LE CAIRE PITTORESQUE

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Le Caire pittoresque

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1 Mulsant-Chevalier  
2 Alfred MulsantCélestin Chevalier  
3 [1903]-< 24/05/1904   
4 Égypte, Le Caire  

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24/05/1904 FranceParis, Salle de l'Athénée Saint-Germain Célestin Chevalier Le Caire pittoresque
20/01/1905 France, Saint-Quentin, Salle de la Bourse Célestin Chevalier Le Caire pittoresque
 

À LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE
La conférence d’hier soir a été un gros succès et nous voudrions bien prier la Société de Géographie de nous en faire entendre la suite, car il y a une suite.
Le R. P. Chevalier et son compagnon, jésuites, connaissent merveilleusement l’Orient biblique ; ils en parlent les langues et en ont vécu les mœurs. Artistes, ils ont fixé sur la plaque sensible ou les films du cinématographe des scènes caractéristiques et que nul. autre qu’eux n’eût choisies avec plus de connaissance du sujet. Hier, ils nous ont parlé du Caire et montré le Caire, le vrai et non pas seulement celui des touristes ; mais nous ne cachons pas le désir que  nous avons de voir leur reconstitution des scènes bibliques dans ce pays immuable où fut le berceau de la foi chrétienne et qui ont enthousiasmé déjà plusieurs auditoires. Donc, à l’automne prochain, nous l'espérons !
Hier soir, le R. P. Chevalier nous a d’abord montré, se côtoyant dans les rues du Caire, dans les institutions, les usages, les costumes, la civilisation et la barbarie. C’est ainsi qu’à la descente du train s'offre à nos yeux le spectacle des longues files de chameaux pesamment chargés et attachés à l’antique mode " tête à queue ", croisant les tramways électriques où se presse une foule de voyageurs vêtus les uns de la longue robe des Égyptiens, du temps des Pharaons, ou de l'habit à l'Européenne coupé sur les patrons des meilleurs faiseurs anglais ou allemands.
Les tramways ne sont pas les seuls véhicules empruntés par l'Orient à notre civilisation. C'est ainsi qu'à côté des chars populaires attelés d'un cheval et où s'entassent jusqu'à quarante-cinq personnes, des ânes qui sont restés la monture très en vogue dans le peuple, on voit sur les places de véritables dépôts de fiacres. Mais le contraste apparaît tout particulièrement dans une projection où le conférencier nous montre, dans le sable du désert, au pied des pyramides, une dame conduisant une automobile.
Continuant le rapprochement entre les deux civilisations, le R.P. Chevalier fait défiler sur l'écran, d'un côté, les porteurs d'eau, chargés de l'outre en peau de bouc, les femmes allant remplir, dans le Nil, les jarres qu'elles emportent sur leur tête, avec autant d'adresse que d'élégance ; de l'autre, les tonneaux d'arrosage de la ville portant leur numéro d'ordre, comme ceux de nos grandes villes européennes.
Mais il est une institution égyptienne qui reflète plus que tout autre la civilisation occidentale : c'est l'armée ; il est bon de noter qu’elle a été créée par des instructeurs français et anglais. Quoi d’étonnant, après cela, que nous assistions à des défilés impeccables d'infanterie ou de cavalerie, musique en tête ; à des tournois militaires qui se déroulent devant le public le plus sélect.
Il reste pourtant un vestige de l’ancienne. armée égyptienne : c'est le corps des douaniers,  soldats du désert, vêtus d’uniformes européens, sans doute, mais montés sur des chameaux, vivant de la vie du désert où, sous la conduite du guide arabe, ils font la chasse aux contrebandiers importateurs du haschich.
Avec les usages religieux, nous abandonnons la civilisation moderne, Le R P. Chevalier a pu obtenir le rare privilège de visiter les mosquées et d’y prendre des vues cinématographiques. Ce sont assurément les premiers documents de ce genre qui soient exposés à un public. Ils en sont d’autant plus intéressants.
C’est ainsi qu’après nous avoir donné les plus instructives considérations générales sur la mosquée, sa construction, ses dispositions intérieures, le conférencier nous fait assister aux exercices religieux des fidèles de Mahomet, à leurs ablutions, à leurs prières accompagnées de danses, de gestes, , de balancements du corps dont la raison ne nous apparaît pas bien clairement mais qui, paraît-il, sont une garantie contre les distractions de l’esprit.
Et ces pratiques, nous les retrouvons à l’université qui, à vrai dire, n’est qu’une institution secondaire de la mosquée. Là, sous la direction de vieux professeurs, des milliers de jeunes gens passent, la journée, accroupis sur le sol, à balancer leur buste de l’arrière à l’avant et de l’avant à l’arrière en répétant les versets du Coran qu’ils doivent apprendre : il paraît .que le Coran entre ainsi beaucoup plus facilement dans leur mémoire ; du moins ils le croient.
Mais deux choses, dans la mosquée, évoquent particulièrement à l'esprit des occidentaux l’idée de la vie mystique orientale : le minaret et le chant du muezzin.
Le minaret, c’est cette tour élancée qui s’élève au-dessus de la mosquée et d’où le muezzin entonne son chant, religieux, ce chant célébré par tant d’écrivains, de poètes, et dont tous les voyageurs conservent le plus vif souvenir. Or, nous eûmes, hier soir, la bonne fortune d'entendre ce chant fameux du muezzin, cependant que sur l’écran lumineux défilaient les types les plus curieux ou les plus gracieux de minarets. 
Le P: Chevalier, à une jolie voix ; c’est de plus, un admirateur sincère de la musique arabe à laquelle il trouve de grandes beautés, beautés qu’il sait apprécier puisqu’il est — nous allons le faire rougir en dévoilant ses goûts profanes- un compositeur non sans talent.
Après donc s’être un peu, excusé. il nous a chanté ces poétiques modulations par lesquelles le muezzin, cinq fois par jour, du minaret de la mosquée, appelle les croyants à la prière :  La illah îla Âllh Mahommed résoul Allah, etc. C'était d’un charme exquis.
Continuant l’étude de la vie publique des Égyptiens, le conférencier nous convie à nous joindre à un cortège funèbre.
Voici d'abord les chameaux portant des caisses de provisions qui, sur la tombe du défunt, seront distribuées au pauvres ; puis les pleureuses, les chanteurs, les derviches ; la vache qu'on sacrifiera sur la tombe, puis la police, si le mort avait une situation officielle ; puis le défunt porté dans une bière non fermée, recouverte seulement d'une étoffe et avec, à l'avant une planche verticale surmontée de la coiffure de celui dont elle renferme la dépouille, ceci pour indiquer son rang ou sa qualité.
Nous suivons le cortège jusqu'au cimetière. Celui-ci s'étend autour de la ville. Les tombeaux se composent de deux parties : un caveau et un monument de pierre qui porte deux colonnes : une au pied, l'autre à la tête, celle-ci portant encore une reproduction de la coiffure du mort pour marquer sa qualité.
Les cimetières sont généralement délaissés. Cependant, à certaines époques, il y règne une animation extraordinaire : le peuple y vient en masse prier pour ses morts. Mais comme il y vient pour y passer parfois plusieurs jours, les cimetières se garnissent de tentes, d’échoppes, de boutiques, de restaurants. En outre, les rues de la ville ne permettant pas, en raison de leur peu de largeur, les rassemblements de foule, c'est dans les cimetières que se font les réjouissances publiques, que s’installent balançoires, chevaux de bois, grandes roues, le tout primitif et bâti à la grosse ; représentations simiesques, danses, etc.
L’Égyptien n’est pas difficile et s’amuse à peu de frais, se nourrissant, pendant les fêtes, de fèves crues ou cuites à l’eau et buvant l’eau tiède du Nil que lui verse le porteur de son outre en peau de bouc.
Voici maintenant une autre des grandes scènes de la vie orientale ; c’est la procession de la fiancée. Elle se fait avec une profusion de décors extraordinaires, avec une pompe majestueuse dans le cortège où sa pressent, coureurs, musiciens, faiseurs de tours de passe-passe, danseurs derrière lesquels vient la fiancée portée sur un char de caractère extrêmement antique, à moins que, délaissant les vieux usages, elle ne se fasse conduire dans le moderne et prosaïque fiacre.
Le conférencier nous fait ensuite assister au moyen de vues cinématographiques à la vie des Égyptiennes, à leurs occupations habituelles, à leurs coutumes. En passant, nous nous arrêtons fort amusés à considérer un barbier occupé à. raser ta tête d’un croyant.
Puis le conférencier nous transportant, dans le jardin de la mission française, évoque devant nous les troublants mystères de l'incarnation et les pratiques des charmeurs de serpents. C’est ainsi que nous voyons un de ces charmeurs, à la demande du Père, découvrir un serpent dans un buisson, prononcer avec force gestes la formule d’incantation, amener la bête à lui, et la prendre à la main, puis tirant d'un sac un cobra, ce terrible reptile qui fait tant de victimes en Orient, faire battre les deux bêtes tenant l'une dans ses dents,  l’autre dans sa main, mais toutes deux par le bout extrême de la queue, seule façon de les rendre impuissantes ou tout au moins de leur ôter en partie la liberté de mouvement.
Comment expliquer ces pouvoirs et ces pratiques des charmeurs de serpents ?
Le R.P. Chevalier l'a essayé, et voici l'explication qu'il nous en donne, basée sur des expériences personnelles.
Tout d'abord, comment le charmeur, le vrai charmeur - car le plus grand nombre de ceux qui se donnent ce titre ne sont que des farceurs qui opèrent sur des bêtes dont on a arrache les crocs - comment le charmeur trouve-t-il les serpents ? Par l'odorat, tout simplement. Comment les attire-t-il ? Probablement à la façon des chasseurs de vipères français qui frottent leurs chaussures avec  le corps écrasé d’une autre vipère.
Quant à invocation, à la formule d’incantation, il est évident que c’est de la farce. Enfin, comment le charmeur prend-il le serpent ? Là, c’est une simple question d’habileté. Il s’agit de saisir la bête et de la maintenir par le bout tout à fait extrême de la queue. Le R. P. Chevalier en a fait l'essai et a pu ainsi prendre lui aussi un serpent sans aucun inconvénient.
Mais il se fait tard. Le R. P. Chevalier termine donc en disant combien lui et ses confrères ont été flattés de l’appel que leur a fait la Société de Géographie de Saint-Quentin et de l'assistance nombreuse et sympathique qui est venue entendre la conférence.
M. Em. Lemairre, au nom de la Société remercie le conférencier et ses collègues de la façon intéressante dont ils nous ont révélé avec des documents très judicieusement choisis, cet Orient encore si mal connu, mais dont ils viennent de nous montrer avec la compétence de gens qui l'ont vu de tout près, qui y ont vécu et ont pu l'étudier à fond. M. Em.Lemaire exprime l'espoir qu'il nous sera donné d'entendre à nouveau l'éloquent et intéressant conférencier.
Et la séance est levée au milieu des applaudissements.


Journal de Saint-Quentin et de l'Aisne, Saint-Quentin, 22 janvier 1905, p. 5.

02/02/1907 Pays BasAmsterdam, Koningszalen van „Artis"
Célestin Chevalier Le Caire pittoresque 
23/02/1907 BelgiqueBruxelles, Palais de la Bourse Célestin Chevalier Le Caire pittoresque 
09/03/1907 BelgiqueNamur Célestin Chevalier Le Caire pittoresque 
03/1907 BelgiqueBruxelles
Célestin Chevalier Une promenade au Caire 
 

Une promenade au Caire
Parmi tant de plaisirs qui se disputent l’honneur de distraire nos soirées, les conférences entremêlées de projections photographiques se sont multipliées chez nous et jouissent, depuis quelque temps, d’une faveur du reste légitime.
Rien ne donne une idée plus juste et plus complète d’un pays que l’on ignore qu’une série abondante et heureusement choisie de vues photographiques. Et quand le cinématographe s’en mêle, alors on n’a plus rien à envier aux heureux mortels qui virent de leurs yeux les régions dont parle le conférencier. Au surplus, pour que rien ne manque à l’illusion, il sied que la causerie soit faite par l’auteur des clichés lui-même, c’est-à-dire par quelqu’un qui connaisse « dans les coins » le pays dont il parle.
Dans de telles conditions la conférence devient un plaisir merveilleux et profondément instructif. Mais combien rarement on a l’occasion de le savourer dans sa plénitude !
De tout cela, une récent causerie du R. P. Chevalier nous a fourni des preuves vivantes. Le Père Chevalier habite depuis de longues années le Caire, où la Compagnie de Jésus possède un collège ; il compte des amis dans tous les mondes, y compris chez les musulmans : aussi lui fut-il aisé de photographier les gens et les choses, et même de prendre des vues cinématographiques des scènes les plus curieuses.
Et ce fut toute la vie du Caire qui défila devant nous ce soir-là, en une succession ininterrompue de tableaux animés d’un pittoresque intense.
Tels en furent le nombre et la variété que l’ombre où la salle se trouvait plongée nous ayant empêché de transcrire aucune note, force nous est bien de nous borner à énumérer sèchement quelques-unes de ces splendeurs.
Le Caire, dans ses quartiers modernes, est une grande ville conçue au goût européen, avec de larges avenues, des tramways électriques, de hautes maisons, des places ornées de riches statues et bordées de palais. Un mouvement incessant d’équipages de luxe anime les rues et les boulevards du Caire : toutes ces voitures qui roulent au trot de magnifiques chevaux, ressemblent à celles que l’on voit à l’avenue Louise ou aux Champs-Élysées, sauf les deux coureurs en costume local – les Saïs – qui les précèdent d’un pas léger, les coudes au corps, et qui constituent un luxe qu’aucune famille opulente ne se refuserait au Caire.
D’ailleurs, ces équipages à la mode parisienne croisent des attelages d’une forme préhistorique et des groupes de fellahs vêtus d’étrange façon. Car l’Orient et l’Occident se coudoient sans cesse au Caire, le Père Chevalier nous en a montré des exemples frappants. Entre cent autres, choisissons celui-ci : dans le quartier européen un riche Egyptien s’est fait construire une superbe demeure dans le style moderne ; mais en travers de la porte il a pendu un crocodile empaillé… afin de détourner sur ce bizarre fétiche le « mauvais œil » que peut avoir tout visiteur.
La vie du peuple témoigne aussi de ce mélange continuel de l’orientalisme et de l’européanisme : les réjouissances des Cairotes de la basse classe consistent en des jeux autochtones alternant avec des chevaux de bois ou des roues-escarpolettes. Ces fêtes ont lieu presque toujours aux abords des cimetières, aux portes de la ville, là où l’espace plus large a permis d’ensevelir les morts… et d’amuser les vivants. L’on sait du reste que les Orientaux pratiquent le culte des morts tout autrement que nous : ils font volontiers des repas sur les tombeaux de leurs parents ; certains même y plantent leur tente afin d’y passer la nuit, et de pauvres gens y apportent dans le même but des couvertures et des matelas.
Les musulmans ont la réputation d’être pleins de piété et tout à fait dépourvus de respect humain. Réputation parfaitement justifiée, comme le démontrent les admirables vues cinématographiques de R. P. Chevalier : voici un riche musulman à qui son serviteur apporta en pleine rue son « tapis de prière » et qui, sans aucun souci des passants, se prosterne, se relève, accomplit un à un les rites prescrits par le prophète ; voici, entre Beyrouth et Caïffa, un capitaine de navire qui se livre aux mêmes pratiques sous le regard des passagers.
Que de tableaux encore, et tous pris sur le vif ! Voici le muezzin au sommet de la mosquée : il fait le tour du balcon, s’arrête un instant à chacun des points cardinaux, et l’on entend les notes lentes et mélancoliques qu’il jette dans l’air du soir (ces notes sortent du reste du gosier très souple du Père Chevalier, qui chante aussi bien les louanges d’Allah qu’aucun des muezzin ne l’a jamais fait). Voici, dans une mosquée bâtie sur les piliers d’une église catholique, un cours d’université musulmane : un vieux professeur entre, ses babouches dans la main ; des étudiants se balancent d’un mouvement régulier qui les fait se pencher en avant, puis en arrière, et qui les aide, paraît-il, à mieux retenir leur leçon.
Et voici enfin les derviches tourneurs, effrayants à voir, et le charmeur de serpents, opérant à la campagne, dans le propre jardin des Pères… Nous oublions les femmes vêtues de draperies sombres, qui vont puiser l’eau du Nil en d’énormes cruches de terre cuite ; les funérailles d’un riche pacha, avec les pleureuses, les serviteurs du mort portant ses bijoux sur des coussins… et, fermant la marche, un longue file de landaus ; les douaniers du désert montés sur des chameaux et sur des méharis (chameaux de course) ; les parades magnifiques de la cavalerie et de l’infanterie égyptiennes ; les curieux tournois militaires qui réunissent en des tribunes dignes de Longchamp toute la haute société cairote ; les autos primitives qui passent au Pyramides, - que sais-je encore ?
Tout cela, en deux heures, passa devant nous, si vrai, si vivant qu’en sortant de cette passionnante conférence nous avions l’impression de revenir du Caire, nous aussi…QUINOLA.


Journal de Bruxelles, Bruxelles, 3 de mars de 1907, p. 2.

14/04/1907 ItalieRome, Collegio Romano, Aula Magna del R. Liceo E. Q. Visconti

Célestin Chevalier

 

Il Cairo pittoresco

 

15/04/1907 ItalieRome, Collegio Romano, Società geografica italiana

Célestin Chevalier

Il Cairo pittoresco 

15/11/1907  BelgiqueBruxelles, Palais de la Bourse, Union Syndicale Célestin Chevalier 

L'Égypte rurale 

30/11/1907 BelgiqueLiège, Université, Salle académique
Célestin Chevalier

L'Égypte rurale

13/12/1907 Belgique, Nivelles, Waux-Hall Célestin Chevalier

L'Égypte rurale

20/12/1907 BelgiqueBruxelles Célestin Chevalier

L'Égypte rurale

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