Anatole THIBERVILLE

 (Berchères-sur-Vesgre, 1857-Paris, 1921)

thiberville

Anatole Thiberville (Gianati, 2012, 35) [D.R.]
© collection privée

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François, Guillaume Thiberville (Berchères-sur-Vesgre, 29/10/1825-Berchères-sur-Vesgre, 14/05/1912) épouse Clotilde Adélaïde Noblet (Saint-Ouin Marchefroy, 29/03/1826-Berchère-sur-Vesgre, 09/03/1889). Descendance :
  • Désiré, Adolphe, Anatole Thiberville (Berchères-sur-Vesgre, 31/10/1857-Paris 19e, 12/11/1921) épouse :
    • épouse (Paris 10e, 08/02/1883Marie Thérèse Célina Jaggi (Charquemont, 12/04/1859-Paris 3e, 10/10/1889). Descendance :
      • Marie, Honorine, Alice Thiberville (Paris 3e, 10/08/1885-Paris 3e, 16/08/1886)
    • épouse (Paris 10e, 08/07/1897) Anne Perrine Le Baut (Pleyben, 11/06/1865-≥1921), fille de Jean Le Baut et de Jeanne Marie Kerlogot.

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Fils de tonnelier, Anatole Thiberville quitte probablement encore jeune ses parents. En 1877, il réside à Paris (122, rue du faubourg Saint-Denis) où il exerce la profession de commis épicier. Appelé sous les drapeaux, il est incorporé au 124e régiment d'infanterie le 16 novembre 1878 où il accomplit ses obligations militaires jusqu'au 10 novembre 1879. À son retour à la vie civile, il habite 44, rue d'Assas (Paris 6e), à partir du 15 avril 1880, puis au 33, rue du faubourg Saint-Honoré (Paris 8e), en décembre de la même année. À partir de 1882, il s'installe comme épicier, 85, rue Charlot (Paris 3e), à côté de l'entrée de service du restaurant Bonvalet, avec sa première épouse. Après le décès de cette dernière, il va continuer ses activités jusqu'à son mariage, le 8 juillet 1897, avec sa seconde épouse. Peu après, il abandonne ses activités d'épicier.

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F. F. Paris, Rue Charlot (3e arrondissement) (c. 1900)

On ignore quand et dans quelles conditions Anatole Thiberville va rejoindre la maison Gaumont, sans doute après 1898 où il figure encore comme " épicier " dans l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration, dans son édition de 1898. De cette époque, nous ne conservons surtout que les souvenirs, parfois approximatifs, d'Alice Guy :

Mon fidèle opérateur Anatole Thiberville (qui, avant de devenir cinéaste, élevait des poules en Bresse, si j'ai bonne mémoire) m'aidait avec une patience et une bonne volonté inextinguibles. J'ai gardé de lui un excellent souvenir.


Guy, 1976, 66.

S'il est peu probable qu'Anatole Thiberville ait élevé des poules dans la Bresse, il est possible que ses activités d'épicier l'aient mis en contact avec les gallinacées... Son arrivée au Comptoir Général de Photographie intervient, très probablement, après le départ de Georges Hatot et de Gaston Breteau qui quitttent Gaumont à l'automne 1898. On imagine que le futur opérateur est assez peu rompu au maniement du cinématographe et que son entrée chez Gaumont est peut-être liée à d'autres compétences. Autant dire que, là encore, les souvenirs d'Alice Guy, restent très fragiles. Avant de manier le chronophotographe, Anatole Thiberville a dû passer au préalable par d'autres fonctions.

C'est à partir de 1899, très probablement qu'il va devenir opérateur, terme ambigu, qui pourrait aussi indiquer qu'il a des charges de cinématographiste. Il s'installe alors au 47, rue de Villette où il restera jusqu'à la fin de ses jours. Rapidement, il joue un rôle clé où il est l'homme à tout faire selon le témoignage du cinéaste Jean Durand :

Gaumont vint après. Le premier qui y tourna fut le père ANATOLE. Anatole de Thiberville, que vous avez peut-être connu. Il fut acteur, décorateur, opérateur. Gaumont, lui-même tourna la manivelle.


Institut Lumière, Lyon, " Jean Durand ", GAUm/ARC38/C9.

 villette

Rue de la Villette. Usine Gaumont (c. 1900) [D.R.]

Il est probablement le ou l'un des chaînons manquants entre l'époque de Georges Hatot et de Gaston Breteau, 1897-1898 et celle d'Alice Guy, à partir de 1902-1903. Lorsque cette dernière va vouloir faire ses premiers pas en cinématographie, elle va faire appel au père Anatole qui va la former :

Et c'est ainsi que je fis connaissance avec mon nouveau domaine. C'est dans le jardin que nous plantâmes, Anatole et moi, notre premier appareil de prises de vues.


(Guy, 1976, 62)

Première collaboration sans doute pour Sage-femme de première classe, remake de 1902 de La Fée aux choux, où Alice Guy fait  ainsi ses débuts sous la houlette d'Anatole Thiberville rompu depuis longtemps au maniement du chronophotographe. La jeune femme se souvient dans ses mémoires des liens qui l'attachent à l'opérateur :

Les prises de vues à l'extérieur, dans les rues de Paris, furent des épreuves. Nous ne disposions pas comme aujourd'hui d'automobiles spécialement aménagées. Un ou deux fiacres nous emmenaient, mes figurants, Anatole et moi à la location choisie. À peine avions-nous placé l'appareil et donné quelques explications aux artistes, que les badauds nous entouraient. Ils s'intéressaient fort à la caméra et souvent, lorsque Anatole sous son voile noir s'efforçait de faire la mise au point, il se trouvait face à face avec un curieux ou une mégère allant au marché qui passait devant l'appareil demandant à voix haute quels étaient ces saltimbanques qui encombraient la chaussée. C'était alors le tour des sergents de ville qui arrivaient pèlerine battante, vociférants des : circulez, circulez. Heureusement le préfet de police de l'époque, M. Lépine, à qui je contais mes aventures, me munit d'un permis qui non seulement ordonnait de me laisser travailler en paix, mais encore de me faciliter la tâche autant que possible.


Guy, 1976, 71-72.

Anatole Thiberville reste un homme clé de chez Gaumont et il est envoyé à plusieurs reprises pour filmer des documentaires. On lui doit en partliculier Les Abeilles, tourné en mai 1905. La collaboration avec Alice Guy trouve une sorte d'apogée avec le voyage qu'ils accomplissent, à la fin de l'année 1905, en Espagne. Les souvenirs de la cinématographiste souligne à quel point le rôle d'Anatole est essentiel. Si elle propose probablement certaines prises de vues, il est fort probable que ce soit Thiberville qui tourne réellement la manivelle comme en témoigne la vue Grenade Panorama où l'on aperçoit Alice Guy entourée d'un groupe d'enfants. Quelques mois plus tard, au printemps-été 1906, elle a le projet de filmer Mireille aux Saintes-Maries-de-la-Mer, mais Anatole ne l'accompagne pas :

J'avais projeté avec Feuillade aficionado et qui connaissait bien la région, d'aller filmer Mireille aux Saintes-Marie-de-la-Mer. Anatole étant fatigué et souffrant, Gaumont décida qu'Herbert Blaché prendrait sa place, ce qui lui permettrait de se familiariser avec le fonctionnement de l'appareil.


Guy 1976, 96.

Des problèmes techniques font que le film ne voit pas le jour, à l'exception d'une Course de taureaux. L'absence d'un opérateur confirmé comme Anatole Thiberville en est, peut-être, la cause. La place que prend chaque jour davantage Alice Guy, au sein de la société, va renvoyer le père Thiberville, qui approche de la cinquantaine, à un rôle de plus en plus marqué de faire-valoir de la cinématographiste. 

L'arrivée d'une nouvelle génération d'opérateurs (JassetFeuillade, Arnaud...), dès l'année 1905, va écarter progressivement le père Anatole des premiers rôles. Cela ne l'empêche pourtant pas de rester au service de Comptoir Général de Photographie, probablement jusqu'a sa mort. En 1912, au décès de son père, il apparaît toujours comme photographe, 47, rue de la Villette, tout comme à son décès, en 1921.

On lui a attribué curieusement une collaboration avec Conrad Wilhelm Meyersick, figure assez obscure, qui aurait tourné deux films, l'un au Portugal, le second en Espagne. Il aurait été l'opérateur du film El Impostor de Alcalá, tourné... en 1922.

 Bibliographie

GIANATI Maurice et Laurent Mannoni (dir.), Alice Guy, Léon Gaumont et les débuts du film sonore, New Barnet, John Libbey, 2012, 258 p.

GUY Alice, Autobiographie d'une pionnière du cinéma (1873-1968), Paris, Denoël/Gonthier, 1976, 238 p.

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