer.
Nous craignons fort, malgré l’influx de sang nouveau qui vient de lui être fait, que la compagnie ne soit réduite, un jour prochain, à abandonner la partie ou à passer la main. De toute façon, les actionnaires pâtiront.


La France économiques et financière, Paris, samedi 3 juillet 1909. 

En réalité, les difficultés n’ont fait que s’accumuler, et c’est un texte publicitaire publié dans le Ciné-journal qui témoigne, a contrario, de la situation délicate de la Compagnie :

La Compagnie des cinématographes Th. Pathé, rue de Richelieu, 99, est à la veille de reprendre sur le marché, la place qui lui est due, de par son expérience, son passé et sa valeur financière. Après une longue période de sommeil - d’un sommeil réparateur - la voici rajeunie, plus vivante que jamais et plus prête à l’action. Ses nombreux amis apprendront ce réveil avec plaisir. Quant à ses détracteurs ils s’étonneront une fois de plus, la Compagnie Théophile Pathé ayant mis jusqu’à ce jour comme une coquetterie à surprendre le monde cinématographique.
Nous n’avons pas le droit aujourd’hui d’être indiscrets. Mais nous sommes heureux d’annoncer aux lecteurs du Ciné-journal que la Compagnie nouvelle leur prépare de réelles satisfactions industrielles et qu’elle apportera sur le marché du film du nouveau, ce nouveau que chacun cherche et espère. Elle aura son film incombustible. Elle se spécialisera dans un genre artistique et documentaire.
À huitaine, nos informations… plus indiscrètes.


Ciné-journal, Paris, 18-25 juillet 1909, entre les pages 8 et 9.

Cet optimisme de façade ne fait que trahir la difficulté qu’éprouvent alors les sociétés de productions à renouveler leur catalogue. La répétition à l’extrême des mêmes sujets, l’incapacité à innover ont conduit le cinéma dans une impasse et la Compagnie montre bien son souci d’apporter au spectateur " ce nouveau que chacun cherche et espère. " Le nouveau départ de la société est bien effectif puisque des films inédits sont proposés dès le 2 août 1909, mais l’embellie n’est que de courte durée :

La Compagnie générale des cinématographes Th. Pathé, à la veille de s’installer dans de nouveaux locaux, s’est vue dans l’obligation de se débarrasser d’une partie du matériel qui encombrait ses magasins. Il n’en a pas plus fallu pour que certains détracteurs systématiques répandissent des bruits d’alarme. C’est une habitude qui n’émeut personne aujourd’hui et nous ne relevons le fait que pour couper les ailes à ce nouveau canard échappé des basses-cours financières.
La Compagnie se porte bien et s’est fait beaucoup applaudir au concours de films de Milan, pour ses très belles vues documentaires, Sousse, Tunis et le Cimetière Maure.


Ciné-journal, Paris, Paris, 24-31 octobre 1909, p. 12.

Certes, la société est effectivement présente au Concours cinématographique de Milan et y elle reçoit une médaille d’argent de la chambre de commerce, mais cela n’a rien d’exceptionnel car l’essentiel des maisons représentées en obtiennent.

Un nouveau conflit va opposer les deux sociétés à la fin de l’année 1909. La Société des Plaques et Papiers photographiques met en vente aux États-Unis ses films sous le nom " Lumière-Pathé ", suite à un accord probable entre les Lumière et Alexandre Promio. Les comptes rendus des Conseils d’administration de la société de Charles Pathé (9 novembre 1909 et 11 janvier 1910) réagissent contre ce que l’on considère comme des usurpations de patronyme. De fait, la société Lumière soutient de façon énergique Alexandre Promio, puisque, à lire les comptes rendus, " la maison Lumière met ses films en vente aux États-Unis sous le nom de Lumière-Pathé, prétextant qu’elle a acheté la firme Théophile Pathé. " 

Malgré la débauche d’activité d'Alexandre Promio, la situation ne semble guère s’améliorer, et les dernières productions datent de février 1910. Le 28 juin se tient dans la Salle de l’association des anciens élèves des écoles d’Arts et Métiers, l’assemblée générale extraordinaire de la Compagnie. Alexandre Promio, administrateur-directeur général, remplit les fonctions de secrétaire. L’ordre du jour est le suivant : examen de la situation, démission du conseil d’administration, éventuellement dissolution anticipée de la société, nomination de liquidateurs et pouvoirs à leur conférer. La première résolution va consister à prononcer la dissolution de la Compagnie, et Alexandre Promio, avec un autre actionnaire, est nommé liquidateur à l’unanimité. En réalité, il est démissionnaire.

La dissolution et la liquidation (1910-1914)

La dissolution de la Compagnie n'empêche pas Charles Pathé de poursuivre son procès contre elle et ce dernier va s'attacher à racheter la marques "Théophile Pathé". Dans la séance du 8 mai 1912 de la Société des Anciens Établissements Pathé-Frères dans laquelle Charles et Emile sont désormais administrateurs :

Mr. Charles Pathé insiste pour l’achat de la marque Théophile Pathé, on convient de consacrer 50 000 à 60 000 frs à cet objet.


Compte rendu des séances du Conseil d'administration de la Cie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de précision. Séance du 8 mai 1912.

Le processus de liquidation se prolonge pendant de longs mois. En mai 1913, un terrain situé à Fontenay-sous-bois, appartenant à la Compagnie, est mis en vente :

1913 theophile pathe vente fontenay

Le Figaro, Paris, 8 mai 1913, p. 7.

Quelques semaines plus tard, les actionnaires sont convoqués à une assemblée générale :

Les liquidateurs des Cinématographes Théophile Pathé convoquent les actionnaires le 5 juillet, afin de leur rendre compte des opérations de la liquidation.


La Cote, Paris, jeudi 12 juin 1913, p. 1.

Une dernière assemblée générale (liquidation) se tient le lundi 6 juillet 1914 dont les résultats sont publiés quelques jours plus tard:

DISSOLUTIONS
[...]
Cie des Cinématographes Théophile Pathé.-Répartition.-Répartition d'un dividende de 2 68 par action de priorité, du 1er au 31 août, 41, rue de la Victoire, à Paris.-"Petites Affiches", 17 juillet 1914.
Cote de la bourse et de la banque et le Messager de la bourse réunis, Paris, 18 juillet 1914, p. 3.

Alors que des poursuites sont intentées contre Alexandre Promio et sa gestion de la Compagnie, la déclaration de guerre est prononcée.

Remerciements

Youen Bernard.

Jean-Jacques Meusy.

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