Charles MOISSON

(Château-Gontier, 1864-Paris, 1943)

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© collection Jean-Claude Seguin

Jean-Claude SEGUIN

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Pierre, Émile Moisson (Chartres, 22/02/1838-Paris 5e, 28/11/1882) épouse (Louviers, 09/07/1861) Marie-Louise Deschamps (Louviers, 19/03/1843-Paris 16e, 15/05/1901). Desecendance :

  • Louis, Léon (Chartres, 20/06/1862-Paris 14e, 29/11/1882)
  • Charles, Clément Moisson (Château-Gontier, 08/08/1864-Paris 14e, 01/10/1943)
    • épouse (Paris 2e, 26/06/1888) Marie Broussaud (Dorat, 10/02/1870-<04/06/1930). Descendance :
      • Émile, François Moisson (Paris 15e 14/06/1889-Toulon, 25/09/1911)
      • Charlotte, Berthe Moisson (Lyon 3e, 02/07/1895-Paris 7e, 09/01/1963)
    • épouse (Paris 15e04/06/1930) Anaïs, Berthe Bazire (Achères, 10/03/1882-[1944])
  • Élisabeth, Marie, Henriette Moisson (Paris 6e, 07/03/1867-Montfort l'Amaury, 16/10/1955)
  • Virginie, Lucie Moisson (Paris 6e, 10/10/1868-) épouse (1893) Alphonse, Théobald Hill
  • Gabrielle, Charlotte Moisson (Paris 1er, 29/10/1874-Noisy-le-Sec, 19/07/1947) épouse Henri, Basile, Eugène Chauvin (Paris 15e, 17/06/1897) 

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Fils d'un voyageur de commerce, Charles Moisson passe une partie de son enfant à Paris. Lors de la Commune, la famille quitte la capitale, pour se réfugier à Chérisy :

Le jeune Charles passait de longues heures à regarder et admirer le travail du maréchal-ferrant ; c'est là, disait-il, que la vocation de mécanicien lui était apparue.


Léon Bescond, Note écrite au sujet de son oncle maternel Charles Moisson, avril 1963.

La famille retourne à Paris où Charles Moisson finit ses études à l'école Turgot. Il travaille ensuite à la Compagnie de Touage de Paris, qui s'occupe de la traction des péniches sur la Seine :

Les remorqueurs se hâlaient de façon autonome, sur une chaîne posée au fond du lit du fleuve, relevée sur un treuil animé par un moteur à vapeur. (Ibid.)

Il exerce également les métiers de mécanicien/électricien (1884-1893).

Le cinématographe Lumière (1894)

La réalisation, sinon l'invention, du cinématographe Lumière associe directement Charles Moisson aux opérations qui se déroulent au cours du second semestre 1894. Il réside à Lyon, à partir du 17 janvier 1894 (route de Grenoble, 13). Si l'on estime habituellement que le mécanicien arrive à Lyon en 1893, on ignore en revanche les conditions de son engagement chez les Lumière. Les différents témoignages que nous possédons aujourd'hui tendent à confirmer que l'idée du cinématographe est intimement liées à la découverte par les Lumière père et fils du kinetoscope Édison, à Paris, au cours de l'été 1894. C'est à partir du 16 juillet 1894, en effet, que les Parisiens peuvent découvrir l'invention du génie de Menlo Park dans la salle des dépêches du Petit Parisien :

Photographies animées
Depuis deux jours, une invention nouvelle, d'un rare intérêt, est présentée au public dans la Salle des Dépêches du Petit Parisien.
Toutes les revues scientifiques ont signalé déjà, mais sans le connaître encore, le fameux kinétoscope d'Edison, un instrument qui enregistre des images animées et les reproduit sous nos yeux avec une merveilleuse précision.
Ce kinétoscope, sorti tout récemment du laboratoire de Menlo-Park., n'a pu être exhibé à Chicago qu'après la fermeture de l'Exposition, et c'est la première fois qu'il franchit l'Océan. On ne l'a vu jusqu'ici ni à Londres, ni à Berlin, ni dans aucune autre ville d'Europe. Par l'intermédiaire de notre Salle des Dépêches, le boulevard Montmartre en a la primeur.
Aussi les visiteurs sont-ils nombreux. Des savants, des professeurs du Collège de France, des hommes du monde se mêlent déjà aux curieux. Hier, M. Marey, membre de l'Institut, quittait la séance de l'Académie pour venir voir cette invention qui intéresse au plus haut point la station physiologique du Bois de Boulogne où, comme on le sait, de profondes études sont faites des fonctions musculaires de l'homme et des animaux et où l'on est arrivé à photographier le vol des oiseaux et des insectes.


Le Petit Parisien, Paris, 18 juillet 1894, p. 2.

Cet appareil vient d'arriver à Paris, apporté par les deux représentants de Thomas A. EdisonDemetrius A. Georgiades et Georges Tradigis. D'après le témoignage du propre Charles Moisson, recueilli par Georges Sadoul, c'est Antoine Lumière qui est à l'origine de l'intérêt de la maison de Monplaisir pour la nouvelle invention de l'Américain :

Durant l’été 1894, le père Lumière est arrivé dans mon bureau, où j’étais avec Louis, et a sorti de sa poche un morceau de bande de kinétoscope qu’il avait eu des concessionnaires d’Edison, et dit textuellement à Louis “Voici ce que tu devrais faire, parce qu’Edison vend cela à des prix fous, et les dits concessionnaires cherchent à faire des bandes ici en France, pour les avoir meilleur marché.
Ce bout de bande, que j’ai encore devant les yeux et qui avait à peu près trente centimètres de long, était exactement le même modèle que le film actuel quatre perforations par image, même largeur et même pas. Elle représentait une scène chez un coiffeur.
À la suite de cela, nous avons commencé d’abord avec Auguste quelques recherches d’appareil, simplement dans le but de faire de la chronophotographie, mais sans perforation. Naturellement nous n’avons obtenu rien de bien.
L’affaire a alors été reprise par Louis d’une façon plus méthodique et nous avons commencé un premier appareil à perforation, à un seul trou rond par image. L’appareil était déjà selon le principe actuel, sauf que nous n’avions pas encore la came triangulaire qui permet un temps d’arrêt. C’était suffisant jusqu’à douze ou treize épreuves par seconde, mais absolument inacceptable dès que l’on dépassait ces vitesses. 


Georges Sadoul, Louis Lumière, Paris, Seghers, 1964, p. 10-11.

Le titre qu'évoque Moisson est le célèbre The Barber Shop, tourné dès 1893 ou peut-être même avant. Depuis de nombreuses années, Thomas A. Edison fait sa publicité et l'arrivée du kinétoscope ne peut pas passer inaperçue pour les scientifiques comme Marey ou pour les Lumière.

La réalisation du cinématographe - qui ne porte pas encore ce nom - va se révéler plus complexe qu'il n'y paraît. Si l'on en croit Moisson, les premiers essais sont un échec car le système à " pinces " n'offre pas la régularité nécessaire au-delà de quelques photogrammes. Cette première option est donc abandonnée par Louis Lumière qui opte pour une griffe d'entraînement ce qui conduit Charles Moisson, sur les indications Toujours en travaillant sur les indications de Louis Lumière, Charles Moisson va construire une perforeuse afin de préparer les films pour leur entraînement grâce à un nouveau système de " griffe ".

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Le Cinématographe 1 (prototype à pinces) Le Cinématographe 2 (prototype à griffes)

 Aucune information précise ne permet de savoir exactement quel a été le rythme des successives opérations. Compte tenu de la complexité et des échecs, et du fait que, par ailleurs, il faut continuer à faire tourner l'entreprise, on peut imaginer que la "gestation" a pu durer plusieurs mois. Mais à la fin de l'année 1894, l'appareil chronophotographique des frères Lumière est sur le point d'être terminé. Un entrefilet, dans la presse lyonnaise, précise : 

Ajoutons enfin, au risque de commettre une indiscrétion que nos deux savants compatriotes les frères Lumière, auxquels la science photographique est particulièrement redevable d’un grand nombre d’ingénieuses inventions, travaillent actuellement à la construction d’un nouveau kinétographe, non moins remarquables [sic] que celui d’Edison et dont les Lyonnais auront sous peu, croyons-nous, la primeur.


Lyon républicain, Lyon, 26 décembre 1894.

Le papier est signé Alphonse Seyewetz, un proche collaborateur des frères Lumière, qui est donc bien au courant de l'évolution du projet "cinématographe". C'est finalement le 13 février 1895 que le brevet est déposé.

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Charles Moisson (à droite)  sur une fraiseuse aux ateliers Lumière (c. 1895)
© col. particulière

Les premières présentations du cinématographe (1895)

Si Charles Moisson a participé de façon intime au projet du "cinématographe", il va également occuper un rôle non négligeable pendant l'année 1895. Les frères Lumière organisent des projections avec le prototype de Charles Moisson que ce dernier, à plusieurs reprises, va faire fonctionner. Dans le cadre du Salon de l'Art photographique, à Bruxelles, il organise deux séances, les 10 et 12 novembre 1895 :

Le Salon de l'Art photographique a offert mardi soir aux membres du cercle artistique et littéraire, une soirée très intéressante de projections lumineuses à la lumière électrique avec le cinématographe de M. Lumière.
Après une description détaillée de l'appareil par M. Léon Gerard, ingénieur et professeur à l'Institut Sovlay, a commencé la série des projections.


L'Indépendance belge, Bruxelles, 14 novembre 1895, p. 3.

Il adresse un télégramme aux frères Lumière, de Bruxelles, à l'occasion de cette première projection à l'étranger. Il est également présent lors de la projection à la Sorbonne, le 16 novembre 1895 et dont on connaît le témoignage d'un journal espagnol :

El kinematógrafo
Ante una Asamblea de hombres de ciencia verificada en el anfiteatro de Gerson, en la Sorbona, el Sr. Lumiers (hijo) hizo interesantísimas experiencias presentando el maravilloso aparato que se llama el kinematógrafo.
Sobre un extenso muro se proyecta una fotografía por medio de la luz eléctrica, de modo que aparezca la perfecta ilusión de la grandeza natural. Los personajes de la fotografía no están inmóviles, sino que se agitan, desenvolviendo con sorprendente realidad una escena de la vida durante un minuto.
El Sr. Lumiere hizo gustar sucesivamente el espectáculo de la plaza Bellecour con los innumerables tranvías que se detienen, los viajeros que suben y bajan, etc., etc.
No es, pues, la imagen sola la que aparece, sino también la actividad y la vida.
Un solo aparato sirve para 300 vistas instantáneas que reproducen los movimientos hehcos durante un minuto, produciéndose así en la retina la imagen del movimiento continuado.


La Unión católica, Madrid, 27 de noviembre de 1895, p. 1.

Mais la séance la plus significative de l'année 1895 reste, bien entendu, celle du 28 décembre 1895, au Grand Café. Les hommes clés sont Jacques Ducom et Charles Moisson, accompagnés du jeune Francis Doublier qui se souvient de cette séance mémorable : 

J' ai participé modestement à la première séance du cinématographe Lumière, au grand café de Paris. J'étais assistant du chef-mécanicien Charles Moisson et de l'opérateur de projection Ducom. L'un réglait la lumière et l'autre tournait la manivelle. Ils ne s'absentaient qu'à l'heure des repas. C'est ainsi que le 28 décembre 1895, comme Moisson et Ducom déjeunaient, j'ai présenté "Le Maréchal Ferrant", "La Partie de Cartes" et "La Querelle enfantine" sur l'écran du Salon Indien. Mais on m'avait envoyé là surtout pour porter les films !


Paul Gilson, "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945, p. 5.

Si Charles Moisson est un homme essentiel au cours de ces premiers mois, il est plus surprenant qu'aucune des vues tournées en 1895 ne lui soit attribuée. Sans doute, pour la prise de vue, les Lumière conserve-t-ils encore leur "monopole"... et puis jusqu'en octobre 1895, ils ne disposent que d'un seul appareil, le prototype à griffes de Moisson.

Un tour d'Europe (février 1896-juin1896)

Pourtant, dès 1896, les choses vont changer. En effet, peu nombreux sont les collaborateurs susceptibles alors de cinématographier les scènes et, plus encore qu'Alexandre Promio, un nouvel arrivée finalement, l'homme de confiance est sans nul doute Charles Moisson. C'est d'ailleurs lui qui est chargé de filmer plusieurs reportages au cours de l'année 1896. C'est grâce à un détail technique que nous pouvons aujourd'hui reconstituer l'essentiel des voyages de Charles Moisson : un fil du feutre de la glace-presseur traverse en partie le champ et se retrouve reproduit sur tous les négatifs pris avec cet appareil.

Charles Moisson quitte Lyon, sans doute, à la fin du mois de février. Pour l'instant, les Lumière mettent en place leur poste en Europe, mais mis à part Londres, où se trouve Félicien Trewey, aucun autre poste ne fonctionne. On ne peut écarter l'idée que Charles Moisson, lors de ce premier voyage, fait aussi le point. Même si nous ne disposons, pour l'heure, d'aucun document qui l'atteste, on peut raisonnablement penser qu'il est présent lors de la présentation du cinématographe à Bruxelles, dans la galerie du Roi, le 29 février 1896, accompagné de Francis Doublier. D'ailleurs, il est à deux pas de Boulogne-sur-mer, où il seconde, quelques jours après, le 8 mars, Victor Planchon lors d'une conférence que ce dernier offre aux Boulonnais :

[…] Avant de passer à la partie purement amusante de la soirée, c'est-à-dire de projeter les diverses scènes animées dont l'obligeance de MM. Lumière lui permettait d'offrir la primeur au public boulonnais, M. Planchon expliqua le mode de fonctionnement de l'appareil imaginé par ces messieurs ; entrant à ce sujet dans une foule de détails techniques où, bien entendu, nous ne pouvons suivre le conférencier. Qu'il nous suffise de dire que les scènes qu'il s'agit de faire revivre avec la merveilleuse intensité dont ont pu se rendre compte les personnes assistant à cette séance, sont reproduites en suivant les diverses phases du mouvement jusqu'à 900 fois, formant autant d'épreuves disposées sur une bande en pellicule de 15 m. que, cela soit dit en passant, l'usine de M. Planchon se charge de livrer au commerce. Grâce au jeu d'un disque, qui laisse passer ou obstrue la lumière à la volonté de l'expérimentateur, les diverses phases du mouvement se trouvent enregistrées sans confusion possible, ce qui permet ensuite à l'aide d'un simple mouvement de rotation, de reconstituer la scène photographiée dans l'exactitude de ses moindres détails. Nous avons déjà signalé le succès considérable obtenu par cette démonstration de la merveilleuse découverte due à nos deux compatriotes. Signalons, parmi ces tableaux animés qui soulevèrent le plus d’applaudissements : "La sortie des ateliers de MM. Lumière", où l'on vit défiler plus d'une centaine d'ouvrières, des vélocipédistes sautant sur leur machine et disparaissant avec la rapidité de l'éclair, un landau attelé de deux chevaux etc., etc., "L'entrée en gare d'un train de voyageurs , avec tout le mouvement qui en résulte, "Le débarquement d'un paquebot", "Une scène comique de jardin", "La bataille des Fleurs à Nice", "Le déjeuner de bébé", "La chute d'un arbre" sapé à sa base et qui soulève, en touchant le sol, des nuages de poussière ; "Une partie de natation dont les acteurs piquent force tête du haut d'une estacade contre laquelle les flots viennent successivement se briser en aigrettes d’écumes, etc. etc. L’enthousiasme du public fut tel, en ce moment, qu'à la demande générale l’expérimentateur dut refaire passer une seconde fois la plupart des vues. En terminant, le conférencier se fit l'interprète reconnaissant de l'auditoire auprès de M. Moisson, pour le remercier d’avoir bien voulu, en s'arrêtant à Boulogne, nous faire profiter d'un spectacle à la réédition duquel nous ne serons probablement pas conviés d’ici longtemps. Nous avons essayé, dans ce compte rendu, de donner à nos lecteurs une idée aussi exacte que possible des merveilleuses découvertes si bien décrites par M. Planchon ; il ne nous reste donc qu'à remercier à notre tour, ce savant aussi modeste que distingué, en lui exprimant nos unanimes regrets de le voir quitter notre ville, où il avait su conquérir tant de vives et profondes sympathies.


La France du Nord, Boulogne-sur-Mer, 14 mars 1896.

Charles Moisson profite de l'occasion pour tourner l'Arrivée d'un bateau à vapeur et quitte peu après Boulogne. Là encore, sans document à l'appui, il est difficile d'affirmer qu'il est présent lors de la présentation du cinématographe à Amsterdam, le 12 mars, Kalverstraat, nº 220, mais Francis Doublier témoigne que lui-même y est "contrôleur". N'oublions pas que Doublier n'a pas encore dix-huit ans et qu'il est hautement improbablement que les frères Lumière ait confié la tenue d'un poste à un jeune garçon... Il faut bien qu'il soit accompagné. Qui mieux que Moisson pour lancer et contrôler ces différents postes Lumière ? Ce dernier se rend ensuite en Grande-Bretagne, sans doute au cours de la seconde quinzaine du mois de mars. À Londres, Félicien Trewey organise déjà des séances depuis le mois de février, mais il vient de changer de salle, l'Empire Theatre où les séances ont commencé le 9 mars précisément. Autant dire que l'arrivée de Charles Moisson ne saurait être dissociée de ce changement. Cette nouvelle installation dans un important théâtre londonien nécessite sans nul doute des aménagements particuliers. Sans penser que Charles Moisson vient "surveiller" ce qui se passe à Londres, il fait pour le moins une visite de courtoisie. L'occasion rêvée pour nourrir le catalogue Lumière de quelques nouvelles vues : Entrée du cinématographeNègres dansant dans la rue et Cyclistes et Cavaliers arrivant au cottage où apparaît précisément Félicien Trewey qui ne boude jamais son plaisir dès lors qu'il s'agit d'être filmé.

Quant à Charles Moisson, il repart pour l'Allemagne afin d'arriver pour les manifestations organisées pour l'anniversaire de la paix franco-allemande. Une vue a été tournée à l'occasion de la Réception de Guillaume II, le 10 mai 1896. Mais il fait halte également à Cologne, ce qui n'est sans doute pas innocent. C'est dans cette ville en effet que se trouve le concessionnaire du cinématographe, Ludwig Stollwerck et là encore, on peut penser que Charles Moisson est également envoyé pour savoir si le système des concessions fonctionne bien. D'ailleurs, l'opérateur Lumière Jean Lauvernier se trouve précisément dans les parages, à Berlin, en avril et à Cologne en mai.

Le Couronnement du Tsar, le 26 mai 1896 marque sans aucun doute le moment le plus important dans le voyage de Charles Moisson. Il va filmer ce qui constitue réellement le premier reportage de la maison Lumière. L'homme clé ici, c'est bien entendu Camille Cerf, concessionnaire pour la Russie et sans doute la Pologne et qui se démène comme un beau diable afin d'obtenir l'autorisation de filmer l'événement, il transmet un courrier (16 mai 1896, calendrier grégorien)  afin de pouvoir assister à l’événement :

À son excellence
Monsieur le Comte Woronstow-Daschkow Ministre de la Cour
Excellence
J'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance l'autorisation d'être admis à toutes les cérémonies du couronnement et des fêtes en l'honneur de leurs Majestés en qualité de correspondant.
La mission qui m'a été confiée et toute l'importance n'a pas échappé à son excellence Monsieur le Comte de Montebello qui a bien voulu intervenir en ma faveur, me fait espérer, Excellence, que vous acceuillerez favorablement la visite d'un grand ami de la Russie, qui dans de nombreuses occasions a manifesté publiquement en France, des sentiments à l'égard de votre grande Nation.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, de mon entier dévouement et à l'assurance de mon profond respect.
Camille Cerf, officier d'Académie,
Directeur du Cinématographe-Lumière,
demeurant à Paris, 9 rue du Helder et
à Moscou Pulianka dom Scherbaieff.


Courrier transcrit dans Raschit M. Yangirov, "The Lumiere brothers in Russia : 1896, the year of glory" dans Philippe Dujardin, André Gardies, Jacques Gerstenkorn, Jean-Claude Seguin, L'aventure du cinématographe, Lyon, Aléas, 1999, p. 193.

Le "Directeur du Cinématographe" reçoit quelques jours après une lettre (20 mai 1896) qui l'autorise à assister avec ses collaborateurs, Charles Moisson, Guix et Vicenseni, au couronnement : 

Ambassade de la République française St. Petersbourg
8 mai 1896
Monsieur le Gérant
Votre Excellence a bien voulu accorder à M. Cerf toutes les facilités nécessaires à l'exécution des photographies qu'il a l'intention de faire pendant la durée des fêtes du Couronnement.
Je vous serais également très reconnaissant de bien vouloir permettre à M. Moisson, M. Guix et M. Vicenseni, qui doivent accompagner M. Cerf et son Excellence, de circuler librement avec leurs appareils de photographie.
Agréez, Monsieur le Gérant, les assurances de ma haute considération.
Monsieur Krivenko
Gérant de la Chancellerie et Ministre de la Cour.


Ibid.

Il s'agit de la première "équipe" Lumière à se rendre ainsi au pays des tsars,  mais le nom de Francis Doublier n'apparaît pas, alors que par son témoignage nous savons qu'il est présent. L'événement est de taille - d'autant plus qu'une bonne partie de la diplomatie européenne repose sur l'alliance franco-russe - et les Lumière ont envoyé leur meilleur mécanicien, celui qui a mis au point le prototype du cinématographe, Charles Moisson. Le sacre à lieu 26 mai. Le catalogue Lumière propose ainsi une série de vues sur le Couronnement du tsar Nicolas II à Moscou. Le fameux un fil du feutre de la glace-presseur est bien présent dans une bonne partie des vues et on peut les lui attribuer. C'est le cas de : Les souverains et les invités se rendant au Sacre (Escalier rouge)Comte de Montebello et général de Boisdeffre se rendant au KremlinComtesse de MontebelloAmiral Sallandrouze et général Tournier et Députations asiatiques. Alors que les prises de vues sont terminées - Charles Moisson tourne également Rue Tverskaïa. Gràce aux souvenirs de Doublier, nous savons que le séjour de l'équipe Lumière se termine particulièrement mal :

Et j'ai tourné ce film le 28 mai 1896 à Moscou. C'est seulement deux jours plus tard que j'ai failli briser ma carrière d'opérateur. On avait annoncé que le Tsar et la Tzarine accueilleraient leurs sujets et qu'il y aurait une distribution de souvenirs sur la plaine d'Hodynsky. Le jour dit, cent mille amateurs de souvenirs s'étaient massés sur la plaine afin de recevoir l’écharpe ou la coupe avec les portraits des souverains. Mais il n'y avait guère à répartir que quelques milliers de cadeaux. Soudain, ce fut la ruée. Une panique en résulta qui devait coûter la vie à 6 000 personnes. Oui, oui, je l'avoue, j'ai mordu des gens, Je me suis laissé marcher sur la tête. Et pour compléter le tableau, les policiers confisquèrent l'appareil, le film, et nous mirent en prison Charles Moisson et moi. Le consul de France obtint assez rapidement notre élargissement. Mais les policiers ne me rendirent la caméra que 6 mois plus tard. Il est vrai que j'en avais une seconde à ma disposition et qu'elle marchait aussi bien que la première. Autant dire que je n'ai jamais cessé de tourner.


Paul Gilson, "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945, p. 5.

1896moscou

James M. Davis, Victims of the Kholinsky Plain panic, Coronation Week, Moscow, rtussia, 3600 lives lost.

Après le dénouement de cette triste affaire, Charles Moisson - seul ou accompagné ? - termine son tour européen en se rendant en Autriche-Hongrie dans les premiers jours de juin. Le concessionnaire pour l'Empire est Eugène-Jacques Dupont. L'arrrivée de Charles Moisson à Vienne est signalée le 1er juin 1896 dans le Fremden-Blatt. Sans doute vient-il, une fois encore, faire le point sur la situation du cinématographe et sur le fonctionnement des postes. Le catalogue conserve trois vues de son passage dans la capitale autrichienne : Retour des coursesLe Ring et Entrée du Cinématographe. Ici, comme à Londres, Charles Moisson prend soin de filmer les entrées des cinématographes, autant pour témoigner que pour faire la publicité des Lumière. Le dernier événement de cette tournée, et non des moindres, est la célébration du Millénaire de la Hongrie qui se déroulent du 2 mai au 31 octobre 1896 à Budapest. Il va tourner deux nouvelles vues, Cortège de la Couronne et Cortège du Sceptre royal, sans compter la "vue générale", Pont suspendu.

Ainsi s'achève une tournée essentielle, la première qu'un collaborateur Lumière entreprend, une sorte de voyage où les tournages et les "inspections" des postes locaux se mêlent. Charles Moisson est, faut-il le rappeler, un homme de totale confiance. Il rentre à Lyon le 14 juin 1896 : 

[...] Au risque de commettre une indiscrétion, disons que l'un d'eux est revenu hier des fêtes du couronnement du tsar, rapportant toute une série de vues très bien réussies qui seront montrées au czar lui-même et projetées à Lyon d'ici peu de temps. Nous ferons connaître ultérieurement la date à laquelle auront lieu ces représentations extraordinaires.


Lyon républicain, Lyon, 15 juin 1896.

 Autres tournages (1896-1897)

Charles Moisson va rester l'une des figures essentielles de la maison Lumière pendant de nombreuses années. Toutefois, il va limiter son rayon d'action à la France , à quelques rares exceptions près. De fait, il reste encore bien des titres non attribués dans le catalogue Lumière et on peut imaginer que Charles Moisson a pu en être l'auteur, pour partie.

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Maison de Charles Moisson
© Collection particulière

La proximité de l'Italie explique sans doute que Charles Moisson s'y soit rendu à plusieurs reprises. Dès [août] 1896, il repart, chargé sans doute de "jeter un coup d’œil" à la situation transalpine et d'enrichir le catalogue Lumière, encore bien pauvre en vues italiennes. Le concessionnaire pour  l'Italie est Vittorio Calcina dont on peut dire qu'il est l'homme clé pour ce pays au cours de ces toutes premières années. L'identification de certaines vues ont pu se faire, ici encore, grâce au fameux fil du feutre de la glace-presseur, mais, en outre, grâce la présence dans le champ de Marie Moisson, l'épouse du cinématographiste qui devait trouver le temps long et qui décide d'accompagner son mari pour cette tournée italienne. À Milan, l'épouse figure dans Place du Dôme et à Venise, elle se retrouve dans trois nouvelles vues : Arrivée en gondole, Pigeons sur la place Saint-Marc et Tramway sur le Grand Canal. Peut-être un voyage de noces à retardement ? Toujours est-il que Charles Moisson rentre peu après à Lyon.

Ce n'est qu'en octobre 1896 qu'il repart afin de couvrir un événement d'importance qui a lieu à Rome, mais aussi pour contrôler la situation dans les différents postes, dont celui de Milan où les choses ne sont pas très claires et où travaille Pierre Chapuis qui se souvient de la visite de Charles Moisson : 

Lorsque j'avais eu cette discussion avec ce juif, le fils de l'associé, Calcina avait fait une proposition au chef de poste, car il voyait que j'allais Ie gêner, mais lui a répondu qu'il ne mangeait pas Ie pain des autres ; et lorsque Moisson est venu pour cinematographier différentes choses, Calcina l'avait préparé, mais il s'est trouvé volé. Je faisais mon service comme il faut et Moisson demande au chef de poste s'il était content de moi, et il lui dit que oui. Il lui dit aussi que j'étais un peu jeune : "Mettons qu'il soit jeune, mais il fait son service." Alors je suis resté. Sans cela j'étais sûr de déménager. Enfin, à présent, Calcina a envoyé une lettre dans laquelle il regrettait les choses qui s'étaient passées. "Baste di questa roba adessa va bene pero che noi parlate piu e fanno come voule."


Pierre Chapuis, Lettre à Marius Chapuis, Milan, 12 octobre 1896.

La lettre de Pierre Chapuis montre à quel point les tensions peuvent être graves sur un poste donné. L'appui de Charles Moisson au jeune homme est ainsi déterminant. Cela permet de voir, également, le rôle important du mécanicien de la maison Lumière. Ce dernier quitte Milan - nous ignorons dans quelle(s) autre(s), il a pu se rendre - Gênes ? Turin ? Carrare ? - pour y revenir quelques jours plus tard :

Dans 1 jour ou 2 nous allons revoir M. Moisson pour aller cinematografare il principe di Napoli e il principessa di Montenegro.


Pierre Chapuis, Lettre à Marius Chapuis, Milan, 12 octobre 1896.

Charles Moisson part, en effet, pour la capitale afin de filmer un événement d'importance : le mariage du prince de Naples, futur Victor-Emmanuel III, avec Hélène de Montenegro. Les termes de la lettre laisseraient penser que Pierre Chapuis a pu accompagner Charles Moisson, mais c'est ne pas tenir compte de la langue et de la syntaxe - que nous n'avons pas maintenues - du jeune homme. Dans le reste de la correspondance, il n'évoque jamais cette possibilité. Il reste donc un doute... Toutefois, parmi les autres vues animées tournées dans la capitale, la Fontaine de Trévi retient notre attention. En effet dans le fonds privé de photographies ayant appartenu à la famille Chapuis, on en trouve une qui représente la même fontaine de Trévi.

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[Pierre Chapuis], Fontaine de Trévi, [1896]
© Ghislain Lancel, Patrimoine et Histoire de Champfromier 
Fontaine de Trévi, [octobre 1896]
© Association frères Lumière

Entre la photo et le photogramme d'étranges similitudes : un angle de prise de vue assez proche, des ombres qui semblent indiquer une heure assez voisine... On ne peut pas exclure qu'alors que le cinématographiste - qui pourrait bien être Charles Moisson, - tourne la manivelle, Pierre Chapuis prend une photographie. La vue Fontaine de Trévi n'ayant pas été retrouvée, il faut se satisfaire d'un photogramme tiré des "planches photographiques cartonnées", document privé, et il est ainsi impossible de retrouver le fil du feutre de la glace-presseur, élément qui permet, par ailleurs, d'identifier l'un des cinématographes de Charles Moisson. Même si d'autres vues générales sont tournées à Rome, seules deux autres sont sans aucune doute de lui : Piazza Colonna et La Gare. Il est actuellement impossible de lui en attribuer d'autres, à l'exception, bien entendu des deux actualités relatives au mariage du prince Victor-Emmanuel : Cortège au Mariage du Prince de Naples (283) et Fin du cortège au Mariage du Prince de Naples (284).

Le séjour est sans doute assez bref, même si l'on imagine que Charles Moisson en profite pour contrôler les affaires de la maison Lumière. Est-il rentré à Lyon ? A-t-il continué à parcourir l'Italie ? Il reste encore bien des inconnues. Certes nous disposons d'une lettre de Pierre Chapuis relative à une séance de cinématographie mouvementée, donnée à Monza, en l'honneur de la famille royale :

[…] parlons de cette folle soirée que nous avons donnée, ce jour-là, au roi. Un opérateur de la maison, Mr l'ingénieur de la maison Lumière et le directeur du cinémato, M. Promio, qui revenait des fêtes de Rome, s'est juste trouvé à Turin, ce jour-là ; alors le voilà parti, il se donne rendez-vous avec le chef de poste à son hôtel à 8 heures ; le chef de poste arrive à 8 h 5, et il était déjà parti à la gare Porta Nuova et nous devons partir par porte Susa ; Promio, lui, ne voit pas Genty à la gare, il ne prend pas le train et quand il revient au magasin, il était furieux de savoir que nous étions tous partis. Enfin, il envoie une dépêche dans laquelle il met avec l'intelligence et l'exactitude de Genty : « Pas pris le train. Si présence est obligatoire, partirais alors tout de suite ». Calcina répond : « Présence non seulement obligatoire mais nécessaire. » Alors il s'amène à 8 heures du soir à Monza, car il n'aurait pas manqué son coup, car il espérait voir le roi. Enfin, nous partons au palais. On se prépare et il dit à Genty de se mettre à la lampe, quand j'ai entendu ça, j'ai deviné ce qui allait arriver : lui qui ne s’était jamais mis à la lampe s’est trouvé volé ; ses charbons n'étaient pas d'aplomb. La lampe chauffait. Promio faisait augmenter la force, si bien que l’on marchait à 40 ampères en courant continu. Promio l’égueulait, et moi je m'amusais à faire aller la bobineuse, et en moi je disais : « Mon vieux Genty t'es pipé là. Tu ne fais pas le malin aujourd'hui. ». Enfin Promio me fait mettre ; ça a marché un peu mieux, mais nous avions toujours 40 amp. et les charbons du bas devenaient fin comme une aiguille, mais ça allait. À la fin de la séance, Promio l'a engueulé comme un patier dans le palais royal. Genty n'en a pas dormi de la nuit Promio a dit de lui qu'il voulait demander le renvoi de Genty ce qui n'a pas réussi, parce que Calcina est parti à Lyon 1 jour après il a mis tous les torts sur Promio et comme il n'est pas aimé de ces Mrs, ça s’est arrêté là. Et après tous les torts sont à Promio ; moi je dis la même chose, mais dans le fond… Enfin le vendredi après, nous y sommes retournés. M. Calcina en a parlé à ces Mrs, et ils ont renvoyé un autre opérateur, M. Girel, qui a apporté un autre appareil, ce qui fait que l’on ne s'est pas arrêté à Turin. Seulement Genty n'a pas voulu, car il savait bien qu'il n'aurait pas pu faire marcher l'appareil, ça c'est tout clair. Il y serait bien allé, mais il aurait voulu avoir l’opérateur sous ses ordres ce qui ne se pouvait pas, alors c'est moi qui suis parti, et ça a marché encore mieux que toutes les autres fois, et à la fin nous avons eu droit au champagne et nous nous sommes retirés avec félicitation du jury, même bisser à plusieurs reprises. C'est tout.


Pierre Chapuis, Lettre à Marius Chapuis, Milan, 5 décembre 1896.

Les premières lignes restent quelque peu énigmatiques, sans doute à cause de la syntaxe arbitraire de Pierre Chapuis. Si l'on peut penser que "l'ingénieur de la maison Lumière " est peut-être Charles Moisson, difficile de savoir qui revient de Rome et de quelles fêtes il s'agit. Si l'on pense que Roi et Reine d'Italie a pu être tourné à ce moment-là, le [20] novembre 1896, par Constant Girel, que Vittorio Calcina et Alexandre Promio sont assurément présents, on est en droit de se demander si Charles Moisson est effectivement à Monza... En tout cas, Pierre Chapuis ne cite jamais son nom.

Avec ce voyage en Italie, Charles Moisson met un terme à ses tournages à l'étranger, même si le nombre de vues européennes dont on ignore le cinématographiste reste encore très élevé.  En revanche, nous savons, grâce à un document de l'Élysée qu'il est l'un des photographes autorisés à suivre le voyage du président Félix Faure en Vendée et en Charente, du 20 au 27 avril 1897. À la lecture du catalogue Lumière, on constate que les voyages présidentiels sont particulièrement nombreux et qu'ils font partie des vues les plus appréciées par les spectateurs de l'époque. Deux dernières vues méritent notre attention : Entrée d'une noce à l'église et Sortie d'une noce de l'égliseCharles Moisson ne les a pas tournées... mais il y figure pour la simple raison qu'il est au mariage de sa sœur Gabrielle, Charlotte Moisson qui épouse Henri Chauvin, le 17 juin 1897,  à l'église Saint-Lambert de Vaugirard, à Paris. À cette époque, il est toujours installé à Lyon (13, route de Grenoble) et figure comme ingénieur électricien. 

L'Exposition universelle (1900)

À l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 qui se tient à Paris, Charles Moisson va se voir confier la responsabilité technique de l'installation du Cinématographe Géant et, en particulier, de l'écran gigantesque situé dans la Salle des Fêtes et qui permet aux spectateurs de voir les films quelque soit le côté où ils se trouvent. S'il assume la responsabilité technique, la tâche est lourde et il est aidé par Jacques Ducom et Emmanuel Ventujol. Alors que l'Exposition est inaugurée le 14 avril, les premières séances du Cinématographe Géant ne commencent qu'en juin, à l'occasion de la visite du roi Oscar de Suède, mais les projections publiques sont plus tardives. On imagine que des difficultés techniques ont pu retarder la mise en place du Cinématographe Géant. Par la suite, la visite du Shah de Perse (Iran) reste sans doute l'événement le plus significatif de ces projections qui s'achèvent avec la fin de l'Exposition universelle en novembre 1900.

Jusqu'en 1905, année de son départ, on imagine aisément que Charles Moisson a dû tourner d'autres vues, mais elles n'ont encore été identifiées.

Après le cinématographe (1905-1943)

Comme souvent, la période du cinématographe reste limitée dans le temps et les pionniers consacrent une partie, souvent bien plus importante, de leur vie à des activités qui les éloignent de la photographie animée. Ce que l'on sait peu, c'est que Charles Moisson, sans doute mis en appétit par la construction du cinématographe, va développer, dès 1903, une activité d'inventeur dont témoignent plusieurs brevets : un "Chaîne démontable pour élévateurs, transporteurs, transmissions, etc." (15/06/1897), un " système de transmission de mouvement à changement progressif de vitesse" (20/06/1899), un " perfectionnement aux carburateurs " (21/11/1903), un " Système de moteur à explosions à admission variable, compression constante et détente variable " (09/06/1913)...  Attiré par les propositions que lui fait la nouvelle "Société Italienne de la Viscose" (1904), qui se constitue en société anonyme en 1906, Charles Moisson quitte Lyon pour Turin : 

I signori Boussand, A. e G. Boutet, E. avv. A. Ferrari, P. Girard, Joliot, Dr. T. Molina e nobile C. Cantoni, hanno costituita una Società anonima colla denominazione “ Société Italienne de La Viscose ”, avente per oggetto la fabbricazione dei xantati di cellulosa o viscoso e suoi derivata e gli altri prodotti similari e loro applicazioni, secondo i brevetti apportati dal signor Girard, l'acquisto e la vendita di brevetti relativi ; la partecipazione sotto qualunque forma in affari congeneri a l'esercizio di quelle altre industrie nello quali la Società potesse utilizzare i suoi prodotti. Sede della Società Lione; durata anni 25; capitala franchi 2,400,000, diviso in 4860 azioni, per intero sottoscritto dai signori sunnominati ed aumentabile per deliberazione dell'assemblea. Le azioni sono nominali e cedibili, ma possono essere anche convertite in titoli al portatore. Su proposta del Consiglio d'amministrazione a colle modalità da esso determinate potranno emettersi obbligazioni. Il Consiglio d amministrazione è composto di non meno di setta membri, i quali durano in carica 6 anni e sono rieleggibili.


La Stampa, Turin, 14 avril 1906, p. 5.

La soie artificielle, pour laquelle l'Italie est un concurrent redoutable, remplace alors progressivement la soie naturelle. Mais le rôle de Lyon reste encore déterminant. Le siège de la Société se trouvant à Lyon, on peut penser que les contacts entre elle et Charles Moisson ont été pris dans la capitale des Gaules. C'est donc au début de l'année 1906, que Charles Moisson s'installe avec sa famille à Turin. Il semble en être devenu directeur. L'année 1911 marque un événement dramatique pour Charles Moisson : la mort de son fils Émile dans l'explosion du Liberté en rade de Toulon, en 1911.

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Charlotte Moisson et Émile Moisson
Noisy-le-Sec, avril 1910

Il revient en France, en 1912, à Besançon où il est ingénieur en chef de " La Soie de Chardonnet ", qui a pour objet la fabrication de la soie artificielle au collodion. Pendant la guerre de 1914-1918, il est Ingénieur dans une société de soudage autogène à Ivry-sur-Seine. Engagé par la Société Kuhlmann, comme Ingénieur Conseil, il travaille dans les usines du groupe qui fabriquent de la soie artificielle, particulièrement à Valencienne, jusqu'à sa mort le premier octobre 1943, dans une clinique de Vaugirard.

Bibliographie et Ressources

"Voyage dans l'Ouest 19-28 avril 1896"


1897voyageenvendeeVoyages présidentiels, cote 1AG, Archives de France
© Archives de France

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1896

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