François BIDEL

(Rouen, 1839-Asnières-sur-Seine, 1909)

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Jean-Claude SEGUIN

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Jeanne, Baptiste Buttier (Saint-Denis-d'Anjou, 24/02/1807-Ferrare, [26]/10/1871)

  • épouse (Guilberville, 18/04/1832) François Bidel (Guilberville, 13/10/1802-Laval, 20/03/1844)  . Descendance :
    • Jeanne, Pauline Bidel (Vic-en-Bigorre, 28/09/1838-)
    • Jean, Baptiste, François Bidel (Rouen, 23/10/1839-Asnières-sur-Seine, 24/12/1909) épouse (Angers, 05/07/1865) Marie Grenoullat (Moulins, 12/12/1843-Asnières-sur-Seine, 03/09/1909). Descendance :
      • Françoise, Jeanne, Pauline Bidel (Lyon 2e, 23/09/1866-Aix-en-Provence, 01/07/1867)
      • Jeanne, Pauline Bidel (Bordeaux, 14/04/1871-Asnières-sur-Seine, 10/05/1955) épouse (Asnières-sur-Seine, 28/11/1889) Alphonse, Claude Rancy (1861-1932). Descendance :
        • Marcelle, Jeanne Rancy (Rouen, 01/11/1894-Sceaux, 30/05/1963) épouse Jean T. Léonard Houcke (1878-1973)
        • André Rancy (Lyon, 20/01/1898-Boran-sur-Oise, 15/07/1964) épouse Sarah Caryth
        • Albert Rancy (Lyon, 26/01/1896-1982)
          • épouse Éléonore, Clotilde, Elise, Léonie, Marie, Joséphine, Apollonie Delcourt (1891-1963)
          • épouse Denise, Henriette, Marie Pinet
            • Jacques Rancy épouse (30/06/1942) Jeanne Costa-Torro
  • épouse (Nantes, 03/04/1845) François, Pierre Chevrier (Laillé, 30/10/1819-Cambrai, 22/11/1848)

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Dès son enfance, Jean-Baptiste Bidel est conduit à suivre ses parents dans leur vie de forains et leur ménagerie. Il n'a que 5 ans lorsque son père décède brutalement. Un de ses oncles, à Bouère, le recueille en 1847 et l'inscrit chez les Frères qui dirigent une école chrétienne. Après le décès de son beau-père, sa mère récupère ses deux enfants et continue sa vie de foraine en s'associant à un Italien, Opilio Faïmali, qui se révèle être un compagnon violent. Jean Baptiste continue son apprentissage de dompteur. C'est vers l'âge de vingt ans qu'il change son nom en " François Bidel ", comme son père. Après son mariage (1865), il va rentrer au Cirque Rancy, alors dirigé par son fondateur Théodore Rancy. Après une brève collaboration, ce dernier remplace François Bidel et se passe de ses services. Ce dernier va alors installer une ménagerie, à Lyon, cours Napoléon, avant de voyager avec elle en France. À la mort de sa mère, il s'associe avec son partenaire, Faïmali, pour faire de la Ménagerie Milanaise, l'une des plus importantes du moment, avec laquelle il fait des tournées en Italie (1872-1874), avant de rentrer en France et de s'installer à Paris. Il participe à la foire du Trône et à celle de Neuilly, les deux plus importantes de la capitale et à de nombreuses foires de province. En 1877, il fait une tournée en Espagne, puis de nouveau en Italie... Il continue pendant des années sa carrière de banquiste.

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Bidel, Les Mémoires d'un dompteur, Paris, Librairie de l'art, 1888. Grande Foire du Trône 1895, Bidel, 1re Ménagerie d'Europe [D.R.]

En 1902, à la suite d'un accident, il est amputé d'une jambe ce qui le conduit à mettre un terme à sa vocation de belluaire. C'est au cours de sa longue convalescence qu'il va mettre au point un projet qu'il caresse depuis longtemps.

Le Théâtre zoologique (avril 1904-1907)

L'idée de transformer son spectacle en " théâtre zoologique " conduit François Bidel à effectuer de nombreux aménagements : installation d'un éclairage à l'électricité, augmentation de la capacité à un millier de spectateurs, mise en place d'une cabine de projection et placement d'une cage centrale d'une superficie de 100 mètres carrés. L'inauguration du spectacle va avoir lieu, à Paris, à l'occasion de la Foire Trône, le 3 avril. Nous devons à Albert Rancy, son petit-fils, une description très détaillée du spectacle qu'il a gardé dans son souvenir :

J'avais alors huit ans. Depuis, plus de soixante années se sont écoulées mais n'ont pu effacer de ma mémoire le souvenir persistant de ce qui afait fait, alors mon émerveillement.
Dès que les derniers spectateurs avaient gagné leurs places, la salle était plongée dans l'obscurité. Seule, une petite lumière éclairait le conférencier qui allait commenter le voyage, M. Henriel avait créé ce poste. En 1905 ce sera mon oncle Albert qui lui succédera.
Je le revois encore, la taille bien prise dans son habit de soirée d'excellente coupe, la boutonnière fleurie, le visage souriant. Il s'exprimait dans un langage dépourvu de toute vulgarité. Sa voix, bien timbrée, rappelait le chaudsoleil sous lequel il était né.
Il expliquait à son auditoire attentif que les images qui allaient défiler à leurs yeux avaient été prises au cours d'un long et coûteux voyage spécialement organisé pour le compte de M. Bidel.
De même que les fauves qui leur seraient présentés avaient été capturés sur les lieux mêmes de leur origine.
Je l'entends encore terminer sa péroraison par ces mots : " ... ainsi, mesdames, messieurs, la faune, la flore et l'ethnologie de ces contrées mystérieuses, que nous allons parcourir ensemble, n'auront plus de secrets pour vous ! "
Flore ! faune ! ethnologie ! ces simples mots avaient déjà comme un parfum d'aventure et pour moi, comme beaucoup d'autres spectateurs, le Grand Voyage était déjà commencé !
Sur l'écran qui masquait complètement la cage centrale, apparaissait un transatlantique sur le point de quitter le port du Hâvre. En coulisses, le bruiteur (déjà !) créait l'ambiance.
On voyait les derniers passagers se hâtant vers la passerelle d'embarquement ; d'autres, prenant possession de leurs cabines.
Tout ceci entrecoupé de quelques-unes de ces scènes familières qui président ces sortes de départs.
En cours de traversée le transatlantique croisait un chalutier de retour des mers du Nord. Cette rencontre était prétexte sur le chalutier à un grand branle-bas. Les pêcheurs se livraient à un simulacre de combat et c'était le produit de leur pêche qui servait de projectiles.
La mer était houleuse et je me souviens très bien que c'était l'air de la " Vague ", d'Olivier Métra qui accompagnait cette séquence.
Un peu plus tard on voyait surgir des icebergs. Nous avions atteint le Pôle Nord. Sur une banquise, une famille d'ours blancs prenait ses ébats sans se soucier le moins du monde de la présence du " caméraman " en train d'opérer.
Le plus gros de la famille, sans doute le père, se pendait sur l'eau, y plongeait ses deux grosses pattes qu'il ressortait presque aussitôt en serrant, dans ses griffes, un magnifique poisson.
Il recommençait plusieurs fois ce même manège, toujours avec un égal succès. Le produit de cette pêche était réparti entre des membres de la famille.
Une fois ce repas absorbé les plantigrades debout sur leurs pattes arrière, s'éloignaient de leur allure cocasse, ce qui déchaînait l'hilarité de l'assistance. A cet instant l'écran s'enroulait et démasquait la cage. Là, dans un décor de glace, un groupe de huit ours évoluait sous les ordres du dompteur Blondel, costumé en Esquimau.
Ce premier numéro terminé, l'écran reprenait sa place et la voyage se poursuivait ainsi pendant deux heures. La traversée de la Sibérie donnait lieu à présentation d'un groupe de loups sous la cravache du dompteur Henry, tandis que le Bengale, la Chine, les Indes, l'Afrique et la Thibet faisaient défiler, tour à tour sur l'écran et dans la cage, tigres, pumas, panthères, lions hyènes, éléphants et ours sous la conduite des dompteurs Salvator, Carrère, de Bujaya, Cardena.
Tout cela présenté dans les décors et les costumes rappelant ces lointains pays.
Ainsi que la presse l'avait souligné le film projeté comportait des scènes instructives montrant les indigènes dans leurs activités. Des scènes amusantes alternaient avec d'autres, plus sérieuses, voire même, dramatiques. Par exemple à l'escale de Pékin cette scène qui montrait les phases de décapitation d'un condamné à mort chinois qui s'était rendu coupable d'un vol.
Plus apaisante était cette image qui montrait la transformation d'une chrysalide en papillon et cette autre qui nous faisait participer à la vie du vers à soie.
Dès la sortie du dernier numéro de fauves et tandis que se dissipait l'âcre fumée laissée par l'explosion des feux de bengale dont venait d'user le dompteur, la voix de mon oncle Albert s'élevait :
- " Mesdames, messieurs ! Devant l'accueil chaleureux que vous avez réservé à son spectacle, M. Bidel, qu'un malheureux accident prive à jamais de ce grand plaisir qu'il avait à vous présenter lui-même ses plus terribles pensionnaires, va venir vous remercier.
Pendant cette petite annonce l'écran se déroulait une dernière fois et le film nous ramenait à Asnières, dans le salon Louis XV de la villa des roses. Dans le fond une porte s'ouvrait pour livrer passage à mon grand-père.
S'appuyant sur une canne, la jambe gauche de son pantalon flottant autour du pilon, il avançait, souriant, vers le public. D'une inclinaison de la tête il saluait et l'on comprenait que ses lèvres disaient : " Merci ! Merci !
Comme il avait fière allure, sanglé dans sa redingote, son abondante chevelure aux reflets argentés, rejetée sur la nuque, portant haut sa noble tête et son visage, enfant, que les rides ne marquaient pas encore, ou, si peu !
De retentissants applaudissements saluaient son apparition et ne cessaient qu'après sa sortie.
A ce moment, à la cantonnade, une voix lançait :
- " Par ici pour assister au repas des fauves ! "


Rancy, 1967, 298-303

L'idée est évidemment très originale. Non seulement les films sont " sonorisés ", mais des fauves participent à ce spectacle mixte. Il faut en outre indiquer que les décors ont été réalisés par Cornil, décorateur de l'Opéra et les accessoires proviennent de chez Hallé. Il subsiste cependant un doute sur l'origine et la nature des vues présentées. On a du mal à croire que François Bidel ait financé un tel voyage autour du monde... pour quelques vues cinématographiques. En particulier la scène de décapitation du Chinois... Nous savons que la maison Pathé, par exemple, dispose d'un film Une exécution à Pékin qui est une reconstitution comme il en existe tant à l'époque. Il est sans doute plus raisonnable de penser que François Bidel a utilisé des vues de différents éditeurs pour monter son spectacle. Le seul film sur lequel il ne peut y avoir aucun doute représente le dompteur dans sa Villa des Roses à Asnières-sur-Seine.

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Théâtre Zoologique Bidel (c. 1904-1905) [D.R.]

Nous ignorons si le spectacle complet a circulé en France, mais le "Théâtre Zoologique Bidel" est présenté à Reims, en janvier 1905. François Bidel indique dans sa biographie que "c'est à dater de l'année 1907 que les affaires du théâtre zoologique vont aller en déclinant. Afin de réduire les frais de l'exploitation, la ménagerie reviendra à sa formule primitive. Mais tout ce qui sera tenté le sera en pure perte." (Rancy, 1967, p. 310). Quant à François Bidel, sa santé se détériore à partir de 1906. Il décède en 1909.

Carte de visite de F. Bidel

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01/1905 France Reims    
[18]/03/1905- France Troyes Boulevard Victor-Hugo Ménagerie Bidel

Bibliographie

RANCY Albert, Un lion parmi les lions, Evreux, Impr. Labadie, 1967, 320 p.

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