Ascension au Mont-Blanc

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Ascension au Mont-Blanc

L’ascension du Mont-Blanc présente de si grandes diffi­cultés et de si réels périls que la plupart des touristes préfèrent contempler de Chamonix l’imposante montagne et que seuls les ascensionnistes expérimentés se risquent jusqu’au sommet. C’est grâce à l’obligeance de M. Jean Lecarme, à son initiative et à sa connaissance de la montagne, que nous pouvons offrir à nos clients cette bande pleine d’intérêt. La réussite de cette scène dépend également de l’entraînement spécial des membres de la mission Vallot chargés de la carte du Mont-Blanc. Au pied de la statue de Saussure à Chamonix, les alpinistes conduits par les guides partent sous le regard admiratif des petites misses de table d’hôte à coiffures étroites de jeunes garçons. Arrivés à l’aiguille de Loria, la montagne attirante et dangereuse se dresse devant eux, semble grandir à mesure qu’ils approchent ; les abîmes se creu­sent, les pics se hérissent dans un blanc chaos que l’on di­rait infranchissable. À Pierre-Pointue, on déjeune et l’on noircit les visages pour éviter les coups de soleil, car la sérieuse escalade va commencer : les alpinistes montent maintenant par une succession de névés, de glaciers presque à pic, franchissant les crevasses à l’aide d’une échelle jetée en travers et qu’on passe sur les genoux, cramponnés maintenant des pieds et des mains, les uns au-dessous des autres, liés par la corde et la similitude de leurs mouvements si bien que la chute ou la maladresse d’un seul les mettrait tous en danger. Halte au grand plateau à 3 800 m. Seconde halte à l’observatoire Vallot (4 442 m) et dernière étape, après deux jours de voyage, par la grande Bosse du Dromadaire (4 952 m) et le pas­sage de la Mauvaise Arête (4 700 m) dont la ligne étin­celle entre deux profondeurs d’abîme. Enfin, l’on arrive au sommet, à l’observatoire Janssen d’où l’on embrasse un panorama merveilleux de pentes immaculées, gran­dioses, d’une blancheur éclatante, illuminant l’air alentour.

PAT-1907-01

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1 Pathé 1578  
2 André Legrand  
3 03/08/1906-29/08/1906 275 m 
 

La saison d'été 1906 a été marquée par un évènement qui mérite de prendre place dans les fastes de l'histoire du Mont-Blanc. C'est en effet pour la première fois qu'une caravane d'alpinistes intrépides parvient à monter jusqu'au sommet, par les passages les plus difficiles, avec un appareil cinématographique.
Déjà plusieurs tentatives de ce genre avaient été faites jusqu'en 1903, sans aucun résultat. Depuis cette époque, une seule entreprise avait donné des résultats satisfaisants quoique encore incomplets : elle était due à l'initiative du savant directeur de l’observatoire du Mont-Blanc, M. J. Vallot, qui réussit à prendre lui-même des scènes de la traversée des crevasses de la Jonction par les porteurs montant à son observatoire. Cet été, la mission J. Vallot, sous la direction de son collaborateur l’ingénieur J. Lecarme, de Paris, et composée de MM. J. Pepin ; Lehalleur, ingénieur chimiste C.A., de Paris ; Schoetel, ingénieur de L'École Centrale, de Paris ; Claude Brey, architecte, de Paris ; Jack Hazard, des États-Unis ; Mlle Alice Oldfield Healey, de Brighouse (Angleterre), avec quatre guides porteurs, de Chamonix, à laquelle s'était joint l'opérateur cinématographique bien connu, M. Legrand, de Paris, a fait une première tentative le 3 août. Après avoir pris plusieurs scènes dans les séracs de la Jonction, elle fut surprise par un orage d'une extrême violence, qui la força .à se réfugier aux Grands-Mulets durant toute la nuit , le tonnerre gronda, pendant que la grêle et le vent faisaient trembler les murs de la cabane.
L'ascension fut alors remise à de plus beaux jours.
Mais en attendant, la caravane put accomplir dans les Aiguilles de nombreuses ascensions. Au cours de l'une d'elles, M. Legrand eût la chance de pouvoir cinématographier une avalanche de rochers tout à fait remarquable.
Enfin, le 21 août, le baromètre étant au beau fixe, l'ascension fut décidée : une première étape amena la caravane aux Grands-Mulets, d'où elle repartit le lendemain à 2 heures du matin, à la lanterne. Jusqu'au Petit Plateau, où les alpinistes durent traverser une gigantesque avalanche de séracs, tombée quelques instants avant, et que les porteurs eurent les plus grandes peines à franchir avec leurs appareils, aucune vue ne put être faite. Au lever du soleil, plusieurs scènes furent prises au Grand-Plateau, puis à l'arrivée à l'observatoire Vallot, où la caravane prit quelque nourriture et les opérateurs exécutèrent quelques travaux photographiques. Alors commença la partie difficile. M. Legrand partit en avant avec les guides et les porteurs et plaça son appareil sur l'arête de glace qui surplombe la Grande Bosse (4.500 m.). Le reste de la caravane, en deux cordées passa sur l’arête et fut cinématographiée à ce moment. Puis M. Legrand repartit et s'installa au sommet de la Mauvaise Arête en partie verglassée. Le reste de la caravane, guidée par M. Hazard, tailla alors une série de pas sur la glace de la crête, et franchit ce passage considéré par la plupart des alpinistes comme difficile.
Malgré le froid, M. Legrand, dont l'appareil grippait par la congélation de l'huile dans les roulements, résolut de tenter une vue sur l'arête de la Tournette, dont la pente de glace atteignait par endroits 70°. Le vent commençait à souffler de l'ouest, et on dut accélérer la marche. L'arrivée au sommet fut prise à 3 heures. Après la visite traditionnelle au refuge Janssen, empli de neige jusqu'au toit , la descente fut décidée.
M. J. Lecarrne plaça les plaques altimétriques de MM. H. et J. Vallot aux points trigonométriques fixés par les travaux de la carte du Mont-Blanc , notamment au refuge des Bosses et aux Grands-Mulets et M. Legrand n'oublia pas de cinématographier l es glissades de la caravane sur les pentes les plus raides de la côte du Petit Plateau ; il eut même la bonne fortune de voir l'un des porteurs disparaître dans une crevasse, sans aucun mal, heureusement.
Arrivés aux Grands-Mulets à 7 heures du soir, les membres de la caravane, trouvèrent la nuit d'autant plus longue qu'ils la passèrent sur les bancs de la salle des guides.
Aussitôt le jour venu, malgré les crampes produites dans le cours de la nuit, des scènes d' escalades de rochers furent prises sur les arêtes de l’aiguille Pitschner , puis la descente à Chamonix se fit en quelques heures, le travail étant terminé. Le 29 août, la caravane prenait le chemin du Grépon, et de nombreuses vues furent prises sur l'arête des Grands Charmoz.
Nous ajouterons que le succès fut complet, les 1600 mètres de films étant admirablement réussis. Dans quelques jours les amateurs de difficultés pourront, sans risquer aucun danger, suivre cette série d'ascension dans la salle du Casino de Chamonix.
T. LESCOP.


La Revue illustrée du Mont-Blanc et de Chamonix, Chamonix, 5 septembre 1906.

4 France, Mont-Blanc  

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29/12/1906 FranceThonon-les-bains Joseph Cusin L'Ascension du Mont-Blanc au Cinématographe
 
CINÉMATOGRAPHE
L'Ascension du Mont-Blanc au Cinématographe
Pour la clôture, M. Cusin offre cette semaine L'Ascension du Géant des Alpes et des aiguilles vertigineuses, ainsi que de nombreuses vues alpestres du plus haut intérêt scientifique. Les missions Vallot et Janssen, les observatoires au milieu des neiges éternelles, les sports dans la vallé de Chamonix, etc., etc.Qu'on se le dise...
Le Messager Agricole, 29 décembre 1906

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