Alfred MULSANT

(Thonon-les-bains, 1866-Lyon, 1943)

mulsant

Alfred Mulsant (1921)
© Archives du collège Mongré

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Fleury Mulsant (Roanne, 25/10/1828-Villerest, 18 janvier 1909) épouse (Saint-Denis, La Réunion, 25/08/1852) Joséphine Bellier de Villentroy (Saint-Paul, La Réunion, 08/12/1833-26/04/1925). Enfants :

  • Frédéric, Fleury Mulsant (1853-1933) épouse Jeanne Carmier (08/07/1891)
  • Victor Mulsant (1855-1891)
  • Mélanie Mulsant (1857-1943) épouse (Villerest, 05/07/1892) François Chaverondier (1853-1925)
  • Joseph Mulsant (Castelnaudary, 1860-1935)
    • épouse (04/06/1889) Jane Mourgues (1865-1896)
    • épouse (Toulouse, 20/08/1914) Pauline Dalbon (1878-19171)
  • Antony Mulsant (1862-1935) épouse (Lezoux, 21/11/1893) Lucie Dumas (1865-1918)
  • Ernest, Alexandre, François, Marie, Alfred Mulsant (Thonon-les-Bains, 1866-Lyon 2e, 16/10/1943)
  • Geneviève, Marie, Joseph, Mélanie Mulsant (Chambon, 1875-1964) épouse (Villerest, 19/09/1911) André, Paul, Antoine de Cagny (1859-1941)

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Jean-Claude SEGUIN

Issu d'une famille de magistrats, Alfred Mulsant va consacrer sa vie à l'Église. Il fait ses études au collège Mongré (1874-1884), à Villefranche-sur-Saône, et devient bachelier-ès-lettres. Il étudie la philosophie et passe une année (1885) pour étudier les sciences à St Michel (St-Étienne). Il obtient également son baccalauréat ès-sciences. Il va dès lors suivre sa formation de jésuite. Il passe deux ans de noviciat à Hastings (10/12/1885), puis à Mold où il prononce ses vœux perpétuels de pauvreté, chasteté et obéissance (11 décembre 1887). Il prépare son juvénat à Mold et à St- Léonard's (Angleterre) (1886-1888). Il part, pour sa régence, en août-septembre 1888, au Caire où il est professeur d'histoire et d'humanités (1888-1892). Sa formation le conduit, ensuite, à étudier pendant deux ans la philosophie (Jersey, 1892-1894), puis il devient surveillant au cours de St-Cyr et à Fourvière (1894-1896). Afin de compléter sa formation, il étudie la théologie à Mold, puis à Fourvière (1896-1899). Ordonné prêtre (Lyon, 03/09/1899), il part comme surveillant à Mongré (1900), puis occupe la place de préfet des internes et externes au collège de la Trinité (Lyon-Brotteaux, 1901). Enfin, il effectue son " troisième an " (troisième année de noviciat) à Mold (1901-1902). Il prononce enfin ses " grands voeux " à Cantorbéry, le 15 août 1903. Il prépare une tournée de propagande en Amérique, mais y renonce afin de récolter des aumônes pour la Mission et va voyager pendant trois ans.

Le Cinématographe (1903-1906)

Si l'on s'en tient à ses déclarations, on peut penser qu'Alfred Mulsant commence à s'intéresser au cinématographe dès 1902. Il explique en effet, en février 1906, qu'il utilise un " chalumeau Gwyer [...] pour les séances cinématographiques [...] Je m'en sers depuis quatre et je n'ai jamais eu le moindre ennui. " (Le Fascinateur, Paris, nº 39, 1er mars 1906, p. 122). C'est sans doute à cette époque qu'il faut situer ses premiers tournages. Le projet trouve son origine dans la recherche de financement pour les écoles catholiques du Liban, ainsi que l'explique Alfred Mulsant, en 1906 :

Ayant à chercher des ressources pour nos écoles du Liban très menacées par la diminution des aumônes venant de la France, et en face de l'impossibilité de quêter en ce moment dans notre pauvre patrie, nous avons songé à donner des conférences aussi intéressantes que possible, et en joignant aux projections lumineuses ordinaires les vues cinématographiques.
Le Fascinateur, Paris, nº 39, 1er mars 1906, p. 148

Mulsant fait implicitement référence à la situation des Jésuites en France qui ont été expulsés en 1901, ce qui ne leur permet plus d'organiser des quêtes. C'est ainsi qu'il va, avec la collaboration du père Célestin Chevalier, entreprendre un voyage en Égypte, en Palestine et au Liban, dans le but de récolter " de nombreux documents, clichés et bandes cinématographiques " (Le Fascinateur, 1906, p. 148). L'idée consiste à élaborer du matériel photographique et cinématographique afin d'organiser par la suite des conférences sur les cinq thèmes suivants : Vers les cèdres du LibanAu pays de l'enfance du ChristLa Vierge et son filsLe Caire pittoresque et Les Hébreux d'autrefois et les Fellahs d'aujourd'hui. Afin de réaliser ce projet novateur, les conférenciers vont utiliser un appareil Gaumont, auquel Alfred Mulsant apporte quelques modifications :

Le projecteur cinématographique a été construit par L. Gaumont, Paris. C'est le modèle couronné aux Exposition de Paris 1900, et Saint-Louis (U.S.A.) 1904. Le dispositif qui permet le passage rapide de la vue fixe à la vue animée a été inventé par le conférencier lui-même.


Programme " Au pays de l'enfance du Christ ", Annecy, 14 juin 1905

En tenant compte de la fin de sa formation, en août 1903, on peut estimer que le voyage de Mulsant et Chevalier est à situer dans une fourchette qui va de septembre 1903 à janvier 1904. D'une part, les deux jésuites vont photographier ou filmer des vues du Moyen-Orient (Égypte, Palestine, Liban...) où l'on peut observer des éléments de la vie quotidienne. D'autre part, ils vont recréer des scènes du Nouveau Testament et de l'enfance du Christ dans les lieux mêmes où elles se sont déroulées. Face aux nombreuses représentations de la vie du Christ, Mulsant et Chevalier proposent une vision moins hagiographique, et bien plus " humaine " en inscrivant Jésus dans son environnement réel et naturel, à Bethléem, Nazareth... Par ailleurs, d'autres conférences ont un caractère plus anthropologique comme dans le cas de Vers les Cèdres du Liban. Les deux jésuites vont pouvoir compter sur la collaboration des habitants :

Les scènes de danses, du mariage et de l'enterrement de la jeune fille, ont été obtenues par le concours de 40 jeunes filles des meilleures familles de Bethléem, ce qui mérite d'être observé, car c'est un fait extraordinaire dans ces pays, où la famille est un cercle impénétrable pour tout étranger.


Courrier d'Ostende, Ostende, 3 mars 1907.

On ignore le nombre de vues tournées en totalité, mais nous savons que cette dernière conférence tout comme Au pays de l'enfance du Christ comprennent respectivement une trentaine de vues. On peut donc estimer à 150 le nombre de films réalisés par les deux jésuites. Ainsi la deuxième conférence offre-elle " 110 vues fixes et 600 mètres de vues cinématographiques ". 600 mètres cela représente environ 30 films de 20 m, soit environ trente minutes de projection.

Le dispositif est en place, et Mulsant et Chevalier vont pouvoir entamer une très grande tournée en France et en Europe, aux multiples étapes, avec une claire mission évangélique. L'une des toutes premières sinon la première a lieu, en février 1904, au Photo-Club de Paris dont La Revue Photographique fait le compte rendu :

Des personnages tels que se les représente notre imagination d'après les tableaux des maîtres et placés dans le cadre le mieux approprié, dans des sites choisis avec un goût artistique, des études sur des coutumes qui tendent malheureusement à disparaître, des fêtes de mariage, des cérémonies funèbres, des danses, la vie des champs, ont fourni au conférencier matière à d'intéressants développements.
L'ensemble de ces vues cinématographiques alternant avec des vues fixes admirablement étudiées et composées, a permis d'apprécier le sentiment artistique qui a présidé à l'exécution de ces belles reconstitutions.
La Revue de Photographie, 1904 (Reproduit dans " Cartes Postales Inédites, Collection de MM. Mulsant et Chevalier ", 1907) 

Les conférences, grâce au perfectionnement apporté à l'appareil Gaumont, font alterner les vues fixes et les vues animées, avec une grande efficacité comme le montrent les programmes conservés. Les projections deviennent ainsi bien plus dynamiques :

Ces cinq conférences sont établies sur le même modèle, en ce sens que l’illustration lumineuse du texte est toujours composée de vues fixes alternant avec les vues cinématographiques. Un dispositif nouveau, inventé par les conférenciers eux-mêmes, permet la substitution instantanée du cliché à la vue mouvante. Cette méthode a le grand avantage de donner à la conférence plus de vie et de variété, les explications étant données sur les vues fixes qui ne sont que l’analyse du sujet cinématographique suivant.
Le spectateur jouit ainsi beaucoup mieux de la vue cinématographique déjà expliquée et n’est pas fatigué par une projection non interrompue de 600 mètres de bandes.
Le Fascinateur, Paris, nº 39, 1er mars 1906, p. 148
00A 00B
Mulsant et Chevalier, Au pays de l'enfance du Christ
Annecy, 14 juin 1905
© Compagnie de Jésus - Archives jésuites (Province de Lyon, dossier personnel du Père Mulsant)
M. Mulsant, Vers les cèdres du Liban
© Compagnie de Jésus - Archives jésuites (Province de Lyon, dossier personnel du Père Mulsant)

La combinaison entre images fixes et films est particulièrement bien pensée. Les premières constituent ainsi une sorte de premier volet explicatif de la vue animée qui va les suivre. Dès lors de très nombreuses projections vont être organisées. Après quelques séances à Paris (Salle des Ingénieurs Civils, 09/05/1904 ; Ligue Patriotique des Françaises, 20/05/1904), les deux jésuites vont multiplier les présentations, en particulier dans la région d'origine d'Alfred Mulsant : Lyon (Folies-Bergère, Amicales de l'Enseignement Libre, 26/05/1904) et Roanne où le journaliste détaille la projection :

LA VIE PITTORESQUE EN ORIENT
AUX PAYS DE L'ENFANCE DU CHRIST
Sous ce titre plein d’attraits aura lieu le samedi 28 mai, à 8 heures du soir, dans la salle du Cercle catholique de Roanne, une conférence cinématographique, accompagnée de 110 projections fixes, par M. l’abbé Mulsant.
Ayant habité l’Egypte plusieurs années et fait divers séjours en Orient, M. l’abbé Mulsant, s’inspirant de l’idée du peintre Tissot, reconstitua sur place, dans les sites où ils s’étaient accomplis et avec des habitants du pays, les principaux événements qui se passèrent aux premiers temps du christianisme. Son œuvre est une reconstitution originale et saisissante de la vie populaire au temps du Christ. On peut dire que c’est du Tissot vivant, à la fois très antique et bien près de nous, avec de vrais bergers de Bethléem, de vraies glaneuses aux champs de Booz ; tout y est inédit et original, les scènes, tout à la fois réalistes et gracieuses, alternent avec des vues du meilleur goût artistique. On se croit, sans effort et le plus agréablement, transporté à dix-neuf siècles de distance, tour à tour à Bethléem, en Egypte et à Nazareth, pendant qu’un texte à la fois sobre et nourri, explique et précise les détails.
Donné déjà plusieurs fois à Paris devant des auditoires d’élite, au Photo-Club, à la salle d’Horticulture, à la salle de la rue d’Athènes, elle a toujours obtenu le plus beau succès.
Nos lecteurs répondront avec d’autant plus d’empressement à l’appel des organisateurs quand ils sauront que M. l’abbé Mulsant, qui porte un nom connu et aimé dans tout le Roannais est notre compatriote. Il est le fils de l’honorable conseiller en retraite, M. Fleury Mulsant.


Journal de Roanne, Roanne, 22 mai 1904, p. 4.

James Tissot (1836-1902), dont La Bible illustrée a servi d'inspiration pour la réalisation des vues, est un peintre français qui a passé dix ans de sa vie en Palestine, à partir de 1888. Il connaît, dans ces années-là un très grand succès et le cinématographe va puiser dans ses gravures les mises en scène de nombreux tableaux à caractère religieux. Toujours dans la région, nous le retrouvons à Saint-Étienne (Salle rue du Palais-de-Justice, Syndicats de l'Aiguille et de la Soie Stéphanoise, 02/01/1905). Puis c'est le tour d'Avignon (Salle de l'Oratoire, 20/03/1905), Marseille (Sale des Ateliers professionnels, 14/05/1905), Annecy (14/06/1905), Saint-Chamond (Salle des Ecoles, 05/02/1906), Abbeville, Amiens (Grande salle du syndicat de l'aiguille), Saint-Quentin (Société de Géographie), Besançon, Cannes, Allevard, Bourg-en-Bresse, Dijon, Valence (Salle du Jardin du Roi), Vienne (Salle des Fêtes des Anciens Élèves des Ecoles et Institutions Libres, 11/02/1906), Canterbury, Turin, Bruxelles (Collège St-Michel, 18/12/1906)... L'abbé Mulsant résume en ces termes cette expérience toute nouvelle :

Je puis dire que ces conférences, grâce à l’inédit des documents et à la perfection de l’appareil, ont pu être données en très grands nombres dans les milieux les plus différents, toujours avec le plus beau succès. En dix-huit mois, nous avons fait plus de 250 conférences dans des Grands et Petits Séminaires, des salons, des Sociétés de géographie, des Cercles artistiques, des collèges et couvents, des salles populaires où nous avons réuni plus de 2000 personnes. Nous comptons continuer notre oeuvre et poursuivre notre campagne de conférences, qui, comme nous l’ont dit bien des prêtres et des évêques nos auditeurs, font un bien réel aux âmes et permettent de parler de Notre-Seigneur dans tous les milieux.


Le Fascinateur, Paris, nº 39, 1er mars 1906, p. 148

Même si les salles de spectacle sont rares, on peut apprécier la grande diversité des lieux et le réel succès que rencontrent Mulsant et Chevalier. Si parfois, les articles offrent quelques éléments de programme, nous avons la chance d'avoir conservé le déroulement complet d'une séance publiée dans Le Journal des jeunes filles, dans un article consacré aux oeuvres des religieuses Mariamètes et celles des RR.PP. Jésuites à Beyrouth, au Liban, en Égypte et en Arménie :

BETHLÉEM
Simplicité de la vie orientale.
REPAS d'un BETHLÉEMITE.-La VIERGE au TRAVAIL.
LA LECTURE.,
Costumes de Bethléem : Robe, boléro, voile et mitre.
UN PEU DE TOILETTE.
Costume de Chef Amar.-Costume simple de Nazareth.
En route pour Bethléem.-Le chemin
Le Caravansérail.-CARAVANE DE CHAMEAUX.
La cité de David, rues, marché, fontaine.
FEMMES à la FONTAINE de la VIERGE
HOSPITALITÉ à BETHLÉEM
Belt-Sahour, le village des Pasteurs.-Tour de garde.
L'aire et le Champ de Booz.
RUTH la GLANEUSE.-Scène de moisson.
L'ADORATION des BERGERS
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L'EGYPTE
L'exil et ses légendes.-Passage du Nil.-L'Inondation.
Sakiyehs ou Norlahs
FAMILLE en VOYAGE à HÉLIOPOLIS.
L'obélisque.-L'arbre et le PUITS de la VIERGE
La Sainte Famille de Gagliardi
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NAZARETH
La ville, son aspect, ses maisons.-Mobilier.
Les Grottes.-Les Terrasses.
PREMIERS PAS.
Le lit.-COUCHER sur la TERRASSE.
Le Charpentier, ses outils, SON ATELIER.-La charrue.
RETOUR du TRAVAIL.-A la FONTAINE de la VIERGE.
FLEURS DE NAZARETH.
Un peu de cuisine.-LE KOUBBEH.
Un verre d'eau fraîche.-SUR la MARGELLE.
L'aire de Nazareth.-Comment on bat et on vanne le blé.
LE BAYDAR.
ACHAT du BLÉ.-Le MOULIN.
Jeux de Nazareth.-L'ENTERREMENT.
Obsèques d'une jeune fille.-DANSES FUNÈBRES.
Les Noces.-La présentation de la mariée.
CORTÈGE NUPTIAL.-Le DABKEY, RONDE nuptiale.
Les Danses.-DANSE de la BELLE-MÈRE.
DANSE DE LA FIANCÉE.
DANSE du SABRE.
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MIRACLE de la COLOMBE.-Le lys des champs.
La VIERGE au LYS.-La couronne d'épines.
La PREMIÈRE CROIX.-Le CRUCIFIEMENT.
Los mots IMPRIMÉS EN CAPITALES indiquent les PRINCIPALES scènes mouvantes.


Le Patronage des jeunes filles, Paris, avril 1907, p. 59-,60.

Comme on peut le constater, les projections sont, à peu de chose près, celles de la conférence Au pays de l'enfance du Christ. Nous l'avons vu, Alfred Mulsant, secondé sans doute par Célestin Chevalier, est aussi un technicien-mécanicien qui a su adapter un projecteur Gaumont afin de combiner les projections fixes et les projections animées. La Bonne Presse se dispose à commercialiser la nouvelle invention,qui n'est pas breveté comme le rappelle Guillaume-Michel Coissac dans Le Fascinateur :

Le nouveau cinématographe de le Bonne Presse, que tous les congressistes ont certainement vu dans la salle d'exposition et dont ils ont pu admirer la robustesse et la construction hors pair, prendra place à côté des trois modèles dont il vient d'être parlé et y fera bonne figure. Comme eux, c'est un appareil d'exploitation qui permettra de dérouler des pellicules de 300 à 1 000 mètres, et de les enrouler automatiquement ; il a tous leurs avantages et encore deux autres : le perfectionnement non exploité mais non breveté du P. Mulsant et, ce qui vous intéresse le plus, j'en suis sûr, c'est qu'il coûtera 250 francs environ au lieu de 500 ou 600 francs.


Le Fascinateur, Paris, nº 39, 1er mars 1906, p. 149.

Mais nous ne savons pas si la commercialisation a eu lieu, ni si Gaumont a donné son accord...  C'est sans doute au début de l'année 1906 qu'Alfred Mulsant et l'abbé Célestin Chevalier sont invités. précisément, par la maison Gaumont à l'occasion de la préparation et du tournage de La Naissance, la Vie & la Mort du Christ, sans doute pour bénéficier de leur expérience. Alice Guy évoque brièvement cette rencontre :

Deux jésuites, les pères Chevalier et X., revenant de Palestine, assistèrent aux prises de vues et nous aidèrent de leurs conseils.


Alice Guy, Autobiographie d'une pionnière du cinéma (1873-1968), Paris, Denoël/Gonthier, 1976, p. 85.

Après une " pause " de presque trois ans, Alfred Mulsant va revenir à ses activités dans le cadre de sa mission. À la rentrée 1906, il occupe les fonctions de Préfet des Études au Caire. Désormais, il va passer la main, pour l'essentiel, à son collaborateur Célestin Chevalier.

Et après... (1907-1943)

De retour au Caire, Alfred Mulsant organise ponctuellement quelques projections photographiques et cinématographiques comme en témoigne le journal L'Univers. C'est dans le collège de la Sainte Famille, à l'occasion de la fête patronale que la séance est organisée :

LETTRES D'ÉGYPTE
Le Caire, 5 février
[...]
Le collège de la Sainte Famille, dirigé par les Pères Jésuites, fêtait, ces jours-ci, sa fête patronale. À cette occasion, eut lieu une séance cinématographique, religieuse et artistique, des plus intéressantes.
Le R. P. Mulsant, membre du Photo-Club de Paris, offrait une oeuvre toute personnelle qui, pendant quatre années, a été donnée avec le plus grand succès, a été donnée avec le plus grand succès dans un bon nombre de villes de France, de Belgique, d'Italie et d'Angleterre.
Sa collection inédite de vues cinématographiques, prises sur place, par lui-même, aux pays de l'Enfance du Christ, a eu un succès des plus vifs et des plus mérités. Dans l'assistance très nombreuse, beaucoup de personnes - et pas seulement des dames et des demoiselles - avaient les larmes aux yeux, en voyant les scènes si touchantes de Béthléem et de Nazareth qui se déroulaient devant eux.
Vues fixes et vues animées se succédaient avec accompagnement d'un texte que le conférencier faisait discret à dessein, comme un artiste qui craint de couvrir la voix de ses chanteurs. C'est que les yeux avaient beaucoup à voir, et des spectacles si vivants qu'il n'était pour ainsi dire pas besoin de glose à ce texte lumineux.
La musique vocale qui accompagnait certains sujets était iniédite et originale.
Cette séance fut un triomphe pour l'oeuvre du Père Mulsant, un régal artistique et religieux par les spectateurs et une bonne aubaine pour la caisse du Pain des Pauvres.
Ce n'est qu'à regret que l'on quitta la vaste salle des fêtes du collège, non sans remercier vivement l'habile conférencier et le nouveau recteur du collège de la Sainte-Famille. [...]


L'Univers, Paris, 11 février 1907, p. 2.

Au bout de deux ans, à la fin de l'année scolaire 1907-1908, Alfred Mulsant rentre en France. Même si de façon ponctuelle, il a pu organiser des séances, c'est désormais le père Chevalier qui prolonge l'oeuvre de divulgation. C'est sans doute à la fin de l'année 1907 qu'il faut situer la vente de leurs droits pour quelques-uns de leurs films. En effet, la maison Gaumont, qui n'a eu qu'à se louer de la collaboration avec les abbés Mulsant et Chevalier lors de la préparation de La Naissance, la Vie & la Mort du Christva intégrer à son catalogue de janvier 1908 une série de quatre vues sous le titre " À Nazareth " : L'AtelierFontaine de NazarethLe Retour de la Fontaine et Le Puits avec le commentaire " Projections représentées devant le Souverain Pontife. " Il met un terme à ses fonctions de Supérieur à Paray-le-Monial en 1910. Est-il retourné au Moyen-Orient, et plus particulièrement en Turquie, au cours de l'année 1909 ? C'est une hypothèse qui a été parfois formulée : " En 1909, Mulsant et Chevalier sont certainement en Turquie comme en témoignent une série films retrouvés en même temps que ceux d’Egypte et de Palestine. On y découvre le témoignage de la présence chrétienne dans un orphelinat ainsi que les ruines d’Adana après les premiers massacres d’Arméniens. " (Éric Lange, The Bioscope). Nous ne disposons d'aucune information qui permette d'asseoir cette proposition. En revanche, nous savons qu'il continue d'organiser, désormais de façon très épisodique, des conférences en France au cours desquelles il projette toujours les mêmes vues tournées en 1903-1904 :

M. L’abbé Mulsant, le conférencier bien connu, a organisé cette année à Moulins toute une série de conférences religieuses, pour dames et jeunes filles, sur la vie de Notre-Seigneur, dans le but d’aider à l’intelligence des Evangiles.
Les projections ont été exécutées par M. l’abbé Mulsant lui-même, avec un appareil de haute précision, à la lumière oxy-éthérique. Les vues projetées, dont un bon nombre en couleurs, sont en grande partie l’œuvre originale et personnelle de M. Mulsant. Prises directement sur les Lieux-Saints même ou empruntées aux plus grands peintres de toutes les époques, elles ont pour but constant et unique soit la reconstitution historique des faits évangéliques, soit la représentation la plus expressive des mystères sacrés, d’évoquer en un mot, sous les yeux de la vie même du Christ, telle qu’il la vécut parmi nous, il y a dix-neuf siècle.


Le Fascinateur, nº 86-87, février-mars 1910, p. 44.

À la rentrée 1910, il part en Italie afin d'occuper les fonctions de Recteur du Castello di Bollengo, collège jésuite situé en Italie, près de la ville d'Ivrea (Ivrée) et il va le rester jusqu'à la fermeture du collège en août 1919. Il rentre en France et prend la direction du collège de Mongré, à Villefranche-sur-Saône, où il a fait ses études. Il y reste pendant trois années scolaires jusqu'au 15 août 1922. Dès la rentrée 1922, on le retrouve directeur de l'Ecole d'Agriculture de la Félicité à Aix-en-Provence et il va le rester pendant huit ans. Il ne renonce pas à organiser, à l'occasion, des conférences - toujours les mêmes -, dans la région :

Une grande représentation cinématographique au profit de l’œuvre diocésaine marseillaise des orphelins de la guerre sera donnée jeudi, à 3 heures, dans la vaste salle de l’oratoire Saint-Léon, rue des Princes, 78, Nous engageons les parents et les enfants à aller nombreux voir ce spectacle unique de l’histoire du Christ reconstitué au pays même oùIl a vécu. Rien de banal dans ce spectacle. L’idée même de retracer en vues cinématographiques les mœurs populaires de l’Orient n’avait pas encore été tentée. M. l’abbé Mulsant, avec un constant souci de la vérité historique, a réalisé cette œuvre d’art intéressante et instructive au plus haut point.


Le Petit Marseillais, Marseille, 9 janvier 1923, p. 3.

Par la suite, nous allons le retrouver comme Directeur de la Maison de Retraites Spirituelles, Le Chatelard, à Francheville, dans le Rhône (1930-1935), puis Directeur de celle de la Villa Saint-Elisabeth, à Marseille (1935-1942) et Père Spirituel de la Communauté du collège de Marseille-Saint-Giniez (1943). Il réside finalement à Lyon, à partir du 15 août 1943. Il tombe malade au cours d'une retraite donnée rue Sainte-Hélène et décède en octobre 1943. Le Mémorial d'Aix lui consacre quelques lignes :

Les Amis et anciens maîtres et élèves de la Félicité ont appris avec peine le décès du R. P. Alfred Mulsant, survenu à Lyon le 15 octobre. Avant d'assumer la direction de l'Ecole d'Agriculture, le RP Mulsant avait rempli dans son Ordre plusieurs charges importantes au collège du Caire et à celui de Bollengo. Ultérieurement il devait fonder et organiser la maison de retraites spirituelles du Châtelard aux environs de Lyon. Très artiste, le défunt s'était signalé dès le début de son apostolat par une initiative assez hardie pour l'époque en montant de toutes pièces un film sur la Palestine. Le religieux était essentiellement modeste et serviable. Plusieurs centaines de jeunes hommes lui doivent leur formation : cinquante d'entre eux sont entrés dans les Ordres. Le R.P. Mulsant appartenait à une famille du Lyonnais, qui compte dans ses rangs des magistrats. Le propre frère du défunt entré dans la congrégation des Pères Maristes, a été de longues années supérieur du collège de Saint-Chamond.


Le Mémorial d'Aix, Aix-en-Provence, 5 décembre 1943, p. 1.

Remerciements

Archives de la Compagnie de Jésus (Archives Jésuites)

Archives du collège de Mongré

Philippe Rocher, auteur de la thèse Un collège de la compagnie de Jésus au XIXe-XXe siècle : Notre-Dame de Mongré à Villefranche sur Saone (1851-1951)

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[1903-1904]

AU PAYS DE L'ENFANCE DU CHRIST

IDÉAL ET RÉALITÉ

L'ÉGYPTE

NAZARETH

VERS LES CÈDRES DU LIBAN

L'ARRIVÉE

EN ROUTE POUR LA MONTAGNE

PARENTHÈSE

LES CÈDRES

LE VILLAGE DE PRÈS

QUELQUES MÉTIERS

AVEC LES ENFANTS

ADIEU AU LIBAN

 

LA VIERGE ET SON FILS

 

LE CAIRE PITTORESQUE

 

LES HÉBREUX D'AUTREFOIS ET LES FELLAHS D'AUJOURD'HUI

 

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