Jean VILLEMAGNE

(Saint-Chamond, 1861-Lyon, 1926)

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© collection Jean-Claude Seguin

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Jean, Baptiste Eucher Villemagne (Farnay, 26/10/1834) épouse (Saint-Chamond, 25/06/1860) Antoinette Duplomb (Saint-Chamond, 12/08/1836-Saint-Chamond, 17/05/1915). Enfant : 

  • Jean, Claude Villemagne (Saint-Chamond, 11/03/1860-Lyon 5e, 23/10/1926) épouse (Francheville, 08/09/1892) Anne, Jeanne Bonnefond (Lyon, 14/06/1862-Lyon, 14/04/1926). Enfant :
    • Philibert, Antoine, Charles Villemagne (Yzieux, 31/08/1893-Lyon 5e, 02/02/1959) épouse (Villeurbanne, 30/05/1925) Germaine, Anaïs Filliard (Lyon 2e, 27/01/1896-Villeurbanne, 25/01/1859).
  • André, Jules, Marie Villemagne (Saint-Chamond, 08/01/1865-)
  • Jeanne, Marie Villemagne (Saint-Chamond, 06/01/1872-)
  • André, Marius Villemagne (Saint-Chamond, 11/03/1878-Saint-Chamond, 25/02/1964) épouse Constance, Emma, Clémence Geissel. Enfant :
    • Émile, Jean, André Villemagne (Alger, 20/10/1909-La Rochelle, 15/01/1990)
      • épouse (Valence, 20/09/1937) Zita Fayon.
      • épouse (Kouba, 04/03/1946) Marcelle, Emilie, Louise Sarazin (Charron, 04/07/1912-)

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Jean-Claude SEGUIN

Fils d'un couple originaire de la région de Saint-Chamond (Loire), son père est employé dans une fabrique de lacets et sa mère, couturière. À quinze ans, Jean Villemagne tente d'intégrer l'École des Arts et Métiers d’Aix, sans y parvenir. Il fait son service militaire, en 1881-1882, au 97e bataillon d'infanterie, situé à Chambéry, en compagnie, entre autres, d'Auguste Lumière, de Marius Paris et de Louis Pradel.

Les premières armes en Suisse (avril-octobre 1896)

Après un séjour à Bâle (Suisse), en 1883, chez M. Clavel, il revient à Saint-Chamond, avant de s'installer, avant 1891, à Lyon. Il y épouse, en 1892, Anne, Jeanne Bonnefond dont il a un fils unique, Antoine. Il est alors teinturier. Ses contacts avec Auguste Lumière et ses collaborateurs vont faire de lui l'un des tout premiers opérateurs. Dès le 26 avril 1896, il réside à Genève, 16, rue du Mail, chez le concessionnaire pour la Suisse du cinématographe Lumière, Lavanchy-Clarke, quelques jours à peine avant l'inauguration de l'Exposition Nationale Suisse, le 1er mai 1896. Le cinématographe est installé au Parc de Plaisance dans le Palais des Fées. Son frère André, d'après les souvenirs de la famille, l'accompagne, alors qu'il n'est âgé que de dix-neuf ans. Les deux frères vont ainsi tenir le poste du cinématographe de l'Exposition. Il est fort probable qu'ils aient été en contact avec Alexandre Promio, sans doute dans les premiers jours de juin.

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Résidences successives de Jean Villemagne (1883-1898)
Matricule militaire, Classe 1881, arrondissement de Saint-Étienne, nº 549 
© Archives Départementales de la Loire

L'événement prend fin le 18 octobre et quelques jours plus tard Jean et André sont de retour à Lyon.

Le poste de Barcelone (novembre 1896-juin 1897)

Villemagne a ainsi gagné la confiance des frères Lumière qui vont lui confier la responsabilité du poste de Barcelone, où il arrive à la fin du mois de novembre 1896. Il s'installe au bas de la rambla, au 53 rue Escudilleros. Dans la capitale catalane, la salle qui va accueillir le cinématographe se situe dans les locaux de " Napoléon " l'un des photographes les plus en vue. Toutefois l'aménagement s'avère quelque peu compliqué dans la mesure où l'électricité n'est pas encore installée. C'est l'entreprise Chalaux hermanos qui est chargée des travaux.

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Lettre de Chalaux Hermanos a Jean Villemagne, Barcelone, 11 décembre 1896
© Institut Lumière, Lyon

En outre, Jean Villemagne commande à l'entreprise El Español des affiches pour annoncer le cinématographe. L'inauguration a finalement lieu le 10 décembre 1896 comme l'annonce la presse barcelonaise :

Espectáculos
En los bajos de la casa Napoleón se ha instalado el cinematógrafo Lumière, que se inauguró anoche en presencia de numeroso público que presenció el espectáculo, saliendo complacido porque dicho aparato presenta las fotografías animadas mejor que las que hasta ahora se habían exhibido en ésta, debido a que oscilan menos y a que son mejores las películas de los clichés, cosa que les da más claridad. Es interesante una lucha entre jugadores de naipes.
Para el lunes próximo, de cinco a diez de la noche, se verificará una sesión a beneficio de los soldados heridos y enfermos procedentes de las compañías de Cuba y de Filipinas.
Esperamos que la iniciativa filantrópica de los hermanos Lumière será secundada por el público, que acudirá a la sesión porque además de este atractivo tendrá el de la presentación de nuevas vistas.


La Publicidad, Barcelona, sábado 12 de diciembre de 1896, edición de la mañana, p. 2.

Pour tenir le poste du cinématographe, Jean Villemagne est accompagné de son épouse Anne. Il aurait été également secondé par Antonio de Padua Tramullas d'après l'historien du cinéma, Juan Antonio Cabero :

Era a comienzos de mayo del año 1896 cuando un técnico de la casa Lumière hacía su entrada en la Ciudad de los Condes con la pretensión de instalar al primer cinematógrafo. Recorrió la ciudad en busca de la barriada oportuna para su objetivo y nada más a propósito para su anhelo que las populares Ramblas por las que discurría a diario la mayor parte del vecindario, amen de la gente que de continua aportaban los vecinos muelles, encontrándolo que tan afanosamente buscaba en la Rambla de Santa Mónica, 15 y 17, próxima a la estatua de Colón, o sea en la popular Fotografía de Napoleón, uno de cuyo salones quedó alquilado para dar a conocer el misterioso invento.
Como necesitara para su instalación un muchacho electricista que, además de conocedor de su oficio fuese lo suficientemente discreto para que no divulgase las características del nuevo invento, pues ya conocemos las consignas de los Hermanos Lumière; ahuyentar a los curiosos par algún tiempo, hasta darlo a conocer, y también para evitar que, en su sencillez fuese copiado, y fue Tramullas el hombre seleccionado para tal instalación – que realizó a las mil maravillas y tan prendado quedó del maravilloso aparato que, como espíritu emprendedor que era, pronto vio las posibilidades que ofrecía tan recreativo espectáculo, y, cuando fue autorizada su venta, adquirió, con sus ahorros, un equipo completo para impresionar, revelar y producir positivos para ser proyectados luego en locales por el estilo del de Napoleón primero, y después en su barraca propia, convirtiéndose en el más convencido propagandista y cantando las excelencias del cinematógrafo todas las ciudades y pueblos españoles.


Juan Antonio Cabero, Iniciación, desenvolvimiento y ocaso del cine mudo español, Original mecanografiado, s.f., p. 44. (Filmoteca Española)

Si l'on admet pour bonne la date fournie (mai 1896), on peut penser que c'est Alexandre Promio, présent à ce moment-là à Barcelone, qui prospecte. Mais la rencontre entre Jean Villemagne et Tramullas est nécessairement postérieure, à fin novembre ou dans les premiers jours de décembre. Toujours est-il que le poste, organisé avec professionnalisme, va dérouler ses séances pendant de longs mois. Comme cela est habituel, des séances spéciales ou de bienfaisance sont organisées comme celle au profit de la Croix-Rouge, le 28 janvier 1897.

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© Institut Lumière, Lyon

De ces séances, il nous reste le témoignage d'un spectateur privilégié qui a laissé ses souvenirs de ces projections, alors, exceptionnelles :

A mitja sala, un empleat de las casa, convertit en “speaker”, us donava compte de les pellícules simplicíssimes, sense cap mena de complicació, ni altres atractius que els que oferia el fet de la seva inacostumada projecció.
Em recordaré tota la vida d’aquella primer programa. Els títols de les cintes que el componien son tota una revelació: La oración del moroBorriquitos morunos: Argel y El Regador. No recordó si n’hi havia cap més. La primera, era la senxilla fotografía, animada, d’un moro en oració, fent les “zalemas” rituals, a regular velocitat, mentre els seus vestits voleiaven a mercè d’un vent, també de ritual, o que almenys semblava ésser-ho en totes les pellícules d’aquell temps. La segona, era una senzilla desfilada de rucs, en un panorama que podía ésser algerí o no ésseer-ho, per tal com quedava un bon xic confús degut a les oscillacions normals de la màquina.
El Regador era la peça forta del programa i l’única película de composició. L’argument trapuava una ingenuïtat enternidora. Es tractava d’un jardiner que regava, amb una gran mànega, el seu jardí. Dos vailets, per fer-li broma, trepitjaven la goma tubular, i el protagonista restava sorprès en veure estroncada l’aigua. El jardiner, aleshores, es posava el cap de la mànega als ulls, per tal de veure i treure la brossa inoportuna i, juste en aquell momento, les criatures aixecaven els peus i tota l’aigua, sortint violentament, era projectada amb força sobre la cara del pobre “regador”, que quedava mullat, xop, llastimós, ridícul. El públic esclafia en una gran rialla, i els nois, inhàbils per a la caritat, aplaudíem sorollosament.


Joaquím María de Nadal, Cromos de la vida vuitcentesca, Barcelona: Llibreria Dalmau, 1946, p. 191-192.

Compte tenu de l'évocation de vues algériennes, Nadal a dû assister à une des premières séances, en décembre ou janvier. 

Pendant ces six mois de projection, c'est une part importante de la production des frères Lumière, plus de 130 films, qui passe devant les yeux des spectateurs barcelonais. L'annonce se fait de façon très régulière dans la presse et c'est l'un des postes dont nous connaissons le mieux la programmation qui se renouvelle tous les dimanches. Dans un petit carnet (" Élecricité Barceloneta Observations dur l'électricité ", Institut Lumière, Lyon), on peut suivre, au jour le jour, les questions liées à l'énergie électrique indispensable à l'organisation des séances. Les derniers relevés portent la date du 15 juin 1897. C'est quelques jours plus tard que Jean Villemagne rentre en France. Le départ de Jean Villemagne ne met pas un terme au fonctionnement du cinématographe Lumière qui pendant plusieurs mois encore va offrir le spectacle de vues animées.

Derniers déplacements (juillet 1897-mars 1898)

Quelques jours à peine, après avoir laissé son poste à Barcelone, Jean Villemagne se rend, pour la troisième fois, en Suisse. À Genève, il va résider au Kursaal. Mais cette simple indication ne permet pas de savoir quelles sont ses activités, même si l'on imagine qu'elles ont à voir avec les spectacles et les jeux de hasard qu'abrite le Grand Casino. La presse, elle-même, est très discrète, et la catastrophe du Bazar de la Charité est à l'origine de très nombreux articles au cours du séjour de Villemagne à Genève. Il est donc impossible de préciser les raisons de ce séjour prolongé.

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Genève, Le Kursaal (début XXe siècle) 

Après un bref retour à Lyon, il part pour la capitale où il va résider quelque quatre mois, mais là encore, nous ignorons les raisons de ce voyage. On peut évidemment penser qu'il a à voir avec des activités cinématographiques, mais rien ne vient confirmer cette hypothèse.

Et après... (1898-1926)

Dès lors, Jean Villemagne ne va plus s'occuper d'activités liées au cinématographe et intègre la Banque Privé Industrielle, Commerciale, Coloniale où il occupe les fonctions de régisseur de valeurs et où il va rester jusqu'à la fin de ses jours. Cet établissement bancaire a été fondé le 4 mars 1888, par Francisque Vial et Marius Pradel. Ce dernier, industriel lyonnais, est également l'un des fondateurs de la Société des Plaques et Papiers photographiques Antoine Lumière et ses fils. Vers la fin de sa vie, l'un de ses amis, va réaliser de lui de nombreux caricatures. Il décède à Lyon, en 1926. 

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Jean Villemagne, son épouse Anne et leur fils Antoine
c. 1898
© collection particulière
Joannès Paufique, Une bonne pipe ! (caricature de Jean Villemagne), années 1920
© collection particulière

Remerciements

Merci aux familles Villemagne et Paufique pour les documents et les informations qu'elles nous ont transmis.

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