Charles, François DUSSAUD

(Staefa, 1870-Paris, 1953)

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Jean Lacroix, François Dussaud, c. 1895
© Collection personnelle

Jean-Claude SEGUIN

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Bernard Dussaud ([1832]-[Genève], 05/12/1889) épouse Marie Revaclier (-[Genève], 25/04/1901). Descendance :

  • Charles, François Dussaud dit Franz (Staefa, Suisse, 14/04/1870-Paris 7e, 31/05/1953) épouse (Paris 16e, 02/06/1898) Carlotta, Emma Charpiat (Genève, 20/12/1876-Genève, 01/10/1960).
  • Berthe Dussaud (-Genève, 26/12/1960) épouse Charles Ackermann.

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Fils d'un inspecteur des écoles, Charles, François Dussaud est né à Staefa (auj. Stäfa). L'année du décès de son père, il obtient (1889) son baccalauréat ès sciences mathématiques, puis son doctorat (1892), grade conféré par la faculté des sciences de l'université de Genève, pour sa thèse Réfraction et dispersion de la lumière dans le chlorate de soude cristallisé

Les débuts (1894-1895)

Les premières relations que François Dussaud établit avec Charles Pathé semblent remonter, au moins, à 1894, si l'on en croit G.M. Coissac :

Ceux qui n'ont pas vu Charles Pathé, le 8 septembre 1894, sur le champ de foire de La Monthéty, en Seine-et-Marne, raconte un ami, M. Dussaud, ne connaîtront jamais cette méthode personnelle d'autosuggestion qui devait êttre celle de toute sa vie et l'une des grandes raisons de son triomphe.


Guillaume-Michal Coissac, Histoire du Cinématographe, Paris, Cinéopse/Gauthier-Villars, p. 465.

Il est député radical-libéral (Genève) en 1895. C'est aussi comme conférencier et inventeur qu'il se fait rapidement connaître. Invité par Casimir Sivan, il va en sa compgnie donner une première conférence au début du mois de mars.

Lundi 4 mars
[...]
8 h. s. Amis de l'instruction. Soirée-conférence gratuite donnée par MM. Dussaud et Sivan, sur le phonographe et la montre parlante.


 

Le Journal de Genève, Genève, 3 mars 1895, p. 3. 

Par un courrier conservé dans le Fonds Dussaud, Sivan remercie très chaleureusement celui qui a accepté de l'accompagner pour présenter le phonographe :

Mon cher Monsieur, je viens vous remercier de l'extrême obligeance que vous avez eue à mon égard, en vous chargeant de faire cette conférence, laquelle a certainement eu du succès grâce à votre clarté et surtout à la profonde émotion que vous y avez apportée. Merci encore et comptez sur moi pour à l'occasion vous être utile de me procurer ce plaisir. Je lis l'article de la Tribune de Genève, c'dst vraiment par trop élégant, je suis confus, me voilà maintenant passé inventeur quand même. M. Trachel a été bien bon à mon égard, mais c'est surtout à vous que je dois tout ce  succès, aussi je ne trouve rien de mieux que de répéter que je vous suis tout dévoué. Et agréez cher Monsieur l'expression de ma vive gratitude et de mes remerciements.


Bibliothèque Publique et Universitaire, Papiers Dussaud, 1994/32, dossier nº 8, 6 mars 1895 (Sivan à Dussaud). Cité dans Frauenfelder, 2005, 28.

 À Genève, le 16 mars 1895, il offre, à nouveau, à la Société des arts (Classe d'industrie et de commerce), une causerie sur le phonographe et le kinétoscope, suivie d'une audition du phonographe et exhibition du kinétoscope par Casimir Sivan, agent pour la Suisse des appareils Edison (Journal de Genève, Genève, 16 mars 1895, p. 3). Il est chargé, par le Conseil d'État, d'un cours de sciences physiques appliquées à l'art dentaire, à l'école dentaire, pour l'année 1895-1896. Il exercera dans ce centre jusqu'à sa démission en 1902. C'est également en 1895 qu'il fait des recherches, avec L. Perrot, sur la réfraction des sons. (Journal de Genève, Genève, 14 septembre 1895, p. 1) et, avec Ernest Métral, sur la puissance calorique du gaz et sur un nouveau brûleur (Journal de Genève, Genève, 19 janvier 1906, p. 3). Il enseigne également, occasionnellement, à l'Académie professionnelle. 

Du microphonographe aux " reliefs Dussaud " (1896-1898)

Ses premiers travaux à avoir un certain retentissement sont ceux relatifs à l'appareil " microphonographe " porteur d'espoir pour aider les sourds. Lors de la 79e réunion de la Société helvétique des Sciences naturelles à Zurich (2-5 août 1896), Franz Dussaud donne " une série d'expériences au moyen d'un appareil de son invention, le microphonographe, qui permet de juger de l'état de surdité des personnes atteintes de cette maladie. (Le Journal de Genève, Genève, 11 août 1896, p. 1). Quelques mois plus tard, son invention est présentée à l'Académie de Médecine, à Paris :

ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 29 décembre 1896
Présidée par M. HERVIEUX.
[...]
Ces différentes élections terminées, M. Laborde présente un appareil d’un grand intérêt, imaginé par M. Dussaud, professeur de physique à la Faculté des sciences de Genève, pour développer l’intensité du son. Cet appareil, appelé microphonographe par son inventeur, peut donner une telle puissance au son le plus faible, que l’oreille normale en éprouve une sensation douloureuse. On peut du reste le régler d’une façon assez précise pour l’accommoder à l’ouïe de chacun. Il est facile de comprendre combien celle propriété de proportionner le son au degré de finesse de l’organe peut être utile dans les cas de surdité ou lorsqu'il s’agit de percevoir des bruits pathologiques à peine sensibles. M. Laborde fait circuler dans auditoire une photographie représentant un sourd-muet qui, à l’aide du microphonographe, a pu entendre pour la première fois une mélodie et en sentir la mesure. Cette sensation, toute nouvelle pour lui, s’est traduite sur son visage par une expression do joie que la photographie a reproduite. M. Laborde appelle l’attention sur l’importance d’une si heureuse application de la phonographie. M. Dussaud a tenu à ce que l'Académie de médecine de Paris en fût la première informée.


Le Soleil, Paris, 30 décembre 1896, p. 2.

L’enthousiasme tout théorique des scientifiques et de la presse trouve sa meilleure expression dans l'article que George-F. Jaubert - qui est un proche de Dussaud - lui consacre dans la prestigieuse revue La Nature. On y voit les résultats de ces recherches grâce à la complicité d'un jeune sourd. Les résultats semblent tout à fait prometteurs si l'on en croit le visage souriant de ce dernier.

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Georges.-F. Jaubert, " Le microphonographe Dussaud ", La Nature, nº 1256, 6 février 1897, p. 145-147.

Les résultats sont pourtant bien moins décisifs qu'on l'aurait souhaité. Un article publié dans Le Matin rapporte l'expérience qui a été faite de cet appareil à l'Institution des sourds-muets de la rue Saint-Jacques. En voici le texte :

CHEZ LES SOURDS-MUETS
Intéressantes expériences - Les oreilles de l'épigastre ! Une lente éducation.
On vient de faire à l'Institution des sourds-muets des expériences avec le microphonographe Dussaud en vue de son application éventuelle à l'éducation orale des sourds-muets.
Dans la pensée de ses inventeurs, cet appareil, qui est une combinaison du phonographe et du microphone, était appelé à opérer une véritable révolution dans l'enseignement des sourds-muets, les sons qu'il émet, disaient-ils, réveillant et stimulant les facultés auditives, même chez les sujets qui paraissent complètement sourds.
L'enseignement de la parole pouvait ainsi s'effectuer par l'intermédiaire de l'oreille, à laquelle le microphone restituait son fonctionnement régulier, et il en résultait la suppression des procédés artificiels basés sur l'emploi de la vue et du toucher.
Dans le but de connaître les résultats de ces expériences, nous nous sommes rendu au grand établissement de la rue Saint-Jacques, et, là, nous avons pu recueillir d'intéressants renseignements sur les moyens employés aujourd'hui pour apprendre aux sourds-muets à entendre et à parler. 
 -Les résultats des expériences faites avec l'appareil Dussaud, nous a-t-on dit, ont été complètement nuls. Les sons qu'il émet ne sont pas perçus davantage par les sourds-muets que la parole ordinaire. Il en a été de même de tous les appareils imaginés jusqu'ici dans le même but, tel celui qui se compose de plaques vibrantes que l'on applique sur l'épigastre.
 Les sourds-muets, il est vrai, entendent certains sons, celui du tambour, par exemple (le réveil des élèves de l'institution se fait au son du tambour, que tous entendent). Mais cet entendement ne se fait ni par l'oreille ni par le cerveau. Il provient d'une vibration de l'abdomen et de l'épigastre. Ce n'est pas là " entendre ", à proprement parler, et, comme il est impossible à l'élève de différencier les sons, cette sorte particulière d'entendement, qui est plutôt une sensation, ne peut lui être d'aucune utilité pour son éducation.
Le seul appareil qui ait donné quelques résultats, mais seulement chez les demi-sourds, se compose d'une simple lame mince en celluloïd que le sujet place entre ses dents. Les sons font vibrer cette lame, et, par l'intermédiaire des dents, les vibrations sonores se communiquent aux os du cerveau.
Mais nous n'avons pas besoin d'appareils pour apprendre à nos élèves à entendre et à parler. La lecture de la parole sur les lèvres d'après les positions et les mouvements des organes, vocaux nous suffit. Cette méthode, qui est enseignée à l'institution depuis 1880, a donné de merveilleux résultats. Vous vous souvenez de l'étonnement du dernier conseil de révision quand un conscrit, interrogé sur les cas d'exemption qu'il avait à faire valoir, répondit qu'il était sourd-muet.
Vous n'êtes pas sourd, puisque vous avez entendu la question.
Je ne l'ai pas entendue, je l'ai lue sur vos lèvres.
Grâce à cette méthode, plusieurs centaines de nos élèves ont pu être rendus la société dont leur infirmité semblait les avoir irrémédiablement séparés. Nous leur avons appris un état qui leur permet de gagner leur vie et qu'ils peuvent parfaitement exercer, car, aussi aisément qu'un autre entend, ils lisent les paroles qui sont .prononcées devant eux, chaque son ou parole, paroles mouvements des lèvres qu'il nécessite, formant en quelque sorte un dessin spécial, une figure particulière sur les lèvres de celui qui les prononce.
L'émission des sons, la voix, que nous leur enseignons par une méthode particulière qui se rattache à la précédente (imitation des mouvements et des positions des organes vocaux pour l'émission de tel ou tel son), leur permet de parler. Leur voix, il est vrai, est assez peu agréable à entendre ; elle est sans inflexion, car l'élève n'entend pas ce qu'il dit, et il ferait un assez piètre orateur. Mais elle est suffisante, en somme, pour leurs relations dans la vie et l'exercice de leur profession.
Cette éducation du sourd-muet est longue : l'élève reste huit années dans l'établissement. De plus, elle nécessite un nombreux personnel enseignant, car, l'enseignement ne pouvant être simultané, un professeur ne peut s'occuper que d'un très petit nombre d'élèves. Ainsi, l'institution compte deux cent quinze élèves, pour l'instruction desquels une cinquantaine de professeurs sont nécessaires.


Le Matin, Paris, 19 août 1898, p. 2.

Il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut trouver là l'origine de la réorientation de la recherche de Dussaud qui, délaissant les sourds, va faire de son microphonographe un usage tout à fait différent. Divers brevets sont pris par Dussaud, associé à Georges, François Jaubert et Louis, Alfred Berthon. Le premier (nº 268 185) en date du 27 juin 1897 est pour un " système de transmission d'enregistrement et de répétition à distance de la parole et des sons en général dénommé le télémicrophonographe ". Le second brevet constitue une combinaison entre le microphonographe et le cinématographe :

268369. Brevet de quinze ans, 1er juillet 1897 ; Berthon, Dussaud et Jaubert, représentés par Armengaud jeune, à Paris, boulevard de Strasbourg, nº 23.-Système combinant le microphonographe avec le cinématographe en vue de la reproduction simultanée des scènes de la vie animée et de la parole, du chant et des sons qui les accompagnent.


Bulletin des lois de la République française, nº 2039, Paris, p. 1083.

L'idée de l'associer à un cinématographe est donc très précoce. Une addition au brevet, du 28 octobre 1897, tente de proposer une autre solution pour connecter les deux appareils en vue d'une synchronisation plus opérationnelle. La Compagnie Générale Transatlantique, présidée alors par Eugène Pereire, dans le cadre de la préparation de l'Exposition universelle de 1900, va vite s'intéresser à ce système :

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1900
L'Exposition de la Compagnie transatlantique. — M. Eugène Pereire, président de la Compagnie générale transatlantique, a donné aujourd’hui, dans son hôtel, une séance scientifique à laquelle plus de 300 personnes ont assisté. MM. Laborde, de l’Académie de médecine, Gellé, professeur à la Salpêtrière, ont pris la parole, ainsi que M. Berthon, administrateur de la Société des téléphones. Ce dernier a présenté les bases de l’exposition que la Compagnie générale transatlantique projette pour 1900. 
M. Eugène Pereire et M. Jaubert ont eu l’idée de combiner, dans des proportions grandioses, le cinématographe avec le microphonographe Dussaud. Cette combinaison, baptisée du nom de " cinémicrophonographe ", est destinée à représenter des scènes de la vie maritime, en particulier les ports du Havre et de Marseille, avec toute leur activité. L’illusion donnée par la projection du cinématographe est complétée par l’audition.
Le cinémicrophonographe Berthon-Bressand [sic] -Jaubert se compose exclusivement d’un cinématographe spécialement construit pour cet usage et dont l’arbre, mu par un moteur électrique d’un cheval environ, commande douze microphonographes. Quand l’appareil sert d’enregistreur (enregistre par exemple le jeu d’un acteur sur la scène), le cinématographe photographie ces gestes, tandis que les douze microphonographes disséminés sur la scène et à l’orchestre, enregistrent le chant et l’accompagnement. Lors de la restitution de cet enregistrement les douze microphonographes, tournant synchroniquement, envoient dans l'oreille du spectateur, par deux embouchures téléphoniques dissimulées dans les assises du fauteuil sur lequel il est assis, le chant ou les paroles accompagnant les gestes de l’acteur, projeté par le cinématographe.
Cette séance a eu le plus grand succès et le cinémicrophonographe sera certainement un des clous de l’Exposition de 1900.


Le Temps, Paris, 22 décembre 1897, p. 2. 

Grâce à un très long article particulièrement détaillé, publié dans La Gazette de France, nous avons une description minutieuse du " microphonographe " qui peut se combiner avec le téléphone ou le cinématographe. Quelques expériences sont même tentées et, si la réalité n'est peut-être pas à la hauteur des espérances, certains aspects sont tout à fait novateurs :

CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
Le microphonographe et ses applications à l’éducation des sourds-muets, à la téléphonie, à la cinématographie. — Une lune électrique artificielle. — Nouvelle télégraphie sans fil. 
Le 19 décembre a eu lieu une séance scientifique consacrée à la description et à l’essai d’un instrument, appelé microphonographe, qui consiste en une combinaison du microphone et du phonographe. Il a été inventé par M. F. Dussaud, docteur ès sciences, professeur de physique à l’Ecole de Mécanique de la ville de Genève. L’auteur l’a imaginé dans l’espoir d’arriver à produire des sons particuliers, susceptibles d'exciter et, pour ainsi dire, d'amorcer le phénomène de l'audition chez les sourds. Puis on a combiné le microphonographe d’abord avec le téléphone, et avec le cinématographe ; on est arrivé, d'une part, à enregistrer à très grande distance les sons du téléphone, d’autre part à compléter, par la reproduction des sons et de la parole, les scènes animées que représente le cinématographe. 
Le microphonographe est un répétiteur de sons constitué par un tambour phonographique qui actionne, par l’entremise d'un style, un microphone. Si, après avoir par la parole impressionné, suivant le procédé ordinaire, la surface sensible de ce tambour, on le fait tourner autour de son axe, le son qu’il émettait dans les conditions de reproduction usuelles, se trouve considérablement amplifié grâce au microphone qui le recueille et le transmet à un récepteur téléphonique. C'est ce téléphone que l'on place contre l’oreille du sourd qui manifeste par ses gestes qu’il perçoit les sons transmis. 
En appliquant le microphonographe pour transmettre les sons à grande distance et avec une intensité inusitée, il nous suffira, pour réussir, d'envoyer le courant du microphone dans un appareil approprié. Cet appareil, nommé enregistreur des sons, est une sorte de téléphone, dont l’électro-aimant commande un burin qui grave un cylindre de cire analogue à celui du phonographe. Ce cylindre est mû par un puissant mécanisme d'horlogerie ou par une machine dynamo-électrique. Dès que le courant venant du microphone actionne l'électro-aimant du téléphone, la plaque vibrante de celui-ci entre en vibration, et le style fixé au centre de la plaque grave en conséquence la surface de cire. 
Cette disposition permet d'enregistrer, avec une parfaite netteté, des sons même très faibles, tels ceux de la parole chuchotée ou les bruits de la respiration humaine. Répétant et variant les expériences de cette sorte faites par M. Dussaud, M. Georges F. Jaubert est arrivé, au moyen d’un microphone de son invention (modification du type de Hugues), à inscrire les rythmes de la marche de plusieurs insectes, marche caractérisée par les cadences les plus bizarres et les plus diverses. Peut-être ces infimes bestioles trouvent-elles dans ce rythme des sensations agréables ; on se laisse aller à songer qu’en leur long et savant défilés les fourmis observent probablement une cadence analogue à celle qui règle notre pas militaire... On obtient d’excellents résultats à très grande distance du lieu d’émission du son en reliant, par un simple fil téléphonique, le répétiteur (microphonographe) à l'enregistreur (récepteur). Cette association des deux appareils constitue le télémicronographe dû à la collaboration de MM. Berthon, Dussaud et Jaubert. Elle permet d’expédier un message téléphonique très loin du point de départ et de l'enregistrer automatiquement au poste d'arrivée. Cette inscription est précieuse, car, se conservant indéfiniment, l’empreinte donne la possibilité de reproduire le message autant de fois qu'on le désire. Le destinataire est-il absent quand le message arrive, peu importe puisque, dès qu’il rentrera, il lui sera facile d’en prendre connaissance. 
Le système a été essayé le 6 octobre dernier, sur petite échelle, en présence de M. Bouclier, ministre de l'Industrie et du Commerce. Tel a été le résultat, que, le 21 novembre, on l’a établi entre Paris et Lille (distance : 250 kilomètres). On a pu, parlant, à Paris, devant le répétiteur des sons, envoyer par fil téléphonique un message qui s’est inscrit tout seul au poste récepteur à Lille. Réponse a été donnée de la même façon, de Lille à Paris. Actuellement les deux phonogrammes permettent de restituer, quand bon nous semble, les deux conversations.
MM. Berthon, Dussaud et Jaubert ont créé le cinémicrophonographe, qui donne la sensation d’un accord complet entre les gestes et les paroles des acteurs que montre le cinématographe.
En 1900 on verra le port de la Joliette à Marseille, le bateau levant l’ancre, et l’on entendra en même temps les conversations des badauds assistant au démarrage du paquebot, les adieux des passagers, le cri déchirant de la sirène annonçant le moment du départ. Dans d’autres scènes, on représentera la vie à bord, la salle des machines avec leur bruit strident, la passerelle du capitaine, dont on entendra les ordres, l'effort et le chant des matelots hissant l'ancre au cabestan, le grincement de la chaîne sur les galets, etc., etc. On montrera non seulement nos principaux ports, Marseille, le Havre, Bordeaux, Saint-Nazaire, les appontements de Pauillac, où s’embarquent les troupes pour Madagascar, mais aussi les ports éloignés des pays d’outre-mer, où vont les navires de la Compagnie. On montrera Fort-de-France, où les grands paquebots font du charbon ; non seulement on y verra les négresses portant sur leur tête les lourds paniers d'osier chargés du précieux combustible, mais on entendra de temps en temps la cadence de leur chant bizarre.
L'accomplissement de ce programme est confié par la Compagnie générale Transatlantique aux trois créateurs du cinémicrophonographe : MM. Berthon, Dussaud et Jaubert.
[...]
Théophraste.


La Gazette de France, Paris, 5 janvier 1898, p. 2.

Si l'association entre l'image et le son n'en est encore qu'à l'état de projet, la Compagnie Générale Transatlantique comprend tout l'intérêt qu'il y a à investir dans cette nouveauté. De son côté, François Dussaud s'attaque, cette même année 1898, à un autre projet destiné, cette fois-ci, aux aveugles :

Les reliefs Dussaud. — M'. Dussaud présente le résultat des expériences qu’il vient de faire et qui permettent de transmettre en relief l'image des objets, c’est-à-dire que ceux-ci, même en mouvement, donnent immédiatement leur relief à une très petite échelle et ce relief est mobile, en plaçant les doigts sur sa surface on peut reconnaître les objets et suivre leur mouvement. 
On conçoit l’application de cette découverte pour inculquer aux jeunes aveugles la notion du mouvement et du déplacement des choses. L’appareil de M. Dussaud consiste essentiellement dans l’emploi de deux obturateurs identiques percés d'ouvertures en hélice, tournant synchroniquement. Le premier obturateur fractionne l’image de l’objet, laquelle va se former dans le fond de la chambre noire d’une sorte d’appareil photographique sur une lame de sélénium parcourue par un courant électrique. Vu ses propriétés connue, le sélénium suivant la quantité de lumière qui le frappe,, modifie le courant électrique,- lequel se rend dans un téléphone. La membrane de ce téléphone vibre plus ou moins et soulève proportionnellement un faisceau de tiges parallèles. Toutes les tiges sont également soulevées ; mais la, second obtureur sur lequel on place les doigts tourne synchroniquement avec le premier ; il ne laisse donc percevoir le mouvement des tiges qu’aux places où il correspond avec les différentes parties de l’objet, et comme toutes les tiges passent dans un temps très court à travers l'obturateur, on a l’impression d’un relief mobile représentant l'objet.


Le Temps, Paris, 14 septembre 1898, p. 4.

Si Dussaud fourmille de projets, leur réalisation n'est pas toujours satisfaisante. Les reliefs Dussaud ne sont pas plus efficaces pour les aveugles que le microphonographe ne l'est pour les sourds. L'École Braille a organisé en 1900 une exposition où figure l'invention du Suisse : "  Le cinématographe pour aveugles de M. Dussaud avait été apporté à l'école Braille : dans son état actuel il ne peut rendre que peu de services. " (Le Valentin Haüy, 18e année, nº 10, Paris, octobre 1900, p. 108). Parmi les autres inventions à mettre au crédit de François Dussaud, il faut retenir le " Téléoscope " (La Nature, 24 mai 1898. p. 385-386), un tentative de reproduire à distance des images lumineuses par l'intermédiaire d'un courant électrique convenablement modulé. L'invention préfigure - mais ne fait que préfigurer - la télé-vision :

Il nous faut espérer que M. Dussaud améliorera son téléoscope au point de permettre de voir sur son écran des scènes plus complexes. Un téléoscope placé par exemple dans la salle des séances du Palais-Bourbon permettrait à chaque électeur de vérifier à tout instant, s'il ne sommeille pas tranquillement à son banc ou s'il ne court pas la prétentaine au lieu d'accomplir son devoir de législateur " Monsieur, à telle heure, tel jour, quand se discutaient à la tribune nos intérêts les plus chers, vous étiez tranquillement à la buvette, sirotant un verre de kümmel - ô horreur - en compagnie de l'abbé Gayraud, vous qui fulminez ici contre la prêtraille ! " Le député reste interdit. Il se souvient cependant qu'on l'a demandé un jour au téléoscope de la buvette. Maudit téléoscope " Plus moyen de vivre en paix. " La prochaine fois, murmure l'élu entre ses dents, ce que je lui ferai un pied de nez, à mon électeur. Tant pis s'il le voit sur l'écran ".
Maxime Vuillaume.


Le Radical, Paris, 19 juillet 1898, p. 2.

Quelques lignes pleines d'humour terminent l'article de Maxime Vuillaume, un visionnaire en quelque sorte...

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Fig. 1. Poste transmetteur Fig. 2. Poste récepteur
La Nature, nº 1303, 24 mai 1898. p. 385

La Société anonyme du Phonorama (1898-1900)

Afin de pouvoir répondre, en particulier, à la demande de la Compagnie Générale Transatlantique, François Dussaud va donc constituer une société avec Louis, Alfred Berthon et Georges François Jaubert, le 11 juin 1898, sise 5, rue Mathurin. Son capital s'élève à 150.000 francs (1500 actions de 100 francs).

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Société du Phonorama, action de Cent Francs au porteur

C'est dans le sous-sol de l'Olympia, lieu qui a accueilli d'autres appareils cinématographiques, que le phonorama de Berthon, Dussaud et Jaubert va s'installer à partir du 21 avril 1899 : 

Le Phonorama a fait, hier, des débuts retentissants dans les sous-sols de l'Olympia. C'est un appareil véritablement merveilleux qui fait, par un ingénieux système, passer devant les yeux des spectateurs des photographies animées en couleur et de grandeur naturelle. Les personnages représentés dont la musique accompagne les mouvements joignent les paroles aux gestes. On a l'illusion complète d'une scène jouée. 
Remarqué parmi les tableaux : le défilé de deux régiments de ligne, musique en tête, danseuses des rues dans un quartier populeux de Londres, dansant au son d'un orgue de Barbarie, assassinat du duc de Guise ; une procession avec chants, cantiques et bruits de cloches.


La Lanterne, Paris, 23 avril 1899, p. 3.

Ce qui retient ici l'attention c'est que le répertoire - au moins pour les films aisément identifiables - provient de la maison Lumière. Cela montre en tout état de cause, que le phonorama, dans un premier temps, se contente de plaquer du son sur les vues animées et qu'il n'est pas encore susceptible de présenter des vues originales. Même si les recettes semblent relativement limitées - 5859 frs ou 6704,80 frs semble-t-il -, le phonorama va tout de même rester pendant cinq mois au moins, ce qui semble attester que le succès n'est pas aussi modeste qu'on pourrait le croire.

Mais la grande affaire pour la Société du Phonorama est sans conteste l'exploitation de l'appareil pendant l'Exposition Universelle. Dès le mois de mai 1899, elle sollicite une salle pour les séances envisagées :

L'initiative privée
[...]
Enfin, la Société du Phonorama sollicite la concession de cent mètres carrés pour l'exploitation du " cinémicrophonographe ", nom qui paraît devoir désigner une combinaison nouvelle du kinétoscope, du cinématographe, du graphophone, du téléphone et du phonographe.


Le Matin, Paris, 7 mai 1899, p. 2.

Toujours avec la même perspective, un appel de fonds est lancé le 9 mai 1899 :

Société du Phonorama. — Appel de fonds. — Le conseil d’administration de la Société anonyme du Phonorama a l’honneur d’informer les actionnaires que, suivant délibération du 9 mai, les 50 francs restant dus par titre d’actions devront être versés avant le 15 juin 1899, à la Banque Transatlantique, 6, rue Auber, à Paris. 
Des titres définitifs seront remis aux actionnaires. — D. 20/5 1899.


Cote de la Bourse et de la banque et le Messager de la Bourse réunis, Paris, 22 mai 1899, p. 3.

1900 exposition universelle panorama transatlantique 

Le Panorama Transatlantique, le Maréorama et le Grand Globe Céleste (1900)
© BGE, Centre d'iconographie genevoise

Par ailleurs, afin de fournir en films le Phonorama, la Compagnie Générale Transatlantique va fait appel à un ancien opérateur de chez Lumière, Félix Mesguich. Ce dernier va tourner " quelques scènes de la vie parisienne, et toute une suite de tableautins sur les 'cris de Paris.'" et pour ce faire utilise un appareil Gaumont. Cette même société est également celle qui se charge du développement et du tirage des copies. Il est possible que certains de ces films aient été intégrés au catalogue Gaumont. Le bilan de la société est assez mitigé et quelques semaines après la fermeture de l'Exposition Universelle, les actionnaires sont convoqués pour une assemblée générale qui va proclamer la dissolution anticipée de la Société du Phonorama :

Société du Phonorama. — Dissolution. — Par délibération de l’assemblée générale extraordinaire de ses actionnaires, en date du 24 décembre 1900, la Société anonyme du Phonorama, au capital de 150.000 francs, ayant son siège à Paris, rue des Mathurins, 5, a été dissoute à partir du même jour, et tous pouvoirs ont été donnés au conseil d’administration pour la liquidation.— D. 23/1 11401.


Cote de la Bourse et de la banque et le Messager de la Bourse réunis, Paris, 23 janvier 1901, p. 3. 

Ainsi s'achève une expérience singulière et novatrice, même si la mise en pratique du Phonorama et la rentabilité n'ont pas été à la hauteur des espérances.

Mais François Dussaud est très présent à l'Exposition Universelle. Au Palais de l'Électricité, il présente son cinématographe pour aveugles et le microphonographe pour les sourds. Le journaliste de L'Aurore écrit, à propos du premier que l' "on peut espérer mieux quand l'invention de M. Dussaud, encore rudimentaire, sera perfectionnée." Du second, il dit qu' "il est entré déjà dans la pratique de l'enseignement et a donné les meilleurs résultats." (L'Aurore, Paris, 27 juin 1900, p. 2) Optisme de bon aloi, mais que la réalité dément. Au village suisse, l'inventeur est présent, on s'en doute. Dans l'un des chalets, la maison de Berne, il y a les téléphones haut parleur et inscripteur qu'il a inventés :

Au centre, la Suisse expose dans un pavillon les diverses inventions de M. Dussaud, parmi lesquelles le Téléphone haut-parleur et le Téléphone inscripteur. Toute la journée, le public peut communiquer à haute voix (et sans s'approcher des appareils) avec les visiteurs du Village Suisse par le Téléphone haut parleur ; et la conversation entendue est redite autant de fois qu'on le désire, aux deux stations, par le Téléphone inscripteur.


Paris exposition 1900, guide pratique du visiteur, Paris, Hachette, 1900, p. 289.

De fait, l'installation pour une bonne part est financée par la maison Pathé comme nous pouvons le lire dans le contrat conservé dans le fonds Dussaud :

Un employé Pathé sera présent pour renseigner les visiteurs et leur donner les adresses des établissements Pathé [...] Pathé prête gratuitement 4 gaulois, avec des cylindres vierges et enregistrés pour les expériences du téléphone inscripteur et du phonographe pour sourds [...] M. Pathé prend à sa charge les frais d'installation nécessaires à l'exploitation de ses appareils, notamment, il tiendra au Chalet i, au moins 2 vendeuses en costume suisse. Elles pourront vendre aussi les appaeils de M. Dussaud si ce dernier le désire [...] Le Village suisse aura 50 %, Pathé 25 % et Dussaud 25 % [...] Des publicités de même grandeur seront visibles pour les deux parties. Le présent contrat est fait spécialement en vue du Village suisse et prendra naturellement fin avec l'exposition de 1900.


Bibliothèque Publique et Universitaire, Papiers Dussaud, 1994/32, dossier nº 8, contrat du 22 mars 1900 fait à Paris entre la société Pathé et François Dussaud. Cité dans Frauenfelder, 2005, 30.

Si ses activités scientifiques occupent une part importante de son temps, il ne faudrait pas oublier que François Dussaud est une figure en vue dans le Paris 1900. Sa compagnie est recherchée et ses réceptions réunissent des personnalités de premier plan. Le couple multiplie les soirées où les convives peuvent profiter de la belle voix de Mme Dussaud.

En outre, il organise chez lui des réceptions, toujours dans le cadre de ses activités liées à l'Exposition Universelle :

Intéressante réception chez M. et Mme Dussaud, à l'occasion de l'ouverture du pavillon des inventions de M. Dussaud, au salon d'honneur de l'Exposition.
M. Dussaud a fait assister ses invités à quelques-unes des expériences qui sont faites chaque jour à l'exposition avec ses téléphones haut parleurs et inscripteurs phonographes pour sourds et cinématographes pour aveugles. Parmi les invités : 
M.. Lardy, ministre de Suisse en France ; le commissaire général de Suisse à l'Exposition et Mme Ador, M. et Mme Develle, M. et Mme Camille Flammarion, M. et Mme Lefèvre-Pontalis, général et Mme Béziat, M. Caron, conseiller municipal, et Mme Caron, M. Osiris, M. et Mme Edouard Rod, le comte Balny d'Avricourt, etc.
Mme Dussaud, dont la voix égale la beauté, a ravi ses hôtes en interprétant quelques-uns de nos maîtres les plus aimés.


Le Figaro, Paris, 3 mai 1900, p. 2.

Comme quoi, la science fait bon ménage avec les mondanités et les Dussaud savent parfaitement s'entourer des meilleurs invités.

Nouvelles inventions (1901-1903)

On doit à Charles Dussaud une phrase restée célèbre que rappelle Coissac dans son Histoire du cinématographe :

En 1901, M. Charles Pathé, assisté de son collaborateur et ami M. Dussaud, rédigeait cette formule qui parut bien osée à l'époque : " Le cinéma sera le théâtre, le journal et l'école de demain. "


Coissac, 1925, p. 390.

Des relations amicales se sont déjà nouées entre les deux hommes, avant que d'autres, à caractère professionnel, se mettent en place. Dussaud devient ainsi, en 1901, l'ingénieur-conseil chez Pathé. La même année, il reprend ses recherches sur divers appareils pour les aveugles et les sourds. Habitué ds conférences, il en offre une conférence, à l'hôtel des Sociétés savantes pour présenter une nouvelle version de son "cinématographe pour aveugles" (Le Temps, Paris, 18 février 1901, p. 3) qui une sorte de phénakistiscope, une autre à Monaco où il parle des " Campagnes Scientifiques du S.A.S. le Prince Albert ", du Muséum océanographique en construction, mais aussi, bien sûr, de ses différentes inventions (Journal de Monaco, 26 mars 1901, p. 1).

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Appareil Dussaud fonctionnant
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Vue d'ensemble de l'appareil
Ch. Marsillon, "Cinématographe pour aveugles"
Revue universelle, 1901, p. 596.

Il présente aussi, à l'Académie de Médecine (séance du 25 juin 1901), "un nouvel appareil audiphone portatif (Revue Générale des Sciences pures et appliquées, 12e année, nº 15, Paris, 13 août 1901, p. 723) et (séance du 19 novembre 1901), "un nouvel appareil pour l'écriture et la notation chiffrée et médicale chez les aveugles" (Revue générale des sciences pures et appliquées, 12e année, nº 23, 13 décembre 1901, Paris, p. 1087).

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Machine à écrire pour les aveugles, système Dussaud
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La machine à écrire en fonction
Henri Desmarest, "Machine à écrire pour aveugles"
Revue universelle, 1903, p. 113.

Il conduit également des expériences sur la résistance électrique du sélénium et son application à la transmission des images et des impressions lumineuses (1902)... François Dussaud est également secondé dans ses travaux par sa propre épouse dont le rôle est sans doute sous-évalué. Elle a participé à la mise au point de plusieurs brevets.

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DANS LE LABORATOIRE
Mme Dussaud travaille à perfectionner un appareil qui sera de grande utilité aux aveugles
Femina, 1903

Du Dussaud'scope à la Société pour exploiter le cinématographe Pathé frères (1904-1906)

Nous ne disposons que de peu d'informations relatives au Dussaud'scope qui va être présenté au Petit Journal pendant quelques mois. Aucun brevet ne semble avoir été déposé et le seul document est un court article publié dans le quotidien en question :

PREMIÈRE REPRÉSENTATION du DUSSAUD'SCOPE
Depuis huit années que le cinématographe est inventé, chacun a pressenti qu'un jour viendrait où la Science obtiendrait des scènes dans lesquelles se succéderaient toutes les nuances et toutes les intensités lumineuses de la Nature. Un grand nombre de savants se sont efforcés de réaliser ce rêve de façon satisfaisante. Après des années de recherches de laboratoire, un ingénieur français, M. Dussaud, vient d'atteindre au succès.
 M. Dussaud a apporté au Petit Journal un nouvel appareil de son invention, qui, en projetant sur un écran des vues animées et en couleur, permet de varier à l'infini leur intensité et leurs nuances les plus délicates.
C'est une révolution dans la cinématographie, c'est une orientation des plus attrayantes dans le domaine de la science et de l'art.
Le Petit Journal, toujours à l'affût de toutes les nouveautés capables d'intéresser et d'instruire le grand public, a obtenu de M. Dussaud la primeur de ces curieuses expériences ; il donnera aujourd'hui, à la suite de sa séance journalière de cinématographie, la première représentation du Dussaud'scope.


Le Petit Journal, Paris, 7 avril 1904, p. 3.

Il semble qu'il s'agisse d'un dispositif installé sur un cinématographe qui permet de faire varier l'intensité lumineuse du film, une sorte de variateur de lumière. L'appareil utilise en tout état de cause des films Pathé et ne nécessite pas de vues animées particulières. Le journal annonce le Dussaud'scope jusqu'au 26 octobre. En dehors du système installé dans les locaux du Petit Journal, aucun autre lieu ne semble avoir accueilli ce curieux dispositif.

Le Cinématographe automobile (1905-1908)

C'est l'année suivante que le Dussaudscope fait à nouveau parler de lui dans un autre contexte. D'une part, afin de promouvoir son invention, Dussaud va publier Le Dussaudscope en 1905, un périodique qui ne sortira que quelques numéros. D'autre part, le Cinématographe automobile se constitue en société au début de l'année 1905. La société est installé 19, boulevard Malesherbes, chez le banquier-cambiste Alfred Bréart, et parmi ses actionnaires les plus importants Louis, Henri Huet et Charles Louis. Il faut également y ajouter l'inventeur Auguste Baron et, peut-être aussi, Henri Joly. Dussaud va céder son invention à nouvelle Société :

M. Dussaud Charles François, ingénieur, chevalier de la Légion d'Honneur, ingénieur-conseil de la Compagnie Générale des Anciens Établissements Pathé frères cède à la société qui accepte, pendant toute sa durée le monopole de l'exploitation eet de la vente en France du Dussaudscope tel qu'il fonctionne depuis plusieurs mois au Peetit Journal, 21 rue Cadet à Paris. Le Dussaudscope n'ayant fait l'objet d'aucun brevet ni marque, la société du Cinématogrpahe Automobile s'engage à exécuter le présnt contrat dans tous les cas où des objets du type dussaudscope seraient exploités ou vendus par tout autre tiers.
Monsieur Dussaud consent à rétrocéder à la société du Cinématographe Automobile les locaux sis à Paris, 31 boulevard des Italiens [...] Ce mobilier se trouvant dans lesdits locaux consiste en : tableaux en bois peint a l'extérieur sur le boulevard, caisse pour la caissière à l'entrée, 72 chaises en bois, deux loges, un écran de projections, un lustre, un fourneau Kern, une caisse suppportant la cabine, une cabine démontable, le tout dans la salle. Dans la cabine se trouvent : un poste Pathé complet, un tableau de distribution, une corbeille à recevoir les films, sept bobines à films [...] Ce mobilier restera la propriété exclusive de Monsieur Dussaud.


Bibliothèque Publique et Universitaire, Genève, 1994/32, dossier nº 12, contrat du 1er mars 1905, entre la Société du Cinématographe Automobile et François Dussaud. Cité dans Frauenfelder, 2005, 31. 

Une fois le contrat signé, le rôle de Dussaud dans la société semble parfaitement annexe.

Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé frères (1906)

La constitution de la Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé frères a lieu à la fin de l'année 1906. Il s'agit de construire une structure de " concession ", dont le déjà lointain ancêtre est le système Lumière entre 1896 et début 1897. Voici les éléments essentiels concernant la constitution de cette société :

Sté pour exploiter le Cinématographe Pathé frères. — Constitution. — Suivant acte reçu par Me Cottenet, notaire à Paris, le 15 novembre 1906, M. Charles-François Dussaud, ingénieur, demeurant à Paris, 19, rue Guillaume-Tell, et M. Maurice Guégan, docteur en droit, demeurant à Paris, boulevard Pereire, 96, ont établi les statuts d’une société anonyme sous la dénomination de : Société pour exploiter le Cinématographe Pâté frères.
Cette Société a pour objet l’exploitation d’un cinématographe Pathé frères, à Paris, 5, boulevard Montmartre ; la prise à bail des locaux situés à Paris, 5, boulevard Montmartre, et 167, rue Montmartre, dans lesquels la Société se propose d’installer ledit cinématographe, l’exécution de tous travaux et constructions, la transformation de toutes constructions existantes et leur appropriation à ladite industrie. 
Le siège social est établi à Paris, 5, boulevard Montmartre. La durée de la Société a été fixée à 50 années. Le fonds social est de 300.000 francs et divisé en 3.000 actions de 100 francs chacune, sur lesquelles 1.500, dites de priorité, ont été toutes souscrites et libérées du quart. Les 1.500 actions de surplus, entièrement libérées, dites ordinaires, ont été attribuées à MM. Guégan, Dussaud, Maugras et Benoît Lévy en représentation de leurs apports, consistant principalement dans le bénéfice de toutes les conventions qu’on a pu ou pourra s’assurer à l’occasion du cinématographe Pathé frères, avec la Compagnie générale de phonographes, cinématographes et appareils de précision, anciens établissements Pathé frères ; les études techniques, travaux préparatoires, exécutés en vue de l’installation et de l’exploitation dudit cinématographe. Il a été créé, en outre, 3.000 parts de fondateur, qui ont été attribuées pour moitié aux apporteurs sus-nommés, et pour l'autre moitié aux souscripteurs d’actions de priorité, à raison de une part pour chaque action souscrite. 
Sur les bénéfices nets annuels, il sera prélevé : 1e 5% pour constituer la réserve légale ; 2e une somme suffisante pour servir aux actions de priorité et ensuite aux actions ordinaires 6% d’intérêt ; 3e 15% pour le conseil d’administration. Le solde sera réparti comme suit : 50 % aux parts de fondateur et 50 % aux actionnaires sans distinction.
Ont été nommés administrateurs : M)M. Dussaud (Charles-François), demeurant à Paris, 19, rue Guillaume-Tell ; Emile Maugras, 6, boulevard des Italiens, et Edmond Benoit-Lévy, 16, rue Grange-Batelière. — Gazette du Palais, 30 novembre 1906.


Cote de la Bourse et de la banque et le Messager de la Bourse réunis, Paris, 17 décembre 1906, p. 4.

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Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé Frères (1907) [D.R.]

Le Théâtre du Cinématographe Pathé, au 5, boulevard Montmartre, est inauguré le 16 décembre 1906 et lance en quelque sorte les activités de la Société Anonyme pour Exploiter le Cinématographe Pathé.

Et après (1907-1953)

Au cours de l'année 1907, la société va modifier ses statuts pour devenir " Société Anonyme Omnia " (Assemblée d'Actionnaires, 10 août 1907) et obtenir le monopole exclusif des films Pathé dans différents départements (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Seine-Inférieure, Eure, Calvados, Oise, Marne, Aisne) et en Suisse. Mais Dussaud ne va cesser de produire des inventions, souvent des intuitions lumineuses, comme ses travaux sur la " lumière froide ", entre 1911 et 1916 qui sont présentés à l'Académie par Branly. Les autorités françaises, pendant la 1re guerre mondial, songent à utiliser ces recherches afin de découvrir les zeppelins avec des projecteurs à lumière froide. Il travaille également, entre 1911 et 1921 à un dispositif de projecteur qui permet d'obtenir, dans une salle peu éclairée, l'image agrandie de n'importe quel objet avec sa couleur, son relief, ses mouvements... l'épidiascope. Il continue ses expériences cinématographiques. Il " a façonné quatre appareils qui recueillent respectivement dans les êtres et les objets, la matière, la forme, la couleur et l'espace. Et avec le matiériste, le formiste, le coloriste et l'espaciste, voilà le quatuor tout fait " et le journaliste du Gaulois de poursuivre en ces termes :

Il ne reste plus qu'à écrire des symphonies. L'inventeur en a ordonné le schéma de quelques-unes. Et nous avons vu, dans " Artères et veines " monter et descendre la vie avec une merveilleuse mobilité de rose et de bleu. Et, dans " Fresque vivante ", des poissons frétiller avec des éblouissements d'argent, se colorer, se décolorer, s'aplatir, se modeler, suivant que se déroulaient les mesures de la partition. Et nous avons vu des feuilles de roses et des ailes de papillons, symboles de nos rêves, de nos illusions et de nos souvenir aussi, se mouvoir mystérieusement dans le champ du passé, s'atténuer, s'effacer, échanger leurs nuances et reparaître. Les lois des nombres commandent à tout cela. Il y a les sept notes de la gamme et les sept couleurs de l'arc-en-ciel.[...]
Saint-Simonette.


Le Gaulois, Paris, 5 avril 1928, p. 1.

Sans trop savoir si ses expériences finissent par avoir des retombées concrètes, il invente également l'automobile qui se conduit à la voix (1934), ce qu'il nomme l'endomécanique.

Du pick-up à l'automobile qui circule sans conducteur

Ce que M. François Dussaud avait découvert à 23 ans
Un véhicule non monté et qui agissait selon des ordres déterminés d'avance vient de circuler -, nous l'avons dit - dans la cour de l'Institut. Oui, sleon des ordres déterminés d'avance... Il avait suffi de placer, dans la voiture, au bon endroit... un pick up.
- Un pick up ? Un pick up comme celui dont nous nous servons por le phonographe ?
- Parfaitement ! ce petit dispositif électromagnétique qui remplace le diaphragme du phonographe et qui transforme les vibrations mécaniques de l'aiguille en courants électriques que l'on amplifie ensuite.
- Vous m'étonnez.
- Vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Laissez-moi d'abord vous apprendre que l'inventeur de ce mode extraordinaire d'évolution pour véhicules n'est ni plus ni moins que le propre inventeur du pick up lui-même...
- Un Anglo-Saxon ?
- Pas le moins du monde. Le premier type de phonographe où furent utilisés l'enregistrement et la reproduction électriques a été créé en 1894 par François Dussaud. [...]
André Laphin

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Le véhicule qui évolue tout seul, grâce aux ordres que l'on lui a mis dans le ventre.

L'Intransigeant, Paris, 8 avril 1934, p. 2. L'Intransigeant, Paris, 10 avril 1934, p. 2.

On lui doit également (1936) une note sur le " cinématographe de l'irréel ". Outre les nombreuses inventions de ce précurseur, le couple Dussaud connaît une vie mondaine très active, ils tiennent salon où se rendent des figurent très en vue. François Dussaud décède à Paris en 1953.

BIBLIOGRAHIE

FRAUENFELDER Consuelo, Le Temps du mouvement, Genève, Presses d'histoire suisse, 2005, 190 p. 

LANGE Éric, " L' exploitation du cinéma sonore en France avant 1914 " dans Maurice Gianati et Laurent Mannoni (dir.) Alice Guy, Léon Gaumont et les débuts du film sonore, John Libbey, 2012, p. 141-184.

MEUSY Jean-Jacques, Paris-Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918), Paris, CNRS Éditions, 564 p.

PISANO Giusy, Une archéologie du cinéma sonore, Paris, CNRS, 2004, 296 p. 

SALMON Stéphanie, Pathé, À la conquête du cinéma (1896-1929), Paris, Tallandier, 2014, p. 165-170.

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