Lucien PICOT dit Lucien DARTHENAY

(Paris, 20/07/1848-Paris, 25/10/1901)  

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Jules, Lucien Picot, dit Lucien Darthenay (Paris 6e, 20/07/1848-Paris 18e, 25/10/1901), fils d'Antoine Picot et d'Antoinette Jeanne Merle ([1808]-12/1896, épouse (Paris 10e, 04/04/1874) Angélique Kiéner (Paris 12e, 06/09/1857-≥1901), mariée en secondes noces (Paris 14e, 25/09/1902) à Ernest, Joseph Pillette. Enfants :

  • Louise, Antoinette, Henriette Picot (-) épouse (Paris 9e, 21/12/1899) Fernand, Henri, Auguste Anjubault.
  • Jeanne, Andrée Picot (Paris, 17/11/1879-) épouse (Paris 9e, 29/03/1900) Abel, Victor, Joseph, Édouard Rozier (Paris, 19/01/1858)

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Lucien Picot, dit Lucien Darthenay - s'agit-il aussi du secrétaire général du Cirque-Américain de M. Myers, dans les années 1870 ? -, est un marionnettiste dont on peut situer le début de la carrière vers le milieu des années 1880. Il est l'auteur de deux ouvrages significatifs sur son art : Le Guignol des salons (Paris, Plon, 1888, 290 p.), préfacé par Coquelin cadet et Théâtre des petits (Paris, Tresse & Stock, 1890, 296 p.). Dès cette époque, il est propriétaire et directeur d'un théâtre de marionnettes et offre des spectacles à Paris et en province, en public ou en privé :

Assister à une soirée théâtre en restant au coin de son feu, quel rêve ! Pour qu'il se réalise, adressez-vous donc à Darthenay, 89, rue des Martyrs, il viendra aussitôt avec son établissement et sa troupe de bonhommes vous procurer cette agréable distraction qui réjouit tous les âges.


La Lanterne, Paris, 1er janvier 1888, p. 3.

Il offre également des séances dans les hôpitaux pour les malades ou les aliénés (Asile de Bicêtre, 5 avril 1890). Parallèlement à ses activités de marionnettistes, Lucien Darthenay va fonder l'Institut Dramatique et Lyrique qui a son siège au 57, faubourg Poissonnière. En quelques années, cet Institut devient un haut lieu de la formation artistique.

M. Darthenay, l'impresario si connu des salons parisiens, vient de fonder, 57, Faubourg-Poissonnière, un Institut dramatique et lyrique, comprenant des cours de déclamation, chant, opéra, opéra-comique, pantomime, solfège et piano, pour lesquels il s'est assuré le concours de nos artistes parisiens qui font école dans ces différentes parties de l'art théâtral.
Une agence de soirées mondaines est adjointe à cet institut et se chargera d'organiser des spectacles complets pour les réceptions de cet hiver, dans des conditions de prix exceptionnelles.
Le Temps, Paris, 12 octobre 1893, p. 12. 
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L. Darthenay, Le Guignol des salons, Paris, Plon, 1888, 290 p. 

Deux ans plus tard, l'Institut Dramatique et Lyrique s'installe dans la salle Beethoven, au 12, Passage de l'Opéra, là où, bien des années au préalable, Faure-Nicolay a offert ses spectacles de prestidigitation. L'inauguration a lieu le 14 septembre 1895 ainsi que celle de la salle, Théâtre de la chanson - anciennement Théâtre des Poètes Chansonniers :

Le théâtre des Poètes Chansonniers, devenu sous la direction de M. Darthenay le théâtre de la Chanson, attire tous les soirs par la variété de son programme un public choisi qui s'égaye aux spirituelles fantaisies des chansonniers Eug. Lemercier, Bonnaud, Hauton, J. Moy, Bachmann, Nobody, etc. Mentionnons aussi Mme Jane Raivil, qui obtient avec les vieilles chansons un légitime succès.


Le Temps, Paris, 25 janvier 1896, p. 3. 

C'est au début de 1897 que Lucien Darthenay va collaborer avec le cinématographe Lumière des Grands Magasins Dufayel. Grâce à ses dons de marionnettiste, il va " sonoriser " les vues pour les transformer en " scènes parlées et parlantes " :

Demain jeudi, de trois heures à six heures, concert dans la Salle des Fêtes des Grands Magasins Dufayel. Séances du cinematographe Lumière. Scènes parlées par M. Darthenay et audition du chanteur automate, une nouveauté des plus intéressantes, dont M. Dufayel s'est assuré la vente exclusive. Il sera, en outre, distribué aux assistants, à titre de souvenir, un étui de Suprêmes Pernot et un flacon de Coca des Incas.


Le Gaulois, Paris, 3 février 1897, p. 3. 

Il s'agit en réalité de créer une " bande sonore " où Darthenay offre des imitations " du bruit de l'eau, du pas des hommes et des chevaux, du roulement des attelages, etc., etc. " (Le Journal, Paris, 11 avril 1898, p. 3). Elle est complétée et améliorée l'année suivante : " [...] et le Cinématographe avec scènes parlées et imitation des bruits, des chants, de la musique par le Stentor. " (Le Journal, Paris, 14 mars 1899, p. 3). Le Stentor est le phonographe que Pathé commercialise à partir de 1899. Cette sonorisation des vues que proposent les Grands Magasins Dufayel  représente un cas étonnant et précoce.

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Attractions des Grands Magasins Dufayel
© collection particulière
Salle du cinématographe et des attractions (Dufayel)
© collection particulière

La collaboration de Lucien Darthenay avec les magasins Dufayel va se poursuivre, pendant cinq ans, jusqu'à la veille de sa mort, en octobre 1901. Dans la nécrologie que publie Le Figaro, on rappelle ses grands talents de " bruiteur " et de " doubleur " :

LUCIEN DARTHENAY
On annonce la mort de Lucien Darthenay.
C'était plus qu'un homme d'esprit : c'était un brave homme. Il avait consacré sa vie aux enfants. Il passa tous ses jours à les faire rire. Jamais personne - sauf, peut-être, M. Lemercier de Neuville - n'atteignit à la perfection qu'il avait dans cet art naïf et charmant des marionnettes, que George Sand aimait d'une passion si exquise ! Lucien Darthenay y excellait absolument. Grâce à l'extraordinaire " protéisme " de sa voix, il pouvait, du fond de sa boîte, nous donner l'illusion de tous les types concrets. C'était d'une justesse inouïe dans la caricature.
Par bonheur, il ne meurt pas tout entier, puisqu'il laisse ce Guignol des Salons et ce Théâtre des Petits qui sont deux des meilleurs livres dans ce genre où il fut vraiment tout à fait un maître.
Il avait appliqué ses dons au progrès : c'est lui qui créa le cinématographe parlant. Durant ces cinq dernières années, modestement caché derrière l'écran sur lequel défilait toute la vie moderne, il a, de cette voix multiple dont il avait le secret, rompu de mille bruits cocasses et humains tous ces silences trépidants.


Le Figaro, Paris, 26 octobre 1901, p. 4.

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