Gabriel VEYRE

(Saint-Alban-du-Rhône, 1871-Casablanca, 1936)

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 © Coll. Jacquier-Veyre

Jean-Claude SEGUIN

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Christophe Barthélémy Adrien Veyre (Saint-Alban-du-Rhône, -Septème, 09/01/1892) épouse Jeanne Louise Berthe Bernard. Enfants :

  • Charles, Marie, Auguste, Veyre (Septème, 03/07/1869-)
  • Gabriel, Antoine Veyre (Septème, 01/02/1871-Casablanca, 13/01/1936) épouse (Lyon 3e, 08/08/1901) Jeanne, Irma, Rose Girel (Seyssel, 27/11/1881-)
  • Julie-Jeanne Veyre (Septème, 28/04/1873-)
  • Claudius Étienne Veyre (Septème, 24/01/1878-)
  • Marie-Joseph Veyre (Septème, 12/05/1882-)
  • Augustine, Marie, Joséphine Veyre (Septème, 09/01/1887-Condrieu, 05/11/1974)

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Fils d'un notaire de Septème, Gabriel Veyre commence ses études de pharmacie. Il est à ce titre dispensé des obligations militaires. Malgré le décès de son père, il continue sa formation en 1894 (Pharmacie, 37, rue Saint-Victor) et 1895 (Hôtel-Dieu). Il obtient la 4e place au concours de pharmacie pour les hôpitaux de Lyon, en novembre 1895. La situation familiale le conduit à renoncer à ouvrir une officine et c'est son cousin Joseph, employé aux usines de Monplaisir, qui le présente aux frères Lumière. À peine installé 21, chemin Saint-Victor, il part pour la Belgique, le 22 avril 1896. très probablement pour s'occuper d'un poste, peut-être celui de Bruxelles. Il assiste Camille Cerf lors de la présentation des vues du couronnement du Tsar le 24 juin 1896 au journal Le Figaro

Le Mexique (juillet 1896-janvier 1897)

México D.F. (juillet 1896-octobre 1896)

L'homme clé est Fernand Bernard, qui reste encore aujourd'hui presque un inconnu et dont l'existence nous est essentiellement connue par les lettres de Gabriel Veyre et la presse mexicaine. La mise en place du système de concessions pour l'exploitation du cinématographe Lumière - dans les premiers mois de 1896 - trouve en lui un écho favorable et il achète la concession pour la république du Mexique, celle du Venezuela, des Guyanes et de toutes les Antilles. Le "tandem" va donc quitter le port du Havre, au bord de La Gascogne, le 11 juillet 1896 et, si l'on en croit l'opérateur, les relations entre les deux complices sont plutôt bonnes. Au cours de la traversée, une projection du cinématographe est organisée par d'autres opérateurs Lumière :

À 8 h 30,séance de cinémato par les employés qui vont à New York. Très mal réussie ; l'opérateur est saoul.


Gabriel Veyre, Lettre, 14 juillet 1896.

La Gascogne accoste finalement le 20 juillet 1896, à New York. La suite du voyage, jusqu'à Mexico, se fait en train qui passe, en particulier, par Saint-Louis, avant d'atteindre la frontière, à Laredo. Après cinq jours de voyage, les deux compères atteignent la capitale de la république. Il faut bien sûr comprendre que les pionniers n'ont pas de lieu de projections pré-établi et c'est souvent sur place que les choses se mettent en place. C'est là que le rôle de certaines figures locales est essentielle. Au Mexique, l'aide va venir de Fernando Ferrrari Pérez (1857-1927). Fils de Luis Ferrari et de Vicenta Pérez, il est né en 1857 et a épousé Magdalena Tamborrel. Ingénieur de profession, il a de nombreuses casquettes et il joue un rôle, au nom de son pays, aux expositions de Paris (1889 et 1900).... :

Aujourd’hui, nous avons vu M. Ferrari auquel nous sommes recommandés. C’est un très brave homme, très influent à Mexico. Il nous a trouvé une salle, nous a présentés au général en chef de l’armée mexicaine qui va faire les démarches pour que nous donnions une séance au président de la République et pour que je puisse prendre des vues militaires. Il possède les plus beaux appareils de photographie qu’on puisse rêver et les met tous à ma disposition, ce qui m’a fait grand plaisir. Ce soir, nous avons dîné avec lui et demain, nous allons continuer nos opérations. En somme, tout va bien, je crois que nous réussirons.


Gabriel Veyre, Lettre, 25 juillet 1896.

Fernando Ferrari Pérez porte un intérêt particulier pour la photographie, mais aussi pour le cinématographe. Nous savons qu'il fait l'acquisition d'un appareil Gaumont, dans les derniers mois de 1896. (CORCY, 192).

Pas question de perdre du temps, et avant même d'avoir trouvé un local pour les projections cinématographiques, les deux pionniers font passer un entrefilet dans la presse mexicaine : 

Cinematógrafo Lumière.-México 29 de julio de 1896.-Señor Director del Siglo XIX.-Muy Señor mío:
Tenemos la satisfacción de informar a Vd. que dentro de breves días presentaremos al examen del ilustrado público mexicano el famoso Cinematógrafo Lumière, que tanto éxito se ha exhibido en las principales capitales del mundo.
Luego que quede convenientemente arreglado el local adecuado, nuestra primera función se destinará a la Prensa Mexicana, esperando se sirva Vd. aceptar la invitación que desde ahora nos tomamos la libertad de hacerle.
El 11 del presente mes de Julio, el Cinématografo Lumière recibió, en el Palacio del Eliseo de París, los aplausos del Presidente de la República Francesa, Sr. Félix Faure, el cual se ha dignado felicitar a los hermanos Lumière por su estupenda invención.
Nos es grato aprovechar esta oportunidad para ofrecernos a las órdenes de Vd.
Saludándolo con toda consideración.-C. F. Bon Bernard.-Gabriel Veyre.


El Siglo Diez y Nueve, 1º de agosto de 1896, p. 2. 

Pour une raison encore inconnue, ce dernier fait précéder son nom d'une sorte de particule, "Bon" ou "Bon", que rien ne justifie. Peut-être le simple goût - par ailleurs bien fréquent en Amérique latine - d'afficher son titre en est-il la cause.

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Papier à en-tête de Claudius Fernand Bernard et Gabriel Veyre, 1896 

Les deux pionniers sont évidemment en contact avec la communauté française, particulièrement importante au Mexique, surtout avec l'arrivée des "Barcelonnettes" depuis le milieu du XIXe siècle. C'est ainsi qu'une toute première projection va être organisée le 2 août 1896 dans le cadre des festivités du 14 juillet qui s'étalent alors sur plusieurs semaines :

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L'Écho du Mexique, México, 1 août 1896, p. 3  Garden of the Tivoli de San Cosme, México (c. 1890)

En attendant de trouver le local adéquat, par l'entremise de Fernando Ferrari Pérez, Fernand Bernard et Gabriel Veyre vont pouvoir rentrer en contact avec le Président de la République, Porfirio Díaz qui occupe le pouvoir depuis 1884, à peine quelques jours après leur arrivée. Il s'agit, bien entendu, d'une pièce maîtresse dans la stratégie Lumière que l'on retrouve d'ailleurs dans d'autres pays. S'attirer la curiosité et l'intérêt du chef de l'État, c'est garantir le succès des séances publiques. Les deux pionniers se rendent ainsi le 6 août 1896, à Chapultepec, résidence présidentielle de Porfirio Díaz :

En Chapultepec Sesion cinematográfica
El Presidente de la República queda muy complacido con el invento de los Sres Lumière.
A principios del corriente, los Sres C. F. Bon. Bernard y Gabriel Veyre, à nombre de los Sres Augusto y Luis Lumière, inventores del Cinematógrafo, solicitaron del Sr. Presidente de la República permiso para mostrarle su maravilloso intenta y habiéndolo concedido el Sr. Gral. Diaz, pasaron aquellos señores à Chapultepec, residencia actual del Presidente el 6 del corriente.
Unas veinte personas, de la familia Romero Rubio y amigos íntimos del Sr. Presidente y su esposa, asistieron a la sesión, quedando complacidisimos todos los asistentes. Los Sres. Bernard y Veyre fueron invitados a cenar en el Castillo, y después, con gran contento de las familias presentes, volvieron a hacer funcionar su maravilloso aparato, durando la exhibición hasta la una de la mañana.


El Universal, México, 29 de agosto de 1896, p. 2.

Même si la presse n'en dit mot, Gabriel Veyre profite de l'occasion pour tourner un film sur le Président, Le Président en promenade (Lumière) où figure Fernand Bernard :

J'ai pris il y a quelques jours la photographie au cinématographe du président de la République en promenade dans son parc. Elle est très bien réussie.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

En réalité, il semble que la localisation d'un espace pour le cinématographe ait demandé plus de temps que prévu ce qui à l'heur d'irriter Fernand Bernard :

Fernand qui, avec son caractère emballé, croyait que tout allait marcher en quelques jours, désespérait complètement et voulait repartir à Santa Fe : maintenant que tout va bien, le voilà remonté.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

C'est finalement au-dessus de la Droguería de Plateros, au 9, de la 2ª Calle de Plateros que sont présentées les premières vues Lumière à un public choisi de journalistes, le 13 août 1896.

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Adorno e iluminación de la droguería de Plateros
El Mundo, Ciudad de México, 22 de septiembre de 1895, núm. 11, p.14, 19 x 15.8 cm.

De ces séances inaugurales, Gabriel Veyre semble plutôt satisfait si l'on en croit sa lettre du 16 août : 

México, ce 16 août 1896
Bien chère maman,
J'ai reçu hier ta lettre du 28 dans laquelle tu attends toujours de mes nouvelles. Deux ou trois jours après, tu as dû recevoir le "journal" de ma traversée.
Je suis resté quelque temps sans t'écrire (douze jours environ car je voulais pouvoir t'annoncer nos débuts). Enfin c'est fait ! Depuis hier 15 août, nous fonctionnons. Avant-hier, nous avons donné notre première représentation. Pour cette soirée dédiée à la presse, nous avons eu plus de mille cinq cents invités à tel point que nous ne savions pas où les mettre. Leurs applaudissements et bravos nous font prévoir un gros succès. Chacun de s'écrier : Muy bonito ! ("Que c'est beau, que c'est beau !"). Les femmes surtout, las mouchaires, comme dirait Joseph, et les moutchachos (les enfants) applaudissaient à outrance. En somme, soirée d'inauguration splendide.
Hier, notre première séance au public a été un peu gênée par la pluie. Néanmoins, nous avons eu pas mal de monde.


Gabriel Veyre, Lettre, México DF, 16 août 1896.

Lors de ces premières séances, il est clair que Fernando Ferrari Pérez joue un rôle déterminant. Cette personnalité participe de façon intime à l'inauguration du cinématographe comme en témoigne, indirectement, le journal El Universal :  

El cinematógrafo "Lumière"
Nuestro inteligente y caballeroso amigo el Sr. Ingeniero D. Fernando Ferrari Pérez, se sirvió invitarnos en nombre de los Sres Barón Bernard y Gabriel Veyre, para una sesión que en la noche del último viernes se daría con el Cinematógrafo "Lumière" en la 2a calle de Plateros número 9 (altos de la Droguería de Plateros) donde el aparato se halla instalado. Aun cuando esa noche no pudimos concurrir, nos apresuramos à hacerlo à la siguiente, admirando ocho cuadros llenos de movimiento y de vida.
El cinematógrafo es una cámara semejante al kinetoscopio; pero que proyecta las imágenes sobre una pantalla, como la linterna mágica; de suerte que los espectadores se encuentran cómodamente sentados, y todos à un tiempo disfrutan de los cuadros.
Entre los ocho que vimos, cuales son: disgusto de niñosLas Tullerías de Paríscarga de coracerosdemolición de una pared, el regador y el muchacho, jugadores de ecarté, llegada del tren y comida del niño, nos impresiona vivamente tres : la carga de coraceros, la demolición de la pared y la llegada de tren. 
El primer cuadro de estos últimos, representa un campo: a lo lejos se distingue una faja oscura, y, por instantes va haciéndose perceptible un escuadrón que avanza al galope hasta llenar toda la escena. El conjunto es admirable. El segundo cuadro consiste en un grupo de trabajadores que tratan de derribar un muro en una construcción vieja, muro que al desplomarse envuelve à todos en nubes de polvo, y cuando estas se disipan, aparecen los operarios trabajando. El tercer cuadro es una estación de paso: en el fondo se distingue la locomotora con su cauda de trenes que se acerca veloz, y después detiene su carreta: los pasajeros unos bajan y otros suben con esa precipitación tan propia de momentos semejantes pero con tal vida representado, con tal verdad, que la ilusión no puede ser más completa y asombrosa.
Falta adunar el sonido al aparato por medio del fonógrafo, y dar color a las figuras; pero el movimiento de las escenas subyuga de tal manera que la imaginación todo lo suple. Los demás cuadros son también dignos de verse. El Cinematógrafo ya está expuesto al público, los cuadros se variarán semanariamente, y quizá dos veces por semana.
Es indudable que a medida que nuestro público inteligente se vaya enterando del nuevo espectáculo, concurrirá à favorecerlo; siendo aquel un centro de reunión culto y elegante.


El Universal, México DF, 19 de agosto de 1896, p. 3

Une fois lancées les projections cinématographiques, Gabriel Veyre, peut-être accompagné de Fernand Bernard, tourne deux autres vues les 14  et 16 août :

J'ai pris il y a quelques jours la photographie au cinématographe du président de la République en promenade dans son parc. Elle est très bien réussie.
Avant-hier, j'ai pris une manœuvre de l'École militaire et ce matin, des baigneurs faisant des sauts périlleux dans l'eau. Toutes son très réussies et je vais les envoyer à Lyon.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, México, 16 août 1896

On a pour habitude de penser que les négatifs étaient envoyés à Lyon pour procéder au développement... Toutefois, dans le cas présent, on a du mal à penser que Gabriel Veyre procède de la sorte, car les délais sont très courts et nous savons que quelques jours plus tard, ces mêmes vues sont présentées au Président de la République : 

El Cinematógrafo Lumière en Chapultepec
Hoy domingo a las tres de la tarde los Sres Bernard y Levy [sic] irán a Chapultepec a la casa del Sr. Presidente de la República, para mostrarle algunas vistas que han tomado ya en la ciudad, por el procedimiento del cinematógrafo Lumière, entre ellas un grupo en movimiento del mismo General Díaz y algunas personas de su familia, una escena en los baños Pane, otra en el Colegio Militar y por fin una en el canal de la Viga.
Tan pronto como estos cuadros se exhiban al público daremos cuenta de ellos con todos sus detalles.
Sabemos también que va a formarse un grupo de los literatos más conocidos de México para tomarlo en el cinematógrafo.


Gil Blas, México, 23 de agosto de 1896, p. 3.

Les tournages constituent alors un véritablement événement, même si les annonces ne sont pas toujours suivies d'effet. On n'a aucune trace de ces "écrivains" connus, ni de films ayant été effectivement tournés. Quelques jours plus tard, les pionniers vont annoncer dans la presse un tournage le dimanche 30 août et pour ce faire, ils invitent tous ceux qui le souhaitent à se faire "cinématographier" :

EL CINEMATÓGRAFO EN LA REFORMA
Los Sres. Bernard y Veyre suplican a las familias acomodadas que deseen ver reproducidos sus carruajes en el Cinematógrafo, se sirvan concurrir a la Calzada de la Reforma entre las tres y las cuatro de la tarde de hoy, domingo, si el tiempo está despejado, pues a esa hora se omarán vistas del paseo, no pudiendo hacerlo más tarde por falta de luz.
Algún colega asegura que el Sr. General Díaz y su digna esposa concurrirán también a la Calzada de la Reforma a esa hora en su carruaje.
De esperar es que la policía vigile debidamente, para impedir que los curiosos estorben en el éxito de su trabajo a los empresarios del Cinematógrafo Lumière.


La voz de México, México, 30 de agosto de 1896, p. 3. 

Si l'on se fie aux échos que nous trouvons dans la presse, il semble que ce tournage n'ait pas totalement réussi et que seuls le Président et sa femme ait été cinématographiés.

CINEMATOGRAFO
El domingo a las tres de la tarde concurrimos al paseo. Multitud de carruajes cruzaban por ahí: pero se dirigían a Tacubaya llevando pasajeros para los toros, o a Chapultepec.
Respecto de los carruajes que se nos dijo irían allí para ser sacados en las instantáneas que irían a figurar en las vistas del Cinématógrafo, sólo vimos el coche con la Sra. esposa del Sr. Presidente y otro ocupado por personas de la misma familia.
Estos dos carruajes, y tal vez algunos bicicletistas y peatones que por allí discurrían, fueron los únicos sacados en las fotografías instantáneas. Si hubo tal proyecto, según nos dijo el mismo fotógrafo, para que concurriesen muchas familias en sus carruajes, esto no tuvo efecto por razón que ignoramos.


El Tiempo, México, 1º de septiembre de 1896, p. 2.

On peut penser que les mesures de sécurité ont pu décourager les carrosses, car la sortie du Président est évidemment placée sous haute surveillance, sans compter les conditions météorologiques qui se doivent d'être optimales pour une bonne réussite des films. En tout état de cause, ce film n'apparaît pas dans le catalogue Lumière. Quelques jours plus tard, dans El Tiempo, on peut découvrir les premières critiques sur le cinématographe. Elles portent sur le sujet des vues trop attachées à filmer les encamisados : 

Ya tendrá el Cinematógrafo ocasiones mil durante tantos días de fiestas y de movimiento popular, para sacar instantáneas de color muy local y ofrecer vistas nuevas a sus parroquianos de México y después ir a mostrarlas a algunos países suramericanos y tal vez europeos. Lo que es de lamentarse es que aparezcan tantos encamisados y tantos sucios en esas vistas.
A propósito del Cinematógrafo diremos que, además de la vista de los alumnos de Chapultepec, ejecutando movimientos y la esgrima del fusil, que ya ha visto el público; una del señor Presidente despidiéndose de sus Ministros para tomar un carruaje, y otras mostrarán un grupo de indios al pié del árbol de la Noche Triste en Popotla y otros rincones históricos de esta capital y algunos alrededores.


El Tiempo, México, 13 septembre 1896, p. 1-2.

Parmi les vues, que ne cite pas l'article, il y a celle d'un événement majeur qui a lieu la veille de la fête nationale mexicaine : Transport de la cloche de l'Indépendance et dont nous pouvons fixer la date sans erreur, le 15 septembre 1896 qui est le jour où ce symbole est placé au Palais National, pour qu'elle sonne dans la nuit du 15 au 16 septembre. Nous savons qu'en réalité ce sont 7 films que Gabriel Veyre et, peut-être Fernand Bernard, tournent à cette occasion :

Cinématographe Lumière
Aquel aparato maravilloso es el único que haya sacado siete vistas en movimiento de las inolvidables fiestas patrióticas de Septiembre de 1896
El jueves 24 de Septiembre el Cinématógrafo Lumière dará su 5ª Representación de Gala, en el salon de la 2ª calle de Plateros, núm. 9, entresuelo; funiones desde las 5 1/2 p. m. hasta las 10 p. m.


El Tiempo, México, 23 de septiembre de 1896, p. 3.

La presse commence à annoncer alors la prochaine suspension des séances: Il faut rappeler que les pionniers ont loué le local de la calle de Plateros pour une durée de deux mois et qu'il va leur falloir trouver une solution de rechange au cours de la première quinzaine d'octobre : 

Cinématógrafo Lumière
Para favorecer a varias ciudades de esta República, que desean admirar sur mágicas vistas, el Cinématografo Lumière se ausentará de esta capital, dentre de breves días. A fin de que todas las familias aprovechen aquel maravilloso espectáculo la Empresa ha resuelto que, desde el domingo 27 del actual, el precio de entrada sea de 25 centavos. Las funciones se darán todos los días, desde las 5 p. m. hasta las 10 p. m., en el salón del entresuelo de la 2ª calle de Plateros nú. 9.


El UniversalMéxico26 de septiembre de 1896. 

Les premiers jours du mois d'octobre vont être marqués par un événement tragique, l'exécution du soldat Antonio Navarro : C'est le 12 octobre 1896 que le journal de la communauté française, L'Écho du Mexique signale ce triste fait divers :

Exécution du soldat Navarro
Le soldat Navarro qui ces jours derniers a été condamné à la peine de mort, pour avoir tiré un coup de carabine sur son lieutenant, a été fusillé hier matin à 5 1/2 place de Santiago.
Son avocat a fait tout ce qu'il a pu pour le sauver, mais inutilement, et la justice a fait exécuté [sic] la sentence de mort à laquelle il avait été condamné.


L'Écho du Mexique, 12 octobre 1896, p. 3.

L'occasion est trop belle pour le cinématographe Lumière et l'on peut penser que Veyre et Bernard jouent de leurs bonnes relations avec la présidence de la république pour obtenir une autorisation, sinon, difficile à obtenir. Deux jours plus tard, The Mexican Herald donne une information sur les vues cinématograpiques :

As stated in THE MEXICAN HERALD a day or two since, the owners of the Cinematograph Lumiere, took views of the execution of the soldier, Antonio Navarro, from the moment that the Lawyer Gonzalez Suarez delivered the hankerchief to the priest, Clemente, Miro so that the good father might bandage the eyes that were taking their last look at the sun, the views continuing until the poor fellow fell in death. It is said that the views taken were perfect, and will soon be publicly exhibited. The proceeds of the first exhibittion will b devoted to the family of the executed soldier.


The Mexican Herald, Mexico, 17 octobre 1896, p. 7. 

Pourtant, de ces films extraordinaires, nous ne savons plus rien. Sans doute leur réalisme a constitué un frein à leur diffusion ou bien ont-ils simplement été interdits par cette même présidence de la république qui a laissé se dérouler le tournage. Les prises de vues correspondent d'ailleurs, à peu de chose près, à la fin des projections cinématographiques de la calle de Plateros qui datent du 13 octobre 1896 (El Municipio Libre, México, 13 octobre 1896, p. 3), même s'il est possible que les séances se sont interrompues quelques jours avant... La presse, par inertie, ne supprime pas toujours les annonces... surtout si elles sont déjà payées.

Guadalajara (20 octobre 1896-17 novembre 1896)

Gabriel Veyre et Fernand Bernard vont entreprendre un circuit à l'intérieur du pays. C'est à moins de 400 kilomètres au Nord de México D.F. que les deux hommes se retrouvent à San Luis Potosí, où les séances ont lieu au Teatro de la Paz.

Siguen divirtiéndose los habitantes de San Luis Potosí: después de la Compañía Fábregas, Del Conte hizo buena temporada: ahora el Cinematógrafo Lumière ocupa el Teatro de la Paz. El domingo hubo una novillada y en los paseos hay gran animación.


La Voz de México, México, 14 de octubre de 1896, p. 3.

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San Luis Potosí, Teatro de la Paz

L'absence de correspondance laisse un vide au cours de ces semaines,  mais on peut penser que le cinématographe ne fait que passer quelques jours à San Luis Potosí, sans doute sous la responsabilité de Gabriel Veyre, puisque Fernand Bernard est déjà à Guadalajara, le 16 octobre d'où il écrit un courrier à la mairie :

Guadalajara, octubre 16 de 1896
Señor Secretario del H. Ayuntamiento
Presente
El que suscribe, Claudio Fernando Bon Bernard domiciliado en esta ciudad, Hotel Cosmopolita, tiene el honor de dirigirse al H. Ayuntamiento, pidiendo le sea concecida, por el término de un mes, la licencia para exhibir al Público, en el salón del Liceo de Varones el Cinematógrafo Lumière.
Siendo el Cinématografo un aparato científico, destinado principalmente a la Clase culta, siendo por lo tanto poco vulgarizado y de producto limitado, el que suscribe suplica al H. Ayuntamiento quiera immponerle, si así le parece equitativo, la cuota respectiva más baja.
Saluda al H. Ayuntamiento
con toda consideración, y respeto
C. F. B. Bernard.


Archivo del Ayuntamiento de Guadalajara, 1896, expediente 28

Sans doute, l'autorisation arrive vite puisque le 20 octobre l'inauguration a lieu Liceo de Varones (The Mexican Herald, México, 21 octobre 1896, p. 1)

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Guadalajara, Liceo de Varones (c. 1900)

Nous ne savons pas grand-chose des projections qui sont organisées dans la capitale de l'état de Jalisco, en revanche, grâce à sa lettre du 6 novembre 1896, nous prenons connaissance de plusieurs tournages de vues cinématographiques dans la ferme d'Aquetiza :

Mardi je suis allé à la ferme d'Atequissa à une heure de chemin de fer pour prendre des vues au cinémato. J'ai pris une chasse au lasso par des cavaliers indiens, mais le taureau qu'on chasse est sorti du champ de l'appareil et ne se voit que très peu de temps. Mais comme les cavaliers sont nombreux et très curieux, je crois que la vue gardera un certain intérêt.
La deuxième vue est un indien à cheval sur un taureau sans selle. Le taureau saute et donne des coups de cornes à droite et à gauche pour renverser le cavalier. Puis vers la fin de la vue, le taureau fait un tel bond qu'il tombe avec le cavalier. Cette vue sera très belle et très curieuse pour les européens. Je crois retourner à cette ferme un de ces jours pour prendre d'autres vues.


Gabriel Veyre, Lette à sa mère, Guadalajara, 6 novembre 1896 

Mais la seconde information importante que livre la lettre, c'est que les deux pionniers ont reçu un deuxième appareil Lumière et désormais l'exploitation va pouvoir se dérouler sur un rythme plus accédé, c'est en tout cas ce que pense Gabriel Veyre :

Je pense rester ici encore une quinzaine de jours. Et de là, je retournerai à Mexico si la maison Lumière m’a envoyé les vues du président d’ici et des fêtes du 16 septembre. Fernand, lui, ira probablement à Monterrey avec le second appareil que nous venons de recevoir. De cette façon, notre exploitation ira plus vite.Ibid.

La présence du cinématographe à Guadalajara est encore signalée à la mi-novembre, à l'occasion d'une soirée exceptionnelle organisée en faveur des sinistrés de l'état de Sinaloa, frappé par les inondations :  

El Cinematógrafo
Ayer, a beneficio de los inundados del Estado de Sinaloa, se verificó en el Salón del Liceo de Varones del Estado una exhibición especial del Cinematógrafo.
La mitad de los productos se dedicaron a tan noble objeto.


El Continental, Guadalajara, 15 de noviembre de 1896, p. 3.

La dernière séance a lieu le 15 novembre 1896 et trois jours plus tard, Gabriel Veyre et Fernand Bernard rentrent à México où les attend le deuxième appareil.

Retour à México (25 novembre 1896-11 janvier 1897)

La question qui se pose dès lors est de savoir de quelle manière organiser les choses. Certes, Gabriel Veyre évoque un départ possible de Fernand Bernard pour Monterrey, mais ça n'est finalement pas la solution retenue dans l'immédiat. Les succès obtenus tant à Mexico qu'à Guadalajara les décident à ouvrir deux postes, un dans chaque ville. Comment se fait la répartition ? Aucune information digne de foi ne permet de le dire. On peut penser, toutefois, que c'est Fernand Bernard qui revient à Guadalajara.

C'est à la fin du mois de novembre, le 25, concrètement, que les séances de cinématographe reprennent dans la capitale mexicaine :

Le cinématographe "Lumière"
MM. Bernard et Weyre seuls concessionnaires au Mexique, au Venezuela, dans les trois Guyannes [sic] et dans toutes les Antilles, du Cinématographe "Lumière" sont de retour de leur excursion dans les principales villes de la république où ils ont obtenu le plus grand succès.
Ils donnent de nouveau tous les soirs, des séances, dans leur nouveau local de la rue del Espíritu Santo nº 4. Nous engageons vivement nos lecteurs à voir les nouveau sujets qu'ils représentent.


L'Écho du Mexique, México, 27 de noviembre de 1897, p. 3. 

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Hotel de la Gran Sociedad (c. 1904) Porfirio Díaz, Lette à Gabriel Veyre, México, 25/11/1896
© Philippe Jacquier

Sans doute pour se protéger d'éventuels problèmes, Gabriel Veyre va s'adresser au Président de la République afin qu'il l'autorise à présenter de nouvelles vues qui représentent le chef de l'état, ce que ce dernier accepte sans difficulté. Le Correo Español offre une vision assez complète de cette nouvelle inauguration et donne également un certain nombre de titres présentés lors de cette séance. Parmi ces vues, plusieurs ont été prises au Mexique :

El cinématografo Lumière
En la calle del Espíritu Santo, bajos del Hotel de la Gran Sociedad, se ha reestablecido este ya conocido aparato.
El último miércoles se efectuó la primera exhibición, en la que mucho llamaron la atención, entre otrras vistas, la que presenta al señor Presidente de la República llegando de un ceremonial, en carruaje abierto, al Castillo de Chapultepec, acompañado de algunos señores Secretarios del Despacho en distintos coches; del Gobernador del Palacio y la escolta de honor a caballo; la del paso de la campana histórica de la Independencia por la 2ª calle de San Francisco; una carga de ruralesla artillería española disparandoun vivac español y el paso del Czar de Rusia y el Presidente de la República de Francia por el puente de la Concordia en París.
No puede exigirse más precisión en las figuras ni más exactitud en los movimientos. Consiguiéndose desterrar la oscilación y el espejismo al pasar la película se habrá perfeccionado el ingenioso aparato de que nos ocupamos, sobre cuyo punto ya se trabaja, así como en la aplicación de los colores.
Sabemos que hay dispuestas nuevas colecciones de asuntos nacionales y extranjeros que van a ser presentadas en la actual temporada de exhibición.
El aparato de que nos ocupamos tiene que llamar la atención, como sucedió cuando estuvo instalado en la calle de Plateros.
Con esto y con que los precios de entrada sean mínimos es segura la cosecha de la Empresa. O.K. 


El Correo Español, México, 28 de noviembre de 1896, p. 2.

Au cours de ces dernières semaines d'exploitation, les informations se centrent davantage sur les nouvelles vues, certaines prises lors du voyage à Guadalajara de Gabriel Veyre et de Fernand Bernard, mais d'autres tournées très probablement à la fin du mois de novembre ou dans les premiers jours de décembre. El Universal est le quotidien qui propose le programme le plus complet : 

El Cinematógrafo Lumière
Nuestro representante tuvo antier el gusto de asistir a las sesiones que se dan en los bajos del Hotel de la Gran Sociedad, por los señores Lumière, de su Cinematógrafo, que con justifia ha llamado la atención de todos los que han asistido a admirar sus efectos.
El representante de los señores Lumière se esmeró en agradar al público, y estuvo con la caballerosidad propia de los franceses, bondadoso en extremo, distinguió a nuestro representante, invitándole a admirar a más de los prescrito en el programa, los cuadros siguientes:
Manganeo, pelea de gallosalumnas del colegio de la Paz en traje de gimnastas; un amansador, elección de yuntas en una bueyada y baño de caballos.
El cuadro que llamó más la atención de todos ellos, fue el de las alumnas del Colegio de la Paz.
Preguntado el señor representate, si no se podrían colorar las vistas, manifestó que se había hecho a mano en las fotografías, pero que próximamente podrían presentarse al público los cuadros con la coloración propia de las imágenes. Que ya se tomaron fotografías de la entrada y sallida a pie y en coche, del señor Presidente, y que las mandó a Europa. Que tienen detalles de luz exquisitos.


El Universal, México, 6 de diciembre de 1896, p. 6. 

La remarque sur la couleur est une inquiétude des les origines du cinématographe. Avec le son, ce sont les deux éléments techniques qui semblent faire défaut pour les spectateurs de l'époque. On comprend dès lors l'empressement avec lequel les responsables du cinématographe Lumière répondent. Dans les premiers jours de décembre, Gabriel Veyre va tourner plusieurs vues animées. L'une d'elles concerne une fête espagnole, la "Romería Española" qui est organisé dans le Tívoli del Eliseo, un jardin où se déroulent de  nombreuses manifestations. C'est le 6 décembre qu'ont lieu ces festivités dont le caractère politique, en ces temps de guerre pour l'Espagne, est indéniable. Au catalogue Lumière, une vue correspond à cet événement : Bal espagnol dans la rue. Un autre film va provoquer une petite "révolution" dans la presse mexicaine. C'est El Imparcial, dans son édition du 14 décembre qui annonce un duel... qui n'est en réalité qu'un simulacre organisé pour les besoins du cinématographe comme le rectifie un autre journal :

Simulacro de duelo
El Imparcial de hoy, con el alarmante título de "Don Francisco Romero hiere en duelo a Don Fernando Verara.-Intervención de la Policía", cuenta a sus lectores un simulacro de duelo verificado con el permiso de la autoridad ayer a las diez de la mañana en un potrero cercano a Chapultepec y llevado a cado con el objeto de sacar una vista para el cinematógrafo Lumière.
Debemos hacer constat también que no intervino la Policía, pues como dijimos antes, los empresarios del cniematógrafo tenían el permiso para representar la escena de duelo, y que aquellos a quienes los redactores de El Imparcial creyeron policías, eran empleados del cinematógrafo vestidos de gendarmes y que tomaron parte en el simulacro para dar más vida y movimiento a la vista.


El Nacional, México, 14 de diciembre de 1896, p. 2.

C'est vers la fin du mois de décembre que Fernand Bernard rentre à México. Dans la capitale, les séances sont également sur le point de prendre fin. Dans El Tiempo du 30 décembre 1896, on annonce déjà les dernières séances :

Cinematógrafo Lumière
Calle del Espíritu Santo núm. 4.-Al público.-Próximo a partir definitivamente de la República el Cinematógrafo Lumières, sus concesionarios han resuelto cambiar el programa cada día con el objeto de que cuantas familias no hayan admirado aún todas las mavarillosas vistas del aparato puedan hacerlo.
Programa de la semana.-Cada día además del programa se darán los cuadros siguientes de la ciudad de México:
1ª Baile de la "Romería Española" en el Tívoli del Eliseo.
2º Clase de gimnasia en el Colegio de la Paz, antiguas Vizcaínas.


El Tiempo, México, 30 de diciembre de 1896, p. 3.

il ne fait pas de doute qu'il pèse de nombreuses incertitudes sur le devenir du cinématographe dans la zone latinoaméricaine. Fernand Bernard a toujours la concession pour la Caraïbe, mais il ne semble pas être très décidé à poursuivre l'aventure. Considère-t-il que les affaires ne sont pas assez bonnes ? Est-il fatigué par cette expérience ? La situation entre les deux exploitants ne s'est-elle pas dégradée avec le temps ? On peut le penser si l'on en croit le courrier que Gabriel Veyre envoie à sa mère en janvier 1897 : 

Après pas mal d’hésitations de la part de Fernand, j’ai fini par le laisser au Mexique et par partir seul à Cuba. Comme je te l’ai dit, il ne sait pas ce qu’il veut ni ce qu’il fait. Aussi je suis bien aisé d’en être débarrassé. Il est resté là-bas avec un appareil mais je doute fort de son succès car il ne connaît rien en fait d’électricité et d’installation.
Quant à moi, si je vois que ça marche ici, je commanderai par télégramme un second poste à Lumière pour hâter l’exploitation.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, La Havane, 15 janvier 1897.

Les hésitations de Fernand Bernard finissent pas lasser l'opérateur... Quant à Bernard, il traîne encore quelques jours à Mexico, mais sans pouvoir relancer le cinématographe. Sans doute cherche-t-il à vendre son projecteur et peut-être quelques vues. On peut penser que l'acquéreur n'est autre qu'Ignacio Aguirre qui, quelques semaines plus tard, exploite à son tour l'appareil Lumière. Ainsi Fernand Bernard met un terme à ses activités liées au cinématographe et à la mi-janvier, il file déjà pour les États-Unis

M. C. F. Bernard, who has been in this city for some time, left on the Aztec Limited last night for New Orleans.


The Two Republics, México, 15 de enero de 1897, p. 8.

Le voyage à Cuba (janvier-mai 1897)

Gabriel Veyre est le premier à offrir aux Cubains un spectacle cinématographique.Quand il arrive dans l'île, le pionnier français organise une séance réservée aux invités qui a lieu le 23 janvier 1897 :

NUEVO ESPECTÁCULO. Esta noche se abre el Cinematógrafo Lumière en el Parque Central, al lado del teatro de Tacón. El director del maravilloso aparato, ha tenido la bondad de dedicar a la prensa la velada inaugural, enviando invitaciones a los diferentes periódicos que se publican en esta ciudad.
Anoche, en la prueba del mencionado Cinematógrafo, se exhibieron preciosas vistas de movimiento; y fueron las más celebradas el desfile de un escuadrón de coraceros, la tempestad en el mar, el ferrocarril en marcha, la Puerta del Sol de Madrid y la que representa la llegada del Zar a Paris.
Las funciones son por tandas de media hora, desde las 6 ½ a las 11 ½ de la noche. Aviso a los amigos de novedades.


Diario de la marina (edición de la mañana), La Habana, domingo 24 de enero de 1897, p. 6.

Le cinématographe Lumière s'installe là où l'a précédé l'Exposición Imperial. Grâce à un autre article publié dans La Ilustración de Cuba nous en savons un plus sur cette salle : 

El Cinematógrafo-Lumière
Al lado de Tacón y del Cuartel de Bomberos se ha instalado una perfección del Kineistoscopio [sic], debida a Edison e inédita en la Habana. Se llama Cinematógrafo-Lumière. En un gran lienzo de forma cuadrilateral se proyectan fotografías de movimiento de tamaño natural.
He visto las fotografías siguientes, y he quedado admirado:
Jugadores de cartas; los Bébées [sic]; la Artillería de montaña; Baile de tropaunos Negros bañándose; Llegada de un tren a la Estación (los pasajeros bajando y subiendo) ; un Transformador de tipos, y la escena del jardinero. Todas réussies.
Auguro a Monsieur Gabriel, hábil empresario que tiene el privilegio para la América Central una gran invasión de curiosos, y de curiosos reincidentes.


La Ilustración de Cuba, La Habana, lunes 1º de febrero de 1897, nº 15, Año V –2ª Época, p. 478.

habanaprado habanatacon

Panorama du Prado (c. 1898),
Nathan C. Green, The War with Spain, Baltimore: International News and Book Co, 1898, p. 39.

La Habana, Teatro de Tacón, c. 1900. À gauche le local du cinématographe
© Cinemateca de La Habana

Sans aucun doute, Lumière à La Havane a devancé, comme à New York, le génie de Menlo Park, Edison. L'inauguration est très commentée en termes très souvent élogieux : 

OTRO ESPECTÁCULO.– Como se había anunciado, el domingo se inauguró en la calle del Prado, entre el cuartel de Bomberos y el Teatro de Tacón, el curiosísimo pasatiempo llamado Cinematógrafo Lumière y cuyo origen es la electricidad.
La numerosa concurrencia que asistió a las tandas, que se efectuaron de media en media hora, desde las 6 ½ a las 11 ½ pudo admirar sobre un cuadro de tela, a manera de pizarra, el desarrollo de diferentes vistas, entre repetidos aplausos dirigidos al inventor de tan maravilloso aparato. Primero aparecen tres señores sentados alrededor de una mesa jugando a las cartas; llega un criado y trae una botella y copas. Uno de los jugadores sirve el licor, mientras el fámulo hace aspavientos celebrando al que gana, y los tres apuran el líquido.
Vemos además dos bebés sentados en sillas altas, que se arrebatan la comida y concluyen por reñir, por darse bofetadas y por llorar; a un jardinero que con una manguera riega las plantas, pero como es víctima de la travesura de un muchacho, alcanza a éste y lo ensopa de lo lindo; Baile de los soldados en horas de descanso: interior de una estación de ferrocarril, a la que llega el tren echando humo: la máquina para y se apean los pasajeros; un grupo de hombres y niños, bañándose en el mar, y el derrumbe de una pared. A petición del público, se repetieron [sic] tres de las mejores vistas, que verdaderamente fascinan al espectador, porque son copia exacta de la realidad.
Terminaremos estos párrafos recomendando a nuestros lectores que visiten el Cinematógrafo Lumière, para que vean a dónde llegan los adelantos del siglo XIX. La entrada para personas mayores vale 50 centavos; para niños 20.


Diario de la Marina, La Habana, martes 26 de enero de 1897, p. 3.

Il est curieux de comparer les deux annonces du Diario de la Marina, dans la première, le ton est globalement plus militaire et patriotique, alors que dans la seconde, le journaliste consacre du temps à décrire des vues plus variées dont, pour un certain nombre, sont de nature comique. De fait, la présence significative de ce pré-genre est relativement exceptionnelle et elle ne peut se comprendre que par le caractère même de l'opérateur ou par son désir de rendre les séances cinématographiques plus légères dans un contexte de plus en plus inquiétant. Quant à la formule adoptée, elle correspond à ce que propose habituellement la maison Lumière et que l'on annonce pendant plusieurs jours : 

CINEMATÓGRAFO LUMIÈRE.– Exhibición de ocho vistas de movimiento, por medio de un aparato eléctrico. Función todas las noches en tandas de a media hora, desde las 6 hasta las 11.


Diario de la Marina, La Habana, viernes 29 de enero de 1897, p. 4.

D'après les témoignages de la presse de l'époque, nous savons que les présentations du cinématographe rencontrent un véritable succès comme le rapporte le journaliste Pancho Hermida :

… Todos los días, y sobre todo los domingos, no da cabida al público el local donde actualmente funciona el “cinematógrafo” que está siendo el único pasatiempo instructivo público y diario de la vida habanera.


El Fígaro, La Habana, domingo 7 de marzo de 1897, p. 104.

Grâce à la correspondance conservée par la famille, on dispose de plusieurs lettres de Veyre sur son séjour à Cuba. Dans l'un de ces courriers, assez découragé, il évoque ses premières projections :

La Havane, ce 3 février 1897

Bien chère maman,
[…]
Quant aux affaires, elles ne vont pas mal. Ces jours de pluie ont fait du tort mais avec le beau temps, ça reprend. Quel dommage que ce soit en temps de guerre ! Le pays est presque ruiné et si j’étais venu avant la guerre, j’aurais pu gagner là presque 1 000 F par jour ! Néanmoins, je crois que quand je quitterai le pays, j’emporterai quelques petites économies.
Peu de chose à te raconter sur les mœurs du pays qui ressemblent à celles de France ou plutôt celles d’Espagne puisque c’est une île espagnole.
Comme je suis installé prés du théâtre, j’y passe presque toutes mes soirées car j’ai mes entrées gratuites. Il y a en ce moment une bonne compagnie espagnole de M. Luban qui mérite sa renommée. C’est là ma seule distraction.
Puisque je vais au théâtre où l’on joue en espagnol, c’est te dire que je comprends parfaitement la langue et que je ne suis plus embarrassé de ce côté…


Philippe Jacquier & Marion Pranal, Gabriel Veyre, opérateur Lumiere, Institut Lumière / Actes Sud (1996), p. 83-85.

Comme on peut le voir, Gabriel Veyre ne se mêle pas de questions politiques, mais il est préoccupé par la guerre qui met en péril ses affaires. Les jours passent, et en utilisant une formule qui a fait ses preuves il peut tranquillement changer le programme toutes les semaines ou lorsque cela lui chante :

CINEMATÓGRAFO LUMIÈRE.– El propietario de este curiosísimo pasatiempo, sito en el Parque Central, justo al Gran Teatro, en atención a ser hoy día de la Candelaria, ha resuelto cambiar el programa, ofreciendo 10 interesantes vistas en el orden siguiente:
Un duelo a pistola en Méjico.– Desfile de dragones en Alemania.– Salida de los talleres Lumière en Lyon.– El cuadro cómico.– Automóviles en París.– Carga de los rurales en Méjico.– Pelea de mujeres.– Ingenieros españoles en Madrid.– Plática entre niños.– Negros bañándose en un lago.
La entrada vale 50 céntimos, niños y tropa 20cts. Las tandas empiezan a las 6 y terminan a las 11 de la noche.
El domingo último se vio muy favorecido aquel local, alcanzando no pocos aplausos los números titulados Baños en Milán y las Montañas Rusas.


Diario de la Marina,La Habana, martes 2 de febrero de 1897, p. 4.

Le nombre de vues dont dispose Gabriel Veyre est sans aucun doute élevé et il peut rivaliser avec les spectacles d'Eisenlohr. Comme on peut s'en rendre compte dans le programme, le pionnier dispose de ses propres vues tournées au Mexique lors de son séjour. au cours des premières semaines d'exploitation du cinématographe, d'autres programmes sont publiés : 

VISTAS DE MOVIMIENTO.– Muy favorecidas se vieron las tandas del Cinematógrafo Lumière–Parque Central, junto a Tacón– antes de anoche o sea el día de la Candelaria.
Los cuadros que más agradaron son: Un duelo a pistola en MéxicoSalida de los Talleres Lumière; Automóviles en París; ingenieros españoles en Madrid y Negros bañándose en un lago.
El programa de esta noche (y que seguirá hasta el sábado) se compone de Los Emperadores de Rusia y el Presidente de la República Francesa en carruajeEscolta de cazadores a caballoEl pueblo en la Plaza de la ÓperaBaños en MilánDiscusiónDesfile de los Lanceros de la Reina en Madrid Demolición de una pared y Las Montañas Rusas. También se exhiben dos de las vistas que más satisficieron la última semana.
Ver en acto de la vida, –un paisaje que se mueve– ¡cómo prosperan los hombres en el siglo diez y nueve!


Diario de la Marina, La Habana, jueves 4 de febrero de 1897, p. 4.

Il s'agit en réalité d'un véritable journal cinématographique où les Cubains peuvent découvrir le monde, même si c'est parfois avec un certain retard :

VISTAS DE MOVIMIENTO.– Durante la presente semana ha atraído numerosa concurrencia el “Cinematógrafo Lumière”, establecido en el Parque Central, junto al teatro de Tacón, y todo el mundo ha tenido frases de elogio para los adelantos que se hacen por medio de la electricidad.
En dicho espectáculo, que lleva el nombre de “La Maravilla del Siglo”, se cambia el programa esta noche, ofreciéndose las vistas que se anuncian a continuación:
Parada militar en Madrid.-Paseo de los elefantes en el Jardín de Aclimatación (París).– Boxeadores.– Ginete mexicano domando un potro (primera silla).– Una vista de Berlín.– Desfile del 96 regimiento de línea en Lyon (Francia).– Comida entre bebé.– Ejercicios a caballo.– Boliche en Francia.– Steeple-chase.
Entrada, 50 centavos; para niños y tropa, 20. Las tandas empiezan a las seis y media y terminan a las once y media.
-Y ¿qué es el Cinematógrafo? – Un espectáculo nuevo-donde se le muestra al público-retratado el movimiento.


Diario de la Marina (ed. Mañana), La Habana, domingo 7 de febrero de 1897, p. 6.

Gabriel Veyre a la chance de pouvoir présenter ses films sans la moindre concurrence. En outre, au cours de ces premières semaines, il est sur le point de tourner celle que l'on considère comme la première vue jamais filmée sur l'île. L'écho du cinématographe Lumière est incontestable, car peu de jours après, le 11 février, dans le Diario de la Marina, Frencesc Miquel y Badia consacre un long article à l'histoire du cinématographe : “De Daguerre al “Cinematógrafo” qui évoque à plusieurs reprises les Lumière et leur appareil :

[…] Esto es lo que se ve con perfección admirable en el que exhiben los hermanos Lumière, apareciendo en él con exactitud pasmosa escenas sacadas directamente de la realidad. Aquel desfile del regimiento de lanceros de la Reina toma cuerpo de verdad, y aunque mudo el cuadro le parece al espectador escuchar el toque de las cornetas, el relinchar de los caballos, y el rumor que los escuadrones producen en su marcha. Agua de verdad es la que levanta en espuma en el cuadro de las montañas rusas náuticas y agua también aquella con que el manguero remoja al pilluelo en castigo de su treta, lo propio que la del río que pasan a nado caballos y jinetes. Todo esto entretiene y encanta a quien lo mira, mas en este mismo espectáculo creemos nosotros encontrar elementos de enseñanza. Merced a aquellas fugaces imágenes que van desfilando por ante el reflector, aplicación perfeccionada del juguete denominado zootropo, el artista que contempla en cuadro sorprende acaso rasgos, detalles, pormenores que no hubiera encontrado con la sola contemplación del natural.
Sigue, por decirlo así, el desarrollo del movimiento, todas sus fases, y de esta inspección saca un estudio más completo del natural en la vida, del natural en acción, del que, según hemos indicado antes, constituye el afán primero del artista, el que sin fotografía, ni cinematógrafo, con la sola luz de su ingenio, lograron encontrar el Greco y Velázquez y otros pintores famosos en el universo mundo. En este concepto consideramos que la invención del Cinematógrafo no se reduce exclusivamente a un pasatiempo entretenido, a una diversión artística, sino que reúne los méritos que someramente hemos apuntado, y que ha de servir en no pocos puntos de advertencia y de enseñanza a los artistas perspicaces. A la vez señala el último mojón tan distante de las placas de Daguerre, como el telégrafo óptico del telégrafo eléctrico, y los tubos acústicos del modernísimo teléfono. Sólo les falta a los espectáculos del Cinematógrafo que vayan acompañados de la reproducción exacta de las voces y ruidos y esto acaso lo consiga en breve un fonógrafo diestramente aplicado al caso. ¡Qué admiración le causaría todo esto a M. Daguerre, si por permisión divina pudiese volver a este mundo para contemplar las múltiples aplicaciones que de su invención se han hecho!


Diario de la Marina, La Habana, jueves 11 de febrero de 1897, p. 2. Retomado de El Diario de Barcelona, Barcelona, 22 de diciembre de 1896.

Si nous laissons de côté la première partie consacrée à la photographie que nous ne reproduisons pas ici et les habituelles considérations que suggère le cinématographe (les dernières phrases), l'article renferme une forme réellement nouvelle de considérer la nouvelle invention. Pour la première fois, peut-être, dans l'histoire du cinéma, un journaliste en arrive à mettre sur le même plan - modestement malgré tout - le cinématographe et la création artistique, et les évocations du Greco et de Velázquez sont bien là pour souligner l'admiration que produit la nouvelle invention chez Francesc Miquel y Badía (1840-1899). Il s'agit d'un critique littéraire du Diario de Barcelona, membre de la Real Academia de Bellas Artes de Barcelona. Une figure d'intellectuel très importante à la fin du XIXe siècle en Catalogne. Outre les lettres, nous disposons également du témoignage et des souvenirs des premières séances du cinématographe Lumière à La Havane, dus à Emilio Roig de Leuchsenring qui à ce moment-là est un "enfant de sept ans". Il nous offre ici une description plus "humaine" des impressions qu'il a :

El misterioso invento fue presentado en un pequeño local, largo y estrecho, que se alquilaba para exhibiciones, en la reducida cuadra de la calle Prado entre San Rafael y San José. Allí se levantaba el Teatro Tacón, el café de ese nombre, el local que acabo de mencionar, que llevaba el nº 126, otro café titulado Cantina de Voluntarios, porque en ella tomaban su habitual cañazo de ginebra los voluntarios que todos los días formaban en parada frente a ese lugar para después salir a cubrir los retenes en diversos lugares de la ciudad; y, por último, en la esquina de San José, estaba el Cuartel de Bomberos del Comercio. […]
La pantalla de ese improvisado cine era una sábana, que al comenzar la proyección se rociaba con agua. El aparato estaba oculto a la vista del público. Mi curiosidad de chiquillo quedó frustrada ante la explicación que me dieron mis padres de que los dueños del misterioso aparato no dejaban examinarlo como yo pretendía. De todas las películas –no sé el nombre que recibían entonces– que presencié, la que más me emocionó fue una en que aparecía un tren en marcha, tal vez porque eran los trenes uno de mis juguetes preferidos, e igualmente me llamó mucho la atención otra en que fuerzas de artillería disparaban sus cañones. Al correr de los años –¡pasada la media rueda!– mis aficiones históricas me precisaron la fecha y otros detalles de aquel recuerdo infantil.


Emilio Roig de Leuchsenring, “La primera exhibición y producción cinematográfica en La Habana” en Mario NAITO LÓPEZ (coord.), Coordenadas del cine cubano 2, Santiago de Cuba: Editorial Oriente, 2005,  p. 9-10.

Les souvenirs d'Emilio Roig de Leuchsenring sont partiellement confirmés par les programmes du cinématographe et l'on y retrouve aisément L'Arrivée d'un train et Artillerie espagnoletournée par Alexandre Promio en juin 1896. Pendant ce temps, le cinématographe continue à offrir ses programmes - dont on ne sait plus grand chose et qui, semble-t-il, n'annoncent jamais la céllèbre vue du simulacre d'un incendio. À la fin du mois de février, sans doute parce que la formule que propose Gabriel Veyre ne correspond déjà plus à ce qu'il souhaite, il pense modifier quelque choses afin de pouvoir engranger plus de bénéfices :

Ningún otro espectáculo de la índole del “Cinematógrafo Lumière” ha obtenido el éxito que éste; todas las noches el local que ocupa se ve invadido de una numerosísima concurrencia, y el Sr. Veyre en vista del gran éxito alcanzado ha hecho en beneficio del público una gran rebaja poniendo a 20 cts. la entrada general: además, en los próximos días festivos habrá matinées, para los que ha adquirido un motor de luz eléctrica.


El Hogar, La Habana, domingo 28 de febrero de 1897, p. 7

Ce changement est également dû au prix réellement élevé pour l'époque - et encore faut-il signaler qu'il a annoncé à sa mère qu'il va faire payer 2 francs - et qui peut être un frein pour de nombreux spectateurs. de faire, le prix va changer tout au long du séjour pour des raisons qui ne sont pas toujours très claires, ainsi après l’annonce antérieure, le prix va augmenter à nouveau au début du mois de mars :

CINEMATÓGRAFO LUMIÈRE.– El dueño de este aparato, Mr. Gabriel Veyre, nos comunica que con objeto de complacer al público, el espectáculo establecido frente al Parque y junto al teatro de Tacón, permanecerá algunos días más en la Habana, cambiándose el programa todas las noches. Entrada general, una peseta.
Recomendamos a las personas amantes del progreso, en sus distintas manifestaciones que no dejen de visitar esa Maravilla Fin de Siglo, obtenida por medio de la electricidad.


Diario de la marina (ed. de la tarde), La Habana, viernes 5 de marzo de 1897, p. 4.

Ce qui est curieux c'est que la formule a changé légèrement et les séances sont toujours de dix vues, toutes les quinze minutes. Cela ne semble pas être une coquille, car cette annonce se renouvelle, mais cela indique une indubitable habileté à pouvoir changer avec une telle rapidité les vues, particularité que signale plus tard Conde Kostia, ce que le vitascope est loin de pouvoir faire. Il est possible que Gabriel Veyre effectue une sorte de "montage" des vues pour les présenter avec une plus grande rapidité, comme cela se pratique déjà alors. Ce qui est certain c'est que l'opération est, d'un point de vue commercial, très bonne car elle peut multiplier les spectateurs. Il semble que le pionnier français a l'intention de passer au théâtre Tacón comme cela figure dans un article publié dans El Fígaro del 7 de marzo:

EL CINEMATÓGRAFO –según manifestación de Mr. Veyre, su director– será trasladado al Teatro de Tacón poco después de que dejen dicho teatro los que lo tienen tomado. Piensa Mr. Veyre distribuir el espectáculo en tres grandes tandas, cada una, una hora tendrá de duración, y el espectáculo constará de VEINTE VISTAS cada tanda, haciendo la función un total de sesenta. La luneta costará veinte centavos y cuarenta los palcos. Mr. Veyre se propone realizar cuanto acabo de decir en vista de que todos los días y sobre todo los domingos, no da cabida al público el local donde actualmente funciona el CINEMATÓGRAFO, que está siendo el único pasatiempo instructivo, público y diario de la vida habanera. Si es agradable el espectáculo interior del CINEMATÓGRAFO, también agrada el espectáculo exterior: verá entrar muchas y muy bellas y elegantes señoras y señoritas el que se detenga algunos instantes a la puerta del local donde se halla establecido el modernísimo aparato mediante cuya eléctrica función se realiza la fotografía del movimiento. Allí se ven mujeres de belleza suave, como una égloga de Virgilio…
Nuevo aparato y vistas nuevas deben llegar a Mr. Veyre por el primer vapor de la Compagnie Generale Trasatlantique “que haga escala” en el puerto de esta ciudad.


El Fígaro, La Habana, domingo 7 de marzo de 1897, p. 104.

L'idée de changer pour le théâtre Tacón est peut-être déterminer par l'espace dont il est possible de disposer dans cette salle par rapport au salon où est installé le cinématographe. Ce dont on est sûr c'est que, finalement, pour des raisons inconnues, Gabriel Veyre y renonce et reste là où il est. Une des raisons qui ont pu motiver le pionnier, peut-être, c'est la sécurité du local qui ne semble pas convenir vraiment à l'appareil qui a besoin d'une source électrique significative pour les projections. En fait quelques jours plus tard, précisément, le 15 mars, un incendio se déclare dans le salon cinématographique :

CINEMATÓGRAFO.– Anoche hubo un principio de incendio en el local que ocupa el Cinematógrafo Lumière. El accidente no tuvo importancia y esta noche continuará funcionando aquel espectáculo.


Diario de la marina (ed. tarde), La Habana, martes 16 de marzo de 1897, p. 4.

Le Diario de la familia s'étend un peu plus et propose une description plus détaillée de l'incendie et de ses circonstances :

TRES INCENDIOS
[…]
A las ocho y media de anteanoche se produjo un incendio en el “Cinematógrafo de Lumiere” en el cuarto en que está instalado el aparato receptor, a causa de haberse prendido fuego con los alambres de la luz eléctrica las paredes divisorias de dicho cuarto que eran de lienzo y papel.
Inmediatamente fue apagado el incendio, no teniendo necesidad los bomberos de echar agua con una manguera que se colocó en la caja que está a la salida del Cuartel, contiguo al lugar de la ocurrencia.
Calcúlanse las pérdidas en más de cuatrocientos pesos, pues se quemaron las planchas de las vistas que se exhibían aquella noche. Sin embargo de esto, no se han suspendido las representaciones del “Cinematógrafo”.
En los primeros momentos del fuego ocurrió un pequeño incidente entre los bomberos que de paisanos acudieron en los primeros instantes, pues como hecho dicho, se encontraban en el Cuartel, y la pareja de Orden Público de servicio, pero este conflicto pudo ser prontamente conjurado por la presentación del capitán de la zona, señor Calvo.


Diario de la familia, La Habana, miércoles 17 de marzo de 1897, p. 3.

De fait, comme on le verra, le local ne réunit pas les conditions de sécurité minimales pour ce type de spectacle, car quelques semaines plus tard, un nouvel incendie se déclare, plus grave. Cet incident, ou peut-être les intentions du pionnier, fait que Gabriel Veyre prépare son départ de La Havane, même s'il change d'idée semble-t-il, car sa tournée américaine n'est pas encore totalement décidée. Il annonce en effet son départ le 23 mars :

Aviso a las personas que aún no hayan asistido al Cinematógrafo Lumière, establecido frente al Parque Central, entre Tacón y los Bomberos del Comercio: Esa ‘maravilla del siglo’ sólo permanecerá entre nosotros hasta mañana miércoles, pues el señor Veyra [sic] tiene el compromiso de llevar su aparato a Puerto Rico y Caracas, en época de antemano convenida.


Diario de la marina (edición de la mañana), La Habana, martes 23 de marzo de 1897, p. 7.

Gabriel Veyre a en effet l'intention de se rendre à Caracas où la Société Anonyme de Photographie - en réalité la maison Lumière - transmet un courrier le 20 mars qui "avise l'envoi d'une caisse pour M. G. Veyre" ( (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes). Pourtant l'opérateur change d'avis. Le cinématographe cesse d'être annoncé deux jours plus tard, mais Gabriel Veyre ne part pas, comme prévu, pour Porto Rico - la presse portoricaine consultée (La Balanza et La Bandera española) ne contient pas la moindre trace de ce possible voyage dans cette île - et Caracas, et il reste à Cuba. Le 29 mars 1897, le pionnier projette dix vues à Cienfuegos, pendant la tournée de l'acteur La Presa (Cine, El portal del 7ª Arte, Cienfuegos). Il reste dans la ville pendant quelques jours :

Respecto a espectáculos públicos, Cienfuegos es actualmente una de las ciudades más favorecidas. Cuenta con una Compañía Cómico-Dramática en que figuran Clara Fernández y Sánchez Pozo, y en la que acaba de ingresar el Fregoli-habanero señor La Presa, y cuenta también con el Cinematógrafo Lumière, propiedad del inteligente electricista Mr. Gabriel Veyre.


Diario de la marina (ed. tarde), La Habana, domingo 4 de abril de 1897, p. 6.

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Cienfuegos, Teatro Tomás Terry (principio del siglo XX)

Ces présentations ont lieu au théâtre Tomás Terry, inauguré en 1890, et Cienfuegos est ainsi l'une des premières villes cubaines, après La Havane, à découvrir le cinématographe. Nous savons d'ailleurs qu'il se rend à Santa Clara d'où il envoie, le 10 avril, une lettre au Consulat de France de Caracas où il demande qu'on lui garde les lettres et les paquets qui lui sont destinés (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes). Il est très probable qu'il ait organisé des séances cinématographiques au théâtre La Caridad. On ne peut pas exclure que le pionnier se soit rendu dans d'autres villes du pays puisque sont absence de La Havane dure plusieurs semaines..

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Teatro La Caridad, Santa Clara, 1899
© Biblioteca archivo de Santa Clara (Cuba)

Lorsque Gabriel Veyre revient à La Havane, en avril, il se trouve face à une situation totalement inédite pour lui, avec la concurrence du plusieurs cinématographes, chose qu'il n'a pas connue avec une telle force pendant son premier séjour havanais. Après son séjour à Cienfuegos, Santa Clara et sans doute ailleurs, le pionnier se retrouve dans la capitale avec une nouvelle formule, puisqu'il combine les projections cinématographiques avec des spectacles théâtraux présentés au théâtre Payret. Ce dernier a été inauguré en 1877, et il est également connu comme le "Théâtre de la Paix", puisque c'est cette année-là qu'est signée le Pacto de Zanjón qui met fin, pour un temps, à la guerre entre les Cubains et les Espagnols. Situé sur le Prado, face au Parc Central près du Grand Hôtel Pasaje. Son architecture rappelle, par bien des aspects, celle du Théâtre Tacón. En 1883, le théâtre est partiellement détruit par un terrible cyclone et il est abandonné jusqu'en 1890, année au cours de laquelle le Payret est totalement restauré et devient à nouveau une grande école d'Opéra. Le nom du théâtre est dû à son propriétaire Joaquín Payret qui finit d'ailleurs par en perdre la propriété (J. C. Prince, Cuba Illustrated, New York: The Rowntree Press, 1901, 224 p):

Fundado en una superficie de 3.000 metros cuadros, por un hijo laborioso de la ciudad Condal, Don Joaquín Payret, dicho teatro es diáfano, amplio y elegante. En él, con el Tacón, hemos visto celebridades artísticas de toda índole. Muy bien situado, frente al parque Central, es capaz para unas cuatro mil y pico de personas, y caben sentadas 2,533 en 75 palcos, 524 lunetas, 159 butacas, 708 asientos de tertulia y 692 de paraíso.
Payret es, acaso, el más ordenado de nuestros teatros. Lo que se deba así a la energía de su propietario, el Dr. Saaverio, como a la actividad y constancia de su administrador, D. Ángel Martín.


Rafael Pérez Cabello, En escena. Crónicas y retazos literarios, La Habana, Impr. El Fígaro, 1898, p. 78.

1898habanapayret

Teatro Payret, La Habana (1898)
© Rafael Pérez Cabello, En escena

Le cinématographe va être inauguré sous cette nouvelle formule, le 29 avril comme le signale le Diario de la marina; et comme il l'a déjà fait à Cienfuegos - et sans doute ailleurs, comme à Santa Clara - il est présenté sous une forme qui combine projections et représentations de la compagnie de Sánchez Pozo : 

NOTAS TEATRALES.– La Compañía Cómico-Dramática que dirige el señor Sánchez Pozo, asociada con Mr. Veyre, dueño del magnífico Cinematógrafo Lumière, que tanto ha aplaudido el público al lado del Cuartel de los Bomberos del Comercio, se propone ofrecer seis únicas funciones en el hermoso teatro del Dr. Payret, empezando el jueves 29 de los corrientes. Hay que advertir que dicho Cinematógrafo cuenta con una interesante serie de vistas nuevas.


Diario de la marina (ed. tarde), La Habana, lunes 26 de abril de 1897, p. 4.

Toutefois, la séance ne peut avoir lieu car Sánchez Pozo, acteur et directeur, est souffrant... Il faut reporter la nouvelle présentation du cinématographe. Dans le Diario de la familia, nous avons le programme complet des vues présentées par l'appareil des Lumière :

Por indisposición del actor don Antonio Sánchez Pozo, se suspendió el jueves en Payret, la función dispuesta para debut de la Compañía dramática que dirige.
Esta noche, ya repuesto el citado actor, se verificará la aludida función, poniéndose en escena las celebradas obras tituladas Roba en despoblado y Los Asistentes, tomando parte en la primera, la estudiosa actriz señora Clara Fernández de Coré.
En el intermedio de una a otra, se exhibirán en el Cinematógrafo de Lumiere, las siguientes vistas:
1ª Carga de Lanceros de la Reina. 2ª Comida de indios. 3ª Baile de Niñas (La Baivoidas [sic]) . 4-º –Steapple [sic] chasse 5ª Carga de rurales en México. 6ª Enlace de un potro salvaje 7ª Mercado flotante indio 8ª Tocinería fenomenal en Marsella 9ª Desfile de los ingenieros en Madrid. 10ª El muchacho regando 11ª Llegada del tren 12ª Bañándose en el mar 13ª Una fiesta en Ginebra. 14ª La plaza de la ópera en París. 15ª y última. Salida al campo.
Mañana, en conmemoración de la grandiosa epopeya del 2 de mayo, se efectuará en este coliseo una gran función patriótica, representándose el popular drama “Los franceses en España o Madrid en 1808”.


Diario de la familia, La Habana, sábado 1 de mayo de 1897, p. 4.

Comme l'on peut s'en rendre compte, dans le programme on ne trouve toujours pas le célèbre Simulacre d'un incendie, ce qui laisse à penser que ladite vue n'a pas pu être présentée pour des raisons difficiles à préciser aujourd'hui. Le programme est assez classique et offre des vues mexicaines, bandes tournées par le propre Gabriel Veyre. Les soucis de santé du directeur de la compagnie font que les séances sont repoussées encore de deux jours et le 4 mai, on présente un nouveau programme de vues d'où est absent, on s'en doute, le Simulacre d'un incendie :

PAYRET.– La compañía del señor Sánchez Pozo representará esta noche las comedias Pobre porfiado Levantar muertos, ambas del fecundo y ameno Eusebio Blasco.
El cinematógrafo Lumière exhibirá las siguientes vistas:
Coraceros a caballo. Una calle de Londres. Baños en Milán. Ejercicio a caballo. Los lanceros de la Reina. Acuariuns [sic]. Baile de niñitas (La Badoise) Comida de bebéEl gigante y el enanoUn duelo a pistolaTigres de Bengala. Una visita al castillo. Desfile de los BersagliersEnlace de un potro salvaje. Y última, batalla de nieve en Francia.


La Unión constitucional, La Habana, martes 4 de mayo de 1897, p. 3.

Cette seconde saison havanaise est bien plus brève et Gabriel Veyre n'organise que peu de séances où le cinématographe occupe les fonctions de faire-valoir des pièces comiques présentées par la Compagnie de Sánchez Pozo. Le pionnier peut enfin annoncer son départ définitif de Cuba à destination d'autres pays latino-américains : 

NOTAS TEATRALES
Con la función de esta noche se despiden de Payret la Compañía de Sánchez Pozo y el motorógrafo [sic] que maneja el reputado electricista Mr. Gabriel Veyre.


Diario de la marina (ed. mañana), La Habana, martes 4 de mayo de 1897, p. 6.

D'après une dernière lettre envoyée à sa mère, nous savons que Gabriel Veyre quitte La Havane le 8 mai 1897, à bord du México, avec deux jours de retard. Mais la traversée se complique car, à cause d'un cas de petite vérole, le navire doit faire machine arrière de La Guaira à Santiago :

En mer, à bord du Mexico, le 17 mai 1897
Bien chère maman,
Je t'écris à tout hasard ne sachant pas si te parviendra ma lettre.
Comme je te l'ai dit dans ma dernière lettre, je suis parti de La Havane le 8 mai (avec deux jours de retard) pour le Venezuela. Traversée assez mauvaise. Le 15, nous arrivons au port de La Guaira, mais par malheur, un cas de petite vérole s'est déclaré pendant le trajet et le service de santé nous refuse l'entrée du port pendant quarante jours !! Que faire ? Nous ne le savons pas encore. Le même jour, nous sommes repartis pour l'île de Cuba. Demain, nous arrivons à Santiago et là nous saurons ce que va décider la compagnie du bateau. Il est très probable qu'on ne nous laissera pas descendre à terre. On nous transbordera sur un autre vapeur pour nous ramener à La Guaira, laissant à Santiago le malade atteint de la viruelle. [...]


Philippe Jacquier & Marion Pranal, op. cit., p. 86.

C'est depuis Santiago de Cuba qu'l envoie un courrier au Consulat française de Caracas, le 6 juin 1897, annonçant l'envoi de lettres et colis... mais le courrier n'arrive finalement que le 1er juillet (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes). De Cuba, Gabriel Veyre va finalement repartir le 9 juin, comme il l'évoque dans sa suivante lettre :

GRAND HÔTEL SUISSE
Establecido desde 1887 - Renovado 1893
PIO EMILIANI
Propietario
Dirección Telegráfica
PLIANI
Apartado 61
Colón, Rep. de Colombia, 14 juin 1897
Chère maman,
Enfin j'ai pu sortir de cette île infernale de Cuba !
Partis comme je te l'ai dit dans ma dernière lettre le 9 juin, nous sommes arrivés ici hier par un temps épouvantable. J'ai eu le mal de mer tout le voyage sans pouvoir ni boire, ni manger, ni me laver et en plus la crainte de ne pas pouvoir débarquer et d'être obligé de retourner à Cuba. Hier matin, nous apercevions la terre. La mer est merveilleuse. Chacun est sur le pont pour savoir ce que dire le service de santé à notre arrivée. À la réponse "entrée libre", tous nous avons poussé un véritable soupir et vite à préparer les valises pour débarquer.
[...]
Mon représentant vient d'arriver et demain je pars pour Panama pour installer l'appareil une quinzaine de jours. À peine installé, je le laisserai là-bas avec l'employé pour aller moi-même à Baranquilla à deux jours de vapeur d'ici. Là, j'étudierai la ville du point de vue de l'exploitation et tracerai mon itinéraire. Il est probable qu'après Baranquilla, j'irai à la capitale Bogota.


Ibid., p.87-88,

Colombie et Venezuela (juin-juillet 1897)

Le retard pris à Cuba a contribué, sans aucun doute, à désorganiser en partie ce nouveau voyage en Colombie et au Venezuela. Il explique ainsi son projet dans un courrier personnel, envoyé de Colón à sa mère :

Mon représentant vient d’arriver et demain je pars pour Panama pour installer l’appareil une quinzaine de jours. À peine installé, je le laisserai là-bas avec l’employé pour aller moi-même à Baranquilla [sic] à deux jours de vapeur d’ici.


Gabriel Veyre, Lettre, Colón, 14 juin 1897, p. 87.

Dans la foulée, il envoie une lettre (15 juin 1897) au consulat français de Bogotá afin de savoir si le cinématographe a déjà été présenté dans la capitale colombienne. Ce n’est que plus d’un mois après qu’il reçoit cette réponse :

Bogotá, 13 juillet 1897
Monsieur, j’ai reçu votre lettre du 15 juin dernier.
Le cinématographe n’a pas encore été introduit à Bogota.
Il y a ici la lumière électrique pour éclairer la capitale. Le théâtre municipal n’a pas d’installation électrique.
Signé : Frandin.


Bogotá, cons., B, 2. Archives Diplomatiques de Nantes

Deux jours plus tard, le 17 juin, il est à Panama d’où il transmet un courrier au Consulat de Caracas afin que ce dernier fasse envoyer à Barranquilla, « ses lettres et colis » (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes), que Gabriel Veyre a expédiés au préalable de Santiago de Cuba. Quant au représentant dont il est question dans la lettre du 14 juin, il s’agit, sans nul doute, de la Dupouy & Cie qui, depuis La Guaira, transmet un courrier (30 juin 1897) au même consulat, au sujet de « la caisse de M. Veyre » (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes). Même si nous ignorons le contenu de cette caisse, on peut penser qu’il s’agit de ses effets personnels, voire de son matériel professionnel.

À Panama, il organise quelques projections cinématographiques au cours de la deuxième quinzaine du mois de juin 1897. La presse se fait l’écho de ces séances exceptionnelles qui méritent le commentaire suivant :

[exhibiciones que] dejaron satisfechos a los numerosos espectadores que han asistido en las últimas noches a tan raro espectáculo.


El Istmo de Panama, Panama, 1er juillet 1897.

Mais l’intention de Gabriel Veyre est de se rendre à Barranquilla où l’attendent déjà ses lettres et ses colis. On sent bien malgré tout que le cinématographiste n’a pas un plan de route très défini et que son séjour s’organise en fonction des situations qui se présentent au fur et à mesure :

Là, j’étudierai la ville du point de vue de l’exploitation et tracerai mon itinéraire. Il est probable qu’après Baranquilla [sic], j’irai à la capitale Bogota.


Gabriel Veyre, Lettre, Colón, 14 juin 1897, p. 87.

Mais il change d’avis. En l’absence de réponse du Consulat de Bogotá à son courrier du 15 juin, il décide finalement de se rendre à Caracas où il arrive, probablement à bord du France qui accoste à la Guaira (7 juillet 1897), le port le plus proche de la capitale vénézuélienne. À Caracas, il s’installe à l’hôtel Klindt et une semaine plus tard, les premières projections du cinématographe Lumière ont lieu au Salón de la Fortuna, un café-restaurant voisin du théâtre Caracas. Les séances s’étalent du 15 au 26 juillet 1897 à la satisfaction du public et de la presse :

Aunque se nos antoja creer, con base de verdad, que no está el espíritu público para diversiones y esparcimientos, contamos no obstante con un nuevo espectáculo interesante, sencillo y barato para los que vagar y posibles tengan.
Es el Cinematógrafo Leumiere [sic] que se exhibe en la esquina de Veroes; el mismo espectáculo en que se recreaban los asistentes al Bazar de Caridad de París, en el momento en que se efectuaba el incendio.
Es este un espectáculo curioso que vale la pena de verse y que hace el encanto de los niños.
Hemos tenido ocasión de aplaudirlo, y entre las escenas o cuadros que vimos llamó principalmente nuestra atención un viaje al campo, por su perfección y realidad.
Recomendamos, pues, los interesantes cuadros en los que, ni la más pudorosa beldad hallará ocasión de sonrojarse, ni la inocencia motivo para turbar su candidez.


El Cojo ilustrado, Caracas, 1er août 1897, p. 617.

Cédant à une stratégie commerciale déjà éprouvée au Mexique, Gabriel Veyre cherche à présenter son cinématographe à la famille du Président en exercice, Joaquín Crespo. Après cette brève parenthèse, il reprend ses projections publiques au Salón de la Fortuna jusqu’au 21 juillet.  À partir du 7 août, il installe son appareil au Circo Metropolitano. Pourtant, la situation va singulièrement se compliquer à la suite d’une série de malentendus entre lui et Carlos Ruiz Chapellín dont il offre le détail à sa mère dans un courrier :

Les derniers jours où j’étais à Caracas, j’ai fait un contrat avec une espèce de commerçant que j’ai cru honnête et (je l’ai vu après) qui se trouvait être un abominable filou. Tu vas en juger : j’avais un contrat pour dix jours payable à 200 F par jour. Le premier et le deuxième jour, il me paye, mais le troisième jour, il refuse. Bien entendu, je suspends mes séances. Je voulais l’obliger par la loi à me payer mais il aurait fallu attendre la décision des tribunaux et je n’avais pas le temps.
Je me disposais à quitter Caracas quand j’apprends que ce même homme m’avait cité devant les tribunaux. Pourquoi ? Je ne le sais pas encore. Le fait est que le juge est venu m’aviser qu’il fallait que je me rende au tribunal le lendemain et que cet homme demandait la saisie de mes appareils et l’empêchement de partir de Caracas. Ceci se passait la veille de la fermeture des tribunaux qui prenaient leurs vacances pour un mois. Il me fallait donc rester un mois sans rien faire et attendre encore deux ou trois mois pour la décision du jugement.
J’ai immédiatement consulté des commerçants à ce sujet qui m’ont vivement conseillé de filer du Venezuela sans tambour ni trompette. J’ai donc pris tous mes appareils pour les embarquer à La Guaira et je me suis enfilé dans le premier bateau en partance. C’était un bateau français, Le Fournel, partant pour Marseille en s’arrêtant à la Martinique. Mon intention était de prendre à Fort-de-France le bateau de retour pour aller en Colombie puisque je ne pouvais plus exploiter au Venezuela.


Gabriel Veyre, Lettre, Fort-de-France, 28 août 1897, p. 91.

Gabriel Veyre quitte ainsi précipitamment le Venezuela où il est devenu persona non grata.

Une certaine confusion s’installe à partir du 12 août où le consulat de Bogotá lui envoie un câblogramme avec un simple mot énigmatique « non » (Bogotá, cons., B, 2. Archives Diplomatiques de Nantes.). En effet, il se déclare résidant à Bogotá, à partir du 19 août (registre matricule), mais il écrit par ailleurs qu’il embarque de La Guaira, le 20 août. Toujours est-il qu’il se retrouve, comme il l’a prévu, à Fort-de-France, mais il est contraint à une nouvelle quarantaine, comme à Santiago de Cuba. Ça n’est finalement que dans les premiers jours de septembre 1897 qu’il arrive à Cartagena (Colombie). Trois ans auparavant, en 1894, la ligne de chemin de fer Cartagena-Calamar a été inaugurée. Elle longe la rivière Magdalena, sur une distance de 105,8 kilomètres. De son voyage, Gabriel Veyre a laissé quelques pages très intéressantes sur ses conditions de voyage, à bord du Díez Hernando (Gabriel Veyre, Lettre,  8 septembre 1897, p. 96.). C’est au cours de cette période, le 18 septembre 1897, que l’Ambassade de Caracas reçoit un courrier de la société Lumière & Fils afin de remettre « les caisses » à un certain Mr Waltz – probablement Aron Waltz. Existe-t-il un lien entre ce dernier et Gabriel Veyre… ? Quant à ce dernier, nous ignorons s’il parvient finalement à Bogota – malgré la date du 19 août qui figure curieusement sur son registre matricule -, compte tenu de ses « malheurs » à Honda (Gabriel Veyre, Lettre, Cartagena, 23 octobre 1897, p. 99.). De retour à Barranquilla, il retrouve un compagnon de voyage qui est malade et qu’il va soigner pendant une semaine. C’est de Barranquilla que Gabriel Veyre envoie une lettre (2 octobre 1897) au consulat français de Bogota afin que « ses caisses et lettres » soient renvoyées à Panama (Caracas, Amb., 164. Archives Diplomatiques de Nantes). Peu après, il arrive à Cartagena où il tombe malade. Il pense vendre finalement tout son matériel comme il le dit à sa mère dans un courrier (30 octobre 1897) envoyé de Colón :

J’aurais voulu vendre mes appareils avant de partir mais je ne puis plus attendre et exposer ma santé inutilement. Donc, je serai en France aux environs du 20 décembre.


Gabriel Veyre, Lettre, Colón, 30 octobre 1897, p. 103

De nouvelles informations sont contenues dans les derniers éléments de correspondance. Le 8 novembre 1897, l’Ambassade française à Caracas reçoit un dernier courrier au sujet de « ses caisses » alors qu’il est « à bord du France » (Caracas/Amb/164, Archives Diplomatiques de Nantes). Même si le contenu de ces caisses ne nous est pas connu, il y a fort à parier qu’il a à voir avec ses activités d’opérateur et de cinématographiste.

La lecture des différentes lettres montre combien Gabriel Veyre vit ce séjour américain comme une véritable épreuve. Ses déboires à Cuba, puis à Caracas et les difficultés sans nombre qu’il rencontre sur son chemin le poussent à exprimer son amertume :

Oh ! le jour où je verrai la terre de France, quel soupir je vais pousser et comme je vais dire adieu de bon cœur à l’Amérique le jour de mon départ de Colón. J’y ai trop souffert pour y revenir jamais !!!


Gabriel Veyre, Lettre, Cartagena, 23 octobre 1897, p. 102.

Ce qui laisse songeur toutefois c'est qu'il ne semble avoir tourné aucune vue pendant ce séjour en Colombie et au Venezuela, contrairement à ce qui s'est produit dans les autres pays visités antérieurement. Une hypothèse, non confirmée, voudrait que Gabriel Veyre ait vendu son appareil à un Espagnol installé en Amérique, Salvador Negra Pages, qui a son tour va parcourir la Caraïbe...

Retour en France (décembre 1897-juillet 1898)

C'est à Lyon que Gabriel Veyre revient pour quelques mois. Il reste difficile de savoir si pendant cette période il a tourné des films à Lyon, à Paris ou ailleurs. Il est l'auteur probable des vues prises lors de la Revue à Longchampsà l'occasion du 14 juillet 1898. Mais on peut penser que d'autres films édités par la maison Lumière au cours de cette brève période lui sont attribuables.

Le Canada (juillet-octobre 1898)

Une nouvelle mission attend Gabriel Veyre : organiser des conférences dans le monde pour présenter d'une part le cinématographe, et d'autre part des projections photographiques en couleurs. Son nouveau contrat lui laisse plus de latitude et c'est à nouveau en l'Amérique qu'il se rend. Avant son départ, à Paris, il croise de nouveau Fernand Bernard. Il embarque, à Liverpool, le 21 juillet 1898, avec pour destination le Canada, à bord du S.S Vancouver. Il arrive à Montréal le 31 juillet. Peu de temps après son arrivée, dès le début du mois d'août, il fait des excursions avec un commerçant, François Cordon, afin de prendre des photographies des chutes de Grand-Mère, du mont Royal ou du Saint-Laurent. Il a également le projet de filmer le bateau qui descend le fleuve dans les rapides et il ajoute "La semaine, je vais à droit et à gauche, en quête de vues intéressantes pour le cinématographe. (Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Montréal, 1er septembre 1898). Dans les premiers jours de septembre, il se rend aux chutes du Niagara :

Ce voyage m'a plu beaucoup car je n'ai jamais rien vu d'aussi imposant que ce fleuve (quatre fois plus large que le Rhône) se précipitant d'une hauteur de 100 m avec un fracas épouvantable qui fait trembler le sol sous ses pieds. Il se forme un immense brouillard d'eau jusqu'à plus de 100 m après la chute. C'est un spectacle vraiment grandiose comme je n'en avais pas encore vu dans mes voyages. J'en suis revenu très satisfait.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Montréal, 15 septembre 1898

Il se rend également à Québec où il assiste à l'inauguration du monument élevé en l'honneur de Samuel de Champlain, fondateur de Québec, dont il compte "prendre quelques vues au cinématographe" (Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Québec, 21 septembre 1898. C'est finalement le 24 septembre 1898 que Gabriel Veyre va présenter à la fois le cinématographe et les vues en couleurs au Caméra Club de Montréal :

THE CAMERA CLUB
On Saturday evening, there was a large gathering of the members of the Montreal Camera Club, and their friends at the club rooms. Phillips square, Mr. Veyre, the representative of "Lumiere & Fils," of Lyonm France, showed a large number of Cinematograph views, none of which have been shown before in Montreal. During the evening a few stereoscopic slides were thrown on the screen. These slides are colored by a very elaborate process brought to great perfection by "Lumiere & Fils," but should be seen in an ordinary stereoscope to get the full effect of the elaborate coloring. A  very hearty vote of thanks was passed to Mr. Veyere and a large number took advantage of the opportunity of examining closely the instrument used, and the working of which was very clearly explained.
The Montreal Camera Club was fortunate in securing the services of Mr. Veyre, for the opening meeting of the season, and are looking forward to an instructive and entertaining series during the coming winter.


The Gazette Montreal, Montreal, 26 septembre 1898, p. 3.

Il poursuit son voyage canadien jusqu'à Vancouver où il arrive début octobre, avant de s'embarquer pour le Japon.

L'Extrême-Orient (octobre 1898-février 1900)

Le Japon (octobre 1898-février 1899)

Au cours du voyage qui le conduit vers Yokohama, à bord de l'Empress of India, Gabriel Veyre va organiser " une séance de cinémato qui a été très goûtée par les passagers. " (Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Yokohama, 25 octobre 1898). Comme cela s'est produit au Canada, Gabriel Veyre parcourt le pays à la recherche de nouvelles vues et organise, à l'occasion, des séances ponctuelles comme celle qu'il envisage pour les autorités :

Depuis huit jours j'ai été très occupé par des visites aux ministres... car je cherche à donner une séance au Palais impérial à l'empereur et sa famille, ce qui pourrait peut-être faire décorer MM. Lumière.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Tokio, 12 novembre 1898.

Il va finir, au cours du mois de décembre, par organiser plusieurs séances pour différents dignitaires japonais :

La séance que j'ai donnée il y a dix jours chez le ministre de France a eu un grand succès et de tous côtés on me demande pour donner d'autres séances. Je vais demain chez le prince impérial donner une séance au jeune prince, aux princesses et aux dames de la cour. Il est fort probable qu'après, de là, j'irai chez l'empereur et l'impératrice, ce qui n'est pas facile car ils sont presque invisibles et on est encore à discuter depuis dix jours pour savoir si je dois y aller ou non.
[...]
En somme, tout va pour le mieux au Japon, santé et affaires. En outre, toutes ces séances chez les hauts personnages vont me rapporter probablement de beaux cadeaux.
Quant à MM. Lumière, je vais faire mon possible pour les faire décorer, ce qui sera pas mal difficile car les Japonais sont très avares de leurs décorations. Néanmoins, j'ai bon espoir et les séances qui me sont demandées sont là pour m'encourager.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Tokio, 21 décembre 1898.

Outre les informations qu'il fait parvenir sur la société japonaise et les traditions, Gabriel Veyre n'hésite pas à montrer son attachement aux frères Lumière pour lesquels il souhaite obtenir une distinction. À plusieurs reprises, il envisage également, à son retour, de continuer à travailler pour la maison de Monplaisir. En revanche, et malgré plusieurs tentatives, il ne parviendra pas à organiser la séance prévu pour l'empereur. Il en organisera une autre, à caractère privé, avant de partir pour la Chine :

Pour le 1er février, jour de mon anniversaire, j'ai réuni à dîner une dizaine d'amis et leur ai donné une séance de cinématographe dans ma chambre. Ça a été une soirée très gaie et pour un instant je me suis cru transporté en France au milieu de tous ces amis français.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Tokio, 12 février 1899.

La Chine (mars-avril 1899)

De son séjour en Chine, nous ne savons que peu de choses dans la mesure où les lettres sont brèves et ne contiennent que des informations d'ordre privé. Cela dit, il reste des documents qui indiquent bien qu'il continue à présenter et à utiliser le cinématographe. Ainsi, à Shanghai, il organise une séance de projection de photographies des couleur et de vues cinématographiques. Comme au cours du reste de son voyage, Gabriel Veyre est un propagandiste de la maison Lumière et les séances organisées ne sont pas payantes, mais ouvertes à un public sélectionné.

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Carte d'invitation à une séance de projection (16 avril 1899)
© collection Veyre-Jacquier

Par ailleurs, sur ses activités de cinématographiste, il n'en dit mot, mais pourtant nous savons qu'il a tourné des films Lumière qui ne figurent cependant pas au catalogue des vues animées.

Indochine (mai 1899-février 1900)

Gabriel Veyre va poursuivre son voyage vers l'Indochine où il est attendu par E. Serra, l'un de ses amis pharmaciens, installé à Hanoi. Son arrivée est annoncé par la presse qui lui consacre un article accompagné de sa photographie :

Hier matin est arrivé à Hanoï M. G. Veyre qui vient de faire un voyage fort intéressant en passant par l'Amérique centrale, le Canada et la Chine.
M. G. Veyre, qui est un photographe éminent, a rapporté de ses voyages des vues splendides. Il se propose de donner des séances publiques et gratuites de cinématographe, mais il ne s'agit plus dans ce cas occurrent des images trépidantes que nous avons  déjà vues. La projection est nette et franche.
M. Veyre a fait à Shanghai des conférences sur les travaux de MM. Auguste et Louis Lumière qui sont parvenus à obtenir des couleurs.
Nous donnerons demain à nos lecteurs, dont bon nombre sont photographes amateurs, quantité de détails sur ce nouveau mode qui est appelé à révolutionner l'art de la photographie.
Nul doute que le meilleur accueil ne soit réservé par la population d'Hanoi à M. Veyre qui a eu le plaisir de retrouver parmi un de nos plus sympathiques concitoyens, M. Serra, un de ses anciens camarades d'études.


L'Avenir du Tonkin, Hanoi, 29 avril 1899, p. 1.

Ici encore, il va essayer d'obtenir une décoration pour les Lumière... "peut-être même obtiendrai-je quelque chose pour moi ? " (Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, 12 mai 1899). La plupart du temps, Gabriel Veyre passe du bon temps au cours de ces longues vacances. Toutefois, il n'oublie pas le cinématographe. En mai, il va organiser une séance au Cercle de l'Union d'Hanoï dont la presse va amplement rendre compte :

Hier soir, au Cercle de l'Union, M. G. Veyre a donné la séance annoncée. L'affluence était nombreuse, des dames et des enfants se pressaient dans une des salles du cercle aménagée pour la circonstance.
À 9 heures environ, la projection des photographies en couleurs commençait ; cette projection était faite à petite distance et bien réussie ; les nuances étaient bien rendues et la finesse de ton, la délicatesse des détails, des ombres, ont beaucoup surpris ceux qui n'avaient pu examiner les clichés au stéréoscope. Comme résultat, c'était tout bonnement merveilleux ; les oeillets, les orchidées, les pierres précieuses avec leur eau, les fruits appétissants et à point, les instruments de musique, la prise d'eau, sont en effet superbes.
Les scènes qu'a déroulées ensuite le cinématographe ont beaucoup intéressé. Il est cependant à regretter que l'écran ait été placé aussi bas et que la brise l'ait fait remuer un peu trop fréquemment ; l'installation était fait à la hâte de telle sorte que le haut des personnages était projeté en dehors de l'écran, mais ce sont là des questions de détails auxquelles il sera facile de remédier dans les prochaines séances. Les visions sont nettes. Il serait fastidieux de détailler tout au long les tableaux animés qui ont vécu un instant sous les yeux des spectateurs.
Citons au hasard, parmi ceux qui ont excité le plus d'intérêt : Une bataille de neige, où une population mêlée, hommes, femmes, enfants, voire même des chiens et des bicyclistes, se livre à une véritable mêlée.
L'Arrivée du train, tableau classique que nous avons tous présent à la mémoire et qui nous rappelle le pays ; les voyageurs sont tous pâqles comme s'ils avaient eu le mal de mer ; on reconnaît non les personnes mais  des modèles connus ; la petite bonne, le garçon boucher, le jeune homme en quête d'emploi qui émigre de son village avec son modeste baluchon ; peut-être vient-il chercher fortune au Tonkin, les mouvements gauches des enfants sont parfaitement rendus.
Une bataille de femmes interrompue par un chien ; une balayeuse envoie, par mégarde ou intentionnellement - on ne sait jamais avec les dames - de la poussière sur la robe d'une passante, celle-ci se fâche ; d'où gros mots et crépage de chignons en règle ; des voisines viennent s'interposer et donner à la lutte une tournure épique ; un homme (qu'allait-il faire dans cette galère ?) se jette dans la mêlée et reçoit sa part de horions. C'est un chien qui vient mettre le holà, non saqns avoir houspillé fortement quelques-unes de ces viragos. Brave animal, va !
Citons surtout d'une façon toute spéciale : La Défense du drapeauLes Chasseurs alpinsLe Débarquement des troupes.
... En résumé, excellente soirée, et pour les spectateurs et pour MM. Lumière frères qui, en la personne de M. Veyre, ont obtenu le large succès que mérite leur admirable découverte.


L'Avenir du Tonkin, Hanoi, 6 mai 1899.

Ce que cet article relève, en particulier, que malgré le professionalisme de Gabriel Veyre les séances cinématographiques restent toujours délicates à mettre en place. En l'occurrence, c'est l'écran et le cadrage qui sont en cause.

À l'occasion des fêtes organisées pour la reine mère au palais royal de Hué, du 26 juin au 5 juillet 1899, il va tourner une série de vues cinématographiques :

J'ai pris quantité de vues au cinématographe. au palais, j'ai donné plusieurs séances et le roi à la suite de ces séances m'a décoré de l'ordre du Kin Kanh ainsi que MM. Lumière.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Huê, 6 juillet 1899.

L'évenément sans aucune doute le plus important de ce séjour est le contrat que le cinématographiste va signer avec le gouvernement de l'Indochine. Il s'agit, en particulier, de pouvoir offrir des vues animées à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1900 :

Je vais à Saigon en ce moment où j'arriverai demain matin. Je vais m'entendre avec le gouvernement général sur les conditions de mon séjour ici. Dès que le contrat sera singé, je remonterai a Hanoi où j'ai laissé mes malles et où l'on doit m'envoyer de chez Lumière des appareils et des pellicules pour me permettre de prendre les cinq cents vues que me demande le gouvernement de l'Indochine.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Paquebot, 14 août 1899.

Il s'agit là d'une commande exceptionnelle qui n'a sans doute aucun autre équivalent. On imagine aisément que le cinématographe et les vues animées sont considérés par le gouvernement de l'Indochine comme un moyen de propagande sans égal. L'accord est d'ailleurs confirmé quelques jours plus tard :

J'ai terminé mon entente avec le gouverneur pour les vues au cinématographe. Je ne suis entendu entre autres avec le directeur de l'Exposition pour prendre des vues ordinaires et l'Indochine. Il me prendra pour 10 000 à 12 000 F de photographies, cde qui me laissera un certain bénéfice.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Saigon, 24 août 1900.

Dès lors, il va s'occuper d'organiser les prises de vues afin de fournir, en vues animées, l'Exposition de l'Indochine. Le 6 septembre 1899 tout est prêt, en particulier le laboratoire et Gabriel Veyre va " pouvoir s'occuper du développements des pellicules. " (Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Hanoi, 6 septembre 1899). Afin de pouvoir faire fonctionner tout cela, il va engager deux "boys" dont l'un d'eux s'occupe tout particulièrement des opérations photographiques. Son contrat le conduit à parcourir l'Indochine en quête de vues animées. À l'occasion du voyage du prince Waldemar du Danemark, en janvier 1900, il va réaliser une longue série de vue des différentes festivités :

Ces fêtes sont données à l'occasion du passage à Saigon du prince Valdemar du Danemark. Voilà quatre jours que je suis sur les dents pour prendre des vues.
Le programme des journées (car la nuit, je ne peux pas photographier et je me repose) comprend revue des troupes, courses de chevaux, de charrettes à boeufs, de bicyclettes, de régates de pirogues, promenade du Dragon par les Chinois, fête des fleurs, défilé des voitures fleuries et batailles de fleurs, etc. Bref, j'ai eu de quoi m'occuper toutes les journées et même une partie des nuits pour développer et charger mes appareils.


Gabriel Veyre, Lettre à sa mère, Saigon, 18 janvier 1900.

L'une des dernières séries que réalise Gabriel Veyre en Indochine est celle qu'il va prendre lors d'un voyage à Hué et le passage du col des Nuages. Ce long séjour s'achève en février 1900.

Quelques mois plus tard, Gabriel Veyre se retrouve à l'Exposition Universelle de Paris, il y va y présenter les très nombreuses vues qu'il a prises lors de son voyage en Indochine.

Ensuite... (1901-1936)

À partir de 1901, il devient le photographe et le cinématographiste du Sultan du Maroc, Moulay Abd el Aziz. Il épouse la soeur de Constant Girel, un autre opérateur Lumière. Il est en outre correspondant de L'Illustration. En 1905, il publie son ouvrage Dans l'intimité du Sultan. Il s'installe par la suite à Casablanca où il multiplie ses activités dont l'importation des premières voitures au Maroc. Il décède à Casablanca, en 1936.

Bibliographie

CORCY Marie-Sophie , Jacques Malthête, Laurent Mannoni, Jean-Jacques Meusy, Les Premières années de la société L. Gaumont et Cie, París, AFRHC, 1998, 496 p.

GAUDREAULT André et Germain Lacasse, " Danse indienne, film Lumière nº 1000, le premier film tourné au Québec? ", 24 images, nº 76, p. 17-21.

EL' GAZI LEILA, “Cien años de la llegada del cine a Colombia: abril 13 de 1897”, http://www.banrepcultural.org/book/export/html/32321.

JACQUIER Philippe & Marion Pranal, Gabriel Veyre, opérateur Lumiere, Institut Lumière / Actes Sud, 1996.

SUEIRO VILLANUEVA Yolanda , Inicios de la exhibición cinematográfica en Caracas (1896-1905), Fondo Editorial Humanidades y Educación, Universidad Central de Venezuela.

3

1896

MEXIQUE

1897

CUBA

1898

FRANCE

CANADA

1898-1899

JAPON

1899

CHINE

MER DE CHINE

INDOCHINE

4

22/04/1896-≤ 07/1896 Belgique     Cinématographe Lumière
11/07/1896-20/07/1896 France-USA Le Havre-New York La Gascogne  
20/07/1895-25/07/1896  USA-Mexique New-York-México    
25/07/1896-[13/10/1896] Mexique México DF   2ª c/ Plateros, 9 Cinématographe Lumière 
[14/10/1896] Mexique San Luis Potosí Teatro de la Paz Cinématographe Lumière 
[20/10/1896]-[17/11/1896]  Mexique Guadalajara  Liceo de Varones  Cinématographe Lumière 
[25/11/1896]-11/01/1897 Mexique México DF  Hotel de la Gran Sociedad  Cinématographe Lumière 
11/01/1897-15/01/1897 Mexique-Cuba Veracruz-La Havane Lafayette  
15/01/1897-25/03/1897 Cuba La Havane Local (junto a Teatro Tacón) Cinématographe Lumière
≤29/03/1897- Cuba Cienfuegos Teatro Tomás Terry Cinématographe Lumière
≤10/04/1897- Cuba Santa Clara  [Teatro La Caridad]  Cinématographe Lumière 
29/04/1897-03/05/1897 Cuba La Havane  Teatro Payret  Cinématographe Lumière 
08/05/1897-15/05/1897 Cuba-Venezuela La Havane-La Guaira  Mexico   
15/05/1897-18/05/1897 Venezuela-Cuba La Guaira-Santiago Mexico  
09/06/1897-13/06/1897 Cuba-Colombie Santiago-Colón     
13/06/1897-15/06/1897 Colombie Colón    
≤17/06/1897-≤01/07/1897 Colombie Panama   Cinématographe Lumière
07/07/1897-≥07/07/1897 Venezuela La Guaira    
≥07/07/1897-[12/08/1897] Venezuela  Caracas    Cinématographe Lumière 
[19/08/1897]  Colombie  Bogota    
≤28/08/897≥ France Fort-de-France    
[01/09/1897]-<02/10/1897 Colombie Fleuve Magdalena    
≤02/10/1897-<23/10/1897 Colombie Barranquilla     
≤23/10/1897-<30/10/1897 Colombie Cartagena     
≤30/10/1897-<08/11/1897  Colombie Colón     
<08/11/1897-[12/1897] Colombie-France      
[12/1897]-[07/1898]  France       
31/07/1898-18/09/1898 Canada  Montréal   Cinématographe Lumière 
19/09/1898-[22/09/1898]  Canada Québec   Cinématographe Lumière 
[23/09/1898]-29/09/1898 Canada Montréal   Cinématographe Lumière 
04/10/1898-10/10/1898 Canada Vancouver    
25/10/1898-[29/10/1898] Japon Yokohama   Cinématographe Lumière
[30/10/1898]-[28/02/1898] Japon Tokio   Cinématographe Lumière 
[10/03/1899]->10/04/1899 Chine Shanghai   Cinématographe Lumière
23/04/1899-26/04/1899  Chine Hong Kong    Cinématographe Lumière 
28/04/1899-28/04/1899 Indochine Haiphong    Cinématographe Lumière
29/04/1899-≥ 26/05/1899 Indochine Hanoi    Cinématographe Lumière 
≤ 19/06/1899-≥ 06/07/1899 Indochine Hué   Cinématographe Lumière 
≤ 17/07/1899-≤ 14/08/1899 Indochine Haiphong   Cinématographe Lumière
≤ 24/08/1899-< 06/09/1899 Indochine Saigon   Cinématographe Lumière
≤ 06/09/1899-< 09/10/1899 Indochine Hanoi   Cinématographe Lumière
< 20/10/1899-≥23/11/1899 Indochine Phnom Penh   Cinématographe Lumière
< 15/12/1899-≥18/01/1900 Indochine Saigon   Cinématographe Lumière
< 07/02/1900- Indochine Hué   Cinématographe Lumière
≤ 18/02/1900-[02/1900] Indochine Saigon   Cinématographe Lumière
         

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